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Se donner les moyens de l'excellence : la recherche polaire française à la veille de l'année polaire internationale

 

3. La rénovation et l'avenir de la base Dumont d'Urville

L'IPEV doit enfin faire face au besoin de rénovation de la base historique de Dumont d'Urville. En effet, le développement de Concordia, la charge financière croissante de l'océanographie et une présence renforcée en Arctique ont conduit à repousser les travaux nécessaires.


· La rénovation de la base Dumont d'Urville

La rénovation de Dumont d'Urville ne peut plus être repoussée.

La situation géographique de la base est souvent oubliée. Beaucoup l'imaginent positionnée sur le continent. Or ce n'est pas le cas. La base est en réalité divisée en trois :

- La base elle-même qui occupe l'île des Pétrels ;

- La « piste » qui est le résultat de la réunion de plusieurs îles dont les deux principales sont l'île du Lion et l'île Cuvier. Aucune liaison terrestre ou sous forme de pont n'existe avec l'île des Pétrels. Toutes les liaisons doivent se faire par mer ou par air ;

- La base Prud'homme sur le cap du même nom, sur le continent Antarctique mais à 5 km de l'île des Pétrels est naturellement dénuée de tout lien « terrestre », hormis la banquise.

Ces ruptures sont une réelle difficulté logistique.

La base Dumont d'Urville souffre aujourd'hui de graves problèmes de vétusté et de salubrité, ne disposant pas des équipements adaptés au traitement des déchets.

Cette base a été construite pour l'année géophysique internationale de 1957-1958. Elle a été bâtie sur le site où s'est réfugié l'équipage de la base de Port-Martin après l'incendie, en janvier 1952. Cette première base avait été active durant les hivers 1950 et 1951.

Les premiers bâtiments, encore en service aujourd'hui datent de cette époque. Ils avaient été conçus pour durer trois ans et ont été prolongés après la décision prise en 1959 de transformer Dumont d'Urville en station permanente.

Le plan de la base fut établi au début des années soixante et les constructions se sont schématiquement déroulées en quatre étapes correspondant à des types d'architecture bien identifiables :

- époque Marret - bâtiment en bois,

- époque AGI - bâtiments Fillod,

- implantation permanente - bâtiments Spair,

- époque actuelle.

L'entretien de la base a commencé à passer au second plan à partir du début de la construction de la piste d'atterrissage car ils ne permettaient plus d'acheminer le personnel en nombre suffisant pour se consacrer à ces travaux. La situation n'a fait que se dégrader depuis lors.

Le bâtiment Marret construit en 1952 a été utilisé pour la dernière fois en 1986. Il possède une valeur historique mais il est maintenant insalubre. Il menace de disparaître si son étanchéité n'est pas refaite.

Les bâtiments Fillod et Spair ont maintenant un besoin urgent de rénovation. Ces derniers sont sablés par le blizzard et la fibre de verre apparaît chaque jour un peu plus. Leurs toits en terrasse sont maintenant creusés par le poids de la neige et ne sont plus étanches et souffrent d'infiltrations sérieuses. L'été, l'eau ruisselle sur les appareils scientifiques. La corrosion et le durcissement des joints rendent indispensable le remplacement de la plupart des ouvertures - portes et fenêtres. Celles-ci sont de moins en moins nombreuses à pouvoir s'ouvrir car les joints, les fermoirs et les charnières ne peuvent plus se trouver sur le marché.

Outre le changement des ouvertures, la plupart des bâtiments Spair doivent être « réhabillés », c'est-à-dire la toiture refaite et les parois recouvertes d'un autre revêtement.

La salle commune qui sert de restaurant, de cuisine et de salle de détente doit être complètement rénovée. Elle date de 1965 et doit faire l'objet des travaux indispensables sur tous les bâtiments Spair de sa génération (mur, toit, ouvertures). S'y ajoute le remplacement du sol car celui-ci a joué et est maintenant défoncé. Il faudra aussi remettre aux normes sanitaires la partie cuisine.

Le logement des hivernants est lui aussi un bâtiment Spair datant de 1968. Des travaux y ont été menés en 1998 et 2000, notamment la toiture. Mais il reste à refaire les parois extérieures et la structure interne du bâtiment, notamment pour l'adapter à la féminisation des équipes.

Au-delà des bâtiments, beaucoup de réseaux doivent être refaits. C'est notamment le cas de celui de distribution de l'eau sanitaire qui doit être remplacé dès que possible puisqu'il est très corrodé et affaissé par endroit. Il en est de même du réseau d'évacuation des eaux usées.

En matière de traitement des déchets, deux problèmes doivent être traités. Une partie du tri des déchets et de leur traitement se déroule actuellement dans le bâtiment qui sert de salle commune et de cuisine. Mais il n'est pas équipé correctement pour ce travail, il n'offre qu'un local exigu. Les conteneurs extérieurs ne sont pas couverts et se remplissent régulièrement de neige. Il faudrait donc disposer de lieux spécifiques pour le traitement et l'entreposage des déchets.

A ces travaux urgents de remise en état de la base, s'ajoutent des travaux visant à l'adapter aux besoins actuels.

Il s'agit en premier lieu de réaliser aux abords de la piste d'atterrissage un véritable quai adapté pour l'accostage de l'Astrolabe. La plupart des matériaux nécessaires sont déjà présents sur le site depuis 2002, mais les crédits et les personnels pour le réaliser ont toujours manqué.

D'autres investissements moins importants sont à prendre en compte pour la gestion du flux logistique, comme le remplacement de certains véhicules. Le parc est vieillissant. Le 4x4 le plus récent a 12 ans ! Les véhicules chenillés sont âgés de 10 à 12 ans. La grue utilisée sur le quai se dégrade rapidement et doit être remplacée.

Au total, ce sont 7,1 millions d'euros d'investissement qui sont à prévoir les prochaines années sur Dumont d'Urville. C'est très important pour l'IPEV, dont le budget polaire est de l'ordre de 10 M€ par an. Certes tous les travaux n'ont pas le même degré d'urgence et il sera sans doute inévitable de reporter à plus tard tout ce qui peut l'être, mais cela signifie tout de même un effort spécifique important durant les cinq prochaines années. Une enveloppe exceptionnelle devrait être débloquée.

Située en terre Adélie, dans la zone où s'exercent plus particulièrement les responsabilités françaises en Antarctique, la base Dumont d'Urville est le symbole majeur de notre présence. Il est de notre devoir de disposer d'une station conforme à notre rang et non une suite désorganisée de bâtiments délabrés.


· L'articulation Dumont d'Urville - Concordia

Si les besoins de travaux et d'investissements sont importants, ils ne peuvent sans doute être satisfaits sans se poser la question de l'articulation de notre présence entre la côte et l'intérieur, c'est-à-dire entre Dumont d'Urville et Concordia.

Au cours des auditions, votre rapporteur a bien entendu les interrogations des équipes qui travaillent sur Dumont d'Urville et dans les îles subantarctiques et qui relèvent un moindre investissement de l'IPEV à leur profit. Il a aussi relevé les inquiétudes de ceux qui craignent que la base Dumont d'Urville ne soit perçue que comme le port de transit vers Concordia et finalement délaissée.

Ce malaise doit bien entendu être relativisé mais il illustre un besoin de clarification. La base de Dumont d'Urville doit-elle progressivement se spécialiser dans les sciences de la vie ? Garderait-elle d'autres activités que les observatoires dans les autres domaines ? Comment doit s'organiser la logistique vers Concordia ? Doit-on aller au-delà et, comme les Italiens pour Terra Nova Bay, n'ouvrir la base que pour l'été ou à l'inverse comme le font les Allemands, n'ouvrir leur base de l'intérieur - Kohnen - que l'été ? Doit-on au contraire maintenir DDU dans son format actuel tout en poursuivant le développement de Concordia ?

Votre rapporteur ne peut trancher ces questions. Trois points lui semblent cependant importants :

- Il n'est pas souhaitable de transformer l'une de nos bases en base d'été, car il y aurait de très nombreux inconvénients scientifiques, techniques et politiques pour une économie budgétaire limitée.

- La vocation de Dumont d'Urville en matière de science de la vie est évidente au regard de Concordia où il n'y a ni faune ni flore. Mais cette spécialisation relative ne veut aucunement dire une base au rabais en termes de moyens logistiques et scientifiques, au contraire. Les sciences de la vie ont désormais besoin de matériels performants et de laboratoires perfectionnés. Le temps du naturalisme d'observation, les grosses chaussures aux pieds et le carnet à la main est révolu. Ces chercheurs ont aussi besoin de moyens spécifiques pour se déplacer le long de la côte et en mer. Ils doivent aussi pouvoir mener des études de la faune sous-marine et du milieu océanographique. Affirmer cette vocation, cela veut dire donner des moyens à l'une des disciplines les plus dynamiques de la science polaire française.

- Il serait nécessaire d'établir un plan logistique de moyen terme de la desserte de nos deux bases. La desserte de Dumont d'Urville obéit à des contraintes très particulières de tirant d'eau, d'état de la mer et de la banquise compte tenu de son positionnement sur l'île des Pétrels au sein de l'archipel de Pointe Géologie. Cela rend impossible toute coopération logistique maritime avec des partenaires de proximité qui disposent de grands brise-glace. En revanche, des exemples étrangers de création d'un pool aérien entre l'Antarctique et un autre continent, puis de répartition par aéronefs de moindre tonnage, plaide en faveur d'une association plus étroite avec les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l'Italie, à l'Est, ou avec l'Australie, à l'Ouest. Cela pourrait relancer la question de l'aménagement d'une infrastructure aéroportuaire adaptée à Dumont d'Urville, par exemple sur la banquise si une zone propice était disponible.

Pour Concordia, le passage par Dumont d'Urville soulève certaines difficultés. La première est la définition du moyen de liaison entre Dumont d'Urville et Hobart, les TAAF contestant le partage des charges de l'Astrolabe dès lors qu'une grande partie de la cargaison est destinée à Concordia, hors de la terre Adélie. Le seul soutien de Dumont d'Urville modifierait bien évidemment les besoins logistiques. A contrario, le passage par Dumont d'Urville présente des inconvénients pour le ravitaillement de Concordia car l'accès y est difficile et limité en tonnage et, surtout, l'accès au continent est entièrement dépendant de l'hélitreuillage vers Cap Prud'homme et, pour les charges les plus lourdes, de l'état de la banquise. A Dumont d'Urville, il n'y a d'ailleurs aucune liaison fixe entre les lieux de débarquement - la piste d'atterrissage - et la base. Si le renforcement ou la mise en place d'autres voies d'approvisionnement est une solution, elle est conditionnée soit à la construction d'une piste d'aviation plus importante, soit à l'organisation d'un nouvel itinéraire de raid à partir d'un autre port.

Ainsi, votre rapporteur préconise de :

- réaffirmer la vocation polaire de l'IPEV en évitant que l'activité océanographique ne prenne le pas sur la mission polaire ;

- mettre au niveau de nos grands partenaires les moyens logistiques de l'IPEV ;

- rénover la base de Dumont d'Urville ;

- réfléchir à la complémentarité de la station Dumont d'Urville avec Concordia ;

- envisager une coopération internationale élargie pour la desserte de nos bases antarctiques ;

- accroître les moyens financiers de l'opérateur polaire français.