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Se donner les moyens de l'excellence : la recherche polaire française à la veille de l'année polaire internationale

 

VIII. LA COOPÉRATION INTERNATIONALE : UNE NÉCESSITÉ ET UN OBJECTIF

La recherche en milieu polaire, du moins en Antarctique, est clairement placée sous le sceau de la coopération internationale. C'est la philosophie et la raison d'être du traité de 1959.

L'état d'esprit reste également très marqué par la période des explorations et de l'aventure scientifique. En effet, un lourd tribut humain a été payé pour la découverte des régions polaires. Un grand nombre d'explorateurs sont morts dans ces régions dans des expéditions à vocation scientifique ou au secours d'explorateurs en difficulté. Il y a donc toujours un devoir de solidarité entre les bases et les chercheurs. Ce poids pèse d'ailleurs essentiellement aujourd'hui sur les opérateurs qui disposent des moyens logistiques les plus lourds et en nombre suffisant.

La recherche en milieu polaire, malgré les rivalités nationales et l'émulation entre chercheurs, est aussi marquée par la dynamique impulsée par les trois dernières années polaires internationales de 1882-1883, 1932-1933 et 1957-1958. Les progrès scientifiques et les découvertes effectués par le travail en commun dans ces régions ont imposé comme principe et méthode efficace la coopération internationale.

Ces trois aspects propres aux régions polaires viennent renforcer puissamment la dynamique de coopération internationale présente dans toutes les sciences aujourd'hui.

Pour votre rapporteur, au-delà de ces données générales, la France doit s'engager dans deux axes principaux en matière de coopération internationale : l'impulsion d'une dynamique européenne et la structuration des partenariats internationaux.

A. COMMENT IMPULSER UNE DYNAMIQUE EUROPÉENNE ?

La dimension européenne de l'action de notre pays est fondamentale, la recherche en milieu polaire n'échappe pas à ce principe.

C'est à la fois l'expression d'une volonté politique à affirmer et une absolue nécessité matérielle. Il est toutefois indispensable de bien déterminer le cadre de la coopération, ses objectifs et ses limites et de concevoir une stratégie.

1. L'Union européenne un cadre suffisant ?

C'est bien entendu au sein de l'Union européenne que devrait pouvoir s'effectuer la mise en place d'une coopération structurée en matière de recherche en milieu polaire.

La plupart des partenaires européens y sont désormais présents, la Norvège et la Russie exceptées.

Le PCRD est un puissant vecteur de financement et de fédération de la recherche à travers des programmes majeurs comme EPICA pour les forages glaciaires ou désormais DAMOCLES pour la modélisation de l'océan Arctique et de son impact climatique.

Il fournit aussi des outils de préfiguration du futur en permettant à des réseaux de se constituer comme ARENA pour l'astronomie européenne en Antarctique.

Enfin, l'Union européenne donne un cadre de présentation, de sélection et de validation des infrastructures majeures de recherche au niveau européen, comme c'est actuellement le cas pour le projet de brise-glace polaire allemand Aurora Borealis.

Le niveau communautaire est donc indispensable, mais il n'est peut-être pas suffisant.

En effet, il n'est pas seulement attendu une coopération en matière de recherche mais également et peut-être surtout un partage des coûts logistiques et des infrastructures. Or, à la suite des contacts que votre rapporteur a pu prendre à Bruxelles auprès de la Commission, ce sont des sujets dans lesquels elle ne souhaite pas véritablement s'impliquer.

La Commission est hostile à la création d'une Agence polaire européenne. Sa seule évocation provoque un concert de protestations. En effet, la Commission ne veut pas voir naître un nouveau démembrement l'empêchant d'effectuer les nécessaires arbitrages et réallocations de moyens. Il est vrai que si l'idée peut paraître séduisante de transformer l'European Polar Board qui réunit les directeurs d'instituts polaires européens en une Agence, les choses ne sont pas mûres. Ni les états d'esprit, ni les coopérations de terrain ne permettent aujourd'hui de franchir cette étape. Ainsi, votre rapporteur, sans pour autant rejeter l'idée à terme, ne juge pas réaliste de vouloir dès maintenant la réaliser. Ce serait prématuré et sans doute contreproductif.

En outre, les opérateurs polaires ont l'habitude de fonctionner sur une base en fonction de ce que chacun peut apporter. Cette situation démultiplie donc les différences de moyens entre les grands pays ou ceux qui ont une forte tradition polaire et les autres. Les zones polaires ne sont pas complètement libres d'accès, soit que, comme au Nord, il s'agisse du territoire d'États souverains, soit que, comme au Sud, les coûts ne rendent le continent accessibles qu'à quelques-uns. C'est d'ailleurs le principe de fonctionnement du traité sur l'Antarctique qui, tout en étant ouvert à tous, ne permet qu'aux nations intéressées et capables d'y intervenir de gérer le continent.

Dès lors, il appartient aux grandes agences polaires de promouvoir elles-mêmes une dynamique de coopération européenne.

Votre rapporteur estime que la France pourrait déployer une stratégie européenne en plusieurs dimensions :

- Jouer pleinement le jeu des mécanismes communautaires visant à coordonner et structurer la recherche autour de projets fédérateurs. A cet égard, il paraît absolument nécessaire que l'IPEV devienne l'agence de compétences et de moyens pour la gestion des projets européens dirigés par la France. En effet, il n'est pas normal que certains grands programmes dans lesquels nous avons une contribution scientifique déterminante ne soient pas gérés par la France ou encore que les chercheurs qui gagnent une proposition européenne ne trouvent pas le soutien qu'ils peuvent légitimement attendre de leurs laboratoires ou universités. C'est en réalité à l'IPEV de jouer ce rôle et d'entretenir et de mettre à disposition les moyens adaptés pour assurer le suivi de ces programmes aux plans financier, technique et politique.

- Valoriser nos points d'appui et ouvrir nos bases aux nouveaux membres de l'Union. L'intérêt y est réel, des compétences y sont présentes, mais souvent les moyens financiers manquent. Aucun pays ne doit être exclu d'une dynamique de coopération européenne.

- Donner progressivement une cohérence européenne aux coopérations bilatérales.