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Brésil : le géant vert ?

 

PREMIÈRE PARTIE - PORTRAIT ÉCONOMIQUE DU BRÉSIL

Sans égaler les niveaux récemment atteints par l'Inde ou la Chine7(*), la croissance de l'économie brésilienne a été relativement soutenue au cours des dernières années8(*), notamment sous l'effet du dynamisme de son commerce extérieur.

Même si l'agriculture ne représente que 8 % du PIB brésilien, ce secteur économique, dans son acception la plus large, a apporté une contribution déterminante à cette croissance grâce à la progression particulièrement vive des exportations agroalimentaires. A cet égard, la délégation a pleinement pris la mesure de la volonté du Brésil de se positionner comme le véritable nouveau « grenier » du monde, sans pour autant que la poursuite de cet objectif ne le conduise à négliger la satisfaction des besoins de son marché intérieur. Cette évolution est d'autant plus spectaculaire que le pays présentait encore, dans les années 1980, toutes les caractéristiques d'une économie fermée9(*). Toutefois, le Brésil a opéré sa mutation économique au cours de la décennie suivante et procédé à son insertion dans les échanges internationaux avec la libéralisation du commerce, sa participation active au Mercosur10(*), dont il est l'un des membres fondateurs, et son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dès sa création11(*). De ce fait, le Brésil a procédé à la diminution des tarifs douaniers, à la déréglementation des marchés et à la suppression des subventions à l'exportation. Désormais, ce sont les autorités brésiliennes qui dénoncent sur la scène internationale les effets -jugés pervers- des entraves au commerce mondial, notamment dans le domaine agricole, et l'utilisation de barrières non tarifaires, telles que les normes sanitaires fixées par l'Union européenne, comme instrument de protectionnisme.

Parallèlement à ce trait le plus marquant de l'économie brésilienne, il convient de souligner qu'elle est loin de se cantonner au seul domaine agricole puisqu'elle présente également tous les traits d'une puissance industrielle solidement établie.

I. LE POUVOIR VERT DU BRÉSIL

Historiquement, le Brésil, plus spécifiquement l'Etat de São Paulo, a fondé son développement économique sur la culture du café qui était, de loin, sa première source d'exportation. Même si le pays reste aujourd'hui le premier producteur mondial de café, cette culture n'est plus aussi déterminante pour la croissance brésilienne, ayant été largement dépassée par celles du soja, du sucre et de l'éthanol ou de la viande. Au plan national, le secteur agroalimentaire -principal moteur de la croissance économique- représente entre 27 et 30 % du PIB, 37 % des emplois et jusqu'à 40 % des exportations totales.

A. L'INDUSTRIE AGROALIMENTAIRE, FACTEUR MAJEUR DE CROISSANCE

1. L'immensité des terres : un atout

L'immensité du territoire brésilien et de ses terres exploitables constitue l'un des premiers atouts de son économie agricole. Le Brésil consacre près de 60 millions d'hectares aux différentes cultures et 230 millions d'hectares aux pâturages pour l'élevage12(*). Selon plusieurs estimations présentées à de nombreuses reprises aux membres de la délégation, il resterait, sans tenir compte du territoire de la forêt amazonienne, près de 90 millions d'hectares de terres disponibles pour accroître les cultures. Au surplus, l'élevage pourrait vraisemblablement être rendu plus intensif afin de libérer des pâturages pour d'autres usages agricoles. Les succès nationaux dans le domaine agricole s'appuient également sur l'existence d'importantes ressources en eau, le pays disposant de 18 % des ressources mondiales.

Les terres brésiliennes sont exploitées par plus de 4 millions d'entreprises agricoles. Toutefois, il existe une très forte dichotomie entre petites et grandes exploitations : les plus grandes fermes concentrent ainsi fortement les terres puisque 3,5 % des exploitations brésiliennes totalisent plus de la moitié de la surface agricole.

2. Le leader mondial des exportations agroalimentaires

Le Brésil a connu une croissance régulière de ses exportations agricoles depuis une vingtaine d'années, avec une véritable explosion depuis 2001 : entre 2001 et 2005, les exportations agroalimentaires ont ainsi progressé de 16,3 % par an en moyenne, cette augmentation ayant été encore plus soutenue à destination de certaines économies émergentes, comme l'Inde ou la Chine, en s'établissant à 26 % par an. Conséquence de cet accroissement des échanges agroalimentaires, leur solde s'est élevé, en 2006, à 42,7 milliards de dollars, soit 93 % de l'excédent de la balance commerciale brésilienne (46,1 milliards de dollars). Le Brésil est devenu, au fil des années, le premier exportateur mondial de soja, de sucre et d'éthanol, de boeuf, de poulet, de tabac ou de jus d'orange. A cet égard, le développement de la consommation de sucre dans le monde, à un rythme annuel d'environ 2,5 %, constitue un facteur de croissance de premier ordre puisque le Brésil en est le premier producteur mondial avec 31 millions de tonnes par an.

Les pays membres de l'Union européenne figurent parmi les principaux clients du Brésil (22,1 %), tout comme, pour une part croissante, l'Amérique latine (21 %), les Etats-Unis (17,3 %), la Russie et l'Asie (19 %), notamment sous l'influence du dynamisme de la Chine13(*).

A l'appui de ces éléments statistiques, les membres de la délégation ont pu constater le rôle éminent joué dans ce secteur-clé de l'économie nationale par des entreprises comme Louis Dreyfus Commodities Brasil (LDCB), dont ils ont rencontré le président directeur général, M. Kenneth Geld.

Le groupe Louis Dreyfus au Brésil

Installé au Brésil depuis 1942, le groupe LDCB, qui a débuté ses activités dans le domaine du négoce de produits agricoles, est un des principaux producteurs agricoles du pays. Le groupe, structuré autour de trois filiales, possède aujourd'hui trois usines de soja, une usine de coton, six usines de sucre/éthanol, trois usines de jus d'orange, 40 entrepôts de stockage, 16.000 hectares de plantations d'orange, plus de 30.000 hectares de canne à sucre et deux terminaux portuaires. Les filiales de l'entreprise sont présentes sur les secteurs de la production, de la commercialisation et de l'exportation du café, du coton, de la graisse, du sucre, de l'éthanol, du jus d'orange ou des huiles essentielles. LDCB est devenu le numéro un mondial du coton et le numéro trois du jus d'orange, avec 16 % du marché mondial. Après l'acquisition des actifs du groupe Tavares de Melo dans le secteur du sucre/éthanol, qui lui a permis de doubler sa capacité de traitement de la canne à sucre, LDCB a acquis le statut de deuxième producteur de sucre/éthanol au Brésil derrière le groupe COSAN. Avec un chiffre d'affaires désormais supérieur à 2,5 milliards de dollars (contre 109 millions de dollars en 1987), le groupe emploie 15.000 personnes, dont 10.000 pour le seul secteur du sucre/éthanol.

La réussite brésilienne dans le domaine de l'agro-négoce s'explique principalement par les importants gains de productivité enregistrés dans le secteur de l'agriculture au cours des dernières années, soutenus par un grand mouvement de modernisation et de mécanisation de nombreuses exploitations et, plus récemment, par l'augmentation des surfaces cultivées. Selon l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), la productivité globale des facteurs de production s'est accrue de 40 % entre 1990 et 2004. Dans certains secteurs, ces gains ont été spectaculaires : ainsi, entre 1991 et 2006, ils ont été de 200 % pour la production de coton, de 80 % pour le maïs, de 52 % pour le soja ou de 44 % pour le blé.

Malgré ces efforts de modernisation, toutes les exploitations agricoles n'ont cependant pas bénéficié de manière équivalente des effets positifs de ces gains de productivité. L'économie agricole brésilienne reste traversée par un clivage entre deux types d'agriculture, qui relève moins d'une dichotomie entre une agriculture entrepreneuriale et une agriculture familiale que d'une opposition entre une agriculture insérée dans les échanges internationaux et une agriculture de subsistance, laquelle concerne encore plus de deux millions d'exploitations.

* 7 En raison d'un retard de développement économique au Brésil moindre que dans ces deux pays.

* 8 4,9 % en 2004, 2,9 % en 2005, 3,7 % en 2006 et 4,4 % en 2007.

* 9 Prix garantis, subventions publiques importantes, achat et entreposage par le gouvernement, etc.

* 10 Institué par le traité d'Asunción du 26 mars 1991, le Mercosur a pour objectif l'établissement d'un marché commun et d'une union douanière (libre circulation, tarif extérieur commun) entre l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay.

* 11 Adhésion au 1er janvier 1995.

* 12 Chiffres à comparer aux 20 millions d'hectares de cultures et aux 10 millions d'hectares de prairies en France.

* 13 A titre d'exemple, la Chine absorbe 35 % des importations mondiales de soja, végétal dont le Brésil est le plus important producteur au monde.