B. UN PROJET DE GRAND PARIS ANCIEN MAIS JAMAIS RÉALISÉ

L'histoire des institutions parisiennes est marquée, depuis leur origine, par la volonté du pouvoir central de limiter l'autonomie de la capitale. L'expérience des insurrections parisiennes ne fera que conforter la conviction des autorités qu'il convient de réserver un sort à part à la ville de Paris qui est aussi le siège des institutions. C'est pourquoi la ville comme le conseil général sont placés sous une double tutelle du préfet de police et du préfet de la Seine.

1. L'histoire des institutions parisiennes

A l'origine, le décret du 13 janvier 1790 définit un département de Paris délimité par un rayon de trois lieues autour de Notre-Dame et entièrement entouré du département de Seine-et-Oise. Il fut divisé en 1794 en deux districts de Saint-Denis et de Bourg-la-Reine et prit le nom de département de la Seine.

Les relations administratives entre Paris et la banlieue sont vécues par les communes avoisinantes sous l'angle de la tutelle étroite exercée par la direction des Affaires départementales de la préfecture de la Seine composée en particulier d'une sous-direction des communes. La gouvernance de la région parisienne repose dès lors sur quatre autorités : la préfecture de la Seine, la préfecture de police, le conseil municipal de Paris et le conseil général de la Seine composés d'élus parisiens et d'élus banlieusards toujours minoritaires.

Dans les faits, il apparaît que la gouvernance de l'agglomération parisienne doit beaucoup aux élus locaux qui ont su se regrouper dans des associations. C'est ainsi qu'est créée en 1924 l'Union amicale des maires de la Seine. Les élus de banlieue se convertissent à une logique intercommunale précoce qui est à l'origine d'une solidarité « transinstitutionnelle ». Ce mouvement se fait à travers l'affirmation des « mairies triomphantes » et donc du fait communal mais aussi à travers la mise en place de syndicats intercommunaux des communes de Seine-banlieue chargés de l'octroi, du personnel municipal, du gaz, des pompes funèbres. Comme le souligne l'historienne Annie Fourcaut, « la Seine-banlieue fonctionne comme un système urbain, créé par l'urbanisation, l'industrialisation, les réseaux et surtout le volontarisme en matière urbaine des maires et du personnel communal » 5 ( * ) .

Dans ces conditions, les historiens estiment que la représentation classique des rapports entre l'État et les communes ne peut être pensée à travers le prisme du jacobinisme. La tutelle de la préfecture de la Seine apparaît davantage comme un partenariat négocié, l'État ayant toujours su déléguer. Au quotidien, le primat de l'administration semble s'imposer sur un clivage partisan grâce à l'action conjointe des maires, des élus au conseil général de la Seine et aux administrateurs de la préfecture.

* 5 « Les relations entre Paris et les banlieues, une histoire en chantier » par Annie Fourcaut, préface à l'ouvrage « Paris/Banlieues : conflits et solidarités », éditions Creaphis 2007, p. 28.

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