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Le nouvel espace rural français

 

2. Les services induits par l'augmentation de la demande locale : les économies résidentielle et présentielle

Les économies résidentielle et présentielle

L'économie résidentielle peut être définie comme l'ensemble des activités économiques majoritairement destinées à satisfaire les besoins des populations résidant sur un territoire. S'appuyant sur la consommation locale, elle s'oppose aux activités économiques dont l'existence dépend majoritairement d'une demande extérieure au territoire et qui sont soumises à la concurrence des activités économiques identiques présentes sur d'autres territoires. L'économie résidentielle a pour caractéristique de ne pas être soumise à une forte concurrence extérieure, même si, au sein du territoire concerné, la concurrence entre les activités résidentielles existe. Répondant aux besoins locaux des populations, elle n'est donc pas sujette à délocalisation.

La définition de l'économie présentielle, qui présente les mêmes mécanismes économiques que l'économie résidentielle, est légèrement différente de celle-ci puisque son moteur n'est pas la consommation des seuls résidents d'un territoire, mais également celle des personnes présentes provisoirement sur ce territoire. A la différence de l'économie résidentielle, elle intègre donc notamment la présence touristique.

La dynamique démographique de l'espace rural induit donc, au travers des mécanismes des économies résidentielle et présentielle, une dynamique économique, qui se traduit notamment par des créations d'emplois diversifiés dans le secteur des services.

a) Une création d'emplois diversifiés dans le secteur des services

L'économie résidentielle a pour composante essentielle des activités de service. En effet, les biens industriels et agricoles qui satisfont la demande locale peuvent facilement, du fait du développement des moyens de transport, provenir d'entreprises installées dans des territoires éloignés.

En revanche, certains services doivent nécessairement se situer à proximité des lieux de résidence des populations. Les services à la personne, mais aussi les activités de commerce au détail et une partie de l'artisanat entrent dans cette catégorie.

(1) Le « boom » des services à la personne

Les services à la personne regroupent diverses activités, dont le périmètre reste relativement flou. Selon le rapport du Conseil économique et social de 200767(*), ce secteur « peut être statistiquement décrit a minima comme la réunion de deux ensembles connus : les emplois familiaux et l'activité des assistantes maternelles à leur domicile ». Parmi les emplois familiaux sont compris les services d'entretien du domicile, d'aides aux personnes âgées ou handicapées, de gardes d'enfants et de soutien scolaire.

Le dynamisme économique des services à la personne se traduit, depuis quinze ans, par une forte augmentation du nombre de salariés du secteur. Le Conseil économique et social, dans son rapport, note ainsi qu'en 2004, les salariés du secteur des emplois familiaux sont environ un million, en croissance de 5,1 % par rapport à 2003. Ce dynamisme concerne aussi les emplois d'assistantes maternelles, au nombre de 264.000 en 2005, en progression de 4,3 % par rapport à 2004. Le développement du nombre d'assistantes maternelles est particulièrement rapide en secteur rural, dont il renforce l'attractivité puisqu'il permet aux familles de trouver plus facilement des moyens de garde pour leurs enfants en bas âge.

Au total, le nombre d'emplois créés par le secteur des services à la personne a progressé de 4,6 % entre 2003 et 2004. Cette évolution est encore plus marquante sur le moyen terme puisque, entre 1994 et 2004, le nombre de salariés du secteur des services à la personne a presque doublé, passant de 639.000 à 1.260.000.

Le dynamisme des services à la personne résulte en particulier des emplois d'aide au maintien à domicile pour les personnes âgées. Il est donc appelé à se poursuivre, le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans devant passer de 1 à 2 millions d'ici 2015. Mme Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la solidarité, a ainsi précisé, le 13 février 2008, à propos des emplois d'assistance aux personnes âgées, que « les besoins de recrutement au niveau national sont estimés à 400.000 emplois à l'horizon 2015, dont 200.000 liés aux départs en retraite dans les dix ans et 200.000 à des créations d'emplois ».

Par ailleurs, l'Etat a mis en place des outils destinés à renforcer cette dynamique. La loi du 26 juillet 2005 relative aux services à la personne a ainsi poursuivi un double but : solvabiliser la demande de services et mieux structurer l'offre du secteur. Le chèque emploi-service universel (Cesu) en constitue l'outil principal. Il vise à simplifier, sécuriser et élargir l'emploi des deux instruments financiers précédemment existants : le chèque emploi-service et le titre emploi-service.

En matière de services à la personne, l'espace rural présente des spécificités importantes. Comme le note l'observatoire régional des métiers de Provence-Alpes-Côte d'Azur68(*), « la présence dans un village d'un nombre suffisant de demandeurs du même service est peu fréquente ». Dans l'espace rural plus qu'ailleurs, le caractère polyvalent de l'offre de services à la personne est donc essentiel pour que le marché atteigne une taille suffisante, permettant le développement de ces services. Par ailleurs, le désenclavement de l'espace rural favorise la mobilité des prestataires de services à la personne et leur permet ainsi d'étendre leur marché.

Afin de favoriser l'expansion des services à la personne, notamment dans l'espace rural, la loi du 26 juillet 2005 a mis en oeuvre une exonération de cotisations patronales de sécurité sociale pour les rémunérations des salariés employés par les associations ou entreprises agréées dans le domaine des services à la personne. La professionnalisation du secteur progresse. Elle contribue à son dynamisme et favorise le développement de services polyvalents adaptés aux zones rurales. Le nombre d'organismes agréés de services à la personne est passé de 85 en 1998 à 573 en 2004, soit une multiplication par plus de 6,5 en 6 ans. Parallèlement, le nombre d'heures de travail effectuées par l'intermédiaire de ces organismes est passé, sur la même période, de 275.000 à 2,8 millions, soit une multiplication par plus de 10.

Enfin, un plan de développement des services à la personne a été mis en place pour les années 2005 à 2009 et une Agence nationale des services à la personne créée par un décret du 14 octobre 2005 relatif à ladite agence. Elle a pour objectif, d'une part, de favoriser la concertation et l'engagement de tous les acteurs du secteur et, d'autre part, de participer au dynamisme du secteur en soutenant la création et le développement des activités de services à la personne.

* 67 Le développement des services à la personne, rapport présenté par M. Yves Vérollet au nom du Conseil économique et social, 2007.

* 68 Observatoire régional des métiers de Provence-Alpes-Côte d'Azur, mémo n° 37, novembre 2007.