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Russie : puissance ou interdépendance énergétique ?

 

C. LES PERSPECTIVES DE DÉVELOPPEMENT DE LA RÉGION

1. Un débouché stratégique sur la route maritime du Nord

a) Le seul port d'accès direct à la haute mer pour la Russie

D'une surface de 144 900 km2, la région de Mourmansk est située dans l'extrême nord de la Russie, pour la plus grande partie au-delà du cercle polaire, englobant toute la péninsule de Kola. La région est baignée par la mer Blanche au sud et par la mer de Barents au nord. Elle est limitrophe de la Finlande et de la Norvège à l'ouest, et de la région de Carélie au sud-ouest. Le climat est tempéré par le Gulf Stream : les hivers sont longs mais peu rigoureux, et les étés frais. La région est plongée dans la nuit polaire l'hiver, et baigne dans les nuits blanches de mai à juillet.

b) La plus forte concentration humaine au nord du cercle polaire

La population de la région de Mourmansk, urbaine à 90 %, diminue régulièrement depuis dix ans, au rythme annuel de - 0,8 % en moyenne, et compte 840 600 habitants au 1er mai 2009. Cette baisse démographique est due tant à un solde naturel négatif qu'à l'émigration vers le reste du pays, dont le flux annuel est de 5 000 personnes en moyenne.

La moyenne d'âge est de 33 ans. La population active représente 52,3 % du total. Le chômage, très inégal selon les districts, a diminué jusqu'en 2007 pour atteindre 6,8 %, mais est remonté en 2008, pour s'établir à 7 % en 2008 (supérieur au taux de chômage national, qui est de 6,3 %).

Avec un salaire mensuel moyen de 23 165 roubles en 2008, soit environ 538 euros, la région dépasse largement la moyenne russe, qui est de 17 112 roubles, soit 397 euros. Les salaires ont toujours été plus élevés à Mourmansk pour attirer la main d'oeuvre, mais cet avantage s'érode.

c) Une économie centrée sur les ressources naturelles

L'économie de la région de Mourmansk est basée essentiellement sur l'exploitation des ressources naturelles. La péninsule de Kola bénéficie de plus de 60 gisements importants de ressources minérales : 30 variétés de minerais sont exploitées, parmi lesquelles le phosphore, le titane, le cuivre, le nickel, le zirconium. D'autres métaux rares, (platine, or, cobalt) et des gisements considérables de mica et de pierres semi-précieuses sont également présents. La région fournit la totalité de l'apatite (phosphate de calcium) russe, 10 % du fer, 14 % du cuivre et 43 % du nickel. La mer de Barents abrite des gisements importants de pétrole et de gaz, dont celui de Shtokman.

Mourmansk est le premier port de pêche de la Russie. Le secteur compte 170 sociétés employant 12 000 salariés, et six sociétés de pisciculture. Les prises de poissons (536 millions de tonnes) sont cependant en forte diminution par rapport aux années 1970 et 1980, tandis que l'importation de produits de la mer a augmenté de 20 % en dix ans, notamment grâce à des accords avec le Maroc. Les co-entreprises russo-norvégiennes, au nombre d'une quarantaine, sont très actives dans le secteur.

2. L'un des futurs pôles de croissance en Russie

a) Une transition difficile à la fin de l'époque soviétique

Durant l'époque soviétique, l'attractivité de Mourmansk était fortement liée à sa position géographique par rapport à la Russie d'Europe. De fait, la région avait pris la tête du front de peuplement et d'urbanisation de la presqu'île de Kola encore quasiment inhabitée.

L'abandon, dans les années 1990, de la politique volontariste à l'égard du Grand Nord a plongé l'agglomération dans une grave crise économique, sociale et environnementale, et le profil socio-économique de la région a difficilement résisté à la transition.

La démilitarisation de la presqu'île de Kola est une cause directe de cette crise. Nombre de militaires ont quitté la région, le complexe militaro-industriel s'est effondré et les chantiers navals militaires ont périclité. Toutefois, alors qu'elle ne génère plus d'emplois, la marine militaire occupe encore cinq des sept fjords situés entre la baie de Kola et la frontière norvégienne : bases navales, chantiers de démantèlement des sous-marins, stockage du combustible nucléaire, cimetières à bateaux. Les contraintes que cette présence militaire impose aux investisseurs a jusqu'à présent bridé le développement du port et de l'agglomération.

b) Une reconversion vers l'énergie et les transports

La réorganisation des transports maritimes du marché national vers les marchés extérieurs est l'élément-clé du renouveau économique de Mourmansk. Au cours des années 1990, tout d'abord, le transit a porté sur les minerais (partiellement pour l'exportation vers Rotterdam) : apatite pour les engrais, charbon, nickel. Mais si Mourmansk est devenu aujourd'hui en tonnage l'un des cinq premiers ports maritimes de Russie, c'est aussi grâce aux hydrocarbures.

Excentrée, la ville ne se trouve pas sur la voie classique d'acheminement des hydrocarbures russes. Alors que les principaux oléoducs reliant les gisements de l'Est aux marchés de la Russie centrale ou de l'étranger sont saturés, il s'agit aujourd'hui de trouver d'autres routes. Ainsi, depuis le début des années 2000, le pays s'est lancé dans de nouvelles voies de sortie de pétrole comprenant l'acheminement par voie ferrée ou fluviale en provenance des zones d'extraction jusqu'aux ports des mers Blanches et de Barents, puis le transbordement sur des tankers maritimes.

Mais c'est surtout l'exploitation de nouveaux gisements dans la région (Timan-Petchora, arrondissement autonome des Nenets de Iamal), puis la création et l'extension de terminaux sur les côtes arctiques, tous voués à augmenter leur tonnage dans les prochaines années, ainsi que son port libre de glace et sa situation à proximité de la frontière norvégienne qui ont fait de Mourmansk un point important d'exportation de pétrole.

c) Les grands projets d'investissement

Depuis la visite du port de Mourmansk par Vladimir Poutine en mai 2007, le principal projet d'investissement dans l'agglomération est le doublement de ses infrastructures d'ici à 2015, ce qui devrait permettre de concrétiser les perspectives d'extraction et d'exportation du pétrole et du gaz de la mer de Barents. Cet objectif implique, entre autres, la participation de capitaux étrangers, l'aménagement de la rive gauche du fjord, l'installation de nouveaux terminaux à charbon et à containers, ainsi que d'un terminal pétrolier central pouvant se substituer aux terminaux flottants, et la construction d'une nouvelle centrale marémotrice.

Le gouvernement local a adopté en 2001 une stratégie de développement jusqu'en 2015. Après l'achèvement en 2005 du pont de la baie de Kola, les principaux projets sont la mise en exploitation d'ici 2013 du gisement gazier de Shtokman et la construction d'une usine de GNL à Teriberka, le développement du port, un pipe-line Surgut-Ukhta-Mourmansk, la modernisation de l'usine de nickel de Pechenga, la construction d'une deuxième usine d'aluminium a Kandalakcha, la mise en valeur de nouveaux gisements d'apatite et de métaux rares, la construction de quatre brise-glaces à propulsion nucléaire, et la mise à niveau des infrastructures électriques (nouvelle tranche nucléaire, installations d'éoliennes).

3. Une présence française à renforcer

a) Une faible participation étrangère à l'économie de Mourmansk

La région de Mourmansk a reçu 55 millions de dollars d'investissements étrangers en 2008, après 62,5 millions en 2007 et 102 millions en 2006. Ces montants restent modestes pour une région si riche en hydrocarbures et en matières premières : ils représentent 0,1 % des investissements étrangers reçus en Russie en 2007. Ces investissements sont réalisés principalement dans les secteurs de la pêche et de l'industrie du poisson, des services et de l'immobilier, de l'industrie manufacturière, ainsi que, dans une moindre mesure, le négoce et le transport. Les mines et les hydrocarbures sont entièrement contrôlés par les Russes.

Si l'on considère la répartition par pays en 2008, la Belgique occupe la première place des investisseurs avec 45 % du total, suivie de Chypre avec 22 %, de la Norvège avec 20 % et des Iles Vierges avec 6,6 %. L'essentiel de l'investissement est constitué de prêts et résulte d'un rapatriement de capitaux russes.

Les échanges commerciaux de la région ont atteint 3,2 milliards de dollars en 2008. Leur dynamisme est essentiellement dû aux exportations, qui sont plus de sept fois supérieures aux exportations. C'est le profil typique d'une région de matières premières où les industries de transformation sont peu présentes.

En 2008, les Pays-Bas arrivent en tête des pays destinataires des exportations (24,8 %), suivis de la Chine (20 %), la Norvège (10,3 %) et la Finlande (6,5 %). Cette même année, les principaux fournisseurs de la région sont la Corée (26,6 %), l'Allemagne (24,2 %), la Suède (7,8 %), Singapour (6,6 %) et la Finlande (5,6 %). La France n'est que le seizième fournisseur, avec 0,2 millions de dollars de ventes directes en 2006, principalement des alcools.

Du 16 au 18 octobre 2009, un Forum international s'est tenu pour la première fois à Mourmansk, qui a réuni les cinq ministres des affaires étrangères de la Russie, de la Norvège, de la Finlande, de la Suède et du Danemark. De nombreux chefs d'entreprises y ont participé, dont les présidents de Loukoil et de Gazprom.

b) Le projet Shtokman : un atout pour les entreprises françaises

Comme il a été indiqué, le projet Shtokman, s'il se concrétise, aura d'importants prolongements en termes d'infrastructures terrestres. Si Total confirme son engagement, nombre de sous-traitants et d'entreprises françaises dont les offres sont complémentaires pourraient réussir à s'implanter dans la région, à condition, bien sûr, d'être commercialement compétitives, de développer des partenariats locaux, et de remporter les appels d'offres qui seront lancés.

c) Des opportunités pour la coopération décentralisée franco-russe

Mourmansk offre également des opportunités de coopération décentralisée et culturelle franco-russe. Ainsi, il y a manifestement des synergies entre la région de Mourmansk et une région maritime française comme la Bretagne, et plus particulièrement avec la ville de Brest. De même, l'université de Mourmansk, qui comporte un département linguistique de français, est désireuse de se jumeler avec une université française.