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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes) ( rapport d'information )

MARSEILLE - COLLÈGE ELSA TRIOLET 15 NOVEMBRE 2010

Personnes rencontrées :

- ALLIGIER, Maryline Professeur Histoire-Géo et Cinéma

- ANGOSTO, Joël Professeur d'espagnol

- BENSADEK, Abdelaziz Professeur de mathématique

- BOLIS, Magalie Professeur de français

- BUISSON, Maryse Chargée de mission IA13

- CALCAGNO, Mélanie Professeur de mathématique

- DE LA CRUZ, Marie-Josée Secrétaire du RAR

- DI GIULIO, Vérane Professeur d'anglais

- DUVENON, Bernard Principal

- MARI, Jean-Bernard Professeur de mathématique

- MORAN, José CPE

- QUEINNEC, Jean-Marie Principal Adjoint

- RAGOT, Christelle Conseillère d'éducation - Psychologue

Devant le collège Elsa Triolet à Marseille

Arrivée au Collège Elsa Triolet située dans le XVe arrondissement de Marseille (Quartiers Nord). Nous sommes en face d'une équipe éducative jeune, motivée et très soudée.

La réunion commence par souligner qu'il faut favoriser à tout prix le travail personnel des élèves et les motiver à avoir plus d'ambition. Il faut une continuité éducative avec les partenaires sociaux/éducatifs locaux.

La situation du collège est souvent sereine. Mais il y a toujours des imprévus et des tensions. Souvent les litiges dans les quartiers sont le résultat « d'embrouilles » entre jeunes : « On insulte les morts », rapportés sur des blogs ou les téléphones portables. Les nouveaux moyens de communication accentuent les problèmes.

En outre on assiste aux phénomènes des groupes qui permettent aux jeunes de s'identifier à un destin collectif.

En compagnie du Principal du collège Elsa Triolet, Bernard Duvenon

C'est un « petit » collège à taille humaine, il y a une bonne ambiance générale dans l'établissement. Il est d'ailleurs beaucoup plus logique de maintenir des petites structures éducatives pour les élèves. Il y a peu de mixité sociale et le problème fondamental est celui de l'absence de maîtrise de la langue française chez les élèves.

Les groupes de langue sont une bonne initiative pour renforcer cette maîtrise du français entre la 6ème et la 3ème, mais les effectifs doivent être moins importants pour produire de bons résultats. Les groupes de langage doivent commencer dès l'école maternelle, mais les personnels des maternelles ont peu de temps à consacrer à la conversation en français. Un des problèmes tient au fait que les enfants n'ont pas assez d'interlocuteurs adultes.

Il faut donner aux élèves le sentiment que l'enseignement leur sert à quelque chose. Il faut parvenir à les impliquer dans le travail scolaire. Les stages d'immersion sont une bonne formule. On assiste dans l'école à la confrontation des différents codes de langage - notamment au regard de la culture -, qui ne sont pas nécessairement partagés, ni par les enfants, ni par les parents. Il y a de ce fait peu de liens entre ces codes et les élèves. On se rend compte de cette insuffisance de maîtrise des codes sociaux lors des entretiens d'embauche.

Réunion avec le personnel enseignant du collège Elsa Triolet

Le principe de mixité du collège est remis en cause ; de plus, les élèves n'adhérent pas à ce qu'est l'école. Néanmoins, l'école reste un refuge. Il faut tenir compte d'un environnement très dégradé dans les quartiers, socialement et culturellement. 38 % des habitants vivent de prestations sociales. La précarité est de plus en plus forte dans les familles. En raison du chômage, il est très difficile pour les jeunes de projeter leur avenir dans l'emploi.

La principale motivation des collégiens à la fin de la journée, est de sortir de l'école. Ils manquent d'ambition et de projets ; ils n'ont pas de valeurs de référence. C'est la télévision et les grandes surfaces qui les attirent avec les valeurs qu'elles véhiculent. Pour autant, les jeunes ont peur de la rue et l'école reste pour eux un refuge. Le travail a une place centrale à l'école. L'école est à contrecourant sur tout. Elle va à l'encontre de la culture orale qui est souvent celle des parents.

D'un large échange de vues, il résulte que pour assurer le succès des efforts entrepris, il faut une stabilité des dispositifs. Il faut plus d'heures de postes et non pas des heures supplémentaires compte tenu de leur pénibilité. La disparition des contrats aidés aura de graves conséquences.

Par ailleurs, le décrochage des enfants résulte aussi du manque de sommeil et de leur préférence pour les offres de loisirs. Les jeunes aiment plus « la tchatche » que les discours construits. Quant aux parents, eux-mêmes à l'écart des codes de l'école, ils sont absents dans l'aide aux enfants. Les élèves veulent bien travailler à l'école, mais pas à la maison.

Néanmoins, une grande majorité des enfants adoptent la démarche scolaire. Cette majorité peut s'insérer dans la société à la condition qu'ils trouvent les facteurs sociaux et professionnels qui leur permettront de s'insérer.

Avec 37 % des parents qui n'ont pas d'activité professionnelle, qui vivent de l'aide sociale, qui ne sont pas dans une logique d'autonomie et qui, souvent, ne parlent pas le français, le lien avec la famille est difficile. Les parents ne comprennent pas ce qui est noté dans le carnet de correspondance. Or, l'école ne peut pas se faire sans les parents.

Le collège reçoit 50 demandes de dérogations à l'entrée en 6ème chaque année (pour partir dans un autre établissement), soit un manque de 200 élèves au total. 43 % des élèves passent au lycée mais 30 % de ces 43 % ne réussissent pas leur année de seconde.

D'un autre échange, il résulte que les résultats sont d'autant meilleurs que l'équipe enseignante mène un travail de fond avec des règles communes. Les professeurs sont les seuls à dire aux jeunes qu'ils doivent faire des efforts, alors que les médias audio-visuels leur montrent le contraire. Il faut aussi accompagner les jeunes enseignants dans leur propre formation. L'école va bien quand elle a du sens et de la stabilité dans le long terme.