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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes) ( rapport d'information )

D. COMPTE RENDU DE L'AUDITION DE M. ERIC MAURIN, DIRECTEUR D'ÉTUDES À L'EHESS

M. Eric Maurin, sociologue, est l'auteur de l'étude intitulée : « Quels effets attendre d'une politique d'implication des parents d'élèves dans les collèges ? Les enseignements d'une expérimentation contrôlée ». Ce travail, effectué à l'intention de M. Martin Hirsch, Haut Commissaire à la jeunesse, comporte une expérimentation sur 37 collèges dont deux tiers en ZEP.

1- L'enquête

La mission, confiée à l'École d'économie de Paris, se proposait au départ d'évaluer les résultats de l'accompagnement éducatif individualisé. Une telle évaluation s'est révélée impossible à réaliser de façon satisfaisante. Il a donc été décidé de focaliser le travail entrepris sur le rôle des parents dans la réussite de leurs enfants, et l'utilité d'actionner ce levier pour lutter contre l'échec scolaire.

L'étude a porté sur 200 classes de 6ème. 100 classes ont été tirées au sort. Les parents d'élèves de ces 100 classes ont été invités à participer à des réunions d'information (3 réunions de base et davantage s'ils le souhaitaient). Chaque famille a été contactée individuellement par le principal. 20 % des familles ont accepté de participer à ces réunions. L'étude a été peu coûteuse (1 500 euros par classe).

La comparaison entre classes donne les résultats suivants :

- l'absentéisme est 20 % plus faible dans les classes expérimentales que dans les classes témoins ;

- les sanctions scolaires y sont 20 % à 30 % moins fréquentes ;

- les félicitations y sont plus fréquentes ;

- les notes de vie scolaires sont meilleures.

Du point de vue des résultats scolaires la différence est moins nette mais néanmoins du même ordre de grandeur que la différence existant entre enfants de cadres et non cadres.

Il faut souligner que les effets de l'expérimentation sont diffus sur l'ensemble de la classe : cet effet est presque aussi fort sur les enfants des familles n'ayant pas participé aux réunions que sur les enfants des familles qui y ont participé. L'implication des parents dans la vie scolaire a donc non seulement des effets directs sur le comportement et les résultats de leurs enfants, mais elle a aussi des effets externes sur l'ensemble de la vie de la classe.

2- L'explication du résultat de l'enquête

D'après M. Eric Maurin, l'individualisation de la démarche est l'un des facteurs essentiels de sa réussite. A défaut, le fractionnement des enseignements et l'absence de contacts suivis avec les familles créent une situation d'anomie.

Les autres ressorts du succès de l'expérience sont les suivants :

- de nombreux parents n'ont qu'une idée vague du niveau d'exigence requis et du soutien qu'ils doivent apporter à leurs enfants ; ils ne pensent être en mesure d'améliorer les résultats scolaires de ceux-ci ;

- l'expérience modifie l'attitude de quelqu'un qui est ensuite en contact quotidien avec l'enfant, ce qui démultiplie les résultats (effet vertical) ;

- l'effet se diffuse à l'intérieur de la classe, entre les enfants (effet horizontal).

L'implication des parents a donc un fort effet de levier.

3- Les autres enseignements de l'enquête

Par ailleurs, l'étude a permis de collecter de très nombreuses données, constituant une source de recherches fructueuse.

Elle a révélé que l'année de 6ème était une année d'explosion des inégalités. Si l'école primaire fige les inégalités, la 6ème les accroît de 12 %. L'écart ici mesuré n'est pas un écart de niveau, mais un écart de progrès, ce qui est évidemment plus grave.

On observe même qu'une petite fraction des élèves régresse en niveau entre le début et la fin de la 6ème.

Cette situation s'explique sans doute par le fait que les pratiques pédagogiques rendent nécessaire un soutien familial socialement discriminant.

4- La comparaison avec le Royaume-Uni

M. Eric Maurin a évoqué la comparaison avec le Royaume-Uni où existe un dispositif de « special education needs » à l'intention d'environ 20 % des élèves. L'évaluation de ce dispositif donne des résultats très décevants :

- d'une part, on n'observe pas d'effet positif significatif sur le niveau des élèves ; l'effet pourrait même être négatif, en raison de la stigmatisation induite par l'entrée dans le dispositif ;

- d'autre part, l'accès au dispositif « special education needs » est très inégal, notamment pour les élèves de niveau moyen à faible, qui n'y ont pas tous accès, car leur participation au programme est fonction de leur niveau relatif au niveau local. Les élèves qui accèdent au dispositif progressent moins vite que les autres. L'effet de stigmatisation est donc auto-réalisateur.

Il est notable qu'au Royaume-Uni, la notion de « classe » comme unité de vie et d'enseignement n'existe pas comme en France. On parle de « year group ». Les classes sont recomposées par matières.

5- Autres pistes

D'autres pistes de recherches ont été évoquées :

- quelle est l'influence de la composition de la classe sur les résultats des élèves ?

- voir le rapport de la Commission présidée par M. Marcel Pochard sur l'évolution du métier d'enseignant (2008)

http://www.education.gouv.fr/pid495/commission-sur-evolution-metier-enseignant.html

- voir les travaux du Haut conseil de l'éducation (HCE)

http://www.hce.education.fr/index.php?p=6&art_id=

- prendre la mesure du choc représenté par l'entrée en 6ème ;

- regarder si la notion de socle commun de compétence a des effets sur les pratiques pédagogiques ;

- approfondir la connaissance de certaines variables, notamment celles qui ont un fort effet démultiplicateur : surpeuplement du logement, présence ou non d'espaces de bureaux y compris en bibliothèque, effet des écrans (télévision, internet, jeux vidéos). Au Royaume-Uni, une étude montre que l'investissement informatique à l'école a des effets positifs très forts (avec probablement un effet sur les pratiques à la maison ?).