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Le tourisme, un atout formidable pour la France

29 juin 2011 : Le tourisme, un atout formidable pour la France ( rapport d'information )

II. TABLE RONDE N° 2 : ATTRACTIVITÉ ET COMPÉTITIVITÉ DE LA « DESTINATION FRANCE » : LES ATOUTS ET LES MARGES DE PROGRESSION

Lundi 2 mai 2011

Réunie le lundi 2 mai 2011 sous la présidence commune de MM. André Ferrand, rapporteur spécial, et Michel Bécot, président du groupe d'études du tourisme et des loisirs, la mission d'information a procédé à une table ronde réunissant MM. Christian Mantéi, directeur général d'Atout France, Jacques Augustin, sous-directeur à la sous- direction du tourisme de la direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS), Jean-Luc Michaud, président délégué de l'Institut français du tourisme (IFT), Jean-Louis Balandraud, secrétaire général du Conseil national du tourisme (CNT), Mmes Sophie Huberson, déléguée générale du Syndicat national des espaces de loisirs, d'attractions et culturel (SNELAC), Maria Gravari-Barbas, directrice de l'Institut de recherche et d'études supérieures du tourisme (IREST), Nathalie Fabry, maître de conférences, responsable du Master Management du tourisme de l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée - Cluster Tourisme et M. Claude Perignon, director european affairs (groupe TUI travel PLC).

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Une première table ronde s'est tenue le jeudi 29 avril dernier. Notre offre est très diverse, il s'agit de promouvoir la destination France à l'étranger, destination variée et riche. Nous avons un potentiel exceptionnel, mais en ce qui concerne les moyens de promouvoir cette offre, d'en tirer partie, est-ce que notre organisation est optimale ? N'y-a-t-il pas de redondances, de dispersion entre tous les acteurs, qu'ils soient publics, territoriaux ou nationaux ?

Nous avons reçu vendredi 30 avril, à leur demande, les représentants de l'administration des douanes, qui ont regretté de ne pas être partie prenante de la « Charte de l'accueil » qui a été initiée par le ministre Frédéric Lefebvre. Quant à nous, nous pensons qu'il nous faudrait réunir la douane, la police des frontières, les gens de Roissy, les gens d'Aéroports de Paris dans une table ronde spécifique. Le ministre nous avait dit l'avoir déjà fait pour l'élaboration de la Charte, mais nous avons constaté que la douane avait été oubliée. Nous aimerions aussi nous assurer que la Charte soit suivie d'effet.

Afin d'organiser nos travaux d'aujourd'hui, nous vous proposons un tour de table au cours duquel chacune et chacun d'entre vous voudra bien dire ce qu'il pense sur les trois points suivants :

- dans quels domaines la France dispose-t-elle d'atouts concurrentiels forts (neige, gastronomie, oeno-tourisme, patrimoine, outre-mer, etc.) par rapport à ses voisins européens ?

- quelles mesures mettre en oeuvre pour promouvoir ces secteurs et satisfaire les attentes de la clientèle internationale ?

- quels efforts de compétitivité produire en priorité (formation professionnelle d'excellence, nouvelles technologies de l'information, etc.) ?

Je donne maintenant la parole à mon collègue Michel Bécot.

M. Michel Bécot, rapporteur, président du groupe d'études du tourisme et des loisirs. - Tout d'abord, je me félicite que la commission des finances s'intéresse au tourisme et je remercie mon collègue André Ferrand de m'associer à ses travaux. La question du tourisme est un réel problème dans notre pays, ainsi que le savent les gens autour de cette table, tous des spécialistes. J'ai été président de « Audit France » pendant huit ans et j'ai eu l'occasion de faire le tour du sujet. Je suis satisfait de constater que nous ferons un rapport commun avec la commission des finances, rapport qui aura peut-être donc de ce fait plus de poids pour obtenir les moyens d'investir. Les dépenses en matière de tourisme ne sont pas inutiles, c'est de l'investissement. Pour un euro investi, on en récolte trois ou cinq.

Nous avons des résidences de tourisme et de l'hôtellerie en mauvais état, l'hôtellerie familiale notamment. Nous devons faire un effort sur la formation dans l'hôtellerie. Nous devons faire de la coordination avec les régions, les conseils généraux, les communes, car tout le monde s'occupe du tourisme, mais il faut coordonner l'ensemble et le recentrer.

Au travers de ces discussions avec la commission des finances, nous pourrions faire avancer un certain nombre de dossiers qui me tiennent à coeur.

M. Jean-Luc Michaud, président délégué de l'Institut français du tourisme. - Je vous indique tout d'abord qu'une contribution écrite suivra mon intervention au cours de cette table ronde, car les sujets sont lourds et ont donné lieu à un nombre de rapports extrêmement conséquent. Il s'agit donc de répondre également à la question subsidiaire « quels moyens utiliser pour assurer la mise en oeuvre ? ». Par rapport aux domaines dans lesquels la France dispose d'atouts concurrentiels, quels sont les progrès à accomplir par rapport à nos voisins et concurrents et comment ne pas perdre des parts de marché ? Je voudrais formuler quelques observations. En ce qui concerne la neige, quel est l'état de notre offre en matière d'hébergement ? Ce domaine suppose des réponses politiques, techniques et fiscales. La France a des acquis considérables dans le produit neige, ils peuvent être conservés, mais il y a besoin d'adaptation au contexte environnemental et climatique. C'est un chantier majeur auquel nous ne pouvons pas échapper.

Je souhaiterais évoquer le domaine de la gastronomie. Nous sommes devant un arbre qui cache la forêt. L'inscription de la gastronomie française au patrimoine mondial de l'Unesco a laissé penser que nous allions pouvoir nous

engager dans une démarche de valorisation de la gastronomie française. Il y a une cohérence à assurer entre cette vision stratégique forte, qui a abouti à cette inscription, et les dispositifs d'accompagnement pour les professionnels.

Le Gouvernement vient de confirmer des dispositions favorables à la profession de la restauration. Mais ces dispositions ne nous semblent pas accompagnées des conditions qui garantiraient que la production des restaurateurs sera en effet conforme aux objectifs de qualité fixés dans le dispositif de reconnaissance en tant que patrimoine mondial : qualité des produits du terroir et limitation de l'utilisation des produits industriels. Nous disons oui à la gastronomie, à condition de ne pas se limiter à la « tête de gondole », c'est-à-dire à la haute gastronomie, mais en étendant les efforts à faire à l'ensemble de la restauration.

Le troisième point que je voudrais évoquer concerne l'oenologie. C'est en effet un sujet sur lequel la France a des atouts à faire valoir, face à la concurrence de l'Espagne, de l'Italie et de l'Amérique latine. C'est un domaine dans lequel nous avons beaucoup à faire pour assurer des débouchés supplémentaires à la filière viti-vinicole.

Le quatrième point concerne le patrimoine. Nous sommes en concurrence avec l'Italie et d'autres pays voisins. Nous ne pouvons pas reprendre les recettes qui ont pu fonctionner il y a 50 ou 60 ans en matière de patrimoine historique public.

Nous disposons en France d'une offre intéressante, avec le réseau Relais & Châteaux. Comment faire en sorte de ne pas réduire la fréquentation de cette offre reconnue au plan international en ouvrant de nouveaux éléments du patrimoine historique et culturel français à des établissements qui risquent d'entraîner une concurrence par rapport à ce qui existe déjà sur le marché ?

L'outre-mer, ce sont des ressources exceptionnelles dont notre pays dispose à travers ses départements et territoires ultramarins. Par rapport à nos voisins européens, il n'y a pas de concurrence directe, sauf en matière d'utilisation des fonds communautaires. Quel est, aujourd'hui, le bilan de l'utilisation des fonds communautaires dédiés au tourisme ? En termes de capacité de mobilisation de ces fonds et en termes d'efficacité dans leur utilisation pour l'amélioration et la valorisation de cette offre.

J'ajouterais à cette liste deux sujets qui me paraissent mériter l'intérêt. Premièrement, c'est tout ce qui touche au nautisme et à la plaisance, qui représente un marché sur lequel la France a des ressources, des infrastructures et également un potentiel de clientèle étrangère, notamment eu Europe du Nord. Nous avons derrière ces infrastructures des filières de production nautique qui ne demandent qu'à être tirées par le développement de cette offre d'accueil, d'activités, d'équipements de toute nature.

Deuxièmement, les congrès, salons et expositions qui sont liés à l'activité industrielle de notre pays. Nous avons perdu des parts de marché, les efforts d'organisation sont réels mais il faut aller plus loin.

En ce qui concerne les différents domaines, les deux derniers thèmes me paraissent être à considérer et feront l'objet de notes écrites.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Vous avez tout à fait raison d'ajouter ces deux chapitres. Il s'agit avant tout d'identifier les points forts.

M. Christian Mantéi, directeur général d'Atout France. - Il faudrait qu'on s'entende bien sur le mot compétitivité. Que veut-on pour être plus compétitifs et créer de la croissance ? Qu'est-ce qu'une filière à valeur ajoutée capable de créer de la croissance ? Cela nous permet de faire une sélection.

L'oeno-tourisme, par exemple, nous permet de faire de la croissance. Certains types de produits en zone rurale pourraient être vus de Paris comme des produits qui n'ont pas une forte valeur ajoutée, mais sur le territoire, ils ont une valeur ajoutée que l'on n'imaginait pas. On voit bien, par exemple, que nos voisins suisses ont créé des offres de services et d'hébergement assez révolutionnaires. Si demain on arrive à créer l'axe vélo en site propre qui traverse la France et nous relie aux pays d'Europe, nous allons irriguer des territoires. Autour des pistes cyclables, on peut créer des auberges, des systèmes de location de vélo...

La compétitivité est une question de croissance relative. Les congrès internationaux sont importants mais on ne peut pas en faire partout. On doit renforcer ce produit à Paris, à Cannes, etc. Mais pourquoi, sur d'autres territoires, ne pas faire autre chose et faire de la valeur ajoutée avec des produits très demandés sur le marché, mais pas encore installés.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Je vous entends avec intérêt car j'ai présent à l'esprit que notre rapport doit sortir avant l'été. Nous n'aurons pas beaucoup de réunions et il nous faut à tout prix, lors de ces réunions, prendre le risque de ne pas tout couvrir, mais d'identifier, sur chaque sujet, des points d'achoppement. C'est cela qu'il nous faut faire, être aussi concrets que possible.

Nous aurons peut-être échangé des choses très intéressantes, mais si nous n'avons pas identifié des vraies sources de progrès, j'aurai le sentiment que nous n'aurons pas fait notre métier, quelle que soit par ailleurs la qualité du travail.

Vous avez tout à l'heure évoqué la neige. J'ai fait une tournée dans les Pays Baltes. Les gens sur place me disaient que les Baltes découvrent les sports d'hiver, mais qu'ils vont en Italie, qui a préempté ce marché. C'est dommage pour la France.

Il nous faut aussi croiser tout ces secteurs avec les différents marchés où la communication n'est pas la même.

M. Michel Bécot, rapporteur. - J'ai été intéressé par les sept points évoqués par M. Michaud, sur lesquels je souhaiterais qu'il aille un peu plus loin.

Je prends l'exemple du nautisme et de la plaisance. Souvent, les élus en général, voient le nautisme mais pas ce qu'il y a derrière. Nous avons dans notre pays des PME très importantes dans la filière nautique.

Pour l'oeno-tourisme, quand l'étranger vient en France, il repart avec ses bouteilles de vin, cela c'est du concret.

Vous avez également parlé de la gastronomie. Il faut la tirer vers le haut. Les restaurateurs ont commencé à faire quelque chose et je le défends, c'est important. Sur le plan touristique, cela a permis de sauver beaucoup de petites restaurations sur l'ensemble de l'hexagone. Là encore, il faudrait le décliner. Il faut aller jusqu'au bout, avoir des choses compréhensibles par nous tous.

M. Jean-Luc Michaud. - Je rebondis là-dessus, tout ceci fera l'objet de notes courtes mais très concrètes.

M. Jean-Louis Balandraud, président délégué du conseil national du tourisme (CNT). - En ce qui concerne le CNT, ses membres ont soumis au ministre des études sur d'autres points forts qui s'ajoutent à ceux présentés par M. Michaud. Nous venons de travailler sur les croisières, domaine en considérable expansion. Nous avions du retard par rapport aux Italiens, aux Anglais et au niveau international en général.

Aujourd'hui, nous sommes en train de rattraper notre retard. Cela a un impact sur l'économie, puisque un bateau de croisière sur deux est construit à Saint-Nazaire par la société MSC. Nous voyons apparaître des têtes de ligne en France, à Marseille et au Havre. Les croisiéristes rencontrent de grandes difficultés pour transférer les passagers de Paris au Havre. La SNCF ne peut pas assurer le transport, ils sont obligés de les transférer en bus. Il faudrait rétablir les lignes historiques. Le nombre de passagers français est en augmentation. Les ports se développent.

Nous travaillons également sur les trains touristiques qui transportent 3,5 millions de passagers par an et qui sont implantés sur une centaine de sites en France, mais qui connaissent une fortune diverse.

Pendant des années, on a démonté les voies de chemin de fer secondaires, mais elles ont des potentialités magnifiques, comme nous le montre l'exemple de la Suisse. Nous sommes en train de réfléchir à un modèle économique pour les trains touristiques, qui ferment les uns après les autres. Les travaux ont été lancés et aboutiront à l'automne.

Nous travaillons aussi sur le jazz. Depuis le début du 20ème siècle, la France est leader mondial dans ce domaine. Nous sommes les premiers à avoir accueilli les grands artistes de jazz. Beaucoup de gens du monde entier viennent en France pour écouter du jazz à Antibes-Juan-les-Pins, à Nice,

à Marciac, à Vienne ; il y a 522 festivals de jazz en France. Au Canada, à Montréal, on sait faire un festival qui met deux à trois millions de personnes dans la rue ! C'est peut-être anecdotique par rapport à d'autres grands sujets, mais il y a des potentialités.

On nous a demandé de réfléchir, à l'instar d'Atout France et de la direction du tourisme, à comment rattraper notre retard en recettes par rapport à nos voisins concurrents. Un excellent rapport a été fait par Atout France et par la direction du tourisme. Pour notre part, nous consultons systématiquement les professionnels du tourisme, qui nous ont déjà dit un certain nombre de choses. A partir des travaux conduits par Bernard Plasait, nous avons fait des travaux avec la DGCIS sur l'accueil en France, qui ont abouti à la « Charte de l'accueil » cosignée par une vingtaine d'acteurs.

Je pourrais vous parler de la crise d'identité des acteurs du tourisme qui trouvent que le secteur n'est pas traité à la hauteur de ce qu'il mérite. Ils nous ont demandé de réfléchir au poids économique du tourisme et de nous interroger sur ce qui arriverait si le tourisme n'existait pas. Un rapport conséquent sur le poids économique du tourisme vous a été remis, avec toutes ses implications et les analyses faites par le conseil général, économique et financier du ministère. Ce travail répond à une crise existentielle d'une profession qui a le sentiment d'être mal considérée et mal comprise alors qu'il y a environ 215 000 entreprises dans le secteur...

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Notre initiative va, je l'espère, contribuer à donner au tourisme la place qu'il doit avoir. Je souhaiterais vous poser quelques questions.

Au sujet des croisières notamment, vous dites que nous sommes en train de refaire notre retard. Si l'on construit en France la moitié des bateaux à Saint-Nazaire, on peut se demander ce que cela nous rapporte. Mais c'est un autre débat.

Par ailleurs, vous pensez j'imagine aux escales dans nos ports. Elles génèrent une valeur ajoutée certaine. En revanche, nos croisiéristes n'ont pas une place importante par rapport aux concurrents que vous avez cités. Je ne crois pas connaître de croisiéristes français. Chaque fois que j'ai des amis qui me parlent de croisières, ils vont chez les Italiens.

M. Jean-Louis Balandraud. - En France, nous avons le Club Med et Le Ponant. Ce qui est très important pour la France, c'est d'être tête de ligne. Aujourd'hui, Marseille et Le Havre ont fait des quais destinés à recevoir les croisières, et lorsqu'on examine les chiffres, la croissance de l'activité est étonnante.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Je voudrais surtout savoir qu'elle est la valeur ajoutée ? Lorsque vous parlez de « refaire notre retard », c'est en termes d'escales, n'est-ce pas ?

M. Christian Mantéi. - La France n'est pas le marché des croisiéristes. Nous sommes le dernier marché en Europe et nous ne savons pas

le vendre. Nous n'avons que deux croisiéristes. La seule chose que nous pouvons faire, c'est d'être une destination croisières, avoir une collection de destinations croisières. Un des grands enjeux est que la Méditerranée redevienne la première destination croisière du monde devant la Caraïbe et j'espère que des itinéraires de croisière s'appuieront sur nos ports quand les pays du Maghreb auront retrouvé la paix.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Nous disons donc que la croisière pour la France, ce sont les escales avant tout ; que c'est quand même la Méditerranée et qu'il faut équiper les ports. Lesquels ?

M. Jean-Louis Balandraud. - Justement, c'est difficile à estimer. Les professionnels considèrent que nous devrions équiper Sète pour contrer un peu l'immense port de croisière qu'est Barcelone, qui nous a volé nos passagers potentiels. Mais l'enjeu c'est aussi l'avitaillement. La France n'arrive pas à avitailler les bateaux en escale, qui peuvent transporter jusqu'à trois milles passagers. Pour le croisiériste, il est plus simple de faire descendre un container de Hollande où tout a été conditionné que d'acheter dans la région de Nice !

Il faut savoir aussi l'impact d'une escale. Lorsqu'une escale est tête de ligne, on estime à 250 euros la somme que les passagers laissent. Quand c'est une simple visite, de 50 à 150 euros au cours de cette escale. Cela pèse dans l'économie d'une une ville, surtout lorsque ce sont 3 700 personnes qui descendent ! Il y a une organisation qui s'amorce en France. Il y a des potentialités.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Il y a là un vrai sujet. On a identifié une vraie potentialité mais également des carences. Quels sont les moyens de pallier ces carences ?

Peut-être, à la fin du tour de table, nous aurons des noms, des propositions concrètes ?

Je voudrai aborder un dernier point, celui des trains touristiques. Celui de l'Ardèche a fermé, pourquoi ?

M. Jean-Louis Balandraud. - A ma connaissance, pour ce qui est du

« train jaune », c'est dû à l'obsolescence de l'infrastructure : les rails n'ont pas été changés depuis 125 ans. Il faut réinvestir pour que les trains touristiques continuent de circuler. Il y a toujours quelques braves gens qui s'investissent en rénovant sommairement les wagons et les locomotives, mais les régions sont timorées pour refaire les rails et les ponts.

En revanche, dans la Baie de Somme, il y a des savoir-faire considérables : on a su monter des entreprises qui font travailler 100 personnes, en bénévolat ou en temps partiel. Il y a des potentialités importantes. Dans le monde entier, on aime les trains. Il suffit de voir la réussite de la Suisse : Rail Europe distribue ses billets dans le monde entier.

M. Christian Mantéi. - La Suisse est une destination qu'il faut prendre en considération, car elle nous prend des parts de marché sur des filières qui devraient être les nôtres. Le principal concurrent de la montagne française l'été, c'est la Suisse.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Y-a-t-il du bench marking

à faire ?

M. Christian Mantéi. - Il faut inviter les Suisses ! Ils vous

expliqueront comment faire. En France, un circuit de randonnée a rarement une valeur ajoutée et nos refuges sont mal entretenus, tandis que les Suisses

font des leurs des lieux d'hébergement magnifiques ! Ils créent des services

autour des circuits de randonnée, autour des pistes cyclables, autour des trains. Ils ont créé le « Swiss Pass » qui est un produit exceptionnel qui commence à être connu dans le monde entier : même l'Inde le connaît.

M. Jean-Louis Balandraud. - Juste une anecdote pour compléter les propos de M. Mantéi : nous avons appris que les Suisses ont financé deux films à Bollywood, que les Indiens sont venus tourner en Suisse, et c'est devenu une destination première pour l'Inde !

De même, avec le film « Croisière », l'impact culturel du cinéma n'est pas neutre dans la promotion des produits touristiques français.

M. Jacques Augustin. - Je crois que votre souci de sérier les sujets et de les voir aboutir sur des propositions concrètes mérite d'être au centre de vos travaux. Nous avons lancé il y a un an une réflexion sur ce que pourrait être demain la politique touristique de la France. Nous sommes arrivés à 70 ou 75 diapositives, qui essayaient de couvrir l'ensemble, et nous avons retenu sept thématiques.

Il faut sérier. Dans l'offre touristique française, il y a des fondamentaux et ils sont en train d'être fragilisés. Nous sommes en troisième position dans le domaine des recettes par rapport à l'Espagne, et ce ne sont pas des petits écarts. La dépense moyenne par touriste en Espagne, c'est 1 200 dollars, en France, c'est 775 dollars en moyenne.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Je me pose régulièrement une question. Dans nos chiffres de première destination mondiale, on a clairement tout ces gens qui transitent vers la Méditerranée. J'ai habité un certain temps au Bénélux : il y avait un transit des Marocains qui descendaient chez eux et qui en remontaient, mais ils ne laissaient pas beaucoup de devises en France.

M. Jean-Louis Balandraud. - Oui, on compte toute personne qui passe une nuit en France, mais dans un lieu référencé.

M. Christian Mantéi. - Ce qui nous alarme, c'est que cette fréquentation était structurellement la même il y a dix ans, alors que nous étions devant l'Espagne en recettes. Qu'est-ce qui s'est passé en dix ans ? L'Espagne a investi chaque année cinq fois plus que nous en promotion.

Les Espagnols ont trouvé des filières à valeur ajoutée sur leur territoire et ont engagé une action de réhabilitation : les stations balnéaires de tourisme de masse obsolètes ont été repensées et refaites avec des financements publics locaux, sur une impulsion nationale.

La DGCIS a fait un travail d'étude pour savoir ce qui s'est passé et, pour ma part, je suis allé voir mon homologue espagnol plusieurs fois. Le mois d'avril est devenu une période forte sur la moitié du territoire espagnol, grâce notamment aux marchés allemands.

Les Espagnols ont repensé leurs espaces publics, ils ont fait des circulations douces, leur produit est devenu très compétitif.

M. Jacques Augustin. - En matière de fondamentaux, la France n'a pas conduit les mesures qui ont permis à l'Espagne de se repositionner, notamment en matière d'investissement. Les Espagnols investissent deux milliards d'euros par an dans l'industrie hôtelière. Les autres fondamentaux sur lesquels nous devons travailler sont la formation et le développement d'une filière réceptive considérable. Les Espagnols ont des « pompes aspirantes ». Si vous voulez faire venir des touristes, il faut des gens pour les accueillir. Ce sont les fondamentaux sur lesquels nous devons travailler.

Au-delà, il faut lancer des démarches pour structurer un certain nombre d'éléments de l'offre. Nous avons identifié sept priorités parmi les 75 fiches que nous avons analysées. Le premier élément, c'est développer le tourisme d'itinéraire. Les gens qui font de l'itinéraire séjournent. Ils traversent la France lentement, en bateau, à vélo ou à pieds. Nous avons mis en priorité la pratique du vélo. Nous travaillons avec l'association « France Vélo Tourisme » et nous vendons le Tour de France.

La deuxième problématique, ce sont les croisières. Là aussi, l'offre espagnole est considérable et se renforce. Les Espagnols vont investir 260 millions d'euros sur les deux prochaines années dans l'aménagement des escales. En France, le rapport du CNT a mis en évidence que ce secteur n'est pas exploité comme il pourrait l'être. La desserte des ports d'embarquement reste à améliorer : à Toulon, vous pourriez vous poser en avion à côté du port ! Dans le domaine de la desserte ferroviaire des ports, l'exemple du Havre est très probant. Alors que Costa installe un terminal de départ croisières pour l'Europe du Nord au Havre, la liaison directe ferroviaire Roissy-Le Havre a été abandonnée : 200 000 passagers par an se retrouvent dans des bus. Comment faire pour créer des trains spéciaux ? Costa peut faire une, deux fois, des efforts avec les bus, mais lorsque ses passagers seront bloqués dans la circulation routière, il ira embarquer ailleurs.

M. Jean-Louis Balandraud. - Pour ce qui concerne la plaisance, là aussi, on voit bien que nous avons un goulet d'étranglement qui concerne l'espace dans les ports. Il manque des anneaux et des mouillages. Nous nous sommes aperçu que les plaisanciers étaient avant tout des marins et que c'était des gens qui descendaient peu à terre. Il faut véritablement inciter les gens à descendre de leurs bateaux pour visiter l'arrière pays. Cela passe

nécessairement par de l'information, qui s'appuie sur un portail appelé

« Odysséa ».

Le quatrième élément est le tourisme d'affaires. Avec un nombre de palais des congrès très inférieur à la France - l'Espagne a 43 000 places, nous en avons 147 000 - l'impact économique direct pour l'Espagne est de 4,1 milliards d'euros, en France il est de 4,5 milliards d'euros. On est dans un rapport de un à six en nombre de places et quasiment similaire en recettes...

M. Christian Mantéi. - Nous avons un seul Palais des Congrès qui gagne de l'argent en France !

M. Jean-Louis Balandraud. - ...quand on examine la situation de près, on se rend compte que les structures hôtelières de la filière ne sont pas là, que la vente de la prestation ne se fait pas de manière globalisée.

J'en arrive au tourisme urbain : les villes en France sont les premiers lieux de destination touristique. Qu'est-ce que c'est que le tourisme urbain ? Comment le développer ? Nous travaillons en liaison avec la conférence nationale permanente du tourisme urbain pour permettre le développement à Paris de téléphones intelligents qui permettent de comprendre ce qu'est la ville, s'y repérer, mais aussi, comme à Dunkerque, permettre une meilleure osmose entre le tourisme et l'habitant.

C'est la possibilité d'ouvrir aux visiteurs l'accès aux prestations de la ville prévues pour les habitants : mettre les enfants à la garderie ou au centre aéré pendant que vous faites des visites touristiques, qu'il y ait un accueil spécifique pour les gens de passage.

Enfin, il faut faire émerger des destinations visibles en dehors des grandes destinations françaises, de façon à ce que lorsque vous avez un fermier de l'Alabama qui veut aller au-delà de ses trois visites à Paris, on puisse lui vendre le Val-de-Loire, lui faire visiter les châteaux, profiter d'un fleuve exceptionnel, visiter les entreprises cosmétiques, les entreprises automobiles, les jardins botaniques, etc.

Voilà les axes sur lesquels nous avons décidé de concentrer nos efforts. Tout le monde est d'accord sur ces quelques priorités, mais il y a au total au moins 75 sujets sur lesquels s'appuyer...

M. Michel Bécot, rapporteur. - Après ce début de tour de table, je me pose une question. Est-ce qu'il ne faudrait pas recentrer sur le plan national ces grandes destinations, sinon les financements sont diffus ? Si l'on veut être fort sur les ports de plaisance, sur les investissements importants en développant des itinéraires, il faut que cela soit sur le plan national que l'on puisse peser.

M. Jean-Luc Michaud. - C'était exactement l'objectif des contrats de plan Etat-Régions qui, avec leur volet tourisme, pendant vingt ans, ont

défini les filières structurantes. Ils ont permis d'associer les collectivités territoriales, dans le cadre d'une stratégie d'Etat partagée aux échelons locaux.

M. André Ferrand. - Ce sont effectivement des questions qu'il nous faut nous poser. On a beaucoup parlé lors de la précédente table ronde des grandes destinations touristiques. Nous parlons aujourd'hui de filières. La question que je me pose est la suivante : comment va-t-on s'y prendre ? Nous sommes déjà convenus qu'il fallait consacrer beaucoup plus d'argent à la promotion à l'international.

Comment fait-on aujourd'hui pour promouvoir à la fois l'oeno-tourisme, le jazz, telle ou telle grande destination touristique ? N'avons-nous pas intérêt à nous concentrer ?

M. Christian Mantéi. - Finalement, qu'est-ce qu'une destination ? C'est le croisement d'un territoire et d'une filière ou de plusieurs filières. Un territoire qui n'aurait pas développé une ou deux filières d'excellence ne serait pas une destination. Quand on s'attaque au thème des filières à forte valeur ajoutée, à potentiel de croissance, il faut viser l'excellence et se poser en spécialiste. Dans toutes les filières, nous sommes très concurrencés : les croisières, l'oeno-tourisme sont très concurrencés. Aller vers l'excellence, c'est travailler les services, le marketing, c'est la partie « soft », mais c'est aussi travailler le « hard ».

On trouve des solutions dans le domaine du soft, on arrive à faire des

« pass » d'accueil, de services, des produits à peu près bien présentés et nous arrivons à en faire la promotion. Dans notre stratégie présentée en juin 2010, nous avons su mettre en avant les filières à valeur ajoutée. En revanche, nous ne sommes pas bons dans le « hard », c'est-à-dire que nous ne savons pas imbriquer l'effort à faire en matière d'équipement avec le « soft ». La France reste un pays d'ingénieurs, d'architectes urbanistes qui font des beaux ronds- points, mais qui n'intègrent pas la dimension économique et les services qu'il faudra développer en aval. Il y a un manque d'ingénierie touristique en France auprès des élus alors que l'intégration du tourisme dans les documents d'urbanisme est très difficile à réaliser. Il n'y a pas assez de compétences dans les collectivités. Atout France accompagne une cinquantaine de projets par an. Nous sommes, par exemple, sollicités par le maire de Bordeaux ou de Biarritz lorsqu'il se trouve en difficulté sur un grand projet, car il faut faire cohabiter des logiques contradictoires.

Le développement touristique, c'est trouver des solutions au constat bien posé des croisières ou de la plaisance. A Marseille, il faut trouver des solutions à des problèmes comme l'aménagement lourd, les services que l'on va développer, la transformation de l'espace public, les documents d'urbanisme à transformer et je ne parle pas des problèmes avec les syndicats. C'est très complexe.

Pour répondre à la question sur les points forts, je trouve que l'exemple du Val-de-Loire est l'exemple le plus significatif de ce que ne sait pas faire la France. « Loire Vallée » est une des rares marques françaises

connues, mais ce n'est pas une destination. « Loire Vallée » est promue et vendue comme « Paris plus », en option d'excursion depuis Paris. En une journée d'excursion en TGV, on verra deux châteaux, alors qu'on voudrait y passer deux nuits. Nous n'avons pas les hôtels sur place ni les animations dans les châteaux. On se heurte au problème d'organisation suivant : on est à cheval sur deux régions, sur plusieurs départements.

Il y a des asiatiques très nombreux et des sud-américains qui rêveraient de pouvoir dormir sur place et de voir le château illuminé, mais ils ne le peuvent pas. Ce serait sacrilège pour les élus. Bientôt, les châteaux partiront en ruines...

C'est un exemple frappant de non création d'une destination potentielle.

M. Claude Perignon, director european affairs (groupe TUI travel PLC). - Je vais essayer de ne pas répéter ce qui vient d'être dit car je suis d'accord avec la plupart des choses que je viens d'entendre. Je vois dans l'enquête mensuelle d'Atout France du mois de mars que les cinq pays qui sont repris dans les statistiques « du réceptif » sont des pays proches : Allemagne, Hollande, Belgique, Italie, Royaume-Uni.

A part ces cinq pays, il y a des touristes qui viennent de destinations plus lointaines et je voudrais faire la distinction entre les deux.

En ce qui concerne le tourisme proche, il y a celui qui passe par la France pour aller vers l'Italie, l'Espagne ou le Portugal et celui qui vient séjourner en France. Le passage est intégré dans les statistiques, mais lorsque l'on regarde toutes les recettes touristiques et que nous les divisons par un effectif gonflé par des touristes de passage, on arrive à une dépense moyenne inférieure à celle de nos concurrents.

J'aimerais parler des séjours. Les clients qui viennent en séjour en France...

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Je voudrais poser une question. Si l'on devait soustraire du nombre de visiteurs en France tous ceux qui ne font que la traverser, la division des recettes ne nous amènerait-elle pas à un niveau qui serait beaucoup plus proche de celui de l'Espagne ?

M. Claude Pérignon. - Je n'ai pas de réponse à votre question.

M. Jacques Augustin. - Le chiffre que j'ai est que 14 % sont des touristes en transit. Il faut ensuite faire la règle de trois...

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Ce serait donc un peu moins ridicule...

M. Michel Bécot, rapporteur. - Je pense qu'il ne faut pas le faire ! Il faut capter ces touristes et les faire rester en France pendant quelques jours. Il faut qu'ils restent en France et qu'ils consomment en France.

M. Claude Pérignon. - Il ne faut pas oublier non plus que les grands volumes venant de pays proches, le nombre de nuitées par touriste risque d'être moins important que lorsque le déplacement est plus important, vers le sud de l'Italie ou vers l'Andalousie.

Mais je vais essayer de reprendre mon fil. Comme la France est une destination « voiture », il faut savoir que l'aspect transport n'est pas un élément qui limite la capacité. Lorsque l'on a du vol affrété vers les îles grecques, le nombre de places d'avion va être un élément qui va réguler le nombre de clients qui viennent... Le fait que le tour opérateur a des avions charters implique qu'il va faire des promotions pour la basse saison. Il faut que la dynamique de la promotion vienne d'ailleurs. En France, on a trop peu de dynamique de promotion d'offres spéciales en basse saison.

En haute saison, il y a une saturation. Je citerai l'exemple des vacances du mois de février en Belgique et les vacances de printemps en Hollande. Lorsque ces vacances tombent toutes en même temps, on bloque le nombre de clients que l'on peut recevoir dans les Alpes, lorsque cela tombe à des moments différents, des volumes plus importants peuvent venir. Il est important de voir les idées reprises dans la stratégie européenne pour le tourisme 2020. L'un des axes préconise d'étendre la saison touristique, pour avoir une meilleure utilisation des infrastructures touristiques, pour avoir des emplois de longue durée, qui permettraient d'avoir une meilleure formation du personnel temporaire, et essayer de promouvoir la basse saison avec des groupes cibles : les séniors, les ménages à revenus plus faibles, les jeunes et les personnes à mobilité réduite.

Il faut reconnaître aussi que la France est une destination chère face à des pays concurrents. Le prix d'un repas dans un restaurant en France ne nous semble pas cher comparé à d'autres pays européens. Mais lorsque l'on regarde l'infrastructure touristique, il manque le « all inclusive » : 80 % de mes compatriotes Belges choisissent leur destination parce qu'on leur propose le

« all inclusive ». Ce produit n'existe pas en France.

Il faut stimuler l'innovation, pour essayer d'adapter l'offre à la demande actuelle du consommateur, en essayant d'accompagner dans le processus d'innovation les entrepreneurs qui sont en grande majorité des petites et moyennes entreprises.

Un autre élément que je voudrais aborder, c'est qu'il y a un problème de connaissance linguistique de la part des gestionnaires et des employés dans les infrastructures touristiques françaises.

Je voudrais en venir maintenant au réceptif lointain. Il y a le potentiel énorme des pays « bric » : le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. Un des gros problèmes, qui n'est pas typiquement français mais aussi européen, c'est l'obtention du visa pour venir en Europe. C'est un frein énorme. Nous avons soumis ce problème au Parlement européen, mais je ne peux que le suggérer au Gouvernement français et aux autorités politiques françaises : il faudrait que la procédure de visas soit simplifiée pour le touriste. Ce touriste finance

un long vol pour découvrir la France et pour découvrir les pays voisins. Il veut voir Venise, Madrid, Anvers et Bruges, sans parler de Bruxelles. Pour ces personnes qui viennent de loin, comment peut-on avoir une collaboration transfrontalière pour leur proposer des produits internationaux qui rendraient l'Europe beaucoup plus attractive ?

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Merci pour cette ouverture plus internationale. Vous êtes un spécialiste des affaires européennes et, tout à l'heure, M. Michaud a fait allusion à l'utilisation des fonds européens en matière touristique. Pouvez-vous nous dire s'il y a des pays qui se débrouillent mieux que la France pour obtenir une aide européenne en ce qui concerne le financement de leurs activités touristiques ?

M. Claude Pérignon. - Je pense que la politique européenne s'attache à financer les îles et les régions ultrapériphériques. Il y a des pays qui reçoivent beaucoup : tels que la Grèce avec ses nombreuses îles. Si la Croatie entre dans l'Union européenne, elle recevra un soutien financier important de l'Europe, mais il n'y a pas d'exclusive, c'est une question de savoir faire. En Flandres, par exemple, le Limbourg reçoit des subsides européens.

M. Christian Mantéi. - Premier point : il y a des investissements des collectivités qui ont un impact positif sur l'offre touristique. Bordeaux est reconnue une très belle ville où l'on a plaisir à séjourner. Ce que l'on ne sait pas, c'est que Bordeaux a été aussi l'un des plus gros consommateurs de crédits européens pendant deux ans et a fait payer ses lampadaires par l'Europe. Les deux points d'entrée pour avoir des aides européennes et qui ont un impact sur le tourisme, ce sont la dimension culturelle et l'environnement. Forcément, ces éléments là ont un impact sur la création de la destination. Par des moyens détournés une collectivité intelligente peut très bien y parvenir.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Merci.

M. Michel Bécot, rapporteur. - Malheureusement, aujourd'hui, les fonds européens, c'est terminé. On en a profité. J'ai monté un projet touristique sur ma ville et en Deux-Sèvres qui a profité largement des soutiens européens. Mais désormais, ce sont les pays entrants qui viennent chercher les fonds européens, comme nous l'avons fait précédemment. J'avais recruté quelqu'un qui était spécialiste pour ne faire que ça. Lors des réunions à Bruxelles, mon petit village de 3 500 habitants était le seul Français qui était présent, alors qu'il y avait des Allemands, des Anglais, des Hollandais, des Belges en quantité. Nous avons pris notre petite enveloppe, mais cette faible représentation des projets français n'est pas normale. Nous n'avons pas été bons.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Nous allons maintenant entendre les dames.

Mme Maria Gravari-Barbas, directrice de l'institut de recherche et d'études supérieures du tourisme (IREST). - Je vous remercie pour votre invitation. Je suis enseignante, directrice de plusieurs formations, et aussi chercheur, je travaille notamment sur la question du patrimoine dans une optique d'aménagement et d'urbanisme.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Qui sont vos élèves ?

Mme Maria Gravari-Barbas. - Nous sommes un institut de l'université Paris I, nous préparons essentiellement des masters. Il y a une nécessité absolue de décloisonner les choses, de faire en sorte que les professionnels du tourisme aient des connaissances très précises venant aussi bien du domaine économique, de l'aménagement, de la planification, du patrimoine, de l'histoire de l'art. Nous sommes réellement sur l'interdisciplinarité.

L'IREST prépare essentiellement des masters. Nous avons, à ma connaissance, le seul master mention tourisme qui soit décliné dans plusieurs spécialités. Nous recrutons des personnes avec un bagage disciplinaire très solide, en histoire de l'art, en géographie, en économie-gestion, en droit, et nous les spécialisons pendant une ou deux années de master dans la jonction de leur discipline, acquise antérieurement, avec le tourisme. L'idée est de créer ces passerelles avec l'économie, avec l'aménagement, avec la géographie, etc.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Que deviennent vos

élèves ?

Mme Maria Gravari-Barbas. - Ils trouvent un emploi, encore

aujourd'hui relativement facilement et rapidement, et en fonction de leur spécialité, dans un des secteurs de leurs études. Ils peuvent travailler dans le conseil, au sein des collectivités territoriales, avec des cabinets d'avocats pour ceux qui ont fait la spécialité droit et tourisme. Ils peuvent bien sûr travailler dans l'hôtellerie. Plusieurs possibilités qui découlent de l'enseignement que nous leur apportons, mais qui visent à valoriser une discipline acquise antérieurement.

On entend très souvent dire que le tourisme en France n'a pas besoin de spécialistes de haut niveau. Nous ne partageons pas, à l'IREST, ce diagnostic. Au contraire, nous estimons qu'il est nécessaire de former des professionnels de très haut niveau, car nous sommes devant de nouveaux besoins, qui impliquent non seulement de répondre à un problème, mais de poser le problème différemment. Nous sommes dans cette logique de formation d'excellence et pour vous donner un exemple qui nous tient à coeur, nous venons de répondre à un projet européen visant à créer un doctorat européen du tourisme. Cette initiative est très importante. Si elle aboutit, la France participera à la mise en place de ce doctorat européen du tourisme.

Je suis sur la même longueur d'onde que M. Mantéi. Nous devons travailler avec d'autres secteurs. Vous avez insisté sur les questions

concernant l'aménagement et l'urbanisme, on pourrait faire la même chose pour la culture. Je participe depuis quelques années à une réflexion avec des ingénieurs publics réunis au sein du club « Ville aménagement » qui se posent les questions dans l'autre sens. Ils ont le « hard », ils ont besoin du « soft ». Il y a là des possibilités de rencontres qui me semblent indispensables.

Un des éléments essentiels de ma réflexion est qu'il faut pouvoir construire ces passerelles avec le secteur de la culture. La difficulté de compréhension entre les différents secteurs n'est pas qu'une question de

« hard » et de « soft », mais aussi de « soft » et de « soft ». C'est la lecture que nous pouvons faire dans les rapports qu'entretiennent le tourisme et la culture aujourd'hui. Nous sommes dans des logiques qui passent toujours mal aujourd'hui. En tant qu'enseignants, nous avons des choses à faire pour que ces passerelles puissent se construire. En tant que chercheur, un des éléments est l'énorme manque de connaissances : nous interprétons des données, nous cherchons des statistiques.

Je me suis penchée sur les questions du patrimoine : nous avons à l'IREST une chaire « culture tourisme développement » et nous travaillons sur l'interaction entre ces secteurs. Je pense que l'exemple du Val-de-Loire pourrait être généralisé à d'autres régions. Il faut également préciser de quel patrimoine nous parlons et de quelle manière il peut être proposé à un public international de plus en plus diversifié.

En ce qui concerne le patrimoine, le champ de la France est large, important, prestigieux. Mais nous ignorons encore toute une sorte de patrimoine, qui est très mal utilisé, mal valorisé. La France ignore toujours aujourd'hui le patrimoine du 19ème siècle, du 20ème siècle, le patrimoine industriel avec lequel les Anglais font des miracles.

Pour répondre sur la question des mesures, sur le besoin d'une meilleure connaissance, les statistiques nationales ne suffisent pas pour comparer les nationalités. Lorsque l'on cherche à comprendre qui fait quoi, il y a un problème de visibilité et une véritable nécessité de construire des statistiques précises sur l'activité touristique. Nous constatons quotidiennement que nous manquons de données précises. Cette connaissance est aujourd'hui nécessaire, car nous entrons dans des pratiques touristiques qui varient du fait que les clientèles sont différentes.

Tant que l'on ne se comparait qu'avec nos voisins européens, les choses étaient plus simples. Mais aujourd'hui, quand je regarde les données et les études qui ont été produites, il me semble que nous ignorons largement comment mangent les Chinois, comment se divertissent les Indiens. Il y a un champ sociologique, anthropologique, ethnologique qui nous échappe. Comprendre l'étranger, savoir s'adapter à une clientèle qui s'amuse, mange et consomme différemment, c'est essentiel.

Il ne s'agit pas de dire que nos voisins européens le font mieux, mais en cherchant une plus-value française, je pense que nous pourrions avoir des mesures qui pourraient aller plus loin et plus vite que l'Espagne ou la Suisse.

Je rajouterais deux choses : sur l'environnement en particulier et la durabilité en général. Il y a certainement une valeur ajoutée qui pourrait être proposée dans les nouveaux produits touristiques français. Il faudrait construire une véritable image qui pourrait porter sur

« l'environnementalement correct ». Sur la question de l'image, je vous donnerai mes propositions par écrit.

En ce qui concerne la croisière, j'ai eu l'occasion de traverser les quartiers que les croisiéristes traversent en débarquant à Marseille...

Sur les questions de l'aménagement, quand on regarde aujourd'hui les destinations qui ont fait les grands succès de la dernière décennie, elles sont en général urbaines : Barcelone, avant d'être une destination touristique réussie, est une ville qui s'est posée réellement de manière très structurée, très réfléchie et où une série de moyens qui concernaient l'aménagement et l'événement ont été poursuivis pendant une période extrêmement longue. Dans la plupart des villes, la question de la disponibilité foncière doit être réellement posée, en rapport avec les opportunités touristiques qui peuvent s'offrir.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Je vous remercie de votre contribution.

Mme Nathalie Fabry, maître de conférences, responsable du Master Management du tourisme de l'Université Paris-Est Marne-la- Vallée - Cluster Tourisme. - Je vais très rapidement vous présenter notre université. Nous avons un master en management du tourisme, très spécialisé dans le domaine du tourisme divers (congrès, événementiel) et le tourisme haut de gamme.

Il y a des débouchés extrêmement importants. Nos étudiants trouvent tout de suite un emploi sur le marché du travail. Nous n'en avons pas assez en doctorat.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Qu'ont fait vos étudiants ?

Mme Nathalie Fabry. - Une licence en économie, en gestion, en sociologie, en histoire. Nous recrutons tout étudiant qui n'est pas réfractaire aux chiffres et à l'économie. Au bout de la première année de master, ils se spécialisent dans l'une ou l'autre des spécialités. Ils sont malheureusement souvent embauchés avant d'avoir fini leur diplôme.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Auriez-vous un potentiel plus important ?

Mme Nathalie Fabry. - Sur le plan théorique oui, mais il faudrait développer l'équipe pédagogique. Il faudrait créer des postes...

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Les études sont-elles gratuites ?

Mme Nathalie Fabry. - Absolument, hormis les frais d'inscription. Nous accueillons beaucoup d'étudiants étrangers qui candidatent et nous

essayons de développer les accords de double diplôme avec le support des ambassades de France et du ministère des affaires étrangères, qui donnent des bourses aux étudiants étrangers pour qu'ils viennent suivre des études pendant deux ans.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Quelle est votre proportion d'étudiants étrangers ?

Mme Nathalie Fabry. - 30 %. Beaucoup rentrent chez eux et certains restent en France car de nombreuses structures dans l'hôtellerie « haut de gamme » sont intéressées par des étudiants bilingues ou trilingues. Nous avons également des étudiants et étudiantes qui rentrent chez eux, mais qui travaillent quelques années en France pour créer ensuite leur société.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Quelle est l'effectif de chaque promotion ?

Mme Maria Gravari-Barbas. - 300 étudiants, dont 80 en licence, le reste en master.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Combien de masters mettez-vous sur le marché chaque année ?

Mme Maria Gravari-Barbas. - Une centaine.

Mme Nathalie Fabry. - Nous en mettons une cinquantaine, car nous sommes une structure plus petite.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Quel pourrait être le potentiel si vous deviez vous développer ?

Mme Nathalie Fabry. - Le double.

Mme Maria Gravari-Barbas. - Pour nous, c'est difficile à évaluer. Sur le plan des débouchés, cela a été tout à fait facile à placer, à absorber. Après, il faut pouvoir suivre les étudiants, cela implique un contact avec le terrain. Les étudiants doivent effectuer deux stages pendant leur scolarité, plusieurs sont en apprentissage, qui constitue une très bonne formation.

On pourrait imaginer un doublement ou un triplement des effectifs.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Qui pourrait nous donner les chiffres globaux sur le nombre d'étudiants en tourisme ? Le ministère ?

M. Jean-Luc Michaud. - J'ai été très bref lors de ma première intervention, en me bornant à évoquer rapidement les quelques domaines dans lesquels les résultats en termes de compétitivité et d'efficacité de l'offre française pourraient être améliorés. Mais je n'ai pas du tout abordé le sujet des outils à mettre en place pour améliorer la performance globale de la France et, en particulier, le volet de la professionnalisation des acteurs, ce pourquoi l'Institut français du tourisme a été constitué.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Une des propositions que je voulais vous faire est un nouveau tour de table pour demander à chacun de donner une suggestion pour faire avancer les choses.

Mme Nathalie Fabry. - Je voudrais préciser que je suis économiste et que je travaille sur l'attractivité des destinations touristiques. Je vais citer un grand acteur du tourisme, le cluster de tourisme du « Val d'Europe », nommé ainsi en raison de la présence de Disney, avec une volonté de renforcer l'attractivité de cette destination touristique qui est la première d'Europe. Pourquoi cherchent-ils à augmenter leur attractivité ? Quel est l'horizon temporel visé ? Le court, le moyen ou le long terme ? Je pense qu'il faut déjà se projeter dans dix ou quinze ans. Le problème du cluster du « Val d'Europe », qui est une destination à dominante loisirs, est de parvenir à hybrider les pratiques. Comment faire en sorte qu'un touriste qui visite un parc, vienne faire du shopping, vienne à Vaux-le-Vicomte, mais vienne aussi voir Paris, ses musées, bénéficier de son patrimoine culturel, de sa gastronomie. L'enjeu du cluster « Val d'Europe » est de devenir une destination qui ne soit plus une enclave, que les visiteurs - 15 millions de touristes par an pour les mauvais crus - essaiment ailleurs.

Toute la problématique consiste à mettre en réseau des acteurs. C'est une addition d'acteurs qui, mis bout à bout, intègrent un produit. Chacun, à la fois le territoire et les acteurs du tourisme, a intérêt d'être dans cette chaîne de valeurs. Ce qui fait la destination, c'est le territoire qui met en synergie tous les acteurs, c'est un construit socio-économique. Quand on regarde les nouveaux pays membres de l'Union européenne, la Hongrie, la Pologne, tous développent leur destination autour de la problématique du cluster, qui n'est pas la quête de subventions, mais la mise en synergie stratégique d'acteurs. Il faut mettre en place une interdépendance stratégique et non pas fonctionnelle.

Je reviens sur l'exemple que M. Mantéi a cité, celui des stations de ski. Ce sont les Autrichiens et les Suisses qui ont cherché les premiers à casser la saisonnalité, à faire un produit intergénérationnel, que cette destination rassemble des enfants, des jeunes, des adultes, des seniors et que chacun trouve à faire quelque chose. Je pense qu'il vaut mieux vendre le produit montagne que le produit neige.

Je reste assez générale, mais je vous donnerai ma contribution écrite.

A mon sens, le cumul des pratiques fait en sorte que les individus vont rester plus longtemps, ils auront plus de choses à faire, plus de choses à voir. Cela pose aussi le problème des interconnectivités : comment se déplacer ? En pôle urbain, c'est facile. Ailleurs, cela est moins facile. A Eurodisney, il faut réserver des bus pour amener les touristes à Vaux-le- Vicomte, à Provins, il n'y a pas de transports collectifs. Il faut réfléchir sur les interconnectivités. L'organisation reste à construire, mais l'idée de mise en réseau des acteurs me semble très forte.

Devant la montée de la concurrence internationale, il faut anticiper. Il faut avoir une main d'oeuvre qualifiée qui soit en mesure de comprendre les changements de l'environnement pour adapter l'offre. Comprendre le monde dans lequel on s'insère n'est pas, à mon avis, du niveau d'un bac pro ou d'un BTS. C'est quelqu'un qui est capable de poser des questions, de les renouveler et d'y apporter des réponses. La montée en qualification de l'expertise de la main d'oeuvre me semble importante.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Merci. Ce que je conclus, c'est qu'il nous faudrait trouver le moyen de faire en sorte que toutes les organisations opérationnelles raisonnent de cette manière et intégrer toutes les problématiques intéressantes et complètes que vous avez évoquées. Vous êtes au niveau universitaire de la recherche, mais à tous les niveaux dans le système, il faudrait inculquer cette culture. C'est l'un des enjeux que l'on peut essayer de pointer dans notre rapport.

M. Michel Bécot, rapporteur. - Est-ce que vous avez des commandes de la part des professionnels ?

Mme Nathalie Fabry. - Oui, notamment avec ce qui est mis en place avec « Val d'Europe ». Nous avons un gros support, Disney, qui est une entreprise qui se projette déjà dans trente ans et l'idée est de faire en sorte que les commandes ne viennent pas que des gros acteurs, mais également des petites structures, une TPE peut également faire appel à nous.

Mme Maria Gravari-Barbas. - Je pense que cette question est importante car les étudiants sont formés via ces commandes et pouvoir répondre à des projets émanant de la réalité du terrain est éminemment intéressant pour eux. Ils peuvent mettre en place un projet et le réaliser jusqu'à son terme.

Un exemple : nos étudiants travaillent actuellement en Master I et en Master II, sur plusieurs années successives, sur la possibilité de concilier le tourisme et les « locaux » dans le 4ème arrondissement de Paris. Nous balayons toutes les questions que j'ai précédemment évoquées : qu'est-ce que le patrimoine, comment on produit le patrimoine, comment le mettre en valeur, comment le protéger, comment trouver des plateformes de compréhension, d'analyse ? Cela fait partie des cours les plus formateurs pour nos étudiants.

M. Michel Bécot, rapporteur. - Il faut réfléchir à des niveaux de produits touristiques pour les mettre sur le marché. Là aussi, la recherche peut nous les apporter.

Mme Sophie Huberson, déléguée générale du syndicat national des espaces de loisirs, d'attractions et culturel (SNELAC). - Je représente un secteur d'activités qui est une « niche » dans le marché du tourisme, mais qui fonctionne très bien. C'est un secteur en plein développement, car un certain nombre d'ingrédients qui ont déjà été évoqués autour de la table sont mis en oeuvre dans ce secteur d'activités.

Notre secteur accueille 60 millions de visites par an, réalise un chiffre d'affaires de deux milliards d'euros et fait travailler trente mille personnes. Ce domaine fonctionne, car nous appartenons au tourisme de proximité. Les touristes partant moins loin et moins longtemps sont venus visiter des parcs d'attraction, des parcs animaliers, des aquariums... Eurodisney est notre principal adhérent.

Pour essayer de répondre globalement aux questions, je vous propose de faire passer une note. Les atouts concurrentiels forts sont le patrimoine. L'important pour nous, c'est qu'ils constituent un divertissement, c'est-à-dire la possibilité pour les touristes de se détourner de leur réalité, de leur culture et de venir découvrir une autre culture et une autre atmosphère et de consommer des produits touristiques.

Quelles sont les mesures à mettre en oeuvre ? Apprenons à connaître nos visiteurs et non pas simplement à un instant « T ». Ces clients évoluent, changent, bougent et nous sommes très rompus à ce genre d'exercice car les consommateurs de parcs de loisirs sont des « zappeurs » par excellence. Nous avons une « équation vertueuse » dans notre activité qui est la raison de son succès : tout d'abord un investissement très fort, de 8 à 18 % du chiffre d'affaires de l'année est réinvesti dans des nouveautés, le « hard » est donc bien représenté. Nous avons une offre diversifiée, hybride, nous ne sommes pas mono produit. Nous pouvons satisfaire une clientèle dont l'âge va de sept à soixante-dix-sept ans. Cette diversité va avoir pour résultat un allongement de la durée de visite. Lorsque vous avez plein de visites ou d'attractions à faire, vous restez plus longtemps sur le site. La conséquence en est que lorsque vous restez plus longtemps, vous consommez plus.

Dans les parcs de loisirs, la clientèle est captive, c'est un espace clos et on voit se développer des hébergements éphémères. Au zoo de Doué, au Puy-du-Fou qui vient d'ouvrir son troisième hébergement, des hébergements apparaissent parce que la journée ne suffit plus.

J'ajoute que la promotion par Internet est un élément très important, un simple panneau au bout du chemin menant à son château ou à son parc ne suffit pas. La meilleure promotion est celle qui entre dans nos maisons par nos Smartphones et par Internet.

Enfin, dernier point, le tourisme est une donnée fragile qui relève de la perception et de la confiance qu'un visiteur va avoir dans nos équipements, dans l'accueil ; la menace des attentats terroristes peut mettre par terre le tourisme pour longtemps. La protection du touriste sur des sites symboliques nous semble importante.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Merci. C'était compact, dense et de beaucoup d'intérêt.

J'aimerais savoir, hors Eurodisney, quelle est la proportion de visiteurs étrangers dans nos parcs et attractions ?

Mme Sophie Huberson. - 57 % de la clientèle de Disney est étrangère. Elle tombe à 13 % et à 16 % pour, respectivement, le Futoroscope et le parc Astérix. La proportion de touristes est plus importante dans les sites culturels privés parce que nous bénéficions d'un apport de touristes américains et européens qui viennent consommer des produits culturels français qui ne sont pas l'apanage du tourisme de proximité français. La proportion de touristes étrangers est de 15 %. En revanche, dans les sites implantés dans des zones touristiques, et j'en reviens à ce que disait M. Bécot sur l'implantation et la structuration du territoire par une offre suffisamment conséquente de produits de loisirs, de produits de spectacles, de visites de musées, les étrangers qui sont sur site viennent consommer ces produits. Nos produits deviennent donc des acteurs, cumulés avec d'autres, et constituent une offre de plus en plus riche qui permet aux visiteurs de choisir leur destination et d'y séjourner. C'est pour nous un développement en croissance forte.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Il n'y a évidemment pas de comparaison entre Eurodisney et Vulcania ou le Futuroscope ?

Mme Sophie Huberson. - Il n'y a pas de comparaison, mais le modèle économique est équivalent. Nous nous appuyons sur un triptyque qui est constitué de l'offre d'attractions et de spectacles, de la consommation de restauration classique ou rapide et de la vente des produits dans les boutiques.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Je ne suis pas critique en faisant ce constat, mais j'imagine bien que nous ne parlions pas des mêmes produits ni de la même clientèle. Est-ce qu'il y a des pays en Europe qui seraient des modèles dans ce domaine ?

Mme Sophie Huberson. - Il y a une tradition très forte des pays nordiques en matière d'offre de loisirs, qui disposent d'équipements moins nombreux qu'en France mais qui accueillent plus de visiteurs, comme Europa Parc en Allemagne ou les grands parcs en Belgique ou aux Pays-Bas. Cela s'est développé dans la tradition des fêtes et des divertissements dans le nord de l'Europe. En Suède, le parc de Lisberg est remarquable avec une vision à très long terme de ce que peut être le loisir pour le touriste séjournant dans la région.

M. Christian Mantéi. - Sur le marché des parcs, on a connu une activité en grande croissance. Nous arrivons là à maturité.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Nous arrivons au terme de notre rendez-vous. Je réitère ma suggestion. Je vous propose de répondre aux deuxième et troisième questions simplement par le nombre que vous voudrez de propositions, de suggestions en mettant l'accent sur la mise en oeuvre, en en présentant la manière d'agir : la loi, la réglementation...

M. Jean-Luc Michaud. - Je vais commencer par répondre à votre dernière question, sur l'aspect de la formation, qui constitue pour l'IFT son coeur de métier, en lien avec les partenaires universitaires. Faut-il légiférer, faut-il réglementer ? Quelles seraient les dispositions qui seraient utiles

aujourd'hui pour aider le touriste ? Je me fais le porte-parole de mes co-présidents : objectif simplification des textes. Le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite pourrait avoir son équivalent en matière législative ou réglementaire et se traduire par la suppression de deux dispositions quand on en rajoute une !

Les initiatives sont largement handicapées par la complexité de la norme législative et réglementaire. Allégeons, simplifions, fluidifions, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas adapter la règle ni adopter de nouvelles dispositions législatives ou réglementaires, notamment en matière fiscale. Il faut avoir à l'esprit que pour innover il faut simplifier, alléger, faciliter, ce qui a son corollaire : aider ceux qui en ont besoin, y compris par la dépense fiscale, aider les initiatives innovantes plutôt qu'aider ceux qui n'en n'ont pas besoin. Nous avons tendance en France à aider ceux qui, par leurs lobbies, sont les plus influents, les plus présents.

Aider l'initiative à partir du terrain, à partir des TPE, à partir des PME, est souvent contredit dans les faits, non seulement du fait de la complexité des règles que seules les grandes entreprises peuvent décrypter, mais aussi du fait que les aides ou les soutiens financiers sont orientés vers ceux qui ont le plus de visibilité.

Pour en venir à ce qui a été largement évoqué, ce qui est créateur de valeur ajoutée, c'est l'emploi. Le tourisme peut en procurer beaucoup, et des emplois de plus en plus qualifiés. Les différents secteurs susceptibles de retenir l'attention le seront en fonction de ce critère majeur : quelle valeur ajoutée nette, avec les implications que cela peut avoir en matière d'emploi ? Ce qui a une conséquence : comment anticiper l'évolution quantitative mais aussi qualitative des emplois et des qualifications ? Il faut raisonner en métiers, pas seulement en diplômes, c'est-à-dire en termes de savoir-faire et de compétences qui s'acquièrent aussi par la formation continue, qui est essentielle dans des métiers où l'on peut progresser, dans lesquels les carrières peuvent se structurer. Il y a donc un enjeu majeur qui est la capacité d'anticipation. C'est à partir de ces constats que M. Luc Chatel, après

M. Xavier Bertrand, avait conclu à la nécessité de prendre une initiative forte pour compenser le handicap de la diversité. Lorsque l'on parle du tourisme, on pense transversalité, interministérialité, interdisciplinarité... Cela veut dire que cette dispersion doit trouver sa contrepartie et l'Institut français tu tourisme est destiné à assurer des synergies dans un domaine extrêmement éclaté. Le constat est qu'il y a beaucoup d'initiatives, mais trop dispersées. Nous avons des acteurs nombreux, c'est un millefeuille administratif. Les uns et les autres dialoguent peu. Le lien entre formateurs et employeurs est faible. Il faut des synergies également entre les acteurs de terrain, dans l'optique de la création de clusters qui visent à faire des destinations touristiques des lieux d'échange entre les collectivités publiques, les acteurs professionnels et les entreprises et le monde académique.

C'est aussi la constatation d'une faiblesse de la connaissance, non seulement statistique, mais également des innovations qui ont lieu à

l'international. L'ensemble de ces constats ont conduit les pouvoirs publics à constituer un organisme qui réunit les acteurs français du tourisme pour assurer la cohérence et la cohésion des actions locales.

Partons du terrain et non pas de l'Etat pour assurer cette liaison indispensable.

A travers ce réseau de pôles d'excellences, à travers l'ensemble des acteurs réunis au niveau national, il faut porter l'anticipation, travailler sur l'innovation, sur l'expérimentation et favoriser la diffusion et la promotion à l'échelle de chacun des pôles d'excellence, une demi douzaine aujourd'hui, une douzaine d'ici la fin de l'année 2011, de manière à assurer la professionnalisation des formations, le développement de la recherche appliquée porteuse d'innovation et à favoriser la veille et la prospective du tourisme et prendre une longueur d'avance au plan international.

En matière de formation, le grand déséquilibre qui a été observé est qu'il y a un trop grand nombre de formations Bac + 3, 4 ou 5 et que 50 % des emplois de niveau inférieur sont pourvus par des personnes qui n'ont aucune formation. Il y a donc un déséquilibre dans l'attention portée aux différents niveaux de formation en France. Nous avons 80 formations de niveau Master, autant de licences professionnelles et nous constatons un manque de lisibilité, une forte part des formations de type école de commerce dans les débouchés qui sont aujourd'hui offerts et une insuffisance des formations basiques, notamment dans les métiers du tourisme plus encore que dans les métiers de l'hôtellerie. Un rééquilibrage des formations est à prendre en considération, l'IFT y travaille avec l'ensemble de ses partenaires publics et privés. Cette démarche me conduit à une conclusion : si l'IFT n'existait pas, il faudrait l'inventer ! Il existe, essayons de lui donner toute sa mesure et de faire en sorte que son rôle de concertation soit pleinement assuré.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Toute la partie formation est essentielle. Nous n'aurons malheureusement pas le temps de faire une table ronde spécialisée dans le domaine de la formation ; les contributions diverses seront donc les bienvenues.

M. Jean-Louis Balandraud. - Le ministre nous a demandé de travailler sur un rapport d'ici le 1er septembre prochain pour mieux coordonner les actions de l'état et celles des collectivités locales en matière de communication sur les destinations touristiques françaises :

- la France a un avantage et un handicap, elle a trop de produits donc il est difficile de faire un marketing touristique en France alors que beaucoup de pays n'ont que deux ou trois choses à vendre ;

- il y a trop d'acteurs qui se partagent des rôles à tous les niveaux. Beaucoup de gens du conseil dénoncent le rôle des CRT et des CDT qui se marchent sur les pieds. Les CDT deviendraient des agences de voyage qui vendraient des produits...

M. Christian Mantéi. - Non, c'est faux.

M. Jean-Louis Balandraud. - Il est indispensable de simplifier la communication, l'image des produits devrait être vendue par des acteurs de terrain.

M. Jacques Augustin. - Je m'inscris dans le prolongement des propos de M. Balandraud. La conscience de l'importance de l'activité touristique n'est pas au niveau qui correspond à son réel poids économique. C'est le message qu'il faut faire passer. Prenez conscience que le tourisme est important, au même titre que l'automobile ou d'autres activités. Le leadership de la politique touristique sous l'angle institutionnel est très fragmenté. Si nous n'arrivons pas à dire que l'offre territoriale doit être coordonnée au niveau régional et que Atout France et l'Etat sont les porte-bannières au niveau national de cette offre, nous allons continuer à être dans un paysage fragmenté, peu lisible à l'extérieur.

Il faut une marque France forte et un leadership professionnel. Dès qu'il y a un consortium des acteurs du tourisme, avec un président qui peut être entendu par les pouvoirs publics, cela peut changer les choses. Pour les actions concrètes, je vous ai déjà exposé les sept points en question et je transmettrai à vos collaborateurs la note rédigée dans ce sens.

M. Michel Bécot, rapporteur. - Il faudrait surtout faire prendre conscience que le tourisme est la première industrie dans notre pays et qu'il faut l'alimenter.

M. Christian Mantéi. - Je pense que nos partenaires territoriaux issus des collectivités, que ce soient les CRT, les CDT ou les ODT, sont affaiblis aujourd'hui par rapport à ce qu'ils étaient il y a dix ans. Alors qu'au niveau de l'Etat les moyens ne sont pas suffisants, mais sont en augmentation, tous les moyens des CDT, CRT, ODT sont en baisse. J'en fais l'expérience quotidiennement, il est beaucoup plus difficile de développer des opérations de promotion avec nos partenaires institutionnels, tous disent qu'ils manquent de moyens.

En termes de compétences, nous sommes identifiés comme étant des acteurs institutionnels du tourisme, mais nous sommes en situation d'hémiplégie. Tous veulent faire de la promotion mais il n'y a pas beaucoup de marketing international. Il s'agit d'accueil et d'information pour les ODT, de promotion sur les marchés français pour les CDT et de promotion sur les marchés étrangers pour les CRT. Il faut de la promotion. L'observation, l'intelligence économique, se sont appauvries au niveau des territoires. Aujourd'hui, lorsque l'on organise un réseau source, à partir des statistiques et de l'observation provenant des territoires, qui va nourrir un réseau national et permettre de croiser des éléments afin d'aboutir à une analyse, nous sommes faibles sur l'observation dans les territoires. Il faut que les données soient produites : lorsque l'on fait une étude de marché locale pour créer un parc de loisirs, il faut auparavant faire du benchmarking local pour connaître le nombre d'entrées dans un château ou dans un musée de la même région. Il est impossible d'avoir des données capables d'apporter une valeur ajoutée aux

ingénieurs, aux architectes urbanistes ou aux élus. Lorsqu'un maire porte un grand projet touristique pour sa ville, il ne pense pas à inviter autour de la table le directeur de l'ODT de sa ville, car il pense que ce dernier sait aller sur les marchés internationaux mais ne pourra lui donner aucune information technique en ingénierie sur le projet.

Nous voyons apparaître des projets d'agglomération ; il faut que les ODT deviennent des agences de développement touristique des agglomérations et il faut élargir la compétence des ODT jusqu'à l'ingénierie. Nous avons besoin d'interlocuteurs dans les villes pour accompagner les projets des maires.

J'aimerais pour terminer proposer de nous recentrer sur deux exemples concrets de réalisations. Pour la constitution d'une destination, je citerais « Loire Vallée ». Je pense que nous avons suffisamment de pré-réflexions techniques...

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Vous voulez dire qu'il s'agirait de proposer un test en vraie grandeur ?

M. Christian Mantéi. - Depuis les outils de planification de Languedoc-Roussillon et d'Aquitaine, la France n'a plus de politique touristique d'aménagement. Il s'agirait aujourd'hui, en partant des constats que vous avez très bien exposés, c'est-à-dire une politique intégrée qui permettrait de voir émerger une destination, de s'attacher à faire de « Loire Vallée » une vraie destination de séjour.

L'autre travail pratique porterait sur la filière des ports, afin de faire cohabiter dans un même port la plaisance et la croisière. Tous nos ports sont concernés.

La question du manque d'anneaux touche la Bretagne, la Méditerranée, la Normandie. La croisière touche également un certain nombre de nos ports. Nos ministères sont très cloisonnés. Il y a des travaux qui ont été initiés au ministère de l'équipement sur les ports, il faut avancer.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - C'est effectivement une idée séduisante.

M. Claude Pérignon. - Je pense qu'il faudrait travailler sur le multilinguisme. Pour les visiteurs qui viennent de loin, il faudrait au niveau politique travailler sur la facilité d'obtenir le visa Schengen à but touristique et développer les produits transfrontaliers, afin qu'un touriste lointain puisse combiner différents pays dans un voyage.

Pour les visiteurs de proximité, il faudrait voir avec les gouvernements des pays environnants les périodes de vacances. Juillet et août ne sont pas importants, je pense plutôt aux vacances hivernales, novembre, février et Pâques. Il faudrait essayer de tenir compte du calendrier des pays voisins, comme la Hollande et la Belgique. Les visiteurs de ces pays pourraient bénéficier d'offres intéressantes pendant ces périodes et les

hôteliers et les infrastructures en profiteraient également pour remplir leurs hébergements.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Merci de votre contribution.

Mme Maria Gravari-Barbas. - Tout d'abord, je voudrais dire que nous sommes prêts à collaborer avec M. Mantéi. Je proposerai de considérer le tourisme comme un domaine de recherche sérieux et reconnu, ce qui n'est absolument pas le cas aujourd'hui. Cela passe par des formations de très bon niveau, par la reconnaissance d'études doctorales non pas de tourisme, mais en tourisme, qui pourraient être de plus en plus reconnues par des bourses CIFRE (Conventions Industrielles de Formation par la Recherche) et mettre en place un Conseil national des universités en tourisme. Il ne s'agit pas de demander la mise en place d'une discipline, le tourisme n'est pas une discipline, mais la mise en place d'un corpus ou de personnes qui pourraient évaluer les chercheurs et les enseignements en tourisme. C'est un projet ancien. Il y a d'autres domaines d'études et de recherche transdisciplinaires comme l'aménagement pour lesquels cela a été fait, cela pourrait être fait pour le tourisme.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - On peut imaginer que vous aurez quelques crédits du Grand Emprunt. Nous vous souhaitons d'être considérés comme pôle d'excellence.

Mme Nathalie Fabry. - Je pense qu'il est nécessaire de montrer que le tourisme est un levier de croissance dans un contexte d'emplois non délocalisables. C'est une protection contre la mondialisation. Le tourisme pèse plus que le secteur de l'automobile ou que l'agriculture. Je récidive sur l'importance de la visibilité d'une destination et de sa lisibilité au moyen de la mise en réseau des acteurs.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Une fois pour toutes, je souhaiterais qu'il soit bien clair que si nous avons décidé de nous engager dans ce processus, c'est que nous sommes convaincus qu'il y a là un enjeu important. Il nous faut convaincre les autres.

Mme Sophie Huberson. - Juste un mot : il faut apprendre les langues, apprendre la relation aux clients, aux touristes, il faut valoriser l'accueil. Il faut attirer les touristes et leur donner envie de revenir chez nous.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. - Merci. Nous attendons donc, le cas échéant, vos contributions écrites.