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L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )

III. ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR, RECHERCHE,
ET SERVICE À LA SOCIÉTÉ

Notre système universitaire n'a que peu évolué au cours de son histoire, et ce malgré la révolution qu'a été la massification de l'enseignement supérieur. Depuis le 1er Janvier 2012, toutes les universités sont autonomes. Ainsi, il convient de proposer une boite à outils pour les universités autonomes, en faisant le lien entre enseignement supérieur, place du doctorat, valorisation de la recherche, et service à la société.

A. LA FORMATION APRÈS LE BAC

Bien souvent dans notre pays, les formations universitaires sont soit perçues comme totalement coupées des réalités matérielles, soit complètement inféodés au monde économique ; à croire qu'il n'existe pas de juste milieu. Or la plus pure des théories n'est pas forcément découverte dans le cadre d'une recherche fondamentale, et la recherche fondamentale a bien souvent, tôt ou tard, une application.

De plus, pour les jeunes diplômés, un nécessaire équilibre entre émancipation intellectuelle et émancipation matérielle est nécessaire. Une société composée de citoyens sans aucune ouverture d'esprit serait à terme plus conservatrice qu'innovante ; néanmoins pas plus qu'une société composée de personnes intéressées uniquement par les idées et non pas par leur mise en application.

1. Les avantages et inconvénients d'un système dual : quelle valeur pour les diplômes ?

Historiquement, notre système d'enseignement supérieur et de recherche est doublement dual. Il existe d'une part une séparation entre universités et organismes de recherche et, d'autre part, entre universités et grandes écoles. Cette dernière séparation entre différentes formes d'établissement d'enseignement supérieur, souvent présentée comme une bizarrerie hexagonale, est en fait assez commune même si elle se présente dans des termes différents.

Les grandes écoles, et notamment les écoles d'ingénieurs, dès leur création, ont répondu à un besoin du monde économique : disposer de travailleurs diplômés de hautes études et aptes à s'intégrer au monde du travail très rapidement.

Le système des écoles d'ingénieurs mis en place à des moments particuliers de notre histoire (deux vagues principales de création : fin XVIIIème et début XIXème siècle, sortie de la seconde guerre mondiale) nous ont permis de construire puis de reconstruire notre industrie. Dans les deux cas, il nous a permis de rattraper un retard (sur l'Angleterre dans le premier cas, sur les USA dans le second). Néanmoins cette formation a en partie montré ses limites dans le cadre de la compétition mondiale engagée dans les 20 dernières années.

En effet, la dualité de notre système a abouti au fait que les grandes écoles, très proches du milieu économique, ne faisaient jusqu'à présent peu de recherche, alors que les universités menaient des activités de recherche mais n'entretenaient que peu de liens avec les entreprises. Cette situation a entraîné un ralentissement de l'innovation en France au fur et à mesure que la recherche a pris de plus en plus de place dans l'innovation et la compétitivité mondiale.

Un double mouvement des universités en direction du monde économique d'une part et des grandes écoles vers la recherche doit permettre de remédier à ce problème. La question de l'utilité de ce système dual pourra éventuellement se poser, étant donné que chacun a fait un pas vers l'autre.

Mais, les deux systèmes gardent chacun leurs spécificités, au premier rang desquelles la différence de taille. En effet, les grandes écoles sont bien souvent, pour ne pas dire toujours, de taille plus modeste que les universités. Elles offrent un maillage territorial bien plus important que les universités. Les universités ont, quant à elles, permit la massification de l'enseignement supérieur, ce que les grandes écoles n'auraient pas pu faire.

La concurrence et surtout la comparaison raisonnée et non idéologique ou passionnée entre les deux systèmes pourraient produire un effet bénéfique pour les deux systèmes en leur permettant de se renforcer l'un l'autre, notamment en s'inspirant des réussites de chacun des systèmes. Néanmoins, à l'heure actuelle, on assiste à un véritable phénomène de vampirisation des meilleurs éléments au profit des grandes écoles qui ont un quasi monopole sur la formation des élites de notre pays. D'aucuns diraient que cela aboutit d'ailleurs à un certain formatage.