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L'avenir des campagnes

22 janvier 2013 : L'avenir des campagnes ( rapport d'information )

TROIS INTERROGATIONS PRÉALABLES

La construction de scénarios concernant l'avenir des campagnes implique au préalable de se débarrasser de quelques préjugés, de s'approprier une grille d'analyse adéquate, de porter un diagnostic lucide et de poser les bonnes questions.

Le nouvel essor des campagnes, dont beaucoup se réjouissent et qui serait caractérisé par une reprise démographique indéniable assorti d'un certain renouveau économique, social et culturel mérite un plus ample examen.

Comment interpréter la reprise démographique observée dans les zones rurales ?

Si l'on admet que la démographie a un impact direct sur l'activité - qui est essentielle pour le devenir humain, social et culturel des territoires -, que sait-on, au juste, des conditions et des modalités de la croissance économique dans les campagnes ? Quel rôle, en particulier, y jouent les villes ?

Enfin, dans la concurrence entre les territoires, les campagnes sont-elles placées dans une position équitable ?

I. COMMENT QUALIFIER LA RURALISATION EN COURS ?

Entre 1999 et 2010, la superficie de l'espace urbain en métropole a progressé de 19 %, pour représenter 22 % du territoire. Il porte désormais 77,5 % de la population. Dans le même temps, la superficie de l'espace rural a régressé de 4 %, pour représenter 78 % du territoire. Cet espace comprend 22,5 % de la population26(*).

C'est pourtant à la campagne que la croissance démographique est la plus forte.

A. UNE EXPANSION DE LA SPHÈRE URBAINE PAR LES CAMPAGNES

Entre 1999 et 2007, la population urbaine a progressé de 4,6 %, passant de 45,8 millions à 47,9 millions d'habitants.

Avec une superficie qui a augmenté de 19 % en dix ans, le rythme de croissance de l'espace urbain entre les recensements de 1999 et 2007 a été plus rapide que lors des décennies précédentes et se rapproche de celui observé dans les années 1950-1960.

Mais la définition de la commune urbaine par l'INSEE répond à des critères frustes (supra) si bien qu'elle peut recouvrir des réalités très différentes, dont certaines ne correspondent pas à l'idée qu'on se fait spontanément de la ville.

Ainsi que le note Olivier Piron, inspecteur général de l'équipement, faut-il vraiment parler de ville « pour des communes rurales qui viennent tout juste de passer le seuil de 2 000 habitants agglomérés, grâce à quelques retraités qui reviennent au pays, la reprise de la natalité chez les habitants et des étrangers qui viennent s'y fixer ? C'est en Corrèze, et dans les Hautes-Alpes, que le taux d'urbanisation a le plus progressé, mais de nouvelles villes y sont-elles pour autant apparues ? ».

De fait, en détaillant l'évolution de la population des unités urbaines selon leur taille, il apparaît que la croissance démographique de l'espace urbain est essentiellement le fait des plus petites unités urbaines, celles de moins de 10 000 habitants.

LES ÉVOLUTIONS DE POPULATION DANS LES UNITÉS URBAINES SELON LA TAILLE

Que ce soit par l'agrandissement d'agglomérations existantes ou par l'apparition de nouvelles villes isolées, ces unités urbaines expliquent, à elles seules, plus de la moitié (9 700 km2) de la croissance de l'espace urbain, alors que seulement 16 % de la population urbaine y vivent.

L'INSEE constate ainsi que « la croissance du territoire urbain s'observe (...) surtout dans la partie la moins dense de l'espace urbain ». C'est celui de la dernière couronne de l'étalement urbain, là où les constructions participent souvent au « mitage », tant décrié, du paysage.

C'est aussi là où le territoire « vécu », quoiqu'urbain au sens de l'INSEE, est le plus proche d'un territoire rural. Ainsi que l'observe Olivier Piron, inspecteur général de l'équipement, « les zones urbaines denses (plus de 5 000 habitants et une densité résidentielle27(*) brute supérieure à 2 500) ont perdu du poids démographique depuis 1968 (elles représentent moins de 10 % de l'augmentation démographique métropolitaine dans cette période). On urbanise désormais par les campagnes ».


* 26 Toutes données INSEE.

* 27 En habitants par kilomètre carré.