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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )
2. Une opportunité mais aussi un défi redoutable

L'absorption par le marché du travail de cette jeunesse exigerait selon l'OCDE des taux de croissance de l'économie non pétrolière de l'ordre de 6 à 7 % pendant plus d'une décennie.

Le maintien des taux actuels de chômage chez les jeunes, qui s'élèvent dans certains pays à 40 %, fait courir des risques très importants. Si l'Afrique ne parvient pas à créer des opportunités économiques et d'emplois suffisantes pour offrir des conditions de vie décentes à ces centaines de millions de jeunes, la cohésion sociale et la stabilité politique s'en trouveront fragilisées.

La première conséquence de cette situation est aujourd'hui l'extrême pauvreté d'une partie de la jeunesse africaine. D'après le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 72 % des jeunes Africains vivent avec moins de 2 dollars (USD) par jour.

Le chômage, la pauvreté qui en découle mais aussi l'élévation du niveau de formation et l'effacement des valeurs traditionnelles conduisent nombres de jeunes à se révolter contre l'autorité de leurs aînés.

Comme l'a souligné devant le groupe de travail M. Maurice Enguéléguélé, Coordonnateur des Programmes IAG (Institut africain de la gouvernance), « on a vu ce processus à l'oeuvre dans le Maghreb : l'inversion des pyramides des âges, le fort taux de scolarisation couplé à celui de jeunes diplômés non ou sous-employés et un accroissement des inégalités génèrent des mouvements sociopolitiques, mais il n'est pas moins présent en Afrique subsaharienne même s'il n'a pas donné les même résultats ».

Au Sénégal, par exemple, lors de l'élection présidentielle de 2012, la mobilisation des jeunes qui s'est multipliée à Dakar et dans les centres urbains a joué un rôle important dans la défaite d'Abdoulaye Wade, sur lequel les jeunes avaient fondé leurs espoirs en 2000.

Les jeunes urbains ont été les acteurs principaux de ces expressions protestataires, investissant d'une manière nouvelle l'espace public et la scène médiatique. Le collectif « Y'en a marre » (YEM) créé par un journaliste et plusieurs rappeurs, qui porte un projet de « conscientisation citoyenne » et de « remoralisation de l'espace politique », a connu un essor spectaculaire.

On a pu voir en Côte d'Ivoire, au cours de la dernière décennie, la face sombre de cette mobilisation et de son instrumentalisation possible à travers le mouvement des « Jeunes patriotes », relayant souvent des doctrines intolérantes et xénophobes. A contrario, le mouvement YEM a fait montre à plusieurs reprises d'une importante capacité de mobilisation pacifique, notamment dans ses appels à l'inscription sur les listes électorales et dans sa définition du « nouveau type de Sénégalais ».

En Afrique du sud on se souvient des «jeunes lions» héroïques qui furent les précurseurs de la démocratie et de la fin de l'apartheid.

Cette capacité de rébellion s'incarne cependant dans une réalité parfois plus cruelle. Cette jeunesse en colère instrumentalisée participe aux luttes armées et contribuent à l'instabilité du continent.

Rappelons-nous dans les années quatre-vingt des enfants-soldats du Mozambique et de la Sierra Leone, quintessence même de la désintégration civile. Et comment ne pas remarquer la jeunesse des mouvements rebelles qui sont illustrés ces dernières années en Centrafrique, au Mali ou en RDC. En témoigne la Seleka qui vient de renverser le Président Bozizé en Centrafrique composée pour une large part de jeunes. En témoigne, au Mali, Ansar Eddine, le Mujao et Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), qui ont recruté, entraîné et utilisé plusieurs centaines de jeunes et d'enfants au sein de leurs forces depuis le début de l'occupation du nord du Mali, mais aussi en République démocratique du Congo, dans le Nord-Kivu, où des milliers de garçons et filles déscolarisés ont rejoint, généralement contre leur gré, les rangs des groupes armés.

Il ne s'agit pas seulement d'exemples ponctuels, mais d'un vaste mouvement qui touche la majeure partie des États africains où l'absence d'emploi des jeunes constitue désormais un des principaux risques pour la stabilité des pays.

Ainsi la Banque mondiale, dans un rapport consacré au lien entre conflits, sécurité et développement sur l'ensemble du continent, souligne à l'issue de nombreuses études de terrain qu'« une cause majeure du ralliement des jeunes à un mouvement rebelle ou un gang urbain qui revient systématiquement dans les enquêtes d'opinion est le chômage. »6(*). Parmi les jeunes qui rejoignent un mouvement d'insurgés, un sur deux déclare que le chômage constitue sa principale motivation.

L'enrôlement des jeunes dans des mouvements rebelles conduit inévitablement à l'utilisation des enfants dans les conflits armés. Les images de ces jeunes nombreux, pauvres, désoeuvrés et donc dociles, du Libéria ou du Congo, condamnés par des chefs de guerre sans merci à se faire chair à canon le temps d'une campagne militaire, sont devenues des images récurrentes d'une Afrique en déshérence.

L'année 2012 marque le dixième anniversaire de l'entrée en vigueur du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés. Mettre un terme à l'utilisation d'enfants, tant par les forces armées gouvernementales que par les groupes armés non-étatiques, est malheureusement, encore aujourd'hui en Afrique, un défi.


* 6 Rapport sur le développement dans le monde, Conflits, sécurité et développement, Rapport sur le développement dans le monde 2011. Banque internationale pour la reconstruction et le développement / Banque mondiale. : wdronline.worldbank.org/worldbank/a/langtrans/3