IV. DES MESURES EN VUE DE RÉÉQUILIBRER LES PRINCIPAUX ÉLÉMENTS DES FORCES INTERARMÉES DANS UN ENVIRONNEMENT CHANGEANT

A. LA CONFIRMATION DES MISSIONS

La stratégie de défense met en relief trois piliers interdépendants qui se renforcent mutuellement :

§ Protéger le territoire national , pour dissuader et mettre en échec les attaques contre les États-Unis et aider les autorités civiles à atténuer les effets d'éventuelles attaques et catastrophes naturelles ;

§ Renforcer la sécurité dans le monde , afin de préserver la stabilité régionale, de dissuader les adversaires, d'appuyer les alliés et les partenaires et de coopérer avec d'autres entités pour confronter les défis communs en matière de sécurité ;

§ Projeter la puissance et vaincre résolument , pour mettre en échec l'agression, démanteler les réseaux terroristes pour les détruire, et assurer une aide humanitaire ainsi que des secours en cas de catastrophe.

B. INNOVER POUR ATTEINDRE LES OBJECTIFS

Sur chacun de ces trois piliers, le département de la Défense s'est engagé à trouver des moyens créatifs, efficaces et efficients pour atteindre les buts et contribuer à faire des choix stratégiques. L'innovation est un axe central.

De nouveaux paradigmes de présence ont été identifiés, y compris un éventuel positionnement de forces navales supplémentaires en déploiement avancé dans des zones critiques, ainsi que le déploiement de nouveaux ensembles de bâtiments, de moyens aériens, de forces terrestres alignées régionalement ou par rotation, et de forces de réaction aux crises, tout cela dans l'intention de maximiser les effets tout en minimisant les coûts.

Avec les alliés et partenaires, la planification sera davantage coordonnée afin d'optimiser leurs contributions à leur propre sécurité et aux nombreuses activités multinationales.

C. RÉÉQUILIBRER LES FORCES

1. Rééquilibrer pour gérer une large gamme de conflits

Les conflits futurs pourraient aller des situations d'urgence hétéroclites impliquant des groupes agissant pour le compte d'autres ayant recours à des approches asymétriques, au conflit hautement sophistiqué contre un pouvoir étatique doté d'armes de destruction massive (ADM), ou de capacités technologiquement avancées de déni d'accès et d'interdiction de zone (A2/AD).

Les forces armées doivent être prêtes à combattre des adversaires de plus en plus sophistiqués qui pourraient avoir recours à des capacités de combat avancées tout en s'efforçant simultanément de priver les forces américaines de leur supériorité actuelle dans l'espace et le cyberespace (stratégie d'anti-accès et d'interdiction de zone). L'investissement dans les sciences, la technologie, la recherche et le développement reste en conséquence une priorité dans le secteur de la défense.

Les États-Unis conserveront une approche mondiale dans la lutte contre les extrémistes violents et les menaces terroristes, en ayant recours à l'association d'instruments d'ordre économique et diplomatique, du renseignement, des forces de l'ordre, du développement et des forces armées. Le département de la Défense rééquilibrera ces efforts en mettant un accent plus marqué sur le renforcement des capacités de partenariat, particulièrement dans les États fragiles, tout en conservant une capacité vigoureuse d'action directe comprenant le renseignement, la surveillance constante, les frappes de précision et les Forces d'opérations spéciales.

2. Rééquilibrer et pérenniser la présence et le dispositif à l'étranger pour mieux protéger les intérêts de sécurité nationale des États-Unis

Le département de la Défense contribuera au rééquilibrage des États-Unis dans la région Asie-Pacifique. Face aux missiles de longue portée et aux programmes d'ADM de la Corée du Nord, particulièrement dans la course aux armes nucléaires de ce pays, les États-Unis sont déterminés à maintenir la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne.

Dans le cadre des efforts plus larges de stabilisation dans la région Asie-Pacifique, les États-Unis conserveront une présence solide en Asie du Nord-est, tout en rehaussant leur présence en Océanie et en Asie du Sud-est.

En Afghanistan, la transition en direction d'une mission restreinte, axée sur la lutte contre le terrorisme, la formation, le conseil et l'assistance aux forces de sécurité afghanes sera conduite au fur et à mesure de la réduction des opérations de combat.

Les États-Unis ont également des intérêts durables au Moyen-Orient et resteront résolument engagés envers la sécurité de leurs partenaires dans la région. Ils maintiendront un dispositif militaire solide dans la région du Golfe, qui puisse répondre sans délai à une crise, dissuader une agression et rassurer leurs alliés et partenaires.

Les États-Unis poursuivront leur travail avec leurs alliés et partenaires en Europe pour encourager la stabilité régionale et l'intégration euro-atlantique, ainsi que pour renforcer les capacités, l'interopérabilité et l'accès stratégique des opérations de la coalition.

3. Rééquilibrer les compétences, les capacités et la disponibilité opérationnelle au sein de la force interarmées

À l'issue de plus de douze ans de conflits et compte tenu des réductions budgétaires en cours, la force interarmées connaît aujourd'hui un déséquilibre et sa disponibilité opérationnelle a souffert. La QDR prévoit une restructuration de son format. Sa taille se réduira dans les cinq prochaines années, mais elle deviendra progressivement plus moderne et sa disponibilité opérationnelle devrait s'améliorer.

Le maintien d'une armée de l'air possédant des capacités de projection mondiale des forces, essentielles pour cette stratégie de défense actualisée avec la modernisation des équipements de combat de l'armée de l'air de prochaine génération, notamment des avions de combat et des bombardiers, particulièrement contre les systèmes modernes de pointe de défense aérienne. Pour dégager des ressources pour ces programmes et pour protéger les investissements au profit de capacités critiques, l'U.S. Air Force réduira ou supprimera sa capacité pour certaines plateformes d'aviation de mission unique.

Le maintien d'une Armée de terre de renommée mondiale, à même de mener la gamme complète des opérations terrestres, y compris les combats terrestres ponctuels et soutenus dans le cadre d'opérations interarmées, multinationales, en plusieurs phases et de grande envergure, en entretenant une structure militaire pouvant être dotée en personnel, formée, équipée et mise en état de disponibilité opérationnelle. Pour maintenir cette force, le Département opèrera un rééquilibrage au sein de l'Armée de terre, dans les forces d'active, de la Garde et des réservistes. L'armée d'active passera de ses 570 000 soldats, son record de temps de guerre, à de 440 000 à 450 000 soldats. La Garde nationale de l'Armée de terre poursuivra la réduction de ses effectifs, passant de 358 000 soldats, un maximum de temps de guerre, à 335 000 soldats, et les réservistes de l'Armée de terre passeront de 205 000 à 195 000 soldats.

La préservation de la capacité navale pour renforcer la sécurité dans le monde et répondre aux crises. Grâce à la réduction des coûts d'acquisition et aux mises hors service provisoires de bâtiments, la Marine modernisera ses flottes de navires de surface, ses aéronefs et ses sous-marins pour être à la hauteur des menaces du XXI e siècle. La flotte doit être en mesure d'opérer dans toutes les régions et pour tous les types de conflits. Au-delà des 32 navires de combat en zone littorale ( Littoral Combat Ships - LCS), aucune nouvelle négociation ne sera entreprise, et la Marine présentera des propositions de substitution pour acquérir un bâtiment de combat de surface de petite taille, performant et létal.

Le maintien du rôle du Corps des Marines comme force essentielle de réponse aux crises, de l'essentiel de son projet de modernisation, de sa disponibilité opérationnelle, avec des effectifs finaux de 182 000 Marines d'active dont 900 Marines supplémentaires pour le programme de gardes de sécurité des ambassades, qui protègeront les intérêts et les installations des États-Unis à l'étranger.

La QDR 2014 assure la protection des capacités essentielles à l'appui de la stratégie :

§ Cyberespace. Investissement dans de nouvelles forces et capacités cybernétiques élargies afin d'accroître l'aptitude à mener des opérations dans le cyberespace pour appuyer des opérations militaires dans le monde entier, soutenir des commandants de composantes de combat alors qu'ils planifient et exécutent des missions militaires, et pour contrecarrer des attaques cybernétiques contre les États-Unis.

§ Défense antimissile : Augmentation du nombre de missiles d'interception basés à terre et déploiement d'un deuxième radar au Japon aux fins d'alerte précoce et de poursuite. Investissements ciblés dans les missiles d'interception défensifs, les capacités de discrimination et les capteurs ; choix du meilleur endroit pour établir un autre site de missiles d'interception de défense aux États-Unis, si nécessaire.

§ Dissuasion nucléaire : modernisation des systèmes de vecteurs nucléaires essentiels, dans l'alerte, le commandement et le contrôle ; et, en collaboration avec le département de l'Énergie, dans les armes nucléaires et l'infrastructure de support.

§ Espace : Orientations vers des systèmes et architectures de systèmes moins complexes, plus abordables et plus résilients, mise en place d'une démarche à multiples niveaux pour dissuader les attaques contre les systèmes spatiaux tout en conservant des capacités de riposte en cas d'échec de la dissuasion.

§ Air/Mer : Investissement dans des aéronefs de combat, notamment dans les avions de combat et de frappe à longue portée, la surveillance continue apte à la survie, les architectures résilientes et la guerre sous-marine pour renforcer les capacités interarmées des forces aériennes des États-Unis à contrecarrer les enjeux de déni d'accès et d'interdiction de zone.

§ Frappe de précision : Acquisition de missiles air-sol avancés permettant aux avions de combat et aux bombardiers d'engager une vaste gamme de cibles, ainsi que d'un missile de croisière antinavire de longue portée pour accroître les capacités interarmées des forces aériennes des États-Unis à engager des bâtiments de surface dans un espace défendu.

§ Renseignement, surveillance et reconnaissance : Orientation des investissements vers des systèmes opérationnellement réactifs et efficaces dans des environnements très hostiles, tout en conservant des capacités appropriées à des environnements plus sûrs afin d'appuyer la connaissance de la situation, la lutte contre le terrorisme et d'autres opérations dans le monde.

§ Lutte contre le terrorisme et opérations spéciales : Montée à 69 700 personnes des effectifs finaux des Forces d'opérations spéciales, en protégeant leur capacité à maintenir des opérations continues, en réseau et réparties pour vaincre Al-Qaïda , contrecarrer d'autres menaces transnationales émergentes, lutter contre les ADM, renforcer les capacités de nos partenaires et appuyer des opérations conventionnelles.

4. Développer de nouveaux concepts doctrinaux d'emploi des forces
a) le choix de modes d'actions discrets dans la lutte contre le terrorisme (« light footprint »)

Le choix d'une stratégie d'empreinte légère repose sur l'emploi privilégié des forces spéciales, du renseignement et des frappes de drones, loin du regard des médias et de l'opinion, ce qui limite les interférences du Congrès en une période de polarisation maximale et passe par l'information des commissions du renseignement.

b) Le choix d'une doctrine d'emploi des forces combinées de façon à contrer les stratégies de déni d'accès et d'interdiction de zone
(1) Le Joint Operational Access Concept 179 ( * )

L'objectif du Joint Operational Access Concept (JOAC) , signé en janvier 2012, est de contrer les capacités A2/AD par la cross-domain synergy , transversale aux différents domaines de lutte (air, mer, terre, espace exo-atmosphérique et cyber). Cette synergie est mise en oeuvre à des échelons tactiques inférieurs, pour produire un rythme souvent essentiel pour se saisir des opportunités locales et perturber le système ennemi. En outre, pour opérer avec une chaîne de commandement et de contrôle dégradée, le JOAC insiste sur la décentralisation du C2 , le degré d'initiative des échelons subordonnés.

(2) Air-Sea Battle180 ( * )

« Le JOAC entérine au niveau interarmées un autre concept qui, à lui seul, cristallise le débat sur la réponse américaine au déni d'accès, à savoir l' Air-Sea Battle (ASB) » . Développé conjointement par le Strategic Studies Group de l' US Air Force et l'état-major de l' US Navy , il intègre « un commandement et un contrôle opérant en réseau, des forces aériennes et navales intégrées, menant des attaques dans la profondeur des zones interdites, opérant afin de perturber les réseaux adverses, de détruire les capacités ennemies et de défaire les armes employées par l'ennemi .»

Le secrétaire à la Défense en août 2011 a autorisé sa mise en oeuvre par une structure (ASB Office) qui a établi « une première liste hiérarchisée de recommandations capacitaires comprenant notamment, la capacité à contrer le brouillage des radars et des communications, le ciblage en réseau (par exemple les appareils de l'USAF guidant les missiles Tomahawk après leur lancement depuis les bâtiments de l'US Navy), la capacité à cibler les petits navires opérant en essaim, les Computer Network Operations, l'ISR aéroporté ou encore la lutte anti-mines » .

c) Le choix d'investissements renforcés pour la maîtrise du cyberespace et de l'espace extra-atmosphérique (voir supra p. 127)
d) Une nouvelle vision des pré-positionnements

L'objectif est de disposer de points d'appui multiples et de dimension variable susceptibles d'être alimentés en tant que de besoin par des forces en rotation. Des hubs (Djibouti, Guam) peuvent servir de réservoirs de forces. Ces pré-positionnements peuvent monter en puissance pour participer à la formation des forces partenaires ou alliées, conduire des exercices conjoints ou des actions de combat en tant que de besoin. Il ne s'agit plus de bases au sens classique du terme avec des unités stationnant en permanence. Les États-Unis ont conclu ainsi toute une série d'accords avec des pays partenaires, le dernier en date avec les Philippines à l'occasion de la tournée du Président en Asie au printemps 2014. Il s'agit de l'un des aspects militaires de la stratégie d'alliance et de partenariat (voir supra p. 45).


* 179 Le document de présentation est publié sur le site du département de la Défense : http://www.defense.gov/pubs/pdfs/joac_jan%202012_signed.pdf en langue anglaise. Pour une analyse en français on consultera l'article de François Gros, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique http://www.frstrategie.org/barreFRS/publications/notes/2013/201317.pdf

* 180 Voir l'article de Guillaume de Rougé, chargé de mission à la Délégation aux affaires stratégiques http://www.cesa.air.defense.gouv.fr/IMG/pdf/strategie_de_securite-2.pdf et celui de François Gros, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique précité.

Les thèmes associés à ce dossier

Page mise à jour le

Partager cette page