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Une crise en quête de fin - Quand l'Histoire bégaie

9 février 2017 : Une crise en quête de fin - Quand l'Histoire bégaie ( rapport d'information )

II. COMMENT FABRIQUER UNE CRISE SYSTÉMIQUE ?

A. LA MÉCANIQUE DES CRISES D'ORIGINE FINANCIÈRE

Comme le corps humain ne peut vivre si la circulation du sang s'arrête, la nouvelle économie moderne ne peut fonctionner si le circuit financier des créances se bloque au niveau bancaire.

Autrement dit, si les banques ne peuvent plus faire face aux demandes de remboursement de leur passif (dépôts et dettes), soit parce qu'elles manquent de fonds propres, soit parce qu'elles ne peuvent mobiliser (vendre) leurs actifs à temps ou à un prix suffisant, la défiance s'installe sur leur fiabilité et le circuit interbancaire se bloque. Pour l'éviter, il suffit de croire à cette impossibilité. D'où l'importance de la transparence des opérations conduites par les banques.

Une crise est d'abord une crise de liquidité : l'impossibilité temporaire de transformer une partie suffisante des actifs en monnaie banque centrale. La fourniture de cette liquidité par la banque centrale en contrepartie de ces créances permet généralement de restaurer la confiance et de remettre en marche la « pompe à phynance » pour parler comme le père Ubu. Quand cette impossibilité temporaire de faire face à ses engagements devient permanente, du fait notamment de la mauvaise qualité des actifs, la crise de liquidité devient crise de solvabilité. Si la ou les banques ne sont pas recapitalisées (rachat par une autre banque ou nationalisation), elles font faillite (résolution).

C'est ce qui s'est passé en 2008.

Source : Jézabel Couppey-Soubeyran : « Risques bancaires. Le risque dans tous ses états »
(Conférence, École nationale des Ponts et Chaussées, 9 septembre 2014)

B. LES FACTEURS FACILITANT LES CRISES FINANCIÈRES

Le carburant des crises, c'est l'abondance de liquidités (de capitaux) qui stimule la spéculation, donc les prises de risques, et donc la mise en circulation de créances douteuses. Dans un premier temps, stimulée par la montée des prix (des valeurs immobilières, des actions, des obligations, des titres, des garanties, etc.), tout va bien. Puis le doute s'installe et tout peut s'écrouler. Les spéculateurs à crédit ne peuvent rembourser leurs emprunts, ni les banques récupérer leurs mises, leurs créances étant devenues invendables. La possibilité pour les banques de mobiliser les dépôts qui leur sont confiés pour spéculer à crédit est un puissant facteur de risque.

De même, moins les banques sont résilientes, plus les risques de crise sont grands. La résilience des banques dépend d'abord de l'importance du ratio entre leurs fonds propres et leur niveau d'endettement (emprunts pour équilibrer leur passif), de la volatilité de ce passif (emprunts à plus ou moins long terme), de l'importance et surtout de la qualité de leurs actifs. Autrement dit : plus ils rapportent, plus ils sont risqués.

Le but de la régulation est notamment d'édicter des normes prudentielles et de contrôler leur mise en oeuvre, de s'assurer de la qualité des produits financiers mis en circulation, d'organiser le renflouement des établissements en difficulté ou leur « résolution ».