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Campus France : pour une relance de la stratégie d'attractivité

15 novembre 2017 : Campus France : pour une relance de la stratégie d'attractivité ( rapport d'information )

AVANT-PROPOS

Campus France est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) créé par la loi n° 2010-873 du 27 juillet 2010 relative à l'action extérieure de l'État et placé sous la double tutelle des ministères respectivement en charge des affaires étrangères et de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Campus France exerce trois principales missions, selon les orientations définies conjointement par les deux ministres de tutelle :

- la gestion des boursiers du gouvernement français (BGF), y compris les missions et invitations (BMI) ;

- la gestion de boursiers pour d'autres mandants (boursiers des gouvernements étrangers, dits « BGE ») ;

- la promotion de l'enseignement supérieur français à l'international.

Campus France exerce ses missions en partenariat avec de nombreux acteurs, dont le réseau culturel à l'étranger, qui héberge les « espaces Campus France », les établissements d'enseignement supérieur et de recherche ainsi que des partenaires étrangers.

Ce schéma donne à Campus France un rôle d'animation, de coordination et d'amplification des actions de promotion de l'attractivité du système d'enseignement supérieur et de recherche français à l'étranger. Campus France s'est imposé dans ce rôle central, au cours de ses cinq premières années d'existence.

Le premier contrat d'objectifs et de moyens de Campus France a porté sur la période 2013-2015. Après deux ans sans COM en vigueur (2016 et 2017), un nouveau projet est aujourd'hui soumis pour avis à votre commission, en application de l'article 1er de la loi n° 2010-873 du 27 juillet 2010 relative à l'action extérieure de l'État.

L'examen de ce contrat d'objectifs et de moyens pose naturellement la question des orientations de la politique d'attractivité de l'ESR, dans un contexte où la France, confrontée à une forte concurrence internationale, est en perte de vitesse, y compris dans ses zones d'influence traditionnelles. Les objectifs du gouvernement dans ce domaine sont ambitieux, si l'on en croit les propos du président de la République (voir encadré), mais les moyens ne sont pour le moment pas au rendez-vous.

Les orientations de la politique d'attractivité de l'enseignement supérieur et de la recherche

Extrait du discours de M. Emmanuel Macron, président de la République le 29 août 2017 (ouverture de la conférence des ambassadeurs)

« Un autre aspect essentiel de notre attractivité, c'est la diplomatie étudiante. La France accueille 300 000 étudiants étrangers chaque année dans nos universités et grandes écoles ; ce n'est pas assez. Ce nombre est stable alors que la mobilité étudiante dans le monde a augmenté de 25 % depuis cinq ans. Les États-Unis continuent d'attirer de plus en plus d'étudiants, le Royaume-Uni aussi mais pas la France qui a été doublée l'année dernière par l'Australie.

« Cela requiert de notre part une stratégie plus résolue pour constituer en France de grandes universités visibles à l'international. Ce sera le défi dès le secondaire du ministre de l'Éducation nationale et de la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'innovation, de construire ces éléments de réussite. Ce qui est bon pour la France, les jeunes et les étudiants français, est bon pour son attractivité internationale et c'est l'étape indispensable que le gouvernement est en train de relever.

« Mais notre stratégie d'accueil doit aussi être plus offensive et plus intégrée. De la réforme des universités à la demande de visa dans les espaces Campus France que vous animez, de l'accueil simplifié en France à la signature de nouveaux accords de coopération universitaire dans vos pays de résidence, tous les efforts doivent aller dans le même sens.

« Les pays de l'espace francophone doivent envoyer davantage d'étudiants en France, en particulier au niveau master et doctorat comme sait le faire par exemple l'Amérique latine. Je souhaite que nous nous appuyons davantage sur le réseau des lycées français à l'étranger et que nous puissions créer davantage de bourses d'attractivité pour les meilleurs étudiants, et que nous en devenions leaders en Europe sur le marché justement du numérique diplômant. »

I. UN CONTRAT D'OBJECTIFS ET DE MOYENS QUI CONFIRME CAMPUS FRANCE COMME ACTEUR CENTRAL DE LA POLITIQUE D'ATTRACTIVITÉ DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE FRANÇAIS

A. L'ATTRACTIVITÉ DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE, OUTIL MAJEUR DE LA DIPLOMATIE CULTURELLE ET D'INFLUENCE

Composante de la mondialisation, la mobilité internationale des étudiants s'est fortement accrue depuis le début de ce siècle : entre 2002 et 2014, le nombre d'étudiants en mobilité internationale dans le monde a doublé, passant de 2,17 millions à 4,3 millions. Ce rythme est deux fois plus rapide que celui de l'augmentation de la population étudiante mondiale.

1. La France, premier pays d'accueil non anglophone
a) Un nombre d'étudiants étrangers toujours croissant

Les données internationales, fournies par l'UNESCO, portent sur les étudiants dits « internationaux » ou « en mobilité internationale », c'est-à-dire « qui ont quitté provisoirement leur territoire national dans le but de poursuivre leurs études et qui sont inscrits dans un programme d'enseignement dans un pays étranger ». Ces chiffres, provenant de sources diversifiées et hétérogènes, sont à considérer avec précaution.

Évolution de la mobilité internationale des étudiants (en milliers)

Source : Campus France, les chiffres clés (février 2017)

La France est en 2014 le quatrième pays d'accueil de la mobilité étudiante internationale, après les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie. Elle demeure donc le premier pays non anglophone d'accueil d'étudiants étrangers, suivie de près par la Russie et l'Allemagne.

Les 10 premiers pays d'accueil des étudiants internationaux (2014)

Rang

Pays d'accueil

Nombre d'étudiants internationaux

Évolution 2009-2014

1

États-Unis

842 384

+27,5 %

2

Royaume-Uni

428 724

+16,2 %

3

Australie

266 048

+3,3 %

4

France

235 123

(*)

5

Russie

213 347

+64,5 %

6

Allemagne

210 542

(*)

7

Canada

165 000 (**)

+72,6 %

8

Japon

132 685

+0,8 %

9

Chine

108 217

+76,8 %

10

Italie

87 544

+32,9 %

(*) Non significatif : changement des modalités de mesure pour la France et l'Allemagne depuis 2013

(**) Estimation

Source : Campus France, les chiffres clés (février 2017)

Des changements dans les modalités de mesure par l'UNESCO pour la France et l'Allemagne affectent toutefois la lecture de l'évolution du nombre d'étudiants en mobilité internationale dans ces pays au cours de la dernière décennie.

Ces changements ont conduit à ne compter que les seuls étudiants en mobilité internationale, et non plus l'ensemble des étudiants étrangers. En conséquence, la France a subi une perte d'effectif d'environ 15 % en 2013, entraînant mécaniquement un recul à la quatrième place des pays d'accueil, derrière l'Australie.

La mesure du nombre d'étudiants internationaux par l'UNESCO

À partir de 2013, le mode de comptage des étudiants mobiles a été modifié. Jusqu'en 2012, la mobilité s'appuyait sur les notions de scolarisation ou de résidence précédentes à l'étranger (cas de l'Allemagne).

Lorsque les pays n'étaient pas en mesure de fournir cette information, l'UNESCO prenait en compte dans ses tableaux la notion d'étudiant de nationalité étrangère (cas de la France).

En 2012, un nouveau concept de mobilité a été adopté, qui s'appuie sur le pays d'obtention du dernier diplôme du second degré à l'étranger. Ce changement de définition a permis à la France de fournir des données sur la mobilité.

Par rapport au mode de comptage précédent, ces changements méthodologiques fondamentaux ont eu pour conséquence de réduire artificiellement d'environ 15 % le nombre d'étudiants pris en compte pour la France à partir de 2013 et de faire mécaniquement reculer le pays au 4ème rang des nations d'accueil des étudiants en mobilité, alors même que le nombre d'étudiants de nationalité étrangère inscrits dans le supérieur progressait, mesuré par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Source : Campus France, les chiffres clés (février 2017)

En 2016-2017, d'après les données du ministère de l'enseignement supérieur, de la Recherche et de l'innovation, qui portent sur le nombre d'étudiants étrangers :

- La France compte 323 900 étudiants étrangers, soit une augmentation de 4 % par rapport à 2015-2016.

- Parmi eux, 242 402 étudiants étrangers, soit 75 %, sont inscrits dans les universités.

- En termes de flux, s'agissant des étudiants non ressortissants d'un pays de l'Union européenne, 102 598 visas de long séjour pour études à titre privé ont été délivrés (+16,3 %). La Chine (12 878 visas délivrés), le Maroc (11 183) et les États-Unis (9 715) occupent les trois premières places en termes de flux.

Entre 2008 et 2016, le nombre d'étudiants étrangers en France est passé de 264 400 à 323 900 (+22 %). L'augmentation est constante dans le temps, mais moins rapide que celle de la mobilité mondiale, qui a augmenté de 46 % entre 2008 et 2014.

Évolution du nombre d'étudiants étrangers depuis 2009 (en milliers)

Source : Campus France, les chiffres clés (février 2017), d'après UNESCO, MENESR

La croissance du nombre d'étudiants étrangers en France est plus marquée dans les grandes écoles et les formations hors universités (+26 % entre 2010 et 2015) qu'à l'université (+3 % sur la même période). Les grandes écoles ont on effet une politique dynamique d'accueil d'étudiants étrangers, dans le cadre de politiques d'internationalisation, qui leur permettent, en retour, d'envoyer leurs étudiants en séjour à l'étranger. Les universités n'ont pas toujours les moyens nécessaires à une telle politique.

À l'université, les étudiants étrangers sont plus nombreux à s'inscrire en licence (46 %) qu'en master (44 %) et en doctorat (10 %). Leur proportion par rapport à l'ensemble des étudiants augmente toutefois avec le niveau universitaire.

Ainsi 11 % des étudiants sont étrangers en licence, 18 % en master et 41 % en doctorat.

Répartition des étudiants étrangers à l'université par cycle

 

2016-2017

 

Français

Étrangers

% étrangers / total

L

902 296

111 735

11,02 %

M

496 310

105 593

17,54 %

D

35 522

25 074

41,38 %

TOTAL

1 434 128

242 402

14,46 %

Source : réponse au questionnaire de vos rapporteurs sur le PLF 2018

L'analyse de la répartition des étudiants étrangers par discipline fait apparaître que 37 % des étudiants étrangers s'orientent vers les disciplines scientifiques (dont 7,3 % vers le domaine de la santé), 31 % vers les disciplines du droit, des sciences politiques, de l'administration et de l'économie-gestion, 18,7 % vers les disciplines linguistiques et littéraires et 13 % vers les sciences humaines et sociales.

b) Une répartition par origine géographique stable : près d'un étudiant sur deux est originaire d'Afrique

La répartition des étudiants étrangers par provenance géographique est relativement stable dans le temps, avec une prédominance de nos zones d'influence traditionnelles notamment francophones.

En 2016-2017, 47 % des étudiants étrangers en France proviennent du continent africain, 27 % sont originaires d'Europe et 13 % d'Asie/Océanie.

On note néanmoins une légère diminution du nombre d'étudiants provenant d'Asie/Océanie. La part du continent américain, d'où ne viennent que 8,6 % des étudiants étrangers, progresse lentement.

Origine des étudiants étrangers inscrits dans les universités françaises

Zones géographiques

2016-2017

Inscrits

en % monde

Évolution par rapport à 2015-2016

Europe

63 752

26,86 %

0,58%

Asie/Océanie

32 579

13,44 %

-1,10 %

Amériques

20 950

8,64 %

0,78 %

Moyen-Orient et Proche-Orient

11 717

4,83 %

3,05 %

Afrique (dont Maghreb)

113 320

46,75 %

5,51 % (6,67 %)

Divers

84

0,03 %

5 %

Total monde

242 402

100 %

2,73 %

Source : réponse au questionnaire de vos rapporteurs sur le PLF 2018

Les principaux pays pourvoyeurs d'étudiants étrangers sont le Maroc (12 % du nombre total d'étudiants étrangers), la Chine (9 %), l'Algérie (7 %) et la Tunisie (4 %), suivis par l'Italie, le Sénégal, l'Allemagne, le Cameroun, l'Espagne et la Côte d'Ivoire. Les États-Unis occupent la onzième place : 2 % des étudiants étrangers en France sont originaires de ce pays en 2015-2016.

2. Une politique d'attractivité qui est aussi un facteur de rayonnement international

L'attractivité d'un pays découle en grande partie de son image, elle-même entretenue par le processus de mobilité qui contribue à diffuser cette image à l'étranger. Alimenter ce cercle vertueux est essentiel, d'autant qu'il implique de jeunes générations qui seront actives et en situation d' « influenceurs » pendant encore plusieurs décennies.

a) Des facteurs d'attractivité importants

Pour attirer les étudiants étrangers, la France bénéficie de son image et de l'influence qu'elle tire, au plan mondial, de son histoire, de son économie, de sa culture et de son patrimoine.

Ses principaux facteurs d'attractivité sont :

- la langue française, présente sur les 5 continents:

o 274 millions de personnes dans le monde sont locuteurs du français, dont 212 millions en font un usage quotidien ;

o 125 millions sont apprenants du français (ou en français) : 76 millions ont le français pour langue d'enseignement et 49 millions étudient le français langue étrangère (FLE).

o L'Organisation internationale de la francophonie (OIF) regroupe 84 États et gouvernements (dont 23 membres observateurs) répartis sur les cinq continents.

- la puissance économique française, ainsi que l'attractivité de la recherche et de l'innovation françaises, illustrée, par exemple, par les succès des entreprises françaises du secteur numérique (« French tech ») ;

- l'attrait du tourisme (83 millions de touristes internationaux en 2016), qui fait de la France la première destination touristique mondiale de façon constante depuis les années 1980.

Outre ces facteurs d'attractivité, l'enseignement supérieur et la recherche français propose une offre de formations riche et diversifiée, dont la qualité est reconnue et qui sont financées par l'État. Celui-ci prend, en effet, en charge l'essentiel du coût des formations proposées par les établissements publics (soit en moyenne 14 000 € par étudiant et par an). Aucune distinction n'est faite entre étudiants internationaux et étudiants français.

De fait, 91 % des étudiants étrangers ayant choisi la France la recommanderaient comme destination d'études. Le choix de la France par ces étudiants est motivé notamment par la valeur des diplômes, la qualité de l'enseignement, le coût des études. La connaissance de la langue française, l'intérêt culturel de la France, son intérêt touristique ainsi que les possibilités de sorties et de loisirs figurent également parmi les motifs de choix1(*).

Image et attractivité de la France auprès des étudiants étrangers

En 2017, les qualités prêtées à la France et à l'enseignement supérieur français se confirment. Par rapport aux précédents baromètres (2011, 2013), elles tendent même à augmenter :

? 9 étudiants étrangers sur 10 recommandent la France comme destination d'étude (90% en 2011 ; 91% en 2013 ; 92% en 2017).

? 9 étudiants étrangers sur 10 sont satisfaits de leur séjour en France dont 52% tout à fait (43% en 2011 ; 41% en 2013).

? Plus de 88% de ceux qui étudient ou ont étudié en France se déclarent satisfaits de la valeur des diplômes et de la qualité de l'enseignement (plus de 85% en 2011 ; plus de 86% en 2013).

Source : Baromètre Campus France Kantar Sofres 2017

b) Un apport substantiel pour la France

L'influence des voyages dans la formation des esprits est une évidence qui perdure : « Les voyages étendent l'esprit, l'élèvent, l'enrichissent de connaissances, et le guérissent des préjugés nationaux. C'est un genre d'étude auquel on ne supplée point par les livres, et par le rapport d'autrui ; il faut soi-même juger des hommes, des lieux, et des objets » (l'Encyclopédie) « L'important est de frotter, et limer votre cervelle contre celle d'autrui » (Montaigne)2(*).

Avec la mondialisation et la démocratisation de l'enseignement supérieur, la mobilité des étudiants internationaux est devenue un terrain de concurrence entre États, car elle est perçue non seulement comme un atout pour l'économie, mais aussi comme le moyen de véhiculer des valeurs. De retour dans leurs pays d'origines, les anciens étudiants internationaux joueront en effet un rôle prescripteur et seront les ambassadeurs des pays où ils ont étudié, avec lesquelles ils contribueront à nouer des liens. Pour la France, cela se traduit par des achats de produits français, un resserrement des liens avec les entreprises françaises, des incitations au tourisme en France notamment.

Lancé en 2014, le réseau France Alumni doit permettre de maintenir les liens entre anciens étudiants ayant étudié en France, afin de cultiver le réseau de ces futurs « ambassadeurs » de la France.

Même à court terme, le retour économique de l'accueil d'étudiants étrangers en France est positif. Alors que le coût des étudiants étrangers pour le budget de l'État est estimé à 3 milliards d'euros, l'apport de ces étudiants à l'économie s'élève à 4,65 milliards d'euros3(*), dont :

- 3,25 milliards d'euros en consommation quotidienne de biens et services ;

- 0,56 milliard d'euros en frais d'inscription et de scolarité ;

- 0,46 milliard d'euros de dépenses des proches qui rendent visite aux étudiants ;

- 0,36 milliard d'euros en dépenses de transport aérien auprès d'opérateurs français.

À titre de comparaison, aux États-Unis, la contribution nette des étudiants étrangers à l'économie a été évaluée, en 2013-2014, à 19 milliards d'euros.

La politique d'attractivité de l'enseignement supérieur et de la recherche est donc un investissement rentable non seulement à long terme mais aussi à court terme.


* 1 Source : « Image et attractivité de la France auprès des étudiants étrangers, principaux résultats du baromètre Campus France TNS Sofres », Les notes de Campus France n° 42, janvier 2014.

* 2 Source : Édition Numérique Collaborative et Critique de l'Encyclopédie (1751-1772).

* 3 Source : « Au-delà de l'influence : l'apport économique des étudiants étrangers en France », Les notes de Campus France n° 45, novembre 2014.