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La Géorgie, bon élève du partenariat oriental

13 décembre 2018 : La Géorgie, bon élève du partenariat oriental ( rapport d'information )

CONCLUSION

Lors de cette mission, il est arrivé à vos rapporteurs de penser que la Géorgie recommençait à zéro. La Géorgie n'a certes pas une tradition étatique, maintenue comme elle l'a été par le Kremlin dans un état d'incapacité pendant presque tout le XXe  siècle. Aussi la Géorgie a-t-elle fait un bond colossal depuis 1991, presque sans expérience mais pas sans idéaux. Comme cela a été dit, tout dépendait alors de la qualité de la classe politique dont le rôle dans ces moments historiques a été primordial.

La Géorgie - colonie russe pendant deux siècles - s'est bâtie sur la décision de sa monarchie en 1783 d'accepter la protection russe contre la menace des empires ottoman et perse. La Russie était alors l'image de l'Occident et de la chrétienté pour les Géorgiens qui croyaient faire le bon choix. La suite leur donna tort, car la protection de la Russie ne fut qu'un leurre et la Géorgie fut absorbée par son grand voisin. La petite élite géorgienne fut russifiée et Tbilissi, malgré son musée et son opéra, resta une petite ville de province, lointaine et orientale, au point que tout Géorgien devenu célèbre ou seulement important était présenté comme un Russe.

La Géorgie, qui n'avait pas trouvé sa place dans le monde, disparut presque entièrement avec les suites de la Révolution de 1917, malgré une tentative avortée d'indépendance entre 1918 et 1921. Pour l'historien, cette période a son intérêt, puisque c'est le moment où on théorise l'identité géorgienne, sans parvenir pourtant à accorder « occidentalistes » et « orientalistes », sauf sur la nécessité de se détacher de la Russie. Le drame de la Géorgie se noue à ce moment où les Géorgiens comprennent qu'ils sont seuls en Asie.

S'appuyant sur ces bases lointaines, la Géorgie a compris récemment avec lucidité qu'il fallait s'allier à l'Europe tout en ménageant la Russie. Dans une certaine mesure, l'Union européenne l'a également compris. Aujourd'hui, il ne fait aucun doute dans l'opinion que la Géorgie est européenne et qu'elle est même une alliée résolue et bien installée de l'Union européenne avec la perspective au loin d'une possible adhésion. Mais dans le même temps 54 % des Géorgiens seraient favorables à des relations politiques soutenues ou normales avec la Russie - contre 71 % avec les États-Unis. 94 % des Géorgiens disent qu'il faut avoir des liens d'amitié avec les Russes et 90 % des mêmes classent la Russie parmi les pays hostiles. Ce faisant, ils suivent leur gouvernement qui explique qu'il faut faire la différence entre leurs voisins russes et leur détestable gouvernement... De toute manière, peu de Géorgiens refuseraient de faire affaire avec un Russe et nombre d'entre eux ont conservé ou acquis un passeport russe. Il y a un principe de réalité géographique qui pèse de tout son poids.

La Géorgie est un voisin idéologique de l'Union avec qui elle a de grandes affinités, mais elle fait partie de l'étranger proche de la Russie avec qui elle partage des intérêts immédiats. Aujourd'hui, le modèle européen est en tout point plus attractif que le modèle russe. C'est pourquoi il appartient à l'Union européenne de faire en sorte qu'il le reste.