Allez au contenu, Allez à la navigation

L'engagement des femmes dans la Résistance

24 septembre 2020 : L'engagement des femmes dans la Résistance ( rapport d'information )

Rapport d'information n° 720 (2019-2020) de Mmes Annick BILLON, Marta de CIDRAC, Laurence COHEN, Laure DARCOS, Claudine LEPAGE, Laurence ROSSIGNOL et M. Max BRISSON, fait au nom de la délégation aux droits des femmes, déposé le 24 septembre 2020

Disponible au format PDF (6,9 Moctets)


N° 720

SÉNAT

SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2019-2020

Enregistré à la Présidence du Sénat le 24 septembre 2020

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes (1) sur l'engagement des femmes dans la Résistance, à l'occasion de la Journée nationale de la Résistance de 2020 et du 75e anniversaire de la libération des camps de concentration,

Par Mmes Annick BILLON, Marta de CIDRAC, Laurence COHEN, Laure DARCOS, Claudine LEPAGE, Laurence ROSSIGNOL et M. Max BRISSON,

Sénateurs

(1) Cette délégation est composée de : Mme Annick Billon, présidente ; M. Max Brisson, Mmes Laurence Cohen, Laure Darcos, Joëlle Garriaud-Maylam, Françoise Laborde, M. Marc Laménie, Mme Claudine Lepage, M. Claude Malhuret, Mmes Noëlle Rauscent, Laurence Rossignol, vice-présidents ; Mmes Maryvonne Blondin, Marta de Cidrac, Nassimah Dindar, secrétaires ; M. Guillaume Arnell, Mmes Anne-Marie Bertrand, Christine Bonfanti-Dossat, Céline Boulay-Espéronnier, Marie-Thérèse Bruguière, Françoise Cartron, MM. Guillaume Chevrollier, Roland Courteau, Mmes Chantal Deseyne, Nicole Duranton, Jacqueline Eustache-Brinio, Martine Filleul, M. Loïc Hervé, Mmes Victoire Jasmin, Claudine Kauffman, Valérie Létard, Viviane Malet, Michelle Meunier, Marie-Pierre Monier, Christine Prunaud, Frédérique Puissat, Dominique Vérien.

Avant-propos

Dès le 21 novembre 2019, la délégation aux droits des femmes a inscrit à son agenda de 2020 l'organisation d'un événement pour célébrer le 75e anniversaire de la libération des camps à l'occasion de la Journée nationale de la Résistance de 2020.

L'objectif était de poursuivre la dynamique instaurée par de précédents colloques dont la délégation a pris l'initiative au cours des dernières années pour mettre en lumière le rôle des femmes dans l'Histoire1(*). Il s'agissait, plus particulièrement, de se situer dans la continuité d'un précédent colloque sur les femmes dans la Résistance, qui a eu lieu le 27 mai 2014, lors de la première Journée nationale de la Résistance, quelques mois après qu'une loi d'origine sénatoriale2(*) a instauré la commémoration de la création du Conseil national de la Résistance par Jean Moulin3(*), chaque 27 mai.

Diverses raisons ont conduit la délégation aux droits des femmes à s'inscrire dans le sillage de ce colloque fondateur :

- la Journée nationale de la Résistance de 2020 revêtait une dimension particulière du fait du 75e anniversaire de la libération des camps de concentration, et plus particulièrement du camp de Ravensbrück où furent déportées de nombreuses résistantes : un hommage à l'immense courage de ces femmes s'imposait donc tout particulièrement ;

- en cette année de renouvellement sénatorial, la délégation tenait aussi à rappeler le lien étroit entre la Résistance et la première génération de femmes politiques, les femmes étant devenues éligibles en vertu de l'ordonnance du 21 avril 1944 qui les a également rendue électrices4(*). On estime ainsi que plus de la moitié des 22 pionnières élues en 1946 au Conseil de la République5(*) - dénomination du Sénat au début de la IVe République - étaient issues de la Résistance : comme cela avait été souligné lors du colloque du 27 mai 2014 précité, « La Résistance est un vivier essentiel du recrutement des femmes politiques à la Libération » 6(*;

- la délégation a jugé pertinent, 75 ans après la fin de la Deuxième guerre, de centrer le thème de cette manifestation sur un témoignage direct plutôt que sur une approche universitaire. Elle a donc organisé cet après-midi d'échanges autour du livre de Jacqueline Fleury, Résistante, publié en 2019. Elle a également associé à ces débats la Société des familles et amis des anciennes déportées et internées de la résistance (SFAADIR), association présidée par Claude du Granrut, fille de déportés, afin de poser la question de la transmission de l'histoire de la résistance et de la déportation par les générations qui ont hérité de cette mémoire.

Du fait de la pandémie, l'événement prévu en hommage aux résistantes le 28 mai 2020 a été reporté de quelques mois ; il s'est finalement tenu le 15 septembre 2020 selon un format restreint adapté à la crise sanitaire.

Le présent recueil reproduit les échanges qui se sont déroulés le 15 septembre 2020 avec Jacqueline Fleury et Claude du Granrut. La délégation leur adresse ses remerciements les plus chaleureux pour cet après-midi de partage et d'intense émotion.

MARDI 15 SEPTEMBRE 2020

Programme

OUVERTURE PAR GÉRARD LARCHER, PRÉSIDENT DU SÉNAT

INTRODUCTION PAR ANNICK BILLON, PRÉSIDENTE DE LA DÉLÉGATION
AUX DROITS DES FEMMES

I. TÉMOIGNAGE DE JACQUELINE FLEURY

Lecture, par Laurence Rossignol, d'un passage du prologue du livre Résistante de Jacqueline Fleury

1. L'ENGAGEMENT DANS LA RÉSISTANCE : COMMENT DEVIENT-ON RÉSISTANT ?

(Échange avec Laure Darcos, vice-présidente de la délégation)

2. LA DÉPORTATION : LE CAMP DE RAVENSBRüCK

(Échange avec Laurence Cohen, vice-présidente de la délégation)

Projection de douze dessins de déportées à Ravensbrück :
Violette Lecoq, Éliane Jeannin-Garreau et France Audoul

Projection d'une interview de Marie-José CHOMBART DE LAUWE :
« LA RÉSISTANCE, C'EST SAUVER LA VIE »7(*)

3. APRÈS LE CAMP : LE RETOUR À LA VIE

(Échange avec Marta de Cidrac, membre du bureau de la délégation)

Lecture, par Marta de Cidrac, d'un texte de Geneviève DE GAULLE-ANTONIOZ,
« Le retour », publié en juin 1946 dans Voix et Visages, le bulletin mensuel de l'ADIR (Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance)8(*)

4. TÉMOIGNER ET TRANSMETTRE

(Échange avec Max Brisson, vice-président de la délégation)

II. TÉMOIGNAGE DE CLAUDE DU GRANRUT, PRÉSIDENTE DE LA SFAADIR (SOCIÉTÉ DES FAMILLES ET AMIS DES ANCIENNES DÉPORTÉES ET INTERNÉES DE LA RÉSISTANCE) :
LES ENFANTS DE DÉPORTÉS

(Échange avec Laurence Rossignol et Claudine Lepage, vice-présidentes de la délégation)

Ouverture par Gérard Larcher, président du Sénat

Chère Jacqueline Fleury, chère Claude du Granrut, c'est un honneur pour notre assemblée de vous accueillir aujourd'hui... envers les masques et contre tout !

Madame la directrice générale de l'ONAC-VG,

Monsieur le président de la Fondation de la Résistance,

Madame la présidente de la délégation aux droits des femmes, chère Annick Billon,

Chers collègues,

Mesdames, Messieurs,

On pourrait s'étonner qu'un colloque sur la place des femmes dans la Résistance se tienne ici, au Sénat, et non de l'autre côté du boulevard Saint-Michel, à la Sorbonne. Mais c'est ici, au Luxembourg, qu'a eu lieu l'une des batailles pour la Libération de Paris, où s'est illustré un régiment cher à mon coeur (il était parti de Rambouillet), le 501e régiment de chars de combat, appartenant à la Division Leclerc...

On pourrait s'étonner aussi que le Sénat, qui a déjà consacré un colloque à ce sujet en 2014, réitère six ans plus tard.

On pourrait s'étonner, enfin, que Mme Fleury ait choisi notre assemblée et non un parterre de journalistes et d'historiens pour témoigner.

Et pourtant, cette réunion au Sénat n'est pas surprenante, elle est au contraire attendue, et je remercie la délégation aux droits des femmes de contribuer ainsi, soixante-quinze ans après la libération des camps, à un travail de mémoire autour de Résistante, le livre de Jacqueline Fleury.

Car le Sénat n'est pas seulement une chambre du Parlement, qui vote la loi et contrôle l'action du gouvernement. C'est aussi une part de la représentation nationale, c'est une institution au coeur de la République qui prend sa part dans la construction permanente de notre pays, en puisant ses racines dans le territoire, au travers de ceux qui - je pense plus particulièrement aux 500 000 membres des assemblées municipales - ont reçu la confiance des citoyens.

Or la construction d'un pays, d'une Nation, passe par sa mémoire collective.

Lamartine écrivait :

« Tant peut sur les humains la mémoire chérie

« C'est la cendre des morts qui créa la patrie ».

Ces vers traduisent admirablement le double rôle de la mémoire collective : elle donne aux hommes des racines et un sentiment d'appartenance à la Nation, mais elle préserve aussi l'avenir en rappelant les affres du passé.

C'est l'objet du colloque qui nous réunit cet après-midi au Sénat : rendre hommage aux femmes de la Résistance, héroïnes méconnues, qui ont payé de leur vie la libération de notre pays, mais aussi se souvenir, grâce aux témoignages, des horreurs et exactions commises pendant la guerre, pour essayer que plus jamais ne soient commis de tels crimes contre l'humanité.

Enfin, il y a une histoire dans cette histoire. Derrière la femme résistante, il y a la femme engagée dans la vie politique.

Le Sénat porte la trace d'un « péché originel » : celui d'avoir repoussé en 1919 la proposition de loi en faveur du vote des femmes, votée par la Chambre des députés trois ans plus tôt.

En rendant hommage aux sénatrices résistantes par l'apposition d'une plaque commémorative dans la galerie des bustes, en 2014, Jean-Pierre Bel9(*) et le Sénat avaient souhaité saluer non seulement l'engagement des femmes pendant la guerre, mais aussi la poursuite de leur engagement à la Libération.

Marie-José Chombart de Lauwe, présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation, disait : « Nous n'étions pas des citoyennes à part entière, nous n'avions pas le droit de vote, il faut toujours le rappeler, mais nous avions une conscience politique et nous avons lutté contre l'oppression nazie, pour la patrie et les valeurs républicaines de liberté, de justice, de fraternité »10(*).

L'engagement des femmes pour les valeurs de la République s'est perpétué ici au Sénat, alors Conseil de la République, par l'élection de vingt-deux femmes, dont onze résistantes, en 1946. J'ai eu la chance de siéger avec certaines de ces élues, comme Nicole de Hautecloque11(*), Françoise Seligmann ou encore Irma Rapuzzi12(*). Je pense aussi à Brigitte Gros13(*), sénatrice des Yvelines, maire de Meulan, décédée juste avant mon arrivée au Sénat. Elle m'appelait « mon petit », ce qui n'est pas arrivé bien souvent dans ma vie !

Malheureusement, le nombre de sénatrices va décroître régulièrement jusqu'à atteindre le plus faible effectif en décembre 1971 : quatre femmes, soit 1,5 % du Sénat.

Ce n'est qu'en 2001 que le Sénat retrouve et dépasse les résultats de 1946 avec trente-cinq sénatrices, soit un pourcentage de 10,90 %, conséquence directe de l'adoption de la loi sur la parité. Aujourd'hui, le Sénat compte 34,2 % de femmes.

Je ne voudrais pas seulement rendre hommage aux femmes qui ont siégé et siègent aujourd'hui dans notre hémicycle ; je forme le voeu que la participation des femmes à la vie politique et parlementaire soit plus importante encore.

Chère Jacqueline Fleury, chère Claude du Granrut, vos témoignages sont de la mémoire active pour aujourd'hui et pour demain. J'ai tenu à être présent aujourd'hui pour vous saluer, et pour saluer à travers vous les femmes qui se sont engagées pour la patrie : certes, elles n'étaient pas encore des citoyennes à part entière, mais elles sont devenues, par leurs actions, plus citoyennes que nombre de citoyens !

(Applaudissements)

Cérémonie en hommage aux sénatrices issues de la Résistance, le 27 mai 2014. Inauguration de la plaque ci-dessous.

Plaque en hommage aux sénatrices issues de la Résistance, inaugurée au Sénat
le 27 mai 2014 et exposée depuis à proximité immédiate de la salle des séances.

Introduction par Annick Billon,
présidente de la délégation aux droits des femmes

Monsieur le président, cher Gérard Larcher,

Chers collègues de la délégation aux droits des femmes,

Mesdames et Messieurs les présidents,

Mesdames, Messieurs,

Avant de commencer, je souhaite faire une annonce pour préciser le protocole sanitaire en vigueur :

- nous devons porter le masque pendant cette réunion, pour la sécurité et la protection de toutes et tous, y compris pendant nos interventions ;

- chaque orateur et oratrice doit intervenir depuis sa place ;

- si vous devez vous déplacer, veillez à ne pas vous croiser.

Merci de respecter ces consignes.

Tout d'abord, je voudrais remercier Gérard Larcher d'être à nos côtés aujourd'hui pour cette rencontre, à laquelle notre délégation aux droits des femmes attache une importance particulière.

Dans quelques jours auront lieu les élections sénatoriales : après ces élections, une nouvelle délégation se constituera. C'est donc aujourd'hui la dernière réunion de la délégation issue des élections de 2017. Merci à vous, Monsieur le président, qui avez toujours répondu présent à nos invitations. Sachez que nous avons toujours été très sensibles à votre disponibilité.

Depuis plusieurs années, notre délégation inscrit régulièrement à son agenda des réflexions sur le rôle des femmes dans les guerres.

Nous avons ainsi beaucoup travaillé avec Rose-Marie Antoine, ancienne directrice générale de l'ONAC-VG : je salue donc Véronique Peaucelle-Delelis, qui lui a succédé à la tête de l'ONAC, et formule le voeu que ce partenariat se poursuive à l'avenir.

Notre préoccupation constante est que le courage des femmes ne soit pas passé sous silence, comme c'est trop souvent le cas, mais que nos héroïnes aient dans notre Histoire la place qu'elles méritent.

C'est ainsi qu'en 2018, lors d'un colloque sur les femmes dans la Grande Guerre, organisé dans le cadre du Centenaire, nous avons évoqué le souvenir de personnalités extraordinaires telles que Louise de Bettignies et Émilienne Moreau-Évrard. Ces combattantes ont pris toute leur part en 14-18 dans la libération de notre pays dont, on l'oublie trop souvent, de nombreux territoires ont subi une occupation qui a préfiguré celle de la deuxième guerre.

On sait que Louise de Bettignies a été une source d'inspiration pour des résistantes de la Seconde Guerre, comme Marie-José Chombart de Lauwe, présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation. Quant à Émilienne Moreau-Évrard, elle a repris les armes en 1940 et est devenue l'une des six femmes Compagnons de la Libération, faisant ainsi le lien entre deux générations de résistants.

Notre délégation a donc souhaité que la Journée nationale de la Résistance célébrée chaque année le 27 mai depuis 2014 soit, en cette année 2020 marquée par le 75e anniversaire de la libération des camps, l'occasion de rendre hommage aux femmes qui se sont engagées contre l'occupant, pour la libération de notre pays et pour la victoire de nos valeurs républicaines.

Cette réunion aurait dû avoir lieu en mai dernier. Elle a été reprogrammée en raison de la crise sanitaire, et dans un format considérablement restreint par rapport à ce que nous aurions souhaité.

Nous sommes donc rassemblés afin de marquer notre reconnaissance et notre admiration pour les « combattantes de l'ombre » qui, il faut le rappeler, ont couru les mêmes dangers que les hommes, même si elles ont été oubliées par la suite : six femmes seulement parmi les 1 038 Compagnons de la Libération ! Pourtant, dans les forteresses et les camps allemands, notamment à Ravensbrück dont il sera beaucoup question cet après-midi, elles ont été nombreuses à payer le prix fort de leur engagement.

Permettez-moi de citer à cet égard ces mots terribles qu'André Malraux a prononcés à Chartres en 1975, lors du trentième anniversaire de la libération de ce camp : les résistantes étaient les « volontaires d'une atroce agonie ». On ne peut mieux évoquer leur immense courage.

J'en viens à notre programme de cet après-midi : je me tourne vers Jacqueline Fleury.

Chère Jacqueline Fleury, vous avez publié en 2019 un livre de témoignage dont on ne peut que recommander la lecture. Notre réunion d'aujourd'hui est conçue autour de ce livre, intitulé Résistante. Vous y racontez vos débuts dans la Résistance, l'enfer de Ravensbrück, les difficultés du retour en France et (je cite vos mots) « l'incompréhension que nous lisons dans le regard des autres ».

Votre livre pose de très graves questions. Comment devient-on résistant ? Comment survit-on à l'épreuve de la déportation ? Quelle peut être la vie après le camp ? Comment témoigner et transmettre l'indicible ?

Notre après-midi sera donc rythmé par ces quatre thématiques. Parmi celles-ci, la question de la transmission et du témoignage nous a paru devoir être mise en valeur aujourd'hui.

Nous accueillons en effet un certain nombre de membres de la Société des familles et amis des déportées et internées de la Résistance (SFAADIR). Cette association veille à maintenir vivant le souvenir des femmes de la Résistance. Certains d'entre vous, Mesdames et Messieurs, êtes des enfants des femmes que nous célébrons aujourd'hui à travers le témoignage de Jacqueline Fleury.

Je salue donc la présidente de cette association, Claude du Granrut, dont la mère a connu l'enfer de Ravensbrück, et qui nous aidera à comprendre comment les enfants des déportés ont vécu l'attente et, parfois, le retour de leurs parents. J'ajoute que Claude du Granrut évoque ce sujet dans deux livres : Dix ans en 1940 et Le piano et le violoncelle, consacré à sa mère.

Quelques mots, avant de commencer, sur le déroulement de nos échanges.

Comme je l'ai dit à l'instant, la crise sanitaire nous a contraints à demander le port du masque en permanence. Merci pour votre compréhension.

Pour votre information, nos échanges font l'objet d'un enregistrement vidéo qui sera par la suite accessible sur le site du Sénat.

Chaque séquence sera articulée autour de questions posées à nos témoins par des membres de la délégation. Nous donnerons également la parole à la salle.

Les quatre thématiques que nous avons retenues seront illustrées par des lectures de textes, des projections de dessins dus à des survivantes de Ravensbrück et à un témoignage vidéo de Marie-José Chombart de Lauwe, enregistré en 2014 lors du colloque que mes prédécesseurs avaient organisé dans cette même salle sur les femmes résistantes.

(Applaudissements)

Lecture d'un passage du prologue du livre Résistante de Jacqueline Fleury par Laurence Rossignol, vice-présidente de la Délégation aux droits des femmes

C'est pour moi une émotion et un honneur de lire devant vous toutes et tous ces premières lignes de Résistante.

Je vous ai rencontrée l'hiver dernier, chère Jacqueline Fleury, et j'ai aussitôt acheté votre livre... juste avant la fermeture des librairies en raison du confinement !

« Chaque nuit, je vois vos visages. Chaque nuit, j'entends vos voix. Chaque nuit, je vous sens, là, près de moi. Yvonne, Germaine, Geneviève, Andrée, Marguerite... Mes soeurs de combat, mes compagnes des ténèbres, vous n'êtes plus de ce monde, mais vous m'accompagnez, à tour de rôle. Comme toi, maman, qui es toujours à mes côtés, chaque minute qui passe et me rapproche de toi.

« Que diraient mes six petites-filles, mes sept arrière-petites-filles si elles vous voyaient comme je vous vois, si elles vous entendaient comme je vous entends ? Elles qui pénètrent de plain-pied dans ce XXIe siècle dans lequel les luttes des femmes occupent une place majeure... Se souviendront-elles que lorsque nous sommes entrées dans la Résistance contre l'occupant nazi, nous n'avions pas le droit de vote - nous ne l'obtiendrons qu'en 1944 - ni même la possibilité d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de notre conjoint - nous ne le pourrons qu'en 1965 ?... Nous nous sommes engagées pour la liberté, nous avons été déportées dans les camps pour cela, et nous n'avions pas les mêmes droits que les hommes... »

(Applaudissements)

I. Témoignage de Jacqueline Fleury

1. L'engagement dans la Résistance :
comment devient-on résistant ?

Échange avec Laure Darcos, vice-présidente de la délégation

Laure Darcos, vice-présidente. - Je m'associe aux propos de ma collègue Laurence Rossignol : c'est un grand honneur que vous nous faites, chère Jacqueline Fleury, en étant présente ici aujourd'hui.

Dès 1941 - vous êtes encore lycéenne - vous commencez à effectuer des missions par l'intermédiaire d'un de vos professeurs membre de la Résistance. Comment, concrètement, s'est passé cet engagement ? Comment devient-on résistant ? Pouvez-vous également nous expliquer en quoi consistaient vos missions ?

Jacqueline Fleury. - Ma famille maternelle avait beaucoup souffert entre 1914 et 1918. Mon grand-père était resté déporté pendant toute la durée de la guerre ; ma mère avait été emprisonnée avec sa belle-mère et sa petite soeur. La famille a tout perdu, le département de l'Aisne ayant subi très durement tous les combats.

Au début de la Seconde Guerre, lorsque les Allemands ont pénétré sur le territoire national, pour nous - pour ma mère en particulier - ce fut un drame ; voir revenir l'ennemi était un événement inacceptable. J'avais entendu les récits de ma mère, nous étions en quelque sorte préparés...

Mon professeur de lettres et de latin-grec, très tôt résistante, notamment dans le réseau Résistance, m'a demandé de lui rendre quelques services très particuliers : porter des lettres, aller à Paris chercher des renseignements... Puis, très vite, j'ai été en contact avec une amie entrée dans le grand mouvement Défense de la France - il publiait un journal qui allait avoir une grande importance, particulièrement dans les régions de Paris et de Lyon. Je suis donc devenue membre de ce mouvement, m'occupant du transport et de la diffusion du journal dans la région parisienne, aux usines Renault... C'était dangereux et il y a eu en 1943 beaucoup d'arrestations. J'ai alors rejoint mon frère dans le réseau de renseignement Mithridate.

Laure Darcos, vice-présidente. - Comment ce professeur a-t-il décelé en vous la capacité à prendre un tel engagement ?

Jacqueline Fleury. - Comme je n'aimais guère le latin et le grec, ma mère m'a fait donner des leçons particulières et m'accompagnait chez ce professeur ; il y a eu un contact entre ces deux femmes, qui sont devenues ensuite de très grandes résistantes.

Laure Darcos, vice-présidente. - Comment se passaient vos missions ? Comment circuliez-vous pour diffuser le journal ?

Jacqueline Fleury. - Habitant Versailles, j'empruntais les rares trains de banlieue ainsi que le métro - celui-ci s'arrêtait en cas d'alerte : je me souviens avoir parcouru tous les tunnels à pied entre Concorde et Saint-Lazare, où l'on espérait trouver un train. Les wagons n'étaient pas chauffés l'hiver, et j'ai beaucoup souffert du froid.

Laure Darcos, vice-présidente. - À quels moments avez-vous eu peur ?

Jacqueline Fleury. - J'ai souvent eu peur, c'était le lot de tous les résistants. Peur d'être arrêtée par la police française, ou pire, par la Gestapo, présente dans toutes les gares parisiennes.

Laure Darcos, vice-présidente. - La plupart des membres de votre famille étaient résistants : vos parents, votre frère...

Jacqueline Fleury. - Mon frère a été très tôt résistant - sa contribution était précieuse, car il parlait l'allemand couramment ! Il a essayé, comme bien des gens, de gagner l'Angleterre et la France libre, mais l'un de ses amis du réseau CND-Castille14(*) lui a dit : « C'est important d'avoir sur le terrain, en France, des personnes parlant allemand ».

Laure Darcos, vice-présidente. - Au sein de votre famille, partagiez-vous des renseignements, ou chacun avait-il ses missions et son réseau ?

Jacqueline Fleury. - Chacun avait ses missions. Lorsque j'ai rejoint le réseau Mithridate, je devais trouver à la maison un endroit pour émettre, ce qui n'était pas facile. Nous accueillions aussi chez nous des personnes recherchées par la Gestapo - ce qui représentait un effort considérable, car ces personnes étaient autant de bouches supplémentaires à nourrir, en ces temps si difficiles...

Laure Darcos. - Après la guerre, vos enfants, puis vos petits-enfants, vous ont-ils posé des questions, ou leur avez-vous parlé spontanément de cette période ?

Jacqueline Fleury. - Mes fils me posaient beaucoup de questions, ma fille aussi, qui m'accompagne cet après-midi. Ce ne sont pas des sujets faciles...

Laure Darcos. - Des femmes déportées m'ont dit combien il était difficile d'expliquer cette expérience.

Je vous remercie très chaleureusement pour votre témoignage.

2. La déportation : le camp de Ravensbrück

Échange avec Laurence Cohen, vice-présidente de la délégation

Laurence Cohen, vice-présidente. - Je suis très honorée de recueillir votre témoignage, énoncé avec tant de simplicité. Votre histoire trouve écho en moi puisque mon père, Raymond Perdrix, a été déporté à l'âge de 17 ans à Mauthausen pour faits de Résistance. Et j'ai eu le privilège d'avoir pour amie Lise London. Comme vous, Lise a été déportée à Ravensbrück, mais les dates sont différentes. Arrivée au camp en juin 1944, un mois plus tard, en juillet 1944, elle a été transférée à Leipzig, Kommando de Buchenwald.

C'est en juin 1944 que vous êtes arrêtée, ainsi que votre mère et votre père. Votre frère a pu s'échapper. Le 15 août 1944, vous faite partie de l'un des derniers convois parisiens de déportation. Vous êtes arrivée à Ravensbrück avec votre mère, tandis que votre père a été emmené à Buchenwald.

Nous allons regarder à présent des reproductions de dessins de Violette Lecoq, France Audoul et Éliane Jeannin Garreau sur Ravensbrück. Ces reproductions font partie de votre collection, Madame Fleury.

Les reproductions de douze dessins réalisés par Violette Lecoq, Éliane Jeannin-Garreau et France Audoul, déportées à Ravensbrück, sont projetées15(*).

Laurence Cohen, vice-présidente. - Jacqueline Fleury, pourriez-vous commenter ces douze dessins, qui décrivent le quotidien au camp de Ravensbrück, celui que vous avez vécu dans votre chair ?

Jacqueline Fleury. - On voit d'abord l'arrivée au camp. Nous étions mises à nu, douchées, privées de tous nos effets personnels, très vite transformées en « concentrationnères », robe et galoches, sans oublier la gamelle, le trésor du déporté - car pas de gamelle, pas de soupe, donc la mort. J'ai retrouvé ma mère au sortir des douches : à Fresnes, nous étions enfermés au secret, j'ignorais donc que mes parents avaient été déportés dans le même convoi que moi.

Nous étions tondues, transformées en Stücks (en « morceaux »), sans plus d'identité, réduites à un numéro, avec un triangle rouge portant le « F » de France. J'ai eu bien du mal à reconnaître ma mère, et elle a éprouvé un immense chagrin à me voir en ce lieu. Pour moi, cela fut un moment extrêmement difficile, mais j'ai essayé de le lui dissimuler.

Un autre dessin représente les longues attentes qui nous étaient infligées à tout propos. L'appel le matin, par tous les temps, se passait sous la surveillance des gardiennes et de leurs chiens-loups.

Le dessin L'aube de Violette Lecoq montre le départ des baraques, les femmes partant au travail en présence d'une gardienne en cape noire, flanquée d'un chien-loup. On voit encore, dans Construction d'une route, d'Éliane Jeannin-Garreau, des compagnes poussant un charriot de charbon - nous le faisions douze heures par jour, n'avions aucun vêtement de rechange, rien pour nous laver, et ce labeur était particulièrement épuisant.

Pantins désarticulés, il nous faut porter des fardeaux qui dépassent nos forces : ce dessin décrit le transport d'un bidon de soupe, au pas de course, à quatre ou cinq heures du matin.

Famine, de France Audoul, représente des femmes qui se précipitent sur la soupe renversée et lèchent le sol...

Les inspections (L'Inspection) pouvaient survenir n'importe quand, et les femmes étaient déshabillées - moment dramatique, en particulier pour les plus âgées dont le corps était abîmé.

Le dessin La loi du plus fort montre les Aufseherinnen bottées, chaudement vêtues ; elles étaient toujours prêtes à nous battre.

Violette Lecoq a bien rendu, dans Sélection pour les gaz, un moment effroyable, celui où des femmes étaient emmenées à la chambre à gaz. Les Flambeaux funèbres : les cheminées des fours crématoires fonctionnaient en permanence ; à l'arrivée au camp, chacune était saisie par l'odeur et comprenait vite qu'il s'agissait de chair humaine. Ce furent des enfants, des filles, des femmes correspond à un souvenir pénible : c'était cela, Ravensbrück.

Laurence Cohen, vice-présidente. - Vous écrivez, à propos de l'arrivée au camp : « Nous avons quitté la France, nous étions encore des femmes prisonnières. Nous voici désormais comme des bêtes qui partent à l'abattoir ».

Pour vos gardiennes, vous n'êtes que des choses ; vos vies n'ont aucune importance. Comment survit-on à cette déshumanisation ?

Jacqueline Fleury. - La plupart de mes compagnes très proches avaient un désir puissant de conserver leur dignité. Nous n'étions plus que des Stücks, je l'ai dit, et il fallait beaucoup de force pour prétendre demeurer un être humain. Nombre de mes compagnes ont eu cette force, je leur dois beaucoup...

Laurence Cohen. - Dans ce camp où l'horreur règne au quotidien, vous avez continué, avec un certain nombre de vos compagnes, à être des résistantes. Pouvez-vous nous en dire plus ? Comment reste-t-on résistante dans un camp de concentration ?

Jacqueline Fleury. - Je suis passée par quatre camps. L'Allemagne était une immense usine de guerre ; les déportés fournissaient une main d'oeuvre gratuite - et peu importait qu'ils meurent. Aux grands camps étaient associés des Kommandos de travail. Nous avons été acheminées vers un premier Kommando dans des wagons à bestiaux abominables, identiques à ceux qui nous avaient amenées au camp.

Le convoi du 15 août 1944 comptait beaucoup de résistantes, passées aux mains de la Gestapo - la plus touchée avait été écartelée - et nous nous sommes déjà beaucoup entraidées durant le voyage. Cela a continué au camp. Dans ce premier Kommando, nous avons formé un grand noyau du refus : il était hors de question pour nous de travailler pour l'armée allemande. Quelle naïveté ! Nous n'avons pas pensé à la punition - nous aurions dû être pendues - mais notre grand nombre nous a sauvées et nous avons été transférées dans un autre Kommando, consacré à la production des V2. Ma mère et moi étions affectées à la vérification de petites pièces. Toutes, nous faisions à notre manière le tri entre les bonnes et les mauvaises, je n'ai pas besoin d'en dire plus... Le commandant de Buchenwald - camp dont dépendait ce Kommando - est venu un jour ; nous avons été punies de manière atroce et avons été envoyées dans un autre camp. Là, nous déchargions des wagons, construisions des routes. Puis nous avons été jetées sur les routes pour les marches de la mort.

Annick Billon, présidente. - Nous allons regarder une vidéo de l'interview que Marie-José Chombart de Lauwe a accordée à une équipe du Sénat à l'occasion du colloque du 27 mai 2014 sur les résistantes. Pour la présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation, continuer à résister au camp, c'était « rester des êtres pensants ».

La vidéo « La Résistance, c'est sauver la vie » est projetée.

Annick Billon, présidente. - Y a-t-il des questions dans la salle ?

Véronique Peaucelle-Delelis, directrice générale de l'ONACVG. - Face à cette déshumanisation, la foi aidait-elle certaines d'entre vous ?

Jacqueline Fleury. - On connaît l'exemple de Geneviève de Gaulle, qui au camp a continué à prier ; même lorsqu'elle a été enfermée seule au bunker, elle a conservé une foi profonde, comme nombre de mes camarades. C'est quelque chose que, pour ma part, je n'ai pas vécu.

Véronique Peaucelle-Delelis. - Mais vous aviez foi en les valeurs de la République, en la liberté. Comment vivre cet engagement au coeur de cette entreprise de déshumanisation et d'internationalisation de la souffrance et de la mort ? Comment communiquer et s'unir, entre déportées de diverses nationalités ?

Jacqueline Fleury. - Nous étions soudées au-delà de nos nationalités ; cette union a vraiment existé, elle a été très importante, extraordinaire, et elle pourrait durer encore...

Question de la salle. - Quelle est l'appréhension du temps lorsque l'on vit dans de telles conditions ?

Jacqueline Fleury. - Il y avait le réveil à 4h30, l'appel, très long, mortel parfois ; et lorsque nous nous trouvions hors du camp, nous avions des repères temporels, dans ces abominables journées de travail de douze heures : les trains sifflaient à des horaires réguliers, et l'un d'eux annonçait pour nous la fin de la journée et le retour au camp.

Laurence Rossignol, vice-présidente. - Les femmes se sont engagées dans la Résistance alors qu'elles n'avaient pas le droit de vote ni aucune position dans les partis politiques et organismes de pouvoir. Les femmes ont-elles eu des responsabilités éminentes dans la Résistance ? Étaient-elles les égales des hommes ?

Jacqueline Fleury. - J'appartenais pour ma part à un réseau de très jeunes gens, et certaines d'entre nous, communistes par exemple, étaient très attachées à leurs idées. Mais nous n'avions guère le temps pour de tels débats, la vie était si difficile, a fortiori au camp : privées de nourriture, nous tombions de fatigue chaque soir.

3. Après le camp : le retour à la vie

Échange avec Marta de Cidrac, membre du bureau de la délégation

Marta de Cidrac. - En juin 1945, après les marches de la mort et des semaines éprouvantes dans un centre de rapatriement, votre mère et vous retrouvez enfin la France. Mais le retour n'est pas si simple.

Geneviève de Gaulle, qui fut déportée à Ravensbrück en même temps que vous, écrit en 1946 un texte intitulé « Un an après le retour », qui fait partie d'un recueil publié par l'Amicale de Ravensbrück et la SFAADIR en 2010, à l'occasion du 65e anniversaire de la libération du camp16(*) :

Lecture, par Marta de Cidrac, d'un texte de Geneviève de Gaulle-Anthonioz,
« Le retour », publié en juin 1946

« Marcher librement, ne plus avoir peur, ni faim. Le premier bain, la première salade et ce doux soleil d'avril.

« Nous allions cependant comme en rêve. Où était cette joie inimaginable du retour ? Nous n'étions plus à la taille de cette joie, usées, limées comme des étoffes trop minces.

« Mais quoi ? Il a fallu vivre depuis. Ce n'était pas pour rire qu'on revenait de la souffrance et de la mort. Les salades, les bains, le soleil sont des rêves de captives. Il faut reprendre, à peine libres, les combats à bras le corps.

« Tant de détresse après ce premier choc du retour : les morts d'êtres chers, les foyers détruits, les maisons pillées, les santés atteintes. Et l'attente anxieuse de celles et ceux qui ne reviendront jamais.

« Le bonheur reste grave. Il y demeure présente toute la souffrance humaine. On n'oublie pas facilement la misère et la mort, ni la solidarité d'une épreuve commune.

« Mais nous n'avons pas été seules pour reprendre pied dans ce monde étonnant de la liberté. Un regard rencontré, une main serrée, quelques souvenirs retrouvés ensemble ; et voici que se tisse dans le présent comme dans le passé notre camaraderie. C'est notre force, comme en prison ou au camp, que cette amitié virile, efficace, totale. Nous avons besoin de la donner et de la recevoir pour être dignes de notre nouvelle tâche humaine. Nous avons maintenant la joie profonde et le réconfort de pouvoir dire, en pesant notre solidarité d'autrefois et celle d'aujourd'hui : ?mes camarades? ».

Marta de Cidrac. - Chère Jacqueline Fleury, votre livre montre les difficultés du retour à la vie après la déportation.

Vous racontez votre passage à l'hôtel Lutetia, que vous quittez avec votre mère après avoir reçu chacune dix francs et un ticket de métro. On vous regarde - ce sont vos mots - « comme des bêtes curieuses ». Pouvez-vous nous en dire plus sur cette nouvelle épreuve vécue par les survivants des camps ?

Jacqueline Fleury. - Il a été très difficile de retrouver une vie normale. Nous revenions d'une autre planète, nous l'avons compris peu à peu. On nous posait beaucoup de questions sur la vie dans les camps, mais quand nous évoquions la privation de nourriture, on nous rétorquait : « Vous pouviez tout de même aller au mess vous ravitailler, non ? ». Quand on entend des remarques de ce type, on finit par se taire... Il nous a fallu beaucoup de temps avant de pouvoir témoigner au-delà du cercle familial - avec par exemple l'organisation du Concours de la Résistance. Nous nous renfermions sur nous-mêmes. L'Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR) a joué un rôle important pour nous aider à reprendre vie.

Frantz Malassis, chef du département documentation et publications de la Fondation de la Résistance. - L'ADIR a joué un rôle social très important au retour des déportées. Alors que beaucoup d'entre elles avaient tout perdu, cette association a aidé les femmes à se reconstruire, à entamer ou reprendre des études, à se soigner... Tout cela au sortir de la guerre, et avant que l'État n'intervienne.

Pouvez-vous nous parler du rôle social et de solidarité de l'ADIR ?

Jacqueline Fleury. - Cette association17(*) a été créée bien avant le retour des déportées, au moins un an avant, par des camarades résistantes libérées au départ de l'occupant. C'est une chose unique, extraordinaire. La présidente Irène Delmas a même lancé des appels à la radio, ce qui était alors très rare, pour que ces résistantes, partout en France, se réunissent et se préparent à accueillir les camarades déportées dont elles espéraient le retour.

Ce fut pour ces dernières une main tendue, car beaucoup ne retrouvaient pas de famille, pas de maison. L'ADIR fut un noyau important pour notre survie. Je n'ai plus de camarades aujourd'hui mais je pense que toutes diraient comme moi que ces amies, Irène Delmas, Gabrielle Ferrières et tant d'autres, nous ont tout simplement permis de revivre.

Anne-Marie Poutiers, présidente de l'association Mémoire des déportés et des résistants d'Europe. - Pouvez-vous décrire ce que faisait concrètement, socialement, l'ADIR ?

Jacqueline Fleury. - L'association accueillait dans de grands appartements celles qui n'avaient plus rien, qui d'ailleurs souvent étaient malades. C'était à la fois un service social, un dispensaire, un vestiaire. La vie matérielle demeurait très dure en France : les tickets, pour l'alimentation et le reste, existaient encore. Des compagnes nous ont attendues... Quelle chaleur essentielle, pour nous qui rentrions des camps !

4. Témoigner et transmettre

Échange avec Max Brisson, vice-président de la délégation

Annick Billon, présidente. - Pour la séquence dédiée à la transmission, Max Brisson, vice-président de la délégation, va intervenir : il a été professeur d'histoire et est inspecteur général honoraire de l'éducation nationale...

Max Brisson, vice-président. - Je veux tout d'abord vous dire toute mon admiration pour votre engagement, votre combat, mais aussi pour votre souci de témoigner et de transmettre l'histoire de la Résistance et de la déportation.

Madame Fleury, vous écrivez dans votre livre, à propos de votre retour en France : « Nous avons l'impression d'avoir été oubliées (...). Le plus pénible est l'incompréhension que nous lisons dans le regard des autres ». Vous avez rejoint l'ADIR avec vos camarades de déportation, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Vous avez présidé cette association de 2002 à 2006, succédant à Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

Dès la fin des années cinquante, vous vous êtes engagée pour parler aux jeunes de la Résistance et de la déportation. Vous avez pris l'initiative du Concours national de la Résistance et de la déportation. Comme professeur, j'ai préparé des jeunes à ce concours...

J'ai deux questions.

Quelles ont été vos motivations après la guerre pour vous adresser à ce jeune public dans le cadre scolaire, en particulier pour aller le rencontrer dans les établissements ?

Et comment votre témoignage est-il perçu par ces jeunes, qui sont nés si longtemps après la guerre ? Les générations d'aujourd'hui sont-elles, selon vous, plus capables de partager votre message que celles qui les ont précédées, ou est-ce le contraire ?

Jacqueline Fleury. - Nous avons été un petit groupe de résistantes déportées à réfléchir à la manière de nous adresser aux enfants, aux jeunes, qui ignoraient ce qu'avait été la déportation. Bien des personnes en parlaient sans savoir...

En souvenir de mes parents, je voulais également dire ce qu'avait été la Résistance, qui s'était constituée pour défendre la France humiliée. Jusqu'à l'an dernier, je suis allée régulièrement dans les collèges. Je reçois encore chez moi des jeunes qui préparent le Concours de la Résistance.

Ils sont très émus, très sensibles, ils ont beaucoup de coeur - ils n'ont rien de ces « petits sauvages » que l'on décrit aujourd'hui ! Je trouve important de continuer ce que nous avons commencé il y a soixante ans.

Max Brisson, vice-président. - Laure Darcos et moi, membres de la commission de la culture et de l'éducation, sommes très touchés par vos propos sur la capacité des jeunes d'aujourd'hui à mener une analyse critique sur ces événements, sur les responsabilités, sur l'engagement. Plus tard, ils transmettront à leurs enfants ce témoignage imprescriptible sur ce que vous avez vécu...

Jacqueline Fleury. - Et sur les valeurs que nous avons défendues !

Max Brisson, vice-président. - Vous avez assuré la survie de ces valeurs jusqu'au fond de l'enfer.

Véronique Peaucelle-Delelis, directrice générale de l'ONACVG. - L'ONAC participe, via ses services départementaux, à la remise des prix de la Résistance et de la déportation. Il organise également deux concours scolaires : Petits artistes de la mémoire, consacré à la première guerre mondiale, et Bulles de mémoire, concours de bande dessinée, qui aura pour sujet en 2021 : « Engagements de femmes, femmes d'engagement ». (Applaudissements). Une coopération européenne nous permet de réunir des dizaines de nationalités, et le concours Bulles de mémoire s'est exporté en Allemagne. Chacun choisit ses thèmes, mais en 2021, nos amis allemands ont décidé de retenir le même thème de l'engagement des femmes. (Même mouvement)

Gilles Pierre Lévy, président de la Fondation de la Résistance. - Je suis le beau-fils de Janine Carlotti, qui fut déportée avec vous à Ravensbrück dans les camps annexes. Nous avons retrouvé à son décès un petit carnet qui débute en mars 1945. Nous nous interrogeons : a-t-elle pu l'écrire avant la libération du camp ? Ou ensuite, tandis qu'elle se trouvait à l'hôpital, sous la surveillance des Russes ?

Jacqueline Fleury. - Certaines compagnes ont écrit durant leur séjour au camp. Germaine Tillion a rapporté, grâce à l'aide de ses amies, des morceaux de l'opérette qu'elle composait18(*) ; Violette, Éliane et d'autres ont fait des dessins. Mais il était très difficile de trouver les matériaux. Votre maman a aussi pu écrire ce carnet juste à son retour. Je n'ai pas vu l'objet, je ne puis me prononcer.

Anne-Marie Poutiers, présidente de l'association Mémoire des déportés et des résistants d'Europe. - En 2018, préparant votre visite aux jeunes du lycée Molière, vous m'aviez annoncé que vous parleriez certes de la Résistance - « mais tout le monde en parle », disiez-vous - mais aussi des marches de la mort, moins connues, auxquelles toutes les déportées n'ont pas survécu...

Jacqueline Fleury. - Les marches de la mort ont commencé très tôt en 1945, lorsque les Allemands ont vécu le début de leur défaite.

Les prisonniers du camp d'Auschwitz ont été les premiers à partir à pied sur les routes en janvier, si je ne me trompe pas. Petit à petit, beaucoup de grands camps et de Kommandos ont été vidés d'une manière absolument horrible : les prisonniers seront jetés sur les routes d'Allemagne. Pour ce qui me concerne, notre quatrième camp n'était pas très loin de Leipzig et, le 13 avril 1945, dans un état de déficience totale - il n'y avait presque plus de nourriture -, le commandant du camp nous a fait mettre en colonne par rangs de cinq. Nous allons parcourir chaque jour des kilomètres et des kilomètres sans manger ni boire - nous buvions l'eau dans les fossés. En général, nous marchions la nuit, ce qui leur permettait de nous surveiller, et nous avons marché ainsi jusqu'en Tchécoslovaquie. Nous avons franchi l'Elbe plusieurs fois.

Quelques-unes de nos compagnes françaises ont réussi à s'évader, certaines vont mourir sur le bord des routes. Ma mère était toujours avec moi. Nous mettions vraiment un pied en sang devant l'autre. Nous devions tirer une espèce de charrette sur laquelle les soldats allemands avaient mis leurs lourds paquetages ; nous avions été autorisées à y installer quelques malades. Lorsque nous avions le droit de nous arrêter, je ne savais pas si je retrouverais ma mère. Lorsque nous n'arrivions plus à marcher, nous étions en général abattues.

Beaucoup de déportés vont mourir durant ces marches de la mort. Je ne sais pas si cette affirmation est exacte, mais on m'a indiqué que le nombre de déportés morts durant ces marches a été plus important que celui des morts dans certains camps. Je pense que c'est vrai.

J'ai gardé un souvenir effroyable de ces marches et j'en fais encore des cauchemars : je suis sur les routes d'Allemagne. C'est quelque chose qu'il est difficile de pardonner, car les Allemands savaient que c'était la fin pour eux. Entre Leipzig et la Tchécoslovaquie, nous avons marché entre les bombardements, les mitraillages et la peur d'être tuées d'une balle dans la nuque si nous ne pouvions plus marcher. Voilà ce qu'ont été les marches de la mort pour beaucoup de déportés.

Christine Antier, SFAADIR. - Vous m'avez indiqué, Madame Fleury, que vous ne deviez surtout pas oublier de parler du Revier et du rôle de votre mère, qui vous a sauvé la vie.

Jacqueline Fleury. - Lors de notre premier départ de Ravensbrück pour un Kommando, j'étais atteinte de cette maladie horrible qu'est la dysenterie. J'étais entrée dans l'un des blocs, qui était, en principe, l'infirmerie, mais cela n'y ressemblait en rien : il n'y avait pas de soins, pas de médicaments. On entrait au Revier pour y mourir. Maman avait appris que notre petit groupe allait probablement partir dans un « transport » - c'est ainsi que l'on désignait les préparatifs pour quitter le grand camp. Elle a réussi à me faire sortir du Revier pour partir avec le convoi, grâce aux rations de pain qu'elle avait gardées durant plusieurs jours. J'ai toujours pensé que le morceau de pain était la monnaie du camp... La mère de Claude du Granrut était dans le même convoi que moi, de même que celle d'Anne Cordier ici présente19(*).

Laurence Rossignol, vice-présidente. - Une question me revient souvent lorsque je lis des témoignages ou des récits sur la déportation. Au cours de tous ces mois durant lesquels vous avez croisé de nombreux gardes, Kapos, vous est-il arrivé une fois de voir dans leur regard de l'humanité ?

Jacqueline Fleury. - Non.

Laurence Rossignol, vice-présidente. - Jamais ?...

Jacqueline Fleury. - Non. Y compris de la part des femmes - elles étaient peut-être pires encore. D'ailleurs, nos camarades hommes ne nous ont jamais envié nos Aufseherinnen20(*)... Nous avions à la fois celles-ci et les SS !

II. Témoignage de Claude du Granrut,
présidente de la SFAADIR (Société des familles et amis des anciennes déportées et internées de la Résistance) : Les enfants de déportés

Échange avec Laurence Rossignol et Claudine Lepage,
vice-présidentes de la délégation

Annick Billon, présidente. - Nous allons maintenant entendre le témoignage de Claude du Granrut, présidente de la Société des familles et amis des anciennes déportées et internées de la Résistance (SFAADIR), qui va témoigner de la situation des enfants de déportés.

Mes collègues Laurence Rossignol et Claudine Lepage vont animer cet échange.

Laurence Rossignol, vice-présidente. - Chère Claude, quel plaisir de vous retrouver au Sénat !

Votre parcours de haute fonctionnaire - vous avez notamment été juge administratif - et d'élue locale, à Senlis et au conseil régional de Picardie où j'ai eu le plaisir de siéger avec vous pendant plusieurs années sur des travées opposées de l'hémicycle - nous y avons noué une amitié solide et durable -, est dominé par deux engagements : vous êtes autant européenne que féministe.

Permettez-moi à cet égard de livrer une petite anecdote. Vingt-quatre heures après avoir été nommée ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes, j'ai reçu de votre part une feuille de route, que j'ai gardée et que j'ai essayé de suivre le plus fidèlement possible.

Vous avez été secrétaire générale du Comité du travail féminin, créé au sein du ministère du travail en 1965 et qui préfigure les premières politiques publiques en faveur de l'égalité femmes-hommes. Vous avez travaillé au cabinet de Françoise Giroud, secrétaire d'État à la condition féminine. Vous faites donc partie de ces pionnières dont notre délégation ne peut que saluer l'implication. Au regard de votre parcours et des actions que vous avez menées, vous avez donc toute votre place ici !

J'en viens aux responsabilités que vous assumez, en tant que fille de résistants, pour porter la mémoire de la Résistance et de la déportation.

Vous présidez la SFAADIR, qui poursuit l'action de l'Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR puis ANADIR), une association d'entraide créée à la fin de la guerre et qui, cela a été mentionné tout à l'heure, a été présidée par Jacqueline Fleury21(*).

Vos parents, Robert et Germaine de Renty, tous deux résistants, ont été arrêtés en juillet 1944 et déportés le 15 août : votre mère à Ravensbrück et votre père à Buchenwald, puis à Dora-Ellrich. Votre mère a survécu au camp, tandis que votre père n'est jamais revenu.

Je me réfère à votre livre de souvenirs intitulé Dix ans en 1940.

De manière très émouvante, vous évoquez le « choc » du retour à Paris, après la Libération, votre solitude dans « l'appartement vide de tout bruit familier ». Comme d'autres enfants de déportés, vous essayez de vous rapprocher de ce que vous pouvez imaginer du quotidien de vos parents : en plein hiver, vous allez au lycée sans manteau ; l'un de vos amis se prive de nourriture. « Cela devient une sorte de hantise, c'est comme si nous étions concernés dans notre propre chair », écrivez-vous.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette période terrible qui a précédé le retour de votre mère ?

Claude du Granrut, présidente de la Société des familles et amis des anciennes déportées et internées de la Résistance (SFAADIR). - Chère Laurence, eu égard aux liens très forts qui nous unissent, je suis contente que vous me posiez des questions sur cette période.

Pendant l'Occupation, je vivais à Paris avec mes parents et j'allais au lycée Molière. Lors de toutes les vacances scolaires, mes parents m'envoyaient chez des amis fermiers afin que je sois nourrie convenablement, moi qui étais en pleine croissance.

En 1944, j'avais quatorze ans et, alors que je m'apprêtais à partir pour les vacances de Pâques, mon père m'a prévenue que, cette fois-ci, je resterais jusqu'à la rentrée d'octobre ; le lycée Molière m'enverrait mes devoirs. Sur place, j'étudierais bien sûr et je participerais à la vie rurale : les foins, la moisson et, surtout, le lavoir communal avec les femmes du village. D'ailleurs, si je me suis toujours intéressée aux femmes, c'est parce que les femmes du lavoir que je retrouvais chaque semaine pour battre le linge étaient formidables. C'était elles qui tenaient les rênes, en assumant les travaux des champs.

J'allais donc être loin de ma famille pendant plusieurs mois. Bien sûr, mes parents m'écrivaient régulièrement. Dans une lettre datée du 5 juin 1944, mon père m'écrivait : « La guerre finira bientôt, et nous serons tous réunis ». Cela m'avait alors rassurée. Ce n'est que trois mois plus tard qu'une lettre de ma soeur aînée, mariée, m'apprit que Papa et Maman avaient été arrêtés par la Gestapo dans la nuit du 5 au 6 juillet et déportés par le train du 15 août. Elle ajoutait : « Une voiture viendra te chercher pour te ramener à Paris ».

C'est ainsi que l'on m'a déposée devant le 78 avenue Mozart. Je suis rentrée toute seule dans notre appartement vide, déserté. À chaque pas, je retrouvai l'odeur de mes parents, la preuve de l'interruption brutale de leur vie quotidienne : leur toilette du soir, leur lit encore ouvert.

Je retrouvai aussi ma chambre, la solitude et l'affreuse réalité de l'absence. C'était d'autant plus pénible que j'arrivais dans un Paris enfin libéré, tout à sa joie d'accueillir les Alliés, de glorifier la Résistance - j'appris alors que mes parents appartenaient au réseau Alliance - et de se projeter dans l'avenir. Comment concilier cette effervescence et mon mal-être d'adolescente abandonnée ? Je ne pouvais participer à cette joie.

En novembre, mon frère, qui s'était engagé, est revenu. Je me vois encore lui ouvrir la porte : « Où sont les parents ? », me demanda-t-il. Il n'arrivait pas à y croire et il partageait ma peine. Il repartit très vite pour reprendre sa place dans l'armée de Lattre. Et je me retrouvai à nouveau seule.

J'avais repris le chemin du lycée Molière, avec la première partie du baccalauréat à réussir. Mais l'enfant studieuse était devenue révoltée et insupportable : je me suis retrouvée deux fois devant le conseil de discipline.

Je n'arrivais pas à dormir. J'avais la vision de wagons rouillés s'éloignant avec mes parents dans les sapinières des Vosges - ce fameux train du 15 août. Cet hiver fut aussi particulièrement rude.

La libération des premiers camps et la découverte de l'horreur concentrationnaire me glacèrent le sang. Tous les camps pouvaient-ils être semblables ? Maman, si frêle, si parisienne, avait-elle pu résister aux travaux de toute sorte exigés par les Allemands ? Devais-je encore prier pour eux ?

Ce n'est qu'à la fin du mois de mai 1945 que j'ai reçu une lettre de Maman. Elle avait été évacuée en Suède. Elle était vivante. Elle n'avait aucune nouvelle de Papa, qui avait quitté le train à Weimar pour être interné à Buchenwald.

Fin juin, Maman est rentrée à la maison.

Le premier matin, je l'ai trouvée allongée par terre ; elle ne savait plus dormir dans un lit, mais elle était souriante et calme, heureuse de nous retrouver.

Au retour des rescapés, j'ai appris que Papa avait été envoyé à Dora, puis au Kommando d'Ellrich pour creuser la montagne et permettre la création d'une deuxième usine souterraine. Grâce à sa connaissance de l'allemand, il avait pu négocier avec les Kapos et obtenir pour son groupe des capotes protégeant du froid et de la neige, un véritable soutien pour ses camarades plus jeunes. Dans le train qui les emmenait au travail à Wolfsleben, il faisait une prière pour tous.

Il a tenu deux mois. Son corps décharné, sans vie, trouvé un soir par ses camarades a été brûlé sur le bûcher du camp - il n'y avait pas de four crématoire.

Finir ainsi, c'était pour moi l'horreur, mais aussi, je dois le dire, un certain réconfort et une fierté de savoir que mon père avait aidé d'autres déportés à s'en sortir et qu'ils lui en étaient reconnaissants.

Pour les revenantes de Ravensbrück, dont faisait partie Maman, Geneviève de Gaulle avait organisé un accueil rue Guynemer, et trouvé une filière pour leur permettre de rétablir en Suisse leur santé altérée. Maman prit l'habitude d'y « retrouver les camarades ». Elle se sentait bien avec elles. D'ailleurs, plusieurs d'entre elles venaient à la maison : Yvonne Pagniez, Hélène Maspero, Sylvie Girard-Cordier et Jeannie Rousseau. Grâce à leurs conversations - et seulement grâce à elles -, je compris ce que fut l'horreur de l'année passée à Ravensbrück.

C'était leur fierté d'avoir tenu dans les épreuves, d'avoir maîtrisé leur vie - une vie, elles le sentaient bien, incompréhensible pour tout autre personne.

Invitée un jour chez d'anciens amis, à quelqu'un qui avait osé dire que Ravensbrück n'avait pas été aussi épouvantable, Maman répliqua : « Le matin, en allant aux toilettes, où l'on avait mis les mortes de la nuit, les rats commençaient par les yeux ». Là-dessus, elle se leva, me prit par la main et nous sommes parties.

Pour l'été 46, nous avions été invitées par un cousin de mon père à passer quelques jours sur les bords du lac de Constance. Je me demandais comment Maman allait supporter de retrouver l'Allemagne. Elle me rassura tout de suite : « Je ne ressens aucune agressivité à l'égard des Allemands », ajoutant : « Il est temps de faire l'Europe et d'en finir avec ces guerres fratricides. Ce sera l'oeuvre de ta génération ».

Elle m'incita à faire Sciences Po et à poursuivre mes études dans une université américaine où j'avais obtenu une bourse, puis à travailler dans l'administration et à m'engager en politique.

Son ami d'enfance, Paul Arrighi, qui avait été lui aussi déporté et devait lui remettre la Légion d'honneur, me fit entrer au Comité du travail féminin. Je fis la connaissance de Colette Même, la secrétaire générale du comité, qui m'a recommandée auprès de Joseph Fontanet pour que je lui succède à ce poste.

Nous étions dans les années 1970. Les mouvements féminins réclamaient le droit aux grandes écoles - on a obtenu l'accès à Polytechnique - et la maîtrise de notre corps.

Par les centristes, j'ai connu Simone Veil, amie fidèle, qui se battait aussi et avec succès pour les droits des femmes, notamment le droit à l'interruption volontaire de grossesse. Elle m'a fait partager sa volonté de faire vivre l'Union européenne.

Désignée par le gouvernement pour siéger au Comité européen des régions, je pouvais enfin bâtir avec mes collègues élus régionaux une Europe forte et paisible pour que les futures générations ne revivent jamais l'horreur de la guerre. Maman suivait cela de près. Elle me remplaçait d'ailleurs, chaque fois que cela était nécessaire, auprès de mes enfants et petits-enfants qui adoraient leur « Mamaine ». Elle m'avait aussi associée à son action de mémoire à l'ADIR. La Société des Amis de l'ADIR n'ayant plus de président depuis la démission d'André Postel-Vinay22(*), Geneviève de Gaulle m'a demandé de succéder à ce dernier23(*). Lorsque l'ADIR a été dissoute en 2005, j'ai fait modifier le nom de l'association, qui s'appelle depuis la Société des familles et amis des anciennes déportées et internées de la Résistance : la SFAADIR.

En 2016 et 2017, j'ai travaillé avec Jacqueline Fleury à la réhabilitation du Mémorial des martyrs de la déportation, érigé sur l'île de la Cité en 1962. Jacqueline Fleury était avec ma mère pour représenter l'ANADIR lors de l'inauguration du mémorial en 1962.

Avec le soutien de Jacqueline Fleury, nous faisons vivre la mémoire de ces femmes qui avaient pris le risque d'entrer en Résistance, d'intégrer des réseaux, de soutenir les maquis, de risquer leur vie, alors qu'elles n'avaient ni droit de vote ni compte en banque.

Une journée comme celle-ci - j'en remercie le Sénat - montre que nous avons raison et que notre combat se perpétuera pour que plus jamais personne ne revive cela !

(Applaudissements)

Annick Billon, présidente. - Merci beaucoup pour votre témoignage poignant. Vous nous avez transmis avec émotion votre expérience : vous avez réussi à muer votre colère et votre immense souffrance en un engagement politique et professionnel.

Anne Cordier, membre du bureau de la SFAADIR. - Je remercie tout particulièrement Jacqueline Fleury - vous étiez dans le même wagon que ma mère, Sylvie Girard-Cordier, le 15 août 1944 : vous avez évoqué précédemment les souffrances qu'elle a subies de la part de la Gestapo. Merci également à Claude du Granrut - nos mères étaient très amies.

Créée en 2006, la SFAADIR a considéré qu'il fallait perpétuer l'esprit qui animait l'ADIR, laquelle venait de cesser son activité.

Que représentons-nous aujourd'hui ?

Nous comptons une centaine d'adhérents et contribuons par nos actions auprès des pouvoirs publics à relayer les témoignages de nos mères, parentes ou amies. Nous travaillons avec les historiens et les professeurs, comme en témoigne l'hommage organisé ici même lors de l'entrée au Panthéon de Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion.

Ayant le souci de ne pas nous substituer aux anciennes résistantes déportées, nous organisons des voyages au Mémorial de Ravensbrück, et, dans cet esprit, nous avons contribué à une levée de fonds pour améliorer la visibilité du mémorial auprès des autorités du Brandebourg et du gouvernement fédéral allemand. Nous avions prévu un voyage en avril 2020 pour les soixante-quinze ans de la libération du camp, mais il a été annulé du fait de l'épidémie ; nous espérons pouvoir le reporter à peu près aux mêmes dates en avril 2021.

Voilà trois ans, lorsque nous avons parlé à l'auditorium de l'Hôtel de Ville de Paris des « Femmes engagées d'hier et d'aujourd'hui » devant un public de lycéens et d'étudiants, nous avons souhaité faire un lien avec nos mères, nos parentes résistantes déportées ; nous perpétuons ainsi la mémoire de ces femmes résistantes et, surtout, leur exemplarité.

Enfin, nous participons au Comité international de Ravensbrück, qui réunit les anciennes déportées encore de ce monde et leurs descendants en Europe. Lorsque nous rencontrons Eugenia - qui fut une enfant ukrainienne déportée - ou Stella, fille de Républicain espagnol, déportée avec ses parents et recueillie par l'Armée rouge lors de la libération du camp, nous nous comprenons même si nous ne parlons pas la même langue : l'Europe existe entre nous.

Vous connaîtrez nos projets, nos actions, nos réflexions en lisant les Lettres de la SFAADIR, qui sont publiées deux fois par an ; la prochaine paraîtra début décembre 2020.

Nous venons de réaliser un travail de recherche dans les archives de Voix et Visages24(*) et parmi les poèmes et les textes - « Le retour d'une déportée », écrit en mémoire de Magdeleine Bouteloupt, par exemple - que Jacqueline Fleury a sélectionnés sur la libération du camp de Ravensbrück et ses Kommandos. En reprenant intégralement ces publications - Jacqueline Fleury a souhaité insérer la carte du parcours qu'elle a suivi lors de la marche de la mort -, nous voulons donner de l'espoir.

Ce recueil de 88 pages de témoignages montre que la survie a existé malgré la barbarie nazie, la libération avec ses désespoirs et ses joies, l'amitié aussi, essentielle pour rester en vie. Vous le constaterez, nous disposons de quelques écrits dès 1944, mais c'est surtout dans les années 1970 et 1990 que les témoignages sont les plus nombreux : le temps a dû faire son oeuvre pour que les déportées passent à l'écriture.

Pour conclure, permettez-moi de citer Violette Maurice, déportée résistante : « Il ne faut pas que l'expérience de la déportation, qui a mis en valeur l'immense exemple de la dignité des femmes, tombe dans l'oubli, car l'oubli est une "complicité" ». À la SFAADIR, nous ne serons donc pas complices de l'oubli !

(Applaudissements)

Claudine Lepage, vice-présidente. - Comme mes collègues, je suis très honorée de votre présence et émue par vos témoignages.

Madame du Granrut, dans le livre que vous avez dédié au souvenir de votre mère, intitulé Le piano et le violoncelle, vous observez : « Il y a une spécificité de la mémoire des femmes résistantes (...). Elles ont été trop modestes et à l'exception de quelques-unes, elles n'ont pas été "reconnues" ».

Quelles sont les actions de la SFAADIR, outre celles qui ont déjà été présentées, pour mieux faire connaître le rôle des femmes dans la Résistance ?

Anne Cordier. - Sans vouloir me substituer à Claude du Granrut, permettez-moi de vous répondre.

J'ai évoqué nos lettres, nos interventions, y compris auprès des pouvoirs publics. Nous organisons des rencontres avec le Conseil international de la Résistance (CIR), des débats avec l'Amicale de Ravensbrück - Marie-France Cabeza-Marnet ici présente peut en témoigner. Notre vie associative a ceci de formidable et de terrible : nous sommes à la fois nombreux - nous comptons une centaine de membres - et pas assez pour tout faire. Le travail que nous venons de réaliser sur la mémoire des témoignages sur la Libération constitue pour nous une source de partage.

Claude du Granrut. - Jacqueline Fleury et moi-même allons témoigner dans les écoles. J'essaie d'appréhender la perception qu'ont les jeunes de ces sujets. Certes, nous racontons ce que nous avons vécu, mais ce sont les questions qu'ils posent qui sont intéressantes. Certaines d'entre elles peuvent être très naïves ou, parfois, rudes. « C'était vraiment si horrible que cela ? », nous demandent-ils... Nous retrouvons les questions qui étaient posées à nos mères lorsqu'elles sont rentrées des camps. Quelquefois encore, il y a des difficultés de compréhension.

Ces jeunes qui ne sont certes pas tous gâtés par la vie, mais qui sont bien habillés et mangent à leur faim, ont du mal à réaliser ce que nous avons vécu pendant la guerre et ce que représente le courage de ces femmes : elles avaient parfois un mari, des enfants, un travail, mais elles ont décidé de tout lâcher pour faire vivre leur France, pour faire partir ces Allemands, pour faire cesser l'Occupation et son lot d'humiliations. Il est très difficile de leur faire comprendre comment nous vivions sous l'Occupation et comment est né ce mouvement de résistance, ce besoin de résistance.

Les récents événements, notamment l'épidémie du coronavirus, montrent qu'il ne faut pas perdre espoir. Il faut lutter et montrer que les hommes et les femmes sont courageux et ont la volonté de vivre librement. C'est merveilleux d'avoir des contacts avec ces jeunes. Nous leur disons : vous vivez dans de bonnes conditions, mais il faut défendre cette liberté ; il faut véritablement défendre le droit au travail, les droits sociaux, tout ce que la vie vous a apporté, parce que l'on ne sait jamais : tout peut être détruit, perdu. Voyez l'exemple de ces femmes qui ont compris qu'elles devaient prendre des risques, qu'elles devaient se défendre, car la vie de leurs enfants, leur propre vie, leur liberté étaient en danger.

Jacqueline Fleury. - On retrouve tout cela dans les travaux réalisés par les élèves qui participent au Concours national de la Résistance et de la déportation. Nous lisons toujours des écrits absolument remarquables, souvent d'élèves de troisième, des travaux, disons-le, que nous admirons.

Laurence Cohen, vice-présidente. - Merci pour vos témoignages. L'association que vous représentez réalise un travail extraordinaire : il me semble essentiel que vous puissiez jouer ce rôle de « passeur de mémoire » dans la période actuelle. Certaines et certains ont constaté avec étonnement que les écrits de témoignage étaient parus de longues années après le retour des déportés. Mais il ne leur était pas possible d'en parler en dehors du cercle intime : mon propre père ne voulait pas témoigner, car ce qu'il avait vécu était tellement indicible qu'on ne le croyait pas... Il a fallu du temps pour qu'il aille à la rencontre des élèves. Les témoins directs étant de moins en moins nombreux, il importe de poursuivre le travail de mémoire que vous faites.

Le témoignage de Marie-Claude Vaillant-Couturier à Nuremberg, par exemple, m'a bouleversée lorsque j'étais jeune. Or ce moment extrêmement fort de l'Histoire est relativement peu connu et peu transmis dans les écoles, ce qui est dommageable - mon collègue Max Brisson en sait peut-être plus sur ce sujet. Il serait important qu'il figure dans les programmes d'histoire pour la passation de la mémoire de la déportation.

Véronique Peaucelle-Delelis, directrice générale de l'ONACVG. - Samedi dernier, j'ai assisté à l'inauguration du Mémorial de la déportation rénové au camp de Natzweiler-Struthof, près de Strasbourg. J'ai eu la joie de rencontrer l'un des derniers rescapés du camp : M. Pierre Rolinet, âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, a prononcé sur les marches du mémorial un discours incroyable, empreint d'humanité, et a témoigné de ce qu'a été l'horreur des camps de concentration.

Je cite Anne Cordier : « Nous ne serons donc pas complices de l'oubli ». En France, de nombreuses structures d'État ou associatives luttent ensemble contre l'oubli. Pendant une période, les rescapés des camps n'ont pas souhaité témoigner parce qu'on ne les croyait pas. Pierre Rolinet lui-même s'est tu pendant presque trente ans ; il a commencé à témoigner dans les écoles, collèges et lycées lorsqu'il a pris sa retraite.

Ces témoignages directs ont un impact incroyable sur la jeunesse. Rencontrer une personne ayant vécu cet enfer apporte beaucoup plus que n'importe quel manuel d'histoire. Il faut conserver ces témoignages en les filmant, au travers de recueils d'écrits ou de la mémoire de pierre.

Depuis 2005 seulement, l'État a créé le Centre européen du résistant déporté (CERD) au camp de Natzweiler-Struthof. Y sont accueillis les publics scolaires, qui peuvent visiter les baraques, le four crématoire et la chambre à gaz de ce qui fut le seul camp de déportation situé sur le territoire français. Le musée présente ce qu'a été l'horreur des camps.

Vous avez parlé des difficultés de la jeunesse à s'approprier l'enfer qu'a été la déportation. La mémoire de pierre est l'un des moyens de faire appréhender la souffrance des déportés et l'absurdité du travail qui leur a été demandé. Au camp de Natzweiler-Struthof, les déportés étaient censés extraire le granit dans une carrière située à proximité, mais on savait parfaitement que celui-ci était impropre à la réalisation de quoi que ce soit. Il s'agissait bel et bien d'une entreprise de destruction par l'épuisement, tel que cela a été décrit précédemment.

L'année dernière, le CERD a battu ses records de fréquentation, avec 200 000 visiteurs, dont 100 000 scolaires, ce qui prouve que la mémoire de la déportation reste mobilisatrice. Il est à noter que plus de 30 % des visiteurs sont allemands. Le travail pédagogique sur les valeurs portées par les résistants et les résistantes est reconnu des deux côtés du Rhin, voire au-delà. Dans ce camp, plus de 20 % des déportés étaient étrangers ; chaque année, les descendants des rescapés ou des prisonniers morts dans ce camp viennent commémorer leur souvenir.

Commémorer, c'est honorer les morts, célébrer les héros et, surtout, se tourner vers la jeunesse et la transmission.

Max Brisson, vice-président. - J'aimerais répondre à Laurence Cohen. Le thème de notre rencontre, c'est l'engagement des femmes dans la Résistance. Nous avons entendu des témoignages poignants sur la déportation, les camps d'internement, le retour. Sur le temps long, la transmission de ces témoignages et de l'engagement dans la Résistance dépendra des programmes scolaires...

Or dans les nouveaux programmes de lycée, la place des femmes dans l'Histoire est en questionnement permanent. En dépit des instructions gouvernementales successives, l'histoire de la Résistance dans les manuels scolaires reste fortement masculine. La place des femmes est un véritable sujet.

Par ailleurs, on a peu parlé aujourd'hui des conséquences de l'engagement des femmes dans la Résistance, qui a pourtant conduit à de nombreuses luttes, notamment la marche vers l'égalité entre les femmes et les hommes en France - une marche encore inaboutie. Cela est vrai aussi pour nombre de pays.

Ce sujet très important a été peu traité cet après-midi. Le président Larcher a indiqué dans son propos que le pourcentage de femmes au Sénat, au début des années 1970, était bien plus faible qu'au lendemain de la guerre, quand celles qui s'étaient engagées dans la Résistance étaient relativement nombreuses dans notre hémicycle.

Pour en revenir à la thématique du témoignage, on peut actuellement encore observer un décalage entre la période où les combats sont menés et le moment où l'on en témoigne. Cela renvoie à une volonté d'oubli doublée d'une volonté de reconstruction historique quelque peu héroïsée - j'appartiens à une famille politique qui a aussi contribué, avec l'épopée du général de Gaulle, à la volonté de réécrire une histoire qui correspondait aux canons du moment. Il ne fallait pas parler des zones d'ombre. Il est préférable de ne pas chausser les lunettes d'aujourd'hui pour juger nos aînés.

Maryvonne Blondin, membre du bureau de la délégation. - Mesdames, je veux vous dire combien vous nous avez bouleversés par vos témoignages. Nous vous sommes très reconnaissants du travail constant que vous réalisez depuis tant d'années.

Pour rebondir sur les propos de Max Brisson, pour ce qui concerne l'engagement des femmes, on pourrait remonter jusqu'à la Révolution et la période napoléonienne : Napoléon a renvoyé les femmes au foyer. L'engagement des femmes n'a pas été reconnu à sa juste mesure. À nous de faire en sorte qu'il en soit autrement.

Samedi dernier, j'ai assisté à une cérémonie de passation du drapeau national des villes médaillées de la Résistance - dix-huit villes sont médaillées de la Résistance, dont trois dans mon département. Dans ces villes, sont sorties de l'ombre pour leur courage et leur bravoure les femmes entrées dans la Résistance. Certaines d'entre elles sont mortes en déportation. Assez paradoxalement, ces résistantes n'ont pas toutes souhaité assurer la transmission de la mémoire auprès des jeunes et regrettent maintenant, à un âge avancé, de ne pas l'avoir fait. « J'aurais dû le faire quand je pouvais le faire », ai-je entendu. Mais nous, demandons-nous si nous aurions été capables de le faire - je me suis souvent posé cette question.

Annick Billon, présidente. - Permettez-moi de vous lire un extrait d'un discours d'un ancien résistant, président de l'Amicale des déportés des Sables-d'Olonne, décédé cette année à quatre-vingt-dix-sept ans, qui témoignait à chaque cérémonie organisée en Vendée, département dont je suis élue :

« Je témoignerai jusqu'au bout, en votre nom, pour crier aux générations présentes que le bonheur que l'on cherche, c'est le bonheur que l'on donne, ce n'est pas le bonheur proclamé des idéologies qui fabriquent des "Auschwitz", ce n'est pas le bonheur proclamé des idéologies qui fabriquent des "Goulag". Le bonheur, ce n'est pas celui des idéologies qui emprisonnent, ce ne sera jamais celui des idéologies qui égorgent et qui assassinent.

« Je témoignerai jusqu'au bout, en votre nom, jusqu'au bout de ma vie, chers amis disparus, pour dire aux jeunes que je rencontre dans les collèges et les lycées de Vendée, à ces jeunes que je retrouve chaque jour plus nombreux sur ma page Facebook, qu'ils sont désormais un ultime recours, qu'ils doivent bâtir, avant qu'il ne soit trop tard, cette société de liberté et de fraternité dont nous rêvions, cette société que nous n'avons pas pu ou pas su construire.

« Ils la bâtiront cette société, camarades, car les messages quotidiens qu'ils m'adressent sont des chants d'espérance. Ils le construiront, ce monde meilleur, chers amis disparus, car ce sont vos étoiles qui scintillent dans le coeur de nos arrière-petits-enfants vendéens.

« Au revoir, chers camarades, au revoir ».

Laure Darcos, vice-présidente. - Pour clôturer ce colloque sur une note positive et émouvante, si vous le permettez, Jacqueline Fleury, j'aimerais lire le passage de votre livre dans lequel vous évoquez votre retour du camp et vos retrouvailles avec votre père :

« On nous donne une chambre à deux lits, que je partage avec maman. On nous offre une nuit dans un hôtel de luxe, mais notre premier réflexe est de jeter les matelas par terre. Depuis des mois, nous couchons sur des planches ou à même le sol ; les sommiers de ces lits douillets sont bien trop mous, il nous faut du dur...

« Le lendemain, nous sommes interrogées par les militaires. Nous ne sommes donc pas au bout de nos épreuves !? Insupportable interrogatoire. Mais nous comprenons vite que des individus ont essayé de se glisser parmi les déportés, des collabos notamment, pour revenir en France. Les militaires traquent les imposteurs et nous posent un nombre incroyable de questions pour vérifier que nous ne mentons pas.

« Interrogatoire, bureaucratie tatillonne pour établir de nouveaux papiers administratifs, visites médicales... Nous subissons un parcours long et fastidieux qui, pour nous qui ne rêvons que de rentrer à la maison, prend une allure d'épreuve supplémentaire.

« Je garderai un mauvais souvenir du Lutetia, le brouhaha nous excède et nous avons l'impression d'avoir atterri sur une planète inconnue. Nous n'avons qu'une idée en tête : obtenir des nouvelles de notre famille et de notre maison. Mais nous sommes entraînées dans un tunnel qu'il nous faut suivre jusqu'au bout... Pas le choix.

« Enfin, après un certain temps, nous sommes invitées à regagner nos foyers. On nous donne dix francs et un ticket de métro à chacune, et, mesdames, repartez chez vous !

« Maman et moi errons seules et désemparées dans Paris. Nous décidons d'emprunter le métro, ce qui est surréaliste pour nous et pour les autres passagers, qui nous regardent comme des bêtes curieuses, avec un mélange d'ahurissement et de peine. Nous descendons à la station Saint-Lazare et prenons le train jusqu'à Versailles-Montreuil.

« Enfin, nous rentrons chez nous !

« Mais l'idée a du mal à s'imposer. Deux pas en avant, un pas en arrière... Nous sommes tétanisées par l'envie étrange de rebrousser chemin. Nous ne tenons pas sur nos jambes et je finis par m'asseoir sur le bord du trottoir, comme je le faisais par terre dans les camps. Aussitôt, maman me lance cette phrase baroque, c'est le cas de le dire :

« -- Mais ma fille, que fais-tu assise par terre ? Veux-tu te relever ! Tu es quand même à Versailles !

« Nous n'avons plus rien, nous sommes épuisées et anxieuses. Plusieurs quartiers de la ville ont été bombardés et nous nous demandons dans quel état nous allons retrouver la maison familiale.

« La voici. Nous sommes devant chez nous, au numéro 1 du boulevard de Lesseps. Bonne surprise : la maison est toujours debout. Nous nous arrêtons pour la contempler. Puis nous avons ce geste inouï : nous sonnons à notre porte. Nous sonnons pour rentrer chez nous !

« Il y a quelqu'un ?

« La porte s'entrebâille lentement, tout doucement, sur un homme fébrile et méconnaissable. Lui aussi semble avoir du mal à nous reconnaître. Et pourtant, c'est bien mon père qui se tient dans l'embrasure de notre entrée. Il vient de sortir de l'hôpital Percy. Il a été l'un des premiers prisonniers à avoir été rapatriés du camp de Buchenwald, par avion, parce qu'il était à l'article de la mort. Il pensait que nous ne rentrerions jamais et s'était fait à l'idée de continuer sa vie seul. Et voilà que devant lui se tiennent... sa femme et sa fille ! Des revenantes ! Oui, mais des revenantes bien vivantes ! Devenu presque aveugle, il nous touche pour être sûr de ce qu'il ne peut que deviner, reprendre contact en chair et en os avec ces êtres aimés.

« Nous serrant contre lui, il nous raconte, à mi-mot tant ces souvenirs l'accablent, les drames qu'il a vécus à Buchenwald, où il a été déporté le 15 août 1944 sous le matricule 77634. On l'a affecté aux Kommandos de Berga puis de Dora. Il est diabétique et sous insuline depuis l'âge de trente ans, il a donc été sevré et il est extraordinaire qu'il ait survécu dans son état : en général, les diabétiques mouraient en prison. Lui a pratiquement perdu ses yeux. Nous apprenons qu'il a subi les mêmes interrogatoires que nous de la part de la Gestapo.

« Ma grand-mère est à ses côtés ; elle est venue s'occuper de son gendre. L'émotion qui nous submerge tous les quatre est un moment extraordinaire, qui n'appartient qu'à nous, qu'il nous sera toujours difficile de partager avec d'autres ».

Annick Billon, présidente. - Merci de nous avoir fait partager cet extrait très émouvant.

Frantz Malassis. - La Fondation de la Résistance a créé une exposition sur les femmes dans la Résistance, qui est amenée à circuler dans les établissements scolaires et les établissements culturels. Présentée au Mémorial du Mont Valérien grâce à l'ONAC, elle a été interrompue dans sa circulation par la pandémie de COVID 19. Formée de treize panneaux, elle rappelle le contexte de l'Occupation et de Vichy s'agissant de la condition féminine, le rôle de pionnières de ces femmes - je pense notamment à Germaine Tillion au sein du réseau dit du musée de l'Homme, mais aussi à Hélène Viannay, co-fondatrice du mouvement Défense de la France, auquel Jacqueline Fleury appartenait. Cette exposition retrace également les trajectoires de certaines figures emblématiques comme Lucie Aubrac ou encore, par exemple, Marie-Madeleine Fourcade, la responsable du réseau Alliance.

Cette exposition à vocation pédagogique va maintenant circuler dans toute la France. Accompagnée d'un dossier thématique paru en juin 2020 dans notre revue, La lettre de la Fondation de la Résistance, elle rappelle que le rôle de ces femmes n'a pas toujours été reconnu au lendemain de la Libération. Seulement 9 % des titulaires de la Médaille de la Résistance française sont des femmes. Leur humilité a joué contre elles. Cette exposition vise à rappeler leur parcours, quels que soient leurs horizons.

Véronique Peaucelle-Delelis. - J'ajoute que 9 % des femmes sont médaillées, alors qu'elles étaient 15 % dans la Résistance, un pourcentage énorme au regard du contexte - elles n'avaient pas le droit de vote, ni d'entrer dans l'armée - et 15 % des déportés politiques. Six femmes seulement, cela a été dit, sont Compagnons de la Libération.

Je rends grâce aux associations et aux amicales qui se sont créées depuis lors. Après la guerre, les hommes se sont constitués en réseau, mais les femmes beaucoup moins. Elles sont rentrées dans l'ombre, retrouvant modestement leur activité. Heureusement, certaines d'entre elles ont réussi, contre leur modestie naturelle, à défier la condition qui était la leur pour témoigner et représenter les figures emblématiques des femmes dans la Résistance.

Jacqueline Fleury. - Permettez-moi de vous dire que l'ADIR n'est pas restée sans porter la Résistance. L'association a été très présente dès notre retour.

Frantz Malassis. - Au travers du bulletin de l'ADIR, vous avez rendu hommage à de nombreuses camarades qui ont survécu ou qui sont mortes dans les camps. La lecture du journal Voix et Visages relate de très belles trajectoires.

Jacqueline Fleury. - En effet, c'est vraiment extraordinaire.

Valérie Tesnière, directrice de la bibliothèque La Contemporaine. - Si je puis me permettre, ce bulletin est disponible en ligne dans la bibliothèque La Contemporaine via l'Argonnaute. Les archives de l'ADIR ont été versées à l'ex-Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), devenue La Contemporaine. Vous pouvez vous reporter aux témoignages « à chaud », si je puis dire.

Véronique Peaucelle-Delelis. - Je veux dissiper toute ambiguïté, Jacqueline Fleury. Je n'ai pas dit que vous n'aviez pas témoigné, j'ai dit que, proportionnellement les femmes avaient moins témoigné que les hommes. Au contraire, votre action auprès de l'ADIR et d'autres amicales et associations est absolument extraordinaire.

Annick Billon, présidente. - Je vous remercie toutes et tous de vos interventions. Nous constatons régulièrement, au sein de la délégation aux droits des femmes, que les femmes sont souvent moins actives dans les réseaux que les hommes. Vous avez montré la voie, Mesdames, et nous sommes admiratives de vos actions.

Malgré les conditions sanitaires qui s'imposent à nous, c'est une chance pour nous de vous avoir entendues cet après-midi. Derrière nos masques, vous n'avez sans doute pas pu déceler toutes les expressions de nos visages, mais nous vous avons écoutées et entendues religieusement, si vous me permettez ce terme dans l'enceinte de la Haute Assemblée. Nos échanges ont été très intéressants et passionnants.

Je laisserai Bernadette Fleury-Gougis, la fille de Jacqueline Fleury, nous lire la conclusion préparée par sa mère.

Bernadette Fleury-Gougis. - La conclusion dont je vais vous donner lecture est intitulée « Turbulences et tensions dans notre monde » :

« En ces temps d'inquiétudes, de menaces diffuses qui obscurcissent l'avenir de l'humanité, je suis profondément émue par le spectacle des désordres souvent dramatiques qui secouent le monde et angoissent notre pays.

« Si sensible aux multiples détresses qui favorisent des revendications justifiées, je comprends les transformations nécessaires de notre société, je ne peux approuver que la violence puisse détruire les valeurs essentielles dont nous avons hérité et que nous avons défendues dans des circonstances dangereuses.

« Nous étions alors persuadées que le courage quotidien et l'espoir qui permet de surmonter toutes les difficultés nous aidaient à franchir de nombreux obstacles.

« Cette conviction, une des raisons de mon engagement, n'est-elle pas certitude encore aujourd'hui ? »

(Applaudissements)

Annick Billon, présidente. - L'heure est venue de clore cette rencontre et de remercier chaleureusement nos témoins pour leurs interventions. J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir sans masque.

(Applaudissements.)

Annexes

CARNET DE PHOTOGRAPHIES

 
 

JACQUELINE FLEURY

CLAUDE DU GRANRUT

 
 
 
     
     
 
 
 
     
     
 
 
 
     
     
 
 
 
     
     
     
 
 
 
     
     
     
 
 
 
     
     
     
 
 
 
     
     
     
 
 
 
     
     
     

LISTE DES PRÉSIDENTES ET SECRÉTAIRES GÉNÉRALES DE L'ADIR25(*)

PRÉSIDENTES DE L'ADIR:

Irène DELMAS, présidente fondatrice ;

Jane SIVADON (de 1947 à 1949) ;

Anise POSTEL-VINAY (1950) ;

Irène DELMAS (de 1951 à 1957) ;

Geneviève de GAULLE-ANTHONIOZ (de 1958 à 2002) ;

Jacqueline FLEURY (de 2002 à 2006).

SECRÉTAIRES GÉNÉRALES DE L'ADIR :

Claire DAVINROY ;

Élisabeth DUSSAUSSE ;

Gabrielle FERRIÈRES (de 1949 à 1955) ;

Anise POSTEL-VINAY (de 1956 à 1957) ;

Anne-Marie BOUMIER (de 1958 à 1963) ;

Jacqueline SOUCHÈRE (de 1964 à 1968) ;

Jeannette L'HERMINIER (de 1969 à 1978) ;

Gabrièle FERRIERES (1979) ;

Suzanne HUGOUNENG (de 1980 à 1981) ;

Jeannette L'HERMINIER (1981-1982) ;

Jacqueline SOUCHÈRE (de 1983 à 1984) ;

Denise VERNEY (de 1996 à la fin de l'ADIR).

SÉLECTION DE DESSINS DE DÉPORTÉES
SUR LE CAMP DE RAVENSBRüCK26(*)

France Audoul (1894-1977) : Ravensbrück - 150 000 femmes en enfer

Violette Lecoq (1912-2003) : Ravensbrück - 36 dessins à la plume

Violette Lecoq (1912-2003) : Ravensbrück - 36 dessins à la plume

« Chantier »

« Construction d'une route »

Éliane Jeannin-Garreau (1911-1999) : Les cris de la mémoire
Préface de Geneviève de Gaulle-Antonioz

« Pantins désarticulés, il nous faut porter des fardeaux qui dépassent nos forces »

Éliane Jeannin-Garreau (1911-1999) : Les cris de la mémoire
Préface de Geneviève de Gaulle-Antonioz

France Audoul (1894-1977) : Ravensbrück - 150 000 femmes en enfer

Violette Lecoq (1912-2003) : Ravensbrück - 36 dessins à la plume

« La loi du plus fort »

Violette Lecoq (1912-2003) : Ravensbrück - 36 dessins à la plume

Sélection pour les gaz. Rameaux 1945...

Violette Lecoq (1912-2003) : Ravensbrück - 36 dessins à la plume

France Audoul (1894-1977) : Ravensbrück - 150 000 femmes en enfer

Violette Lecoq (1912-2003) : Ravensbrück - 36 dessins à la plume


* 1 Voir notamment le colloque Les femmes pendant la Grande Guerre, organisé le 10 octobre 2018 dans le cadre du Centenaire (Actes du colloque : rapport d'information fait au nom de la délégation aux droits des femmes par Annick Billon, n° 165, 2018-2019)

* 2 Loi n° 2013-642 du 19 juillet 2013 relative à l'instauration du 27 mai comme journée nationale de la Résistance, issue d'une proposition de loi de Jean-Jacques Mirassou, sénateur de la Haute-Garonne.

* 3 La première réunion du CNR se déroula au 48 de la rue du Four, dans le sixième arrondissement de Paris, tout près du Palais du Luxembourg où siège le Sénat.

* 4 Les femmes ont voté pour la première fois aux élections municipales de 1945.

* 5 Les femmes furent 22 à siéger en 1946 au Conseil de la République mais leur nombre déclina dans les années suivantes : 13 « sénatrices » en 1948 ; 9 en 1952.

* 6 Voir Christine Bard, « Des oubliées de l'histoire ? », Actes du colloque Femmes résistantes organisé le 27 mai 2014 dans le cadre de la première commémoration, au Sénat, de la Journée nationale de la Résistance (Rapport d'information fait au nom de la délégation aux droits des femmes par Brigitte Gonthier-Maurin, n° 757, 2013-2014).

* 7 Interview accordée au Sénat par Marie-José Chombart de Lauwe en amont du colloque du 27 mai 2014, « Femmes résistantes », organisé par la délégation aux droits des femmes.

* 8 Ce texte fait également partie du recueil publié en 2010 par l'Amicale de Ravensbrück et par la SFAADIR (Société des familles et amis des anciennes déportées et internées de la Résistance), à l'occasion du 65e anniversaire de la libération du camp de Ravensbrück.

* 9 Jean-Pierre Bel, sénateur de l'Ariège de 1998 à 2014, fut président du Sénat de 2011 à 2014.

* 10 Cette citation de Marie-José Chombart de Lauwe est gravée sur la plaque inaugurée au Sénat le 27 mai 2014 en hommage aux sénatrices issues de la Résistance.

* 11 Nicole de Hautecloque (1913-1993), sénatrice de Paris de 1986 à 1993.

* 12 Irma Rapuzzi (1910-2018), élue des Bouches-du-Rhône, membre du Conseil de la République de 1955 à 1958 puis sénatrice de 1959 à 1989.

* 13 Brigitte Gros (1925-1985), sénatrice des Yvelines de 1973 à 1985.

* 14 CND : « Confrérie Notre-Dame ».

* 15 Voir en annexe les reproductions de ces dessins.

* 16 Ce texte, intitulé « Le retour », a été publié en juin 1946 dans le premier numéro de Voix et visages, le bulletin mensuel de l'ADIR (Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance).

* 17 Selon les informations transmises par Jacqueline Fleury, Irène Delmas avait fondé, dès septembre 1944, une Amicale des prisonnières de la Résistance qui deviendra l'Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ANADIR).

* 18 Le Verfügbar aux enfers.

* 19 Précision apportée par Jacqueline Fleury en marge de la réunion : la mère de Claude du Granrut était Germaine de Renty, celle d'Anne Cordier était Sylvie Girard-Cordier.

* 20 Précision apportée par Jacqueline Fleury en marge de la réunion : « Une Aufseherin était une femme SS, allemande, une femme-soldat dont l'uniforme comportait une cape, un calot et des bottes. Ces femmes étaient toujours accompagnées d'un chien. Les Kapos étaient des déportées, de différentes nationalités, ayant quelques responsabilités pour maintenir la discipline dans la baraque. Il y a eu essentiellement des Polonaises ; aucune Française. Au camp de Ravensbrück, il y avait donc des SS, hommes et femmes, et des Kapos ».

* 21 Voir en annexe la liste des présidentes et secrétaires générales de l'ADIR.

* 22 La Société des amis de l'ADIR a été créée en 1951. Elle a été présidée à l'origine par Alexandre Parodi. André Postel-Vinay a par la suite longtemps été son président. Il démissionna de la présidence de cette association en 2002 dans le bureau de Geneviève de Gaulle (informations transmises en marge de la réunion par Jacqueline Fleury).

* 23 Comme l'a indiqué Jacqueline Fleury en marge de la réunion, il a également existé une association dénommée Les amis américains de l'ADIR, dont la présidente, Caroline Ferriday, très active, a eu un rôle important dans l'obtention de l'indemnisation des victimes d'expériences pseudo-médicales.

* 24 Le bulletin mensuel de l'ADIR, Voix et visages, a paru pour la première fois en juin 1946.

* 25 Informations transmises par Jacqueline Fleury.

* 26 Violette Lecoq (1912-2003) : Ravensbrück - 36 dessins à la plume ; France Audoul (1894-1977) : Ravensbrück - 150 000 femmes en enfer ; Éliane Jeannin-Garreau (1911-1999) : Les cris de la Mémoire, préface de Geneviève de Gaulle-Anthonioz.