Allez au contenu, Allez à la navigation

Drones dans les forces armées

23 juin 2021 : Drones dans les forces armées ( rapport d'information )

B. DES DRONES DÉSORMAIS INSCRITS DANS LE PAYSAGE

1. Des drones indispensables dans tous les champs de l'activité militaire

Les drones sont devenus incontournables et leur rôle dans les opérations est appelé à se renforcer au fur et à mesure que leurs performances s'améliorent.

Si c'est particulièrement le cas pour les drones aériens, qu'ils soient de théâtre, tactiques, ou de contact, c'est aussi vrai des drones terrestres et marins, dont l'offre tend à se multiplier et qui commencent à être mis en service.

Les drones et robots sont devenus un outil indispensable du champ de bataille, tant « au contact » qu'en profondeur.

Complémentaires des autres capteurs et effecteurs présents sur le théâtre d'opérations, ils sont de plus en plus intégrés dans la chaîne de renseignement et de commandement des opérations.

Sans remettre en cause le rôle de l'homme dans les opérations, les drones permettent de réduire son exposition au risque dans certaines phases critiques des opérations. Les opérations de déminage, la neutralisation des défenses sol-air ennemies, sont des interventions où le recours aux drones s'impose eu égard à leur rapport coûts/risques. La Marine, quant à elle, utilise ses drones sous-marins pour descendre dans les fonds où l'homme ne peut aller.

Les drones permettent également d'optimiser l'emploi des moyens pilotés, en ne les engageant qu'une fois l'objectif détecté et confirmé. Couplé à des moyens satellitaires, le drone aérien de surveillance maritime permettra ainsi, dans un avenir proche, d'améliorer l'efficacité du dispositif de surveillance de la zone économique exclusive (ZEE) en limitant l'engagement des moyens d'intervention aux seuls cas avérés de pêche illicite.

2. Une capacité à part entière de l'arsenal français

Les drones font aujourd'hui partie intégrante de l'arsenal français. Intégrés dans la manoeuvre interarmées, ils sont coordonnés avec l'ensemble des moyens engagés pour optimiser les effets sur l'adversaire. Ils contribuent à l'acquisition de la supériorité informationnelle et décisionnelle sur les théâtres d'opération.

Dans la doctrine des armées, l'emploi des drones en appui des opérations est prévu à tous les niveaux, du stratégique au tactique. En 2020, une doctrine d'emploi spécifique des drones aériens en opérations 6(*) a été élaborée.

La doctrine interarmées (DIA) 3.3.8 « Emploi des systèmes de drones aériens en opérations » du 24 avril 2020

Ce document aborde l'ensemble des aspects de l'emploi des drones aériens en opérations extérieures comme sur le territoire national. Il classe les drones en 4 catégories principales, en fonction de leurs caractéristiques (taille, altitude de vol, rayon d'action, système de guidage), présente les atouts et les limitations inhérents à ces différents systèmes, définit leur emploi opérationnel, et aborde les questions liées à la formation et à l'entraînement des équipages.

Il définit le rôle de la chaîne de renseignement et de commandement interarmées dans l'intégration des drones sur le théâtre d'opérations, ainsi que les aspects juridiques et éthiques liés à l'emploi opérationnel des drones aériens - armés ou non - sur le territoire national ou en opérations extérieures.

L'utilisation des drones armés s'inscrit dans le cadre juridique des engagements militaires, conforme au droit international humanitaire et est subordonnée au respect des règles d'engagement opérationnelles (« Rules of engagement » ou ROE). Comme pour les autres moyens, toute décision d'emploi de la force est prise par une autorité militaire désignée au sein de la chaîne de commandement, qui vérifie que la cible répond aux critères fixés par les règles d'engagement et s'assure, par tous les moyens possibles, de l'absence de risques de dommages collatéraux. De ce point de vue, un drone armé ne diffère en rien d'un autre système d'arme comme un avion de chasse.

Grâce à ce cadre, l'utilisation des drones armés dans les opérations, qui faisait débat en 2017, semble aujourd'hui bien comprise par l'ensemble des acteurs civils et militaires.

L'emploi opérationnel des drones fait l'objet de réflexions poussées au sein de l'Etat Major des armées, à la fois sur les volets « ISR » (surveillance, détection des menaces, optimisation et fusion des capteurs, etc.), offensif (utilisation des drones armés, intégration dans les opérations et optimisation des ressources) et défensif (lutte anti-drone, coordination et intégration avec la défense aérienne et la défense surface-air, etc.).

Ces réflexions visent non seulement à s'assurer que les armées disposent des capacités les mieux adaptées à leurs besoins, mais aussi à développer les tactiques, les concepts d'emploi et la doctrine permettant d'optimiser leur intégration dans les opérations, en termes de moyens, de capteurs et d'effets, tout en assurant la formation adéquate du personnel pour les servir et en concevoir la manoeuvre.

Ces réflexions se nourrissent de l'expérience opérationnelle des unités mais aussi de l'observation des tactiques et des matériels mis en oeuvre par les autres ministères français, par nos alliés, notamment américains, et par de nombreux Etats, proto-Etats ou groupes armés sur les théâtres d'opérations.

Elles alimentent ensuite les études menées par la DGA, l'EMA et les états-majors d'armées en termes de programmes d'armement, d'acquisition, de maintien en condition opérationnelle (MCO), d'emploi et de cadre juridique.

Le service d'architecture du système de défense de la DGA, conjointement avec la division « cohérence capacitaire » de l'EMA, assure la cohérence et la coordination des équipements à travers une approche capacitaire renforcée. C'est particulièrement nécessaire dans un domaine aussi évolutif que celui des drones.

A cet égard, une veille technologique est ainsi assurée par les équipes de la DGA et de l'Agence de l'innovation de défense pour détecter les technologies et les innovations du monde civil susceptibles d'intéresser la défense.

3. Des enjeux RH bien pris en compte

Le développement de l'utilisation des drones dans les forces armées a des implications importantes en termes de ressources humaines, qu'il s'agisse de recrutement, de formation ou encore de fidélisation. Ces enjeux sont d'ores et déjà bien pris en compte.

? Au sein de l'Armée de l'air et de l'espace, l'arrivée des drones Reaper et, à l'avenir de l'Eurodrone, génère d'importants besoins en personnels (la 33e escadre de surveillance, de rapprochement et d'attaque de la base aérienne 709 de Cognac, forte de 280 hommes actuellement, dont 120 affectés aux 30 équipages de Reaper, devrait voir ses effectifs tripler, à 900 hommes, d'ici 2030) et conduit à la mise en place d'une filière dédiée.

De fait, alors que les premières équipes de drones7(*) avaient été formées à partir de personnels ayant déjà une expérience sur d'autres moyens aériens, une filière d'officiers pilotes d'avion à distance, recrutés sous contrat, a été mise en place à compter de 2019, de même qu'une filière d'officiers « systèmes d'armes drones », afin de garantir une attractivité suffisante et éviter les possibles frustrations suscitées par des réorientations professionnelles. L'attractivité de ces filières est renforcée par l'appartenance des pilotes de drones au corps des personnels navigants et la perception par les officiers « systèmes d'armes drones » de l'indemnité spéciale de sécurité aérienne. Récent, le modèle RH des drones Reaper est encore en cours de structuration et doit composer avec une difficulté qui est de ne pas connaître le système de drones MALE qui sera utilisé en 2040.

D'une durée de 8 à 12 mois, la formation au pilotage des drones Reaper est assurée au sein de l'escadron de transformation opérationnelle sur drones 3 /33 « Moselle » de la base aérienne 709 de Cognac, qui abrite aussi l'escadron de drones de l'Armée de l'air 1/33 « Belfort ». Elle est basée en grande partie sur l'utilisation d'un seul simulateur au standard Block 1, livré il y a un an et demi, aucun simulateur au standard Block 5 n'ayant pour l'instant encore été livré (4 sont prévus à l'horizon 2024). Il est souhaitable que la livraison d'un premier simulateur au standard Block 5 intervienne rapidement (III).

? L'Armée de terre compte, quant à elle, environ 300 télépilotes spécialisés dans le pilotage de drones tactiques ou de mini-drones et 2 300 télépilotes non spécialisés (qui utilisent les drones dans le cadre de leurs fonctions sans qu'il s'agisse de leur métier). La formation est en grande partie dispensée par l'école des drones de l'armée de terre, implantée auprès du 61e régiment d'artillerie de Chaumont. Cette école, qui accueille environ 900 stagiaires par an, forme non seulement les télépilotes spécialisés (drones tactiques ou mini-drones) mais aussi des « référents instruction drone » (RID) chargés d'enseigner le pilotage des micro-drones et nano-drones dans les unités. Ces référents sont en train d'être déployés dans l'ensemble des régiments.

La formation n'est pas seulement technique, elle porte aussi sur l'analyse des informations collectées et leur utilisation à des fins tactiques. La sécurité aérienne et les règles de navigation figurent aussi au programme. La formation concernant le SDT Patroller devrait débuter à la fin de l'année 2021.

? La Marine nationale a ouvert son école de télépilotes de drones aériens sur la base aéronavale à Lann Bihoué dans le Morbihan en septembre 2019. A ce jour, quelques 450 opérateurs ont reçu une formation dans cette école, avant de suivre un perfectionnement tactique au sein de leur unité. Les télépilotes spécialisés (une dizaine pour l'instant, qui sont chargés de mettre en oeuvre les S-100 à décollage vertical de la société Schiebel) sont formés par les industriels, de même que les référents affectés au CEFAé de Lann-Bihoué.

S'il n'est pas forcément opportun de rechercher une mutualisation complète de la formation (surcoût en termes de temps, d'espace, de ressources humaines), des rapprochements ciblés entre armées demeurent souhaitables et doivent être encouragés. Cela fait particulièrement sens entre la 33e escadre de Cognac et le 61e régiment d'artillerie de Chaumont, compte tenu des caractéristiques relativement proches des drones Reaper et Patroller. La mutualisation dans ce cas bute néanmoins sur des questions de statut, les pilotes de drone étant des officiers dans l'armée de l'air et de l'espace et des sous-officiers dans l'armée de terre. Il faut aussi davantage d'échanges entre les centres de formation des trois armées, pour favoriser le partage d'informations et la mutualisation des bonnes pratiques. Des discussions en ce sens sont en cours.

? Un défi posé par le développement du recours aux drones au plan RH est la quantité de données qu'ils génèrent et l'augmentation des moyens humains requis pour traiter cette masse d'informations produit, ce que le général Denis Mercier, ancien chef d'état-major de l'Armée de l'air, qualifie de « facture humaine des drones ». L'un des moyens de répondre à ce défi, dès lors que la ressource humaine demeure sous contrainte, sera de développer l'intelligence artificielle pour simplifier le traitement des données.


* 6 De diffusion restreinte.

* 7 Rappelons qu'une équipe de drones Reaper comporte quatre aviateurs : un pilote à distance et un opérateur capteur, qui forment la composante « pilotage », un opérateur image et un coordinateur tactique d'autre part, pour la composante « renseignement », la co-localisation de ces opérateurs au sein d'une même cabine de pilotage étant une spécificité française.