Les conditions du renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire des produits destinés à l'homme en France
M. Claude HURIET, Sénateur
Commission des Affaires sociales -Rapport d'information 196 - 1996 / 1997
Table des matières
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COMPOSITION DE LA MISSION D'INFORMATION
SUR LES CONDITIONS DU RENFORCEMENT DE LA VEILLE SANITAIRE ET DU CONTRÔLE DE LA SÉCURITÉ DES PRODUITS DESTINÉS À L'HOMME EN FRANCE -
PREMIÈRE PARTIE
LE CONSTAT : LA SÉCURITE SANITAIRE DE TOUS LES BIENS MÉDICAUX ET PRODUITS ALIMENTAIRES N'EST PAS GARANTIE, ET LA FONCTION DE VEILLE SANITAIRE N'EST PAS CONVENABLEMENT ASSURÉE- I. LES RÉFORMES DU DÉBUT DES ANNÉES 1990 : CRÉATION DE NOUVELLES INSTITUTIONS CHARGÉES DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE POUR CERTAINS BIENS MÉDICAUX
- II. LA SÉCURITÉ SANITAIRE DU MÉDICAMENT A USAGE HUMAIN : LE BILAN ET LES PERSPECTIVES SONT SATISFAISANTS
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III. MALGRÉ LES EFFORTS ACCOMPLIS, LA RÉFORME ENTREPRISE POUR LE SANG ET LES
GREFFES EST INACHEVÉE
- A. LE DISPOSITIF APPLICABLE AUX PRODUITS SANGUINS LABILES
- B. LE DISPOSITIF APPLICABLE AUX GREFFES D'ORGANES, DE TISSUS ET CELLULES
- C. UNE SÉCURITÉ SANITAIRE RENFORCÉE, MAIS UNE RÉFORME INACHEVÉE
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IV. LA RÉGLEMENTATION D'ORIGINE COMMUNAUTAIRE CONCERNANT LES DISPOSITIFS
MÉDICAUX N'EST PAS ASSEZ STRICTE
- A. LA LÉGISLATION FRANÇAISE ANTÉRIEURE À L'ENTRÉE EN VIGUEUR DES DIRECTIVES
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B. LA NOUVELLE LÉGISLATION D'ORIGINE COMMUNAUTAIRE : DES PROGRÈS, MAIS QUI NE
PERMETTENT PAS DE GARANTIR LA SÉCURITÉ SANITAIRE
- 1. Les fabricants ne sont pas soumis à une procédure d'autorisation
- 2. Les exigences requises pour l'attribution du marquage CE dans les différents pays européens risquent d'être hétérogènes
- 3. Le marquage CE n'exige pas véritablement une évaluation du rapport bénéfice/risque
- 4. Le système de matério-vigilance est très récent et imparfait.
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V. UNE RÉGLEMENTATION OU DES CONTRÔLES INSUFFISANTS POUR DE NOMBREUX AUTRES
BIENS DE SANTÉ OU PRODUITS FRONTIÈRES
- 1. Substances et préparations utilisées en assistance médicale à la procréation, milieux de culture
- 2. Plantes médicinales ou à prétention thérapeutique
- 3. Produits diététiques destinés à l'alimentation de patients atteints de maladies métaboliques, en particulier les mélanges d'acides aminés et les émulsions lipidiques
- 4. Compléments nutritionnels
- 5. Lentilles de contact colorées
- 6. Cosmétologie
- 7. Xénogreffes
- VI. LES CONDITIONS DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES PRODUITS ALIMENTAIRES NE SONT PAS RÉUNIES
- VII. LA VEILLE SANITAIRE, DOTÉE DE MOYENS INSUFFISANTS, N'EST PAS ASSEZ COORDONNÉE NI PERFORMANTE
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DEUXIÈME PARTIE
LES PROPOSITIONS : UN CAHIER DES CHARGES ET UNE NOUVELLE ORGANISATION ADMINISTRATIVE-
I. LES LEÇONS DU BILAN RÉALISÉ PAR VOTRE COMMISSION
- 1. Une sécurité sanitaire non uniforme et des institutions de contrôle trop cloisonnées
- 2. Les missions de certaines institutions de contrôle sont très ambiguës
- 3. Fait grave, le degré de sécurité garanti par la législation, la réglementation et les contrôles dépend de la nature des produits et pas de leur dangerosité
- 4. La législation sanitaire peut être utilisée comme paravent, alors que l'utilisation d'un produit dans des conditions particulières peut se révéler très dangereuse
- 5. La sécurité sanitaire des produits alimentaires n'est pas bien garantie
- 6. La veille sanitaire n'est pas bien assurée ni coordonnée
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II. LE CAHIER DES CHARGES DE L'ETAT
- 1. Une priorité : la protection de la santé
- 2. Un garant : l'Etat
- 3. Le point d'équilibre du bénéfice et du risque doit être recherché en fonction de la nature des produits
- 4. Les institutions de contrôle doivent être fonctionnellement indépendantes par rapport aux intérêts des producteurs et disposer d'une réelle légitimité scientifique
- 5. La veille sanitaire doit disposer de moyens suffisants et couvrir tout le champ de la santé de la population. Elle doit être connectée à un système d'alerte et aux institutions politiques chargées de prendre les décisions
- 6. Les exigences de ce cahier des charges doivent être relayées au niveau communautaire
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III. LES PROPOSITIONS DE VOTRE COMMISSION EN FAVEUR DE L'AMÉLIORATION DE LA
SÉCURITÉ SANITAIRE
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A. L'ÉTAT DOIT ÊTRE EN MESURE D'ASSUMER TROIS MISSIONS, L'ÉVALUATION DES ACTES
THÉRAPEUTIQUES, LE CONTRÔLE DES PRODUITS ET LA VEILLE SANITAIRE ; IL DOIT AUSSI
POUVOIR LES COORDONNER
- 1. Garantir le contrôle des produits
- 2. Assurer la veille sanitaire en créant un Institut de la veille sanitaire
- 3. Recentrer les missions du ministère de la santé autour de la définition de la politique de santé et de la préparation de la réglementation
- 4. Coordonner les trois missions d'évaluation des actes thérapeutiques, de contrôle des produits et de veille sanitaire en associant tous ses acteurs et créér un lieu de gestion des crises : placer, auprès du Premier ministre, un Comité national permanent de sécurité sanitaire
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B. LA LÉGISLATION ET LA RÉGLEMENTATION DOIVENT ÊTRE ADAPTÉES POUR QUE LES
TROIS MISSIONS D'ÉVALUATION, DE CONTRÔLE ET DE VEILLE SOIENT BIEN ASSUMÉES
- 1. Renforcer la rigueur de la réglementation concernant certains produits
- 2. Publier rapidement les textes d'application de la loi dite bioéthique du 29 juillet 1994
- 3. Améliorer la formation des professionnels de santé
- 4. Mettre en place rapidement des procédures de vigilance lorsqu'elles font défaut
- 5. Utiliser l'informatisation de la transmission des données médicales et multiplier les obligations de déclaration pour améliorer la veille sanitaire
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A. L'ÉTAT DOIT ÊTRE EN MESURE D'ASSUMER TROIS MISSIONS, L'ÉVALUATION DES ACTES
THÉRAPEUTIQUES, LE CONTRÔLE DES PRODUITS ET LA VEILLE SANITAIRE ; IL DOIT AUSSI
POUVOIR LES COORDONNER
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I. LES LEÇONS DU BILAN RÉALISÉ PAR VOTRE COMMISSION
- CONCLUSION
- OBSERVATIONS DES SÉNATEURS SOCIALISTES APPARTENANT À LA COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES
- TRAVAUX DE LA COMMISSION
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TRAVAUX DE LA MISSION
- I. SÉANCE DU MARDI 22 OCTOBRE 1996 - ORGANISATION DES TRAVAUX
- II. SÉANCE DU MERCREDI 23 OCTOBRE 1996
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III. SÉANCE DU MARDI 29 OCTOBRE 1996
- A. AUDITION DE BERNARD SERROU, DÉPUTÉ, AUTEUR DU RAPPORT : "VIGILANCE SANITAIRE : BILAN ET PERSPECTIVES"
- B. AUDITION DE M. JEAN-FRANÇOIS GIRARD, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SANTÉ
- C. AUDITION DE M. YVES MATILLON, DIRECTEUR DE L'AGENCE NATIONALE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉVALUATION MÉDICALE
- D. AUDITION DE M. MICHEL THIBIER, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU CENTRE NATIONAL D'ÉTUDES VÉTÉRINAIRES ET ALIMENTAIRES (CNEVA)
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IV. SÉANCE DU MARDI 5 NOVEMBRE 1996
- A. AUDITION DE MME MICHÈLE VÉDRINE, PRÉSIDENTE, ET DE M. FRANÇOIS NONIN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA COMMISSION DE LA SÉCURITÉ DES CONSOMMATEURS AU MINISTÈRE DE L'ÉCONOMIE ET DES FINANCES
- B. AUDITION DE M. PHILIPPE GUÉRIN, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L'ALIMENTATION AU MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE, ACCOMPAGNÉ DE MM. BERNARD VALLAT, CONTRÔLEUR GÉNÉRAL VÉTÉRINAIRE, CHEF DU SERVICE DE LA QUALITÉ À LA DIRECTION GÉNÉRALE DE L'ALIMENTATION (DGAL), ET RÉGIS LESEUR, CONTRÔLEUR GÉNÉRAL VÉTÉRINAIRE, DIRECTEUR DE LA BRIGADE D'ENQUÊTES VÉTÉRINAIRES
- V. SÉANCE DU MARDI 12 NOVEMBRE 1996
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VI. SÉANCE DU MERCREDI 20 NOVEMBRE 1996
- A. AUDITION DE M. BERNARD MESURÉ, PRÉSIDENT ET DE M. BERNARD LEMOINE, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU SYNDICAT NATIONAL DE L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE (SNIP)
- B. AUDITION DE M. JEAN PARROT, PRÉSIDENT DU CONSEIL DE L'ORDRE DES PHARMACIENS
- C. AUDITION DE M. CHARLES PERINETTI, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL ET DE MME DANIÈLE HANNAIRE, RESPONSABLE DES AFFAIRES TECHNIQUES DU SYNDICAT NATIONAL DE L'INDUSTRIE DES TECHNOLOGIES MÉDICALES (SNITEM)
- D. AUDITION DE M. MAURICE GUÉNIOT, PRÉSIDENT DE L'ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE
- E. AUDITION DE M. MARC DEBY, DIRECTEUR GÉNÉRAL ET DE M. CHRISTIAN DE THUIN, ADJOINT AU CHEF DU SERVICE TECHNIQUE DE L'INSTITUT NATIONAL DE LA CONSOMMATION (INC)
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VII. SÉANCE DU JEUDI 21 NOVEMBRE 1996
- A. AUDITION DE M. DIDIER LOMBART, DIRECTEUR GÉNÉRAL DES STRATÉGIES INDUSTRIELLES
- B. AUDITION DE M. GUÉNAËL RODIER, ÉPIDÉMIOLOGISTE, SPÉCIALISTE DES MALADIES INFECTIEUSES (ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ)
- C. AUDITION DE M. FERNAND PELLERIN, PRÉSIDENT ET DE M. FRANÇOIS BOURILLET, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L'ACADÉMIE DE PHARMACIE
- D. AUDITION DE M. PATRICE DEBRÉ, PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ PARIS VI, DIRECTEUR DU LABORATOIRE CNRS D'IMMUNOLOGIE CELLULAIRE ET TISSULAIRE À LA PITIÉ SALPÊTRIÈRE
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VIII. SÉANCE DU MARDI 26 NOVEMBRE 1996
- A. AUDITION DE M. LE PROFESSEUR JEAN-YVES LE HEUZEY, MEMBRE DE LA COMMISSION D'AUTORISATION DE MISE SUR LE MARCHÉ, HÔPITAL BROUSSAIS
- B. AUDITION DE M. CHRISTIAN BABUSIAUX, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA CONCURRENCE, DE LA CONSOMMATION ET DE LA RÉPRESSION DES FRAUDES
- C. AUDITION DE MME CLAIRE BAZY-MALAURIE, DIRECTEUR DES HÔPITAUX ET M. JACQUES GRISONI, RESPONSABLE DE DIVISION À LA DIRECTION DES HÔPITAUX
- D. AUDITION DE M. LE PROFESSEUR DIDIER HOUSSIN, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L'ÉTABLISSEMENT FRANÇAIS DES GREFFES
- E. AUDITION DE M. LAURENT VACHEY, PRÉSIDENT DE L'AGENCE FRANÇAISE DU SANG
- F. AUDITION DE M. JACQUES DRUCKER, DIRECTEUR DU RÉSEAU NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQIUE
- G. AUDITION DE M. HERVÉ GAYMARD, SECRÉTAIRE D'ETAT À LA SANTÉ ET À LA SÉCURITÉ SOCIALE
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IX. SÉANCE DU MERCREDI 27 NOVEMBRE 1996
- A. AUDITION DE M. JACQUES BOISSEAU, DIRECTEUR DE L'AGENCE NATIONALE DU MÉDICAMENT VÉTÉRINAIRE
- B. AUDITION DE M. HENRI LACOSTE, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU LABORATOIRE CENTRAL DES INDUSTRIES ÉLECTRIQUES ET DE M. EMMANUEL GRIMAUD, DIRECTEUR DU GROUPEMENT POUR L'ÉVALUATION DES DISPOSITIFS MÉDICAUX (GMED)
- C. AUDITION DE MM. BERNARD CAPDEVILLE, PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION DES SYNDICATS PHARMACEUTIQUES DE FRANCE ET PIERRE BERAS, PRÉSIDENT DE L'UNION NATIONALE DES PHARMACIENS DE FRANCE
- D. AUDITION DE M. GÉRARD PASCAL, DIRECTEUR DU CENTRE NATIONAL D'ÉTUDES ET DE RECOMMANDATIONS SUR LA NUTRITION ET L'ALIMENTATION ET DE M. JEAN-MARIE AYNAUD, DIRECTEUR DE RECHERCHE À LA DIRECTION SCIENTIFIQUE DES PRODUCTIONS ANIMALES, REPRÉSENTANTS DE L'INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE AGRONOMIQUE (INRA)
- E. AUDITION DE MME LAURENCE SCHAFFAR, EN REMPLACEMENT DE M. GRISCELLI, DIRECTEUR GÉNÉRAL A L'INSTITUT NATIONAL DE LA SANTÉ ET DE LA RECHERCHE MÉDICALE (INSERM)
- X. SÉANCE DU MERCREDI 4 DÉCEMBRE 1996
- XI. SÉANCE DU MARDI 10 DÉCEMBRE 1996
-
XII. SÉANCE DU MERCREDI 18 DÉCEMBRE 1996
- A. AUDITION DE M. WILLIAM HUNTER, DIRECTEUR DU SERVICE " SANTÉ PUBLIQUE ET SÉCURITÉ DU TRAVAIL ", COMMISSION DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES
- B. AUDITION DE M. FLORIAN HORAUD, PROFESSEUR, CONSEIL SCIENTIFIQUE DU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L'INSTITUT PASTEUR
- C. AUDITION DE M. BERNARD GLORION, PRÉSIDENT DU CONSEIL NATIONAL DE L'ORDRE DES MÉDECINS
- D. AUDITION DE MME MARIE-JOSÉE NICOLI, PRÉSIDENTE DE L'UNION FÉDÉRALE DES CONSOMMATEURS
- E. AUDITION DE M. MARC SAVEY, DIRECTEUR DE RECHERCHE DU CENTRE NATIONAL D'ÉTUDES VÉTÉRINAIRES ET ALIMENTAIRES (CNEVA)
-
XIII. SÉANCE DU MARDI 7 JANVIER 1997
- A. AUDITION DE M. PIERRE LOUISOT, PRÉSIDENT DU CONSEIL D'ADMINISTRATION DU CENTRE NATIONAL D'ÉTUDES ET DE RECOMMANDATIONS SUR LA NUTRITION ET L'ALIMENTATION (CNERNA)
- B. AUDITION DE M. GUY NICOLAS, RAPPORTEUR GÉNÉRAL, HAUT COMITÉ DE LA SANTÉ PUBLIQUE
- C. AUDITION DE M. BERNARD MONCELON, DIRECTEUR DU CENTRE DE RECHERCHE ET DE FORMATION DE L'INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE ET DE SÉCURITÉ (INRS).
- XIV. SÉANCE DU MARDI 28 JANVIER 1997 - ÉCHANGE DE VUES SUR LE PROJET DE RAPPORT
- COMPTE RENDU DU DÉPLACEMENT EFFECTUÉ AUX ETATS-UNIS DU 13 AU 21 SEPTEMBRE 1996
- ANNEXES
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ANNEXE I
LA RÉGLEMENTATION AMÉRICAINE DU MÉDICAMENT -
ANNEXE II
LE MARCHE PHARMACEUTIQUE AMÉRICAIN EN 1995 -
ANNEXE III
LES " NATIONAL INSTITUTES OF HEALTH " -
ANNEXE IV
LES CHIFFRES REPÈRES DE LA SANTÉ AUX ETATS-UNIS
RAPPORT D'INFORMATION
FAIT
au nom de la commission des Affaires sociales (1) à la suite de la mission d'information (2) sur
les conditions du renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire des produits destinés à l'homme en France |
,
Par M. Claude HURIET,
Sénateur.
(1) Cette commission est composée de : MM.
Jean-Pierre Fourcade, président ; Jacques Bimbenet,
Mmes Michelle Demessine, Marie-Madeleine Dieulangard, MM. Claude Huriet,
Bernard Seillier, Louis Souvet, vice-présidents ; Jean
Chérioux, Charles Descours, Roland Huguet, Jacques Machet,
secrétaires ; François Autain, Henri Belcour, Jacques
Bialski, Paul Blanc, Mme Annick Bocandé, MM. Louis Boyer,
Jean-Pierre Cantegrit, Francis Cavalier-Benezet, Gilbert Chabroux, Philippe
Darniche, Georges Dessaigne, Mme Joëlle Dusseau, MM. Guy Fischer, Alfred
Foy, Serge Franchis, Mme Jacqueline Fraysse-Cazalis, MM. Alain Gournac,
André Jourdain, Pierre Lagourgue, Dominique Larifla, Dominique Leclerc,
Marcel Lesbros, Jean-Louis Lorrain, Simon Loueckhote, Jean Madelain,
Michel Manet, René Marquès, Serge Mathieu, Georges Mazars,
Georges Mouly, Lucien Neuwirth, Mme Nelly Olin, MM. Sosefo Makapé
Papilio, André Pourny, Mme Gisèle Printz, MM. Henri de
Raincourt, Gérard Roujas, Martial Taugourdeau, Alain Vasselle, Paul
Vergès, André Vézinhet.
(2) Cette mission d'information est composée de : MM. Charles
Descours, président ; Claude Huriet, rapporteur ;
François Autain, Jacques Bimbenet, Paul Blanc, Mme Annick
Bocandé, M. Louis Boyer, Mmes Marie-Madeleine Dieulangard,
Jacqueline Fraysse-Cazalis, MM. Dominique Leclerc, Georges Mazars, Bernard
Seillier.
COMPOSITION DE LA MISSION D'INFORMATION
SUR LES
CONDITIONS DU RENFORCEMENT DE LA VEILLE SANITAIRE ET DU CONTRÔLE DE LA
SÉCURITÉ DES PRODUITS DESTINÉS À L'HOMME EN
FRANCE
Mesdames, Messieurs,
L'histoire nous enseigne que, très souvent, la législation
progresse réellement à la faveur de crises. Cela se
vérifie aussi dans le domaine sanitaire.
En effet, on ne pense vraiment à la santé que lorsqu'elle vient
à manquer, et la législation sanitaire est toujours source de
contraintes, qu'elles concernent les personnes (vaccinations, directives
comportementales...), les professionnels de santé (évaluation des
pratiques, obligation de transmission d'informations...), les institutions et
les collectivités (exigences concernant la salubrité, la
sécurité d'équipements...) ou encore les producteurs de
biens ou services (bonnes pratiques cliniques pour les médicaments,
bonnes pratiques de fabrication, traçabilité, inspections,
contrôles...).
La protection de la santé étant perçue en bien des cas
comme entravant la liberté individuelle, la liberté du commerce
ou le droit de propriété, les crises peuvent constituer un bon
catalyseur pour la faire progresser.
C'est ainsi qu'en France, la création du ministère de la
santé fut décidée dans notre pays en 1920 à la
suite de l'épidémie de grippe espagnole qui occasionna la mort de
20 à 40 millions de personnes à travers le monde, soit plus que
la première guerre mondiale.
Aux Etats-Unis, le scandale provoqué par le roman à succès
d'Upton Sinclair, " The Jungle ", qui dénonçait les
très mauvaises conditions d'hygiène dans les abattoirs et les
usines de production de viande de Chicago, fut à l'origine d'une
enquête demandée par le président Théodore Roosevelt
et n'est pas étranger au développement de la législation
sanitaire et de la Food and Drug Administration.
En France, à nouveau, l'affaire dite du sang contaminé a conduit
à la création de l'Agence française du sang et a
facilité l'aboutissement du projet de constitution de l'Agence du
médicament.
Cette crise a en effet permis de prendre la mesure des effets pervers
qu'entraînent l'insuffisance des contrôles et la confusion des
producteurs et des contrôleurs. Elle a aussi permis de comprendre que, si
l'application de normes dites éthiques (gratuité du don,
non-profit, service public...) est indispensable, surtout lorsque sont en cause
des produits d'origine humaine, elle ne suffit pas à elle seule à
garantir la sécurité sanitaire. Pire, lorsque l'éthique
est utilisée comme paravent, non seulement il n'y a plus de
sécurité sanitaire, mais il n'y a plus d'éthique.
Un peu plus tard, la crise des prélèvements d'organes a
nécessité une clarification de l'organisation des
prélèvements et des greffes qui passait par la création de
l'Etablissement français des greffes.
Il importe donc aujourd'hui de saisir l'occasion créée par la
crise dite de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), et d'utiliser
les constats de carence établis par la presse, le rapport de notre
excellent collègue le député Jean-François
Mattéi et celui qui est préparé par le Parlement
européen pour améliorer la sécurité sanitaire des
produits alimentaires.
Le constat, en effet, est clair : la sécurité sanitaire n'est
pas garantie pour tous les produits et services, la veille sanitaire est
partielle et mal coordonnée et les procédures d'alertes sont
insuffisantes.
En outre, les responsabilités ne sont pas bien identifiées : on
l'a vu lors de la crise dite de l'ESB, l'opinion n'a trop souvent entendu que
la seule réponse du ministère juridiquement compétent,
celui de l'agriculture et de l'alimentation.
Si la sécurité sanitaire et la veille sanitaire sont
insuffisantes, il ne faut pas pour autant croire que la situation s'est
détériorée : bien au contraire, les biens et services
médicaux sont plus sûrs et l'on se nourrit mieux que dans le
passé.
Mais il apparaît que le progrès des réglementations et des
contrôles n'a pas été à la mesure de celui qu'ont
connu les biens de santé, de plus en plus perfectionnés, ou les
produits alimentaires, de plus en plus transformés.
Le progrès des réglementations et des contrôles n'a pas non
plus été à la mesure de l'aversion croissante pour le
risque que connaissent nos sociétés.
En outre, nous vivons dans une société complexe, et de multiples
acteurs sont appelés à intervenir en matière sanitaire.
Ainsi, sur le plan administratif, les ministères de la santé, de
l'agriculture, de l'économie et des finances, de l'industrie et de
l'environnement, par exemple, sont compétents à un titre ou un
autre pour traiter de questions qui mettent en jeu la sécurité
sanitaire. Cette complexité des structures, qui répond à
la complexité de la société, nécessiterait une
coordination qui fait souvent défaut.
Et les moyens modernes de transmission de l'information et d'accès aux
données n'ont pas été assez utilisés pour
améliorer la veille sanitaire et la connaissance de l'état de
santé de la population.
Or, seule une veille sanitaire performante permet de déclencher des
procédures d'alerte en temps utile et évite une gestion des
crises a posteriori.
La double insuffisance de certains contrôles et de la veille sanitaire
induit des conséquences graves.
D'abord, la société est désormais très
vulnérable au risque sanitaire. La production de masse de la plupart des
biens de santé et des produits alimentaires et leur sophistication
croissante sont à l'origine de risques majeurs et mal
appréciés, un " grain de sable ", une décision
ou une modification anodine intervenant au niveau de la conception, de la
production ou de la distribution pouvant entraîner des catastrophes.
Ensuite, l'insuffisance de certaines réglementations et de certains
contrôles jette un discrédit général sur l'ensemble
de la politique de santé, alors que la plupart des contrôles sont
bien assurés et que la sécurité sanitaire de la
majorité des produits est bien garantie. Ce discrédit est grave,
dans la mesure où il induit un sentiment de nostalgie d'un passé
mythique et de la méfiance à l'égard de produits pourtant
sûrs.
Enfin, les carences actuelles laissent libre cours aux fantasmes et aux grandes
peurs : lorsque les responsabilités ne sont pas bien identifiées
ou identifiables, l'opinion publique elle-même adopte des comportements
irresponsables.
Le présent rapport s'inscrit dans la continuité des travaux
entrepris par la commission des Affaires sociales en faveur de la
sécurité sanitaire.
La commission des Affaires sociales du Sénat s'est engagée depuis
plusieurs années en faveur du développement de la
sécurité sanitaire.
C'est ainsi grâce à un amendement sénatorial qu'a
été créée l'Agence du médicament.
C'est aussi au Sénat qu'a été adopté un amendement
instituant l'Etablissement français des greffes.
Et les dispositions de la loi du 28 mai 1996 régissant les
thérapies génique et cellulaire sont l'aboutissement d'une
réflexion engagée par la commission des Affaires sociales dans le
cadre d'une mission d'information constituée en son sein.
C'est d'ailleurs à l'occasion des travaux entrepris au sujet des
thérapies génique et cellulaire que votre Commission a pris la
mesure de l'éclatement des institutions chargées de la
sécurité sanitaire et des vides législatifs et
réglementaires concernant certains biens de santé, peu ou mal
contrôlés. Elle a alors décidé du principe de la
constitution d'une nouvelle mission d'information consacrée à la
sécurité et à la veille sanitaires.
Le présent rapport a trois ambitions.
La première est de dresser un constat précis et aussi exhaustif
que possible des carences en matière de sécurité sanitaire
des biens de santé et des produits alimentaires et de veille sanitaire.
Seul un tel constat peut servir de fondement à une réforme qui ne
soit ni irréaliste, ni mal ciblée.
La deuxième est de définir les missions qui doivent être
assumées par l'Etat et de déterminer, en fonction des produits,
le degré de sécurité qui doit être garanti et le
niveau de risque qui peut être accepté. Il serait en effet, non
seulement trompeur mais inopportun, voire dangereux, soit de placer la barre
trop haut en exigeant un risque zéro, soit de placer cette barre
à un même niveau pour tous les produits.
La troisième ambition du présent rapport est de proposer, en
fonction du cahier des charges qui aura été établi pour
l'Etat, une organisation administrative nouvelle susceptible de satisfaire
toutes ses prescriptions.
Deux écueils doivent impérativement être
évités.
Premier écueil, il ne faut en aucun cas raisonner en termes de
création de structures nouvelles, qu'elles se substituent ou qu'elles se
superposent aux structures existantes, sans avoir au préalable
défini le cahier des charges de l'Etat (obligations, priorités,
réglementation nécessaire, niveau de sécurité
à garantir, moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir...). Faute
de quoi on n'aurait fait qu'aggraver le problème en le dissimulant.
Ainsi, créér une nouvelle institution chargée de
l'ensemble de la sécurité sanitaire sans, par exemple,
définir la réglementation et les moyens de contrôle
à mettre en oeuvre pour certains produits actuellement insuffisamment
réglementés et contrôlés, ce serait, non seulement
dissimuler certaines carences, mais décrédibiliser et donc
affaiblir ce qui fonctionne déjà bien aujourd'hui.
Sous couvert d'une réforme en apparence de grande ampleur, nous
n'aurions ainsi fait qu'aggraver la situation actuelle.
Le deuxième écueil est l'obsession sécuritaire. S'il nous
faut trouver les moyens et méthodes propres à garantir la
sécurité sanitaire, notre démarche part du principe que la
notion de risque est inhérente à toute démarche
thérapeutique. Ce qu'il faut éviter, c'est le risque inutile ou
disproportionné.
PREMIÈRE PARTIE
LE CONSTAT : LA
SÉCURITE SANITAIRE DE TOUS LES BIENS MÉDICAUX ET PRODUITS
ALIMENTAIRES N'EST PAS GARANTIE, ET LA FONCTION DE VEILLE SANITAIRE N'EST PAS
CONVENABLEMENT ASSURÉE
Bien qu'améliorée depuis le début des
années quatre-vingt-dix, l'organisation de la sécurité
sanitaire des biens de santé et des produits alimentaires ainsi que la
veille sanitaire présentent des lacunes auxquelles il convient de
remédier sans délai.
La sécurité sanitaire requiert l'exercice de trois missions : le
contrôle des produits, l'évaluation des actes
thérapeutiques et la veille sanitaire.
Dans le présent rapport, nous n'évoquerons, en ce qui concerne la
sécurité sanitaire, que celle des biens de santé (produits
et matériels), à l'exclusion de celle des actes. La
sécurité sanitaire des actes requiert, notamment, une
évaluation et un contrôle des pratiques thérapeutiques et
diagnostiques, qui sont prévus par les ordonnances du 24 avril 1996,
avec la création de l'Agence nationale d'accréditation et
d'évaluation en santé ; cette évaluation et ce
contrôle n'entrent pas dans le champ de la réflexion de la mission.
I. LES RÉFORMES DU DÉBUT DES ANNÉES 1990 : CRÉATION DE NOUVELLES INSTITUTIONS CHARGÉES DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE POUR CERTAINS BIENS MÉDICAUX
Depuis le début des années 1990 s'est
opérée une progressive prise de conscience des
éléments constitutifs d'une politique de sécurité
sanitaire des biens de santé.
Cette prise de conscience, consécutive à des situations de crise,
a conduit à plusieurs réformes de l'administration sanitaire.
A la suite du drame du sang contaminé et de diverses crises concernant
le monde des greffes, l'Etat s'est réformé afin de
réorganiser les procédures d'autorisation et de contrôle de
certains produits thérapeutiques.
Il a ainsi mis en place des institutions -Agence française du sang,
Agence du médicament, Etablissement français des greffes-
susceptibles de satisfaire plusieurs critères : autonomie,
spécialité, suffisance des moyens financiers et humains.
A. UN PRINCIPE D'AUTONOMIE ET DE RESPONSABILITÉ
L'affaire du sang contaminé avait montré les
limites d'une organisation sanitaire ministérielle au sein de laquelle
la dilution des compétences et la multiplicité des intervenants
faisaient que l'on ne pouvait véritablement identifier le lieu de
décision et de responsabilité.
C'est pourquoi, lorsque l'Etat a choisi de réformer l'administration
sanitaire au début des années 1990, il a choisi le statut
d'établissement public pour l'Agence française du sang, l'Agence
du médicament et l'Etablissement français des greffes. Ce statut,
qui illustre le principe de la décentralisation fonctionnelle, permet de
bien identifier l'autorité décisionnaire qui agit au nom de
l'Etat. Au bout du compte, c'est cependant l'Etat qui est responsable et le
ministre chargé de la santé demeure politiquement responsable.
Ainsi, l'article L. 567-4 du code de la santé publique dispose que
" le directeur général de l'Agence du médicament
prend au nom de l'Etat les décisions qui relèvent de la
compétence de l'Agence ". Le même article précise que
les décisions du directeur " ne sont susceptibles d'aucun recours
hiérarchique ". Le ministre peut seulement, en cas de menace grave
pour la santé publique, demander une " seconde
délibération " au directeur. Bien entendu, et il en serait
probablement ainsi en cas de menace grave pour la santé publique, le
Gouvernement peut révoquer le directeur qui est nommé par
décret en Conseil des ministres.
En ce qui concerne l'Agence française du sang, l'article L. 667-7 du
code de la santé publique indique que les décisions relatives aux
agréments d'établissements de transfusion sanguine et de leurs
directeurs ainsi que les autorisations d'importation et d'exportation de
produits sanguins labiles sont prises par le président de l'agence.
Enfin, les articles L. 673-8 et R. 673-8-1 prévoient que
l'Etablissement français des greffes est notamment chargé de la
gestion de la liste nationale des personnes en attente de greffe d'organe ou de
tissus et de l'attribution des greffons, qu'ils aient été ou non
prélevés sur le territoire national, ainsi que de la coordination
des activités de prélèvement et de greffe.
B. UN PRINCIPE DE SPÉCIALITÉ
Afin d'assurer la pertinence et la crédibilité
de leurs décisions, les institutions chargées de promouvoir la
sécurité sanitaire des biens de santé doivent agir en
fonction de seules préoccupations sanitaires, à l'exclusion
notamment de considérations économiques.
Ainsi, pour le médicament, les procédures d'autorisation de mise
sur le marché, qui doivent obéir à des règles
purement scientifiques, ont été confiées à l'Agence
du médicament tandis que les décisions relatives à
l'admission au remboursement par la sécurité sociale et à
la fixation des prix ont été bien séparées. Elles
sont restées de la compétence de l'administration centrale et
font désormais intervenir le comité économique du
médicament.
Responsable de ses décisions sanitaires, l'Agence du médicament
n'aurait ainsi aucun intérêt à favoriser tel ou tel
médicament en fonction de critères économiques ou
même, plus largement, non sanitaires, même si l'évaluation
d'un médicament doit aussi prendre en considération
l'amélioration du service médical rendu.
Il était d'autant plus important que les critères sanitaires
soient, en quelque sorte, " sanctuarisés " par la
création de l'Agence du médicament que les institutions
chargées, dans les différents pays d'Europe, de l'autorisation de
mise sur le marché des médicaments sont en compétition.
Cette compétition existe non seulement entre les agences ou
autorités de chaque Etat membre, mais aussi entre chacune de ces agences
ou autorités et l'Agence européenne du médicament,
située à Londres. Tant vis-à-vis de ses partenaires
européens que de l'Agence européenne du médicament,
l'Agence française du médicament ne peut donc se permettre que la
crédibilité scientifique de ses décisions soit imparfaite
ou même perçue comme telle.
C. UN PRINCIPE DE SUFFISANCE DES MOYENS FINANCIERS ET HUMAINS
La pauvreté des moyens financiers et humains de
l'administration sanitaire a certainement été à l'origine
de bien des dysfonctionnements que l'on a reprochés au ministère
de la santé alors qu'il n'en était pas vraiment responsable.
Ainsi, les contrôles de produits thérapeutiques ne peuvent
être performants en l'absence de laboratoires modernes, et les
décisions prises ne peuvent être opportunes si les meilleurs
experts ne sont pas appelés à donner leur avis.
Or, avant les réformes entreprises dans les années 1990,
l'administration de la santé ne disposait pas des moyens financiers ou
juridiques pour faire fonctionner des laboratoires suffisamment bien
équipés, ni pour recruter les experts dont les connaissances
auraient été indispensables à la prise de décisions
qui mettent en jeu la sécurité sanitaire.
Le recours au statut d'établissement public a permis aux nouvelles
institutions de disposer de ressources plus importantes, et notamment de
ressources affectées.
Ainsi, l'article L. 567-7 du code de la santé publique dispose que les
ressources de l'Agence du médicament sont constituées, outre des
subventions de l'Etat et de collectivités publiques, des produits de
dons et legs et des emprunts, de diverses redevances et taxes telles que celles
qui sont versées par les industriels qui sollicitent une autorisation de
mise sur le marché ou qui exploitent une spécialité ayant
obtenu cette autorisation.
De même, l'article L. 667-12 dispose que l'Agence française du
sang sera financée, non seulement par une subvention de l'Etat et une
dotation globale de l'assurance maladie, mais aussi par des redevances pour
services rendus.
Enfin, l'article L. 673-8 du code de la santé publique prévoit
qu'outre la subvention de l'Etat et la dotation globale de l'assurance maladie,
des taxes et redevances créées au bénéfice de
l'Etablissement français des greffes viendront alimenter son budget.
Ces affectations de ressources au profit des institutions sanitaires leur
confèrent des moyens qui, s'ils pourraient être encore accrus,
sont tout de même plus importants que ceux dont bénéficiait
l'administration centrale avant les réformes des années 1990.
Les moyens financiers de ces établissements leur permettent, non
seulement de se doter des équipements nécessaires, mais aussi de
s'assurer le concours d'experts, les dispositions des articles L. 567-5, L.
667-8 et L. 673-8 donnant de surcroît aux établissements publics
la base légale nécessaire au recrutement d'agents contractuels.
D. DES RÉFORMES QUI PRÉSENTENT NÉANMOINS UN DÉFAUT IMPORTANT : UN SYSTÈME DE CONTRÔLE TROP VERTICAL
Votre commission des Affaires sociales, qui a pris une part
importante dans l'élaboration et l'adoption de ces réformes,
estime aujourd'hui encore qu'elles étaient indispensables et qu'elles
ont permis une considérable amélioration de la
sécurité sanitaire du médicament, du sang et des greffes.
Néanmoins, outre certaines imperfections que nous évoquerons
à l'occasion de l'étude des dispositions relatives à
chacune des catégories de produits, elles présentent un
défaut important, auquel il conviendra de remédier.
Ce défaut est celui de l'éclatement des institutions
chargées de garantir la sécurité sanitaire des biens de
santé.
Il y a eu la crise du sang contaminé, et l'on a créé
l'Agence française du sang.
Il y a eu la crise des prélèvements d'organes, et l'on a
créé l'Etablissement français des greffes.
Et, anticipant sur la création d'une Agence européenne du
médicament, le Sénat a proposé la création de
l'Agence française du médicament.
Cela est bel et bon, mais, en procédant de la sorte, l'Etat n'a pas pour
autant garanti la sécurité sanitaire de tous les biens de
santé.
D'une part, en effet, de nombreux produits ou biens de santé demeurent
en dehors des compétences de ces agences, qui ne sont chargées
que du médicament, du sang et des greffes. Pour reprendre une expression
du directeur général de l'Agence du médicament, ces
établissements publics jouent en quelque sorte le rôle de
réverbères. Et, si tout ce qui est éclairé par un
réverbère est désormais mieux contrôlé, il
demeure encore beaucoup de zones d'ombre, beaucoup de produits utilisés
à des fins diagnostiques ou thérapeutiques dont la
sécurité sanitaire n'est pas bien assurée.
D'autre part, il n'est pas concevable que l'on continue à créer
une agence par catégorie de produits de santé. En effet, non
seulement l'administration sanitaire ne peut être ainsi
éclatée en des dizaines d'institutions pour des raisons tenant
à l'efficacité des décisions et des contrôles, mais,
de plus en plus, on assiste au développement de produits qui
s'apparentent à plusieurs catégories réglementaires.
Votre commission a pris l'exacte mesure de cette évolution à
l'occasion des travaux qu'elle a menés au sujet des thérapies
génique et cellulaire, qui s'apparentent, pour leurs effets, au
médicament, mais qui sont souvent issues de produits sanguins et peuvent
faire appel aux techniques de greffes de cellules pour leur administration. En
l'absence de législation spécifique, ces thérapies
n'étaient de la compétence d'aucune institution de
contrôle. De même, il existe aujourd'hui de plus en plus de
dispositifs médicaux qui ne peuvent être utilisés que
grâce à une association avec le médicament. Qui doit en
être responsable, qui doit garantir leur sécurité
sanitaire ?
A l'heure où les frontières entre catégories s'estompent,
il serait contre-productif, en termes de sécurité sanitaire, de
construire une administration sanitaire cloisonnée en fonction de
catégories presque déjà obsolètes.
Si l'on poursuivait dans cette voie, la sécurité sanitaire serait
à la merci des bonnes relations entre les différentes agences,
à la merci de la bonne entente de leurs dirigeants qui devraient
organiser une coopération pour tous les produits frontières, ce
qui n'est pas souhaitable.
Et certains produits, inévitablement, n'entreraient dans le champ de
compétence d'aucune institution.
II. LA SÉCURITÉ SANITAIRE DU MÉDICAMENT A USAGE HUMAIN : LE BILAN ET LES PERSPECTIVES SONT SATISFAISANTS
La sécurité sanitaire du médicament
à usage humain est aujourd'hui bien garantie, grâce à une
législation d'origine communautaire qui couvre toute la chaîne, de
la fabrication à la distribution et au suivi du médicament
après l'obtention de l'autorisation de mise sur le marché et
grâce à deux institutions chargées de l'application de
cette législation, l'Agence française du médicament
créée par la loi n° 93-5 du 4 janvier 1993 et l'Agence
européenne de Londres, qui fonctionne depuis le 1er janvier 1995.
L'Agence française du médicament est dirigée par un
directeur général qui prend au nom de l'Etat les décisions
qui relèvent de la compétence de l'Agence. Elle est dotée
d'un conseil d'administration et d'un conseil scientifique qui veille à
la cohérence de la politique scientifique de l'établissement. Les
décisions du directeur général ne sont susceptibles
d'aucun recours hiérarchique mais, en cas de menace grave pour la
santé publique, le ministre chargé de la santé a le droit
de demander au directeur un nouvel examen du dossier. Elle dispose d'un corps
d'inspecteurs qui sont notamment chargés de veiller au respect des
bonnes pratiques, à la qualité des matières
premières et des conditionnements ainsi que, plus
généralement, de la réglementation relative au
médicament. Les compétences de l'Agence du médicament
couvrent toute la chaîne du médicament, des essais cliniques
à la pharmacovigilance, et toutes les fonctions qui concernent sa
sécurité, à savoir évaluation, contrôle et
alerte. Grâce à la procédure de reconnaissance mutuelle,
les autorisations accordées par l'Agence du médicament valent
autorisation pour l'ensemble de la communauté.
L'Agence européenne du médicament est compétente pour
accorder des autorisations de mise sur le marché : elle constitue le
passage obligé pour l'enregistrement des médicaments les plus
innovants. Elle assure également la coordination des systèmes
nationaux de pharmacovigilance et arbitre, le cas échéant, entre
plusieurs agences d'enregistrement nationales pour des conflits qui mettent en
jeu le système de reconnaissance mutuelle des autorisations nationales.
La sécurité sanitaire est garantie par l'application de la
législation pharmaceutique qui couvre l'ensemble de la chaîne du
médicament.
· La fabrication du médicament, d'abord, est strictement
réglementée. L'article L. 596 du code de la santé publique
réserve en effet la fabrication, l'importation, l'exportation et la
distribution en gros des médicaments et l'exploitation des
spécialités pharmaceutiques à des établissements
pharmaceutiques. Ceux-ci sont autorisés par l'autorité
administrative en fonction de critères relatifs à la
qualification de leurs dirigeants (notamment participation d'un pharmacien) et
au respect de bonnes pratiques, à chaque stade de la fabrication du
produit (bonnes pratiques cliniques, bonnes pratiques de laboratoire, bonnes
pratiques de fabrication).
· Les médicaments fabriqués industriellement sont
également soumis à une autorisation prévue par l'article
L. 601 du code de la santé publique. Cette autorisation leur permet de
circuler librement sur le marché européen.
Elle est subordonnée à la présentation d'un dossier
d'autorisation de mise sur le marché qui comprend notamment la
composition qualitative et quantitative du produit, les indications,
contre-indications et effets secondaires, la description des méthodes de
contrôle utilisées par le fabricant et le résultat des
essais physico-chimiques, biologiques ou micro-biologiques, pharmacologiques et
toxicologiques et cliniques.
L'autorisation est refusée lorsque, après vérification de
ces informations, il apparaît que la spécialité est nocive
dans ses conditions normales d'emploi, que l'effet thérapeutique de la
spécialité est absent ou insuffisamment justifié, que les
moyens à mettre en oeuvre pour appliquer la méthode de
fabrication et les procédés de contrôle ne sont pas de
nature à garantir la qualité du produit ou que la
spécialité n'a pas la composition qualitative ou quantitative
déclarée. L'autorisation est accordée par le directeur
général de l'Agence du médicament après avis de la
commission d'AMM, qui fait suite à l'examen du dossier par un groupe de
travail pharmaceutique, un groupe de travail toxico-pharmaco-clinique et, le
cas échéant, par le groupe de sécurité virale.
Au cours de son audition par la mission d'information, le représentant
de l'Institut national de la consommation a souhaité que, dans la mesure
où les autorisations sont accordées pour une période de
cinq ans renouvelable, il soit plus souvent procédé à une
réévaluation du rapport bénéfice/risque des
médicaments soumis à autorisation, afin de tenir compte des
progrès médicaux intervenus au cours de la période
d'autorisation.
En outre, est toujours posée la question de la nécessité
de l'opposabilité des indications de l'autorisation de mise sur le
marché.
· La délivrance des médicaments est, elle aussi,
sévèrement réglementée, en ville par les
pharmaciens d'officine ou à l'hôpital par les pharmacies
hospitalières.
En ce qui concerne ces dernières, toutefois, l'Ordre national des
pharmaciens a souligné, au cours de son audition par la mission,
l'intérêt d'une dispensation individuelle des médicaments
par les pharmacies hospitalières (préparation nominative des
prises journalières de médicaments). Il a aussi alerté la
mission sur les carences constatées dans les établissements de
santé concernant l'application de l'arrêté du 9 août
1991 relatif aux conditions de prescription, dispensation et administration des
médicaments contenant des substances vénéneuses.
· Enfin, un système de pharmacovigilance vient
compléter le dispositif pour assurer la surveillance du
médicament après l'obtention de l'autorisation de mise sur le
marché. L'article L. 605 du code de la santé publique
prévoit en effet qu'un décret en Conseil d'Etat précisera
les règles applicables à la pharmacovigilance exercée sur
les médicaments postérieurement à la délivrance de
l'autorisation de mise sur le marché, de l'autorisation temporaire
d'utilisation des médicaments ou de l'enregistrement des
médicaments homéopathiques ainsi que les obligations de
signalement. Ces règles sont actuellement fixées par le
décret n° 95-278 du 13 mars 1995.
Selon les dispositions de ce décret, la pharmacovigilance a pour objet
la surveillance des effets indésirables résultant de
l'utilisation des médicaments. Elle comporte le signalement des effets
indésirables, l'enregistrement, l'évaluation et l'exploitation
des informations concernant ces effets et la réalisation de toutes
études concernant la sécurité d'emploi des
médicaments. Après exploitation des informations recueillies, le
directeur général de l'Agence du médicament prend, le cas
échéant, les mesures appropriées pour assurer la
sécurité d'emploi des médicaments et faire cesser les
incidents. Il informe l'Agence européenne du médicament de tout
effet indésirable grave.
Placée sous la responsabilité de l'Agence du médicament,
la mise en oeuvre de la pharmacovigilance fait appel à des centres
régionaux de pharmacovigilance agréés et à la
commission de pharmacovigilance, qui donne des avis au ministre et à
l'Agence. Elle repose sur des obligations de signalement des effets
indésirables pour les professionnels de santé et les entreprises
exploitant le médicament. Elle devrait aussi se traduire par un
" retour d'information " vers les professionnels de santé,
ce
qui ne semble pas être suffisamment le cas selon des personnalités
entendues par la mission.
III. MALGRÉ LES EFFORTS ACCOMPLIS, LA RÉFORME ENTREPRISE POUR LE SANG ET LES GREFFES EST INACHEVÉE
La législation relative aux produits sanguins et aux
greffes a profondément évolué depuis le début des
années 1990.
A la suite de l'affaire du sang contaminé, la loi n° 93-5 du 4
janvier 1993 a réformé la transfusion sanguine afin d'assurer la
" sécurité transfusionnelle "; à cette fin, elle
a institué l'Agence française du sang.
Puis, la loi n° 94-43 du 18 janvier 1994 relative à la santé
publique et à la protection sociale a mis en place un
établissement public, l'Etablissement français des greffes. Cette
création a témoigné de la volonté de l'Etat de
prendre le relais de l'initiative privée (France Transplant) dans
l'organisation et la régulation des activités de greffe.
Enfin, la loi n° 94-654 du 29 juillet 1994, dite
" bioéthique ", a procédé à une refonte
de la législation concernant les éléments et produits du
corps humain et, notamment, de celle des activités de greffes d'organes,
de tissus et de cellules.
Elle a créé un titre Ier du livre VI du code de la santé
publique consacré aux " Principes généraux
applicables au don et à l'utilisation des éléments et
produits du corps humain " qui comporte, non seulement la traduction
législative de règles éthiques (gratuité et
anonymat du don, consentement du donneur...) mais aussi une disposition
générale, applicable à tous les éléments et
produits du corps humain (sang, organes, tissus, cellules), qui dispose que :
" Art. L.665-15. Le prélèvement d'éléments et
la collecte de produits du corps humain à des fins thérapeutiques
sont soumis à des règles de sécurité sanitaire
définies par décret en Conseil d'Etat.
" Ces règles comprennent notamment des tests de dépistage
des maladies transmissibles. "
A. LE DISPOSITIF APPLICABLE AUX PRODUITS SANGUINS LABILES
Le dispositif applicable aux produits sanguins labiles repose
sur la loi n° 93-5 du 4 janvier 1993. Elle a notamment prévu que la
collecte du sang humain ou de ses composants ne peut être
réalisée que dans des établissements de transfusion
sanguine agréés (article L. 666-2 du code de la santé
publique) et que le sang ne peut être distribué sans qu'aient
été réalisés des analyses biologiques et des tests
de dépistage des maladies transmissibles (article L. 666-4). Cette loi a
également réservé aux établissements de
santé ou de transfusion sanguine autorisés la conservation des
produits sanguins labiles.
Ceux-ci, à la différence des produits stables, ne sont pas soumis
à une procédure d'autorisation de mise sur le marché, de
même qu'il n'existe pas d'autorisation des procédés de
fabrication, même si une commission est chargée de
l'évaluation et de la validation des produits sanguins labiles
(arrêté du 23 octobre 1995). La liste et les
caractéristiques des produits sanguins labiles sont établies par
des règlements de l'Agence française du sang homologués
par le ministre chargé de la santé.
La loi du 4 janvier 1993 a mis en place deux structures : le comité de
sécurité transfusionnelle et l'Agence française du sang.
Le comité de sécurité transfusionnelle, composé de
scientifiques, est placé auprès du ministre. Il est chargé
d'évaluer les conditions dans lesquelles est assurée la
sécurité transfusionnelle et constitue également un
organisme d'alerte pour toute question d'ordre médical ou scientifique
pouvant avoir une incidence sur l'activité transfusionnelle.
L'Agence française du sang, instituée par l'article L. 667-5 du
code de la santé publique, s'est vu confier plusieurs missions qui
concourent à la sécurité sanitaire des produits sanguins
et de la transfusion.
Elle est ainsi chargée d'établir et de soumettre à
homologation du ministre chargé de la santé les bonnes pratiques
que doivent respecter les établissements de transfusion sanguine. Ont
ainsi déjà été publiées les bonnes pratiques
de prélèvement (J.O. du 8 octobre 1993), de préparation
(J.O. du 7 février 1994), de distribution (J.O. du 26 août
1994) et de qualification biologique (J.O. du 31 janvier 1995).
Elle est également chargée de recueillir toutes données
sur l'activité de transfusion sanguine, notamment en vue des actions
d'hémovigilance et de prendre les décisions d'autorisation, de
retrait ou de suspension concernant les établissements de transfusion
sanguine (agrément des établissements, autorisations
particulières pour certaines activités spécifiques,
utilisation de sang collecté à l'étranger). A cette fin,
la loi donne à l'Agence une compétence générale
pour veiller au respect des dispositions législatives et
réglementaires applicables aux établissements de transfusion
sanguine, et a prévu qu'elle disposerait, parmi ses agents,
d'inspecteurs qui peuvent rechercher et constater par procès-verbal les
infractions à ces dispositions. Le code de la santé publique
punit de deux ans d'emprisonnement et de 500.000 francs le fait d'utiliser
des produits sanguins sans qu'il ait été procédé
aux analyses biologiques ou aux tests de dépistage et prévoit des
sanctions administratives pour toute violation par un établissement de
transfusion sanguine des dispositions législatives et
réglementaires qui lui sont applicables.
L'Agence française du sang, en revanche, ne dispose pas de laboratoire :
les analyses nécessaires au contrôle des produits sanguins sont
réalisées par l'Agence du médicament.
B. LE DISPOSITIF APPLICABLE AUX GREFFES D'ORGANES, DE TISSUS ET CELLULES
La sécurité des greffes est une notion plus
large que celle de la seule sécurité d'un produit. D'une part, en
effet, et sur un plan terminologique, un organe, un tissu et une cellule non
transformés sont plutôt des " éléments du corps
humain utilisés à des fins thérapeutiques " que des
" produits thérapeutiques ". D'autre part, et cette fois sur
le fond, la sécurité des greffes englobe, non seulement celle du
greffon, mais aussi celle de tout le processus de greffe. A chacune des
étapes de la greffe sont associés certains risques, qu'un
document de l'Etablissement français des greffes définit ainsi :
- choix stratégique initial, de l'indication thérapeutique
et du degré éventuel d'histocompatibilité accepté
par l'équipe de greffe ;
- choix du donneur avec les examens cliniques, le dépistage
sérologique ;
- prélèvement, transformation, transport et conservation du
greffon jusqu'à son implantation ;
- greffe proprement dite, c'est à dire exécution de l'acte
chirurgical et des soins de réanimation pré et
post-opératoire ;
- possibilité de transmission par le greffon d'une maladie, le plus
souvent infectieuse et virale, mais aussi tumorale ;
- tolérance immunitaire du greffon, y compris les accidents
immédiats et retardés ;
- complications retardées, infectieuses et oncogènes de la
thérapeutique immunosuppressive.
Le dispositif législatif applicable aux greffes repose essentiellement
sur la loi dite bioéthique du 29 juillet 1994.
Les greffons eux-mêmes, à la différence du
médicament, par exemple, ne font pas l'objet d'une procédure de
" mise sur le marché ", mais diverses dispositions
régissent leur prélèvement, leur conservation et leur
transport, de même que leur distribution, leur importation et leur
exportation..
Les articles L. 671-12 (organes) et L. 672-7 (tissus et cellules) du code de la
santé publique prévoient que les prélèvements ne
peuvent être effectués que dans des établissements
autorisés. Les tissus et cellules peuvent également être
prélevés comme déchets opératoires à
l'occasion d'une intervention chirurgicale ou, pour le placenta, d'un
accouchement.
La conservation des tissus et cellules, de même que leur transformation,
leur conservation, leur distribution et leur cession ne peuvent être
réalisés, aux termes de l'article L. 672-10 du code de la
santé publique, que dans des établissements publics de
santé autorisés par l'autorité administrative. Le
même article prévoit que, pour les activités
" requérant une haute technicité ", l'autorisation peut
être accordée à d'autres organismes que des
établissements publics de santé.
Les conditions d'importation et d'exportation des organes, tissus et cellules
ont été précisées par l'article 57 de la loi
n° 94-43 du 18 janvier 1994 et par le décret n° 96-327 du 16
avril 1996.
Enfin, les transplantations d'organes (art. L. 671-16) ne peuvent être
effectuées que dans des établissements de santé
autorisés dans les conditions prévues par la loi
hospitalière. Il doit s'agir de centres hospitaliers et universitaires
déjà autorisés à prélever des organes. Pour
les tissus et cellules, l'article L. 672-13 réserve aux
établissements de santé les greffes de tissus et de cellules.
Aucune autorisation particulière n'est exigée, sauf pour les
activités " requérant une haute technicité ou
nécessitant des dispositions particulières dans
l'intérêt de la santé publique ", qui sont
définies par décret en Conseil d'Etat.
La régulation des activités de greffe fait appel à
l'Etablissement français des greffes, auquel l'article L. 673-8 du code
de la santé publique a confié plusieurs missions.
Il est chargé de l'enregistrement des patients sur la liste nationale
des personnes en attente de greffe, de la gestion de cette liste et de
l'attribution des greffons. Il est également chargé de promouvoir
le don d'organes en participant à l'information du public.
Il prépare divers textes, qui n'entrent en vigueur qu'après
homologation par le ministre chargé de la santé, à savoir
les règles de répartition et d'attribution des greffons et les
bonnes pratiques de prélèvement, de conservation, de transport et
de transformation des produits qui entrent dans son champ de compétence.
Ainsi, a déjà été publié
l'arrêté du 6 novembre 1995 portant homologation des
règles de répartition et d'attribution des greffons
prélevés sur une personne décédée en vue de
transplantations d'organes. Et les règles de bonnes pratiques sont en
voie de publication.
Il donne enfin des avis au ministre chargé de la santé en ce qui
concerne les autorisations prévues par la législation sur les
greffes (prélèvement, conservation, greffe...).
L'Etablissement français des greffes, qui emploie moins d'une centaine
de personnes au niveau central (sans compter les coordonnateurs
régionaux) ne dispose pas d'un service d'inspection spécifique.
Il est donc fait appel aux services déconcentrés de l'Etat,
l'article L. 672-14 du code de la santé publique prévoyant, pour
les tissus et cellules, que les fonctionnaires du ministère de la
santé habilités à cet effet contrôlent le
fonctionnement des établissements et organismes qui assurent la
conservation, la transformation, la distribution, la cession et les greffes et
vérifient qu'ils respectent la réglementation en vigueur et
appliquent les bonnes pratiques.
L'article L. 674-7 du code de la santé publique punit de deux ans
d'emprisonnement et de 200.000 francs d'amende le fait de procéder
à la distribution ou à la cession d'organes, de tissus ou de
cellules du corps humain sans avoir respecté les règles de
sécurité sanitaire prévues par l'article L. 665-15. Pour
le reste, c'est-à-dire toute violation de la législation et de la
réglementation relatives aux prélèvements, à la
conservation et à l'utilisation d'organes, tissus ou cellules, l'article
L. 674-1, ne prévoit que des sanctions administratives.
C. UNE SÉCURITÉ SANITAIRE RENFORCÉE, MAIS UNE RÉFORME INACHEVÉE
Les réformes entreprises en 1993 et 1994 ont
contribué à améliorer la sécurité sanitaire
des produits sanguins et des greffes d'organes, de tissus et de cellules.
Ainsi, pour les produits sanguins, le risque, qu'il soit bactérien ou
viral a grandement diminué, notamment par la mise en place des
dépistages obligatoires. Mais, d'une part, tous les agents
pathogènes ne sont pas connus et, d'autre part, des mesures de
sélection accrue des donneurs peuvent être mises en place avec
profit. La sécurité sanitaire des produits sanguins peut donc
encore être améliorée.
Dans son rapport annuel 1994-1995, le comité de sécurité
transfusionnelle a estimé que la qualité du contrôle
virologique des produits sanguins labiles était très bonne, mais
que demeuraient un risque immunologique et un risque bactérien. C'est
pourquoi il a recommandé d'écarter définitivement du don
toutes les personnes ayant reçu du sang dans leur vie compte tenu, selon
M. Patrick Hervé, " de notre ignorance scientifique sur un certain
nombre d'agents infectieux, tels que ceux de l'hépatite G ou de la
maladie de Creutzfeldt-Jakob ". Le comité a également
préconisé une déleucocytation systématique des
produits sanguins labiles. Les globules blancs peuvent en effet transmettre des
agents infectieux tels que le cytomégalovirus ou le HTLV. Le
secrétaire d'Etat chargé de la sécurité sociale et
de la santé, M. Hervé Gaymard, a indiqué que ces deux
mesures entreraient en application très prochainement.
1. Les décrets d'application de la loi du 29 juillet 1994 ne sont pas encore tous publiés
Deux ans et demi après la promulgation de la loi du 29
juillet 1994, tous ses décrets d'application ne sont pas encore
publiés.
Il en est notamment ainsi, par exemple, en ce qui concerne les conditions
techniques, sanitaires et médicales des prélèvements
d'organes, les procédures d'autorisation pour les établissements
effectuant des prélèvements de tissus, la transformation et la
conservation des prélèvements, la définition des
activités requérant une haute technicité.
2. L'hémovigilance et surtout la biovigilance ne sont pas encore bien rodées
La vigilance constitue une pièce essentielle d'un dispositif de sécurité sanitaire, dans la mesure où elle permet aux autorités sanitaires de réagir rapidement et à bon escient en cas d'effets inattendus ou indésirables résultant de l'administration ou de l'utilisation d'un bien de santé.
a) L'hémovigilance : un dispositif très récent
Pour les produits sanguins, l'article L. 666-12 du code de la
santé publique prévoit qu'" un décret fixe les
règles d'hémovigilance, et notamment la nature des informations
nécessaires à la surveillance des effets de l'utilisation des
produits sanguins labiles que les praticiens sont tenus de fournir ainsi que
les conditions d'exercice de cette surveillance. ".
Ledit article définit même la notion d'hémovigilance, qui
est " l'ensemble des procédures de surveillance organisées
depuis la collecte du sang et de ses composants jusqu'au suivi des receveurs,
en vue de recueillir et d'évaluer les informations sur les effets
inattendus ou indésirables résultant de l'utilisation
thérapeutique des produits labiles et d'en prévenir
l'apparition ".
Le système d'hémovigilance prévu par l'article L. 666-12
du code de la santé publique a été précisé
par le décret n° 94-68 du 24 janvier 1994. Celui-ci prévoit
que l'Agence française du sang en assure la mise en oeuvre. Pour ce
faire, elle est destinataire des informations concernant tout effet inattendu
ou indésirable concernant l'utilisation d'un produit sanguin labile
ainsi que celles qui sont recueillies au cours des phases de
préparation, de conservation et d'utilisation de ces produits. Ledit
décret prévoit que l'Agence transmet au ministère de la
santé les informations de nature épidémiologique qu'elle
recueille dans l'exercice de sa mission d'hémovigilance.
Dans chaque établissement de transfusion sanguine et dans chaque
établissement de santé, un correspondant d'hémovigilance
est chargé d'assurer le recueil et la conservation des informations
ainsi que le signalement de tout effet inattendu ou indésirable. En
outre, est créé au sein de chaque établissement de
santé un comité de sécurité transfusionnelle et
d'hémovigilance qui a pour mission d'améliorer, par ses
études et ses propositions, la sécurité des patients qui y
sont transfusés. Ce comité réunit le directeur de
l'établissement de santé ainsi que celui de
l'établissement de transfusion sanguine, les correspondants
d'hémovigilance des deux établissements et les
représentants des personnels soignants, notamment les principaux
services prescripteurs.
Au niveau régional, un coordonnateur de l'hémovigilance,
placé auprès du directeur régional des affaires sanitaires
et sociales, assure un rôle de coordination et de proposition.
Enfin, un centre national d'hémovigilance, à l'université
de Bordeaux II, est chargé, par convention avec l'Agence
française du sang, d'exploiter les informations recueillies.
Pour assurer l'effectivité du système d'hémovigilance,
l'article R. 666-12-24 du code de la santé publique, issu du
même décret du 24 janvier 1994 institue, pour tous les
médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes ou infirmiers, une
obligation de signalement au correspondant d'hémovigilance de tout effet
inattendu ou indésirable susceptible d'être dû à un
produit sanguin labile.
A la différence de la pharmacovigilance, l'hémovigilance repose
sur un dispositif règlementaire très récent. Le rapport de
notre collègue député Bernard Serrou (" Vigilance
sanitaire : bilan et perspectives ") a montré qu'au milieu de
l'année 1995, l'activité des correspondants
d'hémovigilance était " très variable et leur
activité parfois formelle ", alors que plusieurs régions ne
disposaient pas encore de coordonnateurs régionaux.
La situation s'est améliorée depuis la publication du rapport de
M. Bernard Serrou, mais il est encore trop tôt pour porter un
jugement sur un dispositif aussi récent.
b) La biovigilance : un dispositif à construire
L'article L. 665-15 du code de la santé publique, tel
qu'il est issu de la loi dite bioéthique du 29 juillet 1994,
prévoit qu'" un décret en Conseil d'Etat fixe (...) les
conditions dans lesquelles s'exerce la vigilance concernant les
éléments et produits du corps humain, les produits, autres que
les médicaments, qui en dérivent, ainsi que les dispositifs
médicaux les incorporant, en particulier les informations que sont tenus
de transmettre les utilisateurs ou des tiers. ".
Le décret d'application de cette disposition, qui doit mettre en place
un système de biovigilance, n'est pas encore publié à ce
jour. Cependant, un arrêté du 9 octobre 1995, pris en application
du premier alinéa de l'article L. 665-15, fixe les modalités
de transmission des informations nécessaires au suivi et à la
traçabilité des organes, tissus et cellules utilisés chez
l'homme à des fins thérapeutiques depuis leur
prélèvement jusqu'à leur utilisation.
L'Etablissement français des greffes a déjà
rédigé un document, très détaillé,
préparatoire à la publication du décret sur la
biovigilance (" Sécurité sanitaire, définitions et
champ d'application, approche méthodologique, procédure de
fonctionnement, perspectives d'intégration ").
3. Une réforme inachevée sur le plan des principes : la séparation des contrôleurs et des gestionnaires n'est pas toujours effective
Les réformes entreprises en 1993, pour les produits
sanguins et, à un moindre degré, en 1994 pour les greffes
d'organes, de tissus et de cellules ne sont pas achevées au regard des
principes que votre Commission estime nécessaires de mettre en oeuvre
pour garantir la sécurité sanitaire.
Au nombre de ces principes figure la séparation entre, d'une part,
l'organisation, la production et la gestion et, d'autre part, le contrôle.
C'est cette confusion des genres qui a favorisé la survenue de graves
crises, telles que celle du sang contaminé ou de l'hormone de croissance.
Cet aspect n'a absolument pas été traité par la
réforme de la transfusion sanguine intervenue en 1993.
Ainsi, aux termes de l'article L. 667-5 du code de la santé publique,
l'Agence française du sang est-elle chargée de
" contribuer à la définition et à l'application de
la politique de transfusion sanguine, de coordonner l'activité et la
gestion des établissements de transfusion sanguine et d'assurer des
missions d'intérêt général afin de garantir à
la fois la plus grande sécurité possible et la satisfaction des
besoins en matière de transfusion sanguine et de favoriser l'adaptation
de l'activité transfusionnelle aux évolutions médicales,
scientifiques et technologiques, dans le respect des principes
éthiques. ".
A ce titre, l'Agence est chargée de promouvoir le don du sang, de
préparer les schémas d'organisation de la transfusion sanguine,
de donner au ministre des avis sur les tarifs de cession des produits.
On le voit, la confusion est grande entre les missions de contrôle et
celles de coordination de l'activité des établissements de
transfusion sanguine, c'est-à-dire une mission d'ordre
économique. Comment en effet une institution chargée de
contrôler l'activité des établissements de transfusion
peut-elle en même temps être chargée de coordonner leur
activité ? Comment une institution peut-elle à la fois garantir
la plus grande sécurité possible et la satisfaction des besoins
en matière de transfusion sanguine?
Une telle confusion existe aussi, mais dans une moindre mesure, au sein des
missions de l'Etablissement français des greffes.
Aux termes de l'article L. 673-8 du code de la santé publique, celui-ci
est en effet chargé, outre des missions de sécurité
sanitaire des greffes, de " promouvoir le don d'organes, de moelle, de
cornée ou d'autres tissus en participant à l'information du
public ".
Tant que cette confusion sera entretenue par les textes législatifs
fondateurs eux-mêmes, et quelles que soient la compétence et la
bonne volonté des personnes, la sécurité sanitaire ne
pourra être absolument garantie.
IV. LA RÉGLEMENTATION D'ORIGINE COMMUNAUTAIRE CONCERNANT LES DISPOSITIFS MÉDICAUX N'EST PAS ASSEZ STRICTE
La législation et la réglementation relatives
aux dispositifs médicaux a évolué dans les années
récentes à la suite de la publication de deux directives, la
directive n° 90/385/CEE relative aux dispositifs médicaux
implantables actifs et la directive n°93/42/CEE relative aux autres
dispositifs médicaux.
Les nouvelles dispositions, introduites en droit français par la loi
n° 94-43 du 18 janvier 1994, sont entrées en vigueur le 1er
janvier 1995 pour les dispositifs médicaux implantables actifs.
Elles entreront en vigueur le 14 juin 1998 pour les autres dispositifs
médicaux. Jusqu'à cette date, les fabricants peuvent, soit se
soumettre aux nouvelles dispositions d'origine communautaire, soit rester dans
le cadre de l'ancienne législation.
A. LA LÉGISLATION FRANÇAISE ANTÉRIEURE À L'ENTRÉE EN VIGUEUR DES DIRECTIVES
La législation française, qui date de 1982 et a
été modifiée en 1987, repose sur une procédure dite
d'homologation. Elle ne concerne pas tous les dispositifs médicaux, mais
seulement " les produits et appareils à usage préventif,
diagnostique ou thérapeutique utilisés en médecine humaine
dont l'emploi est susceptible de présenter des dangers pour le patient
ou l'utilisateur, directement ou indirectement, et qui sont inscrits sur une
liste arrêtée par l'autorité administrative ".
De fait, seule une petite fraction des dispositifs médicaux a
été soumise à homologation (environ 70 catégories
de dispositifs). C'est une première faille de la législation
française : tous les dispositifs qui ne figurent pas sur la liste
ministérielle peuvent être mis sur le marché, jusqu'au 14
juin 1998, sans aucune procédure particulière.
De fait, les auditions menées par la mission ont démontré
que la sécurité sanitaire des dispositifs et des
biomatériaux qui les composent n'était pas garantie.
La procédure d'homologation elle-même n'est pas exempte de points
faibles : l'article L. 665-1 du code de la santé publique prévoit
en effet qu'elle est accordée par l'autorité administrative
après avis d'une commission nationale d'homologation dont la composition
n'est pas exclusivement scientifique et qui fait même la part belle aux
représentants des producteurs et des acheteurs.
En outre, compte tenu de l'imminence d'une réglementation communautaire,
compte tenu aussi probablement de la faiblesse des effectifs de la division des
équipements, matériels médicaux et des innovations
technologiques de la direction des hôpitaux à laquelle,
curieusement - le fait que nombre de dispositifs médicaux soient
utilisés dans les hôpitaux ne peut être
considéré comme une bonne explication-, a été
confiée la gestion de ce secteur, la liste des matériels
médicaux soumis à homologation n'a presque pas
évolué depuis le début des années 1990.
Certes, beaucoup de fabricants anticipent sur l'entrée en vigueur de la
législation nouvelle et se mettent en conformité dès
à présent ; mais, juridiquement, rien ne s'oppose à un
" écoulement des stocks " de produits qui ne
présenteraient pourtant pas toutes les garanties de
sécurité.
B. LA NOUVELLE LÉGISLATION D'ORIGINE COMMUNAUTAIRE : DES PROGRÈS, MAIS QUI NE PERMETTENT PAS DE GARANTIR LA SÉCURITÉ SANITAIRE
La nouvelle législation est en progrès par
rapport à l'ancienne ; elle prévoit que tout dispositif
médical ne peut être mis sur le marché, mis en service ni
utilisé dans le cadre d'investigations cliniques s'il n'a reçu,
au préalable, un certificat attestant ses performances ainsi que sa
conformité à des exigences essentielles concernant la
sécurité et la santé des patients, des utilisateurs et des
tiers.
Cette certification de conformité (marquage CE), dont le nom est
identique à celui prévu pour les jouets, par exemple, est
établie par le fabricant lui-même ou par des organismes
désignés par l'autorité administrative : la France a
notifié un seul organisme, le G-Med, mais d'autres pays en ont
notifié plusieurs. Il en existe 56 au total en Europe.
Les dispositifs ayant obtenu le marquage CE dans un des pays de la
Communauté circulent librement en Europe.
Les dispositifs médicaux ont été classés en quatre
catégories en fonction de leur dangerosité. Les obligations
pesant sur les fabricants diffèrent selon leur appartenance à
telle ou telle catégorie.
Ainsi, pour les dispositifs de classe I, considérés comme non
dangereux, il n'y a pas d'intervention de l'organisme notifié. Le
fabricant est seulement tenu d'effectuer une déclaration de
conformité auprès d,e la Direction des Hôpitaux.
En revanche, pour les dispositifs des classes IIA, IIB et III, l'intervention
de l'organisme notifié est obligatoire.
La procédure du marquage CE, qui présente de meilleures
garanties que l'ancienne législation française, ne saurait
être considérée comme suffisante pour garantir la
sécurité sanitaire.
1. Les fabricants ne sont pas soumis à une procédure d'autorisation
A la différence de ce qui est exigé pour les
établissements pharmaceutiques, il n'existe pas de procédure
d'autorisation des fabricants ou des importateurs. Toute entreprise peut,
en Europe, fabriquer des dispositifs médicaux.
La distribution, elle non plus, n'est pas encadrée, à
l'exception de certains secteurs pour lesquels il existe des professions
réglementées (optique, audioprothésistes).
Et les services déconcentrés du ministère de la
santé ne disposent pas de l'habilitation juridique pour accéder
aux locaux des fabricants, des importateurs et des distributeurs. Seuls les
services de la répression des fraudes disposent d'une telle habilitation.
2. Les exigences requises pour l'attribution du marquage CE dans les différents pays européens risquent d'être hétérogènes
Les organismes notifiés, en Europe, ne semblent pas
d'une qualité homogène. Or, pour avoir accès au
marché, les fabricants peuvent s'adresser à n'importe quel
organisme notifié en Europe.
L'hétérogénéité de ces organismes fait
reposer la sécurité sanitaire sur les services d'inspection
français, postérieurement à la mise sur le marché,
ce qui n'est pas satisfaisant.
3. Le marquage CE n'exige pas véritablement une évaluation du rapport bénéfice/risque
Le marquage CE n'apporte pas les garanties suffisantes en
matière de sécurité sanitaire. En effet, il
s'apparente plutôt à la reconnaissance de l'existence d'une
assurance qualité qu'à celle de la sécurité d'un
bien de santé : on ne peut conclure de l'examen des procédures
qu'il y a évaluation du rapport bénéfice/risque du
dispositif.
Ainsi, l'annexe I du décret du 16 mars 1995 prévoit que
" les dispositifs doivent être conçus et fabriqués de
telle manière que leur utilisation ne compromette pas l'état
clinique et la sécurité des patients ni la sécurité
et la santé des utilisateurs lorsqu'ils sont utilisés dans les
conditions et aux fins prévues. Les risques éventuels liés
à leur utilisation doivent constituer des risques acceptables au regard
du bienfait apporté au patient et compatibles avec un niveau
élevé de protection de la santé et de la
sécurité. " Elle dispose également que " les
dispositifs doivent atteindre les performances qui leur sont assignées
par le fabricant ".
Quant à l'annexe X, elle prévoit qu'" en règle
générale ", la confirmation du respect de ces exigences
ainsi que l'évaluation des effets secondaires indésirables
doivent être fondées sur des données cliniques.
L'examen de ces conditions n'est pas assimilable à une évaluation
du rapport bénéfices/risque, telle qu'elle existe pour le
médicament.
En effet, en ce qui concerne le numérateur (bénéfice), il
devrait être apprécié par rapport à une indication
donnée, scientifiquement validée. En outre, la
" performance " d'un dispositif n'est pas synonyme de
" bénéfice " pour le patient.
En ce qui concerne le dénominateur (risque), il devrait être
évalué en considérant le nombre d'incidents au regard du
nombre total de patients ayant utilisé le dispositif, donnée dont
l'organisme certificateur ne dispose pas. Enfin, l'annexe XI relative aux
critères minimaux pour la désignation des organismes
habilités n'exige ni la présence d'un médecin, ni celle
d'un pharmacien, présence qui serait utile pour apprécier les
indications et les risques.
4. Le système de matério-vigilance est très récent et imparfait.
Le système de matério-vigilance a
été mis en place par un décret du 15 janvier 1996 ; il est
donc trop récent pour pouvoir porter un jugement sur son fonctionnement.
Néanmoins, l'on relève que, si les incidents ou risques
d'incidents ayant entraîné ou susceptibles d'entraîner la
mort ou la dégradation grave de l'état de santé d'un
patient, d'un utilisateur ou d'un tiers doivent être obligatoirement
signalés, d'autres événements ne font l'objet que d'une
déclaration facultative. Il en est ainsi des réactions
nocives et non voulues se produisant lors de l'utilisation d'un dispositif
conformément à sa destination, mais aussi de tout
dysfonctionnement ou toute altération des caractéristiques ou des
performances d'un dispositif ou de toute indication erronée, omission ou
insuffisance dans la notice d'instruction, le mode d'emploi ou le manuel de
maintenance.
V. UNE RÉGLEMENTATION OU DES CONTRÔLES INSUFFISANTS POUR DE NOMBREUX AUTRES BIENS DE SANTÉ OU PRODUITS FRONTIÈRES
Votre commission a souhaité recenser des produits dont
la sécurité sanitaire n'est pas garantie en l'état de la
réglementation et des contrôles. Cette liste, établie
grâce au concours de l'Académie de pharmacie, de l'Académie
de médecine, de l'Etablissement français des greffes et de
l'Institut national de la consommation, ne saurait prétendre à
l'exhaustivité.
Elle vise à sensibiliser les pouvoirs publics sur l'urgence de certaines
modifications de la réglementation.
1. Substances et préparations utilisées en assistance médicale à la procréation, milieux de culture
Les Académies nationales de médecine et de
pharmacie ont récemment (le 3 décembre 1996) émis un voeu
concernant les substances et préparations utilisées dans le cadre
de l'assistance médicale à la procréation.
Ces produits, nous disent les Académies, " sont
délivrés actuellement en tant que réactifs de laboratoire
et ne sont soumis qu'à la seule réglementation correspondante,
alors qu'ils interviennent plus ou moins directement dans le processus de la
FIV. Au cours des manipulations, certains sont au contact de gamètes ;
d'autres, en particulier les milieux de culture, sont au contact des embryons ;
enfin, quelques-uns sont même injectés dans l'ovocyte avec le
spermatozoïde lors des fécondations par micro-injection et se
trouvent donc présents dans les toutes premières cellules
embryonnaires. Les conséquences paradoxales et graves de la situation
actuelle trouvent leur illustration dans le fait que des produits d'origine
bovine entrent dans la composition de milieux de culture des embryons alors
qu'ils ont été éliminés de tous les
médicaments et produits cosmétiques. "
Les Académies insistent sur l'urgence de l'élaboration d'un cadre
réglementaire, d'une vigilance et d'un système de
traçabilité pour ces produits.
Votre Commission estime nécessaire de s'intéresser à tous
les milieux de culture ; si elle a entrepris un premier travail
législatif en proposant les dispositions de la loi de mai 1996 qui
réglementent les thérapies génique et cellulaire et
donnent un statut aux " médicaments réactifs ", elle
considère qu'un travail de recensement et de réglementation doit
être rapidement entrepris au sujet de l'ensemble des milieux de culture.
2. Plantes médicinales ou à prétention thérapeutique
Il n'existe pas d'autorisation de mise sur le marché
pour les plantes. La vente des plantes inscrites à la pharmacopée
est soumise au monopole pharmaceutique, sauf dérogation fixée par
décret pour toute une liste de plantes.
Le ministre de la santé ne dispose pas d'un pouvoir autonome de police
sanitaire à l'égard de ces plantes ; en cas de danger grave ou
immédiat, des arrêtés interministériels de
suspension de mise sur le marché peuvent être pris sur la base du
code de la consommation.
3. Produits diététiques destinés à l'alimentation de patients atteints de maladies métaboliques, en particulier les mélanges d'acides aminés et les émulsions lipidiques
Les textes généraux relatifs aux denrées
alimentaires sont applicables à ces produits. En outre, les aliments
diététiques à des fins médicales spéciales
constituent une sous-catégorie des aliments destinés à une
alimentation particulière définis par le décret n°
91-827 du 29 août 1991.
Ce décret précise que les exigences essentielles quant à
la nature, la composition, la qualité des matières
premières utilisées, l'hygiène, les substances d'addition,
l'étiquetage et la publicité relatifs à ces produits sont
fixés par arrêtés conjoints des ministres chargés de
la consommation, de l'agriculture et de la santé, après avis du
conseil supérieur d'hygiène publique de France.
Les exigences essentielles concernant les aliments diététiques
destinés à des fins médicales spéciales n'ont
toutefois pas été fixées, dans l'attente d'une directive
européenne spécifique à ces produits. Ceux-ci peuvent
être mis librement sur le marché, les fabricants et les
importateurs étant exonérés de la déclaration au
préfet prévue par l'article 8 du décret
n° 91-827 du 29 août 1991.
Dans son rapport sur la nutrition clinique, le Professeur Lerebours
préconise, dans l'attente de dispositions communautaires, la mise en
place d'une réglementation nationale concernant ces aliments.
4. Compléments nutritionnels
Il n'existe pas de cadre réglementaire pour les
compléments nutritionnels ; ce sont les textes généraux
relatifs aux denrées alimentaires ou, dans certains cas, ceux relatifs
aux produits destinés à une alimentation particulière qui
s'appliquent.
Or, l'Académie de pharmacie dénonce l'usage prolongé, sans
surveillance, à des doses très supérieures aux doses
journalières admissibles, d'oligo-éléments (fluor,
sélénium...), de vitamines liposolubles et même
hydrosolubles telles que la vitamine B6. Elle dénonce aussi la promotion
frauduleuse d'une neurohormone (mélatonine) prétendue efficace
comme complément nutritionnel.
5. Lentilles de contact colorées
La mission d'information a été alertée par l'Institut National de la Consommation sur la nécessité d'instituer un contrôle et une vigilance sur les lentilles colorées, qui n'entrent pas dans la catégorie des dispositifs médicaux, alors, qu'elles présentent des risques analogues à ceux des lentilles correctrices. L'Institut National de la Consommation rapporte les informations transmises par des représentants du syndicat des médecins ophtalmologistes au groupe de travail " optique médicale " du Conseil National de la Consommation, selon lesquelles il y aurait un nombre d'accidents significatif et non répertorié en l'absence de vigilance concernant ces produits.
6. Cosmétologie
Selon l'Académie de pharmacie, il serait
nécessaire d'améliorer la sécurité sanitaire de
certains produits cosmétiques tels que les produits solaires.
En outre, la cosmétovigilance pourrait être
développée. Depuis un an, un réseau de
dermato-allergologie a été mis en place, mais il serait opportun
de généraliser cette initiative.
7. Xénogreffes
En dehors des dispositions relatives aux thérapies
génique et cellulaire de la loi du 29 mai 1996 qui englobent dans leur
champ les thérapies réalisées à partir de cellules
animales, il n'existe aucune législation ou réglementation
concernant les xénogreffes d'organes ou de cellules. La loi dite
bioéthique du 29 juillet 1994 ne traite en effet que des organes ou
cellules d'origine humaine.
L'Etablissement Français des greffes dénonce cette carence,
l'utilisation d'un organe, d'un tissu ou de cellules animales se pratiquant
sous diverses formes :
" - un certain nombre de dispositifs médicaux au sens de
l'article R 665-4 du code de la santé publique comportent du tissu
ou des cellules d'origine animale qui ont été rendus non viables
; ils bénéficient d'un encadrement réglementaire national
et européen sans pour autant que tous les problèmes aient
été résolus car le caractère " non
viable " du produit n'implique en aucun cas la suppression du risque
potentiel ;
" - la xénotransplantation est l'implantation d'un organe, d'un
tissu ou de cellules d'origine animale ; sa définition scientifique est
claire, tout au moins pour les organes, mais aucun texte ne réglemente
actuellement ni les produits utilisés, ni l'activité qui en
découle, ni n'attribue spécifiquement la compétence en ce
domaine à une structure d'Etat ou à un établissement
public national ;
" - la dérivation de sang humain vers un organe
prélevé chez l'animal (foie de porc par exemple) ou vers un
dispositif comportant des cellules animales vivantes (foie bioartificiel avec
culture d'hépatocytes porcins par exemple) n'a reçu à ce
jour aucune définition et n'appartient à aucune classification
car il ne s'agit, ni d'une greffe, ni d'une thérapie cellulaire (ce
point pourrait être discuté), ni de l'usage d'un dispositif
médical. "
Ces différents procédés constituent, selon le Pr Didier
Houssin, " un domaine de recherche scientifique et industriel très
actif, en décalage évident avec la réglementation existant
en ce domaine. "
VI. LES CONDITIONS DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES PRODUITS ALIMENTAIRES NE SONT PAS RÉUNIES
La crise de l'ESB a révélé le
caractère imparfait des procédures tendant à garantir la
sécurité sanitaire des produits alimentaires, tant en France
qu'au niveau communautaire.
Le présent rapport n'a pas pour ambition de se substituer aux
excellents rapports rédigés sur le sujet, notamment celui qui
vient d'être présenté par notre collègue
député Jean-François Mattéi (" De la
" vache folle " à la " vache
émissaire " ") et qui présentent un panorama complet de
la réglementation applicable aux produits alimentaires. Il vise
seulement, par référence à quelques exigences de la
sécurité sanitaire, à démontrer que les conditions
de la sécurité sanitaire des produits alimentaires ne sont pas
aujourd'hui satisfaites.
Ainsi, les travaux menés par la mission ont permis de constater que deux
conditions principales de la sécurité sanitaire des produits
alimentaires n'étaient pas réunies : la connaissance des risques
liés à l'alimentation est très insuffisante pour fonder
une réglementation adéquate, et les autorités
chargées du contrôle ne disposent pas d'une indépendance
suffisante par rapport aux intérêts des producteurs ; leur
approche est essentiellement tournée vers la santé animale, ce
qui ne suffit pas à garantir la santé de l'homme...
A. LA CONNAISSANCE DES RISQUES LIÉS À L'ALIMENTATION EST TRÈS IMPARFAITE
Les produits d'origine animale et végétale
peuvent présenter des risques pour la santé humaine. Pour les
produits d'origine animale, ces risques sont microbiologiques, toxiques
(additifs...) ou pharmacologiques (médicaments...). En ce qui concerne
les produits d'origine végétale, les risques sont surtout
toxiques, qu'ils soient liés aux pesticides ou aux additifs ou qu'ils
résultent de toxines propres aux végétaux.
En fait, on connaît très imparfaitement le nombre total de
décès et de maladies ayant pour cause une infection alimentaire :
ce manque de connaissance constitue un obstacle majeur à
l'édiction de mesures propres à les prévenir.
En ce qui concerne les décès, les statistiques sont tenues par
l'INSERM de manière systématique.
On estime ainsi, pour 1994, le nombre de décès correspondant aux
infections d'origine essentiellement alimentaire du chapitre
" maladies
infectieuses et parasitaires " (rubriques 001 à 139 de la
9ème édition de la classification internationale des maladies) :
choléra : 0
typhoïde et paratyphoïde : 2
autres salmonelloses : 63
shigellose : 0
autres toxi-infections alimentaires : 53
infections intestinales dues à d'autres micro-organismes : 19
infections intestinales mal définies : 447
brucellose : 0
autres zoonoses bactériennes : 25
(dont listériose : 20)
Nombre total de décès par infections alimentaires à
souche connue : 160
Nombre total de décès par infections intestinales : 607
Ces chiffres appellent cependant trois observations.
D'une part, ils ne sont connus qu'avec un retard de deux ans, ce qui est trop
long pour pouvoir prendre des mesures immédiates.
D'autre part, ce sont des chiffres " planchers ". Une part
importante
de la mortalité est en effet classée comme
" inexpliquée ", et la déclaration de
décès mentionnera toujours l'affection principale du malade : un
malade du Sida décédé d'une infection alimentaire sera
considéré comme étant mort du Sida.
Enfin, si des maladies peuvent être clairement attribuées à
un produit bien identifié, d'autres ont très probablement une
origine alimentaire sans qu'un aliment particulier en soit à lui seul la
cause. Il en est ainsi notamment de certains cancers qui, bien entendu, ne sont
pas répertoriés comme des maladies d'origine alimentaire alors
qu'ils peuvent résulter directement des cancérogènes
alimentaires. Une comptabilisation de ces cancers conduirait à des
chiffres de mortalité beaucoup plus importants.
En ce qui concerne la morbidité, la sous-estimation est encore
plus manifeste. Le nombre de personnes atteintes ne peut être
inférieur à 66.000, et on peut multiplier ce chiffre par un
facteur important si l'on veut approcher de la réalité. En
effet, les méthodes de surveillance actuelle ne comptabilisent qu'une
fraction seulement des infections alimentaires.
Alors que la mortalité est répertoriée de manière
centralisée et automatique, la morbidité n'est pas connue de
façon complète et périodique, et les informations
correspondantes sont recueillies par différents organismes.
Les sources du Réseau national de santé publique sont ainsi les
suivantes :
1. les déclaration obligatoires des toxi-infections alimentaires
collectives (mais seuls sont répertoriés les épisodes
épidémiques : les infections alimentaires isolées ne sont
pas répertoriées, alors qu'elles constituent probablement la
majorité des toxi-infections) ;
2. la surveillance - pour une bactérie donnée -
effectuée par le centre national de référence (le
centre national de référence recense les souches
bactériennes, correspondant chacune à un malade, qui lui sont
envoyées par une fraction seulement des laboratoires d'analyses
médicales (entre 30 % et 80 % des cas selon les CNR). Il faut
donc que le malade ait consulté un médecin pour ses
problèmes digestifs, ce qui n'est pas toujours le cas, loin s'en faut,
et que le médecin lui ait prescrit une analyse, qui n'est prescrite que
dans 5 à 10 % des épisodes diarrhéiques) ;
3. les investigations d'épidémies " communautaires "
(mais ces investigations sont partielles et fortuites) ;
4. divers réseaux de surveillance hospitaliers ou libéraux
(mêmes lacunes que pour le point 2, et risque de recroisement des
données avec d'autres sources).
Enfin, dernière limite à l'exhaustivité des statistiques,
le Réseau national de santé publique ne suit pas toutes les
catégories d'infections alimentaires. Sont seulement
comptabilisées les salmonelloses, les listérioses et les autres
toxi-infections alimentaires bactériennes, notamment le botulisme.
B. LES PROCÉDURES APPLICABLES À L'ALIMENTATION NE SONT PAS SATISFAISANTES AU REGARD DES PRINCIPES QUI DOIVENT GUIDER TOUTE POLITIQUE DE SÉCURITÉ SANITAIRE
Au regard des principes qui doivent guider toute politique de sécurité, les procédures applicables à l'alimentation ne sont pas aujourd'hui satisfaisantes. D'une part, en effet, elles ne sont pas nécessairement orientées vers la protection de la santé de l'homme. D'autre part, elles ne mettent pas toujours en oeuvre le principe de précaution. Enfin, les services chargés de la réglementation et du contrôle ne disposent pas d'une indépendance fonctionnelle suffisante.
1. La réglementation applicable aux produits alimentaires n'est pas nécessairement orientée vers la protection de la santé de l'homme
La réglementation applicable aux produits alimentaires
n'est pas suffisamment orientée vers la protection de la santé de
l'homme.
La lecture du code rural est, à cet égard, édifiante.
Ainsi, le livre II du titre III du code rural rassemble les mesures à
prendre en cas de " maladies des animaux ".
L'article 214 dudit code indique à cet égard que, " suivant
les modalités prévues par un arrêté conjoint du
ministre chargé de l'agriculture et du ministre chargé de
l'économie et des finances, le ministre chargé de l'agriculture
peut prendre toutes mesures destinées à prévenir
l'apparition, à enrayer le développement et à poursuivre
l'extinction des maladies des animaux réputées contagieuses... La
Commission nationale vétérinaire, à laquelle le ministre
chargé de l'agriculture communique tous renseignements relatifs aux
épizooties, donne son avis sur le choix des maladies pouvant faire
l'objet de mesures réglementaires et sur les mesures que peut exiger une
maladie. " Cet article, qui se termine par les conditions dans
lesquelles
le ministre chargé de l'agriculture peut accorder des subventions aux
exploitants en vue du diagnostic, du traitement des maladies des animaux, de
l'élimination des animaux malades, ne concerne que les maladies
contagieuses pour les animaux.
Or, si les maladies contagieuses pour l'animal doivent être
éradiquées, elles ne peuvent pas être assimilées aux
maladies transmissibles à l'homme. Ce n'est pas le risque encouru par
l'animal qui devrait seul être pris en compte, mais celui que prend
l'homme en consommant un produit d'origine animale.
En outre, la réglementation ne prévoit pas de conditionner les
autorisations de produits ou de procédés à
l'évaluation du rapport bénéfices/risques pour la
santé humaine.
2. Le principe de précaution n'est pas toujours appliqué
L'exemple de l'utilisation de l'avoparcine comme additif
montre que le principe de précaution n'est pas toujours appliqué.
L'avoparcine est un antibiotique utilisé depuis une vingtaine
d'années dans l'alimentation animale, non pour soigner les animaux mais
comme facteur de croissance.
Or, depuis 1986, divers indices ont laissé penser que l'emploi de cet
antibiotique comme additif pourrait avoir sélectionné des souches
résistantes à la vancomycine, utilisée en médecine
humaine dans le traitement d'infections à staphylocoques.
Le ministère de la santé français a donc demandé
que l'avoparcine soit retiré de la liste des additifs autorisés
dans la Communauté européenne. Mais la Commission
interministérielle et interprofessionnelle de l'alimentation animale
(qui, sur un total de 47 membres, comprend 8 représentants de la
santé et 7 des professions concernées) a émis un avis
favorable au maintien de l'avoparcine sur cette liste, au motif que les preuves
du transfert d'une souche résistante de l'animal à l'homme
n'étaient pas complètement établies.
L'application du principe de précaution aurait dû conduire la
commission à formuler un avis contraire : en effet, la charge de la
preuve de l'absence de nocivité appartient aux fabricants d'avoparcine,
et non le contraire. C'est ce qui a conduit le rapporteur du Conseil
supérieur d'hygiène publique de France à déclarer
que : " parce que le principe de précaution devrait guider notre
action, il semble que les antibiotiques qui présentent une
résistance croisée avec ceux utilisés en médecine
humaine ne devraient pas être autorisés dans l'alimentation
animale ".
3. L'indépendance des contrôles est insuffisante
La sécurité d'un produit dépend à
bien des égards de la compétence et de l'indépendance des
contrôleurs.
Or, si la compétence des vétérinaires inspecteurs du
ministère de l'agriculture n'est pas en cause, bien au contraire, leur
rattachement à une administration qui est, par ailleurs, chargée
de la santé économique du secteur agricole constitue un obstacle
fonctionnel à la conduite d'une politique de sécurité
sanitaire des produits alimentaires.
Les vétérinaires eux-mêmes ne sont pas satisfaits du
système, et nombreux sont ceux qui appellent à une
séparation des missions au sein de l'Etat.
Ainsi, dans le journal " le Quotidien du médecin " du 18
juin
dernier, le président du conseil supérieur de l'Ordre des
vétérinaires, le Pr Michel Lapras, demandait de nouveaux moyens
de contrôle de la chaîne alimentaire et se prononçait en
faveur de la création d'une agence de l'alimentation. La journaliste
Liliane Laplaine indiquait que " les vétérinaires subissent
trop de pressions, trop de facteurs non sanitaires sont pris en compte, de
nature économique ou politique. Par exemple, il est important de
" ne pas faire bouger les campagnes ", ne pas bousculer les
groupements d'éleveurs, alors que, peu à peu, ils marginalisent,
évincent les vétérinaires pour les remplacer par leurs
salariés pour des tâches qui ne sont pas de leur ressort ".
VII. LA VEILLE SANITAIRE, DOTÉE DE MOYENS INSUFFISANTS, N'EST PAS ASSEZ COORDONNÉE NI PERFORMANTE
La conduite d'une politique de santé repose sur
l'existence d'un réseau de veille sanitaire organisé et
performant.
En effet, les systèmes de vigilance, qui concernent tous les produits
réglementés, ne suffisent pas. S'ils participent à la
surveillance des effets indésirables liés à
l'administration ou à l'absorption de ces produits, et permettent
à l'autorité administrative de réagir en modifiant, le cas
échéant, la réglementation relative à ces produits,
ils ne contribuent pas à la détection de tout
événement imprévu affectant la santé de la
population, quelle qu'en soit l'origine.
C'est pourquoi il est indispensable que les pouvoirs publics mettent en place
des structures qui assurent la détection de tout événement
imprévu, anormal, avant qu'il soit complètement apparu ou
dès son apparition.
Il est également indispensable d'assurer le tri et l'exploitation des
informations relatives à ces événements et d'alerter les
pouvoirs publics en temps utile afin d'empêcher que ces
événements se reproduisent ailleurs ou plus tard.
Trop longtemps, la France a négligé cette fonction de veille
sanitaire pourtant indispensable à la conduite d'une politique de
santé.
Un progrès sensible a été réalisé avec la
création, en 1992, du Réseau national de santé publique
(RNSP). Mais celui-ci, malgré l'augmentation de 50% de sa dotation
budgétaire pour 1997, dispose de peu de moyens et il prend sa place
parmi une multitude d'organismes susceptibles d'accomplir une mission de veille
sanitaire, organismes qui ne sont pas suffisamment coordonnés et qui ne
participent pas véritablement à des procédures d'alerte
organisées.
A. LA CRÉATION DU RÉSEAU NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE : UN PROGRÈS INSUFFISANT
Le Réseau national de santé publique a
été créé en 1992 sous la forme d'un groupement
d'intérêt public constitué entre l'Etat, l'INSERM et
l'Ecole nationale de santé publique pour renforcer le dispositif
d'épidémiologie d'intervention en France. Ses missions
principales consistent en la surveillance épidémiologique,
l'évaluation des risques en matière de maladies infectieuses et
de maladies d'origine environnementale.
Sa fonction de surveillance l'a amené à s'intéresser
à la tuberculose, à la coqueluche, à l'hépatite C,
au Sida, mais aussi au saturnisme, à la toxoplasmose, aux maladies
à déclaration obligatoire, à la rougeole, aux MST et
à la pollution atmosphérique.
A ce titre, il gère des systèmes d'information sanitaire et anime
des réseaux de professionnels de santé. Ainsi, 500
médecins généralistes bénévoles
(" réseaux sentinelles ") collaborent avec le Centre de
coordination du Réseau national de santé publique. Ces
médecins, répartis sur l'ensemble du territoire national,
procèdent à une déclaration télématique
hebdomadaire afin de déclarer le nombre de cas constatés pour
certaines maladies (grippe, varicelle, oreillons, hépatite...).
Le Réseau national de santé publique est structuré en
trois unités, l'unité des maladies infectieuses, l'unité
santé-environnement et l'unité des systèmes d'information
et de la communication.
Ses activités sont réalisées, soit en interne grâce
aux personnels du réseau, soit par des organismes extérieurs
particulièrement compétents dans le domaine faisant l'objet de
l'investigation et avec lesquels le Réseau national de santé
publique passe des conventions.
Les résultats des enquêtes menées par le Réseau
national de santé publique font, selon les cas, l'objet d'une
transmission à l'administration de la santé. La convention liant
le Réseau national de santé publique et la Direction
générale de la santé prévoit en effet que le
Réseau national de santé publique informe l'administration des
résultats de la gestion des données des maladies à
déclaration obligatoire. Les résultats de ces enquêtes
peuvent également être publiés dans le Bulletin
épidémiologique hebdomadaire, diffusé par le
ministère de la santé.
Les moyens dont dispose le Réseau national de santé publique
depuis sa création sont en constante augmentation : ses effectifs sont
passés de quatre ou cinq personnes en 1993 à trente cinq
personnes environ aujourd'hui.
Même si les dimensions des Etats-Unis et de la France ne sont pas
comparables, il convient de comparer ces trente-cinq personnes avec les quelque
10.000 employés des Centers for Disease Control and prevention qui
constituent le modèle ayant inspiré la création du
Réseau national de santé publique. Il faut aussi comparer les
quelque 52 millions de francs dont dispose le Réseau national de
santé publique et les 2 milliards de dollars qui constituent le budget
annuel du CDC.
De même, les missions du Réseau national de santé publique,
essentiellement orientées vers la surveillance des maladies
infectieuses, ne peuvent traduire l'ambition d'un véritable
réseau de veille sanitaire destiné à détecter tout
événement concernant la santé de la population, quelle
qu'en soit l'origine.
B. UNE MULTIPLICITÉ D'ORGANISMES ASSUME, DIRECTEMENT OU NON, DES MISSIONS DE VEILLE SANITAIRE : MAIS ILS TRAVAILLENT ISOLÉMENT, SANS PROCÉDURE DE COORDINATION OU D'ALERTE ORGANISEE
Au cours de leurs travaux, les membres de la mission ont pris
la mesure de la multiplicité d'organismes susceptibles, à un
titre ou un autre, directement ou non, d'assumer des missions de veille
sanitaire. Elle a tenté un recensement, tout en étant consciente
du caractère nécessairement incomplet d'une telle
opération. Les ministres chargés de la santé, de
l'économie et des finances, de l'environnement, de l'industrie et de
l'agriculture ont été sollicités par la mission afin de
recenser ceux de ces organismes qui leur sont rattachés.
Ces organismes sont de statuts divers, et ils sont rattachés à
des ministères différents. L'audition de responsables de beaucoup
d'entre eux a donné aux membres de la mission le sentiment que chacun
faisait un bon travail, disposait de personnels compétents et oeuvrait
dans l'intérêt commun. Mais ces auditions ont également
montré l'extrême cloisonnement entre la plupart des organismes,
dont chacun ignore l'activité des autres. Elles ont également
montré leur isolement et la faiblesse des procédures d'alerte.
Outre la Direction générale de la santé, ont
été relevés parmi les organismes situés dans
l'orbite du ministère de la santé, les observatoires
régionaux de la santé, les centres de référence
contre les maladies transmissibles ou l'Office de protection contre les
rayonnements ionisants, qui conseille les pouvoirs publics sur les mesures
à prendre en cas d'accident ou d'incident dû à des
rayonnements ionisants et assure à cet effet une veille permanente. Cet
organisme a mis en place un réseau de prélèvements sur
l'ensemble du territoire et un réseau de surveillance du rayonnement
ambiant (TELERAY).
Participent aussi à la veille, la commission de toxicovigilance et le
réseau national de toxicovigilance, ainsi que le Haut comité de
la santé publique, qui a pour mission de développer l'observation
de la santé de la population et le Comité supérieur
d'hygiène publique de France, qui a notamment pour mission d'exercer des
missions d'expertise en matière de prévision, d'évaluation
et de gestion des risques pour la santé de l'homme. L'on peut
également citer la commission nationale de médecine et de
biologie de la reproduction et du diagnostic prénatal, qui remet chaque
année au ministre un rapport portant sur l'évolution de la
médecine et de la biologie dans ces deux secteurs.
La veille sanitaire est également une préoccupation de l'INSERM
qui mène des recherches en santé publique. Ainsi, son directeur
général, le Pr Claude Griscelli, a récemment
déclaré : " jusqu'à présent, les instances
d'évaluation scientifiques intervenaient déjà en
établissant à chaque début de mandat quadriennal un
rapport de conjoncture et de prospective fort apprécié, mais il
peut se passer beaucoup de choses en quatre ans ! J'ai donc souhaité que
ces instances repèrent au fur et à mesure de l'évaluation
scientifique des équipes et des hommes, les éléments
nouveaux pour pouvoir diffuser des informations utiles à la
veille. " Les recherches menées par le CNRS peuvent aussi
être utilisées dans la veille sanitaire.
Le ministère de l'environnement dispose également d'organismes
impliqués dans la veille sanitaire : il en est ainsi de l'Institut
national de l'environnement industriel et des risques (INERIS), de l'Institut
de la protection et de la sûreté nucléaire et de l'Agence
de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie.
Du côté du ministère de l'Economie et des Finances, la
Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la
répression des fraudes (DGCCRF) assure la surveillance des produits dans
le cadre de sa mission générale de protection de la
sécurité des consommateurs. La DGCCRF participe en outre à
plusieurs organismes consultatifs, tels que la Commission de Technologie
Alimentaire, chargée d'évaluer les pratiques et
procédés dans la fabrication et la conservation des
denrées alimentaires, la Commission interministérielle
d'étude des produits destinés à une alimentation
particulière, qui donne son avis pour les questions relatives à
la réglementation des produits diététiques et son
application, ou la Commission interministérielle et interprofessionnelle
de l'alimentation animale, qui examine les dossiers d'autorisation des additifs
et leurs conséquences pour les consommateurs.
La Commission de la sécurité des consommateurs est un organisme
indépendant, mais auprès duquel le DGCCRF exerce la fonction de
commissaire du Gouvernement. Malgré des compétences très
larges, cet organisme, dont la qualité des travaux est reconnue, se
focalise de plus en plus sur les accidents domestiques.
En matière agricole et alimentaire, il convient de citer l'INRA, le
CNEVA, la commission de technologie alimentaire, la commission nationale des
labels et des certifications de produits agricoles et alimentaires, la
commission nationale de l'alimentation, la commission d'étude de la
toxicité des produits antiparasitaires à usage agricole et
assimilés, des matières fertilisantes et supports de culture ou
le Conseil National de la Consommation.
L'Observatoire des Consommations Alimentaires, institué par un
arrêté du 8 juin 1990, a pour mission d'améliorer la
connaissance de la structure de la consommation alimentaire, de façon
à fournir aux pouvoirs publics les éléments d'information
leur permettant d'apprécier les risques que peuvent comporter les
consommations alimentaires pour la santé de l'homme.
Les organismes sociaux ont aussi mis en place des organismes qui oeuvrent en
faveur de la veille sanitaire : il en est ainsi de l'IRNS, à Nancy, en
matière de sécurité du milieu de travail.
Enfin, se fondant sur les dispositions du Traité de Maastricht, une
série de programmes concernant la santé publique a
été mise en oeuvre au niveau européen. Trois programmes
ont déjà été adoptés par le Parlement et le
Conseil : il s'agit du programme général d'information,
d'éducation et de formation à la santé, du programme de
prévention contre le Sida et du plan d'action contre le cancer. Le 18
juin 1996 a en outre été adoptée une position commune en
vue de l'adoption de la décision du Parlement et du Conseil adoptant un
programme d'action communautaire en matière de surveillance de la
santé publique.
La multiplicité des organismes de veille sanitaire ne constitue pas, en
soi, un obstacle à la conduite d'une veille sanitaire performante. On
pourrait même prétendre le contraire, à condition que ces
organismes couvrent l'ensemble du champ de la santé de la population,
que leur action soit coordonnée et qu'ils participent à un
système d'alerte efficace : ce n'est pas le cas aujourd'hui.
DEUXIÈME PARTIE
LES PROPOSITIONS : UN CAHIER
DES CHARGES ET UNE NOUVELLE ORGANISATION ADMINISTRATIVE
I. LES LEÇONS DU BILAN RÉALISÉ PAR VOTRE COMMISSION
Le bilan dressé dans la première partie du présent rapport montre que, malgré les progrès accomplis, la sécurité sanitaire des biens de santé et des produits alimentaires n'est pas suffisamment ni uniformément garantie.
1. Une sécurité sanitaire non uniforme et des institutions de contrôle trop cloisonnées
Le bilan réalisé en première partie a
montré que, si la sécurité du médicament semble
bien assurée, celle de nombreux biens de santé est très
insuffisante (dispositifs, milieux de culture...) et celle du sang et, à
un moindre degré, des greffes peut être menacée en raison
même de l'organisation du contrôle sanitaire.
Parallèlement, les institutions créées pour garantir la
sécurité sanitaire de chaque catégorie de produits sont
trop cloisonnées, malgré la bonne volonté exprimée
par leurs dirigeants.
Un tel éclatement se retrouve au niveau des systèmes de
vigilance, établis et fonctionnant séparément, ainsi
qu'à celui des inspections : coexistent en effet des inspections
spécialisées (Agence du médicament, Agence
française du sang) et des inspections
" généralistes " de la santé ou de la pharmacie,
ce qui pose un problème de coordination.
2. Les missions de certaines institutions de contrôle sont très ambiguës
Si les réformes entreprises depuis le début des
années 1990 ont tendu à instituer des autorités de
contrôles indépendantes, expertes et spécialisées,
les missions de certaines d'entre elles sont très ambiguës. Il en
est ainsi de celles de l'Agence française du sang, à la fois
chargée de garantir la sécurité sanitaire et de coordonner
l'activité des établissements de transfusion sanguine.
Une telle confusion des genres ne peut, quelles que soient les bonnes
intentions et la compétence des dirigeants de l'Agence, qu'être
préjudiciable à la sécurité sanitaire.
3. Fait grave, le degré de sécurité garanti par la législation, la réglementation et les contrôles dépend de la nature des produits et pas de leur dangerosité
Notre législation sanitaire est une législation
éclatée, qui établit des prescriptions spécifiques
pour de multiples catégories de produits. Certaines catégories de
produits sont bien contrôlées, d'autres moins, d'autres pas du
tout.
Il s'en suit qu'un produit appartenant à une catégorie bien
contrôlée, mais présentant a priori peu de risques pour la
santé fera l'objet de plus de mesures de précaution qu'un produit
très risqué mais appartenant à une catégorie
différente.
Ainsi, un médicament anodin pouvant être délivré
sans prescription fera l'objet de contrôles plus stricts qu'un pace maker.
4. La législation sanitaire peut être utilisée comme paravent, alors que l'utilisation d'un produit dans des conditions particulières peut se révéler très dangereuse
L'existence de multiples législations rattachées
à des catégories de produits présente de nombreux effets
pervers.
Non seulement de plus en plus de produits présentent des
caractéristiques qui en font des " produits
frontières ", dont on ne sait pas très bien à quelle
catégorie ils appartiennent et donc, à quelles procédures
de contrôle ils doivent être soumis, mais certains produits peuvent
être utilisés à des fins autres que celles qui sont
prévues par la législation. Dans ce cas, le prétendu
respect des prescriptions réglementaires ne protège pas contre
certains risques.
Ainsi, nous avons vu que les Académies de médecine et de
pharmacie ont récemment présenté un voeu concernant les
différentes substances utilisées dans la phase biologique des
techniques d'assistance médicale à la procréation, dont la
sécurité n'est pas assurée.
Certes, ces produits sont actuellement délivrés en tant que
réactifs de laboratoire et ils ont satisfait aux exigences posées
par la législation sur les réactifs, mais, utilisés
à d'autres fins, ils présentent des risques particuliers et non
maîtrisés.
Ceci pose, d'une manière plus générale, le problème
de la réglementation des conditions d'emploi des biens de santé.
Si l'on excepte les greffes d'organes, il n'existe pas, même pour le
médicament, d'obligation d'emploi ou d'utilisation thérapeutique
d'un bien de santé dans certaines conditions. Ainsi, malgré les
progrès réalisés dans le cadre des ordonnances
Juppé du 24 avril 1996, qui établissent un lien entre la
prescription dans le cadre des indications de l'autorisation de mise sur le
marché des médicaments et le remboursement par la
sécurité sociale, un médecin peut toujours, sous sa
responsabilité, prescrire hors AMM et l'on peut toujours implanter un
dispositif médical hors de ses conditions normales d'emploi.
5. La sécurité sanitaire des produits alimentaires n'est pas bien garantie
Le bilan établi par votre Commission comme par différents rapports récents montre que la sécurité sanitaire des produits alimentaires n'est pas bien garantie. Il n'existe pas suffisamment d'outils permettant d'évaluer les risques associés à l'alimentation, l'ambiguïté des missions du ministère de l'agriculture et de l'alimentation est encore plus forte que celle qui a été dénoncée, pour ce qui la concerne, pour l'Agence française du sang, et la santé de l'homme ne semble pas la première préoccupation de la réglementation.
6. La veille sanitaire n'est pas bien assurée ni coordonnée
De très nombreux organismes interviennent en
matière de veille sanitaire ; ces organismes sont rattachés
à des ministères différents, et mènent chacun une
politique autonome, sans coordination particulière autre que celle qui
résulte du bon vouloir de directeurs d'administration centrale.
Malgré le progrès constitué par la création du
Réseau national de santé publique, celui-ci ne dispose pas des
moyens suffisants pour assumer à lui seul l'ensemble de la veille
sanitaire ou pour en constituer la " tête de réseau ".
Or, la veille sanitaire est un outil essentiel des politiques de santé
et permet seule de donner l'alerte en temps utile afin de prendre rapidement
les mesures nécessaires.
La veille sanitaire ne peut se résumer à
l'épidémiologie, son champ comprend l'ensemble des dimensions de
la santé de la population. Elle seule, assurant les fonctions de
surveillance, d'alerte et de recommandation aurait pu contribuer à
éviter l'affaire de l'amiante.
II. LE CAHIER DES CHARGES DE L'ETAT
Réfléchir à de meilleures garanties pour la sécurité sanitaire et la veille sanitaire, ce n'est pas nécessairement penser à des institutions nouvelles, à des structures administratives supplémentaires : il nous faut d'abord établir un cahier des charges et le confronter aux enseignements du bilan établi en première partie, dont nous venons de rappeler les principaux éléments.
1. Une priorité : la protection de la santé
Cette première exigence du cahier des charges, compte
tenu du sujet traité, pourrait apparaître comme un truisme :
lorsque l'on veut garantir la sécurité des produits
destinés à l'homme, l'idée de placer la santé de
l'homme en tête des priorité n'apparaît pas comme une
percée conceptuelle... et pourtant...
Le droit communautaire relatif aux dispositifs médicaux, qui met en
place, pour des produits pouvant comporter des dangers comme les stimulateurs
cardiaques, des procédures qui s'apparentent à celles qui
s'appliquent aux jouets, n'apparaît pas inspiré par la
volonté première de garantir la santé des patients.
De même, l'organisation de la sécurité sanitaire des
produits alimentaires, au niveau communautaire comme en France, semble parfois
privilégier la santé de l'animal sur celle du consommateur.
Et, lorsque le code de la santé publique confie à l'Agence
française du sang la mission de garantir " à la fois la plus
grande sécurité possible et la satisfaction des besoins en
matière de transfusion sanguine ", il place sur le même plan
la sécurité des produits et leur disponibilité en
quantité suffisante.
Ce n'est donc pas un truisme que d'affirmer qu'en toute circonstance, la
santé de l'homme doit être privilégiée.
La protection de la santé, déclinaison moderne de la
sûreté dont la puissance publique est le garant, fait partie des
fonctions régaliennes de l'Etat. Le Conseil constitutionnel l'a lui
même reconnu lorsqu'il a examiné la constitutionnalité des
dispositions de la loi dite " Evin " : il a estimé que
l'impératif de protection de la santé justifiait que l'on
portât, le cas échéant, atteinte au droit de
propriété.
Il conviendrait que la supériorité de ce principe,
affirmée en droit, trouve plus souvent sa traduction dans l'organisation
administrative de l'Etat, dans la législation et la
réglementation ainsi que dans les arbitrages rendus à
l'échelon interministériel.
2. Un garant : l'Etat
La sécurité sanitaire des produits et la
protection de la santé font intervenir plusieurs acteurs, et notamment
les producteurs, les distributeurs, les consommateurs, l'Etat.
Les producteurs et les distributeurs ont -et auront de plus en plus
-intérêt à ce que la sécurité de leurs
produits soit garantie.
Cela est vrai, depuis longtemps, pour l'industrie pharmaceutique. Le retrait du
marché d'un médicament qui présenterait des défauts
de conception ou de fabrication peut entraîner, pour le laboratoire qui
l'exploite, des pertes financières énormes, voire une faillite.
Compte tenu de la concentration croissante de cette industrie, la suspicion
à l'égard d'un médicament produit par un laboratoire
rejaillit aussitôt sur l'ensemble de la gamme de ses produits. En outre,
les frais de recherche, de développement et de lancement d'un
médicament sont tellement importants qu'aucun doute ne peut être
permis en ce qui concerne les conditions de sa fabrication.
Cela est vrai aussi pour les grandes entreprises du secteur agro-alimentaire,
qui développent une politique de marque et ne peuvent pas se permettre
qu'un de leurs produits soit suspecté.
Cela était peut-être moins vrai, jusqu'à une période
récente, pour certains fabricants ou petits producteurs.
Ainsi, non seulement les fabricants de matériel médical sont
souvent des PME-PMI, qui fabriquent à une petite échelle, mais
aussi aucun système fiable de matério-vigilance ne permettait
jusqu'au début de l'année 1996 d'assurer une large diffusion aux
informations concernant d'éventuels accidents ou effets
indésirables. L'utilisation de certains dispositifs a pu provoquer des
accidents, même nombreux, sur le territoire national, sans que personne
ne s'en préoccupe, autre que le prescripteur ou le chirurgien
directement confronté à l'incident ou à l'accident et qui
ont ainsi été incités à changer de marque ou de
méthode.
De même, des petits producteurs dans le secteur alimentaire n'ont
longtemps pas eu d'incitation économique à la
sécurité, leur produit partant dans un circuit de distribution
sans qu'aucune traçabilité soit possible.
Cela change, tant pour les dispositifs médicaux que pour le secteur
alimentaire. Les exigences de traçabilité se multiplient dans les
deux secteurs, et un système de matério-vigilance se met en place
pour les dispositifs. Les distributeurs de produits alimentaires, de plus en
plus, engagent leur nom et leur réputation sur les produits qu'ils
distribuent. Enfin, l'affaire de l'ESB a montré que toute la
filière bovine avait intérêt à garantir la
qualité, et que les dérives constatées dans quelques
exploitations pouvaient compromettre la survie économique de tous les
producteurs.
Cet intérêt des producteurs pour la sécurité
sanitaire de leurs produits doit être absolument exploité, et il
convient donc de développer autant que possible les procédures
d'assurance-qualité.
Autre acteur intervenant pour garantir la sécurité sanitaire : le
consommateur.
Grâce aux informations dont il dispose, le consommateur peut effectuer
des choix qui le conduisent à privilégier ceux des produits dont
il estime qu'ils présentent de meilleures garanties de
sécurité pour sa santé. Ces informations peuvent
émaner des producteurs eux-mêmes, mais aussi d'organismes
officiels ou indépendants, de la presse, d'autres consommateurs ou
d'associations de consommateurs.
L'intérêt des producteurs que la sécurité de leurs
produits soit garantie ou la croyance en la rationalité des choix du
consommateur conduit certains à estimer que le rôle de l'Etat dans
la protection de la santé n'est qu'accessoire. Ils estiment que l'on
peut quasiment se satisfaire des procédures d'assurance-qualité
définies par les producteurs, des labels qu'ils mettent en place et de
la régulation par le marché, les consommateurs éliminant
par eux-mêmes les produits qui ne présenteraient pas toutes les
garanties en termes de sécurité sanitaire.
Tel n'est pas le point de vue de votre Commission.
Elle estime en effet que l'existence de procédures
d'assurance-qualité au sein de l'industrie ou du secteur agricole ne
saurait dispenser les pouvoirs publics de leur travail d'inspection et de
contrôle, ni de leur tâche de réglementation. C'est en
effet à l'Etat qu'il appartient de définir le contenu des
procédures d'assurance-qualité et d'en contrôler le
respect. En outre, pour les biens de santé, l'assurance-qualité
ne saurait suffire : il faut évaluer le rapport
bénéfices/risques pour le patient, et une telle mission ne peut
être confiée aux producteurs.
Votre commission estime aussi que la régulation par le marché
ne saurait suffire, car, le plus souvent, l'information du consommateur n'est
pas complète. En outre, attendre la régulation par le
marché, c'est se permettre d'attendre la survenue de l'incident ou de
l'accident qui, s'il est connu, est susceptible d'entraîner des
réactions des consommateurs. La sécurité sanitaire doit
être garantie a priori.
C'est pourquoi votre Commission estime que, si l'Etat ne doit pas se passer du
concours des producteurs ou des consommateurs, il demeure garant de la
sécurité sanitaire.
3. Le point d'équilibre du bénéfice et du risque doit être recherché en fonction de la nature des produits
L'Etat, garant de la sécurité sanitaire, doit
mettre en place des réglementations et des contrôles qui
garantissent la sécurité sanitaire.
Cela étant dit, il reste à définir le niveau de risque qui
doit être recherché.
Votre Commission estime, d'une part, que le risque zéro ne peut
être atteint -il faut donc être réaliste- et, d'autre part,
que le niveau de risque accepté dépend de la nature des produits.
En ce qui concerne les biens médicaux, le degré de
sécurité recherché ne peut être défini comme
une valeur absolue. Chacun sait que l'administration ou l'implantation d'un
produit ou d'un appareil médical ne se justifie qu'en raison de
l'existence d'une maladie, et qu'il présente toujours des risques.
Il faut donc examiner le rapport entre le bénéfice qui est
attendu pour le patient grâce à cette administration ou cette
implantation et le risque encouru. C'est l'appréciation du rapport
bénéfices/risques associé à chaque bien
médical qui doit conduire à son autorisation ou au refus
d'autorisation.
Ainsi, les mêmes risques ne peuvent être acceptés pour un
médicament bénin contre la toux et pour un greffon cardiaque, car
les dangers encourus par le patient en cas de non-administration du
médicament et d'absence de greffe ne sont pas identiques.
L'appréciation du rapport bénéfices/risques est complexe,
car nous sommes dans un domaine relatif : dans la mesure où le risque
peut être défini comme le produit d'un danger, même
incertain, par une probabilité, une autorisation de mise sur le
marché comme un refus d'autorisation généreront leurs
propres effets pervers, incidents liés au bien médical dans un
cas, incidents liés à la non-administration dans l'autre.
En toute hypothèse, le risque minimal doit être recherché
et garanti.
Cette philosophie doit également inspirer les pouvoirs publics dans
d'autres secteurs que celui des biens médicaux, même si elle s'y
applique un peu différemment, qu'il s'agisse, par exemple des produits
alimentaires, des produits industriels, de l'air ou de l'eau. Pour ces produits
ou milieux, il est difficile d'apprécier un rapport
" bénéfices/risques " : dans certains cas, en effet, le
produit est très substituable (on peut toujours remplacer un aliment par
un autre), tandis que dans d'autres, il n'y a pratiquement pas de substitution
possible (c'est le cas de l'eau et surtout de l'air).
Pour ces produits ou milieux, deux principes sont à
recommander : la recherche du risque minimal et le principe de
précaution, qui signifient que l'absence de certitude scientifique ne
doit pas constituer un obstacle à la prise de décision.
4. Les institutions de contrôle doivent être fonctionnellement indépendantes par rapport aux intérêts des producteurs et disposer d'une réelle légitimité scientifique
Votre Commission estime que les institutions chargées
du contrôle des produits, de la délivrance des autorisations et de
l'inspection des sites doivent être fonctionnellement
indépendantes par rapport aux intérêts des producteurs.
En effet, en matière de sécurité sanitaire, le
mélange des genres nuit à la qualité des décisions
comme à leur opportunité. Il peut conduire à des retards
ou à l'adoption de solutions de compromis qui ne sont pas acceptables
lorsqu'il s'agit de préserver la santé de l'homme.
Si, à court terme, certains producteurs peuvent estimer qu'une certaine
" proximité " avec les institutions de contrôle pourrait
leur être favorable, la mise en oeuvre d'un tel raisonnement constitue
une erreur à moyen terme. La preuve en a été
donnée, si besoin était, avec la crise de l'ESB : les
consommateurs auraient probablement réagi différemment si, en
leur for intérieur, ils avaient été convaincus que les
décisions prises ne pouvaient en aucun cas résulter de solutions
de compromis entre la santé publique et les intérêts
à court terme des producteurs.
Une telle certitude ne peut être partagée par les consommateurs
que si l'organisation administrative en apporte la preuve immédiate. En
effet, la confiance en la compétence ou en l'honnêteté d'un
ou de plusieurs hommes ne saurait suffire, car elle n'est pas en cause. Ainsi,
à plusieurs reprises, la presse a souligné que, quelle que soit
l'honnêteté intellectuelle du ministre chargé de
l'agriculture et de l'alimentation, quelles que soient ses compétences -
et tout le monde s'accorde à souligner qu'elles sont grandes-, le fait
que le ministère de l'agriculture soit en charge à la fois des
intérêts des producteurs et de ceux de la sécurité
sanitaire des produits alimentaires ne pouvait que nuire à la
crédibilité du propos et des mesures.
Il faut donc qu'au niveau de l'Etat soient bien cloisonnées les
représentations des intérêts économiques, qu'ils
soient ceux des entreprises ou de leurs tuteurs administratifs, et ceux de la
santé publique.
En outre, pour que cette séparation fonctionnelle prenne tout son sens,
la légitimité scientifique des institutions de contrôle
doit être réelle. La protection de la santé imposant
des décisions qui heurtent nécessairement certains
intérêts, aucun doute sérieux ne doit planer sur la
pertinence scientifique de décisions prises dans l'intérêt
de la santé publique.
5. La veille sanitaire doit disposer de moyens suffisants et couvrir tout le champ de la santé de la population. Elle doit être connectée à un système d'alerte et aux institutions politiques chargées de prendre les décisions
La veille sanitaire est distincte des
" vigilances "
qui sont partie intégrante du dispositif de contrôle des produits
de santé. La veille vise à détecter tout
événement nouveau concernant la santé de la population,
quelle qu'en soit la cause.
Grâce à la veille sanitaire, l'Etat peut être alerté
en temps utile, être informé de l'origine de
l'événement, se voir proposer des recommandations et prendre sans
délai les mesures qui s'imposent.
La veille sanitaire a longtemps été un instrument
négligé de la politique de santé.
Il appartient aujourd'hui à l'Etat de mettre en place un système
de veille sanitaire qui couvre tout le champ de la santé de la
population et de le doter de moyens suffisants. Ce système doit
être connecté à des procédures d'alerte qui
atteignent les institutions politiques responsables de la prise de
décision sanitaire.
6. Les exigences de ce cahier des charges doivent être relayées au niveau communautaire
Une part de plus en plus importante de notre
législation, qu'elle concerne les produits alimentaires, industriels ou
les biens de santé, est d'origine communautaire.
Or, la Communauté n'est pas dotée de prérogatives
particulières en matière de santé. Ainsi, l'article 129 du
Traité de Maastricht dispose seulement que " la Communauté
contribue à assurer un niveau élevé de la santé
humaine en encourageant la coopération entre les Etats membres et, si
nécessaire, en appuyant leur action ", et que " les
exigences
en matière de santé sont une composante des autres politiques de
la Communauté ".
De fait, personne ne représente directement les intérêts de
la santé au niveau communautaire, et ceux qui voudraient le faire
souffrent d'un manque de légitimité politique et juridique.
Compte tenu de l'importance du rôle des Etats dans ce cadre juridique, il
appartient à la France de faire sien le rôle de protecteur de la
santé et de chercher des majorités en ce sens.
III. LES PROPOSITIONS DE VOTRE COMMISSION EN FAVEUR DE L'AMÉLIORATION DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE
Afin d'améliorer la sécurité et la veille
sanitaires, votre commission formule des propositions.
Bien entendu, elle souhaite que le Gouvernement oeuvre en faveur de leur
transposition au niveau communautaire.
A. L'ÉTAT DOIT ÊTRE EN MESURE D'ASSUMER TROIS MISSIONS, L'ÉVALUATION DES ACTES THÉRAPEUTIQUES, LE CONTRÔLE DES PRODUITS ET LA VEILLE SANITAIRE ; IL DOIT AUSSI POUVOIR LES COORDONNER
La sécurité sanitaire comporte trois
exigences correspondant à trois missions : l'évaluation des actes
thérapeutiques, le contrôle des produits et la veille sanitaire.
Si une de ces missions n'est pas, ou pas convenablement remplie, c'est
l'ensemble de la sécurité sanitaire qui est menacé.
Pour assurer l'évaluation des actes thérapeutiques, le
gouvernement a choisi de créer l'Agence nationale d'accréditation
et d'évaluation en santé par l'ordonnance du 24 avril 1996 ; il a
donné à cette agence les moyens juridiques et matériels
d'assumer convenablement sa mission. Ce premier pôle est donc
déjà structuré.
En ce qui concerne le contrôle des produits, le bilan établi par
le présent rapport a montré que cette mission n'était pas
bien assurée : les institutions de contrôle sont trop
" verticales " pour les produits thérapeutiques, certains
biens ne sont pas efficacement contrôlés et le contrôle des
produits alimentaires n'est pas satisfaisant au regard de la protection de la
santé humaine. Ce second pôle, correspondant à la
deuxième mission de l'Etat, doit donc être réformé.
Le troisième pôle, correspondant à la veille sanitaire,
fait également défaut. Si de multiples organismes font de la
veille sanitaire presque sans le savoir, et si le Réseau national de
santé publique, malgré ses faibles moyens, réalise une
veille épidémiologique, le système n'est pas
organisé ni coordonné et il ne couvre pas tout le champ de la
santé de la population. Pour ce troisième pôle aussi, votre
Commission fera des propositions.
1. Garantir le contrôle des produits
Il n'a pas paru possible à votre Commission de garantir
le contrôle des produits, qui constitue une mission dont l'unicité
ne saurait être contestée, sans prendre en considération,
au plan de l'organisation, les éléments propres à
distinguer les produits et biens médicaux, d'une part, et les produits
alimentaires, d'autre part.
Cette distinction s'explique par l'histoire. La législation concernant
le médicament est éprouvée depuis plusieurs
décennies par tous les acteurs, industries, contrôleurs,
prescripteurs, patients. La même culture doit être mieux
acceptée en matière de produits sanguins et pour ce qui concerne
les greffes. La législation, européenne et française,
applicable aux dispositifs médicaux doit être renforcée et
une culture doit être développée dans un cadre
administratif qui reste à mettre en place afin que tous les produits de
santé offrent, sur des bases communes de principes et de
méthodes, des garanties égales.
La même démarche doit être entreprise pour ce qui concerne
les produits alimentaires sur des bases semblables.
Il reste que la diversité des acteurs, le stade d'élaboration des
législations concernées, la nécessité d'une
réflexion commune à plusieurs départements
ministériels placent la réponse aux problèmes posés
par la sécurité sanitaire des produits alimentaires sur un autre
rythme.
C'est de l'arythmie que pourrait naître l'échec de ceux qui
entreprendraient la construction d'un système complètement
unitaire.
C'est de cette arythmie que pourrait naître l'incompréhension de
l'opinion publique, qui serait alors portée à croire que tous les
problèmes sont résolus avec une qualité de réponse
identique.
C'est pourquoi, après y avoir longuement réfléchi,
votre Commission propose la création de deux institutions, l'une
chargée du contrôle des produits et des dispositifs
médicaux et l'autre de la sécurité sanitaire des produits
alimentaires, mises au service, il faut y insister, d'une mission unique.
a) Mettre en place une Agence des produits et dispositifs médicaux
Votre Commission propose de mettre en place une Agence des
produits et dispositifs médicaux, chargée du contrôle de la
sécurité de ces biens.
Ainsi, à côté d'une institution spécialisée
dans l'évaluation des actes diagnostiques et thérapeutiques,
l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en
santé, nous aurions un établissement public unique chargé
de l'ensemble des produits destinés à la santé :
médicaments, dispositifs médicaux et biomatériaux,
produits sanguins, organes, tissus et cellules (y compris les gamètes)
d'origine humaine ou animale lorsqu'ils sont destinés à une
utilisation thérapeutique chez l'homme, réactifs et milieux de
culture, produits issus des thérapies génique et cellulaire,
lentilles de contact, cosmétiques.
Il serait donc mis fin à une administration sanitaire fractionnée
et cloisonnée, " en tuyaux d'orgue ", produit par produit.
Bien entendu, une telle unité de structure, qui comporterait logiquement
plusieurs départements -par exemple médicaments,
matériels, produits biologiques...- permettrait d'unifier autant que
possible les méthodes de contrôle.
L'unicité de cet établissement public, constitué à
partir de l'Agence du médicament et placé sous la tutelle du
ministère chargé de la santé, permettrait aussi
d'harmoniser les procédures de vigilance applicables à chaque
catégorie de produits. Cela simplifierait grandement la tâche des
professionnels de santé appelés à signaler les effets
inattendus ou indésirables résultant de l'utilisation de ces
produits ou matériels.
L'Agence française du sang deviendrait un Etablissement français
de la transfusion sanguine ; ainsi seraient isolées les missions
d'organisation de la transfusion sanguine et de coordination de
l'activité des établissements de transfusion sanguine, d'une
part, et celles qui correspondent au contrôle des produits sanguins,
d'autre part.
L'Etablissement français des greffes serait maintenu pour toutes ces
missions qui ne correspondent pas au contrôle des organes, tissus et
cellules.
b) Mettre en place une Agence de sécurité sanitaire des produits alimentaires
Votre Commission propose la création d'un nouvel
établissement public, l'Agence de sécurité sanitaire des
produits alimentaires. Elle aurait une double mission : d'une part, assurer le
contrôle et garantir la sécurité des produits alimentaires,
au lieu et place des services du ministère de l'agriculture et de
l'alimentation et du ministère de l'économie et des finances, et
d'autre part, assurer le contrôle du médicament
vétérinaire, à la place de l'Agence du médicament
vétérinaire qui y serait intégrée.
Cette Agence serait placée sous la tutelle des ministères de la
santé, de l'agriculture, de l'économie et des finances et de
l'industrie.
Elle aurait compétence pour proposer aux ministres chargés de la
santé et de l'agriculture toute modification de la réglementation
concernant la sécurité sanitaire des produits alimentaires.
Il serait ainsi mis fin à ce qui peut s'analyser comme un
" mélange des genres " et qui est préjudiciable, tant
à la confiance des consommateurs qu'à la réalité de
la sécurité sanitaire des produits alimentaires.
Au sein de l'Etat, la légitime représentation des
intérêts des producteurs serait ainsi séparée de
celle des intérêts de la santé publique, non moins
légitimes mais parfois contradictoires des premiers.
2. Assurer la veille sanitaire en créant un Institut de la veille sanitaire
Au terme du recensement des divers organismes susceptibles
d'avoir une activité de veille sanitaire, votre Commission a
constaté à la fois le foisonnement de telles structures, leur
quasi-absence de coordination et l'inexistence d'un système d'alerte
approprié qui pourrait permettre aux ministres responsables d'agir
opportunément et sans délai.
Aussi propose-t-elle la constitution d'un Institut de la veille sanitaire qui
constituerait une tête de réseau pour la fonction de veille
sanitaire, un peu à l'image de ce qui existe aux Etats-Unis avec les
Centers for Disease Control.
L'Institut de veille sanitaire aurait une triple mission de surveillance,
d'étude et de recommandation.
Cet organisme serait obligatoirement destinataire de toutes les informations
utiles collectées par les autres organismes, qui doivent continuer
d'exister, ne serait-ce que parce qu'ils remplissent le plus souvent d'autres
missions que celle d'assurer la veille sanitaire. Il serait également
destinataire d'informations non nominatives résultant de la transmission
aux caisses de sécurité sociale des données issues du
codage des actes et des prescriptions.
Ayant reçu ces informations, il pourrait en faire le tri et mener les
enquêtes qu'elles justifient afin de détecter l'origine des
événements constatés pour la santé de la population.
Les enseignements tirés de ces enquêtes feraient l'objet de
recommandations aux pouvoirs publics : ils seraient transmis, pour
décision, au Comité permanent qui fait l'objet de la
quatrième proposition.
3. Recentrer les missions du ministère de la santé autour de la définition de la politique de santé et de la préparation de la réglementation
Votre Commission estime que la sécurité
sanitaire exige, au sein de l'Etat, une nette séparation des fonctions
entre l'organisation de la production, la décision réglementaire
et le contrôle. La sécurité sanitaire exige aussi que
l'administration se concentre sur ce qu'elle sait faire, c'est-à-dire la
définition d'une politique et sa traduction normative.
Ces deux exigences sont tout à fait complémentaires.
C'est pourquoi votre commission estime que l'administration centrale du
ministère de la santé doit abandonner toutes les tâches
qu'elle tente d'accomplir en doublon avec des organismes
décentralisés, au profit de ses missions stratégiques :
définition des choix de politique de santé, tutelle des
organismes décentralisés, réglementation.
Un tel recentrage est indispensable si l'on veut que la santé de la
population soit une priorité dans toutes les décisions de
l'Etat : sécurité sanitaire des biens médicaux, mais
aussi, sécurité des biens de consommation, de l'alimentation, des
milieux. Sur tous ces sujets, le ministère de la santé a son
mot à dire : il faut que ses services disposent des hommes, des moyens
et du temps nécessaires pour étudier les dossiers et contribuer
à la définition de la réglementation.
4. Coordonner les trois missions d'évaluation des actes thérapeutiques, de contrôle des produits et de veille sanitaire en associant tous ses acteurs et créér un lieu de gestion des crises : placer, auprès du Premier ministre, un Comité national permanent de sécurité sanitaire
La sécurité sanitaire exige que les
autorités politiques soient tenues informées des
événements, possibles, probables ou déjà survenus,
afin qu'elles puissent prendre les bonnes décisions en temps utile.
Trop souvent, dans le passé, la dilution ou la confusion des
responsabilités, voire des intérêts, la multiplicité
des organismes ont privé les ministres de la " bonne
information ", c'est-à-dire l'information utile et elle seule, et
une information assortie de recommandations pour l'action.
Votre Commission propose d'associer tous les acteurs chargés de dossiers
qui impliquent la sécurité sanitaire au sein d'un Comité
national permanent de sécurité sanitaire présidé
par le Premier ministre et dont le ministre chargé de la santé
serait vice-président.
Ce comité constituerait le lieu de rencontre utile à la
coordination de l'action des agences et à la gestion des crises.
Il serait constitué par les responsables des quatre agences ainsi que
ceux de l'administration centrale de la santé : Agence des produits et
dispositifs médicaux, Agence de sécurité sanitaire des
produits alimentaires, Agence nationale d'accréditation et
d'évaluation en santé et Institut de veille sanitaire et
Direction générale de la santé.
Le comité comprendrait aussi les responsables d'institutions ou
d'administration centrale ou d'agences qui ont une mission dont les
conséquences peuvent s'apprécier, dans certains de leurs aspects,
en termes de santé publique.
En effet, dans la mesure où votre Commission est consciente de la
complexité des structures ministérielles qui répond, au
moins pour partie, à la complexité de la société
elle-même, elle ne propose pas, par exemple, de retirer à
l'administration de l'environnement le contrôle de l'air ou de l'eau au
motif que la santé de l'homme est concernée par ces milieux.
B. LA LÉGISLATION ET LA RÉGLEMENTATION DOIVENT ÊTRE ADAPTÉES POUR QUE LES TROIS MISSIONS D'ÉVALUATION, DE CONTRÔLE ET DE VEILLE SOIENT BIEN ASSUMÉES
1. Renforcer la rigueur de la réglementation concernant certains produits
Nous l'avons vu dans la première partie du
présent rapport, la réglementation concernant certains produits
est insuffisante pour garantir leur sécurité sanitaire.
Mettre en place un organisme de contrôle très performant n'a pas
vraiment de sens si les exigences de sécurité posées par
la législation et la réglementation sont insuffisantes.
C'est pourquoi, pour tous ces produits, l'Etat doit rapidement renforcer ces
exigences.
Ceci est notamment le cas pour les produits alimentaires dont la
sécurité sanitaire doit être mieux assurée en
orientant la législation vers la protection de la santé de
l'homme et en organisant des procédures d'évaluation du rapport
bénéfices/risques.
Lorsque, comme pour les dispositifs médicaux, la législation
et la réglementation sont d'origine communautaire, l'Etat se doit
d'oeuvrer au niveau communautaire en faveur de sa modification. Votre
Commission estime qu'un éventuel refus de nos partenaires ne peut
être un motif suffisant pour mettre en péril la santé de la
population ; aussi, il appartient à l'Etat de faire jouer toutes les
clauses de sauvegarde, même au prix de longues et difficiles
procédures.
2. Publier rapidement les textes d'application de la loi dite bioéthique du 29 juillet 1994
Plus de deux ans après la promulgation de la loi dite bioéthique du 29 juillet 1994, un nombre important de décrets d'application n'est toujours pas publié. Cela concerne notamment le volet de la loi consacré aux organes, tissus et cellules. Votre commission exige qu'il soit rapidement remédié à cette situation.
3. Améliorer la formation des professionnels de santé
Votre Commission estime que la sensibilisation des
professionnels de santé à la vigilance et à la veille
sanitaires laisse à désirer.
Certes, la tâche de ces professionnels n'est pas facilitée,
actuellement, par la multiplicité des organismes susceptibles
d'accomplir une mission de veille sanitaire et par l'absence d'harmonisation
des procédures et des interlocuteurs pour les vigilances concernant les
différents produits ou biens médicaux ; il en irait autrement si
les propositions de votre Commission concernant l'organisation de l'Etat
étaient retenues.
Mais il apparaît que, trop souvent, les professionnels de santé
n'ont pas le " réflexe " de la veille ou de la vigilance.
Dans
d'autres cas, ils croient bien faire en procédant à des
déclaration redondantes ou inutiles.
Il conviendrait donc que la formation initiale et continue des professionnels
-ceci vaut notamment, mais pas exclusivement, pour les médecins- mette
mieux en valeur la dimension de santé publique de leur activité
et les sensibilise mieux à la veille et à la vigilance.
4. Mettre en place rapidement des procédures de vigilance lorsqu'elles font défaut
Il convient que tous les produits de santé fassent l'objet d'un système de vigilance approprié. Or, il existe encore des lacunes. Cela est notamment le cas pour le médicament vétérinaire, cette vigilance devant être centrée autour de la santé de l'homme. Cela est également le cas pour la matério-vigilance : ainsi, le décret du 15 janvier 1996 prévoit que certains incidents ne sont que facultativement signalés.
5. Utiliser l'informatisation de la transmission des données médicales et multiplier les obligations de déclaration pour améliorer la veille sanitaire
L'informatisation de la transmission des données
médicales qui doit rapidement se mettre en place à la suite des
ordonnances du 24 avril 1996 constitue une réelle chance pour
l'amélioration de la connaissance de l'état de santé de la
population et de la veille sanitaire dans notre pays. Aussi, il est essentiel
que les données issues du codage des pathologies, des actes et des
prescriptions transmises par les médecins à l'assurance maladie
puissent être utilisées pour détecter tout
événement sanitaire susceptible de nécessiter des mesures
rapides de la part des pouvoirs publics. Il est donc indispensable que ces
données, non nominatives, soient transmises à l'Institut de
veille sanitaire dont votre Commission propose la création.
Votre Commission propose aussi que les obligations de déclaration
d'événements concernant la santé de la population soient
généralisées, quels que soient les domaines :
environnement, accidents du travail, etc. Pour que la veille sanitaire soit
convenablement assurée et qu'elle couvre tout le champ de la
santé de la population, il importe que les déclarations
d'événements soient multipliées, et pas seulement par les
professionnels de santé.
CONCLUSION
La mise en oeuvre de ces propositions exige l'adoption
d'une loi définissant les conditions du renforcement de la
sécurité sanitaire en France, dont l'initiative du
dépôt devra être prise rapidement selon des modalités
dont les auteurs du présent rapport entendent débattre avec le
Gouvernement dans les meilleurs délais.
Cette loi définira les objectifs d'une politique de
sécurité sanitaire, les missions qui doivent être
assurées par l'Etat ainsi que les moyens dont il entend se doter pour
les mettre en oeuvre, selon un calendrier qui, tenant compte des contraintes
exposées plus haut, devra être clairement explicité.
OBSERVATIONS DES SÉNATEURS SOCIALISTES APPARTENANT À LA COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES
Les sénateurs socialistes de la commission des Affaires
sociales ne peuvent qu'être favorables à la démarche
entreprise à travers la constitution d'une mission d'information
consacrée à la sécurité sanitaire.
Trop d'affaires, dans un passé récent, ont montré, s'il en
était besoin, l'utilité d'une réflexion parlementaire sur
ce sujet.
Les sénateurs socialistes de la commission des Affaires sociales
approuvent les considérations relatives à la
nécessité de dissocier le contrôle des produits
thérapeutiques et l'organisation économique de leur production,
ainsi que celles qui dénoncent
l'hétérogénéité des exigences requises en
Europe pour l'obtention du marquage CE des dispositifs médicaux.
En revanche, ils estiment que le rapport est lacunaire ou contraire à
leurs orientations sur un certain nombre de points.
Ainsi, le rapport considère que la création de l'Agence nationale
d'accréditation et d'évaluation en santé permettra
d'assurer dans les meilleures conditions l'évaluation des actes
thérapeutiques. Les membres socialistes de la commission des Affaires
sociales considèrent au contraire que cette création est
insuffisante, notamment parce que l'évaluation des pratiques en secteur
libéral ne repose pas sur un pôle régional fort.
Le rapport n'affirme pas la nécessité de rompre les liens
financiers qui existent aujourd'hui, au sein de l'Agence du médicament,
entre l'industrie et l'institution de contrôle. L'utilité d'un tel
rappel aurait été d'autant plus nécessaire que le rapport
propose la création de nouvelles agences qui risquent d'être
confrontées à la même difficulté.
En ce qui concerne la veille sanitaire, le rapport a tenté
d'établir un recensement de tous les organismes qui assument cette
mission ; il aurait été utile que le rapport inclue un tableau
récapitulatif décrivant leurs compétences. S'il propose la
création d'un institut de veille sanitaire devant constituer une
tête de réseau pour tous ces organismes, il ne propose la
suppression d'aucun d'entre eux. La coordination ne suffit pas, il faut veiller
à ce qu'une multiplicité d'institutions n'accomplisse pas la
même mission.
Le comité national permanent de sécurité sanitaire dont la
commission propose la création apparaît comme une structure floue
et lourde.
En effet, d'une part, l'Agence de sécurité sanitaire des produits
alimentaires sera placée sous la tutelle de plusieurs ministres qui ne
font pas partie de ce comité. D'autre part, la composition de ce
comité donne aux agences un rôle et une place qui ne sont pas les
leurs, notamment par rapport à la Direction générale de la
santé, qui est chargée de la définition de la politique de
santé.
Enfin, les explications données par le rapport au choix de créer
deux agences de sécurité sanitaire plutôt qu'une seule ne
sont pas très claires. On ne comprend pas, à la lecture du
rapport, si cette séparation repose sur des considérations de
fond ou sur des préoccupations plus conjoncturelles.
TRAVAUX DE LA COMMISSION
I. SÉANCE DU MARDI 21 MAI 1996
Sous la présidence de M. Jean-Pierre Fourcade,
président, après un bref débat auquel ont notamment
participé M. Charles Descours et Mme Marie-Madeleine
Dieulangard, la commission a décidé de procéder
à la désignation, au cours de sa plus prochaine réunion,
d'une mission d'information sur les conditions du renforcement de la veille
sanitaire et du contrôle de la sécurité des produits
thérapeutiques en France.
M. Jean-Pierre Fourcade, président, a rappelé que le principe
d'une telle désignation avait été arrêté
à l'occasion de l'examen des dispositions tendant à encadrer le
développement des thérapies génique et cellulaire afin de
garantir leur sécurité sanitaire.
II. SÉANCE DU MERCREDI 5 JUIN 1996
Sous la présidence de M. Jean-Pierre Fourcade, président, la commission a désigné M. Charles Descours, président, M. Claude Huriet, rapporteur, Mme Annick Bocandé, MM Jacques Bimbenet, Paul Blanc et Louis Boyer, Mmes Marie-Madeleine Dieulangard et Jacqueline Fraysse-Cazalis, MM. Dominique Leclerc, Georges Mazars, Charles Metzinger et Bernard Seillier membres de la mission d'information consacrée à l'analyse des conditions du renforcement du contrôle de la sécurité des produits thérapeutiques en France.
III. SÉANCE DU MERCREDI 20 NOVEMBRE
Sous la présidence de MM. Jacques Bimbenet
et Bernard Seillier, vice-présidents, la commission a entendu deux
communications sur le déplacement effectué aux Etats-Unis,
du 13 au 21 septembre dernier, par une délégation de la
mission d'information sur les conditions du renforcement de la veille
sanitaire et du contrôle de la sécurité des produits
thérapeutiques en France, conduite par M. Jean-Pierre Fourcade.
M. Claude Huriet, rapporteur, a rappelé que si la mission avait
choisi d'examiner le modèle américain, c'est que ce dernier lui
était apparu comme le plus proche de celui qui lui paraissait devoir
être retenu pour la France. Il a estimé que le déplacement
n'avait pas remis ce jugement en cause.
Il a exposé que le système américain de santé
s'organisait autour de trois agences :
- la " Food and drug administration " (FDA), chargée du
contrôle et de l'autorisation des produits ;
- les " Centers for disease control " (CDC) en charge de la
veille
sanitaire ;
- la " Health policy agency ", dont la mission d'évaluation
médicale est définie par les autorités publiques
américaines, mais dont la compétence est mise à la
disposition du secteur privé.
Le secrétariat d'Etat à la santé définit la
politique de santé. Les moyens dont il dispose ont été
fortement réduits pour accroître parallèlement les moyens
des trois agences précitées.
La compétence générale d'autorisation et de contrôle
des produits thérapeutiques confiée à la FDA ne
reçoit qu'une seule exception, pour des raisons historiques, en ce qui
concerne la viande et les oeufs (à l'exclusion de la volaille) pour les
produits naturels issus directement de ces deux filières, qui sont
contrôlées par le ministère de l'agriculture.
La FDA emploie plus de 10.000 personnes et contrôle tous les
produits destinés à l'alimentation. Si chacune de ces
catégories de produits est contrôlée par un
département spécialisé, les procédures et la
déontologie sont définies par les instances dirigeantes de
l'agence et sont fondées sur des textes régulièrement
aménagés par le congrès des Etats-Unis.
La FDA définit les conditions de sa réussite autour de dix
commandements sans lesquels elle estime ne pas pouvoir s'assurer la confiance
du public :
1°) sa mission doit être définie et ses règles de
fonctionnement clairement codifiées ;
2°) l'indépendance de ses autorités de décision
doit être totale ;
3°) cette indépendance doit être justifiée par la
qualité scientifique incontestable des expertises ;
4°) toutes les données scientifiques doivent être
connues par l'agence qui doit partager tout son savoir ;
5°) le pouvoir scientifique doit s'adosser à une
autorité statutaire et réglementaire, fédératrice
et compétente ;
6°) le budget de l'agence ne doit pas contraindre la liberté
et la qualité de son expertise ;
7°) les produits semblables doivent être soumis à des
règles semblables ;
8°) le dialogue avec l'industrie doit être fondé sur le
respect des droits des personnes privées ;
9°) le processus d'expertise et de décision doit être
transparent et compris par l'opinion publique ;
10°) la réglementation doit être flexible et souple dans
son application.
Trois agents de l'agence sur quatre sont des scientifiques. 42 comités
consultatifs contribuent à l'instruction scientifique de ses dossiers.
Les critiques généralement adressées à la FDA ne
portent ni sur la qualité de son expertise, ni sur l'efficacité
de ses procédures, mais sur le caractère bureaucratique de ses
méthodes, qui allongent indûment les délais d'examen des
demandes qui lui sont adressées par les industriels.
Quant aux industriels français, si les avis sont partagés, nombre
d'entre eux, habitués à une administration très
réglementée, veulent voir dans la flexibilité dont se
vante l'agence une source d'arbitraire.
Quelle conclusion tirer, pour la France, d'un tel déplacement ?
La question du champ de compétences de l'agence est d'abord
décisive. A cet égard, le secrétaire d'Etat adjoint
à la santé, M. Philip Lee, qui a reçu la
délégation, estime que " si cela était à
refaire ", il distinguerait volontiers le contrôle des produits
alimentaires de celui des produits thérapeutiques. Il reste que les
produits " frontières " posent question, qu'il s'agisse, par
exemple, des produits cosmétiques ou encore des produits
diététiques. Il semble que l'efficacité et le
réalisme imposeront, au moins dans un premier temps, un champ de
compétences restreint aux seuls produits thérapeutiques.
L'intérêt d'une agence unique pour tous les produits
thérapeutiques tient, ensuite, à l'unité des principes et
de la méthode, qui n'interdit évidemment pas la diversité
des procédures pour tenir compte de la variété des
produits.
Il ne faut pas, enfin, confondre le contrôle de l'autorisation des
produits avec la veille sanitaire, dont le champ est plus large et souvent
différent.
Les CDC aux Etats-Unis et le réseau national de la santé
publique, même embryonnaire, en France, sont en charge de cette veille,
qui doit constituer le deuxième pôle du système de
santé.
Le troisième pôle doit être enfin, comme aux Etats-Unis,
celui de l'évaluation médicale.
Dès lors, le ministère de la santé doit fonder la
définition de la politique de santé sur les expertises de ces
trois agences.
C'est sommairement la base du système américain qui,
malgré sa bureaucratie, apparaît, à cet égard, comme
un modèle remarquable ; il convient désormais pour la mission,
qui a engagé un très long programme d'auditions, de
définir les modalités de son adaptation à la
réalité française.
M. Bernard Seillier est alors intervenu, pour rendre compte du
déplacement effectué à Saint-Louis à l'invitation
de la compagnie Monsanto, puis à Atlanta où se trouvent
établis les CDC.
L'analyse des cadres dirigeants de la compagnie Monsanto sur les agences
d'autorisation et du contrôle des produits thérapeutiques est
sévère :
- le système américain d'autorisation des produits est flexible
mais ses délais sont excessifs ;
- le système japonais d'autorisation des produits est très
rigide, mais ses délais sont convenables ;
- la flexibilité de l'un tient à la qualité d'une
expertise scientifique qui manque cruellement à l'autre ;
- les systèmes européens empruntent au Japon la rigidité
des méthodes et aux Etats-Unis l'incertitude des délais ;
- les procédures européennes étant ainsi définies,
l'expertise scientifique française se distingue par sa qualité.
Ce jugement tranche avec les réactions de certains industriels
français.
En outre, pour les compagnies américaines, l'Europe constitue un tout et
il n'y a pas de législation nationale qui se distingue d'une autre.
Cependant, ainsi que l'a souvent rappelé M. Claude Huriet, rapporteur,
le système européen d'homologation qui reste, pour l'essentiel,
à construire, sera ce que le pays européen le plus dynamique
voudra qu'il soit. La France a, à cet égard, sa carte à
jouer.
Présentant alors les CDC, établis à Atlanta, M. Bernard
Seillier a rappelé qu'il n'existait à l'origine qu'un seul
centre chargé de surveiller l'évolution des maladies
transmissibles. Ce cadre initial a été progressivement
élargi à l'environnement, à la promotion de la
santé, à la médecine du travail, aux maladies chroniques,
et, d'une manière générale, à tout ce qui peut
contribuer à l'amélioration de la santé des
Américains.
Les CDC emploient 9.000 personnes, dont 3.800 sont établies à
Atlanta, et disposent d'un budget de 10 milliards de francs. Ils sont
considérés comme le modèle international dans le domaine
de la santé publique et de l'épidémiologie et sont, de
fait, le bras séculier de l'Organisation mondiale de la santé
(OMS).
Il est important de souligner que les CDC n'ont ni mission d'inspection, ni
fonction de contrôle. Ils ne réglementent pas davantage. Il
appartient aux administrations compétentes de l'Etat
fédéral ou le plus souvent à celles des Etats
fédérés de s'acquitter de ces missions.
Les CDC s'en tiennent seulement à des recommandations dont
l'autorité scientifique est telle que le secteur privé comme le
secteur public les mettent spontanément en oeuvre, sachant que, dans le
cas contraire, leur responsabilité serait engagée.
Le réseau national de santé publique de Saint-Maurice est , en
France, l'ébauche d'un tel dispositif. Il n'emploie cependant que
quelques dizaines de personnes. Son directeur a été formé
à Atlanta. Il existe en revanche, dans notre pays, une multitude
d'organismes, publics ou privés, qui accomplissent, dans leur champ de
compétences, les missions des CDC.
La France doit donc rechercher les moyens de coordonner ces efforts et de les
fédérer afin qu'en matière de veille sanitaire, comme pour
le contrôle des produits, la diversité des investigations s'adosse
sur l'unité des principes et des méthodes.
M. Charles Descours, président de la mission, a observé
que si le déplacement avait permis de mieux percevoir les imperfections
du système américain, les auditions engagées depuis lors
ont révélé les insuffisances des instances
françaises liées, pour l'essentiel, à la
médiocrité de leurs moyens. Il a souhaité qu'une
volonté fédératrice traverse les institutions en charge de
la veille sanitaire.
Mme Marie-Madeleine Dieulangard, après avoir souligné la
fiabilité, au plan de la sécurité sanitaire, de l'agence
du médicament, a fait observer que les instances américaines
étaient financées par le budget fédéral.
M. Claude Huriet a confirmé que l'insuffisance des moyens de
l'agence du médicament ne remettait pas en cause l'efficacité et
l'indépendance de son expertise.
M. Bernard Seillier a ajouté que la rigueur était
également le fondement de l'autorité des instances
américaines.
M. Gérard Roujas a voulu voir une forme de protectionnisme, dans
les délais excessifs d'examen des dossiers par la FDA.
M. Claude Huriet a souligné le caractère anecdotique des
critiques adressées à la FDA pour ces délais excessifs et
M. Bernard Seillier a précisé que ces critiques
émanaient surtout d'une partie des membres du Congrès des
Etats-Unis.
M. Dominique Leclerc a exprimé la crainte que la création
de l'agence du médicament n'ait affaibli la qualité de certaines
expertises dans le domaine de la biologie.
M. Claude Huriet a alors rappelé que les conclusions de ce
déplacement seront publiées en annexe du rapport qui sera
présenté prochainement par la mission d'information.
IV. SÉANCE DU MERCREDI 29 JANVIER 1997
Sous la présidence de M. Jean-Pierre Fourcade,
président, la commission a procédé à
l'examen du rapport d'information présenté par M. Claude
Huriet au nom de la mission d'information sur les conditions du
renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la
sécurité des produits thérapeutiques en France.
M. Jean-Pierre Fourcade, président, a rappelé que la mission
a été créée le 21 mai 1996 et que ses membres ont
été désignés le 5 juin 1996. Elle avait d'abord
effectué un déplacement aux Etats-Unis du 13 au 21 septembre 1996
dont un compte rendu a été débattu le 20 novembre en
commission des qffaires sociales. Il a indiqué que, depuis le 22
octobre, les membres de la mission d'information avaient ensuite
procédé à quarante et une auditions.
M. Claude Huriet, rapporteur, a d'abord dressé un bilan de
l'application des procédures tendant à garantir la
sécurité sanitaire des produits et à assurer la veille
sanitaire. Il a souhaité à cette occasion que l'intitulé
de la mission soit élargi à la sécurité sanitaire
de l'ensemble des produits destinés à l'homme, estimant que
l'opinion ne comprendrait pas que le Sénat restreigne le champ de son
étude à la sécurité des seuls produits
thérapeutiques.
Il a indiqué que, si la sécurité sanitaire du
médicament à usage humain était garantie, les
réformes entreprises depuis le début des années 1990 pour
le sang et les greffes n'étaient pas achevées. En effet, elles ne
mettent pas en oeuvre une séparation suffisante entre les
contrôleurs et les gestionnaires.
Evoquant la réglementation d'origine communautaire concernant les
dispositifs médicaux, il a démontré qu'elle n'était
pas assez stricte et que la procédure du marquage CE ne pouvait garantir
la sécurité sanitaire, notamment parce qu'elle ne
requérait pas une véritable évaluation du rapport
bénéfice-risque des dispositifs.
Après avoir rappelé que la réglementation et les
contrôles étaient insuffisants pour de nombreux autres biens de
santé, il a estimé que les conditions de la
sécurité sanitaire des produits alimentaires n'étaient pas
réunies.
Enfin, il a constaté que malgré le progrès
constitué par la création du réseau national de
santé publique en 1992, la veille sanitaire, dotée de moyens
insuffisants, n'était pas assez coordonnée ni performante.
Dans la seconde partie de son rapport, M. Claude Huriet, rapporteur, a
formulé plusieurs propositions.
Il a d'abord rappelé que l'Etat devait être en mesure d'assumer
trois missions, l'évaluation des actes thérapeutiques, le
contrôle des produits et la veille sanitaire et qu'il devait aussi
pouvoir les coordonner. Il a centré ses propositions sur les deux
dernières missions, la première devant être assurée
par la récente création de l'agence nationale
d'accréditation et d'évaluation en santé.
Afin de garantir le contrôle des produits, qui constitue une mission dont
l'unicité ne saurait être contestée, il a proposé la
création de deux institutions, une agence chargée du
contrôle des produits et dispositifs médicaux et une agence de la
sécurité sanitaire des produits alimentaires. Il a en effet
estimé que la diversité des acteurs, le stade
d'élaboration des législations concernées et la
nécessité d'une réflexion commune à plusieurs
départements ministériels plaçaient les réponses
aux problèmes posés par ces deux catégories de produits
sur deux rythmes différents.
M. Claude Huriet, rapporteur, a aussi proposé la constitution
d'un institut de la veille sanitaire qui deviendrait une tête de
réseau un peu à l'image de ce qui existe aux Etats-Unis avec les
Centers for Disease Control. Il a souhaité que la coordination des trois
missions d'évaluation des actes thérapeutiques, de contrôle
des produits et de veille sanitaire soit favorisée par un comité
national permanent de sécurité sanitaire placé
auprès du Premier ministre et présidé par le ministre
chargé de la santé.
Il a souhaité que les missions du ministère de la santé
soient recentrées autour de la définition de la politique de
santé et de la préparation de la réglementation.
M. Claude Huriet, rapporteur, a enfin jugé utile de renforcer la
rigueur de la réglementation concernant certains produits. Il a
indiqué que la mise en oeuvre de ces propositions exigeait l'adoption
d'une loi définissant les conditions du renforcement de la
sécurité sanitaire en France, dont l'initiative du
dépôt devrait être prise rapidement.
M. Jean-Pierre Fourcade, président, a également
considéré que l'adoption du rapport de la mission d'information
ne constituait que la première étape d'un travail qui devait
déboucher sur une initiative législative.
M. Bernard Seillier a fait part de sa satisfaction devant la mise en
forme réalisée par le rapporteur des principaux enseignements
tirés des travaux de la mission. Il s'est déclaré
très favorable à l'idée de ne pas évoquer la
" sécurité alimentaire " mais plutôt la
" sécurité sanitaire des produits alimentaires ". Il a
estimé que, compte tenu des probables divergences entre les
départements ministériels concernés par les questions de
sécurité sanitaire, le Parlement était le mieux
placé pour prendre une initiative.
M. Louis Souvet a fait part de sa satisfaction devant le contenu du
rapport. Il a cependant souligné que, si la sécurité
sanitaire des produits sanguins pouvait exiger une sélection accrue des
donneurs, il fallait aussi tenir compte de la pénurie de dons. Il a
indiqué que le ministre chargé de l'agriculture et de
l'alimentation s'était déclaré hostile à la
création de structures nouvelles en matière de
sécurité sanitaire.
Mme Marie-Madeleine Dieulangard a d'abord regretté qu'au cours de
la dernière période des travaux de la mission d'information, la
densité des travaux du Sénat avait souvent contraint les membres
de la mission à effectuer des choix difficiles. Elle s'est
interrogée sur la crédibilité des travaux de la commission
s'ils prétendaient traiter le sujet de la sécurité
sanitaire de l'ensemble des produits destinés à l'homme. Elle
s'est déclarée favorable à la rupture du lien financier
entre les laboratoires pharmaceutiques et les agences, ainsi qu'à
l'évaluation des actes en médecine de ville. Souhaitant que le
ministre de la santé prenne sa place dans le schéma
proposé par le rapporteur, elle s'est demandé si ses propositions
ne conduiraient pas à la création d'une " usine à
gaz ".
M. Guy Fischer a estimé que la garantie de la
sécurité sanitaire passait par l'attribution de moyens financiers
supplémentaires aux institutions en charge de cette fonction. Il a fait
siens les propos de Mme Marie-Madeleine Dieulangard sur la
nécessaire rupture des liens entre les industries et les
autorités chargées du contrôle des produits.
M. René Marquès, prenant l'exemple des pesticides, des
fongicides et de la brucellose, a estimé que les intérêts
de la santé publique étaient souvent -et non parfois comme
l'indiquait le rapporteur- contradictoires avec ceux des producteurs du secteur
alimentaire.
M. Charles Descours, président de la mission d'information, a
estimé qu'il ne fallait pas trop agiter le " chiffon
rouge ".
M. Jean-Pierre Fourcade, président, a estimé que la
proposition de recentrage de l'action du ministère de la santé
autour des fonctions de définition de la politique de santé et
d'élaboration de la réglementation était très
pertinente. Il a estimé que cette proposition devait être
présentée dans le rapport avant celle tendant à instituer
un comité national permanent de sécurité sanitaire.
Evoquant ce dernier, il a estimé qu'il devait être
présidé par le Premier ministre, le ministre de la santé
étant vice-président.
M. Charles Descours, président de la mission d'information,
indiquant qu'il était à l'origine de la proposition de
création de ce comité, a fait siens les propos de M. Jean-Pierre
Fourcade, président. Il a indiqué que la présidence du
Premier ministre contribuerait à faire de la santé publique une
priorité de l'action gouvernementale.
M. Claude Huriet, rapporteur, a remercié M. Charles Descours,
président de la mission d'information, pour le climat de confiance
qui avait régné tout au long des travaux de la mission.
Il a indiqué à M. Louis Souvet que la nécessaire
sélection des donneurs pouvait être compatible avec la suffisance
de l'approvisionnement en produits sanguins si une politique active de
promotion du don était mise en place. Il a expliqué la
réaction du ministère de l'agriculture concernant la
création de nouvelles agences par la proposition de création
d'une agence unique faite à l'Assemblée nationale par M.
Jean-François Mattéi, député.
Répondant à Mme Marie-Madeleine Dieulangard, il a
rappelé que la durée des travaux d'une mission d'information
étant limitée, il n'avait pas été possible de
décaler complètement ces derniers par rapport au travail
législatif. Il a expliqué l'élargissement de
l'intitulé de la mission par l'attente de l'opinion et par le champ
effectif de ses investigations et a estimé que le rapport, en
s'intéressant à la veille sanitaire, avait une approche globale
de l'ensemble des produits destinés à l'homme.
Il a rappelé que parmi les missions de l'agence nationale
d'accréditation et d'évaluation en santé figurait celle
des actes réalisés en médecine de ville et que le ministre
de la santé demeurait responsable de la politique dans ce domaine.
Il a indiqué à M. Guy Fischer que le rapport ne proposait
pas la création d'une structure véritablement nouvelle mais dans
une large mesure le regroupement de moyens existants. La mise en oeuvre de ces
propositions ne devrait donc pas entraîner un surcoût important.
Répondant à la question commune de Mme Marie-Madeleine
Dieulangard et de M. Guy Fischer, M. Claude Huriet, rapporteur, a
rappelé que le texte du projet de loi initial tendant à
créer l'Agence du médicament opérait une confusion entre
les missions de sécurité sanitaire et économique et que
cette option n'avait pas été retenue par le Sénat.
Il a en outre précisé que l'Agence du médicament ne
recevait pas de subventions de l'industrie du médicament mais qu'elle
percevait les taxes et des redevances.
M. Claude Huriet, rapporteur, a remercié M. René
Marquès pour ses propos.
M. Jean-Pierre Fourcade, président, a annoncé qu'une
question orale avec débat sur les questions de sécurité
sanitaire serait prochainement posée au Gouvernement, à qui il
appartiendra d'y répondre le 18 février prochain.
La commission a adopté le rapport d'information de M. Claude
Huriet, rapporteur, au nom de la mission d'information sur les conditions
du renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la
sécurité sanitaire des produits destinés à l'homme,
en France.
TRAVAUX DE LA MISSION
I. SÉANCE DU MARDI 22 OCTOBRE 1996
- Organisation des travaux de la mission d'information
II. SÉANCE DU MERCREDI 23 OCTOBRE 1996
à 9 heures 15 :
- M. Didier Tabuteau, directeur général et
M. Jean-Paul Cano, président du conseil scientifique de
l'Agence du Médicament
à 10 heures 15 :
- M. Michel Gantois, professeur d'université,
sécurité sanitaire des bio matériaux
III. SÉANCE DU MARDI 29 OCTOBRE 1996
à 9 heures 30 :
- M. Bernard Serrou, auteur du rapport : " Vigilance sanitaire :
bilan et
perspectives "
à 10 heures :
- M. Jean-François Girard, directeur général de la
santé
à 11 heures :
- M. Yves Matillon, directeur de l'ANDEM
à 11 heures 30 :
- M. Michel Thibier, directeur général du centre national
d'études vétérinaires et alimentaires
IV. SÉANCE DU MARDI 5 NOVEMBRE 1996
à 10 heures 15 :
- Mme Michèle Védrine, présidente et M. François
Nonin, secrétaire général de la commission de la
sécurité des consommateurs au ministère de
l'économie et des finances
à 10 heures 45 :
- M. Philippe Guérin, directeur général de l'alimentation
au ministère de l'agriculture, accompagné de MM. Bernard Vallat,
contrôleur général vétérinaire, chef du
service de la qualité à la DGAL et Régis Leseur,
contrôleur général vétérinaire, directeur de
la brigade d'enquêtes vétérinaires
V. SÉANCE DU MARDI 12 NOVEMBRE 1996
à 11 heures :
- Professeur Jean-Michel Alexandre, directeur de l'évaluation à
l'Agence du médicament
VI. SÉANCE DU MERCREDI 20 NOVEMBRE 1996
à 9 heures 30 :
- M. Bernard Mesuré, président, et M. Bernard Lemoine, directeur
général du Syndicat national de l'industrie pharmaceutique (SNIP)
à 10 heures :
- M. Jean Parrot, président du Conseil de l'Ordre des pharmaciens
à 10 heures 30 :
- M. Charles Perinetti, délégué général et
Mme Danièle Hannaire, responsable des affaires techniques du Syndicat
national de l'industrie, des technologies médicales (SNITEM)
à 11 heures :
- M. Maurice Guéniot, président de l'Académie nationale de
médecine
à 11 heures 30 :
- M. Marc Deby, directeur général et M. Christian de Thuin,
adjoint au chef du service technique de l'INC
VII. SÉANCE DU JEUDI 21 NOVEMBRE 1996
à 9 heures 30 :
- M. Didier Lombard, directeur de la direction générale des
stratégies industrielles
à 10 heures :
- M. Guenaël Rodier, épidémiologiste, spécialiste des
maladies infectieuses (Organisation mondiale de la santé)
à 10 heures 30 :
- M. Fernand Pellerin, président et M. François Bourillet,
secrétaire général de l'Académie de pharmacie
à 11 heures :
- M. Patrice Debré, professeur à l'université Paris VI,
directeur du laboratoire CNRS d'immunologie cellulaire et tissulaire à
la Pitié Salpêtrière
VIII. SÉANCE DU MARDI 26 NOVEMBRE 1996
à 9 heures 30 :
- M. le professeur Jean-Yves Le Heuzey, membre de la commission d'autorisation
de mise sur le marché, Hôpital Broussais
à 10 heures 30 :
- M. Christian Babusiaux, directeur général de la concurrence et
de la répression des fraudes
à 11 heures :
- Mme Claire Bazy-Malaurie, directeur des hôpitaux et M. Jacques Grisoni,
responsable de division à la Direction des hôpitaux
à 16 heures :
- M. le Professeur Didier Houssin, président de l'Etablissement
français des greffes
à 16 heures 30 :
- M. Laurent Vachey, président de l'Agence francaise du sang
à 17 heures :
- M. Jacques Drucker, directeur du Réseau National de la Santé
Publique
de 17 heures 30 à 18 heures 30 :
- M. Hervé Gaymard, Secrétaire d'Etat à la santé et
à la sécurité sociale
IX. SÉANCE DU MERCREDI 27 NOVEMBRE 1996
à 10 heures :
- M. Jacques Boisseau, directeur de l'Agence nationale du médicament
vétérinaire
à 10 heures 30 :
- M. Henri Lacoste, directeur général du Laboratoire central des
industries électriques et M. Emmanuel Grimaud, directeur du GMED
à 11 heures :
- M. Bernard Capdeville, président de la fédération des
syndicats pharmaceutiques de France et M. Pierre Beras, président de
l'Union nationale des pharmaciens de France
à 11 heures 30 :
- M. Gérard Pascal, directeur du Centre national d'études et de
recommandations sur la nutrition et l'alimentation et M. Jean-Marie Aynaud,
directeur de recherche à la Direction scientifique des productions
animales
à 12 heures 30 :
- Mme Laurence Schaffar, en remplacement de M. Claude Griscelli, directeur
général à l'INSERM
X. SÉANCE DU MERCREDI 4 DÉCEMBRE 1996
à 10 heures 30 :
- M. Pierre-Louis Toutain, directeur du Laboratoire de physiologie
et toxicologie expérimentales à l'Ecole nationale
vétérinaire de Toulouse
à 12 heures :
- M. Dominique Dormont, président du Comité sur les
encéphalopathies subaigües spongiformes transmissibles et les
prions (CEA)
XI. SÉANCE DU MARDI 10 DECEMBRE 1996
à 15 heures 30 :
- M. Norbert Anselmann, Chef du secteur dispositifs
médicaux, Commission des communautés européennes
XII. SÉANCE DU MERCREDI 18 DECEMBRE 1996
à 14 heures :
- M. William Hunter, directeur du service " santé
publique et sécurité du travail "
à 14 heures 45 :
- M. Florian Horaud, professeur, Conseil scientifique du
directeur général de l'Institut Pasteur
à 15 heures :
- M. Bernard Glorion, Président du Conseil national de l'ordre des
médecins
à 16 heures 15 :
- Mme Marie-Josée Nicoli, présidente de l'Union
fédérale des consommateurs
à 17 heures :
- M. Marc Savey, directeur de recherche du Centre national
d'études vétérinaires et alimentaires
XIII. SÉANCE DU MARDI 7 JANVIER 1997
à 11 heures :
- M. Pierre Louisot, président du Conseil
d'administration du Centre National d'Études et de Recommandations sur
la Nutrition et l'Alimentation (CNERNA)
à 14 heures 30 :
- M. Guy Nicolas, rapporteur général, Haut
Comité de la Santé Publique
à 15 heures :
- M. Bernard Moncelon, directeur du centre de recherche et de
formation de l'Institut National de Recherche et de Sécurité
(INRS)
XIV. SÉANCE DU MARDI 28 JANVIER 1997
- Echange de vues sur le projet de rapport
I. SÉANCE DU MARDI 22 OCTOBRE 1996 - ORGANISATION DES TRAVAUX
Sous la présidence de M. Charles Descours,
président, la mission d'information sur les conditions du
renforcement de la veille sanitaire et du contrôle des produits
thérapeutiques s'est réunie pour organiser ses travaux.
M. Charles Descours, président, a rappelé les principales
questions auxquelles la mission devrait répondre, probablement au
début du mois de décembre.
Concernant la sécurité des produits thérapeutiques, il a
estimé que deux questions principales devraient être posées.
La première concerne les règles de sécurité
applicables à ces produits : sont-elles suffisamment exigeantes ?
La seconde question a trait aux instances administratives chargées
d'arrêter les règles, d'en contrôler l'application et de
procéder aux inspections utiles. Ces instances sont-elles
organisées au mieux ? Leurs structures sont-elles suffisamment
performantes ?
M. Charles Descours, président, a ensuite évoqué
l'autre volet de la mission, la veille sanitaire, c'est-à-dire la
manière dont les pouvoirs publics appréhendaient tous les risques
pour la santé, qu'ils soient liés, par exemple, à
l'alimentation, aux modes de vie ou aux matériaux.
M. Charles Descours, président, a ensuite proposé un
programme d'auditions, dont le compte rendu sera publié dans le rapport
final de la mission.
Il a indiqué avoir retenu avec M. Claude Huriet, rapporteur, le principe
d'une audition de toutes les autorités sanitaires ainsi que des
responsables de tous les organismes qui, de près ou de loin,
participaient à la veille et à la surveillance des risques
sanitaires, tant au niveau national qu'international.
M. Claude Huriet, rapporteur, a estimé que les travaux qu'allait
entreprendre la mission étaient difficiles mais nécessaires et
urgents ; il convenait donc de bien en circonscrire le champ.
Sur le fond, il a affirmé qu'il n'avait pas de préjugé sur
les conclusions des travaux de la mission en ce qui concernait une possible
fusion des agences sanitaires, mais qu'il était convaincu que le
système actuel n'était pas le meilleur.
M. François Autain a également estimé utile de bien
cerner les notions de " veille sanitaire " et de
" produits
thérapeutiques ". Il a rappelé à cet égard la
difficulté, qui avait été constatée à
l'occasion du débat parlementaire consacré aux thérapies
génique et cellulaire, de cerner la simple notion de
" médicament ".
M. Charles Descours, président, a estimé qu'il convenait
de bien définir la notion de produit thérapeutique. Evoquant la
veille sanitaire, il a affirmé qu'elle ne correspondait pas à une
structure mais à un état d'esprit.
M. Jacques Bimbenet, adhérant aux propos du président, a
indiqué qu'il ne convenait pas de restreindre le champ de la veille
sanitaire.
Consultés par le président, les membres de la mission ont
estimé à l'unanimité que la conduite des travaux
n'exigeait pas de recourir, ainsi que le permet désormais le
Règlement, aux pouvoirs d'enquête.
II. SÉANCE DU MERCREDI 23 OCTOBRE 1996
A. AUDITION DE MM. DIDIER TABUTEAU, DIRECTEUR GÉNÉRAL ET JEAN-PAUL CANO, PRÉSIDENT DU CONSEIL SCIENTIFIQUE DE L'AGENCE DU MÉDICAMENT
M. Claude HURIET, rapporteur - Mes chers collègues,
nous avons le plaisir de recevoir pour cette toute première audition M.
Didier Tabuteau et le professeur Jean-Paul Cano.
Je voudrais établir succinctement le cadre de la réflexion de
cette mission, qui fait suite aux travaux sur la thérapie génique
et cellulaire, auxquels vous avez participé à divers titres.
Ceux-ci avaient fait apparaître à l'époque les performances
des établissements concernés par la sécurité
sanitaire, mais aussi quelques interrogations sur la cohérence de
l'ensemble du dispositif français, et sur les possibilités de le
rendre plus performant en termes de sécurité sanitaire des
produits.
Cette mission a été constituée sur proposition du
président Jean-Pierre Fourcade, au sein même de la commission des
affaires sociales, et a pour objet d'établir une sorte d'état des
lieux des dispositifs existants en France, et d'étudier l'optimisation
à laquelle on peut songer.
Nous ne sommes pas, au sens du règlement du Sénat, une commission
d'enquête, mais nous sommes évidemment intéressés
par les conditions de fonctionnement des agences et des différentes
structures auxquelles le Sénat, à travers sa commission des
affaires sociales, a d'ailleurs souvent largement contribué.
Dans la mesure où il s'agit de la première audition, en vous
demandant d'excuser l'absence du président Descours, il est sans doute
intéressant pour les membres de la mission d'avoir une
présentation de l'Agence française du médicament, de voir
comment elle est structurée, d'entendre un rappel de ses attributions,
mais aussi de voir quels sont les liens qui existent entre l'Agence du
médicament et les autres agences, ainsi qu'avec toutes les institutions
universitaires de recherche, publiques ou académiques, notre souhait,
partant de cet inventaire, étant d'établir les liens les plus
opérationnels qui soient pour que la sécurité sanitaire
soit le mieux assurée possible.
Monsieur Tabuteau, vous avez la parole...
M. Didier TABUTEAU - Merci de nous permettre d'exprimer quelques-uns des
objectifs et des préoccupations de l'Agence du médicament.
L'agence du médicament a été mise en place au début
1993, à la suite du vote de la loi relative à la
sécurité en matière de transfusion sanguine et de
médicaments, sur amendement parlementaire et sénatorial.
L'agence s'est constituée concomitamment avec la suppression de la
direction de la pharmacie et du médicament et du laboratoire de la
santé. C'est donc un établissement public qui est venu se
substituer à deux directions ou services de l'administration centrale.
Ceci a eu des conséquences importantes dans son fonctionnement. Ce n'est
pas un établissement public prestataire de service, mais un
établissement public auquel des missions régaliennes ont
été déléguées par la loi.
Trois années de montée en charge avaient été
prévues, et nous voyons se dégager la silhouette
définitive de l'Agence depuis 1996.
L'agence se trouve aujourd'hui être le service public d'évaluation
et de contrôle du médicament, mais également du
réactif de laboratoire -car la France a une position singulière
et avancée dans ce domaine- et, depuis le DMOS de mai 1996, des produits
biologiques à effets thérapeutiques issus des thérapies
géniques et cellulaires.
A la différence de la plupart des agences dans le monde, l'Agence se
caractérise par les trois pôles de compétence réunis
en son sein.
Le premier est le pôle d'évaluation a priori et a posteriori : AMM
et pharmacovigilance.
Le second pôle est celui de l'inspection -contrôle non plus sur
pièce mais sur place- des missions d'inspections sont diligentés
dans les laboratoires en France, mais aussi, pour la première fois,
à l'étranger, notamment au Japon, aux Etats-Unis, au Canada, afin
d'inspecter des entreprises fabricant du médicament ou de
contrôler le respect des bonnes pratiques cliniques ou de laboratoire.
Le troisième pôle concerne les laboratoires d'analyse. L'agence
dispose en effet d'un ensemble de laboratoire relativement important pour un
laboratoire d'Etat, qui représente un effectif de 140 à 150
personnes, et permet de réaliser au sein de l'administration les
analyses des produits que nous prélevons en inspection de routine ou en
cas d'incident.
Très rapidement, une synergie s'est créée entre ces trois
pôles, et je considère que leur réunion dans une même
structure est un élément essentiel du dispositif de
sécurité sanitaire. C'est en fait la condition presque sine qua
non du contrôle de l'ensemble de la chaîne du produit, depuis les
recherches biomédicales jusqu'à la mise sur le marché que
les pouvoirs publics doivent effectuer.
L'Agence se compose donc d'une direction de l'évaluation, d'une
direction des laboratoires et des contrôles, d'une direction de
l'inspection, une direction des études et de l'information
pharmaco-économique pour le bon usage du médicament et du
réactif de laboratoire, ainsi que d'une direction de l'administration
générale.
L'Agence bénéficie du concours d'une très large expertise
externe au travers de dix commissions (AMM, pharmacovigilance...). Cette
organisation traditionnelle pour le secteur du médicament a
été étendue aux réactifs de laboratoire puisque a
été créée une commission d'enregistrement des
réactifs de laboratoire.
Mais la particularité de l'Agence a été de constituer une
évaluation interne en recrutant des médecins, des pharmaciens,
des scientifiques, des techniciens, soit fonctionnaires, soit contractuels,
exclusivement affectés aux activités de l'Agence.
Cela a constitué un changement considérable par rapport à
la formule précédente, puisque l'administration ne disposait pas
de services d'évaluation internes avant la création de l'Agence.
Ce point est fondamental. L'Agence est passée de 300 personnes environ
à plus de 530 aujourd'hui. Les pouvoirs publics ont
réalisé un effort considérable pour doter l'Agence des
moyens d'évaluation interne dont elle avait besoin. Aujourd'hui,
l'Agence est composée aux deux-tiers de médecins, de pharmaciens
et de scientifiques.
L'intérêt de cette évaluation est de disposer d'une
évaluation continue et permanente, neutre et indépendante, les
agents de l'Agence ne pouvant avoir de lien avec quelque entreprise que ce
soit. Par ailleurs, ces services assurent la mémoire de
l'évaluation, ce qui ne peut être fait que grâce à
des agents permanents. Le souci est en outre de bénéficier d'une
évaluation généraliste qui garantisse
l'égalité de traitement des différents produits.
En fait, le fonctionnement de l'Agence repose sur l'équilibre entre une
expertise externe très poussée, avec l'aide des plus grands
spécialistes français, et une évaluation interne faite par
les scientifiques de l'Agence.
D'une manière générale, en matière de
sécurité sanitaire, trois ou quatre grands principes me semblent
se dégager dans la pratique quotidienne. Le premier est le principe de
précaution et l'appréciation permanente du rapport
bénéfice-risque, sans sombrer ni dans la négligence, ni
dans l'hypertrophie du risque, qui peut conduire à geler la prise de
décision et à des effets sur la santé publique tout aussi
préjudiciables.
Le second principe est le principe de contradiction, qui doit garantir la plus
grande transparence et permettre à d'autres scientifiques de faire
entendre leur voix.
Le troisième principe est celui de séparation des fonctions.
L'exercice du contrôle et du pouvoir de police sanitaire doit être
dissocié des fonctions de gestion et de développement d'un
secteur. C'est un métier à part entière et nous devons
pouvoir avoir une totale indépendance par rapport aux différents
interlocuteurs soumis à ces pouvoirs de contrôle et de police.
Ceci est plus difficile si l'autorité est également
chargée de conduire une politique de développement du secteur.
Enfin, le dernier principe est le principe d'intégration, qui consiste
à contrôler l'ensemble de la chaîne. Ce contrôle
rejoint une logique de métier, car connaître un produit à
travers son évaluation, son inspection et ses analyses en laboratoire
permet de développer une expertise beaucoup plus pertinente et efficace
que si les pôles d'évaluation, d'inspection, d'analyse sont
distincts.
M. Claude HURIET, rapporteur - La parole est maintenant à M. Jean-Paul
Cano, président du conseil scientifique de l'Agence...
M. Jean-Paul CANO - Le conseil scientifique de l'Agence a pour mission
d'émettre des avis et de veiller à la cohérence de la
politique scientifique de l'établissement.
Le conseil scientifique est composé, outre son président, de 26
membres, dont des membres de droit, c'est-à-dire l'ensemble des
présidents des commissions, au nombre de 7, ainsi que le directeur du
réseau national de santé publique. A côté des
membres de droit, on trouve également des membres nommés par le
ministre de la santé et notamment des représentants du
ministère des universités, du ministère de la recherche,
de l'INSERM et du CNRS. Sont également nommés, sur proposition du
directeur général, des scientifiques de l'Agence, au nombre de
quatre, certaines personnalités -praticiens hospitaliers, professeurs
des universités et praticiens hospitaliers.
Depuis sa création, le conseil scientifique s'est réuni, comme le
souhaite la loi, plus de trois fois par an, en moyenne quatre fois et a
défini deux grandes orientations. La première est de constituer
des groupes-projets, afin de répondre à des préoccupations
arrêtées pour la majorité par le ministre de la
santé, en l'occurrence M. Douste-Blazy.
Nous avons réfléchi à des sujets sensibles, comme la
réorganisation du réseau de pharmacologie clinique qui, en
France, est rattaché à l'Agence.
Nous avons également formulé un avis sur un document traitant des
méthodologies de réévaluation des médicaments,
ainsi que sur l'inspection des essais cliniques, qui a pour but d'authentifier
la qualité des essais, la façon dont ils sont
réalisés dans des services cliniques pas des industriels.
Nous avons également traité d'un sujet sensible, les relations
entre l'industrie et l'AMM, qui avait pour but d'étudier les
préoccupations des industriels en matière d'évolution
d'autorisation de mise sur le marché.
Indépendamment de la création de l'Agence européenne, qui
règle les procédures centralisées, nous nous sommes
beaucoup penchés sur la mise en place d'un d'équivalent de l'IND,
l'"Investigational new drug application", c'est-à-dire l'autorisation
que donne la "Food and Drug Administration" avant de démarrer un essai
clinique visant à apprécier la tolérance,
l'efficacité, l'activité d'un principe actif classique -un
médicament-, d'un produit biologique ou d'un dispositif médical.
Il est vrai que cette question reste d'actualité : faut-il ou non avoir
une IND en France, et dans quel secteur ? Faut-il avoir une IND dans les
secteurs très avancés, là où tout le monde apprend,
à la fois les pouvoirs publics et l'industrie ?
Nous avons eu aussi une réflexion sur les aspects
pharmaco-épidémiologiques. Les ministres de la santé
successifs -et parfois même les parlementaires- se sont interrogés
sur la pathologie iatrogène et la fréquence d'hospitalisation due
à un mauvais usage d'un médicament ? On voit en effet tous les
chiffres circuler -3, 5, parfois même 20 %...
Nous avons donc proposé une étude pilote, qui a été
acceptée par le conseil d'administration, afin de mettre en place une
opération de faisabilité de cette étude, qui va impliquer
des centres régionaux de pharmaco-vigilance, pour connaître le
coût que cela représente -car le retentissement sur la
santé n'est pas neutre- et savoir comment améliorer et diminuer
le pourcentage résultant d'une mauvaise utilisation des
médicaments.
Enfin, à la demande du directeur général, nous avons
ouvert un autre grand projet sur l'utilisation des tests à domicile,
leurs qualités, leurs modalités d'enregistrement et de
contrôle, leur fiabilité. Ce sont des questions relatives à
la fois à la sécurité sanitaire et au contrôle des
produits.
Voilà donc les missions de ce conseil scientifique, qui arrive
d'ailleurs au terme de son mandat de trois ans.
M. Claude HURIET, rapporteur - Monsieur le Directeur général,
pouvez-vous prolonger votre propos concernant les relations extérieures
de l'Agence ?
M. Didier TABUTEAU - Les relations que l'Agence a pu nouer sont de plusieurs
types. Nous sommes une composante du ministère de la santé et
travaillons quotidiennement avec la direction générale de la
santé, la direction des hôpitaux, la direction de l'administration
générale du ministère et la direction de la
Sécurité sociale sur les sujets qui nous communs, l'Agence
étant elle-même venue se substituer à deux direction et
service.
Nous avons bien évidemment des relations de travail avec les autres
agences, en cas de problèmes communs, grâce notamment à un
dispositif d'alerte partagée. Par exemple, lorsqu'il apparaît
qu'un donneur de sang a développé une pathologie, l'Agence du
sang s'occupe des produits labiles et nous nous occupons de la procédure
d'alerte sanitaire pour les produits sanguins stables préparés
à partir de ce don.
La procédure fonctionne alors très rapidement. De même,
nous les informons lorsque des incidents proviennent sur des produits stables.
Nous avons de plus certaines conventions avec ces institutions. L'une des
particularités de l'Agence est de posséder des laboratoires
d'analyses dont ne disposent pas l'Agence française du sang ou
l'établissement français des greffes. Nous avons donc conclu une
convention avec l'Agence du sang et l'établissement français des
greffes pour réaliser des analyses à leur demande.
De même, une convention a été conclue avec l'INSERM, et je
ne doute pas que les opérations de réimplantation des
laboratoires de l'Agence dans des milieux scientifiques intéressants se
traduiront par le développement de conventions scientifiques de
coopération avec les universités sur Paris, Lyon ou Montpellier.
D'autre part, les commissions sont un lieu d'échange entre la
communauté scientifique et l'Agence. Ces commissions sont
composées d'experts, de chercheurs, d'hospitaliers qui irriguent et
développent l'expertise de l'Agence. En effet les commissions
représentent 300 membres permanents répartis dans dix commissions
et près de 1.500 experts, qui interviennent selon les cas, les
pathologies, les médicaments en cause.
Il existe d'autre part des réseaux de pharmacologie clinique, mais aussi
de pharmaco-vigilance -31 centres répartis dans les grands centres
hospitaliers universitaires- et les centres d'étude sur la
pharmaco-dépendance assurant le suivi de tous les médicaments
psychotropes ou stupéfiants, qui jouent un rôle essentiel pour
remonter l'information et analyser les problèmes scientifiques que
l'Agence peut avoir à traiter.
Enfin, d'une certaine manière, l'Agence est l'une des composantes du
réseau des autorités sanitaires du médicament en Europe,
dont le centre est situé à Londres, avec l'Agence
européenne. C'est une composante qu'il faut avoir à l'esprit, car
cela se traduit par la présence très fréquente d'experts
de l'Agence française à Londres pour réaliser des travaux
d'évaluation, pour le compte des institutions européennes, qui
déboucheront sur une AMM européenne.
Le réseau vaut aussi pour la vigilance sanitaire, puisqu'il existe une
alerte systématique entre les quinze autorités sanitaires des
pays de l'Union, en cas d'incident sur un médicament exporté.
Cette collaboration scientifique a incontestablement permis une
évolution du niveau des exigences communes, dans le sens d'une vigilance
accrue.
D'une manière générale, trois critères essentiels
s'imposent à l'Agence.
Le premier concerne le niveau scientifique. Il doit être le plus
élevé possible. Le second est le critère de
l'efficacité administrative (rigueur des procédures,
délais conformes aux textes, ce qui est rarement le cas en Europe) nous
avons ainsi consacré beaucoup d'efforts à la résorption
des retards et à la remise à niveau des procédures. Enfin,
troisième critère : la rigueur déontologique et la
transparence. C'est pour cela que l'Agence du médicament a
été la première administration française à
imposer des déclarations d'intérêt à ses experts et
à les publier.
Ces déclarations ont été rendues publiques sur
décision de Mme Veil, sur ma proposition, fin 1994. Il a
été publié en annexe à notre rapport
d'activité avec l'accord de M. Gaymard, dès 1995.
Il reste que nous avons beaucoup de progrès à réaliser
dans le domaine de l'information des professionnels de santé. Nous
essayons d'améliorer la diffusion d'information de santé publique
sur le médicament et le réactif de laboratoire.
La première étape à avoir été franchie a
été l'alerte sanitaire. L'agence a mis en place, mi 1994, un
serveur minitel grand public qui retrace toutes les décisions de retrait
de lots de médicaments de façon exhaustive et transparente.
C'est un souci constant et le choix de l'Agence a été de faire
figurer tous les rappels sur minitel, pour que les pharmaciens puissent le
consulter tous les jours et avoir une information immédiate, mais
également pour permettre au public de vérifier ou d'infirmer les
rumeurs, de s'informer directement auprès de l'autorité sanitaire.
Pour ce qui est de l'information professionnelle, il existe un certain nombre
de publications de l'Agence adressées aux médecins et
pharmaciens, comme les fiches de transparence comportant en particulier des
tableaux comparatifs entre médicaments, par classe thérapeutique
et grande pathologie. Nous diffusons également des avis aux
prescripteurs par la presse professionnelle, mais également parfois par
lettre personnelle, chaque fois qu'un problème de pharmaco-vigilance le
justifie. Evidemment, la lettre à chaque médecin est un
système très coûteux et nous ne pouvons y avoir recours
systématiquement.
Enfin, nous travaillons au développement de publications
adressées à l'ensemble des professionnels pour leur apporter
l'information de sécurité sanitaire qui leur est due. C'est sans
doute un des grands chantiers d'avenir pour l'Agence.
M. Claude HURIET, rapporteur - La parole est aux commissaires...
M. Bernard SEILLIER - Avez-vous des contacts informels avec l'inspection
vétérinaire ou la répression des fraudes ?
M. Didier TABUTEAU - L'essentiel de ces relations passent par
l'intermédiaire de la direction nationale de la santé. Il peut y
en voir directement, notamment concernant le contrôle de la
publicité de produits à allégations santé, mais ces
problèmes ne sont pas dans la sphère directe de compétence
de l'Agence.
M. Dominique LECLERC - Qui informe les professionnels en matière
d'alerte sanitaire ?
Par ailleurs, concernant les lots médicamenteux, en tant que
professionnel, je pense que l'information doit être
améliorée.
D'autre part, je ne vois pas comment les parlementaires pourront être
appelés à voter la loi de financement de la
Sécurité sociale, sans avoir été informés de
la fantastique évolution des dépenses de santé liée
à l'hépatite C ou aux pathologies nouvelles. Le rôle de
l'Agence n'est-il pas aussi d'anticiper dans ce domaine ?
M. Didier TABUTEAU - Tout d'abord, il n'existe effectivement pas de moyens
d'alerte sanitaire immédiats, en dehors du communiqué de presse,
lorsque des circonstances graves l'exigent.
Nous avons donc souhaité mettre deux dispositifs en place, le premier
par le biais des industriels avec le concours de l'ordre national des
pharmaciens, à travers le système des
grossistes-répartiteurs, qui permet de toucher toutes les pharmacies
dans la journée, et le second par l'intermédiaire du 3617, la
dernière alerte étant maintenue comme première page
d'écran.
Bien évidemment, nous souhaitons être plus ambitieux et nous
travaillons avec les organisations professionnelles de biologistes à la
mise en place d'un échange automatique et télématique
d'informations avec les laboratoires, qui sont informatisés presque
à 100 %.
Cela offrirait aux laboratoires, dont le nombre est plus restreint et
l'informatisation quasi-totale, une possibilité d'alerte sanitaire en
temps réel. La profession est très intéressée et
cela pourrait également faciliter les transferts d'informations dans le
cadre du contrôle national de qualité des analyses de biologie
médicale, que nous assurons désormais en interne en vertu de la
loi de 1994.
Concernant les retraits de lots, j'espère qu'un système de
même nature pourra se mettre en place, mais il est largement tributaire
de l'informatisation des pharmacies pour leurs liaisons avec les caisses de
sécurité sociale. En effet, on n'imagine pas deux réseaux
informatiques, l'un pour la veille sanitaire, l'autre pour l'ensemble des
échanges d'informations. Nous souhaitons donc pouvoir disposer d'une
liaison télématique avec les pharmaciens dans le cadre du
réseau qui sera mis en place, afin de permettre un transfert
immédiat de l'information.
Quant aux médecins, qui sont également souvent concernés
par des décisions de cette nature, nous comptons beaucoup sur le
système d'alerte que prépare la DGS à leur intention et
sur lequel nous pourrions nous greffer, lorsqu'il aura vu le jour.
M. Jean-Paul CANO - Pour ce qui est de la question relative au coût, le
conseil scientifique n'est saisi que sur des aspects scientifiques, mais nous
aurions pu être saisis d'une question sur les stratégies
thérapeutiques et leur évolution dans les années à
venir. Le problème du coût est du ressort du comité
économique...
M. Louis BOYER - Avez-vous, pour nous défendre sur le plan
européen, quelque chose correspondant au petit livre orange
américain ?
Par ailleurs, ne pensez-vous pas qu'en France, l'AMM est trop longue par
rapport à d'autres pays, ce qui permet certains piratages. Ainsi, le
vaccin contre l'hépatite B, qui a été découvert en
France, a été breveté par les Américains, qui ont
ensuite intenté un procès aux Français pour l'avoir
copié !
M. Didier TABUTEAU - J'ai beaucoup insisté, au début de mon
propos, sur les trois pôles, selon moi essentiels. L'inspection est la
clé de voûte du dispositif. Le souci a été de
constituer une inspection spécialisée dans les différents
domaines relevant de l'Agence et qui vont du contrôle des matières
premières à la biologie. Nous sommes ainsi allés,
conjointement avec le MCA britannique, pour le compte de l'Agence
européenne, contrôler des entreprises fabricant des produits
soumis à un enregistrement par la procédure centralisée.
Nous le faisons maintenant dans le cadre de procédures nationales.
Cette inspection concerne également les essais cliniques, car il est
essentiel de vérifier que les essais ont bien eu lieu dans les services
hospitaliers et qu'ils ont été faits conformément aux
bonnes pratiques cliniques, afin de garantir la solidité des
résultats sur lesquels l'évaluation va se fonder pour
délivrer l'AMM.
Cette inspection me paraît être un élément essentiel
qu'on doit pouvoir porter à l'extérieur de nos frontières,
comme le font depuis longtemps certaines inspections étrangères.
Quant au livre orange, il s'agit des bonnes pratiques de fabrication, qui sont
harmonisées au niveau européen.
M. Jean-Paul CANO - Concernant la longueur de l'AMM, les procédures ne
sont pas du tout les mêmes. Ce qui compte, c'est la date de
dépôt. Or, la différence par rapport aux Etats-Unis n'est
pas hautement significative. J'en veux pour preuve une étude
publiée par la FDA en mars 1996. Le différentiel est de l'ordre
de quelques semaines, voire d'un mois ou deux. Par contre, la procédure
américaine oblige à un dépôt avant les études
cliniques...
Par contre, pour les technologies innovantes - transferts de gêne,
manipulations de cellules vivantes ou production de nouveaux types de vaccins,
en un mot pour la biotechnologie et la biothérapie- je suis un fervent
partisan d'une IND. Cela n'engage que moi, et non le conseil scientifique, bien
évidemment...
M. Didier TABUTEAU - Effectivement, il arrive dans un certain nombre de cas que
l'AMM soit délivrée plus tôt aux Etats-Unis qu'en Europe,
mais parce que le dossier a été déposé un an ou un
an et demi avant d'avoir été déposé en Europe ! Or,
nous sommes tributaires de la décision du laboratoire d'enregistrer ou
non le produit. Si l'on prend en compte la date de dépôt et la
date de délivrance de l'AMM, tout s'inverse, et la délivrance se
fait dans les 200 à 300 jours en Europe. Pour les molécules
très innovantes ou les pathologies graves, la délivrance se fait
plutôt autour de 100 jours...
Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - En cas de refus d'inspection à
l'étranger, iriez-vous jusqu'à priver la France ou l'Europe de
certains médicaments et procédés ?
Par ailleurs, depuis 1994-1995, ressentez-vous chez les professionnels de
santé une évolution dans les comportements ?
Enfin, début 1996, on a senti qu'il existait quelques
chasses-gardées dans vos relations avec les autres agences. Où en
êtes-vous de ce point de vue ?
M. Didier TABUTEAU - Concernant les inspections, il existe plusieurs types de
pratiques. Au sein des pays de l'Union, il y a échange d'informations,
éventuellement des inspections conjointes. A l'extérieur de
l'Union, nous pouvons aller voir sur place. Notre métier est
d'être vigilant et il est essentiel que, pour tout dossier et tout
laboratoire, il y ait possibilité, pour l'autorité chargée
de l'évaluation et du contrôle, d'exercer un contrôle sur
place. Nous le faisons systématiquement dans certains cas, ou par
sondage, mais on doit pouvoir le faire !
Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - Il n'y a jamais de refus ?
M. Didier TABUTEAU - Si tel était le cas, on en tirerait les
conséquences. Cela jetterait la suspicion sur le dossier...
Par ailleurs, il existe un travail international au niveau de l'ancienne
convention Pic. Ce travail continue, et la Commission doit, au nom de l'Union
européenne, voir dans quelles conditions les pays d'Europe peuvent
échanger une information avec des pays tiers et reconnaître
mutuellement les inspections réalisées par ces pays et par les
pays de l'Union.
Pour ce qui est de l'alerte sanitaire et de l'évolution des
comportements, il est vrai qu'on ressent dans le secteur de la santé une
attention accrue des professionnels dans leur ensemble concernant les questions
de vigilance et de sécurité. Ainsi, la France est le premier pays
au monde à avoir réévalué les tests de
dépistage. Puis les Etats-Unis et l'Allemagne s'y sont
intéressés...
On relève des problèmes de sous-notifications dans tous les
systèmes de vigilance. C'est un constat classique. Cela dit, on a un
système qui fait remonter énormément d'informations.
Encore une fois, je préférerais qu'il y en ait plus, mais le
système reçoit plus de 15.000 notifications de
pharmaco-vigilance. Le système français de pharmaco-vigilance est
au premier rang en termes d'informations émanant des professionnels,
alors que, dans bien des pays, ces informations transitent par les entreprises.
C'est un atout très important pour le système français !
Quant aux relations avec les agences, je ne crois pas qu'il existe de gros
problèmes de frontières. Les choses sont définies
clairement par les textes. Une complémentarité existe par exemple
pour les analyses en laboratoire que l'Agence du médicament
réalise en vertu de conventions pour le compte de l'Agence
française du sang et de l'Etablissement français des greffes,
voire de la Direction générale de la santé.
Incontestablement, le problème qui peut se poser est celui des produits
qui ne sont pas sous le champ de compétence de ces
établissements. C'est un peu le "syndrome du lampadaire" : le
problème, c'est ce qui n'est pas sous le lampadaire !
Pour ces produits sans statut, le problème est beaucoup plus difficile.
Les méthodologies d'évaluation, les compétences sont
à définir comme cela a été fait pour les
thérapies cellulaires récemment.
M. François AUTAIN - La formule qui existe actuellement est-elle
suffisante pour garantir la sécurité sanitaire des malades qui
s'adressent à l'Agence du sang ou à l'établissement
français des greffes ? Le système de convention est-il
satisfaisant ou faut-il penser à quelque chose de plus efficace pour
éviter la survenue d'incidents comme ceux qu'on a pu connaître
avec le sang ou les prothèses siliconées ? Faudrait-il
élargir vos compétences ?
M. Didier TABUTEAU - Permettez-moi de répondre de façon technique
et purement administrative à une question qui est de l'ordre de la
politique de santé...
Tous les observateurs ont noté une extraordinaire amélioration de
la situation du contrôle de la sécurité sanitaire en France
depuis quelques années pour les grandes gammes de produits.
Quant aux conventions entre établissements, il ne s'agit pas de
répartir les compétences de contrôle, qui sont
définies par la loi, mais simplement de réaliser le travail
d'analyses. D'une certaine manière, nous jouons le rôle de
laboratoire de contrôle d'Etat pour les autres autorités
sanitaires.
Le souci est de s'assurer que tout ce qui doit être soumis à
évaluation et à contrôle au titre des législations
sur les produits l'est effectivement. S'agissant du champ de compétences
de chaque établissement et du fait de savoir si cela doit donner lieu
à regroupement, vous me permettrez de ne pas répondre...
En revanche, il existe une véritable interrogation de santé
publique sur les produits qui ne sont pas définis comme entrant dans le
champ de contrôle et d'évaluation d'un établissement,
c'est-à-dire les produits frontières ou sans statut. Pour les
produits frontières, par exemple entre médicament et dispositif
médical, il doit y avoir une décision de classement dans l'une
des catégories. En général, la décision est prise
à Bruxelles, car ces problèmes de produits-frontières se
posent dans tous les pays. Certains tombent dans le champ du dispositif,
d'autres dans le champ du médicament.
La difficulté majeure me paraît résider dans les produits
qui se situent hors du champ du lampadaire.
M. Claude HURIET, rapporteur - Pouvez-vous nous donner la liste de ces produits
hors champ ? ... Je songe aux biomatériaux, aux additifs alimentaires...
La réponse est essentielle pour fixer le champ de réflexion de la
mission...
Par ailleurs, l'Agence a-t-elle un rôle d'accompagnement des usagers, ou
bien existe-t-il quelques étapes-clés ? Quel rôle
envisagez-vous tout au long de cette chaîne que vous avez
évoquée ?
Par ailleurs, dispose-t-on d'un nombre suffisant d'experts pour que la
procédure de contradiction soit effective, sans aller à
l'encontre du principe de prise d'intérêt ?
Enfin, quelles sont les attributions respectives actuelles et à
prévoir entre l'Agence européenne et les agences nationales ?
M. Didier TABUTEAU - Le premier point mérite un examen scientifique que
je ne suis pas en mesure de fournir. Je peux citer quelques exemples de
produits, comme les milieux de culture, que l'on peut utiliser dans un certain
nombre d'actes médicaux. D'autres produits accessoires à l'acte
médical ne figurent pas toujours dans un circuit de
réglementation classique. La question se pose même pour les actes
médicaux.
Je suis étonné qu'il n'y ait pas, en France, de système de
déclaration des effets indésirables de médico-vigilance.
Tout médicament qui pose un problème doit donner lieu à
une déclaration obligatoire du professionnel qui en a connaissance. En
revanche, des pratiques médicales qui donnent lieu à des effets
indésirables ne sont pas répertoriées.
M. François AUTAIN - Pouvez-vous donner des exemples d'accessoires
à l'acte médical ?
M. Didier TABUTEAU - ... Des milieux de conservation, des produits de
traitement ex vivo.
M. Claude HURIET, rapporteur - Nous aimerions que vous prolongiez la
réflexion par une note écrite. Nous allons poser la question
à la plupart de nos interlocuteurs...
M. Didier TABUTEAU - Quant au rôle de conseil, tout comme dans les
grandes agences internationales, il est possible d'obtenir un conseil au cours
des recherches conduites par les entreprises. Nous avons parfois des
réunions de concertation, dans lesquelles le laboratoire, très en
amont de l'AMM, se renseigne pour savoir, sans engagement de notre part, dans
quelle voie les derniers essais cliniques doivent être orientés
pour que le dossier d'évaluation soit le plus pertinent possible.
Par ailleurs, on a essayé de publier les jurisprudences des commissions.
Il a ainsi été établi des recommandations en
matière de publicité pharmaceutique. Il s'agit en fait de mettre
la règle du jeu au vu de laquelle les dossiers sont examinés par
les commissions à la disposition des industriels.
Enfin, nous avons créé, dès la mise en place de l'Agence,
une unité d'assistance aux entreprises, qui a pour rôle de prendre
en charge les questions pour lesquelles il n'existe pas d'unité
chargée de les traiter. On a ainsi rendu service à un certain
nombre d'entreprises...
D'autre part, venant du conseil d'Etat, la procédure contradictoire me
paraît constituer le fonctionnement normal de toute institution, et il
m'a semblé assez naturel d'essayer de le développer au sein de
l'Agence. Cela se traduit par le fait que, lorsqu'on prend des décisions
défavorables et relativement lourdes, les entreprises sont
invitées à venir s'expliquer et participer au débat avant
la prise de décision.
Très régulièrement, par exemple dans le contrôle de
la publicité, qui fait l'objet de discussions nourries, nous envoyons
une mise en demeure aux laboratoires, qui peut en retour faire connaître
son point de vue, soit par écrit, soit par une audition devant la
commission. Il nous arrive dans un nombre significatif de cas de lever la mise
en demeure au vu des arguments présentés.
Même s'il ne faut pas que cela devienne une méthode dilatoire qui
retarde le déroulement des procédures, je crois que lorsqu'une
décision défavorable est lourde de conséquences, il est
normal que cette contradiction entre laboratoires experts et services de
l'Agence ait lieu. Nous essayons de la multiplier chaque fois que c'est
nécessaire.
Reste la question corollaire des experts. Les règles sont simples : tout
d'abord, un expert qui a un intérêt dans un dossier n'a pas le
droit de participer aux délibérations et au vote concernant ce
dossier. C'est une règle qui résulte du code pénal et que
nous avons rappelée à toutes les commissions.
En revanche -et d'ailleurs, aucun pays ne prend ce risque- dans certains cas
particuliers, il est difficile de trouver un expert compétent qui n'ait
participé à aucun essai clinique : en effet, comment pourrait-il
priver ses patients d'une molécule prometteuse en refusant que son
service soit inclus dans des essais cliniques ? Dans ce cas, nous avons recours
à trois, voire à quatre experts au lieu d'un, et nous essayons de
disposer d'un expert méthodologiste, n'ayant aucun lien, qui pourra
avoir une vision différente du contenu du dossier.
Enfin, s'agissant des attributions de l'Agence européenne, il y avait
déjà fort à faire à mettre cette agence en place !
Pour ce qui est de l'extension de ses compétences, la réflexion
est conduite dans les instances européennes, mais ne débouchera
pas à mon avis dans les prochains mois.
M. Jean-Paul CANO - Je voudrais ajouter que nous portons un regard attentif
quant à la sécurité et au contrôle des produits
alimentaires revendiquant des allégations de santé. Je ne vous
cache pas qu'on a beaucoup à faire sur ce sujet.
Enfin, l'intitulé de la mission porte sur le contrôle des
produits. Dans certains cas, il conviendrait de parler du contrôle des
procédés et des produits : lorsque les produits sont obtenus
par des technologies qui ne sont pas bien maîtrisées, ne
commettons pas l'erreur de ne regarder que le produit et non le
procédé ! Ce serait extrêmement grave pour la
sécurité sanitaire !
M. Claude HURIET, rapporteur - Merci beaucoup.
B. AUDITION DE M. MICHEL GANTOIS, PROFESSEUR D'UNIVERSITÉ, SPÉCIALISTE DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES BIO MATÉRIAUX
M. Claude HURIET, rapporteur - Au cours d'une conversation,
le
professeur Michel Merle m'a fait part des préoccupations que l'on
pouvait avoir à propos de l'utilisation, depuis dix ou quinze ans, de
certains biomatériaux, dont on pouvait penser qu'ils étaient
inertes, et dont on se rendait compte quelques années plus tard qu'ils
pouvaient entraîner des incidents dont le côté pathologique
n'était pas affirmé.
Or, ayant déjà pu constater que la sécurité des
biomatériaux était loin d'être assurée, et ne
sachant pas de quel domaine de compétences ils ressortent, j'ai
pensé qu'il était utile que le professeur Gantois, qui travaille
avec le professeur Merle, soit entendu par notre mission.
Existe-t-il un vrai problème ? Y a-t-il des moyens de réponse ?
Sont-ils bien adaptés ?
M. Michel GANTOIS, président du pôle universitaire
européen, professeur d'université, spécialiste des
biomatériaux - Permettez-moi de me présenter : je suis professeur
à l'Institut national polytechnique de Lorraine. J'ai une formation
d'ingénieur et je suis spécialiste du secteur des
matériaux. J'ai été amené à diriger l'Ecole
des mines de Nancy, à présider l'Institut polytechnique, et j'ai
créé l'un des plus gros laboratoires français, qui est une
structure associée au CNRS, dans le domaine des matériaux, avec
des applications dans le secteur des biomatériaux.
Je collabore avec un certain nombre de collègues, en particulier le
professeur Merle, dans le cadre de l'Institut des biomatériaux. Je n'ai
pas de compétences personnelles sur les aspects liés à la
toxicité potentielle des matériaux, qui sont du ressort de mes
collègues médecins ou biologistes. Toutefois, ce que je vais dire
concerne la qualité de certains produits mis sur le marché, en
particulier dans le domaine des prothèses. Depuis maintenant une
quinzaine d'années, à la demande de mes collègues de
Nancy, et plus généralement de certains collègues
médecins français, je suis amené à réaliser
des examens sur différents matériaux implantés dans le
corps humain, qui ont subi des dégradations souvent
prématurées.
Je suis stupéfait par les résultats de mes observations, car la
plus grande part des dégradations que je constate sont dues pour
l'essentiel soit à des défauts de conception, soit à une
mauvaise qualité du matériau. Ce n'est pas le choix du
matériau lui-même qui en cause, mais la qualité du
matériau utilisé.
Ces erreurs de conception sont de nature mécanique -c'est-à-dire
le dessin même de certaines pièces- ou sont imputables à la
façon dont le matériau a été choisi
-c'est-à-dire sa structure. La majorité des dégradations
prématurées et des ruptures est due en fait à
l'inobservation de règles élémentaires connues dans le
secteur des matériaux et de la mécanique.
Je ne peux me prononcer sur la raison de cette situation, mais je constate que
la situation est assez grave et dramatique. J'observe actuellement, à la
demande du professeur Merle, une prothèse de genou correctement
dessinée, mais réalisée dans des matériaux qui
n'ont aucune chance de durer ! Je me demande même pourquoi la
prothèse n'a pas cassé dès qu'elle a été
posée sur le patient !
Je peux citer ainsi un très grand nombre d'exemples où l'on
relève des erreurs dans le choix, la qualité des matériaux
et la conception du matériel.
Second exemple : c'est moi qui ai mis en lumière les problèmes
liés à un pace maker qui était conçu de telle sorte
que la rupture de la lame d'acier au sein du pace maker, perçant la
gaine en matière plastique qui l'entourait, allait percer le coeur du
patient. Il y a ainsi eu un certain nombre d'accidents. Deux mille sont encore
implantés. Je crois qu'ils sont maintenant interdits. Il s'agit
là d'une erreur de conception élémentaire de ce
matériel.
A quoi cela est-il dû ? ... Bien évidemment, j'ai quelquefois
-mais rarement- des contacts avec les fabricants, qui s'inquiètent
toujours lorsqu'ils voient le résultat des expertises, et j'ai le
sentiment qu'il n'existe pas de contrôle sur ce genre de produits, comme
dans d'autres domaines. En effet, de nos jours, il n'existe pas une vis d'avion
qui n'ait fait l'objet d'un agrément technique qui la certifie pour une
utilisation aéronautique !
Or, j'ai l'impression qu'il doit être aujourd'hui possible d'implanter
une prothèse de genou sans que celle-ci ait été
certifiée par un organisme quelconque sur le plan technique. Si
c'était le cas, on ne devrait jamais observer ce que j'ai
été amené à observer !
La situation est assez dramatique car les fautes que j'ai observées sont
élémentaires. Les alliages de titane utilisés pour la
prothèse de hanche ou de genou sont d'utilisation courante dans
l'industrie, en particulier aéronautique ! On sait exactement ce qu'il
faut leur faire subir, les conditions de mise en forme, de traitement
thermique, de traitement de surface, de forgeage ou autres opérations du
même type, afin que leurs caractéristiques mécaniques et
leur durée de vie soient garanties. Or, j'observe qu'on a utilisé
des alliages qui ne correspondent ni de près ni de loin à ces
caractéristiques de base connues par les spécialistes !
Quelle est l'origine ? ... Vraisemblablement la chaîne de fabrication est
incorrecte. Selon mes hypothèses, le produit est conçu par le
médecin, qui en propose et en décrit les principales fonctions.
Ceci est repris par des sociétés qui, autant que j'ai pu le
découvrir, sous-traitent ce marché auprès d'entreprises
qui n'ont pas obligatoirement les compétences requises pour le choix des
matériaux et l'usinage des pièces.
Le professeur Merle m'a amené un jour un lot de vis utilisées
pour fixer les petites prothèses. Or, il existait un point faible dans
la conception et dans le dessin, sous la tête de la vis, qui cassait
dès qu'on la serrait. Ceci est connu de tous les fabricants de vis du
monde ! Comment peut-on arriver à de telles situations comme cela ? Je
n'en sais rien !
Toujours est-il que j'ai une vue catastrophique, car je n'observe que ce qui
est cassé. Je ne vois par conséquent pas ce qui est bon, mais il
voit y avoir du bon quand même ! Cela étant dit, moins de 5 % des
ruptures que j'ai observées sont acceptables, car on ne peut garantir
les matériaux à 100 %. Toutefois, 95 % sont pour moi des fautes
de conception et de choix des matériaux !
Je crois qu'il est urgent de faire quelque chose. Il faut que s'installe un
contrôle indépendant de toute cette chaîne, qui
m'apparaît complexe. Ca n'est certainement pas très
compliqué à mettre en place. Il suffit de rassembler dans une
institution indépendante, de type public, quelques spécialistes,
qui émettront un avis purement technique auprès d'une commission.
Il n'y a pas besoin d'aller au-delà. Encore faudrait-il que cela se
fasse, et je crois qu'aujourd'hui, cela ne se fait pas !
M. Claude HURIET, rapporteur - Le professeur Gantois a montré la
réalité du problème et nous a également permis de
découvrir une situation à laquelle, manifestement, la mission
doit apporter une réponse !
M. François AUTAIN - Qu'existe-t-il actuellement et que peut-on faire ?
Si j'ai bien compris, il n'existe rien !
M. Claude HURIET, rapporteur - Qu'existe-t-il en France ou à
l'étranger ? Les exemples que vous avez choisis ne concernent pas
seulement des fabrications françaises...
M. Michel GANTOIS - Ce sont malheureusement majoritairement des fabrications
françaises.
Je suis par ailleurs terriblement surpris, car d'après mon
expérience dans le domaine industriel, le bénéfice sur ces
produits semble compris entre 5 et 10, ce qui est considérable ! A ce
prix, on pourrait s'attendre à avoir de la qualité. Or, on ne l'a
pas !
Enfin, la situation semble connue de certains. Une grande société
européenne de traitement de surface, qui a une division en France,
refuse de faire du traitement de surface sur les biomatériaux, parce
qu'elle considère qu'elle prend trop de risques, les pièces
n'étant pas d'une qualité suffisante. Elle pourrait être
engagée malgré elle dans des problèmes de
responsabilité, qu'elle ne veut pas assumer pour les autres !
M. Bernard SEILLIER - A l'heure actuelle, c'est bien la direction des
hôpitaux qui donne l'agrément pour ces produits ? Ne
s'entoure-t-elle pas d'une certification d'un bureau ? La procédure
n'existe-t-elle ?
M. Claude HURIET, rapporteur - Les dispositifs sont de l'autorité de la
direction des hôpitaux. Il nous appartiendra de voir de quels moyens
celle-ci dispose pour exercer sa mission. Les dispositifs sont-ils ou non dans
les biomatériaux ?
M. Michel GANTOIS - Il existe deux classes de matériaux. On
réserve le terme de "biomatériaux" aux matériaux mis en
contact avec le milieu biologique. Tous les matériaux travaillent dans
un environnement -air, chaleur, vide. On réserve le mot
"biomatériaux" aux matériaux qui ont une interaction
physico-chimique avec un milieu biologique.
Au-delà, certains matériaux ont des usages thérapeutiques,
sans être en contact étroit avec le milieu biologique. Par
exemple, tous les matériaux qui se trouvent dans une prothèse de
genou ou de hanche sont des biomatériaux. C'est un milieu très
complexe, -milieu liquide sans frottement, contact avec les cartilages... Cela
nécessite donc des approches pluridisciplinaires.
Les biomatériaux sont métalliques, en céramique, comme les
prothèses dentaires, ou organiques -matériaux
synthétiques, matières plastiques, silicone. Ces derniers sont
d'ailleurs des matériaux qui ont été utilisés
pendant des années en considérant qu'ils ne présentaient
aucun risque, et pour lesquels on découvre qu'ils sont potentiellement
porteurs de risques.
On a des connaissances sur certains matériaux, d'autres sont douteuses
car il faut un temps très long pour pouvoir les évaluer. C'est un
travail collectif qui nécessite des enquêtes et des observations.
Ce que je vous ai dit concerne simplement les caractéristiques des
produits que l'on fabrique avec ces biomatériaux.
Indépendamment de leur nocivité sur le corps, qui peut être
nulle, comme le titane et ses alliages, utilisée comme support principal
des prothèses de hanche ou de genou, le problème qui se pose est
un problème de qualité du matériau, tout simplement parce
qu'on ne l'a pas utilisé dans les conditions dans lesquelles il doit
l'être, pour avoir une résistance mécanique, une
propriété de surface adaptée à ce qu'on lui demande
du strict point de vue de la mécanique.
On constate alors des ruptures prématurées, avec tout ce que cela
implique. La même chose se produit sur des pièces
élémentaires comme les plaques osseuses, qui sont
réalisées en vulgaire acier inoxydable !
Pour moi, c'est incompréhensible et inacceptable, en regard des prix et
de l'état actuel de la technologie dans le domaine des
biomatériaux. On prend plus de soin aujourd'hui pour un engrenage de
boîte de vitesses que pour des pièces que l'on met dans le corps
humain ! Je trouve cela invraisemblable, à tel point que si l'on
doit un jour m'en poser une, je ne sais quel type de vérifications je
ferai préalablement !
M. Claude HURIET, rapporteur - Les biomatériaux peuvent donc être
des matières premières utilisées brutes, mais
également entrer dans la fabrication de pièces plus complexes,
que l'on appelle "dispositifs", qu'ils soient actifs, comme les
simulateurs, ou
inactifs, comme les prothèses.
Or, la direction des hôpitaux est concernée par les dispositifs,
mais je ne crois pas qu'elle ait compétences ni moyens dans le domaine
des biomatériaux...
Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - Existe-t-il un organisme qui juge de
l'incompatibilité ou de la toxicité des biomatériaux, mais
aussi des suites occasionnées par celles-ci ?
Par ailleurs, qui passe commande des appareils ? Ne faut-il pas rapprocher
cette absence de contrôle et de tutelle des trafics de prothèses
dans l'Ouest ?
M. Michel GANTOIS - Si une prothèse de genou, comme celles que j'ai
été amené à examiner après rupture,
était passé dans un laboratoire ayant les compétences qui
sont rassemblées dans nos laboratoires, simplement pour donner un avis
technique sur le choix des matériaux et la conception mécanique,
on aurait arrêté cela instantanément !
Y a-t-il eu ce genre d'examen ? Je n'en sais rien, mais j'ose espérer
qu'il n'a pas eu lieu, car cela aurait tendance à démontrer que
les gens qui l'ont fait ne sont pas compétents ! On devrait interdire de
monter ce genre de chose !
M. Bernard SEILLIER - J'ai l'impression que les fonctionnaires de la direction
des hôpitaux, qui ne disposent pas de laboratoires, se contentent du
dossier pour délivrer l'agrément... Un laboratoire de
référence pourrait-il être systématiquement
consulté sur les demandes d'agrément, avant même que l'on
ne mette en place un organisme, qui paraît nécessaire ?
Mme Annick BOCANDE - C'est un problème scientifique, commercial, mais
aussi un problème d'éthique professionnelle et médicale.
Je considère que cela dépasse largement le cadre de ce qui a
été dit.
M. Michel GANTOIS - L'institut des biomatériaux de Nancy n'a pas de
vocation de contrôle. Il a été créé de
façon volontariste entre collègues médecins et
spécialistes, et c'est à ce titre que je participe à cette
opération.
Dans le domaine de la micro-chirurgie et de la chirurgie de la main, certains
programmes de recherche-développement visent à développer
de nouveaux produits. C'est ainsi qu'on a développé avec Michel
Merle une prothèse de l'articulation du doigt qui est utilisée
actuellement.
On rassemble ainsi plusieurs types de chirurgiens et de compétences, au
sein de l'Institut des biomatériaux dans le domaine des matériaux
: spécialistes des matériaux métalliques et des
céramiques et spécialistes des matériaux de type organique.
Par ailleurs, nous avons une fonction d'expertise non-officielle. Je restitue
l'avis que je donne à mes collègues chirurgiens, qui
décident qu'on n'utilisera plus cette prothèse, parce qu'elle est
de mauvaise qualité, mais elle peut être vendue ailleurs ! Notre
rapport n'est pas diffusé...
D'ailleurs, certains fournisseurs de matériel sont très inquiets,
et l'on a déjà reçu quelques appels
téléphoniques qui s'apparentaient à de petites pressions
de la part des fabricants, qui essayaient de nous expliquer qu'ils avaient
travaillé dans des conditions de qualité tout à fait
satisfaisantes, nous envoyant même des normes de fabrication qui ne
s'appliquaient malheureusement pas !
C'est à partir de là qu'on réussit à mesurer
l'incompétence relative de ces gens-là. Ils sont dans ce
métier sans savoir ce qu'ils font et ne connaissent pas les
matériaux sur lesquels ils travaillent. Je suis convaincu qu'un
contrôle est nécessaire. Il n'est pas possible qu'il y ait un
contrôle sérieux et que l'on trouve des pièces de cette
nature sur le marché !
M. Claude HURIET, rapporteur - Les colles et les ciments font-ils partie des
biomatériaux ?
M. Michel GANTOIS - Oui, bien sûr.
M. Claude HURIET, rapporteur - Les colles sont-elles du ressort de l'Agence du
médicament ? C'est un produit d'origine biologique ou n'est-ce pour le
moment du ressort de personne ?
Quelle est l'utilisation actuelle des ciments en matière de
prothèse chirurgicale ?
M. François AUTAIN - Il va falloir supprimer les frontières !
M. Claude HURIET, rapporteur - Les ciments, c'est vous ?
M. Michel GANTOIS - Les ciments, c'est nous. Les colles, cela pourrait
être des collègues qui ont des compétences en la
matière.
Il existe deux grandes catégories de matériaux : les
minéraux et les matériaux organiques, essentiellement
constitués de carbone, d'oxygène et d'azote.
M. Claude HURIET, rapporteur - Et les membranes ?
M. Michel GANTOIS - Cela relève des matériaux organiques. On a
d'ailleurs un collègue de l'école de chimie de Nancy qui s'occupe
de tout ce côté.
M. Claude HURIET, rapporteur - Que se passe-t-il à l'étranger ?
Je pense aux Etats-Unis : en termes de parts de marché, les fabricants
français se placent-ils convenablement ? Des contrôles de
bonnes pratiques de fabrication risqueraient-ils d'entraîner en France
soit des délocalisations ou favoriseraient-ils l'expansion de fabricants
étrangers ? Existe-t-il une procédure concernant les
biomatériaux aux Etats-Unis ?
M. Michel GANTOIS - Je ne connais pas la procédure de qualification aux
Etats-Unis, mais il est certain qu'il en existe une, car la mise sur le
marché d'un nouveau produit aux Etats-Unis par une entreprise
américaine -ou étrangère d'ailleurs- est un processus
extrêmement long. Les entreprises américaines le savent fort bien,
et j'en connais qui viennent faire leurs tests en Europe. Aux Etats-Unis, un
délai de dix à douze ans de négociations et d'examens est
nécessaire, alors qu'il est beaucoup moins long en Europe, et en
particulier en France.
Sous cette contrainte, d'une façon générale, les produits
américains sont de qualité supérieure et
développés par des entreprises de dimension internationale. En
France, il existe un ensemble de petits réseaux, qui semblent
fonctionner de façon régionale...
M. Claude HURIET, rapporteur - Il faudrait peut-être d'ailleurs trouver
l'origine de ces structures d'entreprises dans l'histoire. Je me souviens d'un
patron nancéien qui connaissait un artisan proche de l'hôpital,
bricoleur de génie, qui fabriquait à sa demande tel ou tel
équipement de plus en plus sophistiqué : il est pratiquement
passé de la pince à l'assistance respiratoire. Je pense que, dans
bien des secteurs, l'origine doit être le couple chirurgien-artisan.
Bien évidemment, les problèmes auxquels nous sommes
confrontés sont d'une nature tout à fait différente, mais
je crois qu'il y a de cela. Ce n'est pas une excuse : c'est une explication...
M. Bernard SEILLIER - Les évolutions et les développements
prévisibles de ces technologies rendraient-ils intéressants le
développement de BTS ou d'écoles d'ingénieurs
spécifiques ?
M. Michel GANTOIS - Ma réponse est largement oui, car c'est un secteur
pour l'instant complètement négligé au niveau de la
formation des techniciens et des ingénieurs.
J'ai été amené à créer une école
d'ingénieurs spécialisés en génie des
matériaux et commune à quatre pays. Elle est installée
à Nancy, mais est à la fois française, espagnole,
allemande et suédoise, et ses objectifs de spécialisation
incluent le domaine des biomatériaux.
L'école a été créée il y a 5 ans et vient de
sortir sa première promotion, mais la mise en place concrète de
la formation en biomatériaux n'a pu être menée à
bien, parce qu'il n'existe ni soubassement ni moyens.
Effectivement, cela met en oeuvre une formation conjointe par des
spécialistes des sciences de l'ingénieur
mécanique-matériau et des spécialistes du secteur
médical.
III. SÉANCE DU MARDI 29 OCTOBRE 1996
A. AUDITION DE BERNARD SERROU, DÉPUTÉ, AUTEUR DU RAPPORT : "VIGILANCE SANITAIRE : BILAN ET PERSPECTIVES"
M. Charles DESCOURS, président - Nous sommes
allés aux Etats-Unis voir la Food and Drug Administration et les Centers
for Disease Control and Prevention. Pourquoi reparle-t-on maintenant de
l'amiante ? Pourquoi a-t-on mangé de la vache folle pendant de
nombreuses années sans se poser de questions ?
La semaine dernière, Claude Huriet a auditionné un de ses
collègues de Nancy sur les dispositifs bio-médicaux, mais en
fait, on commence par ton audition à cause de ton rapport. Nous l'avons
lu. A quelle date l'as-tu publié ?
M. Bernard SERROU - Il a été terminé en décembre. A
cause des ordonnances, nous l'avons gardé un peu sous le coude et il est
sorti en juillet.
M. Charles DESCOURS, président - Nous voulons savoir si la
sécurité sanitaire des produits thérapeutiques est faite
dans tous les domaines, sur les médicaments d'abord, sur les dispositifs
médicaux, sur le sang, les greffes, les produits frontières, tels
que les adjuvants et les produits biologiques ou alimentaires.
M. Bernard SERROU - Dans mon rapport, j'ai abordé essentiellement quatre
vigilances : la pharmaco-vigilance, la plus ancienne, l'hémo-vigilance,
la bio-vigilance et un matério-vigilance.
En réalité, il n'y a que la pharmaco-vigilance qui fonctionne
à peu près bien aujourd'hui. Elle est en place, elle a fait
à peu près ses preuves. C'est inclus dans le système
européen.
En revanche, les autres vigilances, en dehors de l'hémo-vigilance mise
en place récemment, qu'il s'agisse de la bio ou de la
matério-vigilance sont en train de se mettre en place. On ne peut pas
encore aujourd'hui juger de leur efficacité.
Sur l'hémo-vigilance, les systèmes paraissent un peu complexes et
ne répondent pas toujours très bien aux difficultés de
terrain.
Par ailleurs, il faut bien considérer que ce n'est pas directement
l'administration d'Etat qui a en charge cette vigilance, mais les
établissements publics. Chacun travaille de son côté sans
se préoccuper de l'autre. Chacun met en place ses systèmes sans
regarder si c'est compatible avec ce que fait l'autre et sans chercher à
savoir si son domaine ne va pas empiéter ou ne va pas être
obligatoirement en relation avec celui de l'autre. Tel malade qui va avoir
telle thérapeutique, cela va dépendre aussi bien de la
pharmaco-vigilance, de l'hémo-vigilance, de la pharmaco-vigilance et de
la bio-vigilance.
Dans la mesure où l'on rentre dans un seul système alors que ces
systèmes ne sont pas compatibles avec les autres, il y a une
indépendance totale qui donne une incoordination, d'où une
lenteur à l'information et à la prise de décision.
Et d'où, à mon point de vue, le risque de voir se
répéter des affaires telles que nous les avons vécues,
dévoilant l'inadéquation de la Direction Générale
de la Santé aujourd'hui : l'affaire du sang contaminé, l'affaire
de la vache folle, de l'amiante et de l'hépatite -dont on parle peu,
mais qui touche beaucoup de gens-.
Il y a une incapacité de la Direction Générale de la
Santé de répondre au problème de l'aléa
médical. On ne peut pas y répondre sans mettre en place un
réseau de vigilance et sans installer une véritable politique de
santé publique, qui aujourd'hui n'existe pas.
M. Charles DESCOURS, président - Le réseau de vigilance, cela
devrait être le Réseau National de Santé Publique ?
M. Bernard SERROU - Pas véritablement. La vigilance, à mon avis,
devrait s'intégrer dans une politique de santé publique qui reste
à définir et à mettre en place dans notre pays. Au moment
où l'on veut faire des économies en matière de
santé, on devrait favoriser une politique d'éducation de la
santé, de prévention, de responsabilisation, mais peut-être
est-ce un autre sujet qu'il faut, toutefois, avoir en tête.
La vigilance rentre dans une politique de santé publique et va
permettre, comme son nom l'indique, d'éviter qu'un certain nombre de
traitements, dont on évalue mal aujourd'hui tous les effets,
n'entraînent des catastrophes de façon sérielle.
Par vigilance, j'entends ce qui est lié aux produits
thérapeutiques. Ce n'est pas l'ensemble de la veille sanitaire ou une
surveillance épidémiologique, mais l'un ne peut pas être
véritablement délié de l'autre.
M. Charles DESCOURS, président - C'est la raison pour laquelle on a
lié les deux choses.
M. Bernard SERROU - Je reviens à l'idée globale qui a
guidé ce rapport. Si l'on met en place un système du terrain
jusqu'au secteur centralisateur, au niveau régional ou national, ou si
l'on met en place un véritable circuit qui fonctionne bien pour la
vigilance, il pourra s'appliquer dans tous les domaines, qu'il s'agisse de
l'épidémiologie, de l'information des médecins.
Si ce système est instauré pour la vigilance sanitaire, il pourra
s'appliquer pour un véritable système de santé publique
incluant tous les problèmes d'économie de la santé qui
concernent directement le médecin sur le terrain.
Qu'a-t-on voulu faire de façon simple partant du principe que chacun
travaillait de son côté, que d'autres vigilances pouvaient
apparaître ou apparaîtraient ?
Il fallait, de mon point de vue, éviter qu'il y ait une aggravation de
la séparation des responsabilités. A partir de là, il y
avait deux solutions : la première serait de tout arrêter et de
repartir à zéro avec un grand centre réunissant l'ensemble
des vigilances.
Le problème avec cette solution -qui aurait peut-être
été la plus simple- est qu'aujourd'hui des habitudes ont
été prises. Cela remettait donc tout en cause. Ces habitudes ont
été prises difficilement, avec beaucoup de lenteur et
d'hésitation des uns et des autres.
En un mot, cela risquait de créer de la confusion, d'augmenter les
coûts et d'aggraver la complexité.
En revanche, si l'on part du principe que les vigilances en place sont ce
qu'elles sont, il faut voir ce qui peut être amélioré.
Que faut-il faire ? Simplement coordonner les vigilances entre elles,
c'est-à-dire mettre en place un système par lequel les vigilances
sont informées les unes des autres de leur activité et où
il y a un réel travail en commun.
M. Charles DESCOURS, président - Que recouvre la bio-vigilance ?
M. Bernard SERROU - Elle est essentiellement assurée par
l'établissement français des greffes, mais cela peut toucher
d'autres domaines.
M. Charles DESCOURS, président - La matério-vigilance est-elle
satisfaisante actuellement ?
M. Bernard SERROU - Elle commence à se mettre en place. Dire qu'elle est
satisfaisante serait trop rapide.
M. Charles DESCOURS, président - Après l'audition du professeur
de Nancy, on a plutôt eu le sentiment que c'était vraiment
balbutiant.
M. Bernard SERROU - Oui. Il est impossible aujourd'hui de dire si la vigilance
dans le domaine des matériaux va être adaptée ou pas. On
peut l'espérer, on peut le penser. On peut donner la même
réponse pour l'établissement français des greffes.
D'où l'importance, à mon point de vue, de ne pas laisser chacun
travailler dans son coin, mais de mettre rapidement en place une coordination,
ou de prendre la décision de tout centraliser, mais si on doit le faire,
n'attendons pas. Plus le temps passe, moins on pourra tout centraliser dans une
structure unique. Nous serions les seuls, parmi les grands pays
européens, voire internationaux comme les Etats-Unis, à le faire.
La plupart des pays ont leur structure de vigilance portant sur tel ou tel
domaine.
M. Charles DESCOURS, président - C'est ce qui nous a frappés aux
Etats-Unis. On croyait que c'était très centralisé. En
fait, il y a trois ou quatre organismes, l'Institut de la Santé, le CDC,
etc.
M. Bernard SERROU. - C'est centralisé, mais en revanche, il existe des
comités de coordination et une incitation sur le terrain pour que les
médecins donnent l'information. Le problème est là. On
peut mettre en place toutes les structures que l'on veut, si, sur le terrain
les médecins ou les professionnels de santé ne donnent pas
l'information, le système de vigilance est bloqué, d'où
l'effort qu'il va falloir faire dans ce domaine. Les Américains l'ont
très bien compris.
Je reviens à la nécessité de coordination, soit on
centralise -ce qui est un peu notre habitude dans notre pays- soit au
contraire, on coordonne. On laisse les structures telles qu'elles sont. Il
suffit de mettre en place un simple comité de coordination. C'est simple
et cela coûte peu d'argent. On ne bouleverse pas les habitudes, mais il
est essentiel que sur le terrain, les médecins aient à remplir
des formulaires qui soient à peu près identiques (des formulaires
informatisés) si l'on ne veut pas qu'ils soient
découragés. Il faut des systèmes très simples pour
donner l'information immédiatement, quasiment en temps réel. Les
Américains l'ont très bien fait.
Je reviens aux deux approches. J'en ai choisi une, mais l'on peut choisir
l'autre. Je ne suis pas bloqué dans cette affaire. Si l'on centralise
tout, il faut tout remettre en place. A mon avis, cela va être lourd,
coûteux. On sait ce que deviennent les grosses structures. De plus, cela
va changer les habitudes.
Soit, on crée quelque chose de simple, qui ne coûte pas cher et
qui oblige les gens à travailler ensemble. En plus, un comité de
coordination peut s'adapter à l'ensemble des vigilances naissantes.
Lorsqu'une vigilance apparaît, elle entre dans le comité de
coordination.
Ce comité de coordination pourrait être mis en place sous
l'égide de la Direction Générale de la Santé et
présidé par son Directeur Général. Il s'agirait
d'une présidence effective. Il doit être là, car si l'on
commence à redonner les responsabilités à d'autres, cela
ne peut pas marcher. Il faut véritablement la présidence
effective du Directeur Général de la Santé.
Auprès du Directeur Général de la Santé, dans ce
comité de coordination, il y aurait un véritable comité de
direction réunissant les responsables administratifs et scientifiques de
chaque vigilance.
Ceci, c'est au niveau national.
Pour animer et se rapprocher du terrain, il y aurait la mise en place d'un
comité local de vigilance. Soit, il est mis en place ex abrupto, soit il
s'appuie sur un certain nombre de comités déjà mis en
place pour l'hémo-vigilance ou la pharmaco-vigilance. Ce n'est pas la
peine de multiplier les structures. S'il y a déjà localement une
structure pour la pharmaco-vigilance, elle peut très bien être
transformée en comité local de coordination pour l'ensemble des
vigilances.
Là aussi, c'est très simple.
La politique de santé publique doit être assumée par
l'Etat. C'est une des prérogatives de la Direction
Générale de la Santé, sauf si l'on décidait que la
politique de santé publique devait se faire en dehors de la Direction
Générale de la Santé.
Le Directeur Général de la Santé est entouré des
Directeurs généraux et des présidents des Conseils
scientifiques des agences. Ce sont des personnes relativement
indépendantes. L'avantage, dans la mesure où à la
tête de ce Comité de coordination, une décision est prise,
est que le Directeur Général de la Santé va pouvoir la
faire appliquer immédiatement sur le terrain.
M. Charles DESCOURS, président - On avait voulu rendre l'Agence du
médicament très indépendante du ministère pour lui
assurer une indépendance scientifique. En se servant de cette
démarche, ne peut-on pas craindre que le DGS essaie de minimiser les
problèmes ?
M. Bernard SERROU - Lorsqu'un problème se pose pour tel
médicament ou tel produit, la décision est toujours prise par le
Directeur Général de la Santé ou le ministre sur
proposition du Directeur Général de la Santé. Et lorsque
se pose un problème de santé publique, comme pour le sang
contaminé, pour l'amiante, la décision est prise au niveau du
responsable de santé publique, c'est-à-dire le Directeur
Général de la Santé et le ministre.
M. Charles DESCOURS, président - On a souvent le sentiment que
dès que quelque chose se fait un peu en dehors de la Direction
Générale de la Santé, elle prend cela comme un
dépeçage de son pouvoir.
M. Bernard SERROU - Je suis d'accord, il faut faire très attention car
le Directeur Général de la Santé est un homme très
attaché à ses prérogatives. C'est la raison pour laquelle
je suggère fortement qu'il y ait une réorganisation à la
Direction Générale de la Santé qui ne fonctionne pas bien
aujourd'hui.
M. Charles DESCOURS, président - On irait vers une DGS nouvelle formule ?
M. Bernard SERROU - Cela me paraît un point essentiel. Sur les
décisions, il est nécessaire d'avoir un comité de
coordination car un certain nombre de produits touche plusieurs vigilances.
Le rôle des services déconcentrés de l'Etat aura pour but
l'évaluation constante du système. Là aussi, on en vient
à un point clé, surtout dans notre pays. S'il n'y a pas un
contrôle permanent, un cahier des charges clair, s'il n'y a pas cette
surveillance, ce n'est pas la peine de mettre en place de nouveaux
systèmes quels qu'ils soient parce les résultats seront
inadéquats, inadaptés, décevants et entraîneront un
certain nombre de catastrophes plus ou moins importantes.
La surveillance de la mise en place des structures, de leur bon fonctionnement,
du bon respect des cahiers des charges me paraît essentielle. On le fait
beaucoup plus dans le domaine de la recherche où les équipes sont
évaluées très régulièrement et très
sévèrement le plus souvent par leurs pairs.
Ce qui se fait dans le milieu de la recherche doit aussi se faire dans le
milieu purement médical. L'évaluation n'est pas suffisante au
niveau des services, au niveau du fonctionnement de l'hôpital, mais dans
le domaine qui nous touche ici, la vigilance, j'insiste tout
particulièrement sur la nécessité de cette
évaluation constante du système.
Par ailleurs, on propose la mise en place d'ateliers nationaux de vigilance.
Cela va permettre aux différents acteurs des vigilances sanitaires de
communiquer entre eux, de confronter leurs expériences, leurs
méthodes, d'évoquer leurs problèmes, et surtout de
créer des liens entre eux concernant les différentes vigilances.
La mise en place de ces ateliers nationaux est essentielle. C'est là
où, véritablement, va se créer cette
interpénétration des vigilances et obliger les différents
acteurs à travailler entre eux.
A partir de là, des liens se créant, automatiquement, le
comité de coordination n'en fonctionnera que mieux. Il ne faut pas qu'il
y ait seulement une coordination imposée au niveau des grands
responsables de la vigilance, il faut aussi une capacité de l'ensemble
des acteurs de chaque vigilance de travailler ensemble.
Ceci étant, il faut être conscient que la vigilance ne pourra
véritablement fonctionner que s'il y a une bonne participation des
professionnels de santé. Leur participation est un gage
d'efficacité de la vigilance. Si on ne mobilise pas les professionnels
de santé, on peut mettre en place toutes les structures que l'on veut,
elles ne fonctionneront pas.
Il faut noter pour l'instant une faible participation de leur part pour
signaler tous les incidents et accidents qui apparaissent. Il faut les
mobiliser. Mais il ne faut pas leur donner l'impression qu'on met en place un
système pour les surveiller. Il faut qu'ils aient l'impression que cela
va engendrer un gain ou un bénéfice.
Pour les professionnels de santé, on peut multiplier les idées,
j'en ai cité quelques-unes, mais elles ne sont pas limitatives. Les
vigilances doivent être intégrées dans la formation
initiale et la formation continue. D'où l'importance, dans la formation
initiale, de bien définir et de bien impulser la politique de
santé publique.
C'est au départ qu'il faut donner des habitudes en matière
d'éducation à la santé, de prévention,
d'épidémiologie, d'économie de la santé, de
vigilance, de veille sanitaire, etc.
Deuxième élément : il faut informatiser les cabinets de
l'ensemble des médecins. La mesure qui est prise actuellement va dans le
bon sens, mais comme je l'ai dit plusieurs fois à J. Barrot, il ne
faut pas présenter l'informatisation comme un simple moyen de surveiller
les médecins. Il convient de leur expliquer que cela va être
très important pour l'épidémiologie, pour la vigilance,
qu'ils vont jouer un rôle. Ils vont monter l'information, mais il faut
aussi qu'on leur fasse descendre. Lorsqu'ils envoient une information, on doit
leur dire qu'elle a été bien reçue et quelles sont les
décisions qui en découlent.
Pour les vigilances, on peut aussi mettre en place ce qu'ont fait les
Américains, à savoir une revue signalant tous les
problèmes sur la vigilance qui est diffusée aux professionnels de
santé.
Ces systèmes de vigilance ne peuvent pas être
considérés à part du dispositif général
d'information en matière de santé publique. C'est un
élément clé qui doit fortement nous mobiliser.
Un autre problème va se poser : celui de la diversité des sources
d'informations en matière de santé publique.
Il va falloir définir les données à collecter, leur mode
de validation, les précautions à prendre avec la CNIL pour
permettre le croisement de certains fichiers. Là aussi, il nous faudra
résoudre ce problème.
Dernier point sur lequel on a attiré l'attention : les liens entre
la santé publique et la recherche doivent être amplifiés.
En la matière, l'INSERM est très nettement en-deçà
de ce qu'il faudrait. L'arrivée du nouveau Directeur
Général de l'INSERM devrait nous amener à faire pression
sur lui pour que, comme dans le cas du CNRS, différents secteurs soient
mis en place : la biologie, la santé publique. Dans la mesure où
la santé publique est noyée dans la Direction
générale, il est bien évident que la santé publique
reçoit moins de crédits que ce qu'on va donner à la
cancérologie, aux maladies cardio-vasculaires, au sida, etc.
Il faudrait une Direction de la santé publique disposant, à
l'intérieur de l'INSERM, de crédits permettant la recherche en
santé publique. C'est un point qui me semble essentiel. Nous ne
décollerons pas en matière de santé publique s'il n'y a
pas un fort appel venant très en amont de la recherche.
Voilà brièvement résumé le rapport, vous en saurez
plus en le reprenant dans son intégralité.
M. Bernard SEILLIER - Le rôle attendu des services extérieurs de
la santé pour l'évaluation est effectivement un point important
mais, sauf à concevoir cette évaluation comme quelque chose de
sommaire, je doute qu'ils aient actuellement les compétences
nécessaires pour assumer cette fonction. Puisque vous avez parlé
d'une réorganisation de la Direction Générale de la
Santé, il doit y avoir un pendant au niveau local ?
M. Bernard SERROU - Tout à fait. Pour prendre deux ou trois
régions que je connais bien, je ne vois pas qui pourrait assumer, avec
efficacité, une telle évaluation.
Une des faiblesses de notre système de santé aujourd'hui est
qu'au niveau des DDASS et des DRASS, un certain nombre de professionnels de
santé, médecins ou pharmaciens, font leur travail très
honnêtement, mais ils n'ont pas la formation suffisante pour pouvoir
juger -au bon sens du terme- des travaux médicaux de pointe.
M. Charles DESCOURS, président - Votre système ne pourrait
être réalisé par l'institution d'antennes locales de
l'ANDEM ?
M. Bernard SERROU - Non.
M. Dominique LECLERC - Je voudrais faire part d'une réflexion.
Premier point, lorsqu'on se plaît à dire en France que l'on n'a
pas encore de politique de santé publique perceptible par la population,
-et on en est loin- mais aussi par les acteurs, c'est-à-dire les
médecins eux-mêmes, on voit les lacunes de la formation initiale
qui reste encore concentrée sur le curatif. On pense toujours qu'un
médecin n'est fait que pour soigner.
Le deuxième, lorsque vous dites qu'il faut centraliser, coordonner, je
pense que l'on ne peut pas éviter les deux. Là encore, on va se
retrouver devant des gens qui manquent soit de connaissances, soit de moyens,
qui n'ont pas toute cette culture. Je pense qu'il nous restera pas mal de
suggestions à faire dans tous ces domaines.
M. Bernard SERROU - D'où l'intérêt de mettre en place un
simple comité de coordination qui soit placé sous la
présidence du DGS ou d'un autre. Pourquoi ? Parce qu'on fait venir les
compétences. Ce sont les gens à la tête des instituts, des
Conseils scientifiques qui viennent. Reste à voir si la tête la
plus adaptée est le DGS ou pas.
L'avantage est que cela peut être mis en place très vite, que cela
ne coûte quasiment rien et que le système peut continuer à
fonctionner.
J'ajouterai un point, c'est votre voyage aux Etats-Unis qui m'y fait penser. Je
l'ai dit à M. Gaymard, c'est une idée que l'on poursuit depuis
longtemps dans le domaine de la cancérologie, il y a
nécessité de se rapprocher d'un système du type de la Food
and Drug Administration. Il me paraît très difficile en effet
d'avoir d'un côté certaines vigilances et de laisser tout ce qui
est aliment, alimentaire, ou lié aux aliments de côté.
M. Charles DESCOURS, président - Nous sommes tout à fait d'accord.
B. AUDITION DE M. JEAN-FRANÇOIS GIRARD, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SANTÉ
M. Charles DESCOURS, président - Après
l'audition de Bernard Serrou, il nous semble -mais nous l'avions
déjà perçu- qu'il y a plusieurs vigilances. Certaines
fonctionnent correctement en France, d'autres moins bien. Quel est l'avis du
Directeur Général de la Santé sur la situation actuelle et
à venir ?
M. Jean-François GIRARD - Je vais répondre à votre
question car je crois que c'est une des plus actuelles, mais j'aurais envie de
commencer par un constat qui est celui d'un besoin de clarification.
La faiblesse française ne provient pas du manque d'institutions, (il y a
probablement un manque de moyens, j'y reviendrai à la fin), mais d'un
manque de coordination et de mise en cohérence de tout ce qui existe
déjà.
Les efforts de l'action publique doivent aller vers une meilleure
cohérence, une meilleure coordination et, mais pas forcément dans
tous les domaines, vers la création de nouvelles institutions. C'est une
première remarque liminaire.
Deuxième remarque, il y a une règle qu'en tant que Directeur
Général de la Santé, vis-à-vis de ma propre
administration, j'ai cherché à appliquer de façon
très déterminée. Le ministère de la Santé,
dans le champ qui est celui de votre mission, doit bien distinguer les missions
d'administration dite centrale, missions stratégiques de
définition de politiques, d'évaluation auprès du ministre
et l'expertise technique dont on a besoin.
Lorsque je dis "expertise technique", ce sont aussi les fonctions
opérationnelles. Je ne crois pas qu'une administration comme la mienne
est faite pour faire de l'opérationnel, c'est-à-dire des
tâches répétitives. Ce n'est pas le rôle d'une
administration centrale. On en a pris acte en créant l'Agence du
médicament, votre assemblée a d'ailleurs joué un
rôle déterminant dans cette création.
La création de l'Agence du médicament a conduit ipso facto
à la suppression de la Direction de la pharmacie et du
médicament, dont il est resté un petit morceau, mais cette
décision a été la première, ou presque, consacrant
la distinction entre les fonctions politiques et stratégiques qui sont
celles d'une administration et les fonctions opérationnelles. C'est
très important.
Lorsque j'ai pris la décision de proposer la création du RNSP
(Réseau National de Santé Publique) cela procédait de la
même logique. La surveillance des épidémies comme celles de
la listériose au cours des célèbres étés
1992 et 1993 avait embolisé complètement le bureau des maladies
transmissibles qui ne faisait que cela car les ministres de l'époque
nous demandaient le nombre de cas de listériose tous les deux jours.
M. Charles DESCOURS, président - C'est le ministère des Finances
qui, par l'intermédiaire de la Direction de la concurrence et de la
répression des fraudes, a un laboratoire de listériose.
M. Jean-François GIRARD - C'est un peu court, si je peux me permettre,
Monsieur le Président.
M. Charles DESCOURS, président - C'est ce que l'on m'a dit.
M. Jean-François GIRARD - Il y a un centre de référence
des listérioses à Paris.
M. Charles DESCOURS, président - On m'a parlé d'un laboratoire
dépendant de la DGCCRF.
M. Jean-François GIRARD - Sur la traque à la listériose,
je regrette que l'on n'en ait pas assez écrit l'histoire. Plusieurs
composantes sont indispensables. L'administration de la concurrence et de la
répression des fraudes qui s'occupe de la distribution a fait des
prélèvements dans le circuit de distribution, dans les aliments
et a travaillé dans ses propres laboratoires pour chercher la
listériose.
C'est une mission très bien identifiée qui coexistait avec les
fonctions du laboratoire de références de l'Institut Pasteur. En
France, il existe une trentaine de centres de références dont
plus de la moitié sont à l'Institut Pasteur. Nous avons une
chance très appréciable et mondialement respectée avec ce
vivier d'expertise.
En revanche, l'Institut Pasteur a été complémentaire de ce
qu'a fait le laboratoire dont vous parlez puisque, dès qu'une souche
humaine de listériose est découverte chez l'homme, est
identifiée dans un laboratoire quel qu'il soit en France, elle est
adressée à l'Institut Pasteur.
Troisième notion liminaire : il est évident que le débat
ne se situe pas uniquement entre fonctions respectives de l'administration
centrale et fonctions des institutions d'expertise satellites, il y a aussi les
services déconcentrés.
Une réflexion, qui n'est pas simple, doit être faite pour savoir
comment l'administration ou le ministre et son administration centrale, les
services déconcentrés et les agences ou les institutions, voient
leur point d'application exister sur le terrain ? Qui sont les relais de
l'Agence du médicament, de l'Agence du sang, du RNSP ? Notre
réflexion à nous tous ne serait pas complète si nous
n'avions pas à la fois la réflexion au niveau central et au
niveau déconcentré.
Pour répondre à votre question, j'ai envie de dire que les
préoccupations de la politique de santé, de la
sécurité sanitaire, de la sécurité des produits, de
la veille sanitaire prennent un essor particulier.
Il y a trois fonctions essentielles complémentaires l'une de l'autre,
mais il serait extrêmement dommageable qu'une seule attire toute la
préoccupation publique, de votre assemblée, d'une commission,
d'un ministre car elles sont toutes les trois indispensables.
La première comprend tout ce qui tourne autour de l'évaluation :
évaluation des pratiques, des comportements, autour de cela, on a la
qualité des soins, l'accréditation. En clair, ce premier volet
concerne l'ANDEM et l'ANAES.
Par rapport à l'intitulé de votre mission, tout ce qui est
évaluation des pratiques, des stratégies, diagnostics
thérapeutiques, tout ce qui contribue à la qualité des
soins constitue un premier bloc.
Le deuxième grand volet comprend tout ce qui contribue à la
connaissance sur l'état de santé. Trois aspects y contribuent :
- l'observation,
- la surveillance,
- la vigilance.
Je reviens sur chacun de ces trois mots qui ne sont pas superposables.
L'observation, c'est le dénominateur. C'est le nombre de cas de cancer,
par exemple, de pathologies cardio-vasculaires, comment cela évolue.
C'est le fait de prendre acte du fait qu'en France, depuis quelques
années, la pathologie cardio-vasculaire est en régression. C'est
une connaissance de l'état de santé de la population
française. C'est ce que font assez bien les ORS, mais d'une façon
inégale, certains marchent très bien, d'autres moins bien.
Il est vrai que sur ce créneau spécifique, à
l'intérieur de la connaissance dans le sous-ensemble observation, nous
manquons d'une synthèse nationale, sans compter que les sources sont
multiples avec l'assurance maladie, les universités, les ORS, les
hôpitaux.
En résumé, l'observation manque de synthèse nationale.
Deuxièmement, la surveillance. Le mot surveillance est un mot que les
anglophones nous ont pris, avec un sens très précis. Dans ce cas,
c'est la détection de tout événement de santé
imprévu. C'est fondamental. En clair, cela ne commence peut-être
pas à un, mais cela peut commencer à deux. D'ailleurs, pour le
cas de la vache folle, cela a commencé à un. La première
fois qu'il y a eu un cas posant un problème de santé atypique
chez l'homme, le cas de Lyon a suffit pour qu'on le repère.
Pourquoi la surveillance est-elle importante ? Parce que, quelle que soit
l'ampleur du phénomène de santé imprévu, nouveau,
(cela peut être deux cas de gastro-entérite dans une famille
pouvant signifier qu'une glace avariée a été mangée
la veille au soir ou à la cantine) cela suffit pour déclencher
une enquête. Un phénomène de santé imprévu
peut concerner une épidémie, exemple le sida, l'hépatite
C, bref des choses que l'on appelle "problèmes de santé
publique". Dans tous les cas de figure, l'important est que l'émergence
d'un phénomène de santé imprévu nécessite
une décision politique ou administrative adaptée. D'où le
fait que l'on dise toujours surveillance/intervention.
A chaque fois que surgit un événement de santé, on doit
faire quelque chose immédiatement derrière. Dimanche dernier,
comme vous l'avez peut-être entrevu, (mais cela a été
discret, ce n'était pas un événement national) trois cas
d'une pathologie rarissime ont été constatés. Il s'agit de
la maladie de Kawasaki que l'on a décrite au Japon. Au troisième
cas de cette maladie chez des enfants à Lille, une enquête a
été déclenchée. Le réseau s'est mis en
marche. L'école a été fermée pendant la
période de doute. Le fait que trois enfants soient atteints d'une
maladie pas toujours bénigne, faute de savoir le pourquoi des choses, a
conduit à fermer l'école, à faire un certain nombre
d'investigations et à s'assurer que cela n'allait pas au-delà de
trois cas.
C'est de la surveillance/intervention. C'est ce que le réseau national
de santé publique fait actuellement avec des moyens insuffisants. Je
vous rappelle qu'il a été créé en 1992 sous la
forme d'un groupement d'intérêt public avec un effectif d'un peu
plus de trente personnes. C'est une structure qui est à la fois un noyau
central stratégique, localisé à Saint-Maurice près
de Paris, avec des antennes dites "cellules interrégionales" qui sont
en
train de se constituer. Trois ont été créées en
1995, trois en 1996. La couverture du territoire français, y compris
l'Outre-Mer, sera achevée en 1997. Au total, ces 11 cellules
interrégionales vont constituer les bras séculiers du
réseau national pour cette fonction de surveillance car encore une fois,
c'est un métier que l'on fait, à la différence de
l'observation, 7 jours sur 7, nuit et jour, avec une notion d'urgence qui
s'impose parfois.
Troisième mission : la vigilance. Bernard Serrou a dû certainement
vous en parler. C'est l'ensemble des surveillances, certes, des
événements produits, déclenchés par l'action
humaine en général et surtout par l'action médicale,
soignante en général. Ce sont les iatrogénèses, que
ce soit la pharmaco-vigilance, l'hémo-vigilance, la
réacto-vigilance, la matério-vigilance. A l'époque
où vous avez examiné les projets de lois sur la
bio-éthique, on a même parlé de l'AMP vigilance.
Sur ces vigilances, je dirai deux choses.
Premièrement, elles sont extrêmement éclatées. Elles
le sont en autant de structures qu'il y a ou qu'il devrait y avoir s'occupant
du secteur. On a confié l'hémo-vigilance à l'Agence
française du sang, la pharmaco-vigilance à l'Agence du
médicament, etc.
On peut se poser la question -je l'avais dit en son temps à Bernard
Serrou- de savoir s'il est raisonnable de confier la vigilance x à la
boutique qui s'occupe du sujet ? Est-ce raisonnable de demander à
l'Agence du médicament de traquer tous les effets secondaires des
médicaments qu'elle a elle-même, par décision positive, mis
sur le marché ?
La question mérite d'être posée. On me dit, et par certains
côtés, c'est très séduisant et logique, que pour
être capable de traquer les effets secondaires d'un médicament, il
faut avoir une extrême compétence qui est
précisément toute cette expertise que constitue le vivier des
gens travaillant avec l'Agence du médicament. On me dit la même
chose pour l'hémo-vigilance.
Extraire la pharmaco-vigilance de l'Agence du médicament,
l'hémo-vigilance de l'Agence française du sang et toutes les
vigilances à venir pour les confier à une seule institution
polyforme qui s'occuperait de toutes les vigilances, je ne suis pas sûr,
surtout si l'on veut être pragmatique et respecter ce qui existe
déjà, que ce soit possible.
En revanche, je suis certain qu'il faut, à un endroit quelconque,
rassembler toutes les informations qui proviennent de ces vigilances car,
après tout, c'est un aspect de l'état de santé des
Français non négligeable car la somme des vigilances, c'est
l'image de la hiatrogénèse. On le sait et on le saura de plus en
plus, la hiatrogénèse est une part non négligeable de ce
que l'on devrait ne pas tolérer, ou réduire pour ne parler que
des affections nosocomiales. Il y aura probablement toujours des infections
nosocomiales, il n'y a pas de médecine sans risque, mais visiblement,
nous avons besoin d'avoir une meilleure appréciation de l'ensemble des
iatrogénèses et d'un rapprochement des vigilances. A un moment
donné, il faut qu'il y ait une synthèse, ne serait-ce que pour
rapprocher les méthodologies.
J'ai été un peu long sur la partie connaissance, mais dans
l'intitulé de votre mission, vous avez "la veille sanitaire", et dans
la
veille sanitaire, ces trois aspects, l'observation, la surveillance et la
vigilance sont indispensables.
Actuellement, il existe le Réseau National de Santé Publique. Il
couvre pratiquement uniquement le volet n° 2, la surveillance. Il ne
couvre pas l'observation. Il n'assure pas cette fonction de synthèse
nationale dont on a besoin et il n'assure que très partiellement la
synthèse de la vigilance. Il récupère, certes, l'ensemble
des cas de sida post-transfusionnels, heureusement, maintenant ils sont peu
nombreux. Il est utile de rapprocher la iatrogénèse
transfusionnelle de l'ensemble du sida et de faire des comparaisons par rapport
aux statistiques que le réseau national gère au plan
français.
On a dit dans cette maison, avec tout le respect que je lui dois, que la
Direction Générale de la Santé avait des envies
dévorantes d'élargir son territoire. Non, j'ai sorti de la
Direction Générale de la Santé de nombreuses fonctions.
Moins il y aura de fonctions techniques et d'expertises opérationnelles
dans l'administration centrale, plus celle-ci sera forte pour faire de la
stratégie et aider à définir des politiques sous la
conduite du ministre.
Je le dis avec conviction, ma longévité pathologique me le permet
peut-être.
M. Charles DESCOURS, président - Vous avez cité trois points
spécifiques dans la vigilance : l'évaluation, la connaissance et
dans la connaissance, vous avez parlé de l'observation, de la
surveillance et de la vigilance.
M. Jean-François GIRARD - Le troisième aspect concernera les
produits. Je suis toujours dans le volet n° 2, connaissance. Pour
l'instant, nous avons le réseau. Le réseau national a
été créé en 1992. C'est un groupement
d'intérêt public. Je crois qu'il a bien fait son travail
jusqu'à maintenant. Il n'a pas détecté les crises du
passé, c'est-à-dire l'amiante et la vache folle car ce sont des
crises héritées du passé. Le problème avec ces
maladies-là est qu'il faut 10, 20 ou 30 ans -c'est vrai aussi bien pour
l'amiante que le prion- pour que les effets pathologiques s'en fassent
ressentir.
Pour une institution qui existe depuis 1992, on ne peut pas lui reprocher de ne
pas avoir eu cette fonction d'alerte. Le réseau détecte les
crises du futur. Des travaux sont faits. M. Drucker, que vous recevrez, vous
expliquera l'activité et le nombre d'épidémies
débutantes détectées, cela peut être deux ou trois
cas. Il est vrai que nous n'avons pas l'habitude de faire un communiqué
de presse à chaque fois que l'on détecte une
épidémie.
M. Charles DESCOURS, président - Excusez-moi de vous interrompre, mais
cela me semble un point capital. Vous dites que pour une
épidémie, même si seulement trois cas sont
détectés, un processus va être maintenant
déclenché, mais souvenez-vous, lorsque M. Dormont a dit qu'il
voulait travailler sur le prion, à l'époque, personne ne l'a
soutenu. Il a travaillé dans son coin car il n'a pas trouvé de
relais ni à la DGS, ni à l'INSERM ou au CNRS.
Je crois que la fonction d'alerte est très importante. Aujourd'hui, dans
votre connaissance de l'état de santé, qui fait la fonction
d'alerte en amont ?
C'est cela qui m'inquiète.
M. Jean-François GIRARD - Je ne sais pas si c'est de l'alerte sanitaire,
j'en conviens avec vous, il y a un aspect alerte qui commence à
dépister le premier cas imprévu, mais je ne sais pas
prévoir l'épidémie de 2010.
M. Charles DESCOURS, président - Il ne s'agit pas de cela. On mange de
la viande tous les jours, subitement, on nous a expliqué que des vaches
étaient atteintes par une épidémie, pourquoi
jusqu'à cette année, ne s'est-on pas posé la question du
passage à l'homme ? Aviez-vous débloqué des crédits
?
M. Jean-François GIRARD - Je ne suis ni ministre de la recherche, ni
Directeur Général de la recherche. Le rapport de 1992 de M.
Dormont indiquait très bien les choses. Il y a eu une série de
décisions. J'ai été entendu par la mission d'information
de l'Assemblée Nationale. Je ne crois pas que l'on puisse dire, sauf
à ce que nous n'ayons pas fait notre travail d'information, que l'on
s'est réveillé en 1996.
Je suis stupéfait d'entendre cela. Je vous enverrai la chronologie des
décisions prises depuis 1992, et parfois même avant, montrant le
principe de précaution et le risque du passage à l'homme, alors
que tout le monde disait que la spécificité d'espèce du
prion était protégée puisque le mouton n'avait jamais
donné de maladie depuis deux siècles alors qu'on en mangeait avec
délectation dans certains pays et où il est, paraît-il,
beaucoup plus honorant pour la personne reçue de manger du mouton
tremblant que du mouton non tremblant. La science nous livrait ses
connaissances avec la certitude qu'il y avait une spécificité
d'espèce.
Ce dogme a fonctionné dans les premières années de 1990,
le rapport Dormont a été suivi d'un ensemble de décisions,
pardon de le dire avec détermination si ce n'est avec vigueur, qui fait
que je n'ai pas attendu le 20 mars 1996. Les dispositifs médicaux
contenant des extraits bovins sont soumis depuis deux ans à une
commission de sécurité micro-biologique ; si l'avis est
négatif, on ne met pas sur le marché. On a fini par prendre un
arrêté qui a été traduit devant la Cour de justice
européenne par Bruxelles.
Je suis prêt à vous apporter des informations, et en premier lieu,
à vous donner la chronologie publique de 10 pages qui vous apportera
tous les éléments.
Cela étant, je ne réponds qu'en partie à votre question,
elle est légitime. Comment remontez le plus possible en amont pour
prévoir un risque et ne pas attendre sa traduction en pathologie humaine
?
M. Charles DESCOURS, président - On a tous appris le cancer dû
à l'amiante, mais personne n'a interdit l'amiante. Lorsque vous avez
passé l'externat ou l'internat, moi aussi, on nous apprenait le cancer
de la plèvre, le mésotéliome dû à l'amiante.
Tout le monde le savait, cela n'a pas empêché de continuer
à construire avec de l'amiante et subitement depuis 6 mois, on parle de
détruire Jussieu.
M. Jean-François GIRARD - Pourquoi ces choses-là sont-elles
apparues depuis 6 mois ? Il y a un phénomène que
j'apprécie, c'est un signe de transparence et de démocratie dont
je subis, plus que la moyenne, les difficultés.
Sur l'amiante, des mesures ont été prises dans les années
77, d'autres ont été reprises en 1985. Il y a eu tout un train
d'études de faisabilité, de déflockage montrant que l'on
n'avait pas tout à fait tort d'être prudent entre 1989 et 1994. Un
décret a fini par paraître en 1996. Effectivement, on ne parle
plus du décret consistant à faire l'inventaire. Il ne faut pas se
précipiter car si l'on doit tout déflocker, indépendamment
du coût pour la nation, c'est très dangereux car l'on risque de
faire monter le nombre moyen de fibres dans l'atmosphère.
Sur tout cela, peut-être que nous ne nous exprimons pas assez, je le
crains, mais je ne suis pas sûr que ce soit une raison suffisante pour
expliquer la situation dans laquelle nous sommes. Mais tant pour la vache folle
que pour l'amiante, l'action publique n'a pas commencé en 1996.
Sur ces deux points-là, je vous enverrai la chronologie de ces
événements. Cela vous montrera qu'il s'est passé beaucoup
de choses. Sur l'amiante, on peut revenir sur les risques certains et les
risques évoqués, je pense que l'article de M. Allegre va
contribuer au débat par rapport aux certitudes ou aux incertitudes que
l'on a actuellement ; certitude sur le plan de l'exposition
professionnelle, incertitude sur le plan de l'exposition dite environnementale.
M. Charles DESCOURS, président - Monsieur le Directeur, je voudrais que
vous nous parliez maintenant des produits.
M. Jean-François GIRARD - Oui, les produits thérapeutiques. Une
première chose doit être affirmée : le modèle du
médicament est probablement le plus achevé. La gestion le suivi
des produits et ce qu'il faut faire pour en assurer la sécurité,
tout ceci passe par trois fonctions bien décrites par les uns et les
autres :
- une expertise,
- un contrôle,
- des mécanismes d'alerte.
On voit très bien ce que cela veut dire au plan des médicaments,
l'expertise c'est l'AMM ; le contrôle, c'est tout le système
d'inspection des établissements pharmaceutiques et les pratiques de
préparation ; l'alerte, c'est la pharmaco-vigilance.
Dans l'alerte, il y a deux choses : l'alerte sur le produit défectueux
à un instant donné, un comprimé qui est rouge au lieu
d'être blanc, et l'alerte sur le plan des conséquences humaines du
dépistage le plus tôt possible d'effets indésirables.
Ces trois fonctions, expertise, contrôle, alerte en matière de
produits thérapeutiques sont indispensables pour tous les produits. Si
je dis que le modèle du médicament est le plus achevé,
c'est parce que la même triade n'est pas appliquée à
d'autres produits thérapeutiques.
Grâce aux préoccupations du Parlement et de votre assemblée
en particulier, des outils ont été mis en place pour les produits
sanguins, pour les greffes, mais il reste un créneau qui doit être
la priorité par rapport à cette préoccupation à
l'intérieur des produits thérapeutiques, c'est le dispositif
médical. Le système actuel est insuffisant à plusieurs
égards.
Premièrement, j'ai quelques scrupules à en parler, mais j'estime
que ce n'est pas à l'administration centrale de prendre en charge le
suivi des dispositifs médicaux et de contribuer à leur mise sur
le marché. En revanche, elle peut suivre tout ce qui est la vigilance,
mais les décisions à prendre en trois heures pour retirer des
sondes cardiaques, etc, ne sont pas de son ressort. C'est un métier
à part que l'administration centrale ne sait pas faire.
Les dispositifs médicaux doivent bénéficier le plus d'un
effort pour lesquels il faut faire l'expertise, le contrôle, la
procédure d'alerte.
Pour l'expertise dans les dispositifs médicaux, le ministère de
la Santé, et moi-même, nous étions préoccupés
du fait que le marquage CE encadrant ces produits est, dans certains cas,
insuffisant.
Je ne sais pas si vous partagez ce sentiment. Revenant également de
Washington, nous avons eu le sentiment qu'il y avait certes une guerre
économique à la clef, mais que le système y était
extrêmement verrouillé, peut-être même trop
verrouillé au sein des producteurs et que l'on avait au contraire un
dispositif européen relativement lâche, marqué du sceau de
la construction européenne avec la libre circulation, la facilitation
d'échange de produits conduisant à un marquage CE insuffisant
pour certains dispositifs médicaux.
Je vous ai parlé tout à l'heure de dispositifs contenant des
produits bovins. Plus généralement, M. Gaymard a écrit au
Président en exercice de la Communauté européenne pour
attirer son attention sur le fait que les dispositifs médicaux
étaient, en matière d'expertise, et dans le cadre européen
s'imposant en droit français, insuffisamment contrôlés,
encadrés et, pour certains d'entre eux, nous exposaient à des
difficultés.
Le contrôle de tous ces produits thérapeutiques est
caractérisé par une insuffisance de moyens. On ne manque pas
d'interlocuteurs, pas d'institutions, j'aurais même tendance à
dire qu'il y en a peut-être un peu trop, le regroupement pourrait
être discuté, en revanche, on manque de moyens. Il y a 400
médecins inspecteurs, 4 000 vétérinaires. Je conviens que
le secteur de l'agriculture est vaste, mais 400 médecins inspecteurs,
c'est insuffisant.
Je suis très préoccupé par cette insuffisance de moyens en
homme au niveau des médecins inspecteurs car depuis quelques
années, ce pays a confié à l'Etat et à son
administration des responsabilités croissantes en matière de
santé, de surveillance, de bio-éthique, pour donner des
mécanismes d'autorisation et de contrôle, idem en matière
de transfusion sanguine.
Si l'administration du ministère de la Santé s'est
étoffée au plan central, en revanche au plan des services
déconcentrés, les moyens sont très insuffisants. La
fonction de contrôle -élément essentiel de la
sécurité lié au produit- est encore insuffisamment
assurée.
Je voudrais redire à quel point le thème de votre mission est
important, même si le temps que j'ai consacré aux trois parties,
évaluation, connaissance et produits, n'a pas été
égal, mais il faut bien concevoir que l'on a besoin des trois. Ne
répondre que par l'un, par les produits, serait insuffisant. Si je me
suis beaucoup étendu sur la connaissance, ce n'est pas parce que
j'estime que c'est encore plus important que les autres, mais c'est la partie
où mon administration a une responsabilité très directe
d'impulsion, de contrôle et de construction.
M. Bernard SEILLIER - La Food and Drug Administration prétend qu'elle
exerce sa mission d'une manière plus efficace que notre administration
dans la mesure où elle serait associée très en amont dans
le processus de mise au point par les laboratoires, qu'elle conseillerait au
lieu de rester complètement indépendante et extérieure
à la mise au point des produits. Partagez-vous cette affirmation ?
M. Jean-François GIRARD - Cette intervention en amont ne me choque pas.
Je ne sais pas si la réponse américaine, qui a cinquante ans
d'âge, est plus structurée, c'est possible. Vu la longueur de la
procédure entre l'idée d'une molécule et son
arrivée sur le marché, ou sa décision d'AMM, il y a
beaucoup de phases schématisées. On peut aider le laboratoire ne
serait-ce que pour que l'action de l'administration, fut-elle l'Agence du
médicament ou une autre agence, n'apparaisse pas comme un
chausse-trappe, une espèce de guillotine. C'est de
l'intérêt de tout le monde.
M. Dominique LECLERC - Une petite réflexion par rapport à vos
derniers propos. Vous dites qu'il faut bien savoir qui fait quoi en termes
d'expertise, de contrôle et surtout de vigilance sur le terrain. J'ai
pratiqué les organismes déconcentrés du ministère,
que ce soit au niveau régional ou départemental, on constate
souvent des insuffisances de moyens, ne serait-ce qu'au niveau des pharmaciens
inspecteurs, que vous n'avez pas évoqués, qui ont une mission sur
toute l'industrie.
M. Jean-François GIRARD - Ils sont 120.
M. Dominique LECLERC - C'est déplorable. Il résulte de tout cela
que l'on ne sait pas trop qui fait quoi. Souvent les ordres professionnels sont
mis à contribution en termes d'alerte. Ils ne le font pas
obligatoirement avec engouement car est-ce bien dans leur compétence ?
Dans tout cela, il y a beaucoup de confusion et d'insuffisance.
M. Jean-François GIRARD - Merci de revenir sur ce point-là, je
crois que la confusion et l'insuffisance vont de pair. Il y a trop peu de
pharmaciens inspecteurs et de médecins, mais aussi d'ingénieurs
sanitaires et des inspecteurs tout court. Il y a des insuffisances dans ce
domaine, d'où l'intervention désordonnée qui vient une
fois d'un ordre départemental, une fois de la caisse primaire ou des
praticiens conseils de la caisse intervenant, y compris sur la
sécurité sanitaire. C'est là où l'on rencontre la
confusion dont vous parlez, je suis d'accord.
Il me semble que l'Etat prendrait une lourde responsabilité maintenant
que ces affaires se judiciarisent et que les responsabilités sont de
plus en plus clairement pointées, légitimement d'ailleurs.
Après tout, en termes de sécurité sanitaire, ni l'ordre
des médecins, ni les caisses primaires ne sont vraiment responsables.
Même si un jour, elles dénoncent une situation, elles ne le feront
jamais systématiquement. Il y a intérêt à faire
coller la définition des responsabilités et les moyens dont on se
dote pour les assumer.
M. Charles DESCOURS, président - Je vous ai trouvé assez
optimiste sur le Réseau National de Santé Publique.
M. Jean-François GIRARD - Je ne suis pas optimiste sur le RNSP. Je
constate que les choses bougent et je n'aurai de cesse de m'inquiéter de
la lenteur avec laquelle les choses apparaissent.
Le Réseau National de Santé Publique n'a que 4 ans, les ORS en
ont 16. Ils ont été créés en 1982. Tout le monde
est d'accord pour dire que c'est un réseau indispensable, certains sont
très bien, d'autres fonctionnent normalement, d'autres sont encore
balbutiants.
Ce réseau de 4 ans est un groupement d'intérêt public, il y
a 40 personnes, là où à Londres il y en a 600. Il faut
savoir ce que l'on veut. On n'a pas de chance, la santé nous explose
à la figure au moment où l'argent dans ce pays fait un peu
défaut et où l'Etat a décidé de restreindre ses
moyens.
M. Charles DESCOURS, président - Où sont ces 600 personnes ?
M. Jean-François GIRARD - Au CDCT. Au bout de 4 ans
-l'arrêté de création date du 18 juin 1992- le
réseau a rempli son contrat. Il est maintenant en face de
problèmes statutaires. Le groupement d'intérêt public ne
peut-il bénéficier que des contributions de personnels
apportées par les partenaires signataires de la convention créant
le mouvement d'intérêt public ? Il n'y a pas de personnel propre
en principe, nous ne créons les postes que par dérogation
après une lutte acharnée pour chacun d'eux. Nous avons
réussi, pour le RNSP, à avoir un taux de personnel propre
dépassant ce qui était prévu dans les
arrêtés, mais visiblement, on a un problème de moyens.
Se pose aussi le problème de savoir quelles seront les missions que l'on
pourra donner à ce Réseau National de Santé Publique.
J'ajouterai enfin, pour vous rassurer, Monsieur le Président, que la
prochaine agence de santé qui se créera dans l'Union
européenne, après Lisbonne pour la toxicomanie, Londres pour le
médicament, sera un CDC européen, un centre de surveillance des
maladies transmissibles.
Si entre Français, on ne s'entre-tue pas, je pense que le CDC
européen sera à Paris. Saint-Maurice est un pôle de
santé publique où se trouvent sur le même site l'antenne
francilienne de la santé publique, le centre européen du sida,
le réseau national de la santé publique, des unités
INSERM. On a un potentiel qui me fait dire que si l'on ne s'y prend pas trop
mal, comme le Royaume-Uni a été servi avec l'Agence du
médicament, on peut obtenir que le CDC européen soit à
Paris.
M. Claude HURIET, rapporteur - J'ai deux questions à vous poser.
On a vu apparaître très vite dans les premières auditions,
une immense lacune concernant les dispositifs et les matériaux.
J'aimerais que vous nous précisiez qui est actuellement en charge des
matériaux. Est-ce la Direction des hôpitaux ?
Sur l'informatique, peut-on penser que toute la réflexion que l'on
entreprend sur le renforcement de la veille sanitaire peut se poser dans des
termes différents avec l'informatisation du cabinet médical ? Un
médecin observant un phénomène inhabituel pourra
accéder très facilement à une banque de données qui
pourrait lui permettre de savoir si ce cas est isolé ou si au contraire,
il peut s'agir d'un événement d'alerte. Autrement dit, les
réflexions que l'on a engagées sur les structures de veille et de
vigilance risquent de comporter une autre dimension lorsqu'un système
d'alerte a l'avantage d'être immédiatement accessible en temps
réel et très proche du praticien.
M. Jean-François GIRARD - Sur les matériaux, mon interrogation
porte sur la définition des matériaux par rapport aux dispositifs
médicaux.
M. Claude HURIET, rapporteur - C'est la matière première. Ce sont
aussi bien les métaux utilisés pour des prothèses et aussi
la façon dont ces métaux sont transformés, les
phénomènes de surface, de revêtement.
M. Jean-François GIRARD - A mon sens, les matériaux sont un
sous-ensemble des dispositifs médicaux. J'ai dit, avant que vous
n'arriviez, que la procédure applicable aux dispositifs médicaux
me paraissait insuffisante. Le marquage CE et le cahier des charge de ce
marquage CE est un dispositif très léger, c'est une bonne
technique de fabrication, mais qui ne donne pas les éléments
qu'on exige pour le médicament sur la qualité des matières
premières, la qualité du process, la procédure de
fabrication et qui ne juge que le résultat fini.
Pour moi, les matériaux constituent un sous-ensemble des dispositifs
médicaux. C'est l'un des arguments que j'avance pour dire que notre
réponse en matière de dispositifs médicaux est
insuffisante en termes de sécurité. Lorsque je dis "notre", c'est
la procédure européenne qui est insuffisante.
Sur le rôle des médecins praticiens, oui, la santé publique
ne deviendra adulte que si les 60 000 généralistes et 30 000
spécialistes libéraux, sans parler des médecins
hospitaliers, contribuent à ces fonctions de surveillance.
Pour l'instant, cela n'existe que dans certaines expériences très
précieuses. Vous savez probablement ce qu'on appelle "le réseau
sentinelle". C'est un réseau de 500 médecins
généralistes connectés depuis maintenant presque 10 ans
à un laboratoire rattaché au réseau national de
santé public et qui, chaque semaine, déclarent un certain nombre
de pathologies. C'est ainsi que l'on a une connaissance relativement
précise des hépatites A, de l'évolution des maladies
sexuellement transmissibles.
500 médecins, ce n'est qu'un échantillon de 1 % par rapport aux
50.000. A l'avenir, on aura les moyens de permettre que tout professionnel de
santé, y compris les pharmaciens d'officine, (sur le problème de
la politique de santé, ils sont en train de jouer un rôle
déterminant, ils vont plus vite à s'intégrer dans les
politiques de santé que les médecins) ait une information qu'il
n'a pas actuellement. En retour, avec les systèmes qu'il faut, on aura
une décentralisation extrêmement facile.
La réponse est oui, les médecins généralistes sont
les premiers médecins de santé publique.
Dernier point à propos des services déconcentrés, je me
suis mal exprimé. J'ai simplement voulu dire qu'il y a au plan central,
une administration et des agences. Mon souci est que dans le département
ou dans la région, il n'y ait pas des tuyaux d'orgue, qu'il y ait une
coordination sur le département ou la région.
C. AUDITION DE M. YVES MATILLON, DIRECTEUR DE L'AGENCE NATIONALE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉVALUATION MÉDICALE
M. Charles DESCOURS, président - L'objet de notre
mission comprend deux volets : la sécurité des produits au sens
large du terme et la vigilance sanitaire. Comment voyez-vous la place de
l'organisme que vous représentez aujourd'hui et, éventuellement
demain, si ses compétences doivent être élargies ?
M. Yves MATILLON - Merci de m'avoir convié à votre discussion et
à votre travail préparatoire.
Je prendrai volontiers position en tant que responsable de l'ANDEM et ce que
j'ai pu percevoir durant les dernières années, en sachant que par
rapport à la thématique générale, le rôle de
l'ANDEM ou de l'ANAES -c'est le nouveau nom du nouvel organisme- me
paraît être relativement limité dans les sujets importants
que vous traitez qui sont plutôt du domaine de la santé publique.
C'est la première réflexion que je voulais faire.
Une des missions de l'ANDEM, qui restera avec l'ANAES, est d'établir
l'état des connaissances par rapport au développement de
certaines technologies, en particulier ce qui ne concerne pas le
médicament. Sur ce secteur-là, j'entends les stratégies
diagnostiques comme les stratégies thérapeutiques non
médicamenteuses. Il ressort très souvent que l'on a un petit
nombre de preuves d'efficacité. Lorsque les technologies, les techniques
sont récentes et nouvelles, on a très peu d'informations
concernant les effets secondaires, les effets négatifs ou tout ce qui au
sein de la veille sanitaire peut répertorier les incidents
iatrogènes, toutes ces conséquences négatives de
l'activité diagnostique et thérapeutique. Plus on a des
techniques jeunes et récentes, moins on a d'informations.
Je vous donne un exemple concret avec la fameuse affaire du chauffe-prostate ou
de l'hyperthermie prostatique. Cela m'avait beaucoup frappé à
l'époque. On avait mis sur le marché certaines de ces machines,
sans avoir véritablement de notion d'efficacité, et sans
connaître les éventuels effets secondaires. Or, on a su, par
démarche déductive, qu'il y avait des effets négatifs que
personne n'avait répertorié.
Je vous donne cet exemple pour illustrer ce que l'on a retrouvé dans
d'autres études d'évaluation technologique. Très souvent,
cela s'explique par une raison simple, le recensement ou l'identification des
effets négatifs n'est pas toujours facile à faire.
L'objet de votre mission paraît très important pour inciter et
favoriser l'identification des effets négatifs. Ce n'est pas du tout de
ma part une critique, mais il me semble que les médecins ont toujours un
peu de difficulté à admettre les effets négatifs à
ce qu'ils font : consciemment ou non.
Voilà schématiquement ce que j'avais en tête sur le plan de
l'importance du phénomène que vous étudiez, sur la
nécessité de trouver des facteurs incitatifs pour
répertorier les effets secondaires des thérapeutiques non
médicamenteuses et des stratégies diagnostics. Je n'ai pas de
solution miracle.
M. Claude HURIET, rapporteur - Je pense qu'il serait très
intéressant pour la mission que vous définissiez comment vous
concevez l'évaluation par rapport à d'autres démarches
avec lesquelles on la confond souvent.
Quelles sont les limites de l'évaluation à travers ce qui est
appréciation de l'efficacité, de l'innocuité, des effets
secondaires dont vous venez de parler. Vous venez de parler de stratégie
thérapeutique. L'évaluation dans le domaine chirurgical, par
exemple. Je crois qu'il y a une certaine confusion dans les esprits.
M. Yves MATILLON - Je vous remercie beaucoup de me poser cette question car
effectivement, il faut que l'on s'entende sur ce qu'il y a derrière ce
terme. C'est un terme générique que l'on utilise tous dans la vie
de tous les jours et qui est appliqué dans la pratique professionnelle.
Lorsque je vous parle d'évaluation technologique, on entend par
évaluation, l'état des connaissances sur une technique diagnostic
ou thérapeutique. C'est l'état des connaissances aujourd'hui
à propos des techniques de dilatation des coronaires, à propos
des implants osseux, ou des greffons osseux. Que connaît-on aujourd'hui ?
Je prends le terme "évaluation" dans le sens de l'évaluation des
connaissances aujourd'hui. Cela repose sur l'évaluation des
connaissances publiées, connues au plan scientifique et au plan des
connaissances dont les professionnels disposent.
Je fais cette remarque sur les sources de données car si la technique
est récente, on a peu d'informations d'ordre scientifique ; en revanche,
on en a qui sont plus liées aux pratiques professionnelles, d'où
la difficulté au stade d'émergence d'une technique de faire un
état objectif des connaissances. Plus la technologie, la technique est
ancienne, plus on a des données scientifiques et plus l'apport des
professionnels est intéressant.
Sur quoi porte l'évaluation dont on parle maintenant ? Que
connaît-on en termes de sécurité de la technique, en termes
d'efficacité et d'utilité pour les malades ?
Là aussi, on répond de manière variable en fonction du
développement de la technologie. Que connaît-on en termes de
sécurité ? Si je reprends l'exemple du chauffe-prostate ou de la
dilatation coronarienne, que connaît-on aujourd'hui en termes de
sécurité ?
Connaît-on au développement initial de cette technique des effets
secondaires ? On peut faire la même chose sur la technique de dilatation
des coronaires. Il y a deux ou trois ans, une polémique s'est
installée dont la presse s'est faite l'écho à propos d'une
machine appelée le "rotablator" qui tourne très vite, utilisant
le même principe de percée que celui employé pour creuser
le tunnel sous la Manche. Cette petite vrille tournant à x tour minute
ou seconde s'était détachée et avait entraîné
des perforations d'artères.
Il faut que l'on essaie de collecter de l'information, -je fais le lien avec
votre mission- il faut favoriser la collecte de ce type de données
qu'aujourd'hui encore, pour des raisons conscientes et inconscientes, on a
tendance à mettre de côté. Ceci c'est de l'information sur
la sécurité.
Ensuite, c'est l'efficacité. C'est très connu pour les
médicaments. En comparant deux médicaments, A et B, on sait s'il
y en a un qui est plus efficace sur des paramètres identifiés,
qu'ils soient cliniques ou biologiques.
Cet effort énorme qui a été fait pour le médicament
n'a pas été fait de manière aussi structurée, aussi
avancée pour le reste. Pour les techniques chirurgicales, il est vrai
que l'on est en retard. On incite progressivement à ce que cela soit
fait. La loi qui porte votre nom favorise cette prise de conscience. On fait
entrer des protocoles d'études, d'essais contrôlés afin de
comparer techniquement les techniques. Si l'intervention chirurgicale par
coelioscopie est plus efficace qu'une intervention chirurgicale classique pour
l'appendicectomie, il faut qu'on le sache, or, il y a peu d'études sur
ce type d'indication.
On peut multiplier les exemples à loisir sur toutes les
thérapeutiques chirurgicales. Je reprends l'exemple qui avait
défrayé la chronique l'an dernier sur les ligaments du genou.
Est-il légitime d'apporter des suppléments artificiels du genou
à certains traumatismes ligamentaires ? Là encore, dispose-t-on
de données scientifiques valides et professionnelles permettant de dire
qu'il faut le faire ?
Si je prends cet exemple, c'est parce qu'il y avait deux types de chirurgiens
en France : ceux qui implantaient les ligaments et ceux qui les retiraient
parce que les malades n'étaient pas satisfaits. En l'état actuel
des connaissances, on manque d'essais contrôlés permettant de dire
que c'est efficace. Nous devons donc favoriser le développement d'essais
contrôlés en informant les patients et l'on pourra
vraisemblablement répondre dans un ou deux ans à la question pour
laquelle aujourd'hui on n'a pas de réponse.
Ceci c'est pour la sécurité, l'efficacité et
l'utilité, on se place là du point de vue du malade. Si je
reprends l'exemple de l'adénome de la prostate, le médicament
est-il plus efficace que la chirurgie ? En termes de stratégie
thérapeutique, est-ce utile pour le malade ? C'est tout de même la
question importante.
On ne peut pas répondre à cette question si l'on n'a pas
d'éléments concernant la sécurité et
l'efficacité.
Un énorme effort de réflexion collective doit être fait.
J'en ai souvent parlé avec Jean-François Girard, y compris avec
les instituts de recherche pour qu'effectivement, on finance la recherche pour
qu'elle soit utile à l'identification de gains thérapeutiques
pour les malades.
M. Charles DESCOURS, président - Ne peut-on pas imaginer une
évaluation a priori, c'est-à-dire avant que cela ne soit
appliqué en thérapeutique courante ?
M. Yves MATILLON - Je trouve votre question très importante. Je ne
voudrais pas que vous reteniez de mes propos que l'évaluation a un
rôle a posteriori. L'évaluation peut avoir un rôle a priori
très important en indiquant et en précisant les conditions de
diffusion de cette technique. Le risque est de dire que pour toute nouvelle
technologie n'ayant pas de preuve d'efficacité, ce n'est pas la peine de
la développer. L'inverse serait de dire qu'on a le produit miracle ou la
machine merveilleuse qui va régler tous nos problèmes.
Il faut osciller entre ces deux perspectives sans condamner ni l'une ni
l'autre, en essayant de mettre en place -et c'est là où se trouve
l'articulation avec votre mission et le sujet que vous développez- le
maximum d'informations le plus rapidement possible, le plus tôt possible
dans de bonnes conditions de fiabilité et de validité. Moyennant
la connaissance de ces informations, il faut que l'on puisse mettre un cadre au
développement d'une technique. Cela peut même aller jusqu'à
son remboursement. Pourquoi ne pas imaginer que l'on puisse rembourser, de
manière conditionnelle et pour certaines indications cliniques, une
technique et la mettre sur le marché à certaines conditions, dont
pourraient bénéficier les malades, dans le cadre même d'un
protocole expérimental et qu'en fonction du résultat de cette
approche, on puisse envisager de l'étendre, de rembourser davantage ?
M. Claude HURIET, rapporteur - Dans la démarche que vous évoquez,
vous montrez bien que l'évaluation doit s'inscrire dans le temps. La
position que vous proposez en tant qu'agence tient compte des connaissances
acquises au jour j grâce aux pratiques, aux références
biographiques.
La question que je pose est tout à fait dans l'axe de notre mission.
Quelles sont les relations que vous avez établies avec d'autres
instances qui sont chargées de la veille et de la vigilance ? C'est un
élément qui vous concerne pour adapter votre démarche au
fil du temps. Vous avez vos propres sources, y a-t-il échange au plan
national ?
Autrement dit, tout ce qui est vigilance est-il branché sur l'ANDEM et
réciproquement ?
M. Yves MATILLON - Cette question est très importante. J'ai tenté
d'avoir des informations. Notre rôle n'était pas de collecter
l'information, mais d'avoir l'information sur la notion de veille sanitaire. Je
me suis retourné tantôt vers les structures ministérielles,
tantôt vers les structures des organismes de sécurité
sociale car ils ont un système de suivi, tantôt vers les
organismes comme le Réseau National de Santé Publique dont une
des fonctions est de collecter l'information.
Je dois vous faire part de mon interrogation quant à ce constat sur la
difficulté d'obtenir des informations fiables.
M. Charles DESCOURS, président - Vous n'avez pas d'informations fiables
de ces organismes ?
M. Yves MATILLON - Il nous est apparu difficile d'obtenir des informations. On
en a, mais elles sont fragmentées. Il est nécessaire de
développer et de créer des moyens incitatifs permettant à
des structures, y compris chez les professionnels dans les hôpitaux, de
pouvoir récupérer ces informations-là et qu'elles soient
disponibles lorsqu'on en a besoin.
M. Claude HURIET, rapporteur - Quels sont les organismes que vous avez
interrogés ?
M. Yves MATILLON - Cela dépend du sujet que l'on traite. Sur la
vascularisation coronarienne, on s'est adressé à la Direction des
hôpitaux, à la Direction Générale de la Santé
pour essayer d'avoir des informations même sur des données
quantitatives de base. On sollicite aussi les sociétés savantes
qui sont prises presque au dépourvu lorsqu'on leur pose ce genre de
questions.
C'est une mission très importante, de nature de santé publique,
qu'il est nécessaire de structurer pour que les responsabilités
soient renforcées, confortées. Je vous dis cela en tant
qu'utilisateur du système et en étant à un endroit de ce
système. Je ne peux que vous répéter que l'essence de
votre mission est importante.
M. Claude HURIET, rapporteur - Dans vos interventions, on voit
apparaître, mais peut-être est-ce parce que je suis obnubilé
par l'objet de la mission, les fonctions de l'ANDEM en termes
d'évaluation et le lien avec la sécurité sanitaire qui
fait l'objet de notre travail, mais l'ANDEM sera remplacé par l'ANAES.
En vous étant inscrit dans un autre système, celui de
l'accréditation, la co-existence de deux missions
complémentaires, mais distinctes, le risque n'existe-t-il pas -si vous
n'y prenez pas garde et si ce n'était pas vous le responsable de
l'ensemble- qu'il y ait une mission privilégiée, ne serait-ce que
de par la charge de travail et le calendrier très contraignant, à
savoir l'accréditation, et que l'évaluation soit temporairement
considérée comme une mission seconde de l'ANAES ?
M. Yves MATILLON - Là encore, je vous suis gré de poser cette
question car elle est importante en termes de perspectives pour l'avenir.
Dans le cadre des missions de l'ANAES, on trouve une mission classique
d'évaluation dont on vient de parler, et il y a cette mission
d'accréditation. Or, le texte de l'ordonnance faisait
référence au fait que le domaine d'intervention
d'accréditation porte sur la sécurité et la qualité
des soins.
Pour la sécurité des soins, là encore on revient à
la notion de sécurité qui sous-entend la nécessité
d'identifier les effets négatifs des procédures diagnostiques et
thérapeutiques développées dans les établissements
de soins publics et privés, il me paraît intéressant de
faire en sorte que l'accréditation soit un moyen incitatif fort
permettant à chaque établissement de développer un
système ou une organisation identifiant les effets négatifs des
procédures engagées dans l'établissement.
Trouvons un bon équilibre entre l'endroit où l'on collecte les
données et l'endroit où elles sont exploitées et
utilisées.
Votre question cible bien sur la nécessité d'articuler la
procédure d'évaluation et de veille sanitaire.
M. Claude HURIET, rapporteur - Votre réponse est très positive :
cela vous paraît une démarche cohérente avec l'orientation
que vous donnez à l'accréditation.
D. AUDITION DE M. MICHEL THIBIER, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU CENTRE NATIONAL D'ÉTUDES VÉTÉRINAIRES ET ALIMENTAIRES (CNEVA)
M. Charles DESCOURS, président - Monsieur le Directeur,
vous connaissez l'objet de notre mission, mais peut-être serait-il
opportun que vous nous expliquiez ce qu'est votre centre d'études
puisque la commission des Affaires Sociales du Sénat n'a jamais
auditionné votre organisme.
Revenant des Etats-Unis où nous avons vu la Food and Drug Administration
et le ministère de l'Agriculture, il serait bon que vous nous disiez
comment votre organisme s'intercale dans l'objet de notre mission.
M. Michel THIBIER. - Merci. Je souhaitais en effet vous expliquer dans mon
préambule ce qu'est le Centre National d'Etudes
Vétérinaires et Alimentaires, plus communément
désigné sous le sigle de CNEVA dont vous avez pu lire le sigle
dans différents journaux au cours de ces six derniers mois puisque le
CNEVA gère le problème des encéphalopathies spongiformes
bovines.
Le CNEVA a une histoire et une expérience marquée en termes de
veille sanitaire, y compris vis-à-vis des agents thérapeutiques
administrés aux animaux. Personnellement, je ne suis pas un expert, mon
champ de compétences est plutôt dans le domaine des
bio-technologies de la reproduction, après avoir été
professeur aux Etats-Unis en particulier. Je suis actuellement Président
de la Société Mondiale de transferts embryonnaires et Directeur
général du CNEVA depuis un peu plus de deux ans. Nous sommes
quotidiennement préoccupés par les moyens les plus efficaces que
l'on peut mettre en oeuvre et plus précisément par le souci de
renforcer nos moyens de veille sanitaire et le contrôle des produits
thérapeutiques.
Le CNEVA est un établissement public administratif. C'est
peut-être le seul EPA qui fait à la fois de la recherche et de
l'appui technique.
C'est un jeune organisme, créé par un décret de 1988, qui
regroupe les anciens laboratoires vétérinaires dits "nationaux"
se répartissant sur le territoire national entre Brest, Boulogne sur
Mer, Sophia Antipolis, Lyon, Nancy sans oublier Paris et Fougères.
Ce centre a pour objet d'appuyer, au plan scientifique et technique, la
politique du ministre chargé de l'Agriculture pour ce qui a trait aux
productions animales et plus précisément de l'ensemble
santé animale, médicaments vétérinaires,
hygiène alimentaire.
Cet établissement public administratif comporte en gros 600 personnes
regroupées en douze centres bien répartis sur le territoire
national. Il comprend 200 scientifiques environ. Il est organisé par
filières. C'est une de ses originalités par rapport à
d'autres organismes. Ainsi le laboratoire de Lyon, celui que l'on cite le plus
souvent ces derniers temps, est spécialisé dans le domaine de la
filière bovine, celui-ci situé près de Caen est
spécialisé dans la filière équine, celui de Brest
en aquaculture, pisciculture et pathologie du poisson, Boulogne sur Mer en
matière de produits de la pêche, etc.
C'est une structure intéressante et vous verrez qu'elle est tout
à fait cohérente avec les principes généraux de
veille sanitaire.
Il y a trois départements : le département de santé et de
protection animale, le département du médicament
vétérinaire et le département d'hygiène, de
sécurité et de qualité alimentaire.
Notre stratégie de développement fait en ce moment l'objet de
débats dans le cadre du contrat d'objectif avec l'Etat et de la
réforme de l'Etat. Nous mettrons en forme notre stratégie
consistant à renforcer encore plus la partie relative à
l'hygiène alimentaire.
Le CNEVA comprend 200 scientifiques regroupés dans une structure qui se
caractérise par ce que je qualifierai de "proximité humaine". Je
connais ces 200 scientifiques un par un, je les ai déjà tous
rencontrés à plusieurs reprises. La capacité de
réaction du CNEVA est vive sur la veille sanitaire, et ne traduit pas
les grandes inerties ou les grandes latences que l'on peut trouver à
d'autres endroits.
Le point fort du CNEVA est celui de l'association bien réussie, ce n'est
pas si fréquent, de la recherche et l'appui technique.
Dans mon propos liminaire, j'ai prévu de vous parler de trois points
avant de répondre à vos questions.
Je voudrais vous faire part des trois principes généraux qui
animent la Direction du CNEVA en matière de veille sanitaire ; trois
principes généraux d'où découleront trois points de
passage obligés que l'on peut appeler dès à présent
: le contrôle nécessaire à la veille sanitaire,
l'épidémio-surveillance indispensable pour cette même
veille sanitaire et la capacité investigatrice.
Je me suis permis de vous préparer un schéma. Il vous montre le
principe général n° 1 schématisé ici par un
schéma classique dit en Y. C'est celui, selon nous, sur lequel doit
reposer toute notre stratégie de veille sanitaire pour les produits
d'origine animale puisque c'est la vocation du CNEVA pour le moment.
La première branche de l'Y, en haut à gauche, est la partie
relative à la santé des animaux, l'inverse étant la
non-santé ou la maladie des animaux qu'il nous faut contrôler pour
protéger le cheptel national contre les effets pervers des agents
pathogènes, et vis-à-vis des produits que ces animaux
libèrent sur le marché qui sont ensuite consommés par le
citoyen.
La deuxième branche de l'Y à droite se rapporte à
l'administration des médicaments vétérinaires. C'est
évidemment là un point stratégique. Non seulement ils sont
administrés pour contrecarrer les effets pernicieux des agents
pathogènes, mais aussi dans la production d'animaux domestiques de
ferme, ils doivent entrer dans les problèmes de produits
consommés, ce sur quoi nous reviendrons tout à l'heure en
matière de résidus.
Naturellement, ces deux points forts initiaux relatifs aux animaux, à la
santé animale et à l'administration des médicaments
vétérinaires, sont très fortement liés entre eux.
Ils convergent et confluent vers la branche verticale du schéma en Y en
aboutissant à la sécurité du produit consommé par
les citoyens, c'est-à-dire la branche intitulée "Hygiène
des aliments" regroupant, dans une logique qui n'a rien de
révolutionnaire, trois étapes : la production, la
transformation et la distribution.
Avec ce schéma, vous concevez l'organisation du CNEVA qui comprend les
trois départements mis en phase dans un ensemble regroupé sur ce
schéma en Y. C'est selon nous les conditions de base pour notre
réflexion et notre action en matière de veille sanitaire.
Pour le deuxième principe général, j'ai également
fait un schéma. C'est le fameux schéma en triangle de
l'application, de la mise en musique du concept de base énoncé il
y a un instant. Ce schéma en triangle comprend les trois points
clés sur lesquels l'action doit transformer le concept théorique
que nous avons évoqué dans notre premier principe
général.
Ce schéma expose les modalités de notre action regroupant dans le
pôle en haut à gauche les contrôles de cette veille
sanitaire, l'épidémio-surveillance, le rassemblement d'un certain
nombre d'éléments, et troisièmement, la nécessaire
investigation, lorsqu'elle s'impose, avec les moyens qui s'y rapportent.
Dans la deuxième partie de mon propos, je développerai quelques
points et quelques exemples sur chacun de ces trois pôles pour illustrer
notre réflexion sur la veille et les conditions de son renforcement.
Le troisième principe général est très simple, je
l'ai déjà évoqué, c'est, pour être efficace,
remplir notre mission avec le plus de souplesse et d'efficacité,
réaliser la nécessaire intégration entre recherche et
appui technique. C'est quelque chose dont je suis convaincu et en faveur duquel
je me suis longuement exprimé dans d'autres instances.
On critique souvent la difficulté en France du transfert technologique
en raison des hiatus ou fossés qui existent entre ce qu'on appelle les
chercheurs et les développeurs. Précisément, le rôle
du CNEVA, et afin d'assister le ministre dans sa politique sanitaire, est
d'avoir les compétences nécessitant non seulement la
compréhension, mais aussi la participation à la recherche
à la frontière des connaissances actuelles tout en étant
attentif aux problèmes de terrain. La pathologie et l'ensemble des
problèmes sanitaires sont des ensembles variables, très mobiles,
jamais statiques.
Il faut d'une part, avoir en permanence un pied sur le terrain et savoir ce qui
s'y passe, je vous en donnerai quelques illustrations, y compris d'un cas qui,
à quelques jours près, est tout à fait d'actualité,
d'autre part, avoir les outils dans sa connaissance et ses aptitudes pour
pouvoir traiter les problèmes avec compétence.
Naturellement, vous l'avez bien compris, nous nous attachons au CNEVA à
avoir en permanence sur les thèmes principaux qui sont les nôtres
cette intégration recherche/appui technique. Nous disons souvent que la
recherche d'aujourd'hui est l'appui technique de demain, mais l'ensemble du
champ ne peut pas être couvert par notre seul organisme, c'est la raison
pour laquelle nous sommes en train de signer un certain nombre de conventions
de collaboration.
Quelques exemples pour vous faire part de mes réflexions lorsque le
problème m'a été posé lors de la réception
de votre convocation.
Y a-t-il besoin de renforcer la veille sanitaire telle que nous la conduisons
au CNEVA et pour ce qui nous concerne selon le principe initial
énoncé et selon ces trois points d'action ?
La réponse est oui. Ce besoin de renforcement existe à la fois
dans les structures et dans les moyens. Je voudrais vous en donner quelques
exemples.
Premier point de cette deuxième partie : le renforcement des
contrôles.
Les contrôles comprennent deux parties. La première est le
contrôle de type inspection assuré par les services
vétérinaires de l'Etat ou dans les services
déconcentrés, ce n'est pas le rôle du CNEVA. Le CNEVA,
comme ces grands organismes de recherche, a essentiellement un rôle
d'appui technique, de laboratoire. Ce n'est pas lui qui va aller inspecter les
carcasses des animaux ou aller voir comment est conservé le lait dans
les tanks et si la température est correcte. En revanche, il va mettre
au point les outils pour s'assurer que les conditions ont été
respectées et que les textes objectifs pour pouvoir mettre en
évidence des défaillances éventuelles ou, au contraire,
leur satisfaction, soient à la fois crédibles, fiables, et
impartiaux.
En matière d'appui technique et de laboratoire, le contrôle
doit-il être renforcé ? Oui. De quelle manière ?
Dans ce contrôle, nous avons deux types d'activités. Le premier
est celui que j'appellerai "l'appui technique planifié",
c'est-à-dire celui que nous pouvons organiser depuis le début de
l'année et qui correspond à la situation présente, issue
elle-même de l'expérience passée. C'est toute notre
surveillance en matière de rage. Vous savez que la France est exemplaire
dans le monde à ce propos. Elle a réussi à faire refluer
le front de la rage pratiquement deux fois plus vite que la vitesse avec
laquelle la rage était arrivée sur le territoire français
en 1967. C'est le cas de la détection des antibiotiques, c'est le cas de
la listéria qui est un problème majeur en hygiène
alimentaire. C'est le cas des différentes toxines, qu'elles soient
mycosiques ou autres.
Il est important, dans l'organisation de cette activité
planifiée, de bien identifier les points critiques où ces
contrôles doivent se faire et d'avoir la maîtrise technique de ces
points critiques. Ceci joue en particulier dans l'ensemble de la chaîne
des produits alimentaires, que ce soit au niveau de la production, c'est
l'exemple du lait dans les tanks de réfrigération après la
traite, mais aussi de la transformation, non seulement de la première
transformation par exemple des carcasses de volaille à la chaîne
d'abattage, mais aussi -c'est un point sur lequel le CNEVA développe son
activité- de la deuxième transformation des plats
cuisinés. C'est passionnant puisqu'il y a des interactions microbiennes
et que, selon que l'on met du saucisson et des rillettes en même temps,
selon que l'on met des salades ou des carottes avec des steaks hachés,
l'évolution microbienne est tout à fait différente. Tout
cet aspect correspond à notre rôle.
Sur l'appui technique planifié, on a maintenant une bonne
expérience. Ce n'est pas là où le renforcement doit
s'exercer d'une façon prioritaire.
En revanche, sur l'adaptation de l'activité non planifiée, nous
avons quelques progrès à faire.
De quoi s'agit-il ? Ce sont les situations d'urgence, les situations de crise,
les situations non anticipées. Nous en avons un exemple typique en ce
moment en matière de brucellose. Nous sommes en fin d'éradication
de la brucellose. Nous avons trouvé des troupeaux dans lesquels il y a
des réactions positives dans un environnement théoriquement
complètement négatif. Que se passe-t-il ? Situation non
prévue à l'avance, c'est donc le CNEVA qui doit traiter ce
problème. Nous sommes en train de mettre en évidence des
réactions croisées avec d'autres agents bactériens.
Le redéploiement interne est ce que nous pouvons faire dans une
première étape. Il se trouve que l'unité de zoonose est
aussi l'unité de tuberculose. Je ne peux pas demander à un
chimiste qui est en train de mesurer les radionucléides pour s'assurer
du niveau de contamination éventuel de l'aliment par les radiations
gamma ou autres de se transformer en bactériologiste du jour au
lendemain et de manipuler des micro-bactéries ou des sérologies.
Il y a un besoin de collaboration indispensable, besoin d'avoir un champ large
de compétence. Le redéploiement interne est limité : c'est
un des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Si par malheur,
deux circonstances de crise se développaient en même temps, je ne
sais pas comment nous ferions. C'est un peu la fragilité de notre
système.
Deuxième point de cette deuxième partie :
l'épidémio-surveillance. Vous avez vu tout à l'heure
combien j'ai insisté là-dessus. Je ne reprendrai là que
les termes d'un rapport d'un membre du Conseil économique et social d'il
y a 6 ans, M. Buard, qui avait écrit un remarquable rapport sur
l'épidémio-surveillance à la demande du ministre
chargé de l'Agriculture et dans lequel il avait déjà
décrit l'existant et fait un certain nombre de recommandations.
Dans son décret de constitution, le CNEVA a précisément la
tâche de gérer cette épidémio-surveillance. Quelques
petites difficultés de partage entre l'administration qu'on appelle
classiquement centralisée et un établissement public
subsistaient, mais je crois qu'avec la réforme de l'Etat, les choses
vont aller dans le bon sens. Il est maintenant reconnu que les tâches des
services centralisés n'étaient peut-être pas de faire de la
science et de la technique, mais plutôt de définir une politique,
un établissement comme le nôtre devant s'occuper
d'épidémio-surveillance.
Le système fonctionne assez bien. On voit bien comment le CNEVA encadre
le réseau, le mot est lâché, c'est bien de cela qu'il
s'agit ; avoir un réseau comprenant les acteurs répartis sur
l'ensemble du territoire, encadrés en amont par la compétence
d'un organisme comme le CNEVA et en aval pour pouvoir exploiter, rendre
cohérent et actif le réseau.
On a eu malheureusement un exemple célèbre au Royaume-Uni il y a
une dizaine d'années avec la salmonellose dans la filière
avicole. Le système français fonctionne bien à cet
égard : le réseau créé s'appelle le RENESA, il est
situé au sein du CNEVA.
Il y a une demande urgente de faire la même chose en termes de
salmonellose bovine qui est un vrai problème de société.
Nous avons réussi à monter ce réseau au cours des six
derniers mois en collaboration avec les groupements d'éleveurs, de
défense sanitaire, les groupements techniques
vétérinaires, mais l'on voit déjà bien notre
limite. On retire une activité à Pierre pour la donner à
Paul. Ce n'est pas tout à fait satisfaisant.
Troisièmement dans cette partie, nous avons besoin non seulement de
développer ces réseaux, mais également d'améliorer
l'efficacité de l'instrument de base. Vous allez sans doute mieux encore
comprendre ce que je veux dire. On a une mine d'informations et une richesse
dans les laboratoires qu'on appelait autrefois départementaux,
appelés maintenant laboratoires vétérinaires
départementaux puisqu'ils sont gérés par les Conseils
généraux, parfois aidés par les Conseils régionaux.
Ils sont tout à fait efficaces, souvent parfaitement bien managés
et détiennent une mine d'informations non exploitée.
C'est évidemment cette mise en réseau diverse et variée
dont l'épidémio-surveillance pourrait tirer le maximum de
ressources. Il y a là un besoin de renforcement des moyens du CNEVA en
la matière. La salmonellose bovine nous étant apparue, c'est une
des priorités que nous développons en ce moment, mais il y en a
bien d'autres que nous ne pouvons pas faire faute de moyens. On sait que le
potentiel est là, mais on est limité au niveau des moyens pour
exploiter et utiliser intelligemment toutes ces données.
Dernier point : le renforcement de notre capacité investigatrice. Nous
avons besoin de les mettre en oeuvre lorsqu'il y a des situations
émergentes.
Le meilleur exemple est celui des encéphalopathies spongiformes bovines.
Lorsque les premiers cas sont apparus en Angleterre il y a une dizaine
d'années, une des composantes ancestrales du CNEVA, le laboratoire de
Lyon, s'est mis sur la piste. Il a tout de suite réagi alors que
d'autres organismes n'ont pas pu avoir cette même adaptation.
Cela nécessite bien entendu la mobilisation d'outils et surtout -c'est
un des points forts du CNEVA-des installations expérimentales
protégées. Vous revenez des Etats-Unis, j'y étais moi
aussi il y a une dizaine de jours, vous voyez que toutes les stations
expérimentales protégées, de type P 3 ou P 4
permettant l'utilisation d'agents protogènes très dangereux sans
risque à l'extérieur sont toutes en train de fermer les unes
après les autres parce que les maintenir en état coûte
très cher. Aux Etats-Unis on ferme rapidement, mais l'on rouvre aussi
très vite, en tous les cas, pour le moment, elles sont en train de
fermer. J'ai parié qu'il y aurait un déficit, un manque crucial
d'ici à la fin du présent millénaire. Je m'efforce de
maintenir ces installations expérimentales au CNEVA.
Nous avons des installations depuis le poisson à Brest jusqu'aux
abeilles à Sophia-Antipolis en passant par les renards et autres faunes
sauvages à Nancy, l'étable à Fougères et à
Lyon. A Lyon, nous avons un gros problème. Les étables qui
accueillaient auparavant les gros bovins pour des problèmes de
fièvre aphteuse devraient maintenant les accueillir pour la recherche
concernant les encéphalopathies. Malheureusement, une
réhabilitation totale est nécessaire et nous n'avons pas encore
eu le feu vert pour les crédits. Cela se monte à près de
20 millions de francs.
Quoiqu'il en soit les installations expérimentales sont une clé
du système, nous les avons, mais il est difficile de pouvoir les
maintenir dans un état opérationnel.
Je voudrais vous décrire un exemple d'un cas actuel que l'on appelle le
"dépérissement fatal du porcelet post-sevrage". Depuis un mois
environ, on observe des porcelets qui meurent pour des raisons
inexpliquées pour l'instant dans la partie orientale du
département des Côtes d'Armor.
Le fait que l'on ait le contact sur le terrain nous a permis très vite
de récupérer de tels animaux, de les mettre en situation
protégée et d'introduire des animaux tampons, c'est-à-dire
vierges et indemnes de tous agents pathogènes pour voir s'ils se
contaminent à leur contact. Pour le moment, nous n'avons pas encore la
réponse. Nous nous posons la question de savoir quel est l'agent
éventuel, est-ce que cela peut être à terme une
zoonose ? Comment l'éradiquer ? Devons-nous recommander au ministre
l'abattage des animaux ?
Voilà une situation que nous vivons, peut-être que dans quinze
jours, on verra que ce n'était pas grave, que c'était un virus
relativement inoffensif. L'incident sera alors clos, mais les éleveurs
sauront à quoi s'en tenir et nous aurons été là
pour aider la filière et le consommateur aura la certitude que la
progression a été repérée.
Bien évidemment, la mobilisation des partenaires dans ce réseau
est importante.
Pour conclure ma présentation, je vous parlerai des cas particuliers des
produits thérapeutiques.
Ceci est très important car notre problématique originale dans ce
réseau d'interaction santé animale/administration est bien le
problème des résidus.
Il faut en effet connaître les limites maximales de résidus
tolérables.
Tout ce contexte de recherche et d'appui technique en matière de
résidus ou de pharmaco-cinétique du médicament
vétérinaire injecté aux animaux voit sa conclusion dans le
traitement des dossiers au sein de l'Agence du Médicament
Vétérinaire selon des règles bien connues, des
critères d'efficacité, d'innocuité et de qualité.
Notre problématique majeure est bien celle des résidus sur
laquelle un effort important a été fait ces dernières
années au sein du CNEVA. Le plus gros effort a été
l'initiation de cette opération il y a déjà plus d'une
dizaine d'années. Je peux d'autant plus le dire que je n'y suis
absolument pour rien.
Deuxièmement, il ne faut pas oublier, d'où l'importance de ce
schéma en Y dont nous avons parlé initialement, que les produits
d'origine animale peuvent être directement utilisés comme agent
thérapeutique ou comme agents administrés à l'homme depuis
les cas les plus généraux de la gélatine, sans oublier les
sérums de veaux foetaux, les bovins utilisés dans la
pharmacopée de façon générale et, d'une
façon plus précise, dans les molécules telles que
l'insuline du porcelet, et dans le cas d'actualité dans lequel nous
sommes impliqués, les "xéno-greffes". En effet, il faut s'assurer
que les organes issus des porcs sont indemnes pour l'homme de tout agent
pathogène et que les animaux aient été
élevés dans des conditions très spéciales telles
que dans notre porcherie modèle de la banlieue de Saint-Brieuc.
Je crois que le système a une base solide, mais il a besoin d'être
renforcé d'une part au niveau des moyens, (vous verrez peu de Directeurs
généraux qui vous tiendront un autre discours) d'autre part, par
une meilleure coordination des différents acteurs dans l'ensemble de ces
réseaux qui doivent assurer à nos compatriotes une
sécurité totale en matière de veille sanitaire.
M. Claude HURIET, rapporteur - Votre conclusion montre que vous avez
parfaitement perçu la nature même du travail dont a
été chargée notre mission, c'est-à-dire dresser une
sorte d'inventaire des structures existantes dans les domaines qui ont des
relations possibles ou certaines avec la sécurité sanitaire.
Merci de votre exposé.
Partant de cette idée de coordination, j'aimerais que vous nous disiez
quelles sont les relations, la coordination pouvant exister entre votre
ministère de rattachement et les autres ministères ?
Jusqu'à maintenant, l'inventaire que nous avons commencé à
dresser montre qu'il y a au moins trois ministères concernés :
l'Agriculture, la Santé et les Finances. Puisque vous avez
évoqué le cas de la listériose, nous avons
été surpris mes collègues et moi-même lorsque nous
avions appris que la listériose faisait l'objet d'études
attentives du ministère des Finances à travers la DGCCRF. Il nous
importe de savoir s'il y a une optimisation des moyens de recherche dans un
domaine qui vous touche de près et si la coordination est efficace, et
comment elle pourrait l'être davantage.
Deuxième question : le renforcement des moyens. Sans doute pourrez-vous
nous donner quelques précisions car nous sommes convaincus que la notion
de réseau en termes de démarche de veille sanitaire est
fondamentale. Cela rejoint notre démarche connaissance du réseau
et optimisation de son fonctionnement.
La troisième question concerne l'Europe. On a vu apparaître
à l'évidence la dimension européenne à travers les
échanges commerciaux ; quel est le rôle de votre centre national ?
Quelles relations a-t-il établi et quelles sont les prescriptions que
vous pouvez être amené à recommander, les conditions dans
lesquelles ces prescriptions sont ou ne sont pas retenues et reçues par
les instances de l'Union Européenne ?
M. Michel THIBIER - Notre ministère de tutelle est tout d'abord le
ministère de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation. Dans
le gouvernement actuel, le fait que le mot "alimentation" ait été
ajouté dans le nom de ce ministère est une connotation
agréable car le CNEVA porte le mot "alimentation" dans son sigle
depuis
son existence. Nous sommes bien en phase avec la société.
Il est vrai que pour la partie de l'Agence du médicament
vétérinaire, nous avons aussi une co-tutelle avec le
ministère de la Santé.
Vous avez cité, Monsieur le Sénateur, trois ministères, je
vais vous en citer un quatrième car vous n'ignorez pas que compte tenu
de cette malheureuse crise des encéphalopathies, l'éclairage a
été mis sur le CNEVA, par conséquent, le ministère
de la Recherche a été très sensible à nos actions.
Monsieur le Secrétaire d'Etat, François d'Aubert, a écrit
il y a quelques semaines à M. Vasseur, ministre chargé de
l'Agriculture, pour lui faire part de son souhait que le ministère de la
Recherche ait une co-tutelle sur le CNEVA. M. Vasseur a répondu qu'il
serait très heureux que cette co-tutelle s'exerce. Si c'est bon dans
l'esprit, après, il faut voir comment cela s'applique dans les
modalités. Je me permets de le dire car cela correspond bien à
notre souci majeur. L'expérience de la BSE l'a montré. Vous avez
peut-être vu que j'ai signé vendredi le 24ème cas de BSE
dans la presse du week-end. Nous avons fait les abattages comme M. le ministre
nous l'a recommandé dans la nuit de samedi à dimanche. Durant
cette nuit, c'était le CNEVA qui était au travail. Nous avons
fait les prélèvements sur les tissus, nous avons trié les
animaux, bref, nous avons fait notre investigation qui est notre mission.
Certains de ces prélèvements se font précisément
dans le cadre de ces recherches. L'efficacité de cette opération
d'appui technique en est une bonne illustration.
De ce côté-là, je ne pense pas qu'il y ait de
difficulté de notre côté. Je connais parfaitement d'autres
aspects que vous avez sous-entendus dans votre question, M. le Sénateur,
mais de notre côté, nous entretenons d'excellentes relations avec
le Directeur général de la DGCCRF. Nous avons de bonnes relations
avec nos collègues de l'Institut Pasteur. Nous avons chacun notre champ
d'expertise, on doit sûrement améliorer les relations, mais il n'y
a pas de blocage de la part des scientifiques. Tout le monde sait que l'on ne
peut pas faire tout tout seul. Nous n'avons pas la compétence
répressive de la DGCCRF. Ce n'est pas notre rôle. Notre rôle
est de générer des normes. Comment l'Etat peut-il être
sûr que, lorsque les laboratoires départementaux testent les
vaches pour la brucellose, les résultats de ces tests sont fiables, sont
exacts ? Parce que le CNEVA a mis au point des méthodes, il est
accrédité. Il a un système de procédure qui
s'assure de la validité de ces mesures et fait des tests pour s'assurer
que les mesures effectuées par les autres laboratoires du réseau
sont valides.
M. Claude HURIET, rapporteur - Les réactifs ?
M. Michel THIBIER - C'est un sujet complètement d'actualité. Nous
avons essayé initialement de faire un groupement d'intérêt
entre les fabricants, que sont les laboratoires départementaux, les
éleveurs et nous pour coordonner tout cela. Les intérêts
économiques ont fait que cela a un peu divergé, le consensus n'a
pas été total. Je crois que la DGA est en train de reprendre le
problème pour que le système fonctionne mieux. Mais notre
expertise -et là aussi cela a commencé avant que je n'arrive, je
peux donc le dire- pour fixer les valeurs, les critères des
réactifs me semble avoir été faite dans des conditions
satisfaisantes.
Avant que je ne rejoigne le CNEVA, j'étais Directeur du laboratoire
d'Union nationale des coopératives d'insémination artificielle et
de transferts embryonnaires. J'avais remarqué chez les taureaux, (dont
vous savez qu'il faut des conditions sanitaires très
sévères vu le nombre de centaine de milliers de taureaux issus
d'inséminations artificielles) que pour les tests de l'IBR (qui est une
bronchite infectieuse due à un herpès virus), les
résultats étaient divergents selon que les taureaux aient
été testés en Hollande, en Allemagne ou en France.
C'était inadmissible.
J'ai été à l'initiative en 1990, à la demande de la
Commission de Bruxelles, d'un groupe de travail dans lequel il y avait des
collaborateurs du CNEVA. Le CNEVA était le moteur et moi en tant que
président du groupe de travail de la commission, nous avons
été capables en deux ans de définir parfaitement les
réactifs qui pouvaient être validés en fonction de
sérums étalon que nous avions réussi à
établir d'une façon consensuelle. Le dernier circuit de test
entre laboratoire que nous avons mis en oeuvre comprenait 46 laboratoires
dans les 12 pays à l'époque de l'Union Européenne.
Nous avons réussi à faire en sorte que tous les tests soient
satisfaisants. C'est faisable, c'est jouable. Après, il y a la partie
professionnelle et administrative qui n'est pas exactement de mon champ de
compétence sur lequel je me garderai bien de faire des commentaires.
Le principe de notre appui technique est là, il existe, il est
opérationnel, il a déjà fait ses preuves.
Quant au renforcement des moyens, je vais vous faire une confidence
personnelle. Au moment de la BSE, les différentes autorités
politiques du pays ont félicité le CNEVA pour la façon
avec laquelle le problème avait été traité. J'ai
insisté auprès du ministre de l'Agriculture pour lui dire qu'il
serait bon que l'on renforce nos équipes pour travailler
là-dessus. J'ai donc demandé au budget civil de la recherche et
du développement dans le projet de loi de Finances 1997 une augmentation
du nombre de postes budgétaires à partir de
redéploiements. Je sais bien que dans la conjoncture actuelle, il eut
été illusoire de vouloir créer des postes. J'ai
été un peu déçu de voir qu'il n'y avait pas eu de
postes en plus, mais l'on m'a fait remarquer qu'il n'y avait pas eu de
suppression alors que c'était le cas pour d'autres organismes. Comment
développer dans ces conditions les recherches indispensables, en
particulier pour la BSE ?
Une meilleure coordination, on peut sûrement faire mieux. Je vous l'ai
dit, il y a un vrai problème. Le cas de la salmonellose bovine avec les
groupements techniques de vétérinaires, les groupements de
défense sanitaire des éleveurs, avec cet ensemble de
communauté, est un bon exemple. J'ai un collaborateur qui passe en ce
moment son temps à expliquer cela dans les différents
départements ; pendant ce temps, il ne fait pas autre chose, mais c'est
provisoire.
Mais il y a encore une mine d'informations non exploitée, ou
insuffisamment, qui est celle de savoir comment cela évolue. En gros, il
y a 2 ou 3 % de réactions douteuses en brucellose. Lorsque c'est 2 % et
que cela fluctue plus ou moins à 0,1, c'est bon, mais si tout à
coup il y a un pic, il y a un problème. Il faut qu'on puisse le
détecter très vite. Pour le moment, toutes ces données
sont rassemblées par les laboratoires départementaux, mais il
n'existe pas cette exploitation que l'Etat doit être en mesure de faire
et pour lequel je n'arrive pas à dégager les hommes.
Quant à la troisième question, les échanges commerciaux,
oui, nous sommes très largement impliqués dans l'Europe, d'abord
dans les structures officielles. J'ai calculé que pratiquement six
chercheurs ont été utilisés à temps plein au cours
de ces six derniers mois par des réunions à Bruxelles. Je me suis
inquiété auprès de ma tutelle pour savoir si les
crédits que l'Etat attribue au CNEVA ne sont pas détournés
de leur mission lorsque j'envoie mes collaborateurs en mission à
Bruxelles. On m'a répondu que je défendais les
intérêts de l'Etat et que c'était donc de notre mission.
Bien évidemment, pendant que mes collaborateurs sont à Bruxelles,
ils ne peuvent pas faire autre chose, mais c'est important pour arriver
à défendre nos positions.
Je suis très ouvert sur l'international, je pousse mes troupes et je
crois que cela ne fonctionne pas mal.
En ce moment, un de mes collaborateurs est à la réunion d'un
groupe pour étudier les résidus. La réunion va avoir lieu
cette semaine au Costa Rica, il va être la voix de la France dans cette
opération.
La semaine dernière, une autre collaboratrice était à
Washington avec trois autres européens pour une réunion
concernant les résidus et les toxines dans les produits laitiers.
Moi-même, il y a trois semaines, j'étais à l'organisation
de santé animale des Etats-Unis dans laquelle les européens
présentaient leurs propositions et essayaient de la faire comprendre
à leurs interlocuteurs Américains.
De ce côté-là, le CNEVA a une activité assez
importante. Je ne m'en plains pas mais parfois, c'est lourd.
M. Dominique LECLERC - Je souriais par rapport à votre dernier propos,
je comprends lorsque vous dites que vous avez une charge qui est sûrement
très lourde. Si je regarde sur le terrain, en matière de
recherche et d'appui technique, je connais une ville de cent mille habitants
dans laquelle on trouve : un laboratoire de bactériologie très
pointu à la faculté de médecine, un autre
département vient d'ouvrir avec des vétérinaires et il y a
l'INRA dont l'image est à juste titre mondialement connue. Lorsque vous
évoquez, et je le comprends, le renforcement des moyens, pour moi, ce
serait plutôt la coordination des moyens qui existent en termes de
recherche. J'ai cité trois vitrines prestigieuses chez nous, toutes les
trois ont un département vétérinaire, l'INRA en premier,
mais les autres aussi.
Est-ce dans votre rôle, en tant que structure administrative et
scientifique, d'avoir le recul et la coordination pour la mise en commun de
tous ces moyens intellectuels fantastiques ? En termes de veille sanitaire,
localement, on a toutes les armes scientifiques et humaines, même en
nombre, pour qu'au plan national, vous en soyez le chef d'orchestre.
M. Charles DESCOURS, président - Vous avez terminé sur la
coordination, quels sont vos rapports avec le Réseau National de
Santé Publique ?
M. Bernard SEILLIER - Commencez-vous à réfléchir à
ce que pourrait être une démarche de mise en évidence des
caractères thérapeutiques de l'alimentation ?
M. Michel THIBIER - Je ne peux répondre d'une façon
unifiée aux deux questions de l'Indre et Loire et du RNSP. Il se trouve
que le RNSP avait son Conseil scientifique vendredi dernier. J'ai tenu
spécialement à y participer car je voulais délivrer un
message fort à Jacques Drucker en particulier et à son Conseil
d'administration.
Effectivement, voilà un excellent outil auquel le CNEVA est
associé et avec lequel nous avons déjà commencé
à mettre en oeuvre une complémentarité depuis un an.
Nous nous sommes félicités, Jacques Drucker, le Président
du Conseil scientifique et moi-même de cette approche
complémentaire. Il est vrai que le RNSP travaille plus sur
l'épidémie du sida, de la rubéole, de la rougeole, ou des
choses comme celles-là, que sur les intoxications alimentaires. Cela
correspond à votre exemple d'Indre et Loire. J'ai très vite vu de
quel endroit vous parliez car c'est un très bon exemple. Effectivement
avec M. Nouzille, dans le domaine de la reproduction, qui était le mien
avant, ou dans celui de la pathologie, l'excellent exemple est celui des
encéphalopathies spongiformes, l'INRA représente la base solide,
mais pas facilement mobilisable, il travaille sur les problèmes de
résistance génétique aux encéphalopathies. Dans le
même temps, le CNEVA répond à l'urgence, aux suspicions de
tous les jours, il y a donc une complémentarité qui fonctionne
bien. Il est vrai que c'est au sein du même ministère.
Sur le cas de la listériose, les travaux faits par l'équipe de
bactériologie du département sont remarquables, c'est notre
rôle, mais je veux arriver, dans les années à venir,
à renforcer ce réseau parce qu'il est encore
sous-exploité. Il n'y a pas de secret, il faut que l'Etat accepte d'y
consacrer de nouveaux moyens. C'est vraiment le rôle de l'Etat que de
rassembler cette opération.
Quant au redéploiement interne, la première chose que j'ai faite
lors de mon arrivée au CNEVA a été d'enlever ce qui
m'apparaissait un peu superficiel. Par exemple, sur les grippes porcines, bien
que nous étions le centre de référence d'Europe, tout le
monde s'en moque, et de plus, il n'y a aucun effet sur la santé de
l'homme. J'ai donc décidé d'arrêter le travail fait par les
deux chercheurs qui se penchaient sur ce sujet. Mais maintenant, je ne peux pas
enlever la fièvre aphteuse, je ne peux pas enlever la listériose,
la tuberculose. Je suis arrivé à un niveau où il n'y a
plus de marge. Mon plus grand souci, c'est ce qui va déterminer notre
contrat d'objectifs.
Quant à votre troisième question, nous n'avons pas encore
abordé ces aspects thérapeutiques de l'aliment. C'est une
question qui nous est posée, on l'examinera sans doute dans le contrat
d'objectifs. Pour le moment, pour être tout à fait franc avec
vous, je ne suis pas convaincu que c'est notre mission. Je peux me tromper, je
suis prêt à l'envisager. La technologie ne nous intéresse
que lorsqu'elle est liée à la santé publique. Cela
m'intéresse de savoir comment on fait les plats cuisinés parce
qu'on m'a dit que la flore bactérienne qui se développe sur des
steaks hachés, par exemple, est différente si vous
mélangez une feuille de laitue avec le même steak haché.
Les vertus thérapeutiques de la feuille de salade ou autre
existent-elles ? Pour le moment, nous ne sommes pas engagés dans cette
voie.
M. Bernard SEILLIER - C'est important car l'on voit se développer des
productions ayant des prétentions dynamisantes, qui va vérifier
que ce n'est pas de la publicité mensongère ?
IV. SÉANCE DU MARDI 5 NOVEMBRE 1996
A. AUDITION DE MME MICHÈLE VÉDRINE, PRÉSIDENTE, ET DE M. FRANÇOIS NONIN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA COMMISSION DE LA SÉCURITÉ DES CONSOMMATEURS AU MINISTÈRE DE L'ÉCONOMIE ET DES FINANCES
M. Claude HURIET, rapporteur - J'aimerais tout d'abord savoir
dans quelles conditions la commission de la sécurité des
consommateurs a été créée, quelles sont ses
compétences et la façon dont elles exercent. Son intitulé
démontre qu'elle occupe pour nous une place éminente, car vous
avez les mêmes attributions que celles sur lesquelles la mission a
engagé sa réflexion. Si tout ce que vous dites est satisfaisant,
la mission pourrait s'arrêter aujourd'hui !
M. Charles DESCOURS, président - Vous qui êtes rattachés au
ministère des finances, quel regard portez-vous sur celui-ci en
matière de répression des fraudes et de santé publique ?
Mme Michèle VEDRINE - Tout d'abord, permettez-moi de me
présenter... Je suis médecin de formation et j'ai
été médecin-chef de la CNAM, où je m'occupais de
tous les problèmes d'hospitalisation au sens large, y compris les
personnes âgées. Je connais donc bien les problèmes de
santé publique.
En 1990, j'ai intégré la Cour des comptes, où je m'occupe
actuellement des problèmes de défense. J'ai été
nommé à la commission des consommateurs sur le poste
réservé à la Cour des comptes en 1994, en tant que
rapporteur, et j'en suis devenue rapidement présidente.
M. Nonin, quant à lui, vient de la DGCCRF. Il a été
directeur-adjoint du FAS et a intégré la commission de
sécurité des consommateurs en janvier 1996.
La commission a été créée par la loi de 1983 sur la
consommation. Le décret qui régit la commission date de 1984. La
commission a en fait commencé à fonctionner en 1985 et a dans les
articles du code et du décret des attributions extrêmement larges.
En effet, "elle est chargée d'émettre des avis et de proposer
toutes mesures de nature à améliorer la prévention des
risques en matière de sécurité des produits et des
services. Elle recherche et recense les informations de toutes origines sur les
dangers présentés par les produits et les services. A ce titre,
elle est informée sans délai de toutes décisions prises en
application des articles du code de la consommation. Elle peut porter à
la connaissance du public les informations qu'elle estime
nécessaires".
On peut donc en effet imaginer que cette commission à tout pouvoir en
matière de santé publique...
A l'origine, il s'agit bien d'un groupe de consommateurs puissant qui a abouti
à la loi de 1983. Il fallait un organe de concertation entre
consommateurs et professionnels, avec une certaine garantie des corps d'Etat,
ce qui a amené à créer une instance de concertation
relativement dynamique, comportant au départ des représentants
des structures de consommation et des professionnels extrêmement
motivés.
Plus de dix ans après, je dois dire que les consommateurs ont beaucoup
baissé la garde. Les problèmes de consommation sont plutôt
secondaires. Ce ne sont pas les structures de consommateurs qui nous apportent
les dossiers, mais plutôt les individus, les maires, les
collectivités, voire le ministre lui-même. De ce point de vue, la
commission connaît actuellement une certaine insuffisance...
En pratique, la commission s'est recentrée uniquement sur les produits
domestiques. Tout ce qui étaient produits thérapeutiques ou
techniques médicales a été rendu au ministère de la
santé et à la DGS, qui nous a très rarement
sollicités jusqu'à une époque récente, sauf sur des
techniques à la limite de la médecine, comme des techniques
d'amaigrissement, que nous leur avons renvoyées, puisque c'était
la décision de départ.
Cela a été la même chose pour les produits industriels et
agricoles classiques. La commission s'est donc au fil du temps recentrée
sur les accidents domestiques, comme l'usage quotidien de produits
ménagers au sens large : lits superposés, cocottes-minutes, aires
de jeu...
Dans ce domaine, à l'époque, il existait très peu de
textes. Les accidents domestiques, en particulier des enfants, étaient
extrêmement nombreux. La commission a rendu de très nombreux avis
qui ont abouti, au fil des années, à une structure
réglementaire forte dans le domaine domestique.
Tout ce qui est réglementé est renvoyé au ministère
de tutelle qui s'en occupe et à la DGCCRF. Si nous sommes saisis sur un
problème de lits superposés -désormais il existe un texte
correspondant- nous enregistrons cette demande, mais la renvoyons pour
traitement à la DGCCRF, qui va vérifier que la
réglementation a bien été appliquée, que les
produits d'importation sont conformes, etc.
Le domaine qui nous reste est donc le domaine non réglementé des
accidents domestiques et éventuellement les insuffisances de
réglementation lorsqu'elles nous apparaissent. A ce titre, la
réglementation européenne qui se met progressivement en place est
parfois en retrait par rapport à la réglementation
française antérieure. En effet, si les procédures
déclaratives, qui consistent à faire certifier par les
industriels que les produits sont conformes aux normes, peuvent convenir
à la mentalité anglo-saxonne, elles sont loin d'être
adaptables à certains pays latins ou asiatiques.
Nous avons donc des inquiétudes concernant cette réglementation,
mais ce n'est pas nous qui la faisons ou qui l'adaptons. Nous essayons autant
que faire se peut, lorsque nous rencontrons un problème de ce type, de
signaler que la réglementation européenne est en retrait de la
réglementation française antérieure ou de celle que nous
avons souhaitée dans les avis.
La commission rend donc au ministre un certain nombre d'avis, qui ne s'imposent
pas. Ces avis sont ou ne sont pas suivis de textes. Ils sont d'autant plus
difficiles à suivre qu'il y a éventuellement plusieurs
intervenants, en particulier le ministère de l'industrie ou celui de
l'agriculture, qui sont des ministères techniques, qui ont leur propre
autonomie.
A partir de là, nous sommes tout à fait à la marge du
sujet concernant la sécurité thérapeutique. Nous ne sommes
quasiment jamais saisis directement pour un produit thérapeutique, mais
plutôt indirectement, en matière de veille sanitaire, pour des
accidents qui surviennent, malheureusement souvent très graves, souvent
mortels. Nous nous apercevons à cette occasion que d'autres accidents
moins graves se sont produits antérieurement et n'ont pas
été recensés ou signalés. En effet, tout le monde
s'occupe de tout, est au courant de tout, mais rien n'est véritablement
centralisé !
Nous sommes chargés de recenser les informations, mais la commission est
composée de 15 membres-rapporteurs qui ont tous une autre fonction. Ils
se réunissent une fois par mois et suivent des dossiers. L'appareil
technique de la commission est composé de 4 ingénieurs, dont deux
à temps partiel, qui sont tout à fait compétents mais ne
peuvent tout savoir ni recenser des informations comme peut le faire le
ministère de la santé ou celui de l'industrie. Nous ne pouvons
que rechercher des informations sur les dossiers sur lesquels nous sommes
saisis.
Nous savons fort bien que les accidents sont vus par le SAMU, les pompiers, les
PMI, les crèches, les médecins généralistes, les
infirmières, mais personne n'a l'idée de les faire remonter
où que ce soit !
La seule structure de recensement des informations qui existe est un
système européen, HELASS, comprenant en France 8 hôpitaux
volontaires, qui ont accepté de recenser les informations concernant des
accidents qu'ils gèrent. Or, ces 8 hôpitaux ne sont pas
statistiquement représentatifs du réseau français. Pour
que des accidents soient notés dans ce système de recensement
géré par le DGS, il faut que l'accident soit ou très
fréquent ou que, bizarrement, un produit arrive dans une région
et qu'il y ait tout d'un coup plein d'accidents.
Nous pouvons interroger cette base de données lorsque nous avons
nous-mêmes été saisis sur un accident, mais celle-ci ne
signale pas elle-même l'accident.
De même, en toxicologie, certains produits dangereux sont signalés
par les centres dans leur rapport annuel, mais n'ont pas de suites en
matière de prévention.
Ces recensements existent, mais sont dispersés. Le système des
hôpitaux pourrait prévoir cette information. Pour l'instant, elle
n'existe cependant pas.
La direction générale de la santé envisage de moderniser
cette base et d'en faire une base générale. Nous avons
été associés à deux réunions
récentes. Je ne sais ce que cette base future va comprendre, ni comment
elle sera élaborée, ou s'il s'agira d'une nième
enquête. Cela risque d'être extrêmement compliqué,
coûteux et il risque d'être difficile d'y entrer des informations,
tout le monde étant débordé !
A titre d'information, il existe depuis cinq ans, en Savoie, une petite base de
données supposée recenser les causes et les conséquences
des accidents de ski. Or, rien que dans un département, il est
extrêmement difficile de se mettre d'accord sur la méthode ! Cela
dit, il existe des bases et des systèmes qui fonctionnent très
bien, en particulier aux Etats-Unis...
Il existe également à la DGCCRF un système de veille, sur
lequel nous n'avons aucune information, la DGCCRF traitant directement des
informations qu'elle reçoit, qu'il s'agisse de produits
déjà réglementés ou encore non
réglementés. Nous ne sommes pas non plus au courant des
décisions que peut prendre la DGCCRF en matière d'interdiction de
produits, bien que les textes le prévoient.
Par contre, en matière de santé, en dehors des accidents -qui
sont toujours dramatiques et touchent beaucoup les enfants- nous sommes depuis
quelque temps saisis sur des produits de santé publique, qui sont
inquiétants et qui rejoignent le problème de l'émergence
des nouvelles maladies.
Nous avons ainsi été saisis sur le problème des machines
à bronzer, qui ont donné lieu à un avis de la commission
en 1994, ainsi qu'à un texte, grâce à l'amélioration
des services de la DGS. Le décret n'est pas paru, mais le projet nous a
été soumis. Nous avons pu constater à l'étude de ce
dossier remarquable que pratiquement tous les pays européens ont
réglementé les machines à bronzer et l'émission des
rayonnements, alors que nous n'avons encore rien fait !
Comme le dit un expert de l'INSERM en matière de mélanomes, nous
sommes la poubelle de l'Europe : en effet, nous ne sommes pas capables de dire
si les personnes exposées ne risquent pas de développer un
mélanome dans 10 ou 15 ans, mais il n'y a pas de raison qu'elles ne
connaissent pas les mêmes conséquences qu'en cas d'exposition
solaire sans protection, les rayonnements intenses de certaines machines
assurant un bronzage en 20 minutes ! D'où notre souhait d'une
réglementation en ce domaine...
Dans la même veine, nous avons été saisis il y a plusieurs
années sur les accélérateurs de bronzage, que nous avons
fait interdire, ces cosmétiques entraînant des brûlures et
favorisant probablement des cancers.
Concernant l'amiante, nous avons été saisis, mais très
à la marge, et il y a plusieurs années, et ce dossier a
totalement disparu du côté des ministères de l'industrie et
de la santé. La commission n'a donc jamais été active sur
ce sujet, bien qu'elle ait attiré l'attention des pouvoirs publics. Nous
avons eu à émettre un avis sur les différents
décrets, les plus récents, et avons bien entendu donné un
avis favorable à tous ces textes, à une réserve
près : aucun texte ne prévoit ce qui va être fait des
déchets, non seulement des déchets industriels, mais surtout
domestiques ! En effet, on a affolé la population avec l'amiante, mais
maintenant qu'elle se débarrasse de l'amiante, où s'en
débarrasse-t-elle ?
Ainsi, les gens qui ne se trouvaient pas exposés ont
découpé la plaque d'amiante qui se trouvaient derrière
certains poëles et se sont retrouvés exposés. Ils s'en sont
débarrassés à la décharge, publique ou non, dans le
jardin, à côté du ruisseau... Il en va de même avec
d'autres produits domestiques à base d'amiante, comme les radiateurs,
dont on est incapable de dire s'ils contiennent ou non de l'amiante, le
fabricant ayant disparu. Or, les gens nous posent la question et nous ne
pouvons répondre.
De même, les plaques de cuisinière électrique, les fers
à repasser, les grille-pains, contiennent de l'amiante. Il n'existe pas
de recensement de ces produits et il n'y a aucun moyen de les retrouver. Si les
gens s'en débarrassent, on ne sait pas où, et il y a là un
risque pour les populations qui n'étaient pas jusqu'à
présent exposées...
Nous avons été également saisis sur d'autres produits,
comme les téléphones portables. M. Galland nous a lui-même
saisis sur les conséquences médicales des appareils portables,
à partir d'articles étrangers, et le risque ou non de provoquer
des cancers. Il est bien évident que notre commission, très
modeste, aura beaucoup de mal à donner un avis, d'autant que,
d'après nos recherches sur Internet, il n'existe pas grand-chose sur ce
sujet.
Par contre, nous avons un avis à donner sur les ondes qui sont
émises par les téléphones portables, au même titre
que les baladeurs, les fours à micro-ondes, et surtout les portiques de
détection anti-vols ou anti-armes des aéroports. Nous venons de
rendre un avis qui montre que ces produits interfèrent, pour un certain
nombre -en particulier certain portiques anti-vols et certains portiques
détecteurs d'aéroports- avec les défibrillateurs et les
pacemakers...
Or, il n'y a en fait pas eu d'études, et il existe des détecteurs
de tout type. Une équipe américaine, que nous avons
rencontrée, dispose bien à Chicago d'un centre d'études
qui a l'air très opérationnel et qui recense tous les
problèmes qu'il pourrait y avoir avec ce genre de matériel, mais
d'autres fabricants sont certainement moins vigilants.
Il existe donc, à la marge, interaction avec certains produits
médicaux -pompes à insuline et autres...
Par ailleurs, nous sommes également saisis sur le problème de la
vache folle par une nouvelle association de consommateurs, dont le
secrétariat est en Belgique et les fonds au Panama. Nous sommes
obligés de répondre à cette saisine, bien que nous ne
sachions pas ce qui se cache derrière cette association. D'autres
associations françaises se sont jointes à cette association, sur
un aspect très particulier du dossier. Il s'agissait en effet de savoir
si, dans le domaine du mouton, toutes les interdictions et toutes les
recommandations avaient bien été prises.
Or, beaucoup de commissions parlementaires et interministérielles, ainsi
que de grands scientifiques, se sont penchés sur ce sujet. Nous n'avons
ni les moyens, ni mêmes la compétence -bien que les textes,
très vagues et très larges, nous le permettent- pour traiter ce
problème. Nous n'avons donc pas voulu nous jeter dans ce dossier et nous
avons circonscrit notre domaine à l'information du consommateur.
Nous sommes en train de recenser auprès des différents
ministères techniques les informations publiées en direction des
consommateurs, pour voir si celles-ci sont claires, compréhensibles et
répondent aux questions que se posent les consommateurs au quotidien. A
ce titre, nous devons faire l'expertise d'un système 36-14 mis en place
par la DGCCRF.
D'autre part, nous avons récemment traité un dossier assez
original relatif aux répliques d'armes. Il s'agit de matériels en
plastique imitant parfaitement les armes. Nous avons été saisis
par des associations de consommateurs, car ces produits tirent de petites
billes en dessous du niveau de la réglementation des armes, mais
au-dessus de celle des jouets. Or, ces armes, utilisées de près,
peuvent entraîner des blessures à l'oeil, notamment chez les
enfants.
La commission a rendu un avis assez original en la matière : elle
souhaite en effet que le port quotidien de ces produits soit interdit, en
particulier dans les espaces publics que sont les écoles, ainsi que
l'établissement d'une déclaration d'achat. Elle recommande aussi
que des tests soient réalisés concernant la puissance des
projectiles, mais surtout, la commission a souhaité que l'interdiction
se fasse dans un esprit préventif psychologique, afin de pouvoir lutter
contre la violence à l'école.
C'est un peu une première... La commission a jugé qu'il
était temps de pallier les insuffisances de l'administration scolaire et
probablement des parents, en faisant en sorte que ce genre de produit
relativement dangereux soit interdit.
Par ailleurs, le ministère de l'intérieur souhaitait interdire
ces produits, utilisés pour agresser des individus et même des
policiers, qui peuvent répliquer sans connaître la nature exacte
de l'arme.
Il s'agit donc d'un dossier en apparence technique mais qui, pour une fois,
touche à la marge la santé mentale de la population.
Peut-être M. Nonin peut-il ajouter quelques mots à propos du
système de veille sanitaire...
M. François NONIN - Il s'agit d'un réseau fondé sur le
relationnel, que la direction de la concurrence et de la consommation
entretient dans chaque département avec les services d'urgence, les
établissements hospitaliers et les sapeurs-pompiers.
Dès l'instant qu'un incident est signalé, la direction le
recense. C'est ce qu'elle appelle un "système d'alerte". Elle
s'efforce
de faire entrer ces incidents dans des statistiques, afin de déterminer
les types d'incidents ou d'accident de la vie domestique recensés dans
chaque département.
Cela fonctionne bien lorsque le responsable de la DGCCRF s'investit dans
l'opération. Cela fonctionne moins bien lorsque les priorités ne
sont pas les mêmes dans un autre département. Il s'agit de quelque
chose de plus ou moins factuel, mais qui, dans certains cas, donne des
renseignements statistiques survenus dans certains départements. On ne
peut toutefois pas parler d'une carte de France des accidents domestiques
situés avec précision...
M. Claude HURIET, rapporteur - Vous disiez que la motivation des associations
de consommateurs était moindre. Ces associations représentatives
considèrent-elles que l'essentiel du travail a été fait ou
n'est-ce plus dans l'air du temps ?
Mme Michèle VEDRINE - Les deux choses sont vraies. Au début, les
représentants des associations de consommateurs étaient
extrêmement motivés, ils avaient participé à la
préparation de la loi. Ils se sont donc engagés dans un domaine
où il n'existait quasiment pas de réglementation. Il y a pourtant
encore matière à procéder à des investigations dans
ce domaine, car nous voyons maintenant des produits étrangers ou plus
complexes, mais les associations de consommateurs reçoivent moins de
subventions de l'Etat.
L'INC, qui est devenue un outil qui évoluera peut-être même
vers un établissement de nature privée, a beaucoup moins de
relais médiatiques et moins d'argent. C'est également vrai pour
les autres associations de consommateurs, et le mouvement consommateur a
considérablement baissé.
C'est à nous, commission de la sécurité des consommateurs,
et au sens plus large, à l'Etat, à prendre le relais dans des
domaines que le consommateur n'imagine pas au quotidien, mais qu'il rencontrera
dans sa vie future. En effet, on constate actuellement un grand défaut
d'information et d'éducation, sanitaire en particulier, ainsi que de
prévention. Il faut donc bien que quelqu'un fasse ce travail...
Nous avons donc décidé de pallier l'insuffisance des
adhérents des mouvements de consommateurs, qui ne réagissent
qu'en cas d'accident. Ce jour-là, ils passent par leur avocat, et les
dossiers nous arrivent trop tard ! De plus, la crise économique ne rend
pas les choses simples : entre deux produits, comme des lits superposés
pour enfants, on choisira en effet le moins cher, sans se préoccuper des
problèmes de solidité ou d'inflammabilité !
Récemment encore, à Blois, deux enfants sont morts
asphyxiés par l'incendie de leur matelas. Les parents n'étaient
certainement pas au courant des problèmes d'inflammabilité,
même s'il existe un texte correspondant ! Dans un contexte de crise
économique, les gens choisiront le produit le moins cher et le plus
économique. Il n'y a que dans le domaine de la petite
puériculture -biberons, chauffe-biberons, produit à langer, etc.-
où il semble que les industriels français aient réussi
à faire admettre que le prix garantit la bonne qualité et la
fiabilité.
M. Claude HURIET, rapporteur - Le système d'alerte de la DGCCRF
fonctionne-t-il en réseau, ou bien les choses se font-elles en fonction
du terrain ?
M. François NONIN - C'est pour l'instant à l'initiative des
responsables de terrain. Il n'existe pas de synergie institutionnalisée.
Mme Michèle VEDRINE - ... Et avec nous non plus.
M. Claude HURIET, rapporteur - Quelles sont les conséquences en termes
d'interprétations protectionnistes ? On peut en effet prétendre
que c'est au nom de certaines exigences de sécurité que l'on
refuse l'entrée en France de produits d'autres origines...
M. François NONIN - Même l'Union européenne commence
à se rendre compte des limites de la présomption de
conformité et de sécurité du marquage CE. En effet, ce
n'est pas la panacée et se reposer sur la seule responsabilité du
fabricant ou de l'importateur ne donne pas toujours les résultats
escomptés.
Suivant les pays, le niveau de responsabilité est
interprété différemment, de façon laxiste dans
certains pays et plus sévère dans d'autres. On a donc un niveau
de conformité à la sécurité différent
suivant les Etats membres...
Mme Michèle VEDRINE - Nous avons récemment vu un produit
bénéficiant du marquage CE dans un domaine où il
n'existait ni normes, ni réglementations. C'est un argument de vente, et
les structures industrielles d'Asie l'ont bien compris !
M. Bernard SEILLIER - Peut-on distinguer des associations de consommateurs
agréées partenaires de votre commission plus fiables que
d'autres ?
Mme Michèle VEDRINE - Il vaut mieux laisser libre cours à un
certain foisonnement... Trois associations sont représentées
à notre commission, mais un renouvellement de l'ensemble des membres de
la commission doit intervenir.
Il est probable qu'une nouvelle association va intégrer la commission
à la place d'une autre. C'est le ministre de la consommation qui a fait
le choix et qui a intégré une nouvelle personne, alors que
l'association n'avait pas été retenue par le CNC. Nous ne
connaissons pas les critères qui ont présidé à ce
choix, et nous ne sommes d'ailleurs pas officiellement au courant.
Je ne sais si cette association est plus dynamique que d'autres.... Nous
n'avons pas de rapports très étroits avec les différentes
organisations, en dehors des membres nommés et qui travaillent pour
nous. Ce sont d'ailleurs des gens tout à fait remarquables, mais les
associations nous saisissent très peu sur les produits.
Si je puis me permettre, je voudrais ajouter que les problèmes
d'éducation sanitaire sont très importants. Nous sommes saisis
très souvent sur des produits professionnels qui sont mis à la
disposition du grand public, entre autres par le biais de structures de
bricolage. Récemment, un enfant est mort des conséquences de
l'utilisation de produits utilisés dans les machines à laver
à sec en libre-service.
De même, on recense quelques déviances de la réglementation
relatives aux produits dangereux. Il existe en effet un marquage
extérieur sur les bouteilles, qui portent une croix de
Saint-André. En général, personne ne sait ce qu'est la
croix de Saint-André, contrairement à la tête de mort. Or,
le bouchon qui a été mis en place pour les enfants, est
extrêmement difficile à ouvrir, et les personnes
handicapées de la main ou les personnes âgées transvasent
ces bouteilles dans des bouteilles normales. La réglementation est donc
détournée, et l'on se retrouve avec des accidents que connaissent
les centres de toxicologie, cette réglementation préventive
devenant inefficace !
Pour en revenir aux machines à laver à sec, ces appareils
constituent des produits professionnels que l'on met à la disposition du
public, en recommandant de ne pas dépasser un certain volume de linge.
Dans un souci d'économies, tout le monde double en fait les
quantités. Dans le cas que j'ai évoqué, il y avait 18
kilos de produits là où il en fallait 7 ! La machine a mal
fonctionné et les rideaux sont sortis imprégnés de
produits toxiques. On les a néanmoins replacés dans la chambre,
on y a installé le bébé, chauffage à fond,
fenêtres fermées, et l'enfant est mort comme on pouvait le
prévoir !
Ces produits nouveaux mis à la disposition du public nous
inquiètent beaucoup, car ils peuvent provoquer des accidents
extrêmement graves.
B. AUDITION DE M. PHILIPPE GUÉRIN, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L'ALIMENTATION AU MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE, ACCOMPAGNÉ DE MM. BERNARD VALLAT, CONTRÔLEUR GÉNÉRAL VÉTÉRINAIRE, CHEF DU SERVICE DE LA QUALITÉ À LA DIRECTION GÉNÉRALE DE L'ALIMENTATION (DGAL), ET RÉGIS LESEUR, CONTRÔLEUR GÉNÉRAL VÉTÉRINAIRE, DIRECTEUR DE LA BRIGADE D'ENQUÊTES VÉTÉRINAIRES
M. Claude HURIET, rapporteur - Nous pourrions centrer cette
audition sur les responsabilités du directeur général de
l'alimentation en matière de sécurité et de veille
sanitaire. Quelles sont vos attributions dans le domaine des additifs
alimentaires et quelles sont les relations entre vos services et ceux d'autres
ministères qui ont en charge la veille sanitaire ?
M. Philippe GUÉRIN - S'agissant de la veille sanitaire proprement dite,
il faut rappeler que la réglementation française est directement
liée à toute la réglementation européenne. Il est
difficile de faire une séparation stricte entre les deux. Nous sommes de
plus en plus dans une réglementation d'origine communautaire, même
si tout n'a pas encore été transposé...
Cette réglementation s'appuie d'une part sur le code de la consommation,
notamment à travers la loi du 1er août 1905 sur les fraudes et les
falsifications en matière de produits et de services, et d'autre part
sur le code rural, notamment à travers la loi du 8 juillet 1965 relative
au marché de la viande. Une autre loi très importante et plus
récente est celle du 10 février 1994, relative aux conditions de
mise sur le marché et d'introduction en France des produits d'origine
animale.
Ces textes sont fondateurs et complémentaires. Cette
complémentarité est indispensable à la surveillance de la
qualité sanitaire des produits.
Le code de la consommation s'intéresse aux produits et à leur
conformité par rapport au référentiel
réglementaire. Il s'agit donc de dispositions horizontales et assez
générales.
Le code rural que nous sommes chargés d'appliquer, quant à lui,
impose un contrôle sanitaire et qualitatif des denrées
alimentaires, mais également -et de plus en plus- des conditions de
production.
Il y a intégration entre le contrôle du contexte sanitaire dans
lequel fonctionnent les établissements de production et le
contrôle des produits eux-mêmes. Nous intervenons en particulier
pour délivrer les agréments sanitaires pour les
établissements de production, au stade de la production et de la
transformation. C'est un aspect parfois oublié, mais il serait
impensable d'imaginer que l'on puisse contrôler
l'intégralité de tous les produits, produit par produit,
notamment dans le domaine microbiologique, où tout contrôle
suppose une destruction du produit. C'est donc le contrôle des conditions
de production qui nous paraît le plus performant et le plus pertinent
dans le domaine agro-alimentaire.
Il existe deux types de textes : des textes sectoriels, qui couvrent les
aspects spécifiques de certaines productions -abattage, découpe
ou transformation des produits- et des arrêtés horizontaux, qui
couvrent l'ensemble d'un sujet à travers les différentes
activités de transport, d'entreposage et autres.
Quant aux moyens, les agents du ministère de l'agriculture,
essentiellement du service vétérinaire, sont qualifiés
pour la mise en oeuvre des deux codes dont je viens de parler.
Néanmoins, il existe une distinction, notamment vis-à-vis des
agents du ministère de l'économie et des finances, nos agents,
avec les pouvoirs qui leur sont conférés, ayant la
possibilité d'ordonner des mesures immédiates de police
administrative.
Ils ont donc des pouvoirs particuliers justifiés par leurs
compétences techniques et non pas seulement par leurs compétences
réglementaires définies dans les textes.
Ces pouvoirs sont importants. Il s'agit de la consigne des produits ou des
animaux, c'est-à-dire la possibilité d'interdire leur
commercialisation ou leur déplacement lorsqu'ils sont suspects et
nécessitent des examens complémentaires. La saisie, elle,
consiste à limiter l'usage de la denrée alimentaire par le
propriétaire de celle-ci. Ainsi, une denrée est saisie et
retirée du circuit commercial pour être détruite ou
destinée à une autre utilisation sous contrôle.
Le troisième pouvoir de ces agents est précisément la
détermination de ces utilisations particulières pour des
denrées qui, sans être insalubres au sens strict, ne peuvent
être en l'état livrés à la consommation humaine,
mais peuvent recevoir une autre destination.
Ces trois pouvoirs de police administrative offrent surtout la
possibilité d'agir très rapidement pour retirer du marché
certains produits dangereux, sans passer par une procédure judiciaire.
Certains problèmes de surveillance et d'organisation des contrôles
nécessitant une approche pluri-départementale, il n'est pas
impossible que, dans le cadre général de la réforme, une
approche régionale soit envisagée dans les mois qui viennent...
Par ailleurs, pour pouvoir mettre un produit sur un marché, une
entreprise doit bénéficier d'un agrément sanitaire,
matérialisé par un cachet. Il existe différents types
d'agréments, suivant que les produits peuvent ou non circuler sur
l'ensemble du marché communautaire ou être limités à
un marché local.
Ces agréments sont fondés sur des visites des
établissements, et également sur l'étude de leurs modes de
fonctionnement. Nous avons des pressions de contrôle des
établissements différentes selon les risques
générés par les types de production ou les
clientèles de ces produits, et nous avons par exemple des pressions de
contrôle plus fortes sur les maisons de retraite ou sur les
établissements de restauration scolaire.
Nous réalisons une inspection systématique spécifique dans
les abattoirs de boucherie. A la sortie des chaînes d'abattage, toutes
les carcasses sont examinées individuellement. Ceci est valable pour les
bovins. En revanche, pour les volailles, il n'est pas possible d'examiner un
par un tous les poulets, et nous avons donc des contrôles par lot. Nous
progressons vers des systèmes de certifications des élevages
permettant de certifier ces contrôles et de les faire de façon
plus aléatoire.
De plus, pour les contrôles des produits, des plans de surveillance sont
mis en oeuvre chaque année, qu'il s'agisse des produits laitiers,
microbiologiques, des résidus de médicaments, des pesticides, des
saumons fumés, des facteurs de croissance ou des anabolisants, des miels
ou de la radioactivité.
Il existe également un contrôle des importations des pays tiers
par le biais de postes d'inspection frontaliers. Pour ce qui est du
marché unique, nous réalisons des contrôles à
destination en allant contrôler dans les établissements, notamment
dans les entrepôts. Nous avons récemment complété
notre dispositif pour mieux surveiller les plates-formes de distribution, qui
sont toutes répertoriées dans nos fichiers.
Il peut se faire que certaines enquêtes soient ciblées, du fait de
suspicions ou du fait des besoins - vache folle, produits de la pêche...
Enfin, en cas d'accidents alimentaires, nous travaillons en étroite
liaison avec les autres administrations de la santé ou de la
répression des fraudes. Nous pouvons faire appel à d'autres
administrations, notamment les douanes, qui peuvent être utilisées
lorsque c'est nécessaire.
L'investigation a alors plusieurs buts. Il s'agit bien sûr d'identifier
la cause et la raison de l'accident, tant au niveau de l'agent pathogène
lui-même. C'est en général le travail du ministère
de la santé et le réseau national de santé publique.
Nous intervenons ensuite plus spécialement au niveau des facteurs qui
ont favorisé l'accident, en particulier dans les établissements
de production, en analysant les causes possibles : rupture de la chaîne
de froid, accidents de manipulation...
Nous pouvons ensuite intervenir, par le biais de la répression des
fraudes, afin de procéder au retrait des produits susceptibles de
répandre l'intoxication.
J'ajoute que les agents des services vétérinaires peuvent
être commissionnés pour tout ce qui touche à la protection
de l'environnement et au contrôle des établissements
classés pour les industries du secteur agro-alimentaire et de
l'élevage. On touche là au problème de la pollution de
l'air et de l'eau.
En ce qui concerne les maladies animales transmissibles -les "maladies
réglementées"- nous avons là-aussi un système de
contrôle dans les élevages, où notre réseau s'appuie
sur les vétérinaires sanitaires libéraux, qui ont un
mandat sanitaire qui leur est donné par les préfets, dans chaque
département, sous le contrôle du directeur des services
vétérinaires. Il existe, sous l'égide de l'administration
centrale, des actions de lutte contre ces maladies, dont nous suivons de
façon précise l'évolution. Il s'agit de la brucellose
bovine et caprine, de la tuberculose, de la rage.
Enfin, nos partenaires sont la Direction Générale de la
Santé, le Réseau National de la Santé Publique, la DGCCRF.
Nous nous coordonnons, qu'il s'agisse de l'élaboration de la
réglementation, de l'organisation de la mise en oeuvre, afin
d'éviter des doublons et pour la bonne exploitation des enquêtes,
de façon à recouper toutes les informations.
Il y a en outre des programmes d'enquêtes coordonnées, en liaison
avec les services, comme les opérations vacances, qui permettent de
lancer des opérations de contrôle spécifique dans des lieux
à forte fréquentation touristiques pendant les vacances.
Nous travaillons aussi en étroite liaison avec d'autres
ministères, comme celui du commerce et de l'artisanat, notamment pour
l'adaptation aux artisans et aux petites entreprises des réglementations
d'origine communautaire, qui peuvent se révéler très
lourdes.
Nous collaborons également avec les professionnels car, de plus en plus,
notre philosophie est celle des auto-contrôles et à la prise en
charge par les professionnels eux-mêmes du maximum de
responsabilités. Nous n'intervenons alors essentiellement qu'en
matière de prévention et de contrôle de second niveau.
Pour ce faire, nous nous appuyons sur des instances scientifiques comme le
CNEVA, mais aussi d'autres centres de recherche et d'appuis techniques
-CEMAGREF, INRA, CNRS, Institut Pasteur.
Bien sûr, nous avons besoin d'un réseau de laboratoires. Je sais
que c'est un sujet qui concerne particulièrement les élus locaux
que vous êtes. Nous disposons de laboratoires nationaux de
référence, dont certains interviennent mêmes au niveau
communautaire, mais nous avons besoin aussi d'un réseau de laboratoires
départementaux.
Nous devons poursuivre une réflexion de fond. Celle-ci a
été engagée et nous avons lancé une enquête
auprès de ces laboratoires départementaux, mais ce n'est pas
très probant, et nous avons besoin de fixer notre politique... Autant
nous avons besoin d'un maillage assez dense sur le territoire, autant il serait
inutile et très coûteux d'entretenir aux frais des
départements des laboratoires compétents dans tous les domaines,
tous les produits, toutes les méthodes d'analyse, etc. !
La concurrence avec les laboratoires privés se développe, ceux-ci
intervenant de plus en plus dans le cadre des auto-contrôles. Très
souvent, nous avons des conflits d'ordre commercial, aussi bien dans relations
fournisseurs-distributeurs que dans les échanges intra-communautaires ou
internationaux, avec des divergences de résultats d'analyses, et des
problèmes d'arbitrage qui ne sont pas évidents à
régler. Une vraie question se pose donc là...
Les professionnels doivent absolument être responsabilisés dans
cette affaire, et nous travaillons énormément avec les
fédérations horizontales, comme les coopératives
agricoles, mais également avec les fédérations verticales,
par secteur de production, ou encore l'artisanat.
Nous avons beaucoup soutenu la création des CLAQ -"centres locaux
d'action qualité"- regroupés au niveau national, de façon
à faire passer le message et changer la culture même des
entreprises, afin qu'elles prennent bien en compte ces problèmes
sanitaires.
J'ajoute qu'entre 1995 et 1996, nous avons multiplié par trois les
crédits consacrés à ces plans de surveillance, qui
touchent des substances aussi différentes que les facteurs de
croissance, les résidus de médicament vétérinaires,
les métaux lourds, les résidus de pesticide, les micro-toxines,
pour toutes les espèces animales domestiques -produits d'aquaculture,
volailles- mais également certains produits végétaux,
notamment en matière de recherches des métaux lourds.
M. Claude HURIET, rapporteur - Je ne vois qu'une question à vous poser
concernant les attributions du laboratoire de la DGCCRF.
Celui-ci a à connaître d'un certain nombre d'incidents concernant
les produits alimentaires. Nous savons qu'il a travaillé sur la
listériose. Comment ce laboratoire se situe-t-il par rapport à
vos moyens propres ? Existe-t-il des relations entre vous ?
M. Bernard VALLAT - Le ministère des finances, par le biais de la
DGCCRF, effectue des contrôles de la distribution et a
diagnostiqué, au même titre que le ministère de
l'agriculture, en son temps, des problèmes d'existence de
listériose...
La première étude sur la listériose alimentaire a
été menée dans la région de Tours, en 1982-1983. A
cette époque, les techniques de laboratoire étaient
extrêmement longues et nécessitaient entre trois semaines et un
mois pour poser un diagnostic.
Sur des aliments vivants, dont la durée de destruction est de 8 à
10 jours, on connaissait le résultat d'une analyse alors que tout
était terminé ! Le problème a été de mettre
au point des techniques analytiques beaucoup plus rapides, et a
été le fruit d'un très gros travail de l'Institut Pasteur
notamment. Les laboratoires de la répression des fraudes ont
travaillé cette question, comme beaucoup de laboratoires, mais cela
remonte à quinze ans.
La listériose s'est révélée notamment aux
Etats-Unis, puis dans le canton de Vaud, en Suisse, et a amené une
réflexion extrêmement importante au sein du ministère de
l'agriculture. Le germe listérien était alors en devenir et
n'avait pas encore émergé. Il a émergé brutalement
dans les années 1982-1983. Nous avions à l'époque trois
germes en devenir, et l'on surveillait ce qui se passait. C'est le
listéria qui est sorti...
M. Claude HURIET, rapporteur - Qui était ce "on" ? L'ensemble de ces
laboratoires ? L'Institut Pasteur ?
M. Bernard VALLAT - ... L'Institut Pasteur et nous-même au titre de la
production. Aujourd'hui, bien sûr, tout cela est dépassé
par les techniques nouvelles...
Déjà, dans les années 1980, et même avant, la veille
sanitaire était la priorité du ministère.
M. Philippe GUÉRIN - Il existe plusieurs voies pour signaler ce type de
problèmes : d'une part les auto-contrôles de l'entreprise
elle-même, d'autre part les accidents sanitaires -et c'est la direction
départementale des affaires sociales et de la santé qui le
découvre. Aussitôt, le système se met en place.
Nous travaillons avec l'Institut Pasteur parce que c'est notamment au
laboratoire de l'Institut Pasteur qu'est conservée la mémoire de
toutes les souches. Or, ces germes ont des variabilités très
fortes, et il convient de faire très attention pour bien
déterminer à quel type on a à faire. C'est indispensable
pour les médecins, pour l'entreprise, et pour nous !
Nous disposons nous-mêmes de plusieurs laboratoires, dont le laboratoire
central de l'hygiène alimentaire, sous l'égide du CNEVA, ainsi
que de deux autres, qui sont directement sous le pilotage de la DGL, l'un
à Rungis et l'autre à Lyon. La DGCCRF en a un certain nombre,
spécialisés par secteur.
Il ne faut pas se cacher qu'il existe une certaine émulation entre ces
laboratoires, et que tout dépend des moyens budgétaires qui
peuvent être consacrés à ces affaires. Le ministère
des finances est le mieux doté et le premier servi, et
bénéficie d'un certain avantage par rapport à notre
réseau ou même à celui de la santé...
M. Claude HURIET, rapporteur - N'est-il pas logique, au nom de la
sécurité sanitaire et de la fiabilité des
résultats, d'avoir plusieurs laboratoires ? Dans nos propositions, il ne
faudrait pas, au nom de l'optimisation des moyens, aller dans le sens d'un
seul. Y a-t-il une réponse ?
M. Philippe GUÉRIN - Il y a d'abord une réponse au niveau de
l'accréditation. Il y a un problème de mise aux normes qui
suppose un énorme effort d'investissements et de changement profond des
modes de fonctionnement de ces établissements.
Cette accréditation aux normes européennes doit se faire
absolument. Elle ne pourra se faire partout, il ne faut pas se le cacher, et
c'est d'ailleurs le même problème pour les laboratoires
départementaux. Il y a accréditation sur tel type d'analyse ou de
recherche. C'est donc là qu'on trouvera les
complémentarités indispensables. Il serait ridicule de vouloir
couvrir le territoire de laboratoires au top niveau dans tous les domaines.
Cette accréditation doit se faire sous le contrôle d'un organisme
indépendant. C'est le comité français pour
l'accréditation, le COFRAC, qui a cette responsabilité. En outre,
même si la subsidiarité joue, il existe cependant aussi un
contrôle communautaire.
Toutefois, il n'existe pas de véritable harmonisation des
méthodes d'analyse entre les différents Etats européens.
C'est une source de conflits commerciaux, que l'on peut utiliser pour des
raisons économiques, des pressions politiques ou autres. C'est un biais
dont il faut être conscient..
M. Bernard SEILLIER - Qui va s'occuper du développement des aliments
à prétention thérapeutique, les "allégations de
santé", notamment les plantes dynamisantes ?
Par ailleurs, pourquoi une telle divergence d'appréhension entre les
Etats-Unis et nous-mêmes à propos de l'utilisation d'hormones dans
la croissance animale ? Scientifiquement, je n'arrive pas à comprendre
pourquoi...
M. Régis LESEUR - Depuis les accords de Marrakech, ces problèmes
entre Etats membres de l'OMC seraient susceptibles d'être
réglés par un tribunal genevois. En cas de litige, les
scientifiques seront censés départager les belligérants.
Pour pouvoir proposer une barrière tarifaire en matière
d'échange sur un produit, il faut donc pouvoir prouver qu'une base
scientifique existe.
Ces scientifiques peuvent toutefois être l'objet de pressions ou de
manipulations, et il existe donc des normes internationales fixées par
l'OIE -l'office international des épidopsies- pour les maladies
animales, ainsi que par le Codex alimentarius en matière de produits
alimentaires. En théorie, ce tribunal se base sur les normes de l'OIE ou
du Codex pour rendre son verdict.
Ceci date de deux ans seulement, et le premier panel qui concerne la France en
matière sanitaire est effectivement le panel réclamé par
les Américains, les Canadiens, les Australiens et les
Néo-zélandais sur le problème des barrières que la
Communauté oppose à ces pays utilisateurs d'hormones, dont
l'emploi se traduit par un différentiel de compétitivité
d'environ 10 %.
Le Codex alimentarius et ses 140 Etats membres, en juin, se sont
prononcés pour l'utilisation de certaines hormones ayant fait l'objet
d'études scientifiques. Cette assemblée a en effet
considéré que ces hormones étaient sans danger pour la
santé humaine, pour peu que l'on respecte certains délais dans
leur administration avant l'abattage.
La CEE ne tient pas compte de cet avis, ni de l'avis de la majorité de
ses propres scientifiques, qui affirment que les hormones sont sans danger si
elles sont utilisées correctement. Pourquoi ? ... Les hormones circulent
naturellement dans la plupart des organismes vivants, et en administrer
davantage suffisamment longtemps avant l'abattage prévient tout danger
chez l'animal arrivé à maturité.
M. François SEILLIER - Aux Etats-Unis, on dit qu'il faudrait consommer
un boeuf par jour pour encourir un risque quelconque...
M. Régis LESEUR - Il s'agit d'un problème purement
éthique, de perception par le consommateur d'un danger imaginaire -on
peut l'affirmer au plan scientifique. Cette opinion majoritaire masque
certainement une certaine aspiration au retour à la nature, à la
recherche du vrai, le mal-être urbain...
M. Philippe GUÉRIN - Concernant les allégations de santé,
on assiste en effet à une tendance au développement de ce type de
produits. Pour le moment, ceci est rigoureusement interdit en France. Les
allégations fonctionnelles sont toutefois permises dans certaines
conditions, sous contrôle étroit et étiquetage particulier.
Objectivement, il faut reconnaître que le système de coordination
est compliqué. Les trois commissions existantes ont des secteurs de
recouvrement de plus en plus importants : commission sur les alimentations
particulières, commission sur la publicité et conseil
supérieur d'hygiène publique de France. Ces trois groupes sont
chargés d'émettre des avis sur l'autorisation, le choix de
production et de mise en distribution, sous une forme ou une autre -grande
distribution ou filière canalisée- ainsi que sur la
publicité ces produits.
On retrouve d'ailleurs les mêmes acteurs : santé et fraudes. Bien
sûr, les secrétariats sont différents, les
présidents également. La procédure est toutefois un peu
lourde...
On voit en effet se développer aujourd'hui la "nutrationique". Il
s'agit
de tendances qui ont déjà commencé outre-atlantique
notamment, et l'on sent effectivement une pression de la part de grands
industriels multinationaux pour commercialiser ce type de produits un jour ou
l'autre sur notre marché.
Au Sial, on voit des choses étonnantes dans ce domaine. A "Bercy
expo",
il y a même une sorte de forum permanent d'innovations agro-alimentaires,
ou l'on peut voir des produits japonais ou autres à faire dresser les
cheveux sur la tête...
C'est une tendance très forte et un enjeu considérable pour nous
et pour l'agro-alimentaire français en particulier. Il y a sans doute
des questions d'éthique, mais on peut aussi se poser des questions pour
la santé du consommateur lorsqu'on voit le pourcentage d'obèses
aux Etats-Unis. Tout est permis là-bas, à condition qu'on le
mette sur les étiquettes, mais on voit ce que cela donne !
Il faut quand même faire attention dans ce domaine, et ne pas aller trop
vite. Il y aura de toute façon des problèmes de contrôle,
car on est à la limite du médicament...
M. Dominique LECLERC - Existe-t-il un observatoire ?
M. Philippe GUÉRIN - Oui, nous avons l'observatoire des consommations
alimentaires. C'est un exemple de bonne coordination, puisque la consommation
alimentaire a un coût annuel de 6 millions de francs et que nous en
prenons en charge 35 %, tout comme les fraudes, le reste étant
assumé par la santé.
Chaque année, un programme nous permet de suivre l'évolution des
consommations et d'évaluer les risques. Le risque, c'est le produit
d'une dangerosité par une probabilité. L'observatoire, en
fonction de tel ou tel produit, nous permet d'orienter notre politique, notre
contrôle, et permet d'aller jusqu'à l'interdiction de mise en
vente.
Le risque peut être nul, même avec un danger très fort, si
la probabilité est nulle. A l'inverse, si la dangerosité est
faible mais la probabilité forte, le risque peut être important.
M. Dominique LECLERC - De quels moyens disposez-vous pour anticiper les risques
en termes scientifiques et en termes d'observation ?
M. Philippe GUÉRIN - Nous avons publié un Livre blanc qui dresse
l'état de la question après dix ans d'expérience.
Le principe de précaution est appliqué depuis le début
dans le domaine des organismes génétiquement modifiés,
sous le contrôle d'une commission scientifique composé de gens
indépendants, issus de différentes disciplines, qui travaillent
en étroite liaison avec le comité national d'éthique.
Les travaux de cette commission sont le point de passage obligé avant
tout essai de dissémination d'une plante sur le terrain -et avant
même l'autorisation de mise sur le marché, maintenant
délivrée par Bruxelles après consultation des Etats
membres- ou l'utilisation de vaccins, comme celui contre l'hépatite,
également obtenus par génie génétique.
Dans le domaine de la production animale, rien n'a été fait
aujourd'hui, car nous sommes extrêmement prudents...
Par ailleurs, nous avons chargé la CNEVA de nous signaler les risques
d'apparition de nouvelles maladies à une échelle potentiellement
dangereuse pour nos populations.
Il existe donc un système d'anticipation fondé sur des travaux de
laboratoire, la surveillance de la littérature scientifique mondiale et
la veille scientifique. A cet effet, le CNEVA est relié à
Internet.
C'est un autre sujet de débat sur la veille technologique et
scientifique, dans le cadre ce qu'on appelle " l'intelligence
économique ", dont je pourrais vous parler des heures, faisant
partie du comité de pilotage de l'intelligence économique,
dirigé par M. Jean Picq, secrétaire général de la
défense nationale. C'est un sujet passionnant, et pour lequel il y a
beaucoup à faire...
V. SÉANCE DU MARDI 12 NOVEMBRE 1996
A. AUDITION DU PROFESSEUR JEAN-MICHEL ALEXANDRE, DIRECTEUR DE L'ÉVALUATION À L'AGENCE DU MÉDICAMENT
M. Claude HURIET, rapporteur - Monsieur le Professeur, au nom
de la mission, j'ai grand plaisir à vous accueillir pour cette audition.
Je vous propose de nous dire d'abord quelles sont vos responsabilités
aux plans national et européen, ainsi que l'état de vos
réflexions sur le sujet qui intéresse la mission de la commission
des affaires sociales.
Je voudrais également excuser le président Descours, qui
prépare une conférence de presse sur le projet de loi de
financement de la Sécurité sociale.
Monsieur le Professeur, vous avez la parole...
M. Jean-Michel ALEXANDRE - Je suis actuellement directeur de
l'évaluation à l'Agence du médicament, qui comprend cinq
directions correspondant aux trois activités de base, et portant
essentiellement sur le médicament.
La direction de l'évaluation, dans laquelle je travaille, procède
à l'évaluation des médicaments avant l'autorisation de
mise sur le marché. La deuxième direction est celle des
études et de l'information pharmaco-économique. Il s'agit aussi
d'évaluation, mais avec une composante économique pour la
publicité et la transparence du médicament. La direction des
laboratoires et des contrôles a pour objet de contrôler, dans des
laboratoires d'analyse, les produits pharmaceutiques et les
spécialités. La quatrième direction est celle des
établissements et de l'inspection, celle-ci pouvant être
diligentée dans des établissements pour vérifier et
contrôler les modes de production et de fabrication, faire des
prélèvements qui sont envoyés au laboratoire de
contrôle. Enfin, la direction des affaires générales
s'occupe du budget des personnels, de l'informatique et de toute la logistique.
Je suis entré dans cette administration dès sa création,
en 1993. Précédemment, j'étais l'un des experts de la
direction de la pharmacie et du médicament. J'avais commencé
à collaborer avec le ministère de la santé en 1976, en
tant que pharmacologue à l'hôpital Broussais, où je suis
actuellement chef de service, pour encore 25 % de mes activités.
Mme Veil avait demandé la création d'une commission de
contrôle des dictionnaires de spécialités pharmaceutiques,
et, de 1976 à 1985, nous avons refait le dictionnaire Vidal.
En 1985, j'ai pris la présidence de la commission d'autorisation de mise
sur le marché. J'étais à ce titre expert externe à
l'administration. Parallèlement, j'étais membre de la
représentation française du médicament à Bruxelles,
au comité pharmaceutique et, progressivement, je suis devenu
vice-président puis président de ce comité.
Du fait de cet ancrage européen et de la création, en 1993, de
l'Agence du médicament, mon choix a été de consacrer
l'essentiel de mes activités aux tâches administratives, à
la fois françaises et européennes, dans la mesure où
démarrait en même temps l'Agence française du
médicament et, en 1995, le nouveau système européen du
médicament.
Il s'agit donc d'un passage dans l'administration, et je retournerai
très certainement pour un certain nombre de mois ou d'années
à mes activités initiales hospitalo-universitaires...
L'Agence du médicament est considérée au niveau
international comme l'une des plus performantes. Sur les quinze Etats membres
de l'Union européenne, trois à quatre agences tiennent
actuellement le haut du pavé grâce à leurs performances
dans tous les domaines, et essentiellement dans les domaines indissociables de
l'autorisation de mise sur le marché et de la pharmaco-vigilance.
Il s'agit du Royaume-Uni, de la Suède, de la France. La
République fédérale allemande a d'énormes moyens,
mais des performances très médiocres, qui ont valu une visite de
parlementaires au ministère de la santé et à l'Agence du
médicament, pour savoir comment améliorer le système
allemand, qui est malheureusement scindé en deux entités, l'une
traitant des médicaments d'origine chimique et des dispositifs
médicaux, et l'autre s'occupant des produits biologiques.
Certains pays, disposant de moyens plus réduits, sont néanmoins
considérés comme efficaces (les Pays-Bas, le Danemark et
l'Irlande sont dotés de moyens nouveaux...).
L'Agence du médicament construit la sécurité sanitaire, la
surveille et corrige s'il y a lieu. Ce sont des activités
indissociables. La sécurité se construit dès lors qu'il
est demandé aux firmes pharmaceutiques désirant mettre un
médicament sur le marché de répondre à des
exigences, tant en termes de qualité que d'efficacité et de
sécurité.
Le dispositif d'évaluation et d'autorisation de mise sur le
marché, qui comprend la commission d'autorisation de mise sur le
marché, s'attache à vérifier que ces exigences sont
satisfaites dans les trois domaines, comme par exemple, pour un produit
biologique, la sécurité virale : quels sont les tissus d'origine
humaine ou animale qui ont servi à préparer un médicament,
leur origine -par exemple bovine ? Quelles sont les garanties sur le cheptel de
départ, les tissus utilisés ? Quelles sont les modalités
de production ? Comment vérifie-t-on la sécurité virale ?
Quels sont les tests utilisés ? Comment suit-on cette
sécurité virale ? Ceci touche au dossier pharmaceutique...
Les études chez l'animal et chez l'homme précèdent ensuite
l'autorisation de mise sur le marché. Les produits ne peuvent être
commercialisés qu'après une autorisation, qui repose sur une
évaluation technique très poussée des meilleurs experts
français dans les différents domaines.
Bien entendu, il est dès lors mis sous surveillance sanitaire ou
pharmaco-vigilance. Cela consiste à suivre le médicament dans le
domaine de la sécurité, de la collecte des effets
indésirables, de leur évaluation, à des fins pratiques, et
à prendre des décisions, chaque fois qu'il en est besoin,
veillant, qui consistent dans les cas les plus simples, à modifier une
information -la rubrique des effets indésirables, le mode d'utilisation-
ou à attirer l'attention sur les précautions d'utilisation, ou
mettre en garde contre tel et tel facteur de risque, ou aussi à
contre-indiquer.
S'il en est besoin, les indications sont restreintes en fonction du rapport
bénéfice-risque, et s'il en est toujours besoin, le
médicament est suspendu ou retiré du marché. De plus en
plus, ces actions réglementaires initiées au niveau national sont
poursuivies au niveau communautaire et international.
Nous avons grossièrement les mêmes médicaments dans les
différents Etats membres. Dès lors qu'un problème de
santé publique est apparent dans l'un des Etats, le même
problème existe donc dans les Etats voisins. Une démarche
harmonisée vers le même processus de décision est de plus
en plus nécessaire.
Le système français est loin d'être parfait, mais cependant
tout à fait efficace pour la collecte des effets indésirables.
Ainsi, l'année dernière, nous avons dû avoir 30.000 effets
indésirables pour les 5.000 principes actifs, 8.000
spécialités et 12.000 présentations. Dix mille effets
indésirables plus ou moins liés aux médicaments, dans le
cadre des essais cliniques, ont été considérés
comme graves. Les effets indésirables graves nous sont notifiés
dans le cadre des autorisations temporaires d'utilisation, qui correspondent
à l'usage compassionnel ou à une utilisation relativement large
de cohortes faites avant l'autorisation de mise sur le marché, comme
pour les inhibiteurs dans le traitement du sida.
On a en effet traité en France, avant l'autorisation de mise sur le
marché, selon des protocoles thérapeutiques, 13.000 à
15.000 malades. A partir de l'expérience française, des effets
hémorragiques accrus ont été mis en évidence chez
les hémophiles, et toute la Communauté internationale a
bénéficié de ces observations.
Bien entendu, ces données ne sont pas exhaustives et ne peuvent jamais
l'être.
Au Royaume-Uni, la pharmaco-vigilance a une efficacité comparable. Les
autres pays sont loin derrière. La liste de la moitié des effets
indésirables émane directement des médecins prescripteurs,
par l'intermédiaire des centres régionaux. L'autre moitié
provient des industriels. On vérifie qu'il n'existe pas de
recoupements...
Ce recueil des effets indésirables performant, même s'il n'est pas
exhaustif, est lié en France à l'existence de 31 centres. C'est
un exemple de décentralisation. Nous recevons parfois la visite de
collègues étrangers qui veulent monter leur système et
prennent la décentralisation et les centres régionaux en exemple.
Ce réseau à larges mailles -chaque centre doit couvrir 2 millions
d'habitants- permet de faire remonter à l'Agence du médicament le
plus rapidement possible les effets indésirables graves, sur lesquels il
est nécessaire de prendre des mesures.
L'expérience montre que lorsqu'un médicament nouveau est mis sur
le marché, les effets qui ne pouvaient apparaître dans le dossier
d'autorisation de mise sur le marché, lorsqu'ils sont très
graves, sont mis en évidence par le système dans les 6 à
12 mois.
Certes, ce réseau peut être amélioré. On peut,
à l'intérieur de chaque maille, envisager des
sous-réseaux, avec des pharmaciens d'officine, ou un réseau plus
fin de généralistes, permettant de recueillir des informations
sur le mode d'utilisation de certains médicaments et les posologies
ainsi que des informations sur tel et tel type de médicament.
Il s'agit de signaux, et ces signaux sont de nature à déclencher
une alerte. Ils ne nécessitent pas l'exhaustivité. On ne pourra
de toute façon jamais forcer les médecins prescripteurs à
notifier. Il faut les sensibiliser... Le système fonctionne dès
lors qu'une partie significative des prescripteurs, par l'intermédiaire
des centres régionaux ou des firmes pharmaceutiques, nous font remonter
les effets indésirables.
Ce sont là les données de base. Beaucoup de pays ne les ont pas,
et je crois qu'on peut être tout à fait satisfait de ce
système de recueil, même s'il peut être
amélioré.
Par ailleurs, si l'on tarde à évaluer ou si l'on évalue
mal, le système ne fonctionne pas.
Enfin, le plus difficile est le processus de prise de décision. Lorsque
la décision n'est pas bonne, on arrive à des catastrophes !
Ainsi, l'année dernière, trois publications correspondant
à des études épidémiologiques ont montré une
augmentation des thromboses veineuses des membres inférieurs -des
phlébites- chez les femmes prenant des contraceptifs oraux incluant des
progestérones de troisième génération, par rapport
à d'autres pilules contenant des progestatifs plus anciens de
première et seconde génération.
L'augmentation du risque était faible -facteur 2. On passait de 15
incidents sur 100.000 à 30, sachant que ces accidents ne sont mortels
que dans 1 % des cas, soit une augmentation faible du risque, le risque
était lui-même relativement modéré au départ.
La décision, au Royaume-Uni, a été pratiquement de
contre-indiquer du jour au lendemain les pilules de troisième
génération, malgré les biais qui peuvent expliquer les
différences. Cette décision a déclenché une panique
dans le public : des centaines de milliers de femmes ont arrêté la
prise de contraceptifs. Le nombre d'interruptions volontaires de grossesse a
augmenté de façon drastique et, 9 mois après, on a
assisté à une poussée de natalité.
La même chose s'est produite en Allemagne, où 700.000 femmes ont
arrêté leur contraception, avec malheureusement des avortements et
aussi des naissances. Les autres pays n'ont pas bougé. Nous avons fourni
l'information la plus précise possible en expliquant ce qui avait
été observé, précisant que, pour l'instant, il n'y
avait pas de réponse et que le niveau de risques, même si on
pouvait lier les éléments observés à la pilule, ne
méritait pas de prendre des mesures draconiennes.
La vigilance ne se résume donc pas seulement à la collecte des
effets indésirables et à leur évaluation, mais consiste
aussi en une prise de décision. J'ai personnellement assisté
assez souvent au comité des spécialités pharmaceutiques
où, à partie de la même évaluation, on arrive
à des prises de décisions différentes.
J'ajoute que ces prises de décision reposent sur une évaluation
du risque par rapport au bénéfice. De toute façon, les
modifications réglementaires se font par le biais de l'autorisation de
mise sur le marché, qu'il s'agisse de l'information contenue dans les
dictionnaires de spécialités ou sur les notices de
conditionnement, de restrictions du domaine d'utilisation ou de mises en garde.
Cette fonction d'observatoire un peu statique n'est toutefois pas suffisante en
elle-même. Il existe certains domaines ou les signaux permettent de
déclencher une alerte, mais en aucune façon de conclure. Pour
pouvoir avancer dans le domaine de la connaissance et en matière de
sécurité sanitaire, il convient de démarrer des
études épidémiologiques, complément de la
notification spontanée.
Second exemple : les substances dites anorexigènes ou coupes-faims.
Depuis dix ans au moins, nous possédons des notifications d'hypertension
artérielle pulmonaire associée à la prise
d'anorexigènes. L'association dans le temps ne suffit pas à
démontrer totalement la relation de cause à effet, d'autres
facteurs pouvant intervenir, d'autant que la tension artérielle
pulmonaire est une pathologie mal connue. De plus, le niveau d'observation
était modeste, puisqu'on dénombre deux cas d'hypertension
artérielle pulmonaire par million d'habitants. Même en multipliant
le risque par cinq, cela ne fait que peu d'observations...
Il a fallu une étude épidémiologique pour démontrer
que le risque relatif était augmenté de cinq à dix fois
-quelquefois plus. La veille sanitaire doit donc être
complétée chaque fois que de besoin par des études
épidémiologiques.
Ceci pour dire qu'en matière de médicament, la
sécurité sanitaire se construit par la bonne maîtrise d'un
produit biologique en aval. Sauf accident ou incident non prévisible, il
ne doit pas y avoir de transmission de maladies virales.
Par ailleurs, la vigilance doit être intégrée à
l'évaluation permanente du médicament pour une meilleure
définition du rapport bénéfice-risque.
La séparation entre l'évaluation d'une part et la vigilance de
l'autre ne paraît donc pas justifiée. Je pense que ceci n'existe
dans aucun pays au monde, bien au contraire, puisqu'on a besoin à tout
moment de connaître les effets indésirables pour adapter
l'information et réguler le statut du médicament.
M. Claude HURIET, rapporteur - Certes, les deux démarches sont
très liées, mais le champ de notre réflexion doit-il
être le même pour ce qui est sécurité sanitaire des
produits et pour ce qui est veille sanitaire ?
En effet, certains incidents ou événements pathologiques peuvent
être liés à autre chose qu'à un produit à
finalité thérapeutique. Si l'on établit un système
de plus en plus performant en ce qui concerne la veille sanitaire pour les
produits à finalité thérapeutique, qu'adviendra-t-il
d'autres domaines comme l'alimentation ou les produits industriels ? ... Le
système de veille peut donc avoir un champ plus large que le champ dans
lequel doit se situer principalement la réflexion quant à la
sécurité sanitaire des produits...
M. Jean-Michel ALEXANDRE - Il existe des coordinations avec
l'hémo-vigilance, la matério-vigilance, et celles-ci fonctionnent
très bien.
La toxico-vigilance, par contre, est une catastrophe ! Elle devrait être
gérée par la DGS. Nous n'y avons pas accès. Les
comités ne se réunissent pas. L'Agence a demandé à
en faire partie, mais on lui a répondu que cela ne la regardait pas. La
gestion des centres anti-poison par la DGS n'est pas la meilleure possible. La
DGS nous renvoie sur les centres anti-poison, que l'on connaît pour
travailler avec eux, mais on rencontre des problèmes de ce
côté là !
Des structures spécifiques, telle la DGS, qui ont en charge beaucoup
d'activités, sans spécialisations poussées ni moyens
adéquats, paraissent donc -à tort peut-être- à
moitié fonctionnelles...
Quant à la bio-vigilance, celle-ci va probablement se monter. Nous
sommes tout à fait au départ. Pour ce qui concerne l'Agence, tout
ce qu'on applique déjà aux produits biologiques s'appliquera
rigoureusement de la même façon aux vaccins.
Aux Etats-Unis, l'administration a en charge les retraites, les aides, les
enfants et la famille, les personnes âgés. Il existe
également des centres pour le contrôle et la prévention des
maladies -dont je ne suis pas persuadé qu'on a l'équivalent en
France- des instituts de recherche sur différentes pathologies, sorte
d'INSERM à vocation de recherche plus appliquée, ainsi qu'une
agence sur l'hygiène de l'environnement et sur la médecine du
travail...
A l'intérieur de la "food and drug administration", on trouve une
direction chargée des produits chimiques, une direction chargée
des produits incluant la thérapie génique et cellulaire, un
centre de médecine vétérinaire. Il existe également
un centre pour la sécurité des aliments et la nutrition
appliquée, un centre pour les dispositifs médicaux et les
produits de radiologie, un centre pour la toxicologie de recherche et, enfin,
un centre pour les médicaments orphelins.
Des réunions d'évaluation communes sont organisées entre
centres traitant des médicaments chimiques, des produits biologiques,
vétérinaires, aliments et dispositifs médicaux. Tout ceci
a été fait au sein d'un même organisme qui avait tous les
moyens de recueil et de collecte des informations, d'évaluation, de
contrôle et d'inspection. Cela a constitué une force de frappe
considérable...
Même si on a toujours reproché à la "food and drug
administration" un dispositif atrocement lourd, doté de milliers de
fonctionnaires, il faut reconnaître que ces structures sont quelquefois
fort efficaces et composées de professionnels de la
sécurité pharmaceutique, médicale et scientifique. On sort
là des agents d'administration centrale, qui ont une culture plus
réglementaire et de gestion : il s'agit de structures très
techniques, très scientifiques, qui peuvent d'emblée
déclencher l'alerte, procéder à l'évaluation et
préparer les instances décisionnelles à la décision.
La prise de décision est d'autant plus facile que l'on trouve en aval
des structures techniques relevant du service public et faisant appel à
des experts externes tout à fait performants, sachant que le processus
de décision est l'étape la plus contraignante, la plus difficile
et la plus dangereuse.
Je crois qu'il avait été envisagé dans le rapport de M.
Serrou qu'une coordination soit établie à la DGS... Je ne suis
pas sûr qu'une structure supplémentaire permette
d'améliorer les choses ! Il faut en fait des structures
spécialisées destinées à évaluer les
bénéfices et les risques.
Ainsi, si l'on est prêt à accepter certains effets
indésirables de la chimiothérapie, en revanche, lorsqu'on veut
traiter une affection bénigne, le niveau d'effets indésirables
est très bas. On ne peut se couper de tout effet indésirable -il
en existe toujours avec les médicaments- mais ils doivent être
ramenés au niveau du bénéfice. Dès lors que le
rapport bénéfice-risque apparaît contestable, ou
négatif, des mesures réglementaires s'imposent.
Je crois donc que ce serait une erreur profonde de dissocier la vigilance de
l'évaluation qui doit être menée au quotidien...
Mme Jacqueline FRAYSSE-CAZALIS - Je suis préoccupée par
l'indépendance de l'Agence du médicament. Quels sont aujourd'hui
les règles qui vous permettent de porter l'appréciation la plus
objective possible et de prendre des décisions en dehors de pressions
d'ordre économique ?
D'autre part, devrait-on selon vous créer des structures performantes,
comme celles du sang, dans le domaine de la toxico-vigilance ou plutôt
vous confier un champ plus large dans ce domaine ? Pourriez-vous
l'intégrer ? Revendiquez-vous un élargissement de vos
compétences, et dans quels domaines ?
M. Jean-Michel ALEXANDRE - La pression économique ne s'exerce pas. La
direction de l'évaluation et de l'information pharmaco-économique
intègre une composante économique, mais il est demandé
à la commission de la transparence de donner un avis aussi objectif que
possible sur le service médical rendu et amélioration de celui-ci.
Depuis 1978, aucune pression n'a jamais été exercée -sauf
peut-être dans deux cas tout à fait exceptionnels.
L'évaluation porte en effet uniquement sur trois critères :
qualité, efficacité, sécurité. La notion
économique intervient en aval, mais à chacun sa
responsabilité, car, dès lors qu'on mélange les genres, il
n'y a aucune façon de s'en sortir !
Bien entendu, c'est le directeur général de l'Agence qui prend la
décision d'autoriser la mise sur le marché, mais les
autorisations doivent être adressées au ministère de la
santé quinze jours avant, et le ministre peut s'y opposer en cas de
problème de santé publique.
Dans le dispositif précédent, c'était le ministre qui
prenait la décision de mise sur le marché. En tant qu'individu,
il me paraîtrait déplacé qu'une structure -même
indépendante- soit totalement coupée du ministre de la
santé...
Par ailleurs, pour ce qui concerne la thérapie cellulaire et
génique, la coordination entre les établissements de transfusion
sanguine, l'Etablissement français des greffes et l'Agence
française du sang se mettra en place progressivement. On ne peut faire
autrement que de travailler avec eux. En matière de
sécurité virale, l'Agence du médicament a
déjà aidé à résoudre un certain nombre de
problèmes... Ceci continuera, car il ne peut en être autrement.
S'agissant de la toxico-vigilance, je ne pense pas que le directeur de l'Agence
a des revendications en la matière... Nous avons un domaine
d'activités et notre objectif est d'y répondre le mieux possible,
mais nous ne sommes pas encore dans une situation totalement stabilisée.
Par ailleurs, nous commençons à consacrés de plus en plus
d'efforts en fonction des moyens qui nous sont alloués aux
activités de fond touchant à la formation et à la
validation des produits...
Je ne pense pas que l'Agence a atteint un palier de fonctionnement, car des
activités nouvelles nous sont confiées -RMO, thérapie
cellulaire et génique. Or, nous manquons toujours d'outils, en
particulier informatiques...
Il n'y a pas encore une pleine synergie entre l'évaluation, le
contrôle et l'inspection, et l'on peut faire beaucoup mieux ensemble,
l'Agence ayant continué sur la même voie que celle de la direction
du médicament et amplifié le système.
En revanche, l'inspection est actuellement en croissance, et je pense que dans
quelque mois, elle sera efficace.
La direction des laboratoires et des contrôles, elle, a
hérité d'une situation foncièrement mauvaise...
Je crois que c'est à vous d'orienter les choses vers la mise en place de
structures performantes et autonomes, dotées de réels moyens
d'actions. Savoir si elles doivent exister séparément ou
être placées dans la même enveloppe est un problème
d'opportunité et de gestion.
Certes, on peut faire des économies de gestion en regroupant les
activités dans la même entité, mais quelle structure sera
capable de coordonner "n" activités de la façon la plus efficace
et la plus rapide ? ... Je ne dis pas qu'on ne pourra relever le pari, mais ce
sera difficile. Peut-être faut-il le faire progressivement -si vous
envisagez de l'ajouter aux activités de l'Agence- pour les
métiers que nous connaissons le mieux, ou du moins pour lesquels nous
avons quelques compétences.
M. François AUTAIN - Concernant la matério-vigilance, nous avons
une communication impressionnante sur le peu de contrôles auxquels
étaient soumis les dispositifs médicaux.
Quel rôle jouez-vous dans ce domaine ? Ne peut-on améliorer les
choses et, si oui, de quelle façon ?
D'autre part, quelle forme revêt le réseau d'informations
chargé de vous communiquer les effets indésirables des produits ?
M. Jean-Michel ALEXANDRE - S'agissant du médicament, on peut tout
envisager pour collecter les informations sur les effets indésirables :
ce qui compte, c'est l'efficacité ! Cela se fait par les réseaux,
les prescripteurs, les pharmaciens. On peut parfaitement imaginer qu'un certain
nombre d'acteurs de santé s'investissent dans une remontée
d'informations de façon plus systématique. L'important serait
qu'ils soient sensibilisés à l'intérêt du
problème et aient une information en retour...
Le système de pharmaco-vigilance est certes performant, mais l'on doit
progresser et conduire plus d'études qu'actuellement. Il faut
également systématiser la collecte d'informations. Cela peut
être fait à l'intérieur d'un département ou d'une
région, sous la forme de réseaux : un centre régional de
pharmaco-vigilance intégré dans un hôpital peut
étendre son domaine d'activités en ville et avoir son
réseau de médecins généralistes, de pharmaciens.
Enfin, on peut améliorer le retour d'informations.
Nous informons mal car l'information, une fois que le problème est
réglé, ne sollicite pas l'attention. Il est difficile, dans une
administration décentralisée, de faire sortir une information. En
effet, une fois l'autorisation obtenue, l'information est
dépassée, mais je crois que notre rôle est d'informer de
façon continuelle et adaptée.
Quant aux dispositifs médicaux, dans certains pays, ceux-ci se trouvent
dans la même structure que l'évaluation du médicament,
comme en Allemagne. Dans certains cas frontières, on a beaucoup de
difficultés à dire ce qui revient au médicament et ce qui
revient aux dispositifs médicaux : ainsi, dans certains problèmes
liés à la qualité et la sécurité virale,
l'élimination des effets indésirables sont très proches.
Certains dispositifs médicaux font appel à des
médicaments, notamment comme produits auxiliaires. De façon
générale, on va, par la certification, vers une garantie de plus
en plus grande de ces dispositifs, et cette évolution se fait dans le
bon sens. Il ne s'agit pas d'une autorisation, mais rien n'empêche de
procéder à une évaluation complexe et sophistiquée
des produits qui le méritent !
Ces évaluations peuvent être réalisées dans une
structure particulière, mais l'on peut également envisager,
immédiatement ou à terme, de prendre les dispositifs
médicaux en charge. C'est une question d'opportunité...
M. François AUTAIN - Cette structure existe-t-elle ?
M. Jean-Michel ALEXANDRE - Actuellement, c'est la direction des hôpitaux.
Je ne connais pas les moyens mis en oeuvre, ni comment elle fonctionne... Pour
les contacts et la coopération, les choses se passent actuellement bien,
dans la mesure où l'on a des correspondants et où l'on travaille
ensemble. Je ne sais si la structure actuelle est suffisamment performante,
mais nous ne fonctionnons pas en aveugle.
M. Claude HURIET, rapporteur - La Suisse peut-elle servir d'exemple dans le
domaine du médicament ?
M. Jean-Michel ALEXANDRE - Je suis incapable de répondre : en effet, la
Suisse n'étant pas dans l'Union, elle ne se trouve pas à Londres
chaque mois.
M. Claude HURIET, rapporteur - Que proposeriez-vous -en dehors des suggestions
que vous avez déjà émises- pour optimiser les structures
existantes et de celles qui sont agréées ?
M. Jean-Michel ALEXANDRE - Ce serait une erreur que de dissocier la vigilance
du reste des activités.
Par ailleurs, l'évaluation des techniques doit se faire avec les
meilleures compétences, et il faut donc des structures adaptées,
très techniques, ce qui pose pour les services relevant du domaine
public des problèmes de recrutement : la grille des fonctionnaires
ignore en effet ce qu'est un chef de clinique, qui est recruté au
même niveau salarial qu'un médecin qui n'est pas passé par
l'internat et qui n'a pas été chef de clinique !
Enfin, il est nécessaire d'établir un contrôle, de disposer
d'une transparence et d'une coordination. On peut, pour ce faire, soit
structurer les coordinations -chose qui se fait en général tout
seul, car on ne peut fonctionner de manière isolée- soit
prévoir des structures communes. C'est à vous d'en voir
l'opportunité. Je suis mal placé pour le faire...
VI. SÉANCE DU MERCREDI 20 NOVEMBRE 1996
A. AUDITION DE M. BERNARD MESURÉ, PRÉSIDENT ET DE M. BERNARD LEMOINE, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU SYNDICAT NATIONAL DE L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE (SNIP)
M. Claude HURIET, rapporteur - Je vous remercie d'avoir
répondu à la mission, vous en connaissez les thèmes.
A l'occasion des auditions et du travail effectués par la Commission,
nous nous sommes rendu compte qu'il était utile d'analyser les
conditions dans lesquelles actuellement, la sécurité sanitaire
des produits était assurée en France, de faire une analyse
critique qui pouvait conduire à constater, sans préjuger de son
résultat, ce qui marchait bien et les domaines dans lesquels les
procédures de sécurité sanitaire étaient
insatisfaisantes.
Ce qui nous intéresse, c'est de savoir comment vous analysez dans le
domaine qui est le vôtre essentiellement -le médicament- les
procédures assurant la sécurité sanitaire des produits
thérapeutiques. Mais si vous avez quelques idées concernant un
champ proche mais distinct de celui des produits thérapeutiques, nous
sommes preneurs de vos réflexions.
M. Bernard MESURÉ - Je pense que dans l'échelle que vous venez
brièvement de rappeler, le médicament est probablement un des
produits sur lesquels l'organisation et le fonctionnement sont les meilleurs.
Il existe à la fois des systèmes de pharmacovigilance
déjà en place avec, je crois, un accroissement du réflexe
du médecin qui est tout à fait notable sur les dernières
années, un système de traçabilité du suivi de nos
lots qui est en ordre, et un système de rappel, quand il y a un
problème, extrêmement rapide, assorti des relations entre les
firmes et l'Agence qui sont fluides et habituelles.
M. Bernard LEMOINE - Il y a les procédures -elles sont en place et
fonctionnent convenablement- mais il y a aussi la capacité de l'Agence
du médicament à les faire fonctionner. On n'a pas optimisé
cette efficacité dans la mesure où l'Agence du médicament,
qui fonctionne globalement bien dans toutes ses missions, n'est pas toujours au
maximum de ses performances, en particulier dans le domaine de la
pharmacovigilance.
Les débats que l'on a à travers la Commission de l'Agence donnent
des options différentes ; il y a même des conflits entre la
position prise par l'Agence et celles du Comité des
spécialités pharmaceutiques de l'Agence européenne du
médicament. Mais, en matière de procédure, l'ensemble des
éléments propres à assurer une sécurité dans
le domaine de la thérapeutique médicamenteuse sont en
place : il convient de les optimiser.
L'autre sujet de discussion était de savoir s'il y avait lieu
d'intégrer ou de coordonner les procédures applicables à
la sécurité du médicament dans un ensemble plus vaste :
c'est un sujet qui mérite réflexion et sur lequel nous
émettons quelques réserves par prudence.
M. Claude HURIET, rapporteur - Concernant les conflits que vous venez
d'évoquer, pourriez-vous aller plus loin et dire, exemples à
l'appui, en quoi ils consistent et comment ils sont réglés, que
ce soit au niveau de l'Agence française du médicament ou à
celui de l'Agence européenne ?
M. Bernard LEMOINE - Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, il ne
s'agit pas de conflits sur les règles du jeu propres à assurer
une bonne pharmacovigilance entre la France et les autres pays de la C.E.E. Les
experts scientifiques s'accordent en France, avec leurs collègues
européens, pour déterminer les contours d'une bonne
pharmacovigilance dans le domaine du médicament.
Les conflits portent sur les appréciations portées par la
Commission de pharmacovigilance en France, qui relève de l'Agence du
médicament française, et le Comité de
spécialités pharmaceutiques sur l'appréciation de ce que
le droit communautaire permet en matière de pharmacovigilance.
Il y a des conflits d'ordre juridique sur l'appréciation de ce qui est
susceptible d'être étendu en termes d'interdiction à
l'ensemble de la CEE à partir de cas relevés dans tel ou tel
pays. Il convient qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, il ne s'agit pas
de conflits, de contestations ou de divergences sur une politique de
pharmacovigilance.
M. Claude HURIET, rapporteur - Le Président et le Directeur
général portent une appréciation assez positive sur
l'ensemble des conditions de sécurité concernant le
médicament en France et M. Lemoine a évoqué dans son
propos l'apparition de conflits en termes de pharmacovigilance beaucoup plus
qu'en matière de sécurité et de procédure d'amont,
conflits avec une dimension européenne et beaucoup plus juridiques
qu'organisationnelles.
Il faudra que vous développiez l'aspect juridique car au fond, cela peut
nous concerner, soit au niveau de la législation nationale, soit au
niveau européen.
M. Bernard LEMOINE - Ces dernières années, on a observé
dans la construction du droit communautaire du médicament un certain
nombre d'ambitions contraires.
On constate, au fur à mesure de la construction du droit communautaire,
des appréciations différentes d'un pays à un autre sur les
décisions à prendre à partir d'une même
appréciation scientifique des cas relevés. En aval de
l'autorisation de mise sur le marché, il y a des décisions qui
sont prises de façons différentes et pas toujours de façon
coordonnée, d'une part entre les différents pays de la CEE et
d'autre part entre tel et tel pays de la CEE et les structures communautaires
de l'Agence européenne de Londres.
Pour revenir à la pharmacovigilance, il existe différentes
appréciations entre le Comité pharmaceutique à Londres,
qui dépend de l'Agence Européenne, et telle ou telle agence
nationale ou administration nationale d'un pays statuant sur le
médicament.
M. Claude HURIET, rapporteur - Quand on a eu les cas de Creutzfeld-Jakob,
l'hormone de croissance était-elle un médicament ou
c'était expérimental ?
M. Bernard LEMOINE - A l'époque ce n'était pas un
médicament !
M. Claude HURIET, rapporteur - Vous pensez que quand un produit a un label
" médicament ", on est à l'abri de ce genre de
chose ?
M. Bernard LEMOINE - La question était de savoir si, en France, il y
avait dans le domaine du médicament des procédures et une
organisation suffisamment performantes pour prévenir des accidents. La
réponse est oui, les procédures et l'organisation à
travers l'Agence du médicament sont aujourd'hui en place. Même
s'il y a sans doute une marge d'extension et d'amélioration possible, il
est clair que les procédures sont en place.
Nous en sommes arrivés à parler des relations entre l'Agence
française et les institutions communautaires et du contexte de la
sécurité thérapeutique médicamenteuse en France
dans le cadre communautaire. C'est là que j'ai dit qu'il existait
quelques conflits d'appréciation, notamment sur les décisions
à prendre.
Je voudrais revenir sur la pharmacovigilance. Une décision de l'Agence
européenne concernant les anorexigènes a été prise.
Elle était relativement flexible et pas très rigide, pas
très contraignante. Elle demandait aux Etats membres de prendre des
dispositions en termes de pharmacovigilance, mais la recommandation du
Comité des spécialités pharmaceutiques a été
d'indiquer aux Etats membres : "Surveillez la prescription et les
conditions de
délivrance de ces produits, mais vous pouvez les laisser en
médecine ambulatoire".
Or, la France a pris une mesure d'interdiction de ces produits en
médecine ambulatoire. Ce n'est pas une mauvaise décision, mais
cela montre les différences d'appréciation d'un Etat à un
autre. On fait la même appréciation scientifique, les experts
français ont relevé également des cas d'hypertension, mais
on ne prend pas le même type de décision.
M. Claude HURIET, rapporteur - Vous avez évoqué aussi les
réserves que vous seriez amené à faire en matière
d'organisation plus globale : c'est un des points importants du rapport sur
lequel travaille la mission.
M. Bernard MESURE - Nous pensons très clairement que, pour l'instant,
l'Agence du médicament -dont on a dit tout à l'heure qu'elle
avait encore pas mal de progrès à faire dans pas mal de
domaines-, n'a pas encore atteint sa vitesse de croisière. Il y a
notamment énormément de progrès à faire, au niveau
des délais pour lesquels nous sommes très loin de ceux
imposés par la Communauté européenne.
Actuellement, le délai de délivrance d'une autorisation de mise
sur le marché qui doit être de 180 jours selon les règles
européennes est de 240 jours en France. Dans bien des domaines, on est
encore en phase de montée en puissance de l'Agence. Je crois qu'avant
d'élargir éventuellement les missions de l'Agence, il faudrait
d'abord qu'elle commence par être performante dans ses missions
initiales. Or, elle ne l'est pas.
Par ailleurs, pour quelqu'un comme moi qui a fait une partie importante de sa
carrière dans les rapports avec les Etats-Unis en contact avec à
la fois le monde politique américain et la FDA, il n'est pas sûr
que l'on puisse transposer, des Etats-Unis à la France, le
système américain et que l'on aurait intérêt
à avoir une espèce d'énorme chose car avec notre
tempérament procédurier, nos lenteurs, etc., on va paralyser le
système.
M. Claude HURIET, rapporteur - Les parlementaires américains se
plaignent de la lenteur de la FDA.
M. Bernard MESURÉ - Le décalage entre les Etats-Unis et la France
provient du fait que l'on copie trop souvent des procédures ou des
institutions qui n'existent plus dans le pays que l'on veut copier. On revit
cela régulièrement sur tous nos dossiers. Je crois qu'une
espèce d'énorme organisme englobant trop d'activités n'est
pas souhaitable.
Concernant l'Agence, il y a aussi l'important problème de la remise
à plat complète du financement d'une agence qui verrait ses
missions élargies. Les ordonnances ont déjà
considérablement élargi sa mission. Elle a en effet
désormais la charge de mettre en place des références
médicales opposables. Au total, il n'y a pas eu une seule
référence médicale opposable nouvelle cette année.
M. Claude HURIET, rapporteur - Je ne sais pas si c'est la raison...
M. Bernard MESURÉ - ...peut-être ne sont-ils pas organisés
pour le faire, mais la structure n'est pas en place. L'Agence du
médicament n'a strictement rien fait, même pas installé une
structure pour accomplir cette mission.
M. Claude HURIET, rapporteur - C'est très important.
M. Bernard MESURÉ - En tant qu'administrateur de l'Agence, je suis la
mise en place de cette Agence ; il y a des choses qui se sont faites vite et
bien, mais on peut reconnaître, et le directeur général le
reconnaît avec moi qu'en 1997, on va à peine démarrer
l'activité correspondant aux missions nouvelles.
Par ailleurs, il y a le financement de l'Agence. On y ajoute des missions, donc
des dépenses...
M. Claude HURIET, rapporteur - ...et vous ne voulez pas financer.
M. Bernard MESURÉ - Ce n'est pas que les industriels ne veulent pas,
mais est-il normal qu'une Agence qui est une institution parapublique soit
totalement financée et placée sous le contrôle de
sociétés privées ? On peut se poser la question. Au
moment de la mise en place de l'Agence, le financement devait être de
50/50 quand l'Agence atteindrait sa vitesse de croisière : aujourd'hui
on n'est pas loin de 20/80. Ce sont les laboratoires qui payent quasiment le
fonctionnement de l'Agence ; il y a quelques temps encore, toujours avec
l'argent des firmes, on achetait de l'immobilier 60 % plus cher que
ce qu'il ne vaut !
On a arrêté ce processus mais il faut d'abord que cette Agence
atteigne son rythme de croisière sur les missions initiales pour
laquelle elle a été créée, avant de lui ajouter
sans arrêt un plan de charge supplémentaire. A chaque Conseil, on
est obligé de prévoir des budgets modificatifs compte tenu de
plans de charge non prévus à l'origine et qui s'accumulent.
M. Claude HURIET, rapporteur - Ce que vous dites est très
important ; on a déploré hier encore en Commission mixte
paritaire sur la loi de financement de sécurité sociale qu'il n'y
ait pas eu de RMO. Vous dites qu'il n'y en a pas en 1996 car l'Agence n'a pas
les moyens...
M. Bernard MESURÉ - ...elle n'avait pas mis en place de structure
adéquate.
M. Bernard LEMOINE. - Il est vrai qu'il y a eu, au moment des ordonnances, un
atermoiement politique qui a joué aussi.
Déterminer de nouvelles RMO est complexe, mais ce que les syndicats
médicaux ne contestaient pas et ce que l 'on demandait, c'était
un meilleur ciblage des RMO déjà sorties en 1994 et 1995, en les
retoilettant pour une plus grande efficacité économique, avant de
se pencher sur l'élaboration de nouvelles. Même cela n'a pas
été fait.
M. Claude HURIET, rapporteur - Votre position ne me surprend pas concernant la
sécurité sanitaire des produits thérapeutiques, mais
concernant la démarche veille sanitaire, adhérez-vous à
mon point de vue, qui est de dire qu'autant on peut verticaliser tout ce qui
concerne la sécurité sanitaire du produit thérapeutique,
autant l'observation et la veille sanitaire ne peuvent pas se raccrocher
exclusivement à un système vertical. En effet, quand un incident
de santé survient, qu'il soit individuel ou collectif, on ne sait pas
s'il met en cause un produit thérapeutique ou tout autre chose.
Depuis que l'on a commencé les travaux de cette mission, très
rapidement, quels que soient nos interlocuteurs, on en arrive à
évoquer -eux ou nous- à titre d'exemple la vache folle ou
l'amiante. Or, dans une démarche verticale, je ne vois pas comment on
aurait pu répondre à ces deux situations.
C'est ce qui me met un peu mal à l'aise, car ce n'est pas seulement
l'actualité qui fait qu'en matière de sécurité
sanitaire, les deux exemples sont la vache folle et l'amiante. Si on est dans
un système que j'appelle vertical -en espérant me faire
comprendre- je ne suis pas certain que l'on puisse répondre rapidement
à tous les problèmes qui touchent à la
sécurité sanitaire. Lorsque des éléments
pathologiques nouveaux surviennent -le dernier cas dont on parle moins est la
maladie de Kawasaki- quand on voit apparaître une éruption
cutanée, sans parler de phénomène digestif ou autres, leur
origine peut être liée à des produits ou aux milieux. Si on
a un système de sécurité sanitaire qui concerne
l'alimentation, les produits thérapeutiques, les médicaments, les
radiations ionisantes...
M. Bernard MESURÉ - Les peintures, les plastiques, où
arrêtez-vous votre transversalité ? Vous parlez du
problème de l'amiante, il a été repéré
depuis un certain temps.
M. Claude HURIET, rapporteur - Justement, on a tous appris les cancers de
l'amiante il y a 30 ans, hélas !
M. Bernard MESURÉ - Avant d'envisager une sorte d'organisation
tentaculaire du type FDA, ne faut-il pas commencer par avoir des
stratégies de veille avec la mise en place, par domaine, d'un certain
nombre de procédures ? Car, à mon avis, il faut commencer
par les procédures. Si on est plus performant dans le domaine du
médicament c'est que, depuis plusieurs décennies, des
procédures sont en place. Dans les cas que vous citez, elles n'existent
pas ou pas assez.
Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - Peut-on en déduire que l'Agence du
médicament est déjà une trop grosse machine ?
M. Bernard MESURÉ - On n'en est pas très loin.
M. Bernard LEMOINE - En France, on a du mal à gérer les grands
ensembles, les grandes entreprises industrielles. Il est clair que l'Agence du
médicament française est loin d'avoir optimisé l'ensemble
de ses activités.
Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - Ces manques de performance affectent-ils la
sécurité du médicament ?
M. Bernard LEMOINE - Non, c'est plus en amont, les autorisations de mise sur le
marché, les délais, les confusions dans la gestion
administrative.
Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - C'est gênant, mais cela ne crée
pas de problèmes de sécurité.
M. Bernard LEMOINE - Tout à fait.
M. Claude HURIET, rapporteur - Je me dis : pourquoi pendant dix ans, alors
que nous mangeons du boeuf tous les jours, et que l'on savait qu'il
était atteint d'une épidémie inquiétante, les
pouvoirs publics n'ont-ils pas dégagé de l'argent pour voir si la
maladie était transmissible ? C'est effrayant !
M. Bernard MESURÉ - N'est-ce pas une absence de politique ?
M. Bernard LEMOINE - On a continué à donner de l'alimentation au
bétail dont on savait qu'elle contenait les farines animales.
M. Claude HURIET, rapporteur - Pourquoi ? A part M. Dormont et un
autre médecin généraliste qui ont travaillé chacun
dans leur coin, ils n'ont eu le soutien de personne. Pourquoi n'y a-t-il pas eu
d'étincelle, alors qu'il nous semble que les structures existent ?
M. Bernard MESURÉ - Les procédures ne sont peut-être pas
non plus très claires. On n'a pas été plus mauvais que les
autres.
B. AUDITION DE M. JEAN PARROT, PRÉSIDENT DU CONSEIL DE L'ORDRE DES PHARMACIENS
M. Claude HURIET, rapporteur - La mission qui a
souhaité vous auditionner procède du constat fait lors des
travaux parlementaires sur la thérapie génique et cellulaire. Ils
avaient fait apparaître que des questions méritaient d'être
posées quant à l'organisation actuelle de la
sécurité sanitaire des produits.
Cela nous intéresse beaucoup de savoir quelle est la perception du
Conseil de l'ordre des pharmaciens que vous présidez.
M. Jean PARROT - Je vous remercie. Je vais m'efforcer de vous donner le point
de vue des pharmaciens.
La première chose à laquelle nous sommes attachés, c'est
bien entendu la chaîne de la sécurité du médicament.
Vous savez que le pharmacien intervient à tous les stades de cette
chaîne pharmaceutique, de la recherche à la conception du
médicament, ensuite lors de son acheminement vers les officines, enfin
à la commercialisation.
Le rôle du pharmacien est un élément essentiel de cette
sécurité sanitaire et, en France, on a fait porter une grande
responsabilité au pharmacien responsable, d'abord dans l'industrie
pharmaceutique, et ensuite dans la chaîne pharmaceutique. Cela a
été renforcé récemment au niveau de la
pharmacovigilance et de l'extension de la responsabilité du pharmacien
qui est obligé, maintenant, de communiquer lorsqu'il relève un
incident, même au stade de l'officine.
Pour revenir à l'industrie qui est le premier volet, il y a une
spécificité française qu concourt efficacement à la
sécurité sanitaire, et le pharmacien est la personne responsable
à la fois des BPF et surtout de tout le montage des dossiers, aussi bien
au niveau des essais thérapeutiques qu'au niveau des bonnes conditions
de mise sur le marché de libération des lots.
Ce pharmacien responsable est une spécialité un peu
française, et nous nous sommes livrés récemment à
une enquête sur la qualification du pharmacien responsable par rapport
à celle de ses homologues européens. L'enquête que je vous
donne vous montrera selon les pays, la qualification, le niveau des
responsabilités, et le contrat avec les autorités de tutelle par
à rapport à cette personne responsable dans les différents
pays de l'Europe, tout cela étant une transcription plus ou moins
conforme de la norme issue de la directive n° 75-319.
Une petite remarque à ce propos : en Europe, on voit souvent
à la place du pharmacien ce que l'on appelle la " personne
qualifiée ". Quand on fait une analyse plus fine de la formation
nécessaire à cette personne dite qualifiée (dans la
plupart des pays européens qui ne reconnaissent pas ipso facto
comme personne qualifiée le pharmacien responsable), on
s'aperçoit que, pour que cette personne qualifiée ait cette
qualification, il faut qu'elle ait des notions étendues de chimie, de
biologie, en pharmaco-dynamique, en pharmacocinétique, en
galénique. Bref, quand on fait l'inventaire des compétences
nécessaires pour acquérir cette fonction, on s'aperçoit
que la seule réponse qu'il convient de donner -et pourtant les pays
européens ne la disent pas tous- c'est que cela suppose la formation
d'un pharmacien.
Heureusement, nous ne sommes pas les seuls à avoir le pharmacien comme
personne qualifiée, la plupart des pays de l'Europe l'ont
déjà.
Pour compléter mon propos, nous nous sommes aperçus
récemment qu'il était nécessaire de renforcer encore plus
cette formation du pharmacien responsable et nous avons été
amenés, au niveau de la section B de l'Ordre, qui regroupe les
pharmaciens responsables, à mettre en place des tuteurs. Maintenant,
lorsqu'un pharmacien responsable qui s'est déjà formé dans
l'industrie pharmaceutique pendant 6 mois auprès d'un de ses pairs, dans
un secteur de contrôle qui lui a déjà permis d'approcher
toutes les responsabilités du pharmacien industriel en tant que
pharmacien responsable, prend la responsabilité d'un poste et qu'il
s'inscrit pour la première fois en section B, la section lui affecte
pendant un an -ce n'est pas quelque chose de codifié dans les textes-,
deux tuteurs auxquels il peut demander toute aide et assistance par rapport aux
difficultés particulières qu'il rencontrerait dans son entreprise
ou dans l'exercice de ses responsabilités.
Nous avons fait cela car nous avons eu à instruire disciplinairement
quelques affaires qui nous ont montré que de jeunes pharmaciens
responsables, qui n'avaient pas de statut dans l'entreprise dans laquelle ils
venaient de rentrer, ont parfois été obligés, soumis
à des pressions de la part des industriels commerçants, de
libérer des lots alors qu'ils n'auraient pas souhaité le faire.
Cela nous a conduit à monter cette aide particulière
destinée aux jeunes confrères afin de leur permettre de bien
résister aux pressions de leur hiérarchie d'entreprise. Nous
avons également à avancer avec cette dernière.
Concernant la traçabilité des lots, dès l'instant
où le produit sort de l'industrie pharmaceutique, il faut être
sûr de pouvoir assurer son devenir, et surtout savoir ce qui se passe
à tous les stades de la dispensation. Nous avons monté une
procédure avec les grossistes répartiteurs et surtout avec tous
les produits sensibles pour les suivre et maintenant, dans un certain nombre de
domaines, les produits dérivés du sang, par exemple, nous sommes
amenés, y compris au niveau des officines pour les quelques produits
stables dérivés du sang, à mettre en place un cahier
permettant à chaque pharmacien d'officine de garder la trace de la
personne à qui il a vendu à un moment donné un produit
dérivé du sang : ce cahier doit normalement être
conservé à l'officine pendant une durée légale de
40 ans.
Nous avons fait des notes écrites au niveau du Conseil de l'Ordre pour
alerter les pharmaciens sur cette nouvelle procédure. Pour le moment,
les textes officiels d'application ne sont pas parus, et nous savons que, si
nos recommandations ont été suivies par un certain nombre de
pharmaciens, elle ne l'ont peut-être pas été par tous.
Il y a une petite faille dans la vigilance au niveau des produits stables
dérivés du sang dispensés à l'officine. Par contre,
cette traçabilité est mieux faite au niveau des produits
dérivés du sang dans les hôpitaux, où nous avons mis
en place des procédures avec les pharmaciens hospitaliers.
Les traçabilités mises en place semblent donner satisfaction
même si, actuellement, leur codification a souvent été
prise en charge par les pharmaciens hospitaliers eux-mêmes.
Or, le passé nous a montré que, quand nous voulions remonter dans
les dossiers des patients pour retrouver ce qui s'était fait concernant
la consommation de sang, c'était quasiment impossible en milieu
hospitalier.
Pour en rester à l'hôpital, je dirai quelques mots de la
dispensation hospitalière des médicaments. Telle que
réalisée actuellement, elle est faite en utilisant la pharmacie
comme une espèce de plateau central qui amène la plupart du temps
tous les services à formuler leurs besoins sous forme de liste, et le
pharmacien hospitalier n'a pas le retour d'informations sur qui consomme quoi
par rapport à ce qu'il délivre. La loi a prévu que nous
passions d'une distribution de masse à une dispensation unitaire, avec
formulation d'ordonnances au niveau des services hospitaliers, le tout
descendant à la pharmacie centrale qui doit, ensuite, préparer
des plateaux adaptés à chaque malade avec les médicaments
à prendre et les heures de prise.
Cela génère des coûts de fonctionnement supérieurs
pour les pharmacies hospitalières. Cependant, cela conduit à de
grandes économies dans la consommation, cela empêche les
dépôts dans les services et cela évite également des
erreurs liées à la dispensation hospitalière telle que
formulée lorsqu'elle est uniquement faite dans les services par
l'intermédiaire d'une infirmière qui en est responsable, voire de
quelqu'un d'autre qui prend le relais.
Des expériences ont été faites, en particulier dans des
hôpitaux parisiens, de mise en place de cette dispensation individuelle.
Cela ne se fait pas forcément avec un grand surcoût et cela permet
de redéployer des personnels auparavant uniquement utilisés dans
les services afin qu'ils soient maintenant utilisés en partie par les
pharmacies hospitalières pour favoriser la mise en place de traitements
unitaires à l'hôpital.
Cela permet également une réduction de consommation des
médicaments, car comme il y a affectation dès la pharmacie des
médicaments pour un malade donné, il y a moins de dispersion de
produits dans les services. Et cela permet une bien meilleure observance des
traitements. Cela présente de grands avantages.
Il y a a un an, un rapport fait par la Direction Régionale des Affaires
Sanitaires et Sociales a très bien expliqué tout le gain que l'on
peut retirer de cette meilleure qualité d'exercice, et surtout les
économies qui en découlent. Cela nécessite des adaptations
particulières. Certains services de l'Assistance publique ont
déjà franchi le pas, l'hôpital Rothschild l'a fait, la
pharmacie hospitalière de Lariboisière, l'hôpital Cochin
également. J'espère que, dans le cadre de l'hôpital
Pompidou, on arrivera à le faire, c'est un " plus " et une
sécurité supplémentaire offerte au malade.
Une enquête réalisée à l'Assistance publique
montrait que, si les chiffres de cette enquête sont valides -car c'est
une enquête faite dans un seul hôpital, il est donc difficile de la
transposer à d'autres- qu'il y avait environ 30 % d'erreurs
diverses commises dans la consommation des médicaments à
l'hôpital pendant l'hospitalisation d'un malade donné. C'est
considérable.
Cela ne veut pas dire que 30 % des médicaments consommés
dans l'hôpital le sont mal. Cela veut dire que, pour un malade
donné, au cours de son séjour hospitalier, il y a un risque de
30 % d'erreurs pour qu'à un moment donné son
médicament ne lui soit pas donné correctement par rapport au
traitement prévu. Il faut bien faire attention à la façon
d'analyser, mais cela prouve que le risque est fort.
Une expérience tout à fait personnelle liée à
l'hospitalisation de mon père, pharmacien qui est très
attaché à consommer le moins possible de
médicaments : au cours d'un séjour à la
Salpétrière, en 15 jours, il a relevé 7 erreurs de
dispensation par rapport à ce qui lui était prescrit. Il a
dû intervenir pour qu'on corrige ces erreurs.
Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - Vous pensez que c'est lié à
l'organisation de la dispensation ?
M. Jean PARROT - Oui, car elle n'est pas réalisée à
l'hôpital par des personnes formées pour manipuler le
médicament. A l'hôpital, il est logique que le médecin
prescrive, mais il ne va pas s'attacher particulièrement à la
dispensation du médicament ; il le délègue à
une infirmière. Or, dans la chaîne de soins pour assurer la
plénitude horaire des 24 heures de présence à
l'hôpital et des horaires de prise, vous avez automatiquement des
transmissions de données qui se font au cours de la journée entre
les infirmières. Et entre l'infirmière responsable du
médicament dans le service et les autres qui, sous sa
responsabilité, à des horaires précis, sont amenés
à prendre la suite de la chaîne, on sait qu'il y a des failles.
Un moyen qui améliorerait considérablement les choses, serait de
réaliser cette fameuse dispensation journalière pour chaque
malade avec la préparation à la pharmacie hospitalière de
la dose journalière pour le malade en mettant "chambres numéro
tant, malade numéro tant" et en indiquant les heures de prise, auquel
cas chacun sait ce qu'il doit faire.
Je voudrais parler également du décret pharmacovigilance. On a
étendu au pharmacien d'officine la responsabilité
déclarative de tout incident dont il aurait connaissance. Pour le
moment, cela n'a pas encore pris son plein effet mais déjà, les
remontées de communication au niveau de l'Agence du médicament
sont très encourageantes, même si le malade ne dit pas tout
à son pharmacien.
Maintenant, parce qu'il est demandé au pharmacien de faire
lui-même les pré-déclarations, même
incomplètes, et de les renvoyer à la connaissance de l'Agence, il
peut y avoir ensuite, au niveau régional, interrogatoire du
médecin même si lui-même n'a pas fait de déclaration.
On a ainsi considérablement renforcé le maillage.
Autre élément sur lequel nous essayons d'intervenir au niveau de
l'Ordre, nous pensons que la chaîne pharmaceutique est relativement mal
utilisée par le système de sécurité sanitaire alors
qu'elle pourrait être un vecteur essentiel de transmission. Je pense par
exemple au nouveau calendrier vaccinal : on vient d'en changer et on n'a pas
utilisé le pharmacien pour vendre ce changement de calendrier vaccinal.
Or, on devrait le faire, car le pharmacien est totalement intégré
à la population et il pourrait avoir un rôle très actif.
Avec les pouvoirs publics, nous sommes en train de renforcer le rôle du
pharmacien qui va, dans les officines, dans les semaines qui viennent, avoir un
présentoir pour la présentation du carnet de santé. Il y
aura 15 millions de brochures distribuées par les officines.
Quelques mots sur le dossier de l'oxygène : le législateur
s'était attaché à essayer d'avoir un chaînage clair
de l'oxygène-médicament, pour assurer une sécurité
jusqu'au lit du malade de la dispensation de ce gaz. Or, des pressions diverses
des sociétés qui actuellement dispensent le gaz au domicile du
malade visent à faire en sorte que le décret à venir soit
rédigé de telle sorte qu'il y ait une présence
pharmaceutique pour à peu près 40 employés dans ces
sociétés.
La présence effective du pharmacien au lit du malade sera totalement
détournée si ce texte voit le jour de cette façon. Le
pharmacien ne sera qu'un porte-tampon dans un bureau ; il ne fera qu'une
validation des dossiers et n'aura aucun rôle au lit du malade. Notre
souci est de revenir à l'esprit du texte en disant que ce soit un
pharmacien de proximité inscrit à l'Ordre qui, effectivement,
joue un rôle en matière de dispensation de l'oxygène au lit
du malade.
Concernant la thérapie génique, nous sommes aussi très
inquiets de possibles dérives pour des pratiques nouvelles que l'on peut
difficilement encadrer aujourd'hui de façon parfaite, car on ne les
connaît pas toutes. Il n'empêche que, sous couvert de quelques
modernités ou innovations, il ne faudrait pas appauvrir la
sécurité que l'on peut offrir dans une chaîne
contrôlée par l'Agence.
Je pense qu'il n'est pas question pour le pharmacien de revendiquer un
monopole, mais qu'il faut simplement utiliser le pharmacien par rapport
à cette nouvelle thérapie pour lui confier des
responsabilités, même si nous savons que c'est un domaine
partagé.
Deux mots sur les pseudo-spécialités pharmaceutiques : à
l'autre bout de la génétique, on a des médicaments qui
sont présentés comme tels mais qui n'en ont pas forcément
la qualité et qui envahissent la chaîne pharmaceutique ; ils
représentent une véritable pollution. Parfois, ils
détournent les malades de consommations utiles pour des pathologies
lourdes. C'est une préoccupation que nous avons au niveau du Conseil
national de l'Ordre ; un arrêt très récent obtenu à
la Cour des droits de l'homme -l'arrêt Cantoni, qui date de vendredi
dernier-, remet les choses clairement au point en précisant qu'il ne
peut pas y avoir de frontière floue au niveau du médicament, cela
doit être des frontières parfaitement précises. Ceux qui
prétendent que le flou existe ont été purement et
simplement déboutés, puisque l'Etat français a vu toutes
les prérogatives qu'il avait mises en place et surtout les procès
intentés et les décisions de justice prises par la Cour de
cassation parfaitement confirmés par la Cour des droits de l'homme.
J'en viens au système d'alerte. C'est une procédure qui
était déclenchée par l'intermédiaire d'un
système mis en place avec, autrefois, la DPHM, le Conseil de l'Ordre et
les laboratoires pharmaceutique, quand il y avait un incident sur un
médicament, pour en assurer le retrait dans les 24 heures.
Nous avons progressé et établi un projet de convention entre
l'Agence du médicament et le Conseil national de l'Ordre. Le Conseil de
l'Ordre s'engage à fournir un fichier clair et à jour de tous les
pharmaciens, pour que l'on puisse les joindre, soit par fax, soit directement
par les grossistes répartiteurs qui livrent les officines plusieurs fois
par jour lorsqu'une décision de retrait intervient.
Dans ce projet de convention que nous sommes sur le point de signer,
grâce, soit au fax avec un contrat que nous allons réaliser avec
France Télécom, soit avec les grossistes répartiteurs, la
totalité des médicaments d'un lot donné, en cas de
responsabilité particulière d'un lot -ou si c'est plus large tous
les lots- pourront faire l'objet d'un retrait automatique en quelques heures.
Au lieu d'être soumis aux délais postaux, il faudra seulement
attendre 2 ou 3 heures après l'envoi du fax.
Cela a un coût, qui sera assumé par les industriels, mais je crois
que l'on ne peut plus tolérer de vivre des retraits comme celui que l'on
a vécu avec l'affaire de la Josacine, médicament pris en otage
puisqu'il n'était en réalité pas à l'origine d'un
drame quelconque, tout en étant lié indirectement à
l'intoxication d'un enfant. C'est le journal de 20 heures qui a
déclenché une panique monstre. Si on fait l'analyse de ce qui
s'est passé ce jour là, nous sommes quasi certains que les
conditions du retrait ont entraîné la paralysie d'un certain
nombre de services d'urgence essentiels en France, et le décès de
malades qui n'ont pas pu être traités à ce
moment-là, car tous les services étaient
" embolisés " par l'information qui venait d'être
donnée sur la Josacine. En particulier les urgences cardiaques n'ont pas
pu fonctionner, car pendant deux heures, tous les services étaient
débordés par les parents qui amenaient des enfants dans les
services hospitaliers en disant : "Il a pris de la Josacine, c'est le sirop
toxique, faites quelque chose".
On ne peut pas essayer d'expliquer et de gérer cela publiquement, car ce
ne serait pas gérable, mais il nous appartient de mettre en place des
outils afin d'éviter des débordements de cette nature qui ont des
effets pervers au niveau de la sécurité sanitaire, et de
permettre de gérer les incidents autrement.
Enfin, nous sommes quelque part orphelins d'une administration de tutelle. Nous
avions autrefois la Direction de la pharmacie et du médicament. Elle
présentait beaucoup de défauts, car elle n'avait pas suffisamment
de moyens, mais elle constituait une sécurité, car il y avait une
continuité dans la chaîne du médicament.
Quel que soit le stade que je vous décrivais tout à l'heure, il y
avait toujours un pharmacien. Or maintenant, avec la création de
l'Agence du médicament qui est une excellente chose, et qui constitue
certainement un outil de qualité, on opère une coupure entre
production et dispensation.
Au sein de la Direction Générale de la Santé, vous n'avez
pas un pharmacien responsable ou un inspecteur qui ait rang quelconque -comme
cela existait autrefois- et qui puisse agir sur la hiérarchie
pharmaceutique. Nous pensons que nous courons de véritables risques, car
ces gens n'ont pas aujourd'hui de rôle utile stratégiquement. Ils
font tous leur " petit boulot " dans leur " petite
région ", avec leur DRASS, ils gèrent avec leur
préfet le " petit travail " administratif qu'on leur demande
au quotidien, mais il n'y a plus de stratégie de santé publique
concernant le médicament à la DGS.
C'est une véritable faille, je l'ai dit à M. Gaymard,
à M. Barrot, ils m'ont promis d'y remédier en temps utiles.
Il est de mon devoir de vous le dire aussi.
Le seul élément que je souhaiterais ajouter est que je pense
qu'il sera nécessaire de réfléchir à la veille
sanitaire, surtout en ce qui concerne l'alimentaire et l'environnement. Or, je
pense que l'on ne fera pas l'économie de regrouper sous un seul
ministère tout ce qui concerne la veille sanitaire alimentaire, car nous
aurons d'autres crises que la BSE ; il y a eu l'environnement avec le
problème de l'amiante et la DGS n'a pas été très
heureuse dans ses premières communications sur ce sujet, pas plus que
l'Académie de médecine et je le regrette beaucoup. Je pense que
l'on a un véritable facteur de risques, il faudrait que ce pays
considère qu'il a une réelle responsabilité de
santé publique pour tout ce que les gens consomment.
On a un problème qui va survenir, celui des poissons ou des
métaux lourds. Qui travaille sur les problèmes des
huîtres ? Tant qu'on laissera une partie de la veille sanitaire
à un Ministère de l'agriculture qui a une vision
économique des choses, que l'on laissera des importations ou des
fabrications extérieures entrer sur le marché sans aucune
transparence, on prendra de vrais risques.
C. AUDITION DE M. CHARLES PERINETTI, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL ET DE MME DANIÈLE HANNAIRE, RESPONSABLE DES AFFAIRES TECHNIQUES DU SYNDICAT NATIONAL DE L'INDUSTRIE DES TECHNOLOGIES MÉDICALES (SNITEM)
M. Charles PERINETTI - Je suis le délégué
général du SNITEM et Danièle Hannaire est la responsable
des affaires techniques et est membre de la Commission de
matério-vigilance.
Le SNITEM a été créé le 1er janvier 1987, il est
relativement neuf pour identifier, ce que l'on appelle à travers les
directives européennes, les dispositifs médicaux. C'était
un monde non identifié jusqu'alors, une foule de segments
d'activités diverses allant des matériels consommables -sutures,
sondes, seringues etc.- jusqu'aux scanners et équipements lourds.
C'est tout cet ensemble de produits et matériels qui ne sont pas des
produits pharmaceutiques, même s'il peut y avoir au niveau des seringues
préremplies des zones d'interface, c'est tout ce matériel qui
n'était pas identifié que nous avons isolé pour lui donner
une unité qui s'ordonne autour du système hospitalier public et
privé. Il est régi de plus en plus par une série de
données financières, budgétaires, administratives et
autres qui en font un secteur d'activités bien à part.
Il est clair que ce monde était relativement peu connu. Un moment
important, pour ce secteur d'activité, a été celui de la
publication des directives européennes. Pourquoi était-ce
important ? Car elles ont posé le principe de l'identification des
dispositifs médicaux.
Cependant, lorsque l'on parle des dispositifs médicaux, il faut savoir
qu'ils englobent, de par les directives européennes, un monde
très complexe que l'on ne peut pas unifier du seul regard et sur lequel
on ne peut pas projeter les mêmes types de préoccupations.
C'est pourquoi il y a plusieurs classes dans ces directives. Les deux
directives qui nous concernent au premier chef offrent ceci de particulier,
qu'elles introduisent des principes, d'une part de mise sur le marché,
d'autre part de sécurité, qui n'existaient pas il y a quelques
années.
Il faut songer que de 1985 à 1988, on pouvait mettre des
prothèses de hanches sur le marché sans homologation et sans
autre garantie que la bonne volonté des expérimentateurs de
mettre des matériels de qualité sur le marché. Or, depuis
nous avons largement participé à un processus d'homologation de
ces produits de prothèse de hanches.
Nous sommes entrés dans des phases qui n'existaient pas. La directive
européenne oblige ainsi les entreprises à effectuer des essais
cliniques.
Un élément tout à fait important qu'il faut retenir de ce
secteur d'activité, c'est qu'il est composé dans certains de ses
pôles de très grandes sociétés multinationales.
C'est vrai pour les produits consommables. C'est vrai également dans le
domaine de l'imagerie des équipements lourds. Mais, à
côté, une foule de très petites sociétés qui
emploient existe souvent entre 50 et 150 personnes. Elles n'ont, ni les
séries, ni les volumes de la pharmacie. Il ne faut jamais oublier cela
quand on fait des comparaisons dans ces segments d'activité : on ne
travaille pas du tout à la même échelle. Appliquer et
décalquer purement et simplement les méthodes de la pharmacie
à des segments d'activité du médical, c'est prendre un
marteau-pilon pour tuer une toute petite noisette.
Le SNITEM regroupe 180 sociétés, 25 milliards de chiffre
d'affaires en France, dont 20 à 25 % à l'exportation,
moyenne qui ne veut strictement rien dire car vous avez deux ou
trois catégories de sociétés : celles qui exportent
50 % de leur activité, certaines qui n'exportent rien et certaines
petites sociétés locales qui ont un taux d'exportation
très limité. Donc le chiffre de 20 à 25 % est purement
indicatif.
Caractéristique de ce secteur : c'est vrai que les capitaux
étrangers en France se sont largement implantés,
développés. Pour la France qui représente 4,5 à 5 %
du marché mondial dans ce segment d'activité, cette importance
des capitaux étrangers tient au délai de mise sur le
marché. Pour une société
" franco-française " qui développe des produits sur son
marché de référence, ce délai est beaucoup trop
long, et même devient réellement illisible car il existe toute une
série de procédures qui sont très mal coordonnées.
Le gros problème pour les sociétés aujourd'hui est de
connaître le temps du développement, le temps de la mise sur le
marché. Lorsque l'on est une PME ou PMI, on ne peut pas ne pas savoir si
on en a pour 2, 3 ou 4 ans. Alors que si on est un gros groupe multinational,
on répartit le risque à travers les marchés mondiaux de la
compagnie.
Ce gros problème explique le fait qu'il est difficile de partir du sol
français pour développer de nouveaux segments d'activité,
sauf à repenser la manière dont on coordonne l'ensemble des
données du problème, car il y a des données tarifaires.
M. Claude HURIET, rapporteur - Concernant la sécurité, c'est vous
madame qui allez en parler. Sur le point que vous évoquez, en
conclusion, cela n'entre pas dans le champ de notre réflexion du jour
mais personnellement, je suis sûr que d'autres membres de la Commission
des affaires sociales et son président seraient d'accord pour que l'on
se voie pour parler du devenir de nos entreprises. Pour nous, cet
élément n'est pas mineur.
M. Charles PERINETTI - Nous vous en remercions et nous reprendrons rapidement
contact avec vous.
Mme Danièle HANNAIRE - Comme l'a dit M. Perinetti, la grande
nouveauté du marquage CE est qu'il couvre l'ensemble du dispositif.
C'est une priorité sécuritaire qui s'applique à la
fonction : on veut être sûr que le matériel mis sur le
marché n'induit pas d'effets indirects inacceptables face au
bénéfice que le patient va en attendre et en même temps,
que le produit offre toutes les garanties pour répondre à sa
fonction attendue.
Ce marquage CE est basé sur des études techniques puisqu'un des
avantages de ce type de produit, c'est que l'on peut simuler en laboratoire un
certain nombre de comportements en termes dynamiques, mécaniques, de
matériaux. On va pouvoir, pour tout ce qui est implantable, regarder
l'aspect toxicologique et la biocompatibilité, soit dans des
laboratoires, soit avec des essais sur animaux. Dans certains cas, on
vérifiera sur l'homme, en particulier pour les matériaux
innovants auquel cas le patient sera protégé puisque ces
investigations seront faites dans le cadre de la loi qui porte votre nom,
Monsieur le sénateur. C'est une garantie pour le patient.
Sur l'ensemble du matériel il faut regarder deux aspects, l'aspect
équipement et l'aspect implant. L'aspect équipement sera
examiné à travers le comportement technique. L'aspect implant,
outre le comportement technique, nécessitera des investigations
cliniques et des études plus poussées. C'est peut-être
là qu'il y aura quelques progrès à faire ou qu'il faudra
engager une réflexion.
M. Claude HURIET, rapporteur - Pourriez-vous définir ce qu'est le
marquage CE.
Mme Danièle HANNAIRE - Le marquage CE est basé, comme toutes les
directives " nouvelle approche ", sur les exigences
essentielles. Un
industriel qui met un produit sur le marché doit prouver que celui-ci
répond aux exigences essentielles de la directive qui sont des exigences
de sécurité et de fonctionnalité.
Ce marquage est basé sur des essais techniques, ou un dossier technique,
des essais cliniques, ou un dossier clinique, obligatoire pour tout ce qui est
implantable et tout ce qui appartient à une classe à hauts
risques, tout ce qui comporte un médicament ou qui est en contact avec
le système nerveux central, ou le système cardio-vasculaire, car
ce sont des points vitaux. La procédure est complétée par
l'organisation d'un système d'assurance qualité de l'entreprise :
elle doit faire la preuve qu'elle est organisée de telle manière
qu'elle peut fabriquer toujours conformément aux données de base
qu'elle s'est données, avec une traçabilité des produits
qui va jusque chez le client, en l'occurrence l'hôpital.
La limite du système est qu'une fois que le produit arrive à
l'hôpital, l'industriel est incapable d'avoir une
traçabilité pour retrouver le patient dans le cadre de l'implant.
Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - La biocompatibilité, ce n'est pas vous
qui pouvez la vérifier.
Mme Danièle HANNAIRE - L'industriel va faire des essais en laboratoire
sur tout ce qui et toxico, biocompatibilité, il y aura ensuite une
vérification in vivo d'abord chez l'animal pour l'implant et
ensuite, dans un cadre très particulier, sur certains patients, dans le
cadre d'expérimentations cliniques très organisées.
Mme Annick BOCANDE - Qui vous finance ?
Mme Danièle HANNAIRE - C'est l'industriel qui fait la démarche et
c'est financé par les frais de développement d'une entreprise.
Mme Annick BOCANDE - Faut-il comprendre qu'effectivement, tout produit mis sur
le marché dans la gamme très large que vous avez
évoquée, doit avoir ce marquage CE ? C'est contradictoire
avec ce que l'on a entendu lors d'une précédente audition
où nous avions d'ailleurs entendu des informations qui nous avaient
effrayés. Ce que l'on entend aujourd'hui est plutôt rassurant.
M. Charles PERINETTI - Tous les dispositifs médicaux doivent, pour
être mis sur le marché, avoir le marquage CE. Il y a trois classes
: une classe dans laquelle les gens doivent se contenter de faire de l'auto
certification pour des matériels qui ne sont pas trop dangereux pour le
corps humain ; puis vous avez la classe 2 et la classe 3.
Mme Danièle HANNAIRE - La classe 2 A est un peu plus
sévère, c'est l'imagerie ; en 2 B les dispositifs comportent un
risque plus important, je pense aux implants. Et la classe 3, sont
rassemblés les produits qui présentent le plus de risques, ceux
dont un dysfonctionnement ou un mauvais fonctionnement ou un
inconvénient agit directement sur les fonctions vitales du corps humain,
c'est tout ce qui est en contact avec le système nerveux central, le
système cardio-vasculaire autour du coeur et tout ce qui comporte un
médicament.
Dans les classes 2 B et 3 il y a une investigation clinique. Dans tous les cas
de figure, l'industriel, dans son dossier de conception, doit inclure une
analyse des risques. Il doit regarder tous les dysfonctionnements ou les
inconvénients de son produit qui peuvent arriver avec l'utilisation de
son produit, et regarder quel est le bénéfice du patient. A
chaque étape, il vérifie si le risque est acceptable ou non au
regard du bénéfice, si oui il passe à l'étape
supérieure, sinon il prend des directives.
M. Charles PERINETTI - J'ajoute que des matériels qui, hier, en France,
échappaient totalement à l'homologation, sont couverts
aujourd'hui par le champ de la directive.
Mme Danièle HANNAIRE - Mais ce marquage CE ne sera obligatoire qu'au 14
juin 1998.
M. Charles PERINETTI - Nous sommes dans une période transitoire, mais,
pour plusieurs raisons -y compris des problèmes tarifaires- les gens
sont pratiquement obligés de passer au marquage CE et d'anticiper.
M. LE RAPPORTEUR - Quel est votre interlocuteur pour le contrôle,
l'inspection et quelle autorité vous accorde l'homologation ?
Mme Danièle HANNAIRE - L'homologation française est
accordée par le Ministre de la santé à travers la division
technologie médicale de la direction des hôpitaux. La
décision est prise sur avis favorable à la Commission nationale
d'homologation. Mais ce n'est valable qu'en France et pour à peu
près 80 matériels, c'est donc un panel très limité.
En France, l'autorité habilitée à accorder le marquage CE
est aussi le GMED qui est l'organisme notifié par le ministère de
la santé.
M. Charles PERINETTI - Le GMED est un GIE à quatre têtes
composé notamment du Ministère de la santé et du
Ministère de l'industrie.
Cela pose des problèmes car les PME qui doivent obtenir le marquage CE
peuvent le faire partout en Europe où il existe des organismes
notifiés par le gouvernement ; en France, un seul organisme a
été notifié, le GMED. D'autres pays en ont
désigné plusieurs.
Mme Annick BOCANDE - Et au niveau des normes d'un pays à l'autre ?
M. Charles PERINETTI - Les directives CEE sont communes à tout le monde.
C'est stabilisé, c'est traduit en droit national et le guide
général du marquage CE a été approuvé par
tous les Etats.
La question qui peut poser problème aux uns et aux autres est de savoir
si les pratiques des différents organismes notifiés seront
exactement les mêmes. Il peut y avoir des distorsions, car ils sont issus
de traditions différentes. C'est pourquoi est organisée au niveau
de la Commission une réunion des différents organismes
notifiés pour essayer de voir s'il n'y a pas des comportements
divergents.
M. Claude HURIET, rapporteur - Je connais les grandes lignes de cette
procédure administrative, mais concernant les missions de contrôle
et d'inspection, j'ai le sentiment que la direction des hôpitaux n'avait
pas vocation à les prendre en charge et qu'elle n'a pas les moyens
nécessaires. Le GMED est une réponse mais, quand on voit la
nécessité d'avoir une inspection et un contrôle d'un bout
à l'autre de la chaîne de fabrication pour les dispositifs qui
sont dans vos attributions, comment cela se passe-t-il ? Est-ce la
direction des hôpitaux, est-ce quelqu'un d'autre, et est-ce que votre
satisfaction sur les procédures actuelles concerne aussi les
biomatériaux ?
On a été alerté ; il peut y avoir des dispositifs bien
fabriqués avec des matières premières qui ne sont pas
adaptées et qui entraîneront des incidents ou des accidents.
M. Charles PERINETTI - Il y a aussi un élément important c'est la
mise en place récente de la Commission de matério-vigilance, dont
la première réunion a eu lieu hier. Pour vous répondre, le
problème que vous posez va relever de structures ; nous parlions de la
direction des hôpitaux qui s'est mise un peu en retrait avec la
création du GMED, mais nous avons aussi l'intervention de la Direction
générale de la santé dans un certain nombre de domaines.
Un élément de la réflexion va être la
matério-vigilance qui vient de se mettre en place.
Mme Danièle HANNAIRE - Dont la vigilance a pour objectif d'analyser les
quasi incidents ou incidents et de faire en sorte qu'ils ne se reproduisent
pas. En analysant les incidents sur le terrain, cela permettra d'étayer
un dossier d'épidémiologie sur certains produits pour les faire
évoluer. C'est un des bouclages...
M. Claude HURIET, rapporteur - ...et en amont ?
Mme Danièle HANNAIRE - Si vous parlez d'inspection de l'organisation du
système de l'entreprise pour fabriquer conformément, cela est vu
par l'organisme notifié et c'est audité tous les ans : c'est le
GMED.
M. Charles PERINETTI - Lorsque l'entreprise est ISO 9001, cela inclut tout le
processus de fabrication, y compris la conception. La manière dont elle
acquiert sa matière première par rapport au type
d'activité qui est la sienne est auditée et entre dans le cadre
du descriptif de l'entreprise.
Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - Mais sur la nature même du
matériau, la matière dont on s'approvisionne, à quel
moment est-ce homologué ?
Mme Danièle HANNAIRE - Le choix du matériau est de la
responsabilité du concepteur. Quand vous consommez un produit, c'est
à la fois la forme, les caractéristiques, mais aussi le
matériau puisque c'est lui qui va définir le reste. C'est
là que se place l'analyse de risques qui est étayée sur un
certain nombre de dossiers -en l'occurrence pour les implants toxicologiques,
la biocompatibilité- puisque l'on va regarder comment les
échantillons du matériau se comportent dans ces différents
domaines. Une fois qu'il est façonné, fabriqué, c'est
toute la phase clinique -qu'elle soit animale et humaine sous contrôle-
qui va permettre de vérifier qu'y compris in vivo, dans sa phase
finale, il a le même comportement et n'entraîne pas, à la
connaissance actuelle des incidents.
M. Charles PERINETTI - Un autre aspect du sujet est de savoir comment l'Agence
Nationale d'Accréditation et d'Evaluation va se comporter. Est-ce que ce
sera, en dehors des hôpitaux, une agence d'évaluation des
matériels et techniques ? On ne le sait pas encore, nous sommes dans un
puzzle où se mettent en place différents éléments
qui n'ont pas encore totalement établi comment ils joueront.
D. AUDITION DE M. MAURICE GUÉNIOT, PRÉSIDENT DE L'ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE
M. Claude HURIET, rapporteur - Nous avons
étudié, à la commission des Affaires sociales, bon nombre
de structures qui avaient vocation à assurer la sécurité
sanitaire des différents produits utilisés chez l'homme, que ce
soit l'Agence du médicament, l'Agence du sang et l'Etablissement
Français des Greffes.
A travers ces travaux législatifs, la Commission des affaires sociales
s'est toujours préoccupée à la fois de l'efficacité
des structures et de la sécurité. La Commission a
également travaillé sur les thérapies géniques et
cellulaires et a pu établir une sorte d'inventaire des dispositions qui
existent actuellement en France, et qui ont pour vocation la
sécurité des produits.
Nous nous sommes rendu compte qu'il y avait parfois des superpositions entre
les conséquences des structures existantes, mais qu'il y avait aussi des
domaines dans lesquels nous n'étions pas convaincus que la
sécurité sanitaire était garantie.
Notre mission doit établir un état de l'organisation
sécurité sanitaire en France, et voir s'il subsiste, comme on le
pense, des domaines qui sont ou non couverts ou insuffisamment couverts, et si
l'organisation existante peut gagner en efficacité en étant mieux
coordonnée, avec des démarches mieux harmonisées.
M. Maurice GUENIOT - Je commence par me présenter : je suis
Président de l'Académie de médecine à laquelle
j'appartiens depuis 14 ans. Pour ma carrière antérieure, je suis
un clinicien nutritionniste et diabétologue et un universitaire, puisque
j'ai fait toute ma carrière à la faculté de
médecine de Paris comme professeur de médecine et, jusqu'à
ma retraite, j'ai été à la faculté de
médecine de Paris et à celle de Necker quand elle a
été subdivisée.
Je m'occupe d'économie de la santé depuis fort longtemps, puisque
ma première publication date de 1950. Actuellement, je suis
l'économiste français sur la santé visiblement le plus
ancien. J'organise depuis 25 ans la journée d'économie
médicale et de sécurité sociale de Necker, qui est la
principale organisation de ce type.
Vous me posez une question très difficile pour laquelle j'ai
réfléchi, à savoir la surveillance des produits
thérapeutiques.
Vous avez énuméré diverses catégories, je ne suis
pas compétent en matière de sang ou de matériel
prothétique ; par contre, je connais extrêmement bien le
problème du médicament, d'autant que j'ai fait partie pendant une
bonne quinzaine d'années de la Commission dite de la transparence,
chargée de conseiller le Ministre sur le remboursement des
médicaments par les caisses d'assurance maladie.
J'ai vécu ce mécanisme, ce fonctionnement de très
près, je l'ai vu évoluer et le système est un
système boiteux. Vous savez que, pour qu'un médicament soit
accepté, il doit faire la preuve de son efficacité et de son
innocuité. Pour cela, il doit obtenir l'autorisation de mise sur le
marché et la Commission d'AMM donne son acceptation. Cela veut dire que
le médicament n'est pas dangereux et qu'il a une efficacité.
On s'est dit : pourquoi y a-t-il ensuite une deuxième commission qui dit
si, oui ou non, il peut être remboursé par la
sécurité sociale ?
Premièrement, un médicament peut avoir un intérêt
avec un prix absolument rédhibitoire. Si un médicament
très coûteux traite une maladie que l'on n'arrive pas à
soigner, même s'il coûte très cher, il faudra bien le
prendre. Mais s'il s'agit d'un nouveau bétabloquant en matière
d'hypertension, alors il existe déjà une bonne douzaine, ou un
anti-inflammatoire, alors qu'il existe en quantité, le médicament
ne peut pas être refusé, mais la Commission de transparence peut
très bien dire : "Etant donné qu'il n'est pas meilleur que
les autres et qu'il coûte une fois et demi plus cher, il n'y a pas de
raison".
Il y a donc un élément économique qui se glisse, bien que
la Commission n'ait pas le droit de statuer sur les prix et de prendre en
considération le prix. C'est une hypocrisie totale étant
donné que, si on refuse un nouveau bétabloquant ou
anti-inflammatoire, il est clair que la raison du refus est son coût.
Bien entendu, on donne un avis défavorable avec des motivations plus ou
moins biscornues, mais il est certain que c'est la raison principale.
Deuxièmement, il est incontestable qu'il est utile qu'il y ait un filtre
car l'AMM ne fonctionne pas très bien -en général-
l'Agence du médicament également. Je donnerai un exemple :
il y a quelques années, l'Institut Pasteur proposait un sérum
antigangrèneux, produit qui a eu son heure de gloire, notamment pendant
la guerre de 14-18 où la gangrène était un fléau.
Déjà, pendant la guerre de 1939-1945, cela avait moins
d'intérêt et à la fin de la guerre, quand la
pénicilline est arrivée, cela en avait encore moins.
Maintenant qu'il existe de nombreux antibiotiques, le sérum
antigangrèneux a vu son heure de gloire dépassée et a
décliné de façon considérable. Mais il reste des
cas avec des germes qui résistent et ce sérum
antigangrèneux reste utile. Pasteur a donc décidé d'en
faire, l'AMM a donné son accord et c'est arrivé chez nous dans
des conditions assez pittoresques...
M. Claude HURIET, rapporteur - ...mais qui concernent la sécurité
du pays.
M. Maurice GUENIOT - Vous allez voir. Il était 13 heures 15 de
l'après-midi, il restait 3 membres en séance et le
Président a dit : "C'est un produit de l'Institut Pasteur, il est
déjà tard, tout le monde est d'accord". J'ai dit : "Non" car
j'avais regardé le dossier avec attention et il s'avérait que le
produit en question était de fabrication soviétique, chacun sait
que la pharmacie soviétique ne jouit pas d'une très grande
réputation et Pasteur n'en était que le concessionnaire.
On a levé les bras au ciel, le produit a été refusé
alors que, sous l'étiquette prestigieuse de Pasteur, on
présentait un produit soviétique des plus douteux, sur lequel il
n'y avait pas beaucoup d'essais -et pour cause, car les grangrènes
traumatiques il n'y en a plus beaucoup.
Le système de ces deux commissions n'est pas si mal que cela, puisque
cela permet de rattraper au " deuxième round " une boulette
faite au " premier round ". Ceci étant, comment fonctionnent
les Commissions en question ?
J'ai gardé un souvenir très critique de la manière dont
cela a fonctionné. J'en parle d'autant plus facilement que j'y suis
depuis une quinzaine d'années et je n'ai pas été
l'opposant systématique dont on se serait volontiers
débarrassé, au contraire. Cela fonctionnait mal car
premièrement, Mme Veil s'était étonnée à
l'époque où elle était Ministre que ces Commissions ne
comportent que des parisiens. Elle voulait des provinciaux, elle en a
désigné et après, elle a constaté que ces
Commissions coûtaient très cher. Evidemment, car les parisiens
venaient en voiture ou en métro, mais on remboursait aux provinciaux
leurs billets d'avion ou de chemin de fer.
Comment réduire les frais de fonctionnement ? On n'a pas
supprimé les provinciaux mais on a espacé les réunions des
Commissions. Elles étaient hebdomadaires, puis tous les quinze jours. On
tombe dans du Courteline...
On allongeait donc les séances qui commençaient à
8 heures 30 et se terminaient à 14 heures et on terminait l'ordre
du jour sans le reporter. Le résultat est qu'à 13 heures 30 de
l'après-midi, plus d'une fois, il restait le Président, le
vice-président et un ou deux commissaire dont votre serviteur.
J'avais prévu la chose depuis longtemps et je m'arrangeais pour ne pas
avoir d'autres occupations cet après-midi là, si ce n'est
l'extrême fin d'après-midi en sortant de la Commission. En plus,
ils ont déplacé l'Agence du médicament du Ministère
à Saint-Denis. Au total, il y avait un absentéisme important des
commissaires provinciaux, ce que je ne leur reproche pas...
M. Claude HURIET, rapporteur - ...et maintenant ?
M. Maurice GUENIOT - Maintenant, c'est pareil, l'ordre du jour est
extrêmement chargé, le système est assez boiteux et
l'Agence du médicament incontestablement aurait dû repenser tout
cela. Je ne fais qu'une confiance limitée à l'Agence du
médicament pour avoir participé bénévolement
à ces Commissions pendant une bonne quinzaine d'années.
Actuellement, concernant l'AMM cela a changé ; il peut y avoir une AMM
européenne et un laboratoire peut demander uniquement l'AMM nationale ;
mais s'il demande l'AMM européenne à Bruxelles -système
qui marche assez bien, dirigé par un fonctionnaire français-,
l'AMM européenne est valable partout sur un médicament et il n'y
a plus besoin de la demander ici. Cela a été une simplification
et une commodité incontestable pour les fabricants et les usagers, car
un médicament ne traîne pas pour obtenir son AMM au bout d'un
temps considérable.
Par ailleurs, les cafouillages éventuels qu'il peut y avoir sur l'AMM
ont du se réduire, mais cela ne fonctionnait pas si mal que cela. De
toute façon, comme le remboursement par la sécurité
sociale reste soumis à une Commission, le barrage peut être fait
par la Commission de transparence.
Le médicament passe en même temps au Comité
économique du médicament qui est présidé par le
président Marmot. Voilà les raisons pour lesquelles j'estime
qu'il faudrait revoir cela de plus près et l'Agence du médicament
aurait certainement besoin d'être renforcée.
Je vais vous donner un autre exemple typique : le Président de
l'Agence du médicament est un professeur à la faculté de
médecine de Bordeaux. A la Commission de la transparence, je l'ai vu une
seule fois alors que je n'ai pratiquement jamais manqué une
séance en 6 ou 7 ans, et ce pendant la période où il
était directeur du médicament.
M. Claude HURIET, rapporteur - C'était avant l'Agence du
médicament. Il préside le Conseil d'administration, c'est
là où il faut le voir.
M. Maurice GUENIOT - Oui, mais il est certain qu'il n'avait pas marqué
au fonctionnement de sa direction une attention extrêmement pointue. Il
faudrait voir comment l'Agence du médicament fonctionne car elle a
besoin d'être renforcée et d'avoir un fonctionnement plus
satisfaisant.
M. Claude HURIET, rapporteur - En termes de sécurité,
considérez-vous que l'Agence du médicament ou d'autres structures
pour d'autres produits que le médicament, avec les
éléments dont vous disposez à travers l'Académie,
garantissent une bonne sécurité ; sinon, en quoi peut-elle
être améliorée ? C'est le coeur de la mission.
M. Maurice GUENIOT - La mission de surveillance est assurée
essentiellement par les fabricants qui n'ont pas intérêt à
ce qu'il y ait un problème énorme sur un médicament, car
ce serait pour eux un désastre gigantesque. Pour une entreprise de
petite importance, ce serait la ruine et un scandale dont la presse se ferait
l'écho. Si c'est un géant de la chimie internationale, il y
laisserait des plumes considérables et, même s'il ne faisait pas
faillite, cela lui coûterait infiniment plus cher que d'avoir commis une
négligence dans sa fabrication.
Qui fait les médicaments ? Il y a 2 catégories de
médicaments, des choses extrêmemen
