D) LA DÉCONNEXION DE LA PUISSANCE ET DU NOMBRE
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Cependant, soyons prudents : si le savoir, nouvelle source d'un pouvoir encore
mieux assis, gagne de l'importance tandis que se transforment ses relations
avec les deux autres éléments clés, la force et la
richesse, il serait naïf de prédire la disparition totale et
irréversible de ces derniers. On assiste en effet à une
véritable déconnexion de la puissance et du nombre.
Un exemple emblématique : la capitalisation boursière de
Microsoft (20 000 salariés environ) est équivalente à
celle de Boeing (175 000 salariés).
Autres exemples, dans le domaine militaire cette fois : grâce à
une meilleure maîtrise des technologies militaires, Israël a tenu en
échec, lors de conflits à répétition, ses puissants
voisins, pourtant plus peuplés et plus nombreux. De même, plus
récemment, les alliés, grâce à la sophistication de
leurs armes et de leur logistique, grâce aussi aux systèmes
satellitaires, ont vaincu Saddam Hussein , à l'issue de la guerre du
Golf, alors que l'Irak disposait d'un nombre bien supérieur de
blindés et d'avions de chasse.
Bref, il est en dans les conflits armés comme dans les guerres
économiques : le savoir procure à ceux qui le maîtrisent
l'équivalent d'un puissant effet de levier.
E) L'ÉMANCIPATION DE LA RICHESSE PAR RAPPORT AU
TEMPS
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Parallèlement à la déconnexion de la puissance et du
nombre, il se produit également une véritable
émancipation de la richesse par rapport au temps.
Là encore, un exemple : le chiffre d'affaires de Sun Micro Systems est
passé de 2 millions à 2 milliards de dollars.
Qu'en déduire, sinon, comme le fait Toffler, qu'on suivra encore sur ce
point, qu'au traditionnel partage de la société entre riches et
pauvres se substitue désormais celui entre rapides et lents.
Raccourci par la circulation de l'information et du savoir, on a vu que le
temps devenait un facteur de production chaque jour plus décisif.
Cependant, les délais nécessaires pour prendre de l'avance dans
la recherche s'allongent, alors même que se raccourcit la
durée de vie des produits. Autant le répéter, donc :
finalement, ce n'est pas tant le savoir lui-même qui importe le plus, que
son exploitation et l'organisation de sa diffusion.
Pour revenir à notre exemple, les revenus que procurent à Sun
Micro Systems la diffusion du langage Java ne représentent pour
l'instant qu'une part infime de ceux engendrés par la vente des
serveurs. Derrière la distribution gratuite de logiciels sur les
réseaux se dissimulent souvent des enjeux industriels
considérables. Nul hasard, non plus, si les vendeurs d'ordinateurs
personnels américains intègrent dans leurs offres commerciales en
Europe un abonnement à un fournisseur de contenus venu
d'outre-Atlantique : America On Line (AOL ). Il faut, enfin, toujours garder
présent à l'esprit le fait que l'industrie, fondamentale, des
composants devient de plus en plus capitalistique, alors même qu'elle
nécessite des dépenses en matière de recherche et de
développement croissantes.
Bref, comme le concède lui-même Toffler, l'argent reste toujours
un formidable outil de pouvoir - mais la richesse, grâce au savoir, peut
s'acquérir beaucoup plus rapidement, et à partir de mise de fonds
initiale beaucoup plus modeste.
En fait, c'est une transformation, plus qu'un basculement, qui affecte les
trois éléments clés du pouvoir (savoir, force et richesse)
dans leurs relations cachées. Par-delà les modifications qui
redéfinissent l'utilisation de l'espace et du temps, et par-delà
l'équilibre des pouvoirs qu'elle provoque, c'est en effet tout l'univers
des relations humaines qui se trouve bouleversé par l'entrée dans
la société de l'information - qu'il s'agisse des relatons entre
les entreprises, entre les hommes ou qu'il s'agisse du rapport au savoir.
En d'autres termes, il y a une interaction des individus et de l'information,
qu'ils façonnent autant qu'ils la reçoivent.