SÉANCE DU 23 OCTOBRE 1997
M. le président.
La parole est à M. Hérisson.
M. Pierre Hérisson.
Ma question s'adresse à Mme la ministre de l'aménagement du territoire et de
l'environnement et porte sur l'examen de la proposition de loi portant création
de l'établissement public d'aménagement de l'étang de Berre.
Madame la ministre, je souhaiterais appeler votre attention sur la situation
écologique très préoccupante de l'étang de Berre et sur la nécessité d'y
apporter des améliorations.
En effet, l'étang de Berre est, selon la direction régionale de
l'environnement de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, « le trait d'union
entre la Côte d'Azur et la Camargue ». Il comprend des zones humides et des
milieux terrestres remarquables, spécialement du point de vue faunistique et
floristique.
Le Conservatoire du littoral a d'ailleurs progressivement acquis une part
importante de ses rivages. Les élus et les associations ont, quant à eux,
exprimé à plusieurs reprises le désir de voir rétablir l'équilibre écologique
de l'étang grâce à la limitation des pollutions industrielles et domestiques et
grâce à la réduction des rejets d'eau douce de la centrale hydroélectrique de
Saint-Chamas, exploitée par EDF.
L'étang de Berre offre une chance unique pour tenter de concilier à la fois
l'économie et l'emploi au sein d'un grand pôle industriel, ainsi que la
préservation de l'environnement dans un site naturel remarquable qui, pendant
des siècles, fut dénommé « la frayère de la Méditerranée ».
Les 210 000 habitants des communes riveraines, les 500 000 habitants qui
résident dans le bassin versant de l'étang attendent que les pouvoirs publics
prennent sans tarder des mesures afin de rétablir un équilibre écologique qui,
depuis un certain nombre d'années, est sérieusement remis en cause.
L'Assemblée nationale a d'ores et déjà adopté en mars dernier, au cours de la
législature précédente, une proposition de loi relative à la création d'un
établissement public à vocation écologique, destiné à mettre en oeuvre un
programme de sauvegarde et de mise en valeur de l'étang de Berre.
La commission des affaires économiques et du Plan du Sénat a, quant à elle,
adopté, moyennant quelques amendements, le texte transmis par l'Assemblée
nationale et dont j'ai eu l'honneur d'être le rapporteur.
Par ailleurs, devant la commission des affaires économiques et du Plan, vous
avez récemment déclaré être très attachée à la réussite du plan décennal de
reconquête de l'étang de Berre en réponse à une question posée par notre
collègue Michel Barnier, ancien ministre de l'environnement. Il est donc
possible de répondre rapidement à l'attente des habitants, des associations,
des industriels et des élus, sur un sujet essentiel.
Aussi, je vous demande, madame la ministre, de bien vouloir m'indiquer quelles
mesures le Gouvernement envisage de prendre et dans quels délais pour permettre
la poursuite des actions entreprises en la matière depuis 1994, mais aussi au
cours de la décennie précédente, mesures dont l'urgence est ressentie
aujourd'hui par tous ceux qui sont préoccupés par la priorité que constitue la
protection de notre ressource en eau.
(Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, du RPR et des
Républicains et Indépendants, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président.
La parole est à Mme le ministre.
Mme Dominique Voynet,
ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement. Monsieur
le sénateur, voilà un point sur lequel je suis d'accord avec vous.
(Ah ! sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants.)
En effet, la reconquête de la qualité de l'eau de l'étang de Berre
apparaît comme une urgente nécessité. Ce lac, qui est le plus grand lac salé
d'Europe, est extrêmement dégradé en raison des pollutions domestiques et
industrielles bien connues, mais aussi et surtout du rejet massif d'eaux douces
et de limon par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas.
Comme vous l'avez vous-même rappelé, un plan d'action décennal a été mis en
oeuvre sur ce site. J'ai d'ores et déjà demandé au préfet de la région
Provence-Alpes-Côte d'Azur d'en évaluer le résultat.
Comme vous le savez, ce plan prévoit que la centrale hydroélectrique réduise
ses émissions à hauteur de 35 % tout au long de l'année, afin d'atteindre le
niveau zéro en période estivale de façon à « limiter la casse ». Il ne s'agit
que de cela.
La réalisation de ce plan a d'ores et déjà coûté 25 millions de francs, pris
en charge à raison de 10 % par le ministère de l'aménagement du territoire et
de l'environnement et de 35 % par l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse.
Cette dernière assume par ailleurs un autre volet de reconquête de la qualité
de l'eau en mettant sur pied un plan de limitation des pollutions industrielles
et domestiques, cette zone ayant été déclarée zone sensible, à risques
d'eutrophisation.
Il nous faudra évidemment aller plus loin. J'y veillerai, d'autant plus qu'il
s'agit d'une zone très peuplée, où le chômage et la dégradation de
l'environnement quotidien favorisent le développement de l'extrême droite.
Dans le cadre des prochains contrats de plan Etat-régions, il nous faudra en
effet aller plus loin.
Vous le savez comme moi, les mesures qui doivent être prises sont très
coûteuses. Une éventuelle réouverture du tunnel du Rove ou une éventuelle
dérivation des eaux de la centrale hydroélectrique coûterait - je pense que
vous serez d'accord sur cette somme - environ 5 milliards de francs, voire
plus.
Il nous faudra être bien sûrs de l'efficacité d'un plan avant de lancer les
travaux majeurs.
Dans ce contexte, la création d'un établissement public envisagée par un
député dans une proposition de loi ne me paraît pas constituer une priorité
dans la mesure où il existe déjà un syndicat intercommunal qui prend en compte
un certain nombre des enjeux qui se présentent à nous.
Toutefois, cet établissement public pourrait s'avérer nécessaire si des
travaux de grande ampleur devaient être décidés au cours de l'année à venir.
(Applaudissements sur les travées socialistes.)
RETRAITES AGRICOLES