SÉANCE DU 23 AVRIL 1998
J'en donne lecture :
« Le Sénat,
« Vu l'article 88-4 de la Constitution,
« Vu la recommandation de la Commission européenne en vue d'une recommandation
du Conseil conformément à l'article 109 J, paragraphe 2, du Traité,
« Invite le Gouvernement :
« - à approuver, au sein du Conseil, la liste des Etats membres remplissant
les conditions nécessaires pour l'adoption d'une monnaie unique, telle qu'elle
est proposée par la Commission européenne ;
« - à veiller à ce que le système européen de banques centrales respecte les
missions qui lui sont imparties par l'article 105 du traité sur l'Union
européenne afin que l'Union économique et monétaire contribue à atteindre les
objectifs déterminés par l'article 2 de ce traité, c'est-à-dire, en
particulier, une croissance durable, un niveau d'emploi et de protection
sociale élevé, le relèvement du niveau et de la qualité de la vie ;
« - à réaffirmer que le bon fonctionnement de la zone euro ainsi définie
suppose que tous les Etats membres s'attachent à retrouver la marge de
manoeuvre indispensable pour que chaque politique budgétaire nationale puisse
jouer son rôle d'ajustement conjoncturel dans le cadre d'une politique
monétaire unique ;
« - à élaborer et mettre en oeuvre un programme de stabilité, pleinement
conforme à nos engagements européens et au rôle de notre pays en Europe ;
« - à veiller à ce que le Conseil, dans le cadre d'un dialogue permanent avec
la Banque centrale européenne (BCE) exerce effectivement les responsabilités
qui lui sont reconnues par les articles 109 et 109 B du traité sur l'Union
européenne, en tirant parti des possibilités de modulation institutionnelle
décidées dans le cadre de la résolution adoptée par le Conseil européen de
Luxembourg le 13 décembre 1997 ;
« - à poursuivre rapidement l'approfondissement de tous les volets de l'Union
économique et monétaire et, en particulier, la coordination des politiques
économiques dans la perspective d'un rapprochement des conditions fiscales et
des performances sociales en visant notamment une amélioration de la situation
de l'emploi ;
« - à assurer l'information régulière du Parlement sur l'action que le
Gouvernement conduira à ces différents titres, à organiser un débat annuel à ce
sujet dans chacune des deux assemblées, à produire à l'appui du projet de loi
de finances de l'année le programme de stabilité notifié par lui et, au moins
une fois par an, une présentation des programmes des autres Etats membres ;
« - à communiquer aux présidents des commissions permanentes compétentes du
Parlement tous rapports, avis et recommandations auxquels pourrait donner lieu
la mise en oeuvre des articles 103 et 104 C du traité sur l'Union européenne du
7 février 1992 ;
« - à favoriser un dialogue régulier entre la BCE et le Parlement français
afin que celui-ci soit informé de la politique monétaire menée par celle-ci
;
« - à agir en sorte que soient pleinement respectées les dispositions de
l'article 109 A du traité sur l'Union européenne, en vertu desquelles la
nomination des membres du directoire de la BCE relève de la pleine
responsabilité des chefs d'Etat ou de gouvernement des Etats membres
participant à la monnaie unique ;
« - à veiller à ce que les politiques économiques et monétaires des Etats non
participants garantissent l'équilibre des taux de change nominaux et réels de
leurs monnaies vis-à-vis de l'euro. »
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion
commune.
Par amendement n° 11, Mme Beaudeau et les membres du groupe communiste
républicain et citoyen proposent de rédiger comme suit la résolution :
« Le Sénat,
« Vu l'article 88-4 de la Constitution,
« Vu la recommandation de la Commission de Bruxelles (E 1045) pour le passage
de onze pays - dont la France - à la monnaie unique dès le 1er janvier 1999,
« Vu que ladite recommandation doit être examinée par les chefs d'Etats et de
gouvernement le 2 mai 1998,
« Demande au Gouvernement :
« - de surseoir à l'examen de la recommandation de la Commission européenne
tant qu'un grand débat national n'aura pas eu lieu sur les implications de
l'euro, notamment sur le plan social, de la démocratie et de la souveraineté,
et sur les alternatives possibles en matière de coopération monétaire ;
« - de faire respecter ses objectifs sociaux, de relance de l'emploi et de la
réduction du temps de travail pour lesquels notre peuple vient encore
d'affirmer sa volonté de voir l'action gouvernementale poursuivie et amplifiée
;
« - de proposer à nos partenaires de travailler en commun à une véritable
orientation de la construction européenne tournée vers le développement social
et l'emploi, et donc à une coopération monétaire conçue pour ces priorités ;
« - qu'en tout état de cause, la décision finale de passage ou non de la
France à la monnaie unique revienne aux citoyens, consultés par voie de
référendum. »
Par amendement n° 1 rectifié, M. de La Malène et les membres du groupe du
Rassemblement pour la République proposent d'insérer, après le huitième alinéa
de la résolution, un alinéa ainsi rédigé :
« - à proposer aux gouvernements des Etats membres d'appliquer le traité sur
l'Union européenne en sorte que l'objectif principal du SEBC ne soit pas
seulement la stabilité des prix, mais aussi la croissance économique et un
niveau d'emploi élevé, et, que, d'autre part, le SEBC remplisse ses missions
dans le respect des orientations arrêtées par le Conseil. »
La parole est à Mme Beaudeau, pour présenter l'amendement n° 11.
Mme Marie-Claude Beaudeau.
Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, nous
considérons que la question de la construction européenne est bien trop
importante pour en laisser le traitement aux seuls initiés des mouvements
monétaires. Le débat sur le statut de la Banque de France - en fait sa
liquidation - l'a démontré la nuit dernière.
Des questions particulièrement importantes ne sont pas résolues et messieurs
les ministres, vous voulez mettre notre pays en situation de participer à une
construction économique et surtout monétaire pour laquelle l'ensemble et la
réalité des problèmes institutionnels, économiques et sociaux nont pas été
tranchés.
Vous prétendez, pour tenter de le justifier, qu'en 1992 une majorité de
Français a ratifié les modifications du traité de Rome adoptées à la conférence
de Maastricht.
Mais, je me permets de vous le rappeler, les Français n'ont pas eu alors à
connaître du pacte de stabilité budgétaire qui est à l'euro ce qu'on été au
franc, à la peseta ou à la lire les politiques budgétaires restrictives qui ont
été menées ces dernières années au nom du renforcement de la compétitivité des
entreprises ou de la conformité à des critères de convergence.
Là est notre point de vue sur une question essentielle : ne cherche-t-on pas à
imposer aux peuples d'Europe, et donc au peuple de France en particulier, un
indépassable horizon d'austérité et de rigueur, accompagné d'une remise en
question de la dépense publique ?
On se trompe décidément de temps et de cible.
Depuis quand, mes chers collègues de la commission des finances, la stabilité
d'une monnaie, et celle des prix qui doit ou devrait en découler, est-elle
devenue le but ultime de toute politique économique, alors qu'elle devrait, au
mieux, en constituer un instrument, au moins en être le reflet au travers de
l'appréciation de la valeur des titres monétaires ?
Sans doute depuis que la technocratie européenne, éloignée des peuples et du
terrain, a essayé de nous « vendre » l'euro fort pour mieux faire passer, avec
la flexibilité et la précarisation des conditions de travail, la remise en
cause de la démocratie sociale et des garanties offertes aux salariés et à
leurs familles par la protection sociale, la réduction programmée du pouvoir
d'achat et, au-dessus de tout, l'amélioration sensible de la rentabilité
financière.
Tel qu'il est conçu aujourd'hui, l'euro n'est rien d'autre qu'un instrument
destiné à poursuivre la logique d'une société libérale, où le plus grand nombre
partage les sacrifices et le plus petit les dividendes.
Au printemps 1997, les Français ont largement indiqué leur refus de cette
société profondément inégalitaire que l'on nous propose dans ce type de
construction européenne.
Ils ont manifesté leur souhait d'une politique économique et sociale
réellement alternative, mettant au centre de son action la satisfaction des
besoins collectifs et la lutte contre le chômage pour retrouver les chemins
d'une croissance saine et porteuse de créations d'emplois.
Aujourd'hui, il importe donc que ces orientations soient clairement affirmées
et portées, y compris au plus haut niveau européen, par le gouvernement que
notre pays a choisi de placer aux commandes du pays.
C'est en effet de cela qu'il s'agit.
Notre amendement vise donc, en prévoyant la réécriture de la proposition de
résolution de la commission des finances, à retenir comme essentiels les points
suivants.
Il s'agit tout d'abord que la clarté soit faite sur l'ensemble des
implications que recouvre la mise en place effective de la monnaie unique.
S'il s'agit demain, au nom de la parité de l'euro vis-à-vis du dollar ou du
yen, par exemple, de mener telle ou telle politique budgétaire ou fiscale, il
importe que cela soit effectivement précisé.
Il s'agit ensuite que les priorités affichées de l'action du Gouvernement
soient maintenues et développées, y compris à l'échelon communautaire. Je pense
notamment ici à la réduction du temps de travail en vue de créer des
emplois.
Il convient donc de mettre le poids de la France dans la balance pour que les
objectifs strictement monétaristes fixés pour la troisième phase de l'Union
économique et monétaire soient abandonnés au profit d'objectifs clairs et
mobilisateurs en matière de croissance économique, de création d'emplois et de
développement harmonieux des sociétés. N'est-ce pas là d'ailleurs ce qu'affirme
le traité de Rome à travers les missions qu'il assigne à la Communauté ?
La France peut et doit peser pour réorienter la construction européenne.
Enfin, il est indubitable que ce grand débat national sur le devenir de la
construction européenne ne peut être limité à nos échanges parlementaires.
Nul ne peut prétendre aujourd'hui que le peuple de notre pays n'a pas, ou n'a
plus, le droit de dire son mot sur la manière dont se déroulent les choses.
Vous voulez supprimer le franc, mais le peuple français n'a pas encore été
consulté sur une telle décision.
Il n'y a pas, à notre sens, de construction européenne digne de ce nom sans
consultation du peuple, consultation aussi fréquente que possible parce que
légitime, et sous toutes les formes appropriées. C'est le fondement
démocratique et républicain de toute évolution de notre société.
Tel est le sens du dernier attendu de notre amendement, par lequel nous
proposons que soit effectivement organisé un référendum sur les enjeux de la
monnaie unique.
Mme Hélène Luc.
Très bien !
M. le président.
La parole est à M. de La Malène, pour défendre l'amendement n° 1 rectifié.
M. Charles Pasqua.
Excellent amendement !
M. Christian de La Malène.
L'amendement que je soumets au Sénat tend à demander un infléchissement de la
conception de l'euro qui a triomphé jusqu'ici en pratique, et cela sur deux
points.
Tout d'abord, je crois que la Banque centrale européenne ne doit pas avoir
pour objectif principal la seule stabilité des prix. Elle doit aussi avoir pour
objectif la croissance économique et le plein emploi, comme c'est d'ailleurs le
cas de la Réserve fédérale américaine, vous le savez parfaitement, monsieur le
ministre de l'économie.
Ensuite, il me semble que la Banque centrale européenne ne doit pas être « un
empire dans un empire », mais qu'elle doit agir au contraire en fonction des
orientations générales arrêtées par le Conseil de l'Union européenne.
M. Charles Pasqua.
Très bien !
M. Christian de La Malène.
Pourquoi cet amendement ?
En fixant comme objectif principal à la Banque centrale européenne la
stabilité des prix, le traité a semblé faire sienne une conception «
monétariste », selon laquelle une politique monétaire expansive ne peut avoir
d'effet durable sur la croissance et l'emploi. Elle est seulement susceptible
d'alimenter l'inflation.
Faut-il graver dans le marbre cette conception monétariste ? Je ne le crois
pas. Sans entrer dans une vaste controverse théorique, j'observerai que les
Etats-Unis ont échappé à la récession qui a touché l'Europe en pratiquant,
lorsqu'il le fallait, des taux d'intérêt réels très bas, presque nuls. A
l'inverse, selon de nombreux économistes, parmi lesquels beaucoup sont
partisans de la monnaie unique, il se pourrait que de 25 % à 30 % de notre
chômage résultent de la politique monétaire restrictive qui a été menée par la
Banque de France alors que la croissance française était tombée au plus bas.
Cela m'amène à estimer que l'Europe a besoin d'un dispositif plus pragmatique,
moins orthodoxe, qui conduise la Banque centrale européenne à privilégier la
croissance et l'emploi dans la zone euro.
Mais, comme il n'appartient pas à la Banque centrale européenne de définir la
politique économique menée par l'Union et les Etats membres, cela suppose que
son action soit placée au service des orientations générales arrêtées par le
Conseil. Ainsi serait en partie corrigée l'anomalie du statut actuel du système
européen de banques centrales, qui donne aux banquiers centraux un pouvoir
considérable et une irresponsabilité complète. Un tel statut heurte de front le
principe même de la démocratie, qui veut que le pouvoir appelle la
responsabilité.
Je crois qu'il faut démocratiser et donc « politiser » la gestion de la
monnaie unique. Cela me paraît être le seul moyen d'assouplir le système très
rigide qui résultera de l'unification monétaire.
En effet, que va-t-il se passer avec la mise en place de l'euro ? Face à des
écarts importants de compétitivité, ou face à des chocs économiques frappant
certains Etats membres plus que d'autres, l'ajustement ne pourra plus se faire
par les variations du change. Quelles variables d'ajustement subsisteront alors
? Il y aura le niveau des prélèvements obligatoires, le niveau des salaires et
surtout l'emploi.
M. Charles Pasqua.
Et voilà !
M. Christian de La Malène.
En disant cela, je ne joue pas les Cassandre : il suffit de regarder la
situation de l'Allemagne de l'Est, ou celle de l'Italie du Sud, pour constater
quels sont les effets d'une monnaie unique dans une zone où existent des écarts
de compétitivité importants.
On me dira qu'il existe des palliatifs, notamment la mobilité des travailleurs
et les transferts budgétaires. Mais la mobilité des travailleurs en Europe est
entravée par de nombreux motifs qui sont généralement légitimes, car les hommes
et les femmes ne sont pas des pions. Quant aux transferts budgétaires, n'en
exagérons pas l'efficacité : l'Allemagne de l'Est et l'Italie du Sud
bénéficient d'énormes transferts financiers qui, jusqu'à présent, n'ont pas eu
l'effet escompté. A supposer même que ces transferts budgétaires soient plus
utiles que je ne le crois, encore faudrait-il que les Etats les plus prospères
y consentent : or, c'est le contraire que nous observons aujourd'hui de la part
des Etats contributeurs nets.
Ne croyons pas que l'euro va nous apporter une sorte de confort monétaire, en
nous délivrant du risque de change sans rien nous demander en contrepartie. En
réalité, la monnaie unique a des avantages indéniables, mais elle est aussi un
pari difficile, notamment parce que l'optique retenue est très rigide, très
contraignante, qu'elle prive non seulement les Etats membres, mais aussi
l'Union elle-même, du recours à une politique monétaire intelligente.
Je crains qu'une Europe des banquiers centraux ne soit pas une Europe de la
croissance. Je crains même que la reprise en France ne soit contrariée si la
Banque centrale européenne décide d'entrée de jeu de pratiquer des taux
d'intérêt relativement élevés pour asseoir sa crédibilité. Face à cela, je
crois que nous devons affirmer clairement la priorité de la croissance et de
l'emploi, et, pour cela, la primauté du politique et de la démocratie.
(Applaudissements sur les travées du RPR.)
M. Charles Pasqua.
Très bien !
M. le président.
Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s 11 et 1 rectifié ?
M. Alain Lambert,
rapporteur. La commission a émis un avis défavorable sur l'amendement n°
11, présenté par Mme Beaudeau, et un avis favorable sur l'amendement n° 1
rectifié, défendu par M. de la Malène.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement sur ces deux amendements ?
M. Dominique Strauss-Kahn,
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. L'amendement n°
11 comporte deux parties différentes.
La première concerne les conséquences de l'euro, les avantages et les
inconvénients que celui-ci risque d'avoir sur le plan social en matière
d'emploi. Je crois que la meilleure réponse a été donnée par M. Angels dans son
intervention tout à l'heure car, en reprenant les mêmes préoccupations que les
vôtres, madame Beaudeau - à savoir l'emploi, la protection sociale et la
volonté de croissance - il en est arrivé à la conclusion que c'est l'euro qui
permettra d'atteindre ces objectifs plutôt que le contraire.
Il s'agit là d'un débat de fond sur la politique qui, certes, reste ouvert,
mais je considère - vous me pardonnerez, madame Beaudeau - que les arguments
avancés par M. Angels sont plus convaincants que ceux que vous avez exposés en
défendant cet amendement !
L'autre partie de l'amendement concerne le référendum sur lequel, madame
Beaudeau, vous connaissez la position du Gouvernement. Je ne puis donc,
évidemment, inviter le Sénat à voter cet amendement puisque la position du
Gouvernement est la suivante : il y a eu un référendum, les Français ont choisi
et il n'y a pas de raison d'y revenir.
L'amendement de M. de La Malène ne me paraît pas mauvais, il me paraît
superflu. L'idée et la lettre consistent à dire qu'il n'y a pas que la
stabilité des prix, mais qu'il y a aussi la croissance économique, un niveau
élevé d'emploi.
Mais qu'est-ce que le traité dit d'autre en son article 105-1 ? « Le SEBC
apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté en
vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté tels qu'ils
sont définis à l'article 2. »
Que dit l'article 2 ? « ...un haut degré de convergence et de performance
économique, un niveau d'emploi et de protection sociale élevé, un relèvement du
niveau et de la qualité de la vie, la cohésion économique et sociale élevé.
»
Le traité prévoit donc déjà que le système européen de banques centrales doit
apporter son soutien à ces objectifs.
Ce n'est pas contradictoire et donc pas gênant, mais c'est superflu. Et comme
je connais le souci de la Haute Assemblée de disposer de textes juridiques
parfaitement ficelés et ne répétant pas deux fois la même chose, je n'invite
pas le Sénat à retenir cet amendement.
M. Lucien Neuwirth.
Si cela va sans dire, cela va mieux en le disant !
M. le président.
Je vais mettre aux voix l'amendement n° 11.
M. Michel Barnier.
Je demande la parole contre l'amendement.
M. le président.
La parole est à M. Barnier.
M. Michel Barnier.
On connaît la courtoisie habituelle du ministre de l'économie et des finances
et le ton qui convient ici, dans notre Haute Assemblée, à des débats importants
; mais tout de même, monsieur le ministre, je trouve un peu courte et un peu
anodine la réponse que vous avez faite aux membres du groupe communiste, qui
appartient à votre majorité et à votre Gouvernement.
Je pense que la proposition faite par le groupe communiste, qui appartient à
la majorité, est tout de même beaucoup plus importante et beaucoup plus grave
que ne le laisse croire le ton un peu anodin que vous avez utilisé.
Madame Beaudeau, on peut soit se féliciter du vote émis par les Français au
mois de juin 1997, soit le regretter - dans cet hémicycle, les opinions sont
partagées - mais on ne peut qu'en prendre acte, c'est la démocratie. En tout
cas, un point n'était pas ambigu dans la proposition formulée par le parti
socialiste à l'époque et par celui qui est devenu le Premier ministre : c'était
l'attachement à la construction européenne et au respect des engagements pris
bien avant par le Président de la République en faveur de la création de la
monnaie unique.
Ce qui, en revanche, apparaîtra de plus en plus ambigu, mensonger - j'emploi
ce mot, même s'il est grave, après l'avoir pesé - hypocrite, peut-être, dans
l'attitude du parti communiste et dans celle de la majorité plurielle, c'est
qu'il continue à soutenir ce Gouvernement, voire à y participer - combien de
temps ? Nous le verrons bien ! - sachant pertinemment que le Premier ministre
avait pris cet engagement en faveur de la monnaie unique.
Vous pouvez toujours nous donner des leçons de démocratie et parler des
citoyens, mais je me demande, madame Beaudeau, combien de temps vous allez
tenir dans cette forme d'hypocrisie et de mensonge politique.
M. Claude Estier.
Il n'y a pas d'ambiguïté au RPR ?
M. Michel Barnier.
La différence, monsieur Estier - on peut le regretter, mais il en est ainsi en
ce moment - c'est que vous gérez ensemble la France.
Vous la gérez ensemble - je le répète tranquillement et sérieusement - dans
une sorte de mensonge politique.
Monsieur le ministre, vous serez bien obligé d'indiquer comment vous allez
atteindre l'objectif d'équilibre budgétaire, le déficit descendant
progressivement de 3 % à 2 %, puis de 2 % à 1 % et, enfin, de 1 % à 0 % sans
doute, en 2002. Nous verrons alors si cette ambiguïté, ce mensonge politique
est toujours accepté par les différents groupes de la majorité qui constituent
le Gouvernement.
J'en viens à ma seconde observation. Madame Beaudeau, vous parlez de nouveau,
comme d'autres, de référendum. Vous soutenez que les Français n'ont pas été
consultés sur le passage de la France à la monnaie unique.
Combien de temps vous et quelques autres allez-vous entretenir cette bataille
? Elle a été tranchée de la manière la plus démocratique qui soit par le peuple
français, que cela vous plaise ou non. Les Français sont intelligents,
madame.
M. Emmanuel Hamel.
Ils ont été trompés, mon cher collègue, ils le comprennent maintenant.
M. Michel Barnier.
Ils ont bien compris pour quoi ils ont voté. La question était claire. On a
suffisamment dit que ce traité était compliqué - ce qui est vrai -, parfois
même illisible, mais un point au moins était clair : la monnaie unique. Les
Français ont répondu démocratiquement « oui » à la question posée.
Nous n'avons aucune raison d'y revenir, sauf à remettre en cause, tous les
quatre ou six ans, les décisions prises par le peuple.
Mon opinion personnelle est qu'il n'y aura aucune raison de revenir sur cette
question, même s'il y aura peut-être des raisons de revenir sur d'autres sujets
par référendum.
Tout à l'heure, notre collègue M. Pasqua parlait d'un vote à la sauvette du
traité d'Amsterdam. Je ne sais pas quelle sera la décision prise par le
Président de la République, sur proposition du Premier ministre, à propos du
traité d'Amsterdam mais, mes chers collègues, quand bien même il envisagerait
un vote par le Congrès, ce ne serait pas un vote à la sauvette.
M. Charles Pasqua.
Ce débat, nous l'aurons le moment venu.
M. Michel Barnier.
Nous l'aurons le moment venu, mais vous l'avez ouvert tout à l'heure, monsieur
Pasqua.
M. Charles Pasqua.
J'ai simplement dit quels étaient les risques et les dangers auxquels nous
nous exposions. Mais si vous voulez ouvrir le débat, je suis prêt à y
participer.
M. Michel Barnier.
Non, c'est vous qui l'avez ouvert et je ne trouve pas...
M. le président.
Veuillez conclure, monsieur Barnier, le temps nous est compté.
M. Michel Barnier.
Monsieur le président, je me suis abstenu de prendre la parole tout à l'heure,
il ne me semble donc pas exagéré de dire mon opinion, beaucoup de choses ayant
été dites.
M. le président.
Mais vous avez déjà dépassé de trente secondes votre temps de parole.
M. Michel Barnier.
Alors je vais m'arrêter, monsieur le président, après avoir bien fait
comprendre pourquoi je m'opposais personnellement à l'amendement de Mme
Beaudeau.
J'ajouterai simplement que l'amendement de M. de La Malène me paraît non pas
superflu mais nécessaire et important, dès l'instant où il vient confirmer
l'application du traité dans ses articles 1er et 2.
Monsieur le ministre, permettez-moi d'ajouter encore que, quand Mme Beaudeau
parle des citoyens, elle a raison. Nous avons dit suffisamment qu'on ne leur
parlait pas assez de l'Europe.
J'ai trouvé un peu courte - vous n'aviez sans doute pas le temps de faire
autrement - la réponse que vous avez faite à l'issue du débat, à propos de la
consultation plus normale, plus quotidienne des Français sur les questions
européennes. Il ne s'agit pas seulement de distribuer des brochures sur l'euro
- celles que vous avez distribuées étaient bien faites d'ailleurs - il faut
aussi ouvrir le débat dans l'éducation nationale, dans les programmes
scolaires, créer des bureaux sur l'Europe, développer l'information à propos de
l'Europe dans chaque département.
Je voudrais que vous ne négligiez pas, aux côtés du ministre délégué, M.
Moscovici, qui est, lui aussi, sincèrement engagé dans cette action,
l'information à laquelle ont droit les citoyens français.
M. Dominique Strauss-Kahn,
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Je demande la
parole.
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Dominique Strauss-Kahn,
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Monsieur Barnier,
vous avez commencé votre explication de vote en disant que la courtoisie
présidait généralement aux débats dans cette assemblée - je le reconnais
volontiers - mais il faudrait, dans ce cas, que chacun s'y conforme. Il ne
suffit pas de dire que l'on a pesé ses mots. Lorsque l'on parle de « mensonge
politique », on utilise une expression forte, et je veux espérer que vos propos
ont dépassé votre pensée.
Qui plus est, comme le rappelait M. Estier, en matière de position sur
l'Europe, il me semble que la clarté est bien plus du côté du Gouvernement que
de celui de l'opposition.
En effet, il est clair pour tout le monde, depuis 1992, que nos amis
communistes ont exprimé sur ce problème une position négative. Ils ont
néanmoins décidé de participer à un gouvernement en sachant que ce gouvernement
ferait l'euro et les Français le savaient clairement. On peut dire qu'il y a
une certaine contradiction entre nous sur ce point, c'est évident. Elle a été
dépassée. Les Français le savaient et, dans ces conditions, on ne peut parler
de mensonge politique, monsieur le sénateur.
Le mensonge politique se trouve plutôt dans la position de certains de vos
amis. Je fais allusion à une personne qui, aujourd'hui, occupe une position
importante au RPR, qui était contre le vote en 1992, qui a dit ensuite qu'elle
l'avait accepté et qui, hier, tout à coup, a dit : « Je l'ai accepté, mais
néanmoins je suis de nouveau contre. »
Il y a là quelque ambiguïté, vous le reconnaîtrez.
Si je voulais aller plus loin, mais je m'en abstiendrai, je pourrais déborder
sur d'autres matières que l'euro. En fait, la clarté politique, c'est de se
présenter à des élections en disant avec qui on veut faire alliance, et le
mensonge politique, c'est de se présenter à des élections, fussent-elles
régionales, en nouant des alliances par derrière.
(Protestations sur plusieurs travées du RPR.)
M. Charles Pasqua.
Nous ne sommes pas concernés par cette dernière considération.
M. Dominique Strauss-Kahn,
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Certes !
Mme Danielle Bidard-Reydet.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à Mme Bidard-Reydet.
Mme Danielle Bidard-Reydet.
Je souhaite tout d'abord répondre en quelques mots à notre collègue M.
Barnier.
Je lui dirai calmement que nous n'avons pas l'habitude de donner de leçon et
que nous éprouvons quelques difficultés à accepter le contenu de son
intervention, notamment les adjectifs qu'il a employés à l'égard de notre
collègue et de l'ensemble du groupe.
Mme Hélène Luc.
Très juste !
Mme Danielle Bidard-Reydet.
Le débat a été, je crois, de haut niveau.
M. Christian Poncelet,
président de la commission des finances. Oui.
Mme Danielle Bidard-Reydet.
Des conceptions très différentes se sont exprimées, les orateurs et oratrices
ont exposé, les uns et les autres, avec authenticité ce qu'ils pensaient.
Monsieur Barnier, l'avenir tranchera et une certaine prudence s'impose quant à
l'appréciation que nous pouvons porter sur l'avenir de notre société. Donc, de
grâce pas de leçons !
La parité d'une monnaie est-elle un instrument de politique économique ou le
but de cette même politique ? C'est un peu à cette question que nous sommes
confrontés avec la mise en oeuvre de la troisième phase de l'Union économique
et monétaire au travers de la mise en place de l'euro, pour lequel nous avons
rappelé, et nous continuons de rappeler, n'en déplaise à certains, nos
inquiétudes et nous voulons attirer l'attention de nos concitoyens sur la
gravité des conséquences de sa mise en oeuvre.
Je crains fort - mes camarades et collègues également - que les peuples des
différents pays de l'Union européenne n'aient, dans les années à venir, à
supporter, au nom du maintien de la parité de l'euro, des politiques
budgétaires restrictives.
Par cette logique de monnaie forte, on continuera donc à privilégier, d'une
part, la réduction de la dépense publique, d'autre part, la confirmation de
l'ensemble des prélèvements effectués auprès du plus grand nombre de
contribuables possible.
On peut par exemple s'attendre, dans cette logique, à la remise en cause,
notamment au travers des pouvoirs importants conférés au système européen de
banques centrales de toute autre politique que celle consistant à réduire les
dépenses sociales, les dépenses d'investissement de l'Etat et des autres
administrations publiques, ainsi qu'à la pérennisation des prélèvements fiscaux
sur la consommation populaire.
La logique du pacte de stabilité budgétaire de caractère ultralibéral, c'est,
selon notre appréciation, plus d'impôts et moins de redistribution.
Tout cela pour pouvoir, si l'on peut dire, disposer d'une monnaie forte liée
aux marchés financiers internationaux et au développement de la guerre
économique.
La guerre économique ne se gagne pas autrement que dans le cadre du
développement des potentiels de créativité et de croissance que recèle le
travail des salariés, dans les domaines de la production, de la recherche et de
l'innovation.
C'est parce que nous sommes favorables à une autre construction européenne,
s'appuyant sur de véritables coopérations entre les peuples, profitable à tous,
facteur de croissance et d'emplois, oeuvrant pour une meilleure qualité de la
vie, que nous refusons fortement ce raisonnement monétariste et que nous
voterons, bien entendu, l'amendement présenté par Marie-Claude Beaudeau.
M. le président.
Mes chers collègues, je voudrais attirer votre attention sur le fait qu'un
certain nombre d'entre vous souhaitent encore s'exprimer sur les amendements et
que j'ai reçu de nombreuses demandes d'explication de vote sur l'ensemble. Je
souligne qu'à cette heure, si je suspends la séance, nous ne pourrons reprendre
nos travaux qu'à vingt-trois heures.
Si nous poursuivons maintenant jusqu'au terme du débat, j'aimerais que ce soit
d'une manière telle que chacun puisse s'exprimer, mais de façon suffisamment
concise pour que nous puissions en finir dans des délais raisonnables.
M. Charles Pasqua.
Il ne reste que deux amendements !
M. le président.
Monsieur le président de la commission des finances, j'aimerais connaître
votre sentiment sur la suite de nos travaux.
M. Christian Poncelet,
président de la commission des finances. Monsieur le président, les
indications que vous venez de donner me conduisent tout naturellement à
souhaiter que nous en terminions dès maintenant. Mais pour cela, mes chers
collègues, j'ai besoin de votre compréhension. N'oubliez pas que nos
collaborateurs qui nous aident dans l'accomplissement de notre mission et qui
travaillent depuis ce matin ont droit à quelque repos.
M. Charles Pasqua.
Manifestons notre solidarité aux fonctionnaires !
M. Christian Poncelet,
président de la commission des finances. Je vous remercie mon cher
collègue ! Cette solidarité se manifesterait parfaitement si chacun faisait un
effort de concision dans ses interventions.
(Applaudissements.)
M. le président.
Dans ces conditions, nous poursuivons l'examen des amendements n°s 11 et 12
rectifié.
Nous en étions parvenus aux explications de vote sur l'amendement n° 11.
M. Christian de La Malène.
Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. de La Malène.
M. Christian de La Malène.
Soyez sans crainte, monsieur le président, je serai extrêmement bref.
Je voudrais faire deux remarques à la suite de l'intervention de M. le
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
Qu'il se rassure, je connais le contenu de l'article 105 et de l'article 2 du
traité, mais je sais également quelle est la priorité qui est donnée à la
banque centrale. Personne ne peut le contester.
En réalité, je n'ai pas très bien compris quelle était la position du
Gouvernement.
M. Charles Pasqua.
Il est contre !
M. Christian de La Malène.
Je n'ai pas compris s'il était contre, s'il s'en remettait à la sagesse du
Sénat ou s'il estimait qu'il n'avait aucune importance. Sans doute suis-je un
peu sourd, mais je n'ai rien entendu.
M. Dominique Strauss-Kahn,
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Je demande la
parole.
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Dominique Strauss-Kahn,
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Monsieur de La
Malène, je ne crois pas du tout que vous soyez sourd, mais il n'y a pire sourd
que celui qui ne veut entendre...
Le Gouvernement a dit que cet amendement ne lui convenait pas parce qu'il
était superflu et qu'en conséquence il en demandait le rejet.
M. Christian de La Malène.
Monsieur le président, je le maintiens !
M. le président.
Je considère donc que vous avez expliqué votre vote sur votre amendement n° 1
rectifié.
Mes chers collègues, je vous rappelle que nous sommes en train de discuter de
l'amendement n° 11.
M. Emmanuel Hamel.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Hamel.
M. Emmanuel Hamel.
Cet amendement, je le voterai parce que, ne me sentant aucunement lié par un
souci qui serait d'ordre politicien, je considère qu'il nous commande de
choisir, en tant que Français, entre une attitude de rejet et une attitude
d'acceptation d'un processus qui, à travers l'euro, implique l'abandon de la
souveraineté monétaire de la France et nous conduit à voir disparaître une
partie de nous-mêmes.
Que demande cet amendement ? Il demande un grand débat national. Monsieur
Barnier, vous devriez être content de voir le parti communiste répondre à votre
attente d'un débat national sur ce sujet fondamental !
La France doit-elle cesser d'être elle-même ? Doit-elle renoncer à son
indépendance ?
L'Europe qu'on lui propose doit-elle être celle de l'abandon de sa
souveraineté ou celle de la coopération avec d'autres Etats, mais lui
permettant de rester elle-même ? Voilà un grand débat !
Autre débat : cette politique que l'on va nous imposer ne sera-t-elle pas
fondamentalement - vous le savez, mais vous n'osez l'affirmer ! - une politique
monétariste, inspirée par les marchés financiers, conduite sous la pression de
la finance, et où l'homme sera floué, roué, meurtri ? Je reprends à dessein les
mots d'Aragon, car il y a là une convergence avec le parti communiste.
Nous avons combattu ensemble l'occupation nazie. Aujourd'hui, je me retrouve
avec les communistes pour combattre l'occupation de la France par le dogme
monétariste, dans l'oubli de l'homme et dans l'acceptation de la perte de notre
souveraineté.
Le débat que demande cet amendement, il faudra bien l'entreprendre, monsieur
le ministre. Si modeste que je sois, j'estime, au risque d'y laisser ma peau,
devoir y contribuer parce que j'aime tant la France que je ne veux pas sa
disparition.
Cet amendement demande également que, sur le problème de la monnaie unique, le
peuple soit consulté par voie de référendum.
Monsieur Barnier, vous connaissez l'histoire mieux que moi puisque vous avez
été choisi pour être ministre, alors que, moi, je n'ai jamais été qu'un simple
parlementaire. Mais j'ai réfléchi sur l'histoire ! Notre pays a connu des
rebonds. Après Waterloo, grâce au Congrès de Vienne, nous avons réémergé et
nous avons évité la destruction. Après Sedan, ce furent des décennies de
pensées sur la ligne bleue des Vosges, monsieur Poncelet ! « Pensez-y toujours,
n'en parlez jamais ! » Et puis, il y eut la revanche !
Nous avons subi la défaite, l'Occupation et, après cinq ans de combat, ce fut
encore la résurrection, grâce au général de Gaulle et à tous ceux qui l'avaient
suivi dans la Résistance.
Alors, dans l'histoire d'un peuple, il est des moments où l'on doit faire
appel à lui pour, quand il s'est trompé, lui donner la possibilité de
reconnaître son erreur et de choisir une autre voie, celle de la sagesse, celle
de sa survie. Bien sûr, notre peuple doit s'adapter au monde moderne, mais il
ne saurait le faire au prix de sa propre disparition !
Voilà pourquoi je trouve tout à fait fondé, et historiquement important, qu'on
insiste, au risque de mécontenter le pouvoir, sur le devoir démocratique d'un
appel au peuple pour lui demander si véritablement, sachant ce qu'est le traité
de Maastricht et conscient de ses conséquences, il accepte de demeurer dans cet
engrenage, d'être broyé et de disparaître, ou si, dans un sursaut de sagesse,
il se ressaisit pour redevenir lui-même, prêt à coopérer avec les autres
peuples, mais sans abdiquer sa souveraineté.
M. le président.
Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 11, repoussé par la commission et par le
Gouvernement.
(L'amendement n'est pas adopté.)
Mme Hélène Luc.
M. Hamel ne regrettera pas d'avoir voté avec nous !
M. le président.
Je vais mettre aux voix l'amendement n° 1 rectifié.
M. Jean-Philippe Lachenaud.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Lachenaud.
M. Jean-Philippe Lachenaud.
Je veux seulement indiquer que les sénateurs du groupe des Républicains et
Indépendants voteront l'amendement présenté par le groupe du RPR.
M. Bernard Angels.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Angels.
M. Bernard Angels.
J'ai écouté avec attention les explications de M. de La Malène mais cet
amendement reste, à mes yeux, superflu.
Soit vous faites référence à l'Union économique et monétaire dans son
ensemble, et nous ne pouvons que partager votre souci de voir la croissance et
l'emploi constituer pour elle un objectif général. Mais c'est déjà ce
qu'affirme l'article 105. Dès lors, pourquoi le rappeler puisque le texte de la
résolution rectifiée répond à votre préoccupation ?
Soit vous réécrivez en fait l'article 105 afin que l'objectif de la politique
monétaire soit à la fois la stabilité des prix, la croissance et un niveau
d'emploi élevé. Dans ce cas, vous demandez au Gouvernement d'aller à l'encontre
du traité qui a été accepté par le peuple.
Par ailleurs, dans la deuxième partie de votre amendement, vous indiquez que
le système européen de banques centrales doit remplir ses missions dans le
respect des orientations arrêtées par le Conseil, et cela n'emporte davantage
ma conviction.
Soit vous faites référence aux missions de change. Dans ce cas, vous proposez
aux gouvernements des Etats membres d'appliquer ce qui est prévu dans le traité
: le système européen de banques centrales est bien soumis au Conseil ECOFIN
pour les politiques de change. Il vous faudrait, à tout le moins, rectifier
votre amendement.
Soit, enfin, vous visez la politique monétaire, mais vous remettez alors en
cause l'indépendance du système européen de banques centrales, c'est-à-dire une
des dispositions principales du traité ratifié par les Français. Dans cette
hypothèse, proposer aux gouvernements des Etats membres d'appliquer le traité
de l'Union européenne pour ne pas le respecter est tout à fait inacceptable.
M. le président.
Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 1 rectifié, repoussé par le Gouvernement.
Je suis saisi d'une demande de scrutin public émanant du groupe du RPR.
Il va être procédé au scrutin dans les conditions réglementaires.
(Le scrutin a lieu.)
M. le président.
Personne ne demande plus à voter ?...
Le scrutin est clos.
(Il est procédé au comptage des votes.)
M. le président.Voici le résultat du dépouillement du scrutin n°
87:
| Nombre de votants | 314 |
| Nombre de suffrages exprimés
| 298 |
| Majorité absolue des suffrages | 150 |
| Pour l'adoption
| 218 |
| Contre | 80 |
Vote sur l'ensemble