Séance du 27 mai 1998
M. le président.
« Art. 42 AA. - I. - Il est inséré, dans le code des assurances, après
l'article L. 322-2-3, un article L. 322-2-4 ainsi rédigé :
«
Art. L. 322-2-4. - A la clôture de chaque exercice, le conseil
d'administration ou le directoire établit un rapport de solvabilité écrit. Ce
rapport expose les conditions dans lesquelles l'entreprise garantit, par la
constitution des provisions techniques suffisantes dont les modalités de calcul
et les hypothèses retenues sont explicitées et justifiées, les engagements
qu'elle prend à l'égard des assurés, rappelle les orientations définies en
matière de placements, présente et analyse les résultats obtenus et indique si
la marge de solvabilité est constituée conformément à la réglementation
applicable. Le rapport de solvabilité contient obligatoirement une analyse des
conditions dans lesquelles l'entreprise est en mesure, à moyen et long termes,
de faire face à l'ensemble de ses engagements.
« Le rapport de solvabilité mentionné au précédent alinéa est communiqué aux
commissaires aux comptes. »
« II. -
Non modifié. »
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion
commune.
Par amendement n° 48 rectifié, M. Lambert, au nom de la commission des
finances, propose de rédiger ainsi le second alinéa du texte présenté par le I
de cet article pour l'article L. 322-2-4 du code des assurances :
« Le rapport de solvabilité est diffusé dans les mêmes conditions que le
rapport de gestion, sous réserve du secret des affaires. »
Par amendement n° 22 rectifié
bis, MM. Massion, Régnault, Mme
Bergé-Lavigne, MM. Angels, Charasse, Haut, Lise, Miquel, Moreigne, Sergent et
les membres du groupe socialiste et apparentés proposent de rédiger comme suit
le deuxième alinéa du texte présenté par le I de cet article pour l'article L.
322-2-4 du code des assurances :
« Les dispositions de la loi n° 66-537 du 24 juillet 1966 sur les sociétés
commerciales relatives au rapport de gestion mentionné à l'article 340 de
ladite loi sont applicables au rapport de solvabilité, sous réserve du secret
des affaires. Le rapport de solvabilité est communiqué à la commission de
contrôle des assurances. »
La parole est à M. Lambert, rapporteur, pour présenter l'amendement n° 48
rectifié.
M. Alain Lambert,
rapporteur. Le rapport de solvabilité n'a d'intérêt que s'il est diffusé
largement, en particulier auprès des actionnaires et des membres de l'assemblée
générale. Une diffusion limitée aux seuls commissaires aux comptes, comme le
propose l'Assemblée nationale, prive ce rapport de toute utilité.
Cela étant, il va de soi que cette diffusion doit s'effectuer sous le respect
de la confidentialité qui s'attache au secret des affaires.
M. le président.
La parole est à M. Massion, pour présenter l'amendement n° 22 rectifié
bis.
M. Marc Massion.
Par cet amendement, nous proposons de rétablir, en le précisant, le texte que
notre assemblée avait, sur notre initiative, voté en première lecture, avec
l'accord du Gouvernement.
Le texte qui nous revient de l'Assemblée nationale, en limitant très
strictement la diffusion du rapport de solvabilité, remet en cause le souci de
transparence qui sous-tendait notre proposition initiale.
Eu égard à cette préoccupation, que je crois largement partagée, il nous
paraît utile et même nécessaire de donner au rapport de solvabilité une
diffusion suffisante pour permettre aux actionnaires, notamment, d'en prendre
connaissance. Personne n'a à gagner à vouloir protéger une confidentialité trop
stricte qui risquerait vite de devenir suspecte.
Cela dit, je suis tout à fait conscient des réserves que peut susciter une
diffusion trop large de certaines informations. C'est ce qui motive la
restriction que nous apportons dans la nouvelle rédaction de l'amendement et
qui tend à préserver le secret des affaires, par exemple en matière de
tarification. Cela devrait permettre de lever les craintes des
professionnels.
M. Michel Charasse.
Très bien !
M. le président.
Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n° 22 rectifié
bis
?
M. Alain Lambert,
rapporteur. La commission pense que la préoccupation de M. Marc Massion,
auquel je veux rendre hommage puisque nous travaillons sur un texte dont il est
en grande partie l'auteur, est satisfait par l'amendement de la commission des
finances. Je lui propose, par conséquent, de se rallier à celui-ci. Il verra
ainsi l'achèvement de l'oeuvre dont il a entamé la réalisation lors de la
première lecture.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements n°s 48 rectifié et 22
rectifié
bis ?
M. Christian Sautter,
secrétaire d'Etat. Je crois que les deux amendements ne font pas assez la
distinction entre l'information que les compagnies d'assurance doivent diffuser
à l'attention d'un très large public - rapport annuel, rapport de gestion,
rapport des commissaires aux comptes - et ce rapport de solvabilité, qui
présente une certaine spécificité en ce qu'il doit contenir des informations
tout à fait confidentielles, relevant du secret commercial : par exemple les
modalités de calcul des provisions techniques, que l'on n'est pas censé mettre
sur la place publique.
Si ce rapport de solvabilité est largement diffusé, comme le proposent les
auteurs des deux amendements, on court le risque de le voir considérablement
édulcoré, en tout cas privé de toute une série d'informations importantes que
les commissaires aux comptes doivent obtenir mais qu'il n'est peut-être pas
opportun de révéler à tout le monde.
Le Gouvernement est donc défavorable aux deux amendements, car il est
important que le rapport de solvabilité renferme effectivement un certain
nombre d'informations qui relèvent du secret commercial. Dès lors, il doit être
relativement peu diffusé.
M. le président.
Monsieur Massion, l'amendement n° 22 rectifié
bis est-il maintenu ?
M. Marc Massion.
Je ne vois pas très bien quel intérêt il y aurait à publier un rapport que
personne ne lirait.
M. Michel Charasse.
Justement, il ne serait pas publié !
M. Marc Massion.
Si l'on est d'accord sur le principe d'un rapport de solvabilité, il faut
qu'il soit utile, qu'il soit lu et qu'il ait donc un minimum de destinataires,
étant entendu qu'un certain nombre d'informations ne peuvent être divulguées,
et cela est précisé dans les deux amendements.
Je remercie M. le rapporteur d'avoir bien voulu reprendre notre proposition
initiale et, ainsi qu'il l'a souhaité, je retire l'amendement n° 22 rectifié
bis au profit de l'amendement n° 48 rectifié.
M. le président.
L'amendement n° 22 rectifié
bis est retiré.
M. Christian Sautter,
secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Christian Sautter,
secrétaire d'Etat. Je voudrais apporter une précision à M. Massion.
La transmission à la commission de contrôle des assurances que vous proposiez
est opportune. Mais la diffusion ne saurait aller au-delà, sous peine de voir
ce rapport complètement édulcoré.
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 48 rectifié, repoussé par le Gouvernement.
M. Emmanuel Hamel.
Je vote contre !
(L'amendement est adopté.)
M. le président.
Personne ne demande la parole ? ...
Je mets aux voix l'article 42 AA, ainsi modifié.
(L'article 42 AA est adopté.)
Article 42 AC