Séance du 27 mai 1998
M. le président.
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion
commune.
Par amendement n° 15, Mme Beaudeau et les membres du groupe communiste
républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 62, un article
additionnel ainsi rédigé :
« I. - Les sommes perçues en réparation des préjudices visés aux articles 9 et
11 de la loi n° 82-1021 du 3 décembre 1982 modifiée ne sont pas comprises dans
le total des revenus servant de base à l'impôt sur le revenu.
« II. - Les pertes de recettes sont compensées par une majoration à due
concurrence des droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des
impôts. »
Par amendement n° 28, MM. Marquès, Herment et Lesbros proposent d'insérer,
après l'article 47
ter, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Les sommes perçues en réparation des préjudices visés aux articles 9 et
11 de la loi n° 82-1021 du 3 décembre 1982 relative au règlement de certaines
situations résultant des événements d'Afrique du Nord, de la guerre d'Indochine
et de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas comprises dans le total des
revenus servant de base à l'impôt sur le revenu.
« II. - Les pertes de recettes pour l'Etat provoquées par le paragraphe I sont
compensées à due concurrence par un relèvement des droits prévus aux articles
575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Loridant, pour défendre l'amendement n° 15.
M. Paul Loridant.
Cet amendement tend à assurer l'exonération fiscale des rappels de traitement
perçus par les fonctionnaires anciens combattants, conformément à la position
prise par Lionel Jospin, alors candidat à l'élection présidentielle, le 12
avril 1995 dans une lettre adressée aux présidents des associations
concernées.
Voici ce que disait M. Jospin : « S'agissant de l'indemnisation obtenue en
réparation de préjudices de carrière accordée au titre de la loi du 3 décembre
1982, j'observe également les mesures dilatoires de l'actuel gouvernement « -
celui de M. Balladur - » afin de ne pas vous accorder le bénéfice de
l'exonération fiscale. Là aussi, cette manière de procéder est tout à fait
regrettable et témoigne d'un plus grand souci de ratiocination que de
justice.
« Il est tout à fait anormal, comme vous l'ont indiqué MM. Claude Estier et
Raymond Courrière, que l'exonération fiscale ne vous soit pas accordée, comme à
tous les autres rapatriés, sur ces sommes. C'est une inégalité de traitement
manifeste, et que rien ne saurait justifier. Je prends l'engagement de faire le
nécessaire dans ce domaine pour que réparation vous soit pleinement accordée.
»
Notre amendement est donc conforme aux engagements de celui qui, entre-temps,
est devenu Premier ministre.
Monsieur le secrétaire d'Etat, nous sommes prêts à entendre vos explications
sur le bien-fondé de cet amendement. Si vous ne pouvez l'accepter aujourd'hui,
nous espérons qu'au moins il sera pris en compte dans la loi de finances pour
1999.
M. le président.
L'amendement n° 28 est-il soutenu ?...
Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n° 15 ?
M. Alain Lambert,
rapporteur. La commission a déjà émis un avis défavorable sur cet
amendement en première lecture, puisqu'il a déjà été déposé.
Même si elle reconnaît qu'il s'agit de sujets extrêmement sensibles, elle
estime qu'il n'y a, hélas ! pas lieu d'exonérer les sommes considérées, qui
sont assimilables non pas à des indemnités mais, selon son interprétation, à
des salaires différés, et à ce titre régulièrement soumises à l'impôt sur le
revenu.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement ?
M. Christian Sautter,
secrétaire d'Etat. Je vous remercie, monsieur Loridant, d'avoir développé
une argumentation étayée de citations parfaitement respectables.
En droit, l'argumentation de M. le rapporteur est pleinement justifiée ; il
s'agit, effectivement, de rémunérations différées.
Cela étant, on peut envisager, pour ceux qui, étant dans une situation
financière ou sociale particulière, auraient des difficultés à s'acquitter de
cet impôt, des remises gracieuses accordées au cas par cas.
Je veux bien, dans la perspective de la prochaine loi de finances, réfléchir
encore à cette question, car j'ai compris, monsieur Loridant, le sens de votre
amendement d'appel.
Mais, encore une fois, en la matière, le traitement au cas par cas au moyen de
remises gracieuses en faveur des personnes qui sont en difficulté financière
conjugue l'exigence de solidarité nationale et de respect dû aux personnes
concernées et l'exigence de l'application du droit, deux exigences qui nous
sont chères.
J'espère qu'après ces explications, que je voulais rassurantes, vous voudrez
bien retirer l'amendement.
M. le président.
L'amendement est-il maintenu, monsieur Loridant ?
M. Paul Loridant.
J'ai bien entendu vos propositions, monsieur le secrétaire d'Etat. Même si, je
l'avoue, elles ne m'apportent pas totale satisfaction, je note néanmoins que
vous souhaitez réfléchir encore, dans le cadre de la préparation de la loi de
finances pour 1999, et que le traitement au cas par cas permettra de faire face
aux situations les plus difficiles de ces fonctionnaires rapatriés anciens
combattants.
Dans ces conditions, je retire l'amendement, espérant que, dans la loi de
finances pour 1999, il nous sera apporté une réponse pleinement
satisfaisante.
M. le président.
L'amendement n° 15 est retiré.
Je suis maintenant saisi de deux autres amendements qui peuvent faire l'objet
d'une discussion commune.
Par amendement n° 16, Mme Beaudeau et les membres du groupe communiste
républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 62, un article
additionnel ainsi rédigé :
« I. - Sont et demeurent en vigueur les dispositions du décret n° 85-70 du 22
janvier 1985 :
« - le décret n° 94-993 du 16 novembre 1994 est abrogé ;
« - les agents dont les dossiers ont été examinés par les commissions
instituées par le décret n° 94-993 du 16 novembre 1994 auront droit à un nouvel
examen de leurs dossiers, sur demande adressée à leur administration ou service
gestionnaire.
« II. - Les pertes de recettes sont compensées par une majoration à due
concurrence des droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des
impôts. »
Par amendement n° 27, MM. Herment, Marquès et Lesbros proposent d'insérer,
après l'article 47
ter, un article additionnel ainsi rédigé :
« Les commissions administratives de reclassement paritaires prévues par la
loi n° 82-1021 du 3 décembre 1982 relative au règlement de certaines situations
résultant des événements d'Afrique du Nord, de la guerre d'Indochine ou de la
Seconde Guerre mondiale sont composées selon les conditions fixées par le
décret n° 85-70 du 22 janvier 1985. »
La parole est à M. Loridant, pour défendre l'amendement n° 16.
M. Paul Loridant.
Cet amendement reprend, dans les mêmes termes, des amendements déposés par
notre groupe ainsi que par le groupe socialiste et celui de l'Union centriste
en première lecture.
Il vise à abroger le décret Balladur du 16 novembre 1994, qui a profondément
modifié la composition, et donc le fonctionnement, des commissions
administratives de reclassement, qui traitent les dossiers des fonctionnaires
ayant servi en Afrique du Nord.
Afin de lever tout malentendu ou toute incompréhension entre nous, je me
permets de vous renvoyer aux engagements pris par M. Jospin à deux reprises :
le 12 avril 1995 - je ne relirai pas le passage qui figure dans la lettre à
laquelle j'ai fait référence tout à l'heure - et le 23 mai 1997, dans une
lettre où il écrit : « Enfin de retour aux responsabilités, nous examinerons
les conditions d'une juste représentation des rapatriés au sein des commissions
d'anciens combattants de reconstitution de carrière mise à mal par le décret de
novembre 1994, ... »
Là aussi, c'est donc une promesse du candidat à la présidence de la République
Lionel Jospin.
Le Gouvernement entend-il tenir ses promesses à l'égard des fonctionnaires
anciens combattants d'Afrique du Nord ?
M. le président.
L'amendement n° 27 est-il soutenu ?...
Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n° 16 ?
M. Alain Lambert,
rapporteur. Je m'en suis longuement expliqué en première lecture : la
commission des finances n'est pas compétente pour arbitrer une question qui
fait débat entre le groupe communiste républicain et citoyen et le
Gouvernement, et qui a trait aux engagements pris par M. Lionel Jospin.
En première lecture, le Gouvernement semble avoir donné quelques apaisements
en évoquant un renouvellement imminent des représentants. Si M. le secrétaire
d'Etat veut bien confirmer ses engagements, cela sera peut-être de nature à
rassurer M. Loridant, qui, alors, retirera son amendement.
S'il ne le fait pas, la commission émet un avis défavorable.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement ?
M. Christian Sautter,
secrétaire d'Etat. Je vais donner des apaisements, et ce de façon
répétitive, car nous avons déjà abordé cette question.
Les commissions administratives de reclassement, instituées par la loi du 3
décembre 1982, sont des commissions paritaires. La parité a été respectée. Ces
commissions n'ont pas mal travaillé puisqu'elles avaient traité 882 dossiers à
la fin de 1997. Les représentants des fonctionnaires, et eux seuls, sont
renouvelables au bout de trois ans.
Les fonctionnaires vont donc être renouvelés ; je ne pense pas que ce soit une
garantie particulière. Les commissions fonctionnent normalement.
Voilà pourquoi, en nouvelle lecture comme en première lecture, je vous demande
de bien vouloir retirer cet amendement, qui me paraît sans véritable objet,
monsieur Loridant.
M. le président.
L'amendement est-il retiré, monsieur Loridant ?
M. Paul Loridant.
Oui, monsieur le président.
M. le président.
L'amendement n° 16 est retiré.
Articles 47 quater et 48