Séance du 15 octobre 2008 (compte rendu intégral des débats)
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Sommaire
Présidence de M. Gérard Larcher
3. Transmission d'un projet de loi
5. Loi de finances rectificative pour le financement de l'économie. – Adoption définitive d'un projet de loi.
Discussion générale : Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi ; MM. Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances ; Jean-Paul Emorine, président de la commission des affaires économiques ; Philippe Darniche, Mme Nicole Bricq, MM. le président, Michel Mercier.
PRÉSIDENCE DE Mme Monique Papon
MM. Bernard Vera, Jean-Pierre Fourcade, Jean-Michel Baylet, Jacques Muller.
Mme la présidente.
MM. Jean Arthuis, président de la commission des finances ; Hervé Novelli, secrétaire d'État chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme et des services ; Éric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique.
Clôture de la discussion générale.
M. le président de la commission.
Suspension et reprise de la séance
PRÉSIDENCE DE M. Roland du Luart
Motion no 13 de Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. – Mme Marie-France Beaufils, MM. le rapporteur général, le ministre. – Rejet.
Première partie (Conditions générales de l’équilibre financier)
Articles additionnels avant l'article 1er
Amendements nos 6 rectifié de M. Jacques Muller et 14 de M. Bernard Vera. – MM. Jacques Muller, Bernard Vera, le rapporteur général, le secrétaire d'État. – Rejet de l’amendement no 6 rectifié ; rejet, par scrutin public, de l’amendement no 14.
Amendement n° 16 rectifié de M. Bernard Vera. – MM. Bernard Vera, le rapporteur général, le secrétaire d'État. – Rejet.
Article 1er et article 2 et État A. – Adoption
Adoption de la première partie du projet de loi.
Seconde partie (Moyens des politiques publiques et dispositions spéciales)
Article 3 et État B, article 4 et État C et article 5. – Adoption
Articles additionnels avant l’article 6
Amendement n° 17 de M. Bernard Vera. – Mme Marie-France Beaufils, MM. le rapporteur général, le secrétaire d'État. – Rejet.
Amendement n° 18 rectifié de M. Bernard Vera. – MM. Bernard Vera, le rapporteur général, le secrétaire d'État. – Rejet.
Amendement no 7 rectifié de M. Jacques Muller. – MM. Jacques Muller, le rapporteur général, le secrétaire d'État. – Rejet.
Amendement n° 15 rectifié de M. Bernard Vera. – Mme Marie-France Beaufils, MM. le rapporteur général, le secrétaire d'État. – Rejet par scrutin public.
MM. Jean-Pierre Chevènement, Bernard Vera.
Amendements nos 9 et 10 de Mme Nicole Bricq. – MM. François Marc, le rapporteur général, le secrétaire d'État, Mme Nicole Bricq, M. le président de la commission. – Retrait des deux amendements.
Amendement n° 1 de M. Jacques Muller. – MM. Jacques Muller, le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Rejet.
Amendement n° 2 de M. Jacques Muller. – MM. Jacques Muller, le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Rejet.
Amendement n° 3 de M. Jacques Muller. – MM. Jacques Muller, le rapporteur général, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 21 de M. Bernard Vera. – Mme Marie-France Beaufils, MM. le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Rejet.
Amendement n° 4 de M. Jacques Muller. – MM. Jacques Muller, le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Rejet.
Amendement n° 23 de M. Bernard Vera. – MM. Bernard Vera, le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Rejet.
Amendements nos 22 et 25 de M. Bernard Vera. – Mme Annie David, MM. le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Rejet des deux amendements.
Amendement n° 11 de Mme Nicole Bricq. – Mme Nicole Bricq, MM. le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Retrait.
Amendement n° 12 de Mme Nicole Bricq. – Mme Nicole Bricq, MM. le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Rejet.
Amendement n° 24 de M. Bernard Vera. – MM. Bernard Vera, le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Rejet.
Amendement n° 19 de M. Bernard Vera. – Mme Marie-France Beaufils, MM. le rapporteur général, le secrétaire d'Etat, le président de la commission, Mme Dominique Voynet, M. le ministre. – Rejet par scrutin public.
Amendements identiques nos 5 de M. Jacques Muller et 20 de M. Bernard Vera. – M. Jacques Muller, Mme Marie-France Beaufils, MM. le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. – Rejet des deux amendements.
Mme Dominique Voynet.
Adoption de l’article.
Article additionnel après l'article 6
Amendement n° 8 de M. Jacques Muller. – MM. Jacques Muller, le rapporteur général, le secrétaire d'Etat, Guy Fischer, le président de la commission. – Rejet.
MM. Nicolas Alfonsi, Jacques Muller, Mme Dominique Voynet, MM. Bernard Vera, Jean-Pierre Fourcade.
Adoption définitive, par scrutin public, du projet de loi.
Suspension et reprise de la séance
MM. Pierre-Yves Collombat, le président.
9. Logement et lutte contre l'exclusion. – Suite de la discussion d'un projet de loi déclaré d'urgence.
MM. Jean-Paul Emorine, président de la commission des affaires économiques ; le président.
Article additionnel avant l'article 1er
Amendement n° 239 de M. Thierry Repentin. – MM. Pierre-Yves Collombat, Dominique Braye, rapporteur de la commission des affaires économiques ; Mme Christine Boutin, ministre du logement et de la ville. – Rejet.
Mmes Odette Terrade, Nathalie Goulet.
Amendements identiques nos 160 de Mme Odette Terrade et 236 de M. Thierry Repentin. – MM. Guy Fischer, Roland Courteau, le rapporteur, Mmes la ministre, Annie David. – Rejet, par scrutin public, des deux amendements.
Amendement n° 512 de Mme Odette Terrade. – MM. Guy Fischer, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendements nos 232 rectifié de M. Thierry Repentin et 2 de la commission. – Mme Bariza Khiari, M. le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet de l’amendement no 232 rectifié ; adoption de l’amendement no 2.
Amendement n° 3 de la commission. – M. le rapporteur, Mme la ministre, M. Michel Mercier. – Adoption.
Amendement n° 4 de la commission et sous-amendement no 524 rectifié de M. Thierry Repentin ; amendements nos 563 rectifié de M. Jean-Léonce Dupont, 161 de Mme Odette Terrade, 228 et 227 de M. Thierry Repentin. – MM. le rapporteur, Thierry Repentin, Daniel Dubois, Mmes Annie David, Odette Herviaux, M. Daniel Raoul, Mme la ministre. – Adoption du sous-amendement no 524 rectifié et de l'amendement no 4 modifié, les autres amendements devenant sans objet.
Renvoi de la suite de la discussion.
10. Dépôt d'une proposition de loi organique
11. Dépôt de propositions de loi
12. Dépôt d'une proposition de résolution
13. Textes soumis au Sénat en application de l'article 88-4 de la Constitution
15. Ordre du jour
compte rendu intégral
Présidence de M. Gérard Larcher
1
Procès-verbal
M. le président. Le compte rendu analytique de la précédente séance a été distribué.
Il n’y a pas d’observation ?…
Le procès-verbal est adopté sous les réserves d’usage.
2
Décès d'un ancien sénateur
M. le président. J’ai le regret de vous faire part du décès de notre ancien collègue Robert Laucournet, qui fut sénateur de la Haute-Vienne de 1968 à 1995 et vice-président du Sénat.
Je rappellerai simplement, à un moment où nous parlons de mobilisation pour le logement, que Robert Laucournet a souvent été ici, en particulier, le défenseur actif et respecté du logement social.
3
Transmission d'un projet de loi
M. le président. J’ai reçu, transmis par M. le Premier ministre, un projet de loi de finances rectificative pour le financement de l’économie, adopté par l’Assemblée nationale.
Le projet de loi a été imprimé sous le n°22, distribué et renvoyé à la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation.
4
Dépôt d'un rapport
M. le président. J’ai reçu de M. Philippe Marini un rapport fait au nom de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation sur le projet de loi de finances rectificative pour le financement de l’économie, adopté par l’Assemblée nationale (n° 22, 2008-2009).
Le rapport a été imprimé sous le n° 23 et distribué.
5
Loi de finances rectificative pour le financement de l'économie
Adoption définitive d'un projet de loi
M. le président. L’ordre du jour appelle la discussion du projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale, de finances rectificative pour le financement de l’économie (nos 22, 23).
Dans la discussion générale, la parole est à Mme la ministre. (Applaudissements sur les travées de l’UMP et de l’Union centriste.)
Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi. Monsieur le président, monsieur le président de la commission des finances, monsieur le rapporteur général, mesdames, messieurs les sénateurs, la crise financière internationale que nous avons vécue, que nous vivons encore actuellement, est à bien des égards une crise des excès.
Elle résulte tout d’abord d’un excès de spéculation, qui a conduit à l’apparition d’une bulle immobilière aux États-Unis et dans un certain nombre d’États européens, y compris dans des pays proches comme l’Irlande ou l’Espagne.
Elle résulte aussi d’un excès de crédit, en particulier aux Etats-Unis, où un système de distribution des prêts sans garde-fous a jeté tout un peuple dans une crise immobilière sans précédent.
Elle résulte également d’un excès de complexité, la profession financière ayant perdu la maîtrise des outils qu’elle avait elle-même créés.
Je n’aurai garde de passer sous silence l’excès de cupidité, se traduisant par des politiques de rémunération qui incitaient par trop à saisir immédiatement des bonus faciles pour laisser généralement à d’autres le soin de gérer plus tard des risques incommensurables.
Plus récemment, la crise a été encore aggravée par un dernier excès, celui qui a saisi les marchés depuis la défaillance de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre dernier : excès d’irrationalité et de panique chez les investisseurs et les boursiers. C’est ainsi que des entreprises industrielles peuvent aujourd’hui valoir moins que l’immeuble dans lequel elles sont logées depuis toujours !
M. Jean-Pierre Michel. Excès de libéralisme !
Mme Christine Lagarde, ministre. Face à tous ces excès, il fallait réagir avec vigueur et détermination. En effet, quand l’irrationnel prend racine au cœur du système financier, c’est toute l’économie qui menace de s’arrêter de fonctionner : c’est un drame pour l’activité économique, pour l’emploi, pour nos entreprises. Au final, c’est l’appauvrissement non pas tant des banquiers que de tout un peuple, de tout un pays.
M. Jean-Pierre Michel. Vous croyez au peuple ? C’est nouveau ! (Chut ! sur les travées de l’UMP et de l’Union centriste.)
M. Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Un peu de sérénité, monsieur le juge ! (Sourires.)
Mme Christine Lagarde, ministre. Avec ce projet de loi de finances rectificative, nous proposons d’opposer la solidité de l’État à la volatilité des marchés, la permanence de l’État à l’évanescence de la liquidité.
Il s’agit tout simplement de mettre la solidité et la permanence de l’État – par le biais de sa garantie, sur laquelle je reviendrai – au service de nos concitoyens pour vaincre la défiance.
Le plan que nous vous proposons pour relancer et réamorcer le refinancement du système financier doit nous permettre d’éviter aujourd’hui des conséquences qui pourraient être beaucoup plus graves pour l’ensemble du pays si nous ne mettions pas rapidement ces mesures en œuvre.
La force du plan du Gouvernement tient aussi au fait que celui-ci s’appuie sur un élan de toute l’Europe. Le plan adopté lundi en conseil des ministres est l’aboutissement d’un processus de coordination internationale qui a été lancé par le Président de la République, M. Nicolas Sarkozy, le 4 octobre dernier, lors du sommet européen du G4, qui s’est poursuivi à seize, le 6 octobre, avec l’Eurogroupe, puis à vingt-sept, le 7 octobre, avec les ministres de l’Ecofin.
Ce processus a ensuite été élargi aux États-Unis, au Canada et au Japon, à l’occasion de la réunion du G7 qui s’est tenue le 10 octobre, puis, le 11 octobre, à l’ensemble des pays du G20 – qui comprend notamment, entre autres pays émergents, l’Afrique du Sud, l’Inde, la Thaïlande, les pays émergents – qui sont eux aussi affectés par la situation. C’est aussi le 11 octobre que le comité monétaire et financier international du Fonds monétaire international, fort de ses 178 États membres, a endossé les principes fondamentaux de ce plan.
Ce mouvement a finalement débouché sur l’accord historique des chefs d’État et de gouvernement des seize pays membres de l’Eurogroupe, signé le 12 octobre à Paris. Cet accord est historique eu égard à la portée des engagements qui ont été pris, mais aussi parce que c’est la première fois que les chefs d’État et de gouvernement de l’Eurogroupe décident ensemble et en liaison avec la Banque centrale européenne.
M. Jean-Pierre Michel. Vive la Grande-Bretagne !
Mme Christine Lagarde, ministre. Aujourd’hui, mesdames, messieurs les sénateurs, le Gouvernement vous propose d’adapter cet accord à notre situation nationale.
Le texte présente la caractéristique d’avoir été élaboré dans l’urgence grâce à l’attention extrêmement concentrée de l’ensemble des acteurs. Imaginez un projet de loi rédigé dans une première version vendredi, examiné dimanche après-midi par le Conseil d’État, présenté lundi en conseil des ministres, réuni exceptionnellement ce jour-là, examiné par les commissions des finances des assemblées hier matin, voté à l'Assemblée nationale hier soir, et présenté au Sénat cet après-midi, après avoir fait l’objet d’un travail très fécond – je le qualifierai même de fondateur – de la part de votre commission des finances. Qu’on me permette ici d’en remercier son président et son rapporteur général. (Bravo ! et applaudissements sur les travées de l’UMP.)
Concrètement, le Gouvernement vous soumet trois mesures de bon sens, toutes fondées sur une valeur sûre : la garantie de l’État.
Nous vous proposons tout d’abord de créer une société de refinancement. Avec la crise de confiance, les banques ont aujourd’hui du mal à se financer, car elles hésitent à se prêter entre elles. Sans financement, elles arrêteront de consentir des prêts aux ménages, aux entreprises et aux collectivités locales. Ce sont l’investissement et l’emploi qui en souffriront : nous ne pouvons l’accepter.
Cette société de refinancement lèvera des fonds sur les marchés avec la garantie de l’État, ce qui lui permettra de bénéficier de taux d’intérêt particulièrement bas. L’État est en effet, aujourd'hui, l’emprunteur le plus séduisant pour les investisseurs : il est sûr. La société prêtera les ressources ainsi recueillies aux banques, qui pourront à leur tour assurer le financement normal des ménages, des entreprises et des collectivités locales.
II s’agira d’une société privée dont l’État détiendra 34 % du capital, c'est-à-dire la minorité du blocage. Elle sera présidée par M. Michel Camdessus, qui accepté cette responsabilité, et son directeur général sera M. Thierry Coste.
Au-delà des droits que lui conférera sa présence au capital, l’État exercera un contrôle étroit sur toutes les décisions susceptibles d’avoir une incidence pour le contribuable au travers de la garantie de l’État. À cet effet, en plus des administrateurs dont disposera l’État en tant qu’actionnaire minoritaire, des commissaires du Gouvernement siégeront au conseil d’administration et auront un droit de veto.
La Banque de France exercera également un contrôle, notamment quant à la qualité du collatéral, c'est-à-dire des titres apportés en garantie par les banques pour bénéficier de la mise à disposition de fonds.
Le Gouvernement souhaite enfin une structure totalement transparente. À cet effet, nous associerons la représentation nationale à son fonctionnement.
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Excellent !
Mme Christine Lagarde, ministre. C’est un travail que je souhaite mener, dans les prochains jours, en liaison avec les commissions des finances des deux assemblées.
Je souhaite à présent aborder la question de la garantie de l’État.
D’autres pays ont choisi de garantir directement l’intégralité de la dette de toutes leurs banques. Nous avons fait, en France, le choix d’une solution tout aussi efficace, mais plus protectrice des intérêts du contribuable.
Le contribuable français bénéficiera en effet de deux protections.
En premier lieu, je l’ai dit, cette société de refinancement lèvera des fonds sur les marchés avec la garantie de l’État, bénéficiant ainsi de taux d’intérêt faibles. Cette garantie de l’État a un prix, nous la facturerons.
En second lieu, les prêts que la société de refinancement fera aux banques seront assortis d’un gage, sous la forme d’actifs de bonne qualité, dont la Banque de France assurera le contrôle. Cela signifie que, si la banque emprunteuse ne parvient pas à rembourser la société de refinancement, pour quelque raison que ce soit, celle-ci pourra liquider les actifs déposés en gage par la banque défaillante pour se rembourser.
Comprenons-nous bien : il ne s’agit pas d’instaurer une structure de défaisance. Il ne s’agit pas non plus pour l’État d’acquérir des actifs comme le prévoient le plan Paulson ou le plan espagnol. L’État n’acquerra pas de titres, l’État n’allégera pas les bilans des banques sous prétexte de les remettre en état de fonctionnement. L’État donnera sa garantie à une société qui, ayant emprunté à taux bas, prêtera à un taux plus élevé, la différence entre les deux taux constituant la rémunération de l’État, en contrepartie de la garantie qu’il consent.
Voilà pour ce qui est en quelque sorte le premier guichet, celui du refinancement nécessaire pour réamorcer la pompe à liquidités, aujourd'hui totalement bloquée.
Nous vous proposons de créer par ailleurs un deuxième guichet, destiné à renforcer les fonds propres des organismes financiers qui le souhaitent et bénéficiant, lui aussi, de la garantie de l’État.
Au cours des récentes réunions internationales que j’ai évoquées, qu’elles soient européennes ou mondiales, nous avons tous constaté que les États devaient se donner les moyens, en cas de nécessité, de renforcer les fonds propres de leurs organismes financiers afin de rétablir la confiance. Cela est si vrai que les États-Unis – vous l’aurez constaté à la lecture de la presse ce matin –, qui avaient envisagé de ne réamorcer la pompe et de ne restaurer la confiance que par le biais d’une structure de défaisance, ont renoncé, en tout cas partiellement et temporairement, à l’institution d’une telle structure et décidé, eux aussi, de mettre en place deux guichets : un guichet de refinancement et un guichet de recapitalisation.
Je vous le dis très clairement : les fonds propres des banques françaises excèdent aujourd'hui largement les minima réglementaires. Pour autant, compte tenu des démarches entreprises outre-Manche et ailleurs, la France ne doit pas être en reste. Nous devons disposer des mêmes moyens que nos partenaires pour renforcer les fonds propres de nos établissements financiers, s’ils le souhaitent. Ce sera leur décision, en fonction de la stratégie qu’ils auront arrêtée.
Ce dispositif viendra compléter l’engagement pris par l’État d’intervenir pour stabiliser la situation de toute banque qui connaîtrait des difficultés.
Premier cas de figure : une banque décidera, dans le cadre de sa stratégie et compte tenu de la concurrence internationale, de demander à l’État de renforcer ses fonds propres. Second cas de figure : l’État pourra intervenir au plus haut niveau du bilan en prenant une participation dans le capital d’un établissement de crédit en difficulté.
Ces dispositifs sont la mise en œuvre des engagements solennels du Président de la République : l’État ne laissera tomber aucune des banques françaises et aucun déposant français n’aura à souffrir de la défaillance d’un établissement financier opérant sur le territoire français.
Pour ce qui est du renforcement des fonds propres – participation au capital ou participation en titres subordonnés immédiatement en dessous du capital –, nous envisageons un plafond de 40 milliards d’euros.
La troisième garantie que le Gouvernement vous propose d’adopter aujourd'hui, c’est celle que nous avons mise en œuvre pour le sauvetage du groupe Dexia. Il fallait stabiliser cette banque belge, française et luxembourgeoise, car elle représentait un risque systémique. Par ailleurs, cette banque est un financeur des collectivités locales. L’État a donc pris ses responsabilités en intervenant aux côtés des gouvernements belge et luxembourgeois.
L’urgence étant réglée, il nous fallait évidemment assurer la pérennité de l’activité. C'est la raison pour laquelle chacun des trois États a également consenti une garantie au groupe Dexia, à proportion de la part qu’il détient dans le capital du groupe, au niveau de la société de tête.
J’en viens maintenant au montant du plafond de ces garanties.
Je rappelle qu’il s’agit de garanties et non pas d’engagements. Il ne faut pas se laisser aveugler par l’impression que des milliards valsent dans tous les sens. Il est non pas question de décaisser des milliards, mais d’assortir de la garantie de l’État des mécanismes d’emprunts et de prêts, d’emprunts et de participation aux fonds propres des banques.
Il est hautement probable que ces garanties ne seront jamais mobilisées dans leur intégralité. Pour autant, il était nécessaire de prendre une mesure forte afin de restaurer la confiance.
La garantie pouvant être accordée par l’État, pour un refinancement d’un établissement de crédit ou une prise de participation au capital d’un établissement de crédit, si cela s’avère nécessaire, sera plafonnée à 360 milliards d’euros.
Ces 360 milliards d’euros se répartissent de la manière suivante : 40 milliards d’euros serviront à renforcer les fonds propres des banques et 320 milliards d’euros seront affectés au refinancement.
Ces mesures permettront bien sûr de réamorcer utilement la « pompe à finance » et de stabiliser les établissements financiers, mais nous ne réaliserions pas de grands progrès si nous ne modifiions pas le comportement des acteurs. C'est la raison pour laquelle nous demanderons aux établissements de crédit qui solliciteront soit une recapitalisation, soit un refinancement, de prendre des engagements, que nous appellerons des contreparties, dans le cadre de conventions qui, seules, permettront l’octroi de la garantie de l’État.
Nous ne pouvons pas en effet tolérer que l’État, alors qu’il s’impliquerait en permettant soit une recapitalisation, soit un refinancement, cautionne des pratiques – nous les connaissons tous – que nous n’approuvons pas.
Nous imposerons donc aux banques, dans le cadre de ces conventions, deux catégories de contreparties : des contreparties d’ordre économique, d’une part, parce que nous souhaitons contrôler l’usage qui sera fait des financements, et des contreparties éthiques, d’autre part, parce que nous ne supporterons pas la poursuite de comportements prédateurs.
Dans le cas des banques en difficulté et au capital desquelles nous entrerions au plus haut niveau, nous appliquerions tout simplement la doctrine qui a prévalu dans le cas Dexia. Les dirigeants et les actionnaires doivent supporter le fardeau de leurs erreurs et les conséquences d’une intervention de l’État au capital. Cela signifie dilution des actionnaires en place et départ des dirigeants qui ont fauté.
M. Charles Pasqua. Très bien !
Mme Christine Lagarde, ministre. Autrement dit, les dirigeants seront remerciés, les parachutes dorés resteront pliés et l’État prendra sa part dans le contrôle de la société.
Par ailleurs, nous exigerons que les refinancements obtenus par les banques et les établissements de crédit soient affectés à l’économie, c'est-à-dire aux ménages, aux entreprises et aux collectivités locales. Nous demanderons aux banques de fixer des objectifs pour le refinancement de l’économie. Ces objectifs devront être évidemment d’un montant égal ou supérieur à celui des refinancements qui seront consentis. Les directions des banques nous rendront compte régulièrement de leurs réalisations et proposeront, le cas échéant, chaque fois que nous le demanderons, des mesures correctrices.
En résumé, des volumes déterminés seront affectés au financement de l’économie et les établissements auront l’obligation de nous adresser un compte rendu régulier, mensuel sur leurs engagements et trimestriel sur leurs performances.
En matière éthique, je demanderai un encadrement strict de la rémunération des dirigeants, l’interdiction de cumuler un contrat de travail et un mandat social, le plafonnement des indemnités de départ et l’institution d’un comité des rémunérations partout où il n’en existe pas. (Applaudissements sur les travées de l’UMP et sur quelques travées de l’Union centriste. – M. Jean-Pierre Plancade applaudit également.)
Je demanderai également aux établissements qui souhaiteraient bénéficier d’un refinancement de présenter à la commission bancaire une politique de rémunération de tous leurs opérateurs. En effet, il ne faut pas simplement se concentrer sur la rémunération des dirigeants, il convient également de se pencher sur celle des opérateurs, en particulier des traders, afin que ces rémunérations n’incitent pas à des comportements excessifs et qu’elles rendent chacun tout à la fois responsable et raisonnable.
Dans un souci de transparence, je souhaite que les commissions des finances des deux assemblées soient associées à la préparation de la convention qui sera passée entre l’État et chaque banque participante. Ainsi, l’ensemble des autorités de l’État sera associé à cet effort.
Enfin, dans le cas des banques bien capitalisées, mais qui souhaitent un renforcement de leurs fonds propres, j’irai plus loin : je demanderai la renonciation aux parachutes dorés s’ils existent, l’interdiction des rachats d’actions et l’association de l’État aux performances futures de l’établissement. (Applaudissements sur les travées de l’UMP.)
Telles sont les mesures immédiates que nous vous proposons pour réamorcer la pompe, stabiliser le système et restaurer un certain nombre de boussoles éthiques et économiques que certains établissements avaient parfois perdues de vue.
Notre travail ne s’arrêtera pas là. Même si cela n’est pas prévu dans le projet de loi, nous devrons évidemment engager dans les plus brefs délais un chantier à moyen et à long terme qui concernera non seulement les établissements français, mais également les établissements européens et, plus généralement, l’ensemble des acteurs de la « planète finance ».
Cette rénovation, cette réinvention des règles de financement du capitalisme figure en tête de la liste des priorités du Président de la République, qui ne manquera pas d’évoquer ce sujet avec l’ensemble de ses partenaires dès aujourd'hui à Bruxelles, où je m’apprête à le rejoindre.
Il souhaite ensuite, afin que les mesures relatives à une meilleure régulation et à une meilleure gouvernance des systèmes financiers soient applicables, étendre ce débat au G8, à un G13 ou à un G14, en fonction de l’accord qu’il obtiendra pour cela de ses partenaires.
M. Jean-Louis Carrère. Et les amis du Fouquet’s ?
Mme Christine Lagarde, ministre. Vous l’avez compris, monsieur le président, monsieur le président de la commission, monsieur le rapporteur général, mesdames, messieurs les sénateurs, le projet de loi que vous abordez dans l’urgence est un texte important et fondateur. Je vous remercie infiniment de l’attention que vous lui accorderez et du travail que vous y avez déjà consacré.
Je demande à mon collègue Hervé Novelli, qui va me remplacer puisque je dois partir pour Bruxelles dans quelques minutes, de bien vouloir répondre à toutes vos questions et à toutes les propositions que vous formulerez. (Applaudissements sur les travées de l’UMP et de l’Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Monsieur le président, madame le ministre, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, il y a une semaine, nous débattions de la crise en termes généraux.
Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Eh oui !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet après-midi, nous en venons aux exercices pratiques avec un texte tout à fait exceptionnel pour une situation d’exception.
Madame le ministre, je tiens tout d’abord, avant que vous ne soyez contrainte de nous quitter, à vous féliciter et à vous remercier, ainsi que vos collaborateurs.
Je vous remercie en particulier de la transparence dont vous avez bien voulu faire preuve vis-à-vis du président de la commission des finances et de moi-même alors que le dispositif que vous nous soumettez n’était pas encore totalement finalisé, arrêté. En effet, au cours des négociations qui se sont déroulées durant le week-end dernier, vous avez pris soin de nous en tenir informés, puis, dans les heures qui ont suivi, vous nous avez associés à votre réflexion et à la mise au point de ce texte.
Sa rédaction est une performance, non seulement en termes de temps, mais surtout en termes de fond, car elle fait preuve d’un véritable esprit de créativité juridique et financière. Nous assistons à un retour aux fondamentaux du droit financier, c’est-à-dire à un droit financier non puisé aux sources jusque-là omniprésentes de l’univers anglo-saxon.
N’oublions pas que ce texte est, par ailleurs, la conséquence directe d’une série de réunions internationales essentielles et que le caractère très pugnace de cette séquence d’événements est tout particulièrement dû à la personnalité du président du Conseil européen en exercice, je veux naturellement parler du Président Nicolas Sarkozy. (Applaudissements sur les travées de l’UMP et sur certaines travées de l’Union centriste.)
Au demeurant, mes chers collègues, si nous observons une résurgence de l’État, nous observons également une résurgence des États en Europe. Après tout, au moins pendant ce semestre, la présidence tournante ne paraît pas être une si mauvaise institution que cela...
J’en viens au texte proprement dit, qui est bien un projet de loi de finances rectificative et non un collectif budgétaire, contrairement à l’appellation malheureuse qui est apparue assez rapidement dans le débat. Ce texte n’a rien de budgétaire,…
M. Jean-Louis Carrère. Ni de collectif ! (Sourires.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. … sauf formellement, car n’y est inscrit aucun euro de dépense supplémentaire.
Mme Nicole Bricq. Ah !
M. Philippe Marini, rapporteur général. S’il s’agit d’un projet de loi de finances rectificative, c’est pour obéir à l’heureuse discipline de la loi organique relative aux lois de finances, qui impose l’autorisation du Parlement à l’octroi d’une garantie financière par l’État.
Soit dit entre parenthèses, lors de la réunion de la commission des finances, ce matin, j’ai indiqué que c’était la première fois depuis le début de la Ve République que l’on assortissait une loi de finances rectificative d’un intitulé précis, en l’occurrence « pour le financement de l’économie ». Je le confesse, je me suis trompé, car j’ai trouvé un précédent : la loi du 21 juillet 1960 portant loi de finances rectificative pour 1960, avait pour objet, selon son intitulé, « la régularisation et l’orientation des marchés agricoles ».
M. Charles Revet. Belle référence !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Ce projet de loi comporte deux volets étroitement complémentaires : la préservation de la liquidité et celle de la solvabilité du système bancaire. Vous me permettrez, mes chers collègues, de borner mon exposé liminaire à l’article 6, qui est particulièrement innovant. Nous aborderons les articles 1 à 5 lorsque nous passerons à l’examen des amendements.
Comme je l’ai déjà indiqué à cette tribune il y a une semaine, le blocage du financement interbancaire au-delà de quelques jours porte en germe l’apparition de graves problèmes de solvabilité bilantielle pour certains établissements de crédit, parmi les plus importants pour notre économie.
L’État joue donc ici un rôle de garant en dernier ressort sur le marché interbancaire. Il ajoute une intervention spécifique et temporaire aux fonctions exercées par la Banque centrale européenne. Il ne s’agit pas de créer une banque centrale bis ou un instrument supplémentaire de création monétaire, mais de mettre en place un outil de transformation susceptible de susciter la confiance entre les établissements de crédit, entre les acteurs du marché interbancaire. Cela vise essentiellement à éviter la raréfaction, le renchérissement, voire l’effondrement du crédit, ce que les économistes appellent le credit crunch, qui est facteur de crise de l’économie réelle et que nous sommes tous en mesure de redouter.
Ce texte porte une autorisation de garantie plafonnée à 360 milliards d’euros. Mme Lagarde nous a indiqué qu’ils se répartissaient ainsi : 40 milliards d’euros seront destinés à garantir un outil public susceptible de prendre des participations en fonds propres dans les établissements de crédit et 320 milliards d’euros seront destinés à garantir le bon fonctionnement du marché interbancaire grâce à un dispositif que je m’efforcerai de résumer dans quelques instants.
Si le chiffre sur lequel on nous demande de nous prononcer est global, c’est tout simplement parce qu’il n’est pas possible aujourd’hui, à quelques milliards d’euros près, de procéder à une ventilation de façon arithmétique. Mais les ordres de grandeur sont donnés et ils sont très voisins, voire analogues à ceux des plans de même finalité de nos partenaires de la zone euro ainsi que – j’allais dire surtout – de ceux du Royaume-Uni.
Nous voyons donc se mettre en place deux outils, à savoir une société de prise de participation de l’État et une caisse de refinancement, qui ne sont pas encore créés, mais dont le régime juridique et les modalités d’intervention sont prévus par ce projet de loi. S’y ajoutent les conséquences à tirer de l’accord intergouvernemental déjà intervenu pour le sauvetage du groupe Dexia.
Mes chers collègues, 360 milliards d’euros, cela représente dix-neuf points de produit intérieur brut et plus de sept fois le déficit budgétaire prévu pour 2008 et 2009. Mais j’arrête aussitôt les comparaisons, car, je le répète, il s’agit d’un outil de nature dissuasive et le projet de loi que nous examinons n’est pas véritablement un texte budgétaire.
Néanmoins, son impact comptable sur les finances de l’État sera, à l’évidence, très significatif. Dans les semaines qui viennent, il appartiendra à l’Union européenne, en particulier à Eurostat, qui n’est en vérité qu’une unité administrative de la Commission, d’indiquer si ces opérations sont susceptibles d’entrer dans le ratio de la dette publique par rapport au produit intérieur brut et, si oui, de quelle manière.
À l’évidence, la dette que contractera la société de prise de participation sera consolidée avec celle de l’État puisque cette société appartiendra à 100 % à l’État. En revanche, pour ce qui concerne la caisse de refinancement, bien que garantie par l’État et n’intervenant que sur son ordre et pour son compte, l’interprétation est moins évidente.
Cela étant, au-delà des données dites maastrichtiennes, l’important est l’appréciation macroéconomique, et celle-ci est moins liée aux finesses des classifications comptables bruxelloises.
J’en viens à la caisse de refinancement ou société de refinancement comme l’appelle le texte, car elle comporte des éléments tout à fait innovants et essentiels.
Elle agira un peu comme une pompe aspirante et refoulante. D’une certaine manière, c’est comme si l’on implantait un pacemaker pour s’assurer que le muscle cardiaque projette le liquide financier à un rythme régulier dans tout l’organisme économique. (Sourires.) Espérons que ce pacemaker ne sera que temporaire et que nous pourrons nous en passer dès que la crise que nous vivons actuellement sera derrière nous !
Ses concours seront assortis de nombreuses contreparties.
Tout d’abord, l’État accordera sa garantie à titre onéreux. Le coût sera donc refacturé aux établissements bénéficiaires.
Ensuite, le montant des prêts alloués aux établissements sollicitant le guichet dépendra de la qualité des actifs financiers qu’ils apporteront en gage, en garantie ou en pension à la caisse de refinancement. Une équipe issue de la Banque de France ou de la Commission bancaire assurera la cotation de ces différentes catégories d’actifs financiers, de telle sorte que les montants de crédit alloués dépendent bien de la nature des garanties ou des contre-garanties ainsi apportées par les bénéficiaires.
En outre, le taux des concours, taux de marché, dépendra de la qualité de la signature des bénéficiaires. Cela signifie que l’on examinera les risques à partir de l’analyse des bilans et de la connaissance que les marchés ont de l’actif et du passif de chacun des établissements bénéficiaires.
Enfin, et Mme Lagarde a justement insisté sur ce point essentiel, les décisions seront en réalité prises davantage par le ministre de l’économie que par la caisse elle-même. Chaque fois que la garantie de l’État sera engagée, un arrêté ministériel le permettra. Chaque fois qu’un établissement demandera à accéder à ces concours, il devra souscrire une convention, non avec la caisse de refinancement, mais avec l’État lui-même.
Cette convention comportera deux types de conditionnalité : l’un de nature comportementale, l’autre de nature économique et financière.
S’agissant du comportement, qu’il me suffise de dire synthétiquement qu’il sera demandé aux établissements bénéficiaires de bien se tenir dans un monde difficile et en crise, leurs dirigeants étant concernés au premier chef par cet appel, de manière à éviter tout mode de rémunération ou toute posture qui serait incomprise de l’opinion, dans une phase où l’on risque de demander bien des efforts à nos concitoyens et aux différentes catégories d’agents économiques.
Quant aux contreparties de nature économique et financière, elles représenteront simplement la nécessaire traçabilité des sommes allouées : il s’agira de s’assurer qu’elles ne sont pas thésaurisées par les établissements mais bien investies en crédits. (M. Jean-Louis Carrère s’exclame.)
M. Carrère a-t-il des questions à formuler à ce sujet ?
M. Jean-Louis Carrère. Je trouve votre discours un peu long ! (Manifestations d’approbation sur les travées du groupe socialiste.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. Rassurez-vous, mon cher collègue, je ne vais pas tarder à aborder ma conclusion. Si vous avez des préconisations, je serai très heureux de les entendre tout à l’heure ! (Rires et applaudissements sur les travées de l’UMP.)
M. Charles Pasqua. Là, ce ne sera pas long !
M. Philippe Marini, rapporteur général. La seconde conditionnalité portera donc sur les crédits aux ménages, aux entreprises, aux collectivités territoriales, afin de s’assurer que les banques ne « profitent » pas de cette procédure simplement pour renforcer leur trésorerie.
Un sénateur du groupe socialiste. C’est toute la question !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cela signifie, mes chers collègues, et je conclurai sur ce point, que nous devons être extrêmement vigilants, même si l’examen de ce texte est nécessairement bref. De même, nous devrons suivre très attentivement le bon déroulement des procédures au cours des mois qui viennent ainsi que leur dénouement lorsque l’économie aura repris une allure de croisière.
Cela veut dire que Parlement, qui accorde la garantie, devra être dûment informé de ce que l’on en fait. Il ne s’agit pas seulement de comptes rendus. Il s’agit de bien comprendre, et Mme Lagarde s’y est engagée dans son intervention liminaire, comment sera établie la convention type qui servira de guide aux relations entre la caisse de refinancement et les établissements de crédit qui la solliciteront. C’est un premier élément.
J’observe en outre que les commissions des finances, leurs membres, leurs présidents, leurs rapporteurs généraux ont, du fait de la loi organique, toutes capacités de contrôle sur pièces et sur place, dès lors que les finances publiques sont directement ou indirectement impactées par un tel dispositif. Monsieur le secrétaire d’État, je vous l’annonce par avance : nous n’en abuserons pas, mais nous en userons certainement. (Très bien ! sur les travées de l’UMP.)
Enfin, il peut paraître logique que, sous une modalité ou sous une autre, des représentants du Parlement puissent être parties prenantes dans un organe de surveillance ou en tant que censeurs dans un organe collégial d’administration de la caisse de refinancement. Car celle-ci, on l’a souligné, est destinée à avoir un capital mixte avec, d’un côté, les banques de la place qu’il faut motiver pour qu’elles fassent fonctionner le système et, de l’autre, disposant d’une minorité de blocage, l’État, éventuellement accompagné de la Caisse des dépôts et consignations.
Voici, mes chers collègues, les quelques observations que la commission des finances souhaitait formuler sur ce texte extrêmement important et novateur, que nous appelons à adopter dans la même version que l’Assemblée nationale. (Applaudissements sur les travées de l’UMP, ainsi que sur certaines travées de l’Union centriste.)
M. le président. La parole est à M. le président de la commission des affaires économiques.
M. Jean-Paul Emorine, président de la commission des affaires économiques. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, après plusieurs semaines d’un incendie financier dévastateur pour l’équilibre mondial, le feu semble aujourd’hui contenu.
M. Jean-Louis Carrère. Ça, ce n’est pas sûr !
M. Jean-Paul Emorine, président de la commission des affaires économiques. Le texte que nous examinons cet après-midi, traduction nationale des engagements pris en commun par l’Eurogroupe le week-end dernier, est l’outil enfin efficace pour ramener les marchés à une certaine raison. La détermination du Président Sarkozy a été payante et, chacun sur ces bancs doit s’en réjouir, le possible écroulement du système a été évité.
En revanche, aucun d’entre nous ne peut se satisfaire de ce que la catastrophe ait été si proche. Une réflexion sur l’organisation et le contrôle de l’industrie financière doit être engagée sans attendre, afin d’aboutir rapidement à des mesures concrètes, efficientes et applicables à tous les acteurs financiers internationaux.
De même, personne ne peut cacher que l’avenir à court terme reste sombre, incertain pour notre économie, fragile pour les échanges mondiaux, dangereux pour la croissance.
En effet, les diverses mesures de sauvegarde prises avant le week-end dernier, tant outre-Atlantique qu’en Europe, ont été inefficaces. En effet, les marchés ont tout simplement anticipé la contagion de la crise financière à l’économie réelle et n’ont pas considéré que les moyens mis en œuvre jusqu’alors étaient de nature à l’éviter.
Cette contagion, nous l’observons dès à présent : le crédit interbancaire qui se tarit, c’est le crédit aux entreprises, aux collectivités locales et aux particuliers qui s’assèche. C’est l’investissement qui s’interrompt, le marché de l’immobilier qui se retourne, la consommation qui ralentit, les carnets de commande qui ne se remplissent plus, les trésoreries qui fondent, l’activité qui stagne.
Les entreprises, et au premier rang les plus petites d’entre elles, ont commencé par réduire les heures supplémentaires et l’intérim ; aujourd’hui, elles ne recrutent plus, et le risque existe que, demain, elles licencient. Chacun de ces effets alimentant et aggravant les autres, le cycle économique est véritablement sous tension.
Voilà en quoi cette crise n’est pas que financière ; voilà pourquoi il ne s’agissait pas simplement d’un ajustement, comme en connaissent les marchés lorsque éclate une « bulle » déconnectée du reste de l’activité économique ; voilà pourquoi il était indispensable d’intervenir massivement afin de restaurer la confiance.
Pour autant, le feu couve encore. Aussi, au-delà du présent projet de loi de finances rectificative, je souhaite saluer les initiatives prises par le Gouvernement ces derniers jours. Dans le contexte nouveau créé par les décisions du week-end, elles sont de nature à éviter le pire.
Je pense tout d’abord au déblocage de 8 milliards d’euros des fonds disponibles du livret de développement durable à destination des PME, comme aux 9 milliards d’euros provenant du livret d’épargne populaire orientés vers les entreprises de taille intermédiaire, entreprises auxquelles vous avez, monsieur le président, porté une attention toute particulière lors de l’examen de la loi de modernisation de l’économie.
Je pense aussi aux financements supplémentaires de 5 milliards d’euros mobilisés par l’établissement public OSEO pour soutenir les entreprises, qu’elles soient PME ou grands donneurs d’ordres.
À cet égard, toutefois, permettez-moi de suggérer que l’élargissement des bénéficiaires du dispositif « Avance plus » ne porte pas préjudice aux collectivités locales auxquelles il était jusqu’ici destiné. En effet, nos collectivités pourraient, elles aussi, être durement touchées par les tensions actuelles sur le crédit, et il serait dramatique pour l’activité économique locale qu’elles reportent leurs investissements. Du reste, si les PME n’avaient plus de commandes publiques, cela annihilerait en partie les soutiens financiers que leur consent par ailleurs, directement ou indirectement, la puissance publique.
S’agissant toujours des collectivités, nous savons, car nos élus locaux nous en alertent régulièrement, que les banques imposent actuellement des conditions de financement extrêmement rudes qui accroissent le coût du crédit et engagent les collectivités qui empruntent sur des durées de plus en plus longues, notamment par le renchérissement des indemnités de remboursement anticipé.
Monsieur le secrétaire d’État, il est essentiel que les soutiens que l’État accordera aux banques à la faveur du plan autorisé par le présent projet de loi soient conditionnés par un retour à des pratiques normales, non pénalisantes pour les emprunteurs.
Cela est particulièrement vrai pour Dexia puisque l’État en est maintenant actionnaire : avoir sauvé la banque des collectivités locales n’a de sens et d’intérêt que si elle renonce à présenter des offres dégradées de crédit à ses clients principaux. Je crois pouvoir dire que le Sénat tout entier, du fait de son rôle, vous fait cette demande, car il se place résolument aux côtés des collectivités territoriales.
Je voudrais aussi rendre hommage aux partenaires sociaux, gestionnaires de l’UNEDIC, qui ont décidé vendredi dernier d’accorder aux PME confrontées à des difficultés de trésorerie un report d’un ou deux mois, selon leur taille, de l’appel de leurs cotisations d’assurance chômage.
C’est une décision courageuse du régime, même si, comme ses gestionnaires, je suis convaincu qu’il s’agit d’un calcul payant : mieux vaut financer un report de paiement que supporter une diminution nette des cotisations en raison de faillites plus nombreuses. Au demeurant, ces faillites pèseraient non seulement sur les recettes mais aussi sur les charges, puisqu’elles s’accompagneraient inévitablement de licenciements, et donc d’un accroissement du nombre de chômeurs à indemniser.
Il reste que la part des cotisations chômage dans les charges des entreprises est relativement minime et que la question se pose de savoir si l’État, à côté du vaste effort qu’il consent pour sauver le système bancaire, n’aurait pas aussi intérêt à favoriser un mécanisme de report similaire pour les autres cotisations sociales, voire de le décider lui-même pour la fiscalité des PME.
Il est vrai que la puissance publique intervient déjà de manière considérable pour rétablir un système économique privé chancelant, mais les circonstances exceptionnelles qui le conduisent à agir de la sorte peuvent justifier de parachever son effort par toute mesure de nature à réduire le nombre des faillites, frappant notamment des PME, qui ne vont pas manquer malheureusement de survenir dans les prochaines semaines.
À cet égard, la crise que nous subissons fait resurgir un débat que nous avons eu ici voilà quelques mois sur les délais de paiement. Vous vous souvenez certainement, monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, chacun s’accordait à reconnaître que la diminution substantielle du crédit interentreprise qui allait nécessairement résulter du passage du délai à soixante jours au maximum devait, pour être supportable, être accompagnée d’une augmentation à due proportion du crédit bancaire. Or, évidemment, l’accès des entreprises à ce crédit ne s’est pas ouvert davantage ces derniers mois ; il s’est même rétréci.
Dans ces conditions, je ne crois pas qu’il soit opportun de rouvrir le débat de principe : nos discussions en séance ont été longues et le Parlement a adopté un dispositif qui tend à ramener la France dans la moyenne de ses partenaires européens en la matière. Naturellement, nous espérons tous que les efforts louables du Gouvernement pour restaurer une certaine fluidité du crédit porteront leurs fruits. Aussi, monsieur le secrétaire d’État, je soutiens votre approche consistant à ne pas remettre aujourd’hui en cause la date de mise en œuvre de la réforme, soit le 1er janvier 2009.
Si, malgré le texte que nous adopterons tout à l’heure, malgré l’action de l’État, il s’avérait par exemple que, à la fin du mois de novembre, les conditions d’obtention des prêts bancaires restent relativement tendues et ne retrouvent pas le niveau qui était le leur au moment de l’adoption de la loi de modernisation de l’économie, ne serait-il pas sage, alors, d’envisager un report de la mesure ?
Les craintes exposées par le président Larcher, par notre rapporteur, Élisabeth Lamure, ainsi que par plusieurs de nos collègues lors du débat au Sénat sur l’équilibre de nombreuses filières importantes de notre économie pourraient se révéler fondées. Dans ce cas, qui aurait intérêt à fragiliser encore davantage des entreprises qui supportent, par leur activité, l’ensemble d’un secteur ?
Monsieur le secrétaire d’État, si l’accès « normal » au crédit n’était pas rétabli dans les six semaines qui viennent, le Gouvernement serait-il toujours opposé à un report de la mise en œuvre des nouveaux délais de paiement ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Bonne suggestion !
M. Jean-Paul Emorine, président de la commission des affaires économiques. Je regrette d’avoir à vous poser cette question, car elle témoigne de la gravité de la situation.
À l’instar de beaucoup de nos concitoyens, je suis en colère, car cette situation était évitable : nous n’aurions pas eu à la subir si le capitalisme mondial avait été encadré, comme c’est traditionnellement le cas en France, par des mécanismes de régulation fixés et contrôlés par la puissance publique. Notre système bancaire et financier est régulé et il a mieux résisté que les autres. En tant que président de la commission des affaires économiques, je suis bien placé pour savoir que notre système énergétique est régulé, de même que notre système de communications, et que notre système de transport ferroviaire va l’être prochainement.
M. Bernard Piras. Pour combien de temps ?
M. Jean-Paul Emorine, président de la commission des affaires économiques. L’économie ne peut pas être soumise au diktat des idéologies : la faillite des systèmes socialistes l’a prouvé au xxe siècle (Applaudissements sur les travées de l’UMP)…
Plusieurs sénateurs socialistes. Et la faillite du libéralisme ?
M. Jean-Paul Emorine, président de la commission des affaires économiques. …et je pense qu’aujourd’hui nous avons échappé de peu à une faillite causée par un libéralisme sauvage, obnubilé par l’appât du gain immédiat, se souciant comme d’une guigne de la croissance à long terme.
Aussi, le texte que nous examinons aujourd’hui ne saurait être une fin : au contraire, il n’a de sens que s’il est un point de départ, celui d’une réflexion devant conduire à une plus grande régulation mondiale du système économique et financier.
À cet égard, je ne peux que rendre hommage, monsieur le président, à l’initiative que vous avez évoquée dans votre discours d’hier, consistant à créer une commission mixte, associant l’Assemblée nationale et le Sénat, chargée de réfléchir à l’avenir du système financier ainsi qu’aux nouvelles régulations qui s’imposent. Je soutiens pleinement cette démarche, qui me semble essentielle, tout en vous assurant que la commission des affaires économiques participera activement, à la place qui est la sienne, à tous les efforts entrepris pour rendre à l’économie sa mission véritable : assurer une croissance durable pour le bénéfice de tous. (Applaudissements sur les travées de l’UMP.)
M. le président. Dans la suite de la discussion générale, la parole est à M. Philippe Darniche.
M. Philippe Darniche. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, la crise exceptionnelle que nous connaissons est une véritable crise du capitalisme sauvage et débridé. Elle manifeste tout à la fois l’échec du mondialisme, la dissociation excessive du capital et du travail dont l’enjeu majeur demeure la prise de risque, la fin rapide et prévisible de la mondialisation béate.
À l’heure où nous débattons, nos concitoyens constatent qu’il ne reste que les États pour garantir leur sécurité économique et sociale, car seules les réponses nationales sont efficaces pour sortir de cette crise et rétablir au plus vite le crédit, la confiance et le pouvoir.
Devant la gravité de la situation, il était urgent de reprendre en main ce système. Je salue, à cet égard, la réactivité du Président de la République et du Gouvernement, qui ont proposé un plan de sauvetage de notre système bancaire, lequel a été fragilisé par ricochet à la suite de la crise américaine.
Monsieur le secrétaire d'État, après les mesures annoncées par le Président de la République, je me réjouis du retour du primat du politique sur l’économie, qui se traduit par la garantie par l’État des crédits interbancaires.
Il était urgent d’apporter, à travers ce projet de loi de finances rectificative, la garantie de l’État sur les dépôts, sans toutefois faire payer un tel plan par les seuls contribuables français.
À cet égard, monsieur le secrétaire d'État, je souhaite vous poser deux questions.
Tout d’abord, quelle sera, concrètement, la forme de garantie prise par l’État dans le cadre de la caisse de garantie et de la caisse de prise de participation ? Qu’est-ce qui sera facturé et comment, afin de favoriser la reprise nécessaire de l’efficacité des liquidités interbancaires ?
En outre, quel sera l’impact concret, dans les prochains mois, sur le renchérissement du crédit pour les particuliers et les entreprises ?
En effet, un tel dispositif ne peut être viable que si les normes prudentielles deviennent indissociables de sanctions à l’encontre des financiers qui, par leur inconscience ou leur immoralité, se sont rendus responsables d’une telle catastrophe. Ces sanctions indispensables, mes chers collègues, nécessitent le vote en urgence d’une loi sur les parachutes dorés, qui ont provoqué la chute vertigineuse que nous connaissons et subissons malheureusement. Il est de notre devoir de parlementaires de veiller scrupuleusement à l’application des sanctions promises par le Président de la République contre les « prédateurs » responsables de cette crise financière catastrophique, et non se contenter benoîtement d’une petite charte éthique.
Monsieur le secrétaire d'État, alors que le pouvoir politique et souverain demande depuis des mois à Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, de baisser les taux, force est de constater avec regret qu’il ne le fait toujours qu’en catastrophe et sous la pression. Il est urgent de ne plus se laisser dicter ses choix par les banquiers de Bruxelles.
J’exhorte le Président de la République, actuellement président de l’Union européenne, à exiger de la BCE qu’elle baisse unilatéralement ses taux d’intérêts, car, à mes yeux, c’est une mesure essentielle, qui permettra aux banques de se refinancer et d’éviter un effondrement de l’économie nationale.
Cela dit, ne nous leurrons pas : la crise bancaire et financière vient sanctionner de plein fouet une économie virtuelle devenue folle. Il est temps de revenir raisonnablement à une économie du réel.
Afin de ralentir une propagation de la crise bancaire, financière et sociale dans notre pays, on pourrait imaginer un moratoire sur les prêts-relais qu’au moins 30 000 Français ne peuvent plus payer. En effet, si l’État en fait beaucoup pour les banquiers, il faut aussi en faire beaucoup pour les ouvriers.
Je souhaite que le Président de la République impose immédiatement à la Commission de Bruxelles un plan de relocalisation des entreprises avec l’instauration d’une protection européenne, seule mesure capable d’éviter la propagation de la crise financière à l’économie réelle et de stopper les délocalisations.
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. La TVA sociale, encore et toujours ! (Sourires.)
M. Philippe Darniche. Très concrètement, nous devons, par une loi de sauvegarde, empêcher les fonds souverains de venir racheter nos entreprises dans un contexte économique et financier très tendu.
En conclusion, j’exprimerai le vœu que l’on étudie les conséquences négatives de cette crise sur l’emploi et sur nos PME-PMI.
Il faut que la France profite de la brèche ouverte dans les critères de Bruxelles pour mettre en place un plan de relocalisation en faveur de l’industrie, de l’agriculture et de la pêche françaises.
Je souhaite, pour ma part, après le geste important accompli par le Gouvernement en faveur de l’avenir financier des PME-PMI, que des dispositions d’incitation soient mises en place dans les plus brefs délais pour faire bénéficier les jeunes entreprises, qui sont véritablement la clef de voûte de cette sortie de crise, des prêts de courte de durée garantis par l’État.
En effet, cette crise se répand comme une traînée de poudre, affectant l’activité professionnelle de la plupart de nos entrepreneurs. Se voir accorder un crédit par son banquier, devenu très frileux, est en train de devenir un rêve inaccessible pour la plupart d’entre eux. Cela est inacceptable, car les entrepreneurs sont, je le répète, la clef de voûte de la création d’emploi. Soutenons nos PME-PMI, étant donné l’ampleur de l’enjeu que représente la création d’emploi dans notre pays.
Monsieur le secrétaire d'État, ayant compris le plan que vous nous proposez, alors que l’heure est grave, je pense que le Président de la République et le Gouvernement ont eu la réactivité nécessaire. Par conséquent, en accord avec l’ensemble de mes collègues non inscrits, je voterai en faveur de ce projet de loi. (Applaudissements sur les travées de l’UMP.)
M. le président. La parole est à Mme Nicole Bricq.
Mme Nicole Bricq. Monsieur le président, mes chers collègues, les membres du groupe socialiste trouvent assez regrettable – les qualités de M. Hervé Novelli, secrétaire d’État, envers qui nous ne voulons pas être désobligeants, ne sont évidemment pas en cause – que M. le Premier ministre ne vienne pas au Sénat assister à un débat aussi important, comme le prouve le nombre de collègues présents dans l’hémicycle en cet instant.
M. Guy Fischer. C’est scandaleux !
Plusieurs sénateurs de l’UMP. Il est à Bruxelles !
Mme Nicole Bricq. Bien sûr, nous savons bien que les fonctions ministérielles ont leurs exigences, mais Mme la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi est partie et M. le ministre des comptes publics, qui est tout de même concerné, est absent…
Mme Nicole Bricq. Tant mieux ! Quoi qu’il en soit, ces absences cumulées sont tout de même fort regrettables s’agissant d’un débat aussi important ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)
M. Jean-Michel Baylet. Vous avez raison ! Et le respect pour le Parlement ?
M. le président. Ma chère collègue, je veux simplement préciser que M. le Premier ministre m’a informé qu’il assistait actuellement, avec le Président de la République, au Conseil européen, qui se tient aujourd’hui et demain.
J’ai souhaité que Mme Lagarde ouvre la discussion générale. M. Novelli est présent dans l’hémicycle et M. Woerth nous rejoindra dans une dizaine de minutes. (Applaudissements sur les travées de l’UMP.)
Mme Nicole Bricq. Je vous remercie de cette précision, monsieur le président.
Dimanche, le Président de la République, en présentant avec ses collègues de l’Eurogroupe le plan d’urgence, nous a appelés à « refonder le capitalisme ».
Mme Lagarde, lors de son exposé introductif, nous a indiqué que l’actuelle crise était une crise des excès, après avoir dit à l’Assemblée nationale qu’il fallait condamner et corriger les excès du système.
Mes chers collègues, pour les membres du groupe socialiste, c’est la logique même du système qui pose problème.
Je ne veux pas revenir sur le débat général que nous avons eu la semaine dernière et au cours duquel mon collègue François Marc a exposé la thématique générale des causes et des conséquences de cette crise, pas plus que sur les propos que j’ai tenus hier, au nom de mon groupe, lors de la réunion préalable au Conseil européen d’aujourd’hui et de demain. Mais vous êtes-vous interrogés sur le fait que des financiers ont conçu aux États-Unis un produit – les subprimes –, qui a engendré la crise initiale de l’immobilier ? Il s’agissait de permettre à des ménages de s’endetter alors qu’ils n’avaient pas la capacité de rembourser. On a ainsi « refilé » le risque – pardonnez-moi l’expression – au monde entier !
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Le mistigri !
Mme Nicole Bricq. Vous êtes-vous demandé pourquoi un produit de cette nature avait été créé ? Je vais vous donner une explication, qui doit nous conduire tous à nous poser quelques questions.
En vingt ans, le rapport entre la rémunération du capital et celle du travail n’a fait qu’évoluer au profit du premier et au détriment du second. Dans le même temps, par idéologie, on a fait croire à des pauvres gens qu’en s’endettant, ils s’enrichissaient et participaient à la croissance, et malheureusement ils l’ont cru !
Comment peut-on pallier de tels déséquilibres sans s’interroger sur la logique même du système et sur ce fameux rapport capital-travail ?
Aux États-Unis, la croissance, qui, comme vous le savez, a été réelle pendant quinze ans, a profité à 1 % des Américains, c’est-à-dire aux détenteurs des plus hauts revenus.
Il s’agit donc bien d’une crise du système et non de ses excès. On ne moralise pas le capitalisme. Vous savez très bien que, selon la formule du général de Gaulle, le capitalisme n’est ni moral, ni immoral, il est amoral. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)
Telle est notre conviction. C’est pourquoi notre appréciation est radicalement différente de celle du Président de la République et de Mme Lagarde.
Quoi qu’il en soit, le plan d’urgence a été adopté sur l’initiative du Premier ministre britannique travailliste et le Président de la République a su convaincre la Chancelière allemande d’y adhérer. Nous lui savons gré de l’action qu’il a déployée ces dernières semaines, sans ménager ses efforts, et loin de nous de le critiquer sur ce point.
Aujourd’hui, nous est soumise la première traduction législative concrète de ce plan.
Monsieur le rapporteur général, nous avons longuement débattu lors de la réunion de la commission des finances ce matin. Les questions qui restent pendantes sont évidemment celles qu’ont posées les membres du groupe socialiste sur ce projet de loi de finances rectificative, mais aussi celles qu’ont soulevées de nombreux collègues de la majorité.
En effet, ce que l’on nous demande aujourd'hui, c’est d’adopter au plus vite – M. le rapporteur général nous invite à un vote conforme – un plan d’urgence qui, par définition, a été préparé à toute vitesse. Et, faute de temps, il ne s'agit même pas de le ratifier comme nous le faisons des ordonnances puisque, celles-ci, le Parlement a toujours la possibilité de les encadrer – et nous ne privons pas de le faire ici, au Sénat.
Pour que notre débat soit utile, il doit donc orienter et encadrer l’action de l’exécutif, qui sera amené à agir vis-à-vis des établissements bancaires par le biais soit de la caisse de refinancement, soit de la société de prise de participation de l’État.
Pour ma part, monsieur le rapporteur général, je pense que les articles 1er à 5 du projet de loi méritent d’être évoquées dans cette discussion générale parce qu’ils ont trait au contexte financier dans lequel va s’inscrire le plan d’urgence. Et c’est pour cette raison que je regrette l’absence du ministre chargé des comptes publics.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il va arriver !
Mme Nicole Bricq. Ces articles, comme c’est toujours le cas dans une loi de finances rectificative, dressent l’état de nos finances publiques. Ils nous indiquent que, indépendamment même de la crise financière aiguë qui s’est révélée ces derniers jours, les recettes ont diminué de 5 milliards d'euros et la charge nette de la dette a bondi de 4 milliards d'euros. Autant dire qu’avant même l’exécution totale de ce budget nous nous trouvons déjà en grande difficulté financière.
Cette situation est le reflet du ralentissement économique : chers collègues de la majorité, comme nous ne cessons de vous le rappeler depuis un an et demi, l’économie réelle se trouve d'ores et déjà en difficulté, …
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cela ne nous avait pas échappé !
Mme Nicole Bricq. … ce qui pèse sur les comptes publics. Ceux-ci ne feront que se dégrader, comme nous le constaterons lorsque nous examinerons le collectif budgétaire de fin d’année. Ce texte constitue donc bien une loi de finances rectificative.
Néanmoins, je centrerai, moi aussi, mon intervention sur l’article 6 du projet de loi, qui nous conduit à poser plusieurs questions relatives tant au mécanisme d’appel en garantie qu’à l’impact de ces mesures sur les finances publiques.
L’appel en garantie de l’État sera-t-il ou non comptabilisé dans la dette publique au sens des critères de Maastricht ? Ce débat est peut-être superficiel ; il n’en reste pas moins qu’à l’Assemblée nationale, cela ne m’a pas échappé, le ministre chargé des comptes publics a utilisé le conditionnel : l’appel en garantie de l’État « devrait » être comptabilisé hors dette publique. Quoi qu'il en soit, c’est une certitude, il n’améliorera pas la situation de nos finances !
Monsieur le rapporteur général, je sais que vous vous en remettez sur ce point à Eurostat.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Non, ce problème m’est indifférent, car cela ne change pas la réalité !
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. La seule chose qui compte, c’est la réalité !
Mme Nicole Bricq. Nous sommes d'accord ! Mais la réalité, c’est que nos finances sont déjà très dégradées et que l’accroissement de la dette pèsera énormément sur le service de celle-ci – c’est d'ailleurs déjà le cas – et nous privera de toute marge de manœuvre pour soutenir les ménages, les entreprises et les collectivités territoriales dans la récession qui est déjà perceptible.
Nos interrogations portent aussi sur les garanties qui seront apportées par l’État au refinancement des banques. L’article 6 du projet de loi évoque les fameuses conventions qui seraient signées entre l’État et les établissements faisant appel à cette garantie. Or ces dispositions nous posent véritablement un problème.
En effet, ces conventions seraient assorties de « conditionnalités », pour reprendre le terme que vous avez utilisé, monsieur le rapporteur général, qui porteraient sur l’éthique et sur la destination de ces liquidités, afin de soutenir l’économie réelle. Il ne vous aura pas échappé, mes chers collègues – et M. le rapporteur général nous l’a rappelé tout à l'heure –, que ce texte porte dans son titre non pas seulement la mention de « projet de loi de finances rectificative », mais aussi celle de « financement de l’économie ».
En ce qui concerne les conditions liées au respect de règles éthiques – un point qui est tout de même essentiel –, pensez que nous parlons de centaines de milliards d'euros ! Or, quand un particulier, une entreprise ou une collectivité territoriale négocie un crédit, on lui demande d’apporter un certain nombre de garanties ; et le prêt n’est pas accordé facilement, surtout dans la période actuelle.
J’ai bien écouté tout à l'heure Mme Lagarde : comme elle l’avait d'ailleurs déjà fait auparavant, elle a affirmé que la convention renverrait à un code de bonne conduite (M. le secrétaire d'État manifeste son désaccord), qui pourrait être celui qui a été proposé par le MEDEF.
Souffrez, monsieur le secrétaire d'État, que nous préférions un mécanisme législatif ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)
Ici même, depuis des mois, nous ne cessons de vous proposer de limiter les rémunérations indirectes, comme les stock-options, les parachutes dorés et les « retraites-chapeau », et jamais vous ne nous avez écoutés ! Nous en tirons la conclusion que vous ne souhaitez pas inscrire une telle mesure dans la loi. Si vous voulez l’inclure dans les conventions, pourquoi ne pas le faire dès maintenant ?
De notre côté, nous utiliserons la première ou la deuxième niche parlementaire qui sera réservée au groupe socialiste afin de déposer une proposition de loi relative à la rémunération des dirigeants, car la situation actuelle ne peut perdurer.
Certains pays – j’attire votre attention sur ce point, mes chers collègues – ont déjà adopté de telles dispositions. Et quand on observe les plans d’action concertés qui sont engagés en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, on constate que les conditionnalités imposées aux banques sont beaucoup plus strictes que celles qui nous ont été annoncées par Mme la ministre de l’économie. Par exemple, nous savons que le Parlement néerlandais a légiféré dès le mois de septembre dernier afin de limiter les rémunérations des dirigeants, et qu’il a utilisé précisément l’outil de la fiscalité. Nous devons adopter une mesure de ce genre et nous ferons une proposition en ce sens, comme vous auriez pu le faire depuis longtemps !
L’autre condition porte sur l’orientation de ces liquidités vers l’économie réelle. Toutefois, disons-le, rien dans la rédaction qui nous est proposée ne va en ce sens : nous n’avons que l’engagement verbal que ces liquidités iront effectivement aux ménages, aux entreprises et aux collectivités territoriales.
Ce matin même, en compagnie de notre collègue Jean-Jacques Jégou, j’ai participé à un petit-déjeuner avec la Fédération bancaire française : pour l’instant, nous ne disposons d’aucune garantie écrite, ce qui nous conduira lors de la discussion des articles à proposer plusieurs amendements.
En effet, nous ne voulons pas seulement que les commissions des finances des assemblées soient associées à la rédaction des conventions types qui seront déclinées ensuite pour chaque établissement. Nous souhaitons aussi – et je crois, si j’ai bien écouté votre discours d’hier, monsieur le président, que vous serez sensible à cette préoccupation – que l’opposition ne soit pas mise à la portion congrue dans le contrôle que le Parlement doit exercer sur ces conventions.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Nous les contrôlerons ensemble !
Mme Nicole Bricq. Il s'agira là d’un premier gage de votre bonne volonté, qui orientera la suite des débats menés entre l’opposition et la majorité.
En effet, nous sommes particulièrement sceptiques quant aux codes de bonne conduite généraux et aux conventions particulières qu’ils inspireraient.
Nous nous interrogeons aussi, comme l’a fait ce matin notre collègue Alain Lambert, dont nous aurions pu reprendre les propos à notre compte, sur ce que j’appellerai la « condition de territorialité ». À quel type d’établissements s’appliqueront ces conventions ? En effet, comme vous le savez, mes chers collègues, les établissements bancaires qui se trouvent présents en France sont soit des filiales de grands groupes, soit des sociétés qui possèdent elles-mêmes des filiales, y compris dans des paradis fiscaux.
Or un grand groupe dont une filiale est implantée dans un paradis fiscal ou un établissement qui serait lui-même la filiale d’une société ayant son siège dans un tel pays auront-ils accès à ces financements s’ils les sollicitent ? Il s'agit là, me semble-t-il, d’une question importante.
Nous nous interrogeons également sur les actifs qui seraient apportés par les établissements ayant accès à la caisse de refinancement. On nous a affirmé que ces actifs devraient être « de qualité », ce qui nous amène à vous poser deux questions, monsieur le secrétaire d'État.
Tout d'abord, qu’appelle-t-on un « actif de qualité » à l’heure où les banques affirment ne pas forcément connaître tous les titres qu’elles détiennent en portefeuille, compte tenu des « pilules toxiques » qui ont irrigué l’ensemble de la finance mondiale ? Y a-t-il une liste de ces valeurs ?
Ensuite, s’il existe de bons actifs, il en reste de mauvais. Où sont-ils ? Cette mesure ne va-t-elle pas entraîner une dégradation de la cotation de l’établissement et, partant, de son accès au marché des capitaux ?
Nous nous interrogeons sur la gouvernance, sur le rôle que la Banque de France ou la Commission bancaire seraient appelées à jouer, et que vous devez clarifier, monsieur le secrétaire d'État.
Quelle sera la place de l’État ? Selon nous, il doit être très présent, car l’expérience montre qu’on ne peut s’en remettre aux seuls acteurs de marché.
Nous nous interrogeons enfin sur le vingtième alinéa de l’article 6, qui prévoit un cas de « super-urgence », dans lequel le ministre chargé de l’économie et des finances peut agir seul, immédiatement, sans passer par le mécanisme quelque peu complexe prévu par la loi. Cette clause de « super-urgence » peut parfaitement se comprendre compte tenu de la nécessité de faire face à la crise, mais elle n’est nullement encadrée et nous ne disposons d’aucun élément concernant sa mise en œuvre.
J’en arrive à ma conclusion. Monsieur le secrétaire d'État, allons-nous enfin être entendus quand nous soulignons qu’« il est temps de remettre l’économie dans le bon sens », une expression que j’emprunte à M. Michel Camdessus et qui se trouve dans un très intéressant entretien qu’il a accordé aux Échos. Voilà tout de même un an et demi que nous vous le répétons, et jusqu’à présent, nous n’avons pas été entendus !
Certes, l’urgence est financière. C’est vrai, sans financement, il n’y a pas d’économie. Mais la crise économique qui était déjà latente est désormais patente, et nous allons vers la récession.
La Commission européenne a revu de moitié les prévisions de croissance de la zone euro, notre pays traverse – ce n’est d'ailleurs pas une nouveauté – une grave crise sociale. Or vous ne changez rien aux choix que vous avez opérés voilà dix-huit mois. Aucune annonce ne nous donne à penser, non pas que vous allez renier ce que vous avez fait – vous aviez pris des engagements, nous le comprenons, et vous suiviez votre logique –, mais que cette crise sert au moins à rectifier les erreurs qui ont été commises.
Monsieur le secrétaire d'État, on ne peut pas continuer de cette façon ! Voilà dix-huit mois que, de loi de finances en projet de loi, vous persistez dans cette voie. J’ai encore dans les oreilles notre discussion du mois de juillet dernier sur la loi de modernisation de l’économie. Vous nous proposiez à cette époque, qui n’est pas lointaine, un texte visant, selon vous, à « libérer les énergies ». (Marques d’ironie sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)
M. Jean-Pierre Godefroy. Eh oui !
M. Guy Fischer. On peut en parler !
Mme Nicole Bricq. Rappelez-vous, c’était là votre expression fétiche ! Et la place financière de Londres était sans cesse votre référence. Vous affirmiez que la place de Paris devait la concurrencer.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Grâce à la crise, ce sera encore plus le cas !
Mme Nicole Bricq. Toutes les mesures que vous avez votées, et que nous avons combattues, sur l’attractivité, la défiscalisation et l’encouragement aux hauts revenus ne visaient que cet objectif.
M. François Marc. De même que le bouclier fiscal !
Mme Nicole Bricq. Quand le Premier ministre, voilà quelques jours, nous a appelés à l’union nationale et en a appelé à notre sens du devoir, …
Mme Nicole Bricq. … n’était-ce pas une défense, ne s’agissait-il pas de masquer votre responsabilité, votre défaillance à répondre à la fois à la crise économique et à l’urgence sociale ?
M. Robert Badinter. Très bien !
Mme Nicole Bricq. Nous reconnaissons qu’il y a urgence à légiférer. Mais bien des questions restent pendantes au moment où vous nous demandez de nous prononcer sur ce projet de loi de finances rectificative.
J’ai entendu dire que, dans la majorité, vous vous plaigniez de notre comportement : « Les socialistes, on ne sait jamais ce qu’ils pensent ! Ils vont s’abstenir au Sénat comme ils l’ont fait à l’Assemblée nationale ! » Eh bien, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, si je ne vous ai pas permis de comprendre les raisons pour lesquelles nous nous abstenons alors que nous saluons ce plan d’urgence, c’est que nous peinons vraiment à nous faire entendre de la majorité et du Gouvernement. Écoutez-nous, et tout ira bien mieux ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)
M. le président. La parole est à M. Michel Mercier.
M. Michel Mercier. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, j’aborderai la discussion de ce texte de la façon la plus humble qui soit : d’éminents spécialistes ayant détaillé avant moi l’historique de la crise que nous traversons et toutes les mesures qui nous sont proposées, je me bornerai à expliquer pourquoi le plan qui nous est soumis semble bon au groupe de l’Union centriste.
Les grands techniciens de la finance sont probablement quelque peu responsables de la chute qui nous a entraînés dans le gouffre que nous savons. Cette crise financière sans précédent, qui a conduit au blocage du système de financement de l’économie réelle, est avant tout due à la « surtechnicisation » de l’économie financière.
Il est tout de même permis de s’interroger : pourquoi Dexia, banque chargée du financement des collectivités locales en Belgique et en France, est-elle allée acheter au fin fond des États-Unis une banque chargée du crédit hypothécaire ? (M. Jean-Claude Peyronnet applaudit.) À chacun son métier ! Or des produits financiers de plus en plus sophistiqués ont été inventés sans que personne ne sache avec exactitude en quoi ils consistaient, ni ce qu’ils représentaient, non plus que ce qu’étaient leurs liens avec l’économie réelle.
Après le blocage de l’économie financière est donc très naturellement survenu celui de l’économie réelle. C’est pourquoi, en participant, à la place qui est la nôtre, à la réalisation du plan que le Gouvernement nous soumet, nous avons le souci non pas seulement de l’économie financière, mais aussi de l’économie réelle. Le blocage du marché interbancaire, qui est au cœur de la crise, signifie le passage de la crise financière à la crise économique.
Tout au long de ces derniers jours, nous avons assisté à une crise systémique : les choses chancelaient les unes après les autres, sans que nul ne puisse enrayer ce processus.
Plusieurs plans nationaux se sont succédé. Les responsables américains ont présenté le plan Paulson – sûrement très bon –, qui, bien que doté d’un nombre impressionnant de milliards de dollars, n’a à peu près rien résolu.
Il en va exactement de même pour les solutions strictement nationales mises en œuvre en Europe. L’échec du plan allemand en est la preuve.
Ce qui nous semble très intéressant, c’est la mise en œuvre d’une solution coordonnée au niveau européen : elle a été de nature sinon à arrêter la crise financière, du moins à nous permettre d’en sortir.
Monsieur Gouteyron, je comprends qu’il vous soit un peu difficile d’admettre ce caractère européen (M. Adrien Gouteyron le conteste), mais le plan est européen, et c’est parce qu’il est européen qu’il a réussi.
M. Jean-Pierre Chevènement. L’Europe des nations !
M. Michel Mercier. Je m’exprime au nom d’un groupe qui croit à la construction européenne et qui ne prône donc pas l’effacement des États et des nations. Deux exemples extrêmement différents et intéressants – celui du conflit en Géorgie et celui de la crise financière que nous venons de vivre – prouvent que le seul cadre pertinent d’action est le cadre européen : un État qui agit seul ne peut pas réussir et, a contrario, des États qui œuvrent de concert dans le cadre européen peuvent trouver une solution.
Cette relance de l’Europe, qui a su se faire entendre, notamment face aux États-Unis, et montrer ce qu’elle sait faire, nous redonne espoir.
Je sais que la crise n’est pas terminée ; je sais que les difficultés techniques dues à la vente de produits tellement alambiqués qu’ils se sont révélés n’être que des coquilles vides, ce qui a encore fait grimper leur prix, va perdurer pendant de nombreux mois encore. Ce qui nous redonne espoir, c’est cette action que les États européens ont su mener ensemble, qu’il s’agisse du G4, du G7, de l’Eurogroupe ou des Vingt-Sept.
Cette réunion des États dans le cadre européen est probablement la meilleure façon de relancer l’Europe, de lui permettre de s’exprimer et, de ce fait, de redonner l’espoir aux citoyens français, comme à l’ensemble des citoyens européens.
Nous avons ainsi assisté à l’avènement d’un mode de gouvernance européenne extrêmement intéressant.
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Très bien !
M. Michel Mercier. L’Europe, désormais, répond aux situations de crise et s’affranchit de ses propres procédures. C’est là quelque chose de fondamental. L’Europe a prouvé qu’en cas d’urgence elle était capable de trouver en elle-même les ressources pour aller à l’essentiel, sortir de la crise, en dépassant ses règles et ses procédures, qui nous ont tellement fâchés avec la construction européenne. Voilà ce que nous avons vu cet été et cet automne.
Nous avons assisté, ces derniers jours, à l’émergence, à côté de l’euro, d’un gouvernement économique européen, émergence que, ici même, nous avions si souvent appelée de nos vœux.
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Bien sûr !
M. Michel Mercier. Nous la devons aussi – il faut le reconnaître, même si ce n’est pas mon style de faire ce genre de compliment – au Président de la République, qui préside l’Union européenne.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Très bien !
M. Michel Mercier. Il faut savoir dire les choses telles qu’elles sont si l’on veut que des améliorations s’ancrent dans la réalité.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Eh oui !
M. Michel Mercier. Nous aurons, demain, encore beaucoup de pain sur la planche. Si la crise financière a quelque chose d’artificiel, la crise économique est, elle, bien réelle et va peser sur les citoyens, notamment les épargnants, les déposants et les petites et moyennes entreprises – ce sont eux qu’il nous faut aider et sauver –, ainsi que, plus largement, sur toute notre économie.
La relance de l’économie ne pourra se faire, elle aussi, qu’au niveau européen, voire mondial. Élaborer un nouveau système financier, renforcer la régulation et favoriser le retour des politiques est fondamental.
Le texte qui nous est soumis aujourd’hui est très technique, nous l’avons vu, mais, au-delà de ce caractère technique, il fait partie d’un plan global.
Selon le groupe de l’Union centriste, si tel ou tel point de ce projet de loi peut, techniquement, être repris – certains des problèmes que Mme Bricq a abordés sont effectivement susceptibles de susciter des interrogations –, il n’en demeure pas moins que ce qui est essentiel et va expliquer notre souhait d’un vote conforme, c’est que ce texte fait partie d’un plan coordonné à l’échelon européen et qu’en modifier un seul point conduirait à le remettre en question tout entier.
M. Jean-Pierre Bel. Pas du tout !
Mme Nicole Bricq. Les remèdes diffèrent d’un pays à l’autre !
M. Michel Mercier. Notre groupe accordera donc toute sa faveur à ce texte, maillon du plan européen qui a été élaboré à Paris et qui sera confirmé lors du Conseil européen qui se tient aujourd’hui et demain. (Applaudissements sur les travées de l’Union centriste et de l’UMP.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. Très bien !
(Mme Monique Papon remplace M. Gérard Larcher au fauteuil de la présidence.)
PRÉSIDENCE DE Mme Monique Papon
vice-présidente
Mme la présidente. La parole est à M. Bernard Vera.
M. Bernard Vera. Madame la présidente, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, il n’y a pas quinze jours, nous avions demandé au Président du Sénat l’organisation dans les délais les meilleurs d’un débat sur la grave crise financière que connaît le système bancaire international.
Nous voici aujourd’hui, après de nombreuses péripéties, appelés à examiner un projet de loi de finances rectificative pour le financement de l’économie : le Gouvernement vient donc de se rendre compte qu’un projet de loi était nécessaire, alors que qu’un simple débat sans vote semblait suffisant la semaine dernière.
Dès que le dépôt de ce projet de loi a été annoncé, les appels à l’unité nationale se sont faits pressants, le Gouvernement espérant que Sénat et Assemblée nationale voteraient d’un même élan unanime le texte qui nous est présenté.
Chers collègues, il ne faut pas compter sur nous pour donner un chèque en blanc à ceux-là mêmes qui ont provoqué la situation de crise que nous connaissons. L’union nationale ne peut se faire autour des recettes libérales qui sont à la racine même de la crise.
Dans le débat, certains ont avancé des propositions surprenantes, le président de l’Assemblée nationale allant jusqu’à appeler à l’amnistie fiscale des fraudeurs spécialistes de la fuite des capitaux.
M. Guy Fischer. C’est scandaleux !
Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. C’est vraiment la meilleure !
M. Bernard Vera. Cette étonnante proposition, ce coup d’éponge sur la délinquance financière de haut vol, prétendument destiné à cimenter l’unité nationale, a profondément choqué, comme choque d’ailleurs le présent texte. N’oublions pas que ce dernier est un collectif budgétaire et que le valider revient aussi, de fait, à valider la traduction des choix budgétaires du Gouvernement depuis 2007 – paquet fiscal de la loi TEPA, bouclier fiscal, par exemple – et à valider l’option d’austérité qui la sous-tend.
Ainsi, l’article 2, notamment, vise à consacrer l’aggravation du déficit des comptes publics. Le déficit de l’État approche les 50 milliards d’euros. À ces 50 milliards d’euros de déficit de l’État s’ajoutent plus de 10 milliards d’euros de déficit de la sécurité sociale et plus ou moins 50 milliards d’euros de déficit de notre commerce extérieur : beau bilan, au bout d’un an et demi, à mettre à l’actif d’un Gouvernement grâce auquel, en effet, « tout devient possible »… surtout le pire !
Les sommes en question sont très importantes, mais finalement, ne faudrait-il pas les relativiser ?
En effet, quand on est prêt à mettre 360 milliards d’euros, levés sur les marchés financiers, là où se développe le cancer de la spéculation, pour sauver la cause perdue de l’impéritie bancaire, tout devient très vite relatif.
L’aggravation de la situation économique n’est pas seulement liée au yoyo du CAC 40, et cela fait déjà longtemps que l’économie boursière s’est éloignée de l’économie réelle, cette économie boursière où les indices se nourrissent de rumeurs, de bruits de couloir et de spéculations diverses, où les valeurs progressent à la faveur des plans de licenciement et de l’attente de dividendes sans cesse accrus. Elle est d’abord et avant tout une réalité, traduite en termes de récession économique, en chute de l’emploi salarié, en ralentissement des investissements.
Où sont passés les communiqués victorieux sur la croissance dont nous avons été abreuvés en début d’année ? Où sont passés les discours fustigeant le pessimisme des conjoncturistes de l’INSEE ?
Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. « Tout va bien », disait Mme Lagarde !
M. Bernard Vera. Les banquiers ont leur part de responsabilité dans cette situation, avec leur fâcheuse habitude de refuser aux entreprises les crédits dont elles ont besoin pour faire face à leurs coûts d’exploitation, pour financer leurs investissements et penser à leur développement.
Combien de dépôts de bilan, de procédures collectives diverses, de licenciements, de missions d’intérim interrompues, derrière la « bonne volonté » de nos établissements de crédit, dont le Gouvernement et la majorité applaudissent par ailleurs les résultats ?
Nos banques ne seraient pas trop exposées à la crise, selon le Gouvernement. Et pour cause : le coût du crédit aux entreprises s’est redressé, sans parler de celui des crédits accordés aux ménages.
Les fonds propres des banques françaises sont plutôt dans le vert, même lorsque leur valeur boursière chute, parce qu’emprunter est toujours plus cher pour les entreprises et pour les particuliers.
Tout cela a une traduction budgétaire immédiate : ce sont les moins-values fiscales que consacre le présent projet de loi, pour 5 milliards d’euros ; c’est la hausse de 4 milliards d’euros du service de la dette ; ce sont les 7 milliards d’euros de plus que l’État va devoir consacrer aux remboursements et dégrèvements d’impositions diverses.
La bonne santé de nos banques, c’est donc aussi le déficit budgétaire !
De plus, comme il faut, dans ce contexte, tenir les critères de Maastricht et de Lisbonne, 300 millions d’euros de dépenses sont annulés.
Pour le Gouvernement, il paraît donc préférable de dérouler le tapis rouge sous les pieds des spéculateurs financiers plutôt que de financer, ici, les transports en commun en site propre, là, des constructions de logements sociaux, ailleurs, la formation supérieure de notre jeunesse !
Mme Annie David. Eh oui !
M. Bernard Vera. Ce sont ces champs d’intervention de l’État qui sont, une fois encore, frappés par la régulation budgétaire.
De la même manière, l’article 4 du présent texte consacre le report d’un prêt d’environ 1,5 milliard d’euros à la Côte d’Ivoire. Faut-il en conclure que la coopération internationale et l’aide au développement passent après la stabilisation des marchés financiers ?
Venons-en maintenant à ces fameux 360 milliards d’euros prévus à l’article 6.
Les chiffres donnent le vertige, ou le tournis, mais osons quelques comparaisons : 360 milliards d’euros, c’est dix fois le montant du programme de rénovation urbaine de l’ANRU (Mme Annie David s’exclame), trente fois le montant du budget de la solidarité qui paie les minima sociaux, cent fois le montant du plan Pécresse pour les universités. (Mme Christiane Hummel exprime son désaccord.)
Ainsi, alors que l’on nous dit depuis des années que les grands équilibres budgétaires ne permettent pas de consacrer, ici, 100 millions d’euros, là, un milliard d’euros, pour satisfaire les besoins sociaux, voici que l’on est prêt à engloutir 360 milliards d’euros pour sauver les banques qui ont spéculé impunément.
Et par quel biais le fait-on ? Tout simplement, en créant deux structures, l’une de refinancement, l’autre de capitalisation, dont l’État va garantir l’intervention.
Ces deux sociétés ont des fonctions différentes. J’évoquerai surtout ici le cas de la première.
Cette structure est une sorte de lessiveuse à crédit bancaire, et, comble du paradoxe, pour ne pas risquer de voir son endettement figurer dans la dette publique au sens européen du terme, voici que son capital sera majoritairement détenu par les banques elles-mêmes.
En définitive, c’est une banque que l’on nous appelle à créer.
Car, enfin, une société de refinancement qui lève des ressources sur les marchés financiers, à titre onéreux, et qui prête aux établissements de crédit suffisamment solvables, moyennant une marge d’intermédiation, qu’est-ce que c’est ? Une banque, évidemment !
Cette « banque », majoritairement détenue par les auteurs de la crise financière eux-mêmes, lève des ressources sur les marchés, sans doute à un taux proche du taux directeur actuel de la BCE, cette même BCE qui veille à la stabilité des prix et qui propose un taux directeur supérieur de trois points, donc quatre fois plus élevé que le taux de croissance de la zone euro.
La « banque des banques » prête aux banques, lesquelles, compte tenu de leur obligation de reconstituer leurs fonds propres à la suite de leurs mésaventures hypothécaires américaines, en profitent pour en rajouter en termes de taux d’intérêt.
Qu’est-ce que cela va changer pour les PME qui se feront prêter de l’argent par les banques disposant de ressources « garanties » par l’État ? Eh bien, rien, ou presque, en termes de taux d’intérêt : l’application du texte dont nous débattons ne manquera pas de conduire aux mêmes résultats sur le moyen terme.
À la vérité, adopter ce collectif budgétaire, dans cet état de fait, conduira à jeter par les fenêtres des milliards d’euros et à constater sur deux ou trois ans une dégradation sensible de la situation économique réelle du pays.
Derrière ce collectif budgétaire et le plan de sauvetage des banques, il y a des milliers de chômeurs en plus, il y a des investissements en panne, il y a encore et encore des difficultés accrues pour les salariés, les retraités et leurs familles !
La récession est déjà là, après deux semestres de régression du PIB, et le texte plie à la seule volonté des marchés financiers l’ensemble de la sphère sociale.
On ne peut se contenter, comme le fait le Gouvernement, de boucher en catastrophe les trous qui se multiplient, sans remettre en cause l'ensemble de la construction bancaire.
Il ne s’agit pas d’éponger, aux frais des contribuables, l’ardoise des spéculations pour repartir sur la même base, avec des critères de crédit identiques. C’est à une refonte du système qu’il faut s’attaquer.
Mes chers collègues, le peuple de France a assez subi. Il est grand temps de changer les règles du jeu. Nous ne voterons pas ce projet de loi ! (Applaudissements sur les travées du groupe CRC.)
Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Pierre Fourcade.
M. Jean-Pierre Fourcade. Monsieur le secrétaire d’État, au moment où les dirigeants des vingt-sept pays de l’Union européenne sont réunis pour parachever l’œuvre entamée voilà un mois, laquelle a fait l’objet, comme l’ont rappelé Mme la ministre et M. le rapporteur général, de très nombreuses réunions, je tiens à apporter le soutien unanime du groupe UMP au projet de loi que vous nous présentez.
MM. Gérard Larcher et Alain Gournac. Très bien !
M. Jean-Pierre Fourcade. Je voudrais également saluer les initiatives courageuses et efficaces du Président de la République et du Gouvernement.
Monsieur le secrétaire d’État, ce projet de loi, adopté hier à l’Assemblée nationale et présenté aujourd’hui au Sénat, traduit, au niveau législatif, le plan de soutien qui a été mis au point par les pays européens à la fin de la semaine dernière. Dans mon esprit, comme dans celui de mes collègues du groupe UMP, ce texte comporte un certain nombre d’éléments très importants. M. le rapporteur général les a détaillés tout à l’heure, et, comme lui, je me bornerai à évoquer les seules dispositions de l’article 6, dans la mesure où le reste du texte est un correctif budgétaire tenant compte de l’évolution à la fois des recettes et des charges.
Tout d’abord, je tiens à souligner l’importance des chiffres annoncés. L’orateur qui m’a précédé à la tribune a comparé des crédits budgétaires et des montants de garantie. Ce n’est tout de même pas la même chose ! Nombre de nos collègues dans cette assemblée dirigent également des collectivités territoriales : tous connaissent parfaitement la différence entre un crédit budgétaire et une garantie. Puisque le Gouvernement français et ses homologues européens ont eu la volonté de frapper l’opinion et d’essayer de rétablir la confiance, il leur a fallu retenir des sommes très élevées, d’où l’annonce des 360 milliards d’euros d’avances et de recomplètement du capital.
L’importance des chiffres présentés est donc le premier élément à prendre en compte, et la réaction des marchés financiers l’a d’ailleurs prouvé. Il est d’autant plus considérable que, contrairement au plan Paulson, qui, lui, s’intéressait aux actifs des banques, notamment aux actifs dangereux – les fameux actifs « toxiques » –, le plan du Gouvernement français, comme ceux des gouvernements britannique et allemand, se concentre essentiellement sur les relations interbancaires et leur nécessaire déblocage. C’est bien ce dernier qui permettra de faire repartir l’ensemble de la machine économique.
Le deuxième élément très important à retenir, c’est le retour de l’État garant, ce qui n’a rien à voir avec une quelconque résurgence de l’interventionnisme ou de je ne sais quel autre vieux système. Quoi de plus normal, d’ailleurs, qu’un tel retour ? On avait en effet un peu oublié, sous l’influence des financiers américains et des banques américaines, ce rôle de l’État. Celui-ci apporte donc une garantie de 360 milliards d’euros, selon des mécanismes que M. le rapporteur général a parfaitement expliqués. Cela emporte deux conséquences, sur lesquelles je tiens à insister car elles n’ont pas été suffisamment soulignées.
La première, c’est que les contribuables français n’auront pas à payer pour les pertes des banques.
M. Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme et des services. Très bien !
M. Jean-Pierre Fourcade. À mon sens, il faut clairement l’énoncer, car, dans le flou actuel des commentaires et des discours, on aurait tendance à l’oublier !
M. Michel Charasse. Il faudrait que cela aille très mal !
M. Jean-Pierre Fourcade. En réalité, il s’agit bien de garantie, et non de crédits.
M. Jean-Pierre Fourcade. Seconde conséquence : l’aide de l’État ne sera accordée au système bancaire – au système financier, devrais-je dire, car tous les établissements financiers domiciliés en France qui en auront fait la demande pourront bénéficier de cette garantie – qu’en échange de contreparties significatives pour l’intérêt général : la rémunération de l’État sera ainsi assurée par l’intermédiaire de mécanismes spécifiques, qui répondent notamment à des préoccupations éthiques s’agissant des rémunérations des dirigeants.
Mme Bricq a déclaré tout à l’heure qu’il faudrait une intervention législative en la matière. Je suis d’accord avec elle : une interprétation fiscale est nécessaire.
Mme Nicole Bricq. Oui !
M. Jean-Pierre Fourcade. À partir du moment où les sommes relatives à tous les parachutes ne seront plus déductibles des frais généraux des entreprises, croyez-moi, tout ira mieux : c’est la meilleure solution, bien préférable à celle qui consisterait à se lancer dans des règles de conditionnalité en matière de rémunérations.
Mme Nicole Bricq. C’est vrai !
M. Jean-Pierre Fourcade. Le troisième élément à retenir me paraît encore plus important.
M. Mercier l’a très justement fait remarquer, le plan du gouvernement français, qui est tout à fait parallèle à ceux des gouvernements britannique, allemand, italien et espagnol, résulte d’une véritable coordination européenne. Mme Lagarde l’a rappelé, sa mise en place a pris beaucoup de temps. On a commencé à discuter à quatre, puis à sept. L’Eurogroupe s’est ensuite réuni, rejoint par le Premier ministre britannique : c’est ce dernier qui a trouvé la méthode pour essayer de débloquer les relations interbancaires. Je m’en félicite, car cela rapproche le gouvernement britannique de l’Europe. Le fait que le Premier ministre britannique soit venu en personne participer à une opération importante concernant l’euro ne présente, selon moi, que des avantages.
Mes chers collègues, cette coordination européenne est un point essentiel. Bien entendu, cela impliquait de disposer d’un chef d’orchestre. Si la crise s’était produite en janvier ou en février prochain, lorsque ce sera au tour de la Tchéquie – pays quelque peu eurosceptique –, de présider le Conseil européen, je me demande si l’on aurait pu avoir le même dynamisme et les mêmes initiatives.
Félicitons-nous, dans le désastre financier actuel, qu’il y ait eu un véritable chef d’équipe, en la personne du Président de la République française. Tout cela montre que toute institution peut fonctionner de manière efficace si la volonté politique est là, si la volonté de concertation et de convergence existe et si l’on s’accorde pour pouvoir faire face, ensemble, à une crise aussi forte que celle que nous venons de traverser.
Mes chers collègues, je souhaite que, ce soir, les Vingt-Sept approuvent le plan général et se rallient à l’ensemble de ce qui a été fait. Pour le définir, Mme Merkel a inventé l’expression de « boîte à outils » : cela signifie que chaque pays peut adapter le plan, notamment les volumes de garantie offerts, à ses problèmes nationaux. J’espère que, ce soir, la Pologne, la Tchéquie et la Roumanie accepteront de se servir aussi de cette boîte à outils. Peut-être faudra-t-il augmenter le nombre des outils pour faire plaisir à tout le monde ! (Mme Nicole Bricq s’exclame.)
En tout état de cause, je souhaite que le succès soit au rendez-vous.
Bien évidemment, monsieur le secrétaire d’État, l’appui que nous vous apportons correspond à ce qu’a annoncé M. le rapporteur général, c’est-à-dire à un soutien total au texte que vous nous proposez, aussi bien aux dispositions des articles 1er à 5 qu’à celles de l’article 6. Vous nous fournirez sans doute tout à l’heure un certain nombre d’explications complémentaires sur les modalités d’application envisagées.
Toutefois, il va de soi que l’on ne pourra pas s’arrêter là. Il importe, après le vote du Sénat tout à l’heure, que j’espère positif – je remercie le président Mercier d’avoir annoncé qu’il voterait en faveur du texte –, d’envisager ce qui va se passer demain. À mon avis, il y a deux grandes orientations à prendre : une sur le plan national, l’autre sur le plan international.
Sur le plan national, il est évident que toute traduction de la crise financière sur l’économie réelle appelle des mesures en matière d’emploi, d’écologie et de soutien aux collectivités locales. Il s’agit en effet de permettre à ces dernières de faire face aux quelques difficultés qu’elles viennent de rencontrer dans leurs rapports avec les principaux établissements financiers, notamment en ce qui concerne leurs lignes de trésorerie.
Sur le plan de l’emploi, il est clair qu’il faut tenir compte à l’heure actuelle de la vague de licenciements qui ne manquera pas de déferler sur notre pays du fait de la réduction de la production.
Sur le plan de l’écologie, c’est justement parce que nous sommes dans une conjoncture très déclinante qu’il faut mettre en place un certain nombre d’éléments nouveaux en la matière, notamment pour ce qui est des énergies renouvelables et du développement durable. Nous avons là des gisements de croissance,...
Mme Nicole Bricq. C’est vrai !
M. Jean-Pierre Fourcade. ... et c’est le moment de les exploiter, plutôt que d’attendre le retour à meilleure fortune. En effet, la France étant ce qu’elle est, une fois cette bonne fortune rétablie, nous oublierons les nécessités écologiques et les problèmes de développement durable.
Enfin, les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale ont lancé une mission d’analyse et de réflexion sur l’organisation des collectivités territoriales. Le Gouvernement et le Président de la République en ont lancé une autre. J’espère qu’il en sortira quelque chose à la fois de plus simple et de moins coûteux que ce que nous connaissons. Si nous parvenons à modifier nos structures territoriales en respectant ce double objectif - plus grande simplicité et moindre coût -, nous aurons beaucoup progressé.
Au plan international, à l’évidence, nous ne pouvons pas nous en tenir au programme sanctionné par l’accord européen : nous devons aller plus loin et en revenir à un véritable système monétaire international.
À cet égard, qu’on me permette d’abord de m’étonner d’être le premier orateur à évoquer le Fonds monétaire international. Personne n’en a parlé jusqu’à présent !
M. Yves Pozzo di Borgo. Parce qu’il est inexistant !
M. Jean-Pierre Fourcade. Nous devons lutter contre la dérive du Fonds monétaire international qui, depuis quelques années, s’emploie bien davantage à donner des conseils de politique économique aux gouvernements qu’à réguler les transactions financières et à surveiller le fonctionnement du marché financier.
Je me souviens que, ministre des finances en 1974, lors du premier choc pétrolier, je fus inspecté par une délégation du FMI chargée de vérifier si le gouvernement français avait pris toutes les mesures nécessaires pour redresser l’économie. Je dus alors répondre à une série de questions complexes posées par un collège composé de Belges, de Néerlandais, d’Anglais et d’Américains. Je considère que ce n’est pas le rôle du Fonds monétaire international et que ce rôle doit être reprécisé.
Le FMI doit s’occuper de l’ensemble des mécanismes financiers internationaux, ...
M. Adrien Gouteyron. Très bien !
M. Jean-Pierre Fourcade. ... et je compte sur le Gouvernement pour le rappeler à son directeur, à son comité monétaire et financier ainsi qu’à l’ensemble de nos partenaires.
M. Michel Charasse. En français ! Ils comprendront !
M. Jean-Pierre Fourcade. Si nous voulons rétablir un système monétaire mondial sérieux, sans toutefois revenir à un système de parités fixes - idée saugrenue que n’accepteraient ni la Chine, ni les États-Unis, ni l’Inde, ni le Brésil -,…
M. Joël Bourdin. Et nous non plus !
M. Jean-Pierre Fourcade. … nous devons renforcer le rôle du Fonds monétaire international.
Nous devons également revenir sur l’ensemble des produits extrêmement sophistiqués qui ont été inventés par de très jeunes talents un peu partout – à Londres, à New York, à Chicago, mais aussi à Paris – et qui résultent, entre autres, de la titrisation des fonds de valeurs pourries. Je suis persuadé qu’à l’heure actuelle personne ne sait exactement quelle est l’importance, dans les bilans des banques, des risques encourus du fait de la possession de ces titres financiers que l’on se repasse comme le mistigri et parmi lesquels on trouve un peu n’importe quoi.
Nous sommes allés trop loin en matière de titrisation et de produits dérivés, trop loin dans la sophistication. Si nous voulons rétablir un système monétaire international convenable, nous devons avoir le courage de revenir à des méthodes plus classiques - celles que j’ai connues par le passé -, moins dangereuses pour l’ensemble des économies.
J’en viens, pour finir, à l’article 6 du projet de loi, qui est relatif à la recapitalisation de Dexia, que nous connaissons bien puisque cet établissement accorde aux collectivités territoriales de nombreux prêts, à moyen et long terme, ainsi que des facilités de trésorerie.
Le texte qui nous est soumis indique clairement que la garantie de l’État sera donnée pour les seuls engagements financiers pris à compter du 9 octobre, date de l’accord intergouvernemental, et jusqu’à la fin de 2009. Je crains qu’il ne subsiste dans les comptes de Dexia un certain nombre d’actifs toxiques. Je vous pose donc la question suivante, monsieur le secrétaire d’État : s’est-on assuré, lors de la conclusion de l’accord concernant Dexia, passé entre les gouvernements luxembourgeois, belge et français, que la recapitalisation envisagée de 6,4 milliards d’euros serait suffisante pour éponger l’ensemble des actifs toxiques ou contaminés ?
Je suis quelque peu inquiet à ce sujet et j’aimerais être rassuré, comme tous mes collègues, dont beaucoup sont, en tant que responsables d’exécutifs locaux, clients de Dexia, ...
M. Jean-Michel Baylet. C’est sûr !
M. Jean-Pierre Fourcade. ... sur le sauvetage de cette banque.
M. Michel Charasse. On va dire que c’est la banque des sénateurs ! Déjà qu’on s’en prend plein la gueule…
M. Jean-Pierre Fourcade. Je constate que l’action Dexia n’a pas encore retrouvé, sur les marchés français et belge, un cours tout à fait satisfaisant. Bien que cela n’entache en rien l’appui global que nous vous apportons, nombreux sont ceux qui, parmi nous, souhaiteraient recevoir, monsieur le secrétaire d’État, des apaisements sur le sort de ce groupe. (Applaudissements sur les travées de l’UMP et de l’Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Michel Baylet.
M. Jean-Michel Baylet. Madame la présidente, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, l’heure est indiscutablement grave et capitale.
Le projet qui nous est soumis a déjà été ratifié par les marchés et il est, n’en doutons pas, également approuvé par l’opinion.
Je serai donc direct : dans les nouvelles conditions économiques, mais aussi politiques, créées par les décisions de l’Eurogroupe, qui peut s’opposer, même par une simple abstention de circonstance, au volet national du plan européen qui nous est présenté aujourd’hui ? (Très bien ! et applaudissements sur les travées du RDSE et de l’UMP.)
J’entends dire que ce plan n’est pas parfait, qu’il ne va assez loin, que la confiance retrouvée est fragile, que les prévisions de croissance restent mauvaises, que beaucoup d’emplois restent menacés, ou encore que le pouvoir d’achat ne s’en trouve pas amélioré. Tout cela est vrai ou partiellement vrai, et j’y reviendrai.
Mais enfin, que voyons-nous et que voulons-nous ?
Voilà quelques jours, la panique s’étendait à grande vitesse depuis le cœur des institutions financières jusqu’à tous les petits épargnants, tous les petits porteurs, tous ceux qui craignaient pour leur retraite. Le sentiment d’une crise gravissime n’était plus celui des seuls spéculateurs, très justement mis en accusation par leurs victimes potentielles, mais celui de l’ensemble de nos concitoyens.
Voilà deux semaines, nous déplorions l’insigne faiblesse de l’Europe face au géant américain. Et aujourd’hui, c’est l’initiative coordonnée des Européens qui rend la confiance aux marchés, y compris Wall Street, et aux peuples, alors que le plan Paulson, pourtant doté de 700 milliards de dollars, avait été impuissant à enrayer la crise.
Voilà quelques mois, les tenants d’un libéralisme sans principes et d’une mondialisation sans lois espéraient encore leur survie de « la main invisible du marché », alors même que, pour la crise énergétique ou la crise alimentaire, la main de certains profiteurs était déjà bien visible. De M. Bush à Mme Merkel, en passant par le gouvernement britannique, on ne jure plus désormais que par la « régulation », nouvel euphémisme qui désigne cette économie mixte où la puissance publique réhabilitée refuse de se résigner à ce que les banquiers jugent inéluctable.
Et voilà quelques minutes, nous avons encore entendu poser la question du financement du volet français de cette opération de sauvetage de l’économie alors que, d’une part, si la confiance retrouvée perdure, la garantie payante donnée aux opérations interbancaires n’aura aucune raison d’être mise en jeu et que, d’autre part, les prises de participation dans les établissements exprimant des besoins en capital pourraient se révéler rapidement sources de bénéfices pour l’État.
Mais je crois que l’essentiel est bien là où les Français l’ont vu : pour la première fois, sur un sujet aussi important, les Européens parlent d’une seule voix et la similitude, en volume et quant aux modalités, des volets anglais, allemand et français, suffit à démontrer que l’élan communautaire s’est imposé comme une évidence que les radicaux de gauche, fédéralistes convaincus, saluent aujourd’hui.
Faudra-t-il pour autant en rester là et se contenter d’un succès d’étape dont chacun devine qu’il est à la merci de nouvelles convulsions ? Je ne le crois pas, et cela pour trois raisons.
La première raison, qui impose une réponse de court terme, tient à ce que la situation de ceux qui travaillent vraiment et qui ne jouent pas au Monopoly dans une salle dorée - je veux parler des vrais entrepreneurs et des salariés - ne s’est pas améliorée. La croissance est en panne, les prévisions pour 2009 n’augurent rien de bon et la crise de liquidités a révélé les besoins de financement de ce qu’il est désormais convenu d’appeler, dans un terrible aveu, l’« économie réelle ».
Il me semble que les énormes facilités accordées au système bancaire imposent de véritables contreparties, caractéristiques de cette économie mixte que les radicaux, là encore, ont toujours souhaitée.
Il faut, bien sûr, modifier les règles d’un jeu devenu fou, notamment sur les ratios de liquidités, la nature des risques et les échanges à terme. Mais il faut aussi profiter de l’effet de levier produit par l’aide de l’État pour imposer aux banques de financer effectivement et dans des conditions améliorées ceux qui créent des emplois.
Je prendrai trois exemples concrets.
Tout d’abord, j’appelle de mes vœux la mise en place un vaste système de prêts bonifiés avec différé d’amortissement, au moins jusqu’en 2010, au profit des PME et PMI, gisement d’emplois, d’innovations et de capacités d’exportation.
Ensuite, je veux aider Mme la ministre du logement à améliorer son plan d’endettement perpétuel pour en faire un véritable plan d’accession sociale à la propriété, en diminuant la durée des prêts non seulement pour le rachat des HLM, mais aussi pour la construction neuve, dans un secteur où 150 000 emplois sont en danger.
Je veux enfin - et où le dire mieux qu’au Sénat ? – sortir les collectivités d’une situation financière liée aux conditions de leur endettement, mais aussi aux effets de la récession sur les recettes de taxe professionnelle, de droits de mutation et de foncier bâti. Il faut imposer aux banques de renégocier les prêts avec des taux fixes au lieu des taux variables qui livrent nos collectivités à la spéculation.
Le deuxième motif que nous avons de prolonger l’élan interventionniste, qui a eu des effets si heureux et qui nous oblige à ne pas nous désarmer, est à rechercher dans le champ européen. Les événements de ce week-end sont la preuve éclatante que l’Union européenne a besoin d’un gouvernement économique, dont elle ne peut abandonner l’aspect monétaire à la seule BCE.
Ce gouvernement économique, pour être efficace, devra être doté d’armes telles qu’une fiscalité directe communautaire, de grands services publics européens - qu’il faudra bien cesser de démanteler par pur dogmatisme au moment même où l’on réinvente la régulation financière par les États : nous en avons un exemple frappant avec La Poste -, mais aussi telles que l’usage raisonné du déficit budgétaire - n’ayons pas peur du mot ! - qui permettrait, à rebours de la stricte orthodoxie, de financer de grands travaux d’investissement et donc de créer des emplois qui doperaient nos exportations, ce qui ne serait somme toute que la réponse du berger européen à la bergère américaine.
En signant le très strict traité de Maastricht, nous avons renoncé à cette possibilité au plan national, mais nous n’avons jamais déclaré que nous l’abandonnions pour l’avenir au niveau européen.
En 2009, nous aurons un nouveau Parlement européen et, sous réserve de la ratification finale du traité de Lisbonne, une nouvelle Commission. L’occasion est belle de poser cette question : l’Europe enfin devenue visible aux yeux de ses citoyens est-elle décidée à continuer d’exister ?
Enfin, ma troisième raison de souhaiter que la résurgence forte de la volonté politique face au laisser-aller libéral se prolonge durablement tient à la nécessité de réformer en profondeur et les règles monétaires internationales et celles de l’OMC.
Le déséquilibre des accords de Bretton Woods signe leur caducité et la faiblesse du niveau d’intervention du FMI montre son inadaptation. En réalité, le système ne fonctionnait déjà plus du tout sur ses bases initiales depuis 1971 et la décision de non-convertibilité du dollar, à cette époque où le secrétaire d’État américain au Trésor déclarait aux Européens : « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème ! ».
Pour cynique qu’elle ait été, cette déclaration était la traduction de la réalité, et nous l’avons vérifié aussi bien dans l’application des mécanismes de la politique agricole commune que dans le jeu de yoyo du cours du pétrole : nous ne cessons de payer le déficit de la réserve fédérale américaine.
L’ensemble du système doit donc être repensé en fonction des objectifs prioritaires suivants : le rééquilibrage entre les grandes monnaies mondiales sous l’angle de leur pouvoir d’arbitrage des échanges internationaux ; la création de règles imposées aux titulaires de rentes, énergétiques ou autres, aujourd’hui capables d’irriguer ou d’assécher des économies nationales entières ; la révision totale des règles d’intervention d’inspiration strictement libérale du FMI au profit de pays en développement.
Le chantier est donc immense. C’est une raison de plus de s’y attaquer dès la réunion du G8 élargi qu’on nous annonce pour novembre.
Quant aux accords de Maastricht, ils étaient dépassés dès leur signature. S’il s’agit de « moraliser » ou de « refonder » le capitalisme – des expressions que, pour ma part, je n’emploierais pas –, il n’y aura pas de commerce international équitable aussi longtemps que le libre-échange ne sera pas assorti de critères sociaux générateurs d’espoir dans les pays émergents, de clauses environnementales devenues aujourd’hui impératives et de conditions démocratiques propres à rénover les cynismes d’État.
Vous le voyez, l’approbation que les radicaux de gauche apportent au projet qui nous est soumis n’est ni aveugle ni exempte d’inquiétudes pour demain. Mais nous croyons qu’il est du devoir d’une opposition responsable et sûre d’elle de dépasser les strictes considérations partisanes pour s’attacher à l’intérêt public national – ou plutôt, en l’occurrence, à l’intérêt du continent européen –, tout en aiguillonnant le pouvoir exécutif et en le rappelant à l’objectif de justice sociale sans lequel aucune politique économique n’a de sens puisqu’elle ne se donne pas l’homme comme mesure et comme finalité. (Applaudissements sur les travées du RDSE, de l’Union centriste et de l’UMP.)
Mme la présidente. La parole est à M. Jacques Muller.
M. Jacques Muller. Madame la présidente, monsieur le secrétaire d'État, chers collègues, nous sommes rassemblés pour légiférer en procédure d’urgence afin de tenter d’apporter des solutions concrètes à ce que l’on appelle la « crise financière ». La menace qui pèse désormais sur l’économie réelle et ses conséquences sur la vie quotidienne de nos concitoyens sont tellement graves qu’il est de notre devoir de récuser par avance toute approche partisane et de mettre en œuvre des solutions concrètes et efficaces.
Pour autant, croyez-vous un instant que l’étatisation des créances toxiques et la recapitalisation des banques résoudront la crise mondiale à laquelle nous sommes confrontés ? Ne faisons pas l’autruche ! Il y a vingt ans, s’écroulait le mur de Berlin, marquant la fin du socialisme dit « réel ». Aujourd’hui, nous assistons à l’écroulement d’un autre mur, le mur de l’idéologie ultralibérale qui a malheureusement contaminé l’ensemble de nos sociétés.
Cette imposture idéologique néolibérale n’a eu de cesse de « ringardiser » le politique – comme le rappelait hier encore à juste titre M. le président Larcher – en laissant croire que la « main invisible » du marché et, plus particulièrement, celle des marchés financiers, était le seul garant de l’optimum économique et social. Comme si l’intérêt général n’était que « la somme des égoïsmes particuliers » et comme si l’histoire pouvait se construire rationnellement en « laissant faire » !
Ne nous trompons pas de crise ! La crise financière mondiale ne provient pas de la rémunération excessive – donc, a priori facile à corriger, parce qu’il ne s’agirait que de mesures techniques – des banquiers et autres PDG : elle plonge ses racines dans la crise sociale, plus précisément dans l’abandon de la régulation fordiste et keynésienne qui avait prévalu de l’après-guerre jusqu’au début des années quatre-vingt. Pendant toute cette période, par le jeu de règles collectives issues d’un véritable compromis social capital-travail, les gains de pouvoir d’achat évoluaient régulièrement, au rythme des gains de productivité du travail, résolvant par là même le problème consubstantiel du capitalisme, celui qui l’avait plongé dans la crise de1929 : le problème des débouchés.
Depuis le début des années quatre-vingt, date de la révolution néolibérale qui, à partir des Etats-Unis, a déferlé sur le monde entier, en tout cas dans tous les pays industrialisés, nous observons la même tendance : la baisse durable, profonde, de la part des salaires dans la richesse créée, au profit des revenus du capital.
On retrouve partout les mêmes recettes néolibérales : austérité salariale et flexibilisation rampante du marché du travail. Aux États-Unis, d’où est partie la crise financière, la durée moyenne du travail est tombée à 33,6 heures, non pas du fait d’une volonté d’aménagement et de réduction du temps de travail, mais à cause de la multiplication des emplois précaires ! Votre propre gouvernement n’a eu de cesse, monsieur le secrétaire d’État, de transposer ce modèle américain dans notre pays.
Comme en témoignent les différentes lois dites de « modernisation » adoptées récemment, qu’il s’agisse du dialogue social, de l’économie ou du marché du travail, la nouvelle norme de travail, y compris pour les cadres, c’est l’emploi précaire, que nos concitoyens ont fini par accepter sous la pression du chômage.
Les résultats macroéconomiques sont clairs et nets : dans notre pays, la part des revenus du travail dans le PIB a diminué de 15 % entre 1980 et aujourd’hui, passant de 78 % à 66 % du PIB.
Les chiffres sont précis : ce sont 200 milliards d’euros qui sont prélevés chaque année sur la richesse nationale et qui, depuis vingt ans, alimentent l’économie financière, cette « économie casino » qui gangrène l’économie réelle et dont les premiers bénéficiaires ont été particulièrement soignés par votre gouvernement, monsieur le secrétaire d’État : chacun aura compris que je vise ici la baisse de l’impôt sur le revenu et le bouclier fiscal !
Ce sont, chaque année, ces mêmes 200 milliards d’euros qui ne participent pas au financement de la sécurité sociale ni à celui de la retraite par répartition, dont le sauvetage devrait être une priorité nationale. Tout le monde sait bien, désormais, ce que valent les promesses des chantres de la retraite par capitalisation !
Sur le plan strictement économique, ce sont 200 milliards d’euros qui manquent chaque année à la rémunération du travail, c’est-à-dire aux débouchés internes : comme nos voisins, nous comptons sur les exportations, c’est-à-dire sur les marchés extérieurs, pour écouler notre production.
Comment nos économies ont-elles évité l’écroulement pendant les deux décennies qui ont suivi l’abandon du partage fordiste des gains de productivité du travail ? Eh bien, par la fuite en avant, par la dette ! Les États-Unis nous ont montré la voie : de 1950 à 1980, le rapport entre la dette et le PIB est resté constant, s’établissant à 120 % environ. Entre 1980, date de la rupture engagée par Ronald Reagan et ses Chicago boys et aujourd’hui, ce ratio a doublé pour atteindre 240 %. Les États-Unis ont une économie artificielle qui vit à crédit. Et nous avons laissé faire, tout simplement parce qu’elle tire nos propres économies en important à tour de bras nos produits européens ; je rappelle que la balance commerciale américaine est déficitaire depuis 1971 !
Dans ce contexte, les propositions du candidat Nicolas Sarkozy il y a un an et demi prennent un relief tout à fait particulier : « Il faut développer le crédit hypothécaire des ménages », de sorte que « ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement ». Beau programme lorsque, simultanément, on n’a eu de cesse de précariser les salariés au nom de l’idéologie qui réduit le travail des êtres humains à une simple marchandise ! Et d’ajouter : « Une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. » Le rêve américain porté aux nues !
Le même nous explique aujourd’hui que la « moralisation du capitalisme financier demeure une priorité » : Si ce n’est pas du grand écart, c’est du salto arrière, et même du double salto arrière !
Monsieur le secrétaire d’État, chers collègues, si l’on ne renonce pas au paysage surréaliste que je viens de décrire, ne nous demandez pas, à nous les Verts, de tendre benoîtement avec vous les filets de sécurité, au nom de je ne sais quelle exigence de solidarité nationale : nos concitoyens n’en peuvent plus d’assister, impuissants, au cirque pathétique des thuriféraires de l’ultralibéralisme !
Pour autant, les Verts ne se déroberont pas à leurs responsabilités : nous ne nous opposerons pas au panel de mesures techniques de bon sens que vous nous proposez aujourd’hui. Souffrez cependant que nous ne gardions pas le silence.
En effet, nous ne pouvons pas taire les difficultés auxquelles Martin Hirsch s’est heurté pour récolter les 1,6 milliard d’euros nécessaires au financement du RSA. Et nous les mettons en regard de la promptitude avec laquelle est mobilisé l’argent de nos concitoyens ; aujourd’hui de manière virtuelle, certes, mais qu’en sera-t-il demain ?
Dans le même esprit, nous ne pouvons que relever et dénoncer, pour le coup, avec les partenaires sociaux réunis – comme au bon vieux temps du pacte social fordiste – le hold-up perpétré par le Gouvernement sur le 1 % logement pour financer le plan Boutin.
Dans un esprit parfaitement constructif, et pour participer au plan d’urgence auquel personne ne saurait se dérober, nous faisons un certain nombre de propositions concrètes, tant sur le plan international – c’est d’autant plus important que la France préside encore l’Union européenne pour quelques mois – que sur le plan national, à travers plusieurs amendements.
Tout d’abord, nous défendrons une série d’amendements sur la conditionnalité de la garantie de l’État. Nous proposons que cette garantie soit conditionnée par un meilleur encadrement des rémunérations et une double exigence sociale et environnementale.
Nous proposons, ensuite, de lutter contre les places offshore et les paradis fiscaux : il convient non seulement d’avoir une politique internationale volontariste, mais surtout que nous, Français, balayions devant notre propre porte et imposions des règles strictes interdisant la présence d’entreprises françaises dans ces centres où a sévi la tempête financière.
Nous devons également assurer un contrôle optimisé du fonctionnement de la société de refinancement.
II convient, enfin, de restreindre les actions de prédation financière des fonds d’investissement LBO et de revenir sur le bouclier fiscal.
Ces dispositions d’urgence étant prises, nous ne pouvons faire abstraction de l’analyse de causes profondes de la crise : elle puise ses racines dans l’abandon de toute régulation macroéconomique. Par conséquent, le remède strictement financier ne sera qu’un cautère sur une jambe de bois si nous ne prenons pas le problème dans sa réalité et sa complexité : l’économie réelle reste menacée par la crispation sur les doctrines néolibérales, les politiques dites de l’offre.
À cet égard, le retour à des politiques de régulation doit se construire à l’échelle adaptée, c’est-à-dire celle de l’Union européenne, mais en cessant de démanteler, à l’échelon national, ce qui contribue à consolider la formation des revenus du travail, ce que nos concitoyens appellent le pouvoir d’achat. Il s’agit donc de rompre avec la revalorisation des retraites inférieure à l’inflation, les franchises médicales, les nouvelles cotisations sur les mutuelles, la taxe sur l’épargne populaire pour financer le RSA, la réduction des effectifs dans la fonction publique... Toutes ces mesures sont manifestement contraires à la consolidation de la demande globale et accentuent les risques d’une crise majeure de l’économie réelle.
Toutefois, les Verts n’appellent pas à un simple New Deal néofordiste et productiviste : nous vivons dans un monde fini ! Ainsi, le nouveau pacte social à construire ne saurait être un copier-coller de celui sur lequel se sont appuyées les Trente Glorieuses.
Nous estimons qu’il faut lancer sans tarder un Eco Deal, fondé sur un principe simple : la relance des activités économiques doit être sélective ; les déficits budgétaires d’ores et déjà engagés doivent être liés à de grands programmes d’investissements publics et privés qui nous permettront de sortir d’une économie basée sur le tout-pétrole pas cher ou sur le tout-électrique-nucléaire pas maîtrisé – je vise ici les risques, les déchets et le démantèlement des sites.
Nous devons bâtir les fondamentaux d’une économie solidaire dont l’empreinte écologique – carbone, pollutions diverses, atteintes à la biodiversité – soit enfin réduite. Il y va de notre survie !
Nous attendons un plan massif d’investissements dans l’habitat, les économies d’énergie, les énergies renouvelables, les transports collectifs, l’agriculture agro-écologique, qu’elle soit biologique ou intégrée, et l’abandon concomitant de tous ces projets marqués du sceau d’un productivisme datant du siècle passé, notamment les projets autoroutiers !
Ainsi, à l’heure où l’hypothèse d’une croissance de 1 % apparaît comme optimiste, le rapport Stern précise qu’il faudrait impérativement prélever chaque année un point de croissance pour éviter les conséquences humaines et géopolitiques incalculables de la montée des océans.
Dans le même esprit, l’Agence internationale de l’énergie atomique, AIEA, nous rappelle qu’il faudrait investir 42 000 milliards d’euros pour passer effectivement aux énergies renouvelables.
Madame la présidente, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, nous ne nous déroberons pas à nos responsabilités : nous ne ferons pas obstacle à cette loi qui s’inscrit dans un sursaut historique de l’Europe politique – non l’Europe des marchés, des marchands et des spéculateurs, mais l’Europe des citoyens – qu’il nous faudra construire.
Mais il était de notre devoir de dire haut et clair ici que, sauf à vouloir apposer un cautère sur une jambe de bois, il va falloir changer de paradigme, sortir non seulement de l’idéologie néolibérale mais aussi de celle de la croissance et travailler à l’émergence d’un nouveau compromis social, écologiste et solidaire, faisant passer les liens – liens entre les personnes et liens entre les personnes et l’environnement, la planète – avant les biens, ce qui risque de prendre encore quelque temps…
Dans l’immédiat, nous prenons au mot les promesses de moralisation faite par le Président de la République et nous espérons que nos amendements techniques seront une contribution utile pour passer des paroles aux actes. Les Français n’accepteraient en effet pas que l’on mette du carburant dans la machine financière sans lui tracer le cap d’une route plus responsable. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)
Mme la présidente. Mes chers collègues, permettez-moi de saluer M. Éric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique, qui nous a rejoints après une audition à l’Assemblée nationale. (Applaudissements sur les travées de l’UMP.)
La parole est à M. le président de la commission des finances.
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, parce que le projet de loi que vous nous présentez répond à la gravité sans précédent de la crise que nous devons affronter, nous allons le voter.
À mon tour, je félicite le Gouvernement pour la promptitude de sa réponse et pour la transparence qu’il a bien voulu pratiquer en associant le rapporteur général et le président de la commission des finances à la préparation de ce texte.
Je rends hommage au président de l’Union européenne en exercice, qui a démontré sa pugnacité, sa volonté, sa détermination, en me réjouissant de l’effectivité de la gouvernance économique de l’Europe. Peut-être voit-on là la préfiguration de ce que pourrait être un gouvernement économique de l’Europe…
M. Jean Bizet. Très bien !
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Le texte a pour objet de rétablir la confiance entre les banquiers. Nous espérons tous que l’objectif sera atteint, mais peut-être devons-nous nous préparer à connaître encore des hauts et des bas, car nombre d’opérations ont été nouées à terme, souvent à découvert, ce qui risque de susciter de la nervosité sur les marchés.
Quoi qu’il en soit, je veux remercier Mme Lagarde des précisions qu’elle a apportées au début de la discussion générale en présentant la philosophie et le contenu du projet de loi de finances rectificative pour le financement de l’économie.
Elle a notamment bien voulu préciser que les conventions qui seront signées entre la caisse de refinancement et les établissements financiers qui lui feront appel devront se conformer à une sorte de cahier des charges, à une convention type, et que le Gouvernement associerait, par le biais des commissions des finances, le Parlement à la mise en forme de ce document.
Nous attachons un certain prix à ce qu’en effet le fléchage soit clairement défini et qu’au surplus les modes de gouvernance des établissements qui auront recours à la caisse de refinancement les mettent à l’abri de toutes les critiques que nous avons pu formuler à l’occasion de la présente crise.
La gouvernance devra répondre à des exigences éthiques, et j’ai bien noté que tout sera fait pour réduire progressivement ces trous noirs de l’économie que sont les paradis fiscaux.
Pendant la discussion générale, différents propos ont été tenus sur le point de savoir si les 360 milliards d’euros, dans la mesure où ils seraient mobilisés, seraient une dette maastrichtienne ou ne le seraient pas. À la vérité, mes chers collègues, j’ai le sentiment que ces considérations sont quelque peu byzantines.
D’abord, la dette publique est de deux natures : il y a, d’une part, la dette publique dont l’objet est de financer les déficits publics, et cette dette-là est préoccupante ; il y a, d’autre part, la dette publique qui vise à financer les actifs dont la valeur est réelle et au moins équivalente à son montant, laquelle est en revanche moins préoccupante.
L’important est qu’apparaisse très clairement dans le bilan de l’État la situation patrimoniale de celui-ci. Il sera fait mention des engagements hors bilan. Tous ceux qui voudront se former une opinion sur la qualité des titres émis par l’Agence France Trésor et sur la solvabilité de l’État disposeront de tous les éléments nécessaires pour ce faire.
Ce débat est donc quelque peu formel et ne doit en tout cas pas dissimuler le fait que, puisque l’État est de retour, puisque le politique reprend sa place, le politique doit avoir un rôle déterminant dans le fonctionnement tant de la caisse de refinancement que de la société qui aura pour objet de prendre des participations dans les banques qui auraient besoin d’un supplément de fonds propres, car il s’agit de rétablir la confiance entre les banquiers. Il serait trop simple de laisser entre eux les banquiers à la tête d’un établissement dont la principale qualité serait d’être garanti dans son endettement par l’État !
Ayant dit cela, je voudrais interroger le Gouvernement sur les liquidités mises dans le circuit, en m’adressant plus spécialement à M. le secrétaire d'État chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme et des services.
L’économie mondiale vient d’être victime d’un gigantesque accident vasculaire cérébral. On a pu mettre en place le SAMU approprié, mais permettez-moi de vous le dire, il va falloir des anticoagulants !
Je voudrais donc être sûr que les liquidités mises à la disposition des banques iront bien jusqu’aux plus modestes des petites et moyennes entreprises et des particuliers, qui ont besoin de recourir à l’emprunt pour financer des investissements ou des besoins de consommation.
L’assurance crédit constitue un premier élément de préoccupation.
Compte tenu des délais de paiement qui sont une des caractéristiques des pratiques entrepreneuriales françaises, nombre de PME parviennent à mobiliser des ressources en bénéficiant de l’assurance crédit. Or il m’est signalé que les assureurs prennent aujourd'hui des précautions extrêmes et que les proportions de créances qui font l’objet d’une couverture par assurance se réduisent comme peau de chagrin. Dans ces conditions, nous risquons une coagulation et des cessations de paiement dans les petites entreprises.
Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, je ne dis pas qu’il faudrait créer une caisse de réassurance crédit, mais, si vous voulez introduire des anticoagulants dans le système, voilà, me semble-t-il, un vrai sujet !
M. François Marc. En effet !
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. La deuxième observation est relative à la loi de modernisation de l’économie.
En réduisant la durée légale du crédit à deux mois, la LME a fait naître des espérances considérables dans les PME qui travaillent pour des donneurs d’ordre, par exemple les constructeurs automobiles, les entreprises du secteur l’aéronautique ou de la grande distribution, c'est-à-dire avec des sociétés que leurs puissances d’achat mettent bien souvent en position de domination par rapport à leurs fournisseurs et à leurs sous-traitants.
Il m’est cependant rapporté que, les conditions des négociations étant ce qu’elles sont, les donneurs d’ordre ne veulent rien entendre. Autrement dit, ou ils considèrent qu’ils peuvent continuer à appliquer, puisque les marchés ont été passés avant la promulgation de la LME, leurs bonnes vieilles pratiques, ou, lorsqu’ils acceptent le délai de deux mois, soit un mois de crédit en moins, ils calculent le montant de l’intérêt qui aurait correspondu à ce mois de crédit et le déduisent du prix.
Ces pratiques sont de nature à nuire à la compétitivité et à la rentabilité des petites et moyennes entreprises, ce qui m’amène, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, à en venir à mon dernier point : au-delà de la crise de confiance au sein de la communauté financière et bancaire, la compétitivité de l’économie française constitue la vraie difficulté.
Il y a quelques semaines, nous étions engagés dans une dérive laissant à penser que le déficit commercial pour l’année 2008 serait d’au moins 50 milliards d’euros, soit une progression significative par rapport au déficit de 2007.
Nous avons d’énormes problèmes de compétitivité. Les délocalisations d’activités et d’emplois continuent en effet à faire leur œuvre, et peut-être s’agit-il moins aujourd'hui de ce que l’on qualifiait hier de délocalisations, c'est-à-dire de fermetures d’usines par des sociétés en ouvrant d’autres en Asie, en Europe centrale ou au Maghreb, que de non-localisations : quand une production vient à son terme dans un atelier ou une usine, il n’y a pas de nouvelles activités puisque celles-ci sont immédiatement lancées dans des pays des régions que je viens de citer.
Je me permets donc d’insister une nouvelle fois sur l’importance de la revue générale des prélèvements obligatoires, en me bornant ici à dire que les premières communications n’ont pas été à la hauteur de nos espérances.
Nous espérons, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, que ce chantier n’est pas « bouclé ». Il va falloir que le débat soit ouvert dans les meilleurs délais pour que l’économie réelle puisse repartir effectivement demain, pour redonner à la France de la croissance et pour nous permettre de lutter efficacement en faveur du plein emploi. (Applaudissements sur les travées de l’Union centriste et de l’UMP, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.
M. Bernard Piras. Le grand libéral !
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme et des services. Madame la présidente, je salue votre présence pour la première fois au « plateau ». (Applaudissements sur les travées de l’UMP.)
Mesdames, messieurs les sénateurs, quelles que soient les travées sur lesquelles vous siégez, je tiens d’abord à souligner l’intérêt du débat et de vos interventions. Je ne partage pas toutes les opinions des orateurs,…
M. Philippe Marini, rapporteur général. Encore heureux !
M. Bernard Piras. On s’en doutait…
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. …mais je suis convaincu du réalisme des interrogations qui se sont fait jour et je vais tenter de répondre à l’ensemble des questions abordées.
Monsieur le rapporteur général, j’ai beaucoup apprécié qu’en présence de Christine Lagarde vous ayez exprimé votre satisfaction quant à la transparence, saluée aussi par M. Arthuis, qu’a permise la coopération entre le Gouvernement et les commissions des finances des deux assemblées sur ce texte stratégique majeur. C’était très important, et je vous remercie de l’hommage que vous avez rendu à la pratique qui a été celle du ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi comme celle du ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique.
Vous m’avez interrogé sur un certain nombre de points. Je répondrai en même temps à certaines questions importantes qui ont été posées par des orateurs de toute tendance et apporterai ultérieurement des précisions. Vous souhaitez savoir comment sera établi le projet de convention type et quelles contreparties demandera le Gouvernement dans le cadre de la société de refinancement.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Voilà !
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Le projet de convention type fera l’objet d’une consultation. Je vous annonce d’emblée que nous tiendrons la maquette à la disposition des commissions des finances du Sénat et de l'Assemblée nationale. (Très bien ! sur le banc des commissions.)
Vous l’avez indiqué, monsieur le rapporteur général, et, ce faisant, vous avez tout de suite campé le décor : deux formes de contrepartie existeront. Sont ainsi prévues des contreparties que vous avez qualifiées « d’éthiques ». Cela correspond tout à fait à notre souhait. Ainsi, nous encadrerons la rémunération des dirigeants. C’est le moins que nous puissions faire !
Sur le plan économique, nous demanderons à chaque banque de se fixer des objectifs d’octroi de nouveaux prêts aux ménages et aux entreprises, notamment aux PME. Ces objectifs seront évidemment propres à chaque banque, car aucun établissement financier n’est réductible à l’autre. On ne peut demander à une banque spécialisée dans le crédit immobilier de se lancer dans le financement des PME, ou inversement.
M. le président Emorine a posé un certain nombre de questions qui sont connexes à ce texte et qui montrent à quel point il est attentif aux difficultés des PME et aux problèmes de financement des collectivités territoriales. Il est notamment intervenu sur les dispositifs de financement de la trésorerie des PME et sur ce qu’est appelé à devenir le milliard d'euros qu’OSEO a mis à disposition dans le cadre de la garantie « Avance + », afin de consolider les lignes de trésorerie en les transformant en prêts à moyen ou à long terme, et, par ce biais, de soulager la trésorerie des PME.
Je tiens à rassurer sans délai M. Jean-Paul Emorine. Le président-directeur général d’OSEO m’a indiqué que ce soutien, auparavant affecté aux collectivités locales en permettant un escompte des créances qui leur sont dues, serait désormais ouvert aux donneurs d’ordre privés sans que cela mette en danger le premier dispositif.
Le plan en faveur du financement des PME, sur lequel nombre d’orateurs se sont interrogés et qui est antérieur au soutien sur lequel vous vous prononcerez à l’issue de cette discussion, mesdames, messieurs les sénateurs, représente 22 milliards d'euros. La répartition est la suivante : 5 milliards d'euros proviendront d’OSEO sous forme de prêts ou de garanties ; 17 milliards d'euros seront tirés de l’excès des livrets d’épargne réglementée et mis à la disposition des banques pour l’octroi de prêts aux PME.
M. Guy Fischer. Et voilà ! Le Livret A !
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Non, ce n’est pas le Livret A !
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Sur cette dernière somme, 9 milliards d'euros seront réservés aux PME mais aussi aux entreprises de taille intermédiaire. Ce dispositif fera l’objet d’une convention type entre l’État et les banques, qui permettra de s’assurer que ces crédits seront bien destinés aux PME. Nous avons déjà évoqué ce point lors du débat sur la crise financière et bancaire mercredi dernier, mais je tenais à lever les inquiétudes de M. Emorine.
M. le président de la commission des affaires économiques, comme d’autres orateurs, notamment M. le président de la commission des finances, s’est interrogé sur le problème des délais de paiement.
La loi de modernisation de l’économie, adoptée par la majorité du Sénat, contient, dans son titre Ier, une mesure fort importante, qui réduit les délais de paiement à soixante jours à compter du 1er janvier 2009. Toutefois, des dispositions dérogatoires sont également prévues afin que soient prises en compte les spécificités de tel ou tel secteur, que nombre d’intervenants n’ont pas manqué de souligner. Ainsi, lorsque la rotation des stocks est très longue, comme dans le secteur du bricolage ou de l’automobile, la loi a mis en place des mécanismes dérogatoires, pour autant que l’on aboutisse à une convergence à la fin de l’année 2011 sur les délais de paiement à soixante jours ou quarante-cinq jours fin de mois.
Il nous faut toujours garder présent à l’esprit que, y compris dans cette période, ce sont les entreprises plus faibles, c'est-à-dire les plus petites, celles qui ont les trésoreries les plus fragiles, qui peuvent tirer bénéfice d’une réduction des délais de paiement. Il ne faut pas négliger le confort supplémentaire qu’offrira cette disposition, qui apportera, selon nos estimations, 4 milliards d'euros de trésorerie supplémentaire pour les PME.
À l’instar de M. Fourcade, M. Emorine m’a interrogé sur Dexia, tout en soulignant à juste titre l’importance de cet établissement dans le financement des collectivités locales. Il a appelé, avec raison, à une action forte dans ce domaine. Le Gouvernement a agi avec rapidité et vigueur, puisque le règlement de Dexia et de son financement est antérieur au texte qui vous est soumis. Nous n’avons pas hésité à entrer au capital, à détenir une minorité de blocage pour stabiliser la situation du groupe et, une semaine plus tard, pérenniser l’activité de Dexia.
Vous le savez, mesdames, messieurs les sénateurs, le danger était réel. C’est pourquoi nous avons conclu avec les gouvernements belge et luxembourgeois un accord pour garantir la dette de Dexia. C’est une nouvelle très importante, car le soutien au financement des collectivités territoriales ne se trouve pas remis en cause.
Comme d’autres orateurs – je pense notamment à M. Fourcade –, M. Emorine a insisté sur la réflexion qui doit présider aux nouvelles règles qu’à l’évidence nous devons adopter pour le secteur financier.
Le Gouvernement intervient, y compris au Conseil européen, pour définir des règles nouvelles et plus saines. Il faut pouvoir contrôler et sanctionner les agences de notation à l’échelon européen. D’ailleurs, une directive sur les agences de notation sera adoptée d’ici à la fin de l’année 2008. Nous allons refonder les règles prudentielles. Une directive sera adoptée pour renforcer la gestion des risques. Nous avons demandé aux professionnels de s’accorder avec les superviseurs pour que les politiques de rémunération dans le secteur bancaire n’encouragent pas la prise de risque déraisonnable.
Tout cela montre à quel point nous sommes conscients que cette situation ne doit pas se reproduire. Des solutions existent : elles consistent à instaurer un mécanisme de régulation mieux adapté que celui qui prévaut aujourd'hui.
Philippe Darniche s’est interrogé sur les formes de garantie que l’État offrira. Il s’est également interrogé, à juste titre, sur les règles éthiques qui seront instaurées. C’est bien parce que le Gouvernement partage cette préoccupation qu’il demandera des contreparties éthiques aux banques qui participeront aux dispositifs de refinancement et de renforcement de leurs fonds propres. J’ai déjà évoqué le plafonnement des indemnités de départ. À cela s’ajoutent évidemment l’interdiction pour les dirigeants de cumuler un contrat de travail et un mandat social ainsi que la non-attribution d’actions gratuites sans conditions de performance : il faut des conditions de performance strictes pour codifier l’attribution éventuelle d’actions.
Philippe Darniche s’est également demandé quelle forme prendrait la garantie, quels seront son coût et son impact sur les ménages. La tarification de la garantie que la société de refinancement demandera aux banques aura deux composantes : d’une part, une composante forfaitaire pour éviter les distorsions de concurrence, y compris à l’échelon européen ; d’autre part, une composante variant en fonction de l’établissement qui bénéficiera du prêt. Le Gouvernement a saisi la Commission européenne pour harmoniser les conditions de garantie à travers l’Europe.
Philippe Darniche s’est inquiété de l’impact qu’auront les mesures du Gouvernement : il va de soi que nous souhaitons tous que ces mesures aient un effet important et qu’on en termine avec cette véritable thrombose de notre système financier.
Des signes encourageants se font jour. Avec l’annonce du plan d’action européen, pour la première fois depuis la défaillance de la banque Lehman Brothers, les taux interbancaires ont baissé. Cette baisse annonce un retour à la normale des marchés interbancaires, lequel est l’assurance que les financements pour les ménages et pour les entreprises pourront être pérennisés.
J’en viens à l’intervention de Nicole Bricq, qui a affirmé d’emblée que c’était la logique même du système qui était en cause. Nous ne partageons pas son analyse.
M. Bernard Piras. On s’en doutait !
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Je reviendrai plus volontiers sur son analyse de l'article 6, qui a constitué le cœur de son intervention. Elle a ainsi posé un certain nombre de questions importantes en matière de garanties, d’établissements éligibles à la société de refinancement comme en matière de gouvernance, auxquelles j’ai déjà apporté des éléments de réponse.
Une filiale implantée dans un paradis fiscal aura-t-elle accès à la société de refinancement ? Non ! L'article 6 le prévoit : seuls les établissements établis en France pourront en bénéficier.
Mme Nicole Bricq. Ils peuvent avoir des filiales ailleurs !
M. Bernard Piras. Et leurs filiales ?
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Les filiales étrangères ne seront pas concernées. C’est un non catégorique.
Comment définir les actifs de qualité qui serviront de gages aux prêts ? La Banque de France sera chargée du contrôle de la qualité des gages : c’est d’ailleurs déjà l’une de ses activités dans le cadre de la Banque centrale européenne. Il peut s’agir de prêts immobiliers hypothécaires, de créances sur des entreprises en bonne santé avec une cotation forte, qui entrent dans la catégorie des investment grade. Ce sont donc ces types d’actifs que nous qualifions dans le projet de loi de finances rectificative d’« actifs de qualité », supervisés par la Banque de France.
Madame Bricq, vous avez plaidé en faveur d’un État très présent. L’État exercera un contrôle étroit, par le biais d’un agrément des dirigeants et des statuts de la société de refinancement. Mme Lagarde vous a donné tout à l’heure les noms de ces dirigeants ; il s’agit de MM. Camdessus et Coste. En outre, des commissaires du Gouvernement siégeront au conseil d’administration et disposeront d’un droit de veto. Les conventions qui fixent les contreparties seront étroitement contrôlées.
Vous avez souhaité que les contreparties éthiques figurent dans la loi. Chaque établissement devra signer la convention. J’ai également indiqué que nous plafonnerions les indemnités de départ, interdirions le cumul d’un contrat de travail et d’un mandat social et, sur le plan économique, fixerions les objectifs des nouveaux prêts aux banques.
Vous vous êtes aussi interrogée sur la clause de super urgence, par laquelle l’État pourrait s’exonérer de l’intervention de la société de refinancement. En ce qui concerne Dexia, si nous n’étions pas intervenus en urgence, cette société aurait été mise en faillite. Cet exemple montre bien que, dans certains cas, nous devons agir heure après heure. C’est la raison pour laquelle la loi prévoit un tel cas de figure. Les garanties apportées en situation de super urgence sont incluses dans la somme plafonnée de 320 milliards d’euros. On ne fera donc pas n’importe quoi !
M. Mercier s’est également interrogé sur l’aventure américaine de Dexia. Il a énoncé, comme d’autres orateurs, un certain nombre de vérités sur l’Europe et, notamment, sur le fait que, dans cette affaire, la concertation, la coordination et la cohésion européennes constituent un fait majeur dont nous prendrons toute la mesure, j’en suis convaincu, dans les semaines et les mois qui viennent.
Sous l’impulsion du Président de la République, président de l’Union européenne en exercice, nous avons, comme rarement auparavant, fait progresser l’idée que l’Europe est très forte lorsqu’elle coordonne ses politiques, lesquelles étant ensuite déclinées sur le plan national. Elle peut alors être en mesure de régler un certain nombre de problèmes cruciaux. Nous l’avons montré sur le plan financier, mais nous aurions également pu prendre l’exemple des tensions internationales. Je pense en particulier aux événements qui se sont déroulés en Géorgie et au conflit avec les Russes. Dans ce domaine également, quand l’Europe est unie et qu’elle répond présent, elle est en mesure de marquer des points fondamentaux sur la scène internationale.
Monsieur Vera, vous nous avez indiqué que vous refusiez l’union nationale, pour des raisons qui vous sont propres, que je n’approuve pas, mais que je peux comprendre.
Cette union nationale eût été importante. (Mme Annie David s’exclame.) En effet, le séisme financier actuel n’est pas franco-français, et le refus de faire preuve, avec notre Gouvernement, d’une solidarité face à un bouleversement qui, à l’évidence, ne lui incombe pas est une chose que nos concitoyens auront du mal à comprendre.
Plusieurs sénateurs du groupe CRC. On leur expliquera !
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Vous nous reprochez de « sauver les banques ». Mais sauver les banques, c’est sauver l’économie ! Les banques permettent la circulation du financement. L’économie de tous les jours repose sur un système bancaire permettant de financer les petites et moyennes entreprises, l’artisan, le commerçant, que vous évoquez souvent dans cet hémicycle. Sans les banques, ces entreprises n’existeraient pas. C’est la raison pour laquelle nous avions l’obligation de sauver non pas les banques, mais la capacité, pour l’ensemble de l’économie – les entreprises, les particuliers, les collectivités –, de pouvoir se financer.
Vous nous reprochez également de jeter l’argent par les fenêtres. C’est faux ! Tout d’abord, M. Jean-Pierre Fourcade l’a souligné, ce texte ne représente pas un coût puisqu’il fixe un plafond de garantie de 320 milliards d’euros à la société de refinancement et de 40 milliards d’euros à la société de recapitalisation, ce qui permet d’atteindre la somme de 360 milliards d’euros. Par définition, ce plafond ne devrait pas être atteint ; il constitue simplement une garantie, à laquelle on ne devrait pas, en principe, avoir recours, sauf cas extrême.
Monsieur Fourcade, comme je vous ai cité chaque fois pour expliquer la position du Gouvernement, je m’aperçois que j’ai déjà répondu aux différents points que vous avez soulevés.
M. Jean-Pierre Fourcade. Sauf sur le FMI !
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Je vais y venir.
Auparavant, je tiens à vous remercier du soutien que vous avez apporté, au nom du groupe UMP, à ce texte. Vous aurez ainsi participé à un sauvetage que nous n’avions pas le droit de ne pas faire. Aujourd’hui, votre soutien, qui est pour nous très important, témoigne de votre responsabilité.
Concernant le FMI, le Gouvernement partage votre volonté de renforcer et de faire évoluer les missions de cet organisme. Avec les Britanniques, nous voulons que le FMI joue un rôle d’alerte et de prévention des crises financières. Vous avez plaidé avec raison en faveur de méthodes et d’instruments moins dangereux. Nous allons refonder avec nos partenaires européens une régulation financière. À l’évidence, la régulation existante – ne disons pas qu’elle n’existait pas ! – était inadaptée. Ce qui est arrivé ne doit plus se reproduire, c’est de notre responsabilité.
Avant la fin de l’année, une directive européenne permettra de réguler les agences de notation. Nous allons également réformer les règles prudentielles, afin de limiter les risques de liquidités et de titrisation, que vous avez évoqués avec raison ; nous allons prendre des initiatives pour que les politiques de rémunération dans les secteurs financiers n’encouragent pas les prises de risque déraisonnables.
Monsieur Baylet, vous avez fait un certain nombre de propositions, notamment la mise en œuvre de prêts préférentiels destinés aux petites et moyennes entreprises. À cet égard, je vous rappelle que nous avons injecté – c’est d’ores et déjà efficient – 22 milliards d’euros pour les PME. Comme je l’ai dit tout à l’heure, 17 milliards d’euros proviendront des excédents de l’épargne réglementée et 5 milliards d’euros transiteront par OSEO et seront affectés aux PME sous forme de financement, de garantie ou de trésorerie. Le Gouvernement a pris cette décision avant l’examen de ce projet de loi de finances rectificative, ce qui montre que nous sommes particulièrement attentifs, comme vous-même, monsieur Baylet, au financement des petites et moyennes entreprises.
Dès le mois d’août, en tant que responsable, avec Christine Lagarde, des petites et moyennes entreprises, j’ai alerté le Premier ministre et la Présidence de la République de l’attention soutenue que nous devions porter aux PME. C’est la raison pour laquelle nous avons pu réagir aussi vite, en mettant ces 22 milliards d’euros à la disposition des PME. Au demeurant, il conviendra de nous assurer que les 17 milliards d’euros qui seront mis à disposition des banques seront effectivement destinés aux petites et moyennes entreprises.
Monsieur Muller, vous avez formulé un certain nombre de propositions, mais elles sont hors du sujet qui nous préoccupe aujourd’hui. Si je peux comprendre certaines attaques en règle, je ne peux y souscrire ! Nous nous occupons aujourd’hui, parce que c’est le plus important, de mettre en place les éléments d’un financement du système bancaire.
Monsieur Arthuis, je vous remercie tout d’abord d’avoir émis un avis positif sur ce texte. À vrai dire, je n’étais pas inquiet, connaissant votre sagesse et vos qualités dans ce domaine. Je réitère l’engagement pris par Christine Lagarde de vous fournir une maquette de la convention qui régira les relations entre la société de refinancement et les banques.
Vous avez mis l’accent sur l’affacturage, l’assurance crédit, qui est un point très important. Tout à l’heure, mon directeur de cabinet recevait les sociétés d’assurance crédit pour voir avec elles comment nous pouvons éviter que, de proche en proche, un certain nombre de difficultés ne surviennent. Nous sommes tout à fait conscients de ce problème, qui est réel, et je vous remercie, monsieur le président de la commission, de l’avoir soulevé.
Concernant les délais de paiement, nous allons faire en sorte que la loi de modernisation de l’économie que vous avez votée, mesdames, messieurs les sénateurs, s’applique dans de bonnes conditions Je m’emploie à ce que les accords dérogatoires prévus dans la loi puissent être mis en place, sans remettre en cause l’économie du texte. La volonté du législateur et des pouvoirs publics est de réduire globalement, dans notre pays, les délais de paiement, qui, en moyenne, sont aujourd’hui plus longs que la moyenne européenne et de vingt jours plus longs que ceux de nos amis allemands. C’est l’une des raisons de la meilleure santé financière des PME allemandes.
Comme toujours, c’est M. Arthuis qui a rappelé le véritable sujet de préoccupation, à savoir la compétitivité de nos entreprises, qui est effectivement fondamentale. Il ne sert à rien de prendre telle ou telle mesure de financement si nos entreprises ne sont pas structurellement compétitives.
C’est tout l’objet de la politique qui a été menée par les pouvoirs publics, depuis plus d’un an, spécifiquement en faveur des entreprises, et plus particulièrement des PME.
Lorsque nous créons OSEO, qui doit devenir le guichet unique du financement des PME, nous œuvrons pour accélérer et améliorer leur financement. Lorsque nous mettons en place le crédit d’impôt recherche, qui est sans équivalent dans les autres pays de l’Union européenne et de l’OCDE, nous stimulons l’innovation, laquelle est un des facteurs clés de la compétitivité.
Mme Nicole Bricq. Nous verrons !
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Vous le savez bien, monsieur le président de la commission, assouplir la durée du travail en prévoyant une négociation par entreprise accroît les chances de développer la compétitivité.
Avec l’adoption de la mesure ISF-PME, qui permet de financer à hauteur de 1 milliard d’euros le développement des petites et moyennes entreprises, on fait également progresser la compétitivité de nos entreprises.
Mesdames, messieurs les sénateurs, telles sont les orientations prises par le Gouvernement. Aujourd’hui, nous voulons rétablir le financement de l’économie. Pour ce faire, nous souhaitons que le plus grand nombre d’entre vous votent ce projet de loi de finances rectificative. Vous ferez ainsi une bonne action pour l’économie française. (Applaudissements sur les travées de l’UMP et de l’Union centriste. – M. Jean Milhau applaudit également.)
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.
M. Éric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Madame la présidente, mesdames, messieurs les sénateurs, je voudrais tout d’abord dire quelques mots à Jean Arthuis qui a évoqué les paradis fiscaux.
Mme Nicole Bricq. Il n’a pas été le seul à les évoquer !
M. Éric Woerth, ministre. J’étais présent lorsqu’il s’est exprimé !
Avec le ministre allemand des finances, nous avons pris l’initiative conjointe de réunir le 21 octobre plusieurs pays de l’OCDE – une bonne partie d’entre eux sera représentée au niveau politique – pour examiner l’évolution de la classification des paradis fiscaux : il n’en reste plus que trois sur la liste noire, ce qui est anormal. Il s’agira, sur le plan politique, de relancer une véritable classification, certains pays ayant pris des engagements qui ne sont bien sûr pas tenus.
Concernant le report de paiement des cotisations sociales en faveur des PME, monsieur le président Emorine, il me paraît préférable d’agir au cas par cas. Dans les départements, nous disposons en effet des outils nécessaires pour le faire, et nous avons donné aux services concernés des directives pour qu’ils puissent agir en ce sens dans le cas où des entreprises rencontreraient des difficultés de trésorerie.
Ce qu’il faut, c’est agir avec souplesse. C’est pourquoi je ne suis pas certain qu’une mesure globale, destinée à l’ensemble du tissu économique et industriel, soit véritablement nécessaire. De plus, elle serait coûteuse, car elle contraindrait l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale, l’ACOSS, à emprunter. Nous privilégions donc une solution plus raisonnable.
M. Jean-Paul Emorine. Elle me convient parfaitement !
Mme la présidente. Personne ne demande plus la parole dans la discussion générale ?…
La discussion générale est close.
La parole est à M. le président de la commission des finances.
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Je tiens à remercier M. le ministre et M. le secrétaire d’État pour leurs réponses.
Je voudrais dire à M. Novelli que nous allons devoir faire évoluer notre vision de la fiscalité, un sujet sur lequel nous avons déjà souvent eu l’occasion d’échanger.
S’il est politiquement très correct de continuer à dire que certains impôts peuvent être payés par les entreprises, c’est oublier qu’en termes d’économie globale il s’agit potentiellement d’un facteur de délocalisation d’activité.
En définitive, que les impôts soient acquittés par les entreprises ou par les ménages, ce sont toujours ces derniers qui payent. En effet, tout ce qui transite par l’entreprise se retrouve ensuite dans le prix des produits et des services destinés aux consommateurs.
C’est pourquoi je pense qu’assez rapidement, s’agissant de la taxe professionnelle, qui est un impôt de production, et de certaines cotisations sociales, nous devrions porter ce débat devant l’opinion publique, pour faire bouger les visions et les positions. C’est, me semble-t-il, un enjeu fondamental pour la compétitivité du travail, des territoires et des entreprises.
Cela étant dit, vingt-quatre amendements ont été déposés sur le projet de loi que nous examinons, ainsi qu’une motion de procédure. La commission des finances doit maintenant se réunir pour les examiner. Aussi, madame la présidente, je sollicite une suspension de séance d’une vingtaine de minutes.
Mme la présidente. Le Sénat va bien sûr accéder à cette demande.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-huit heures vingt, est reprise à dix-huit heures quarante, sous la présidence de M. Roland du Luart.)
PRÉSIDENCE DE M. Roland du Luart
vice-président
M. le président. Je suis saisi, par Mmes Borvo Cohen-Seat et Beaufils, MM. Foucaud, Vera et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, d'une motion n°13, tendant à opposer la question préalable.
Cette motion est ainsi rédigée :
En application de l'article 44, alinéa 3, du règlement, le Sénat décide qu'il n'y a pas lieu de poursuivre la délibération sur le projet de loi de finances rectificative pour le financement de l'économie, adopté par l'Assemblée nationale (n° 22, 2008-2009).
Je rappelle que, en application de l’article 44, alinéa 8 du règlement du Sénat, ont seuls droit à la parole sur cette motion l’auteur de l’initiative ou son représentant, pour quinze minutes, un orateur d’opinion contraire, pour quinze minutes également, le président ou le rapporteur de la commission saisie au fond et le Gouvernement.
En outre, la parole peut être accordée pour explication de vote, pour une durée n’excédant pas cinq minutes, à un représentant de chaque groupe.
La parole est à Mme Marie-France Beaufils, auteur de la question.
Mme Marie-France Beaufils. Monsieur le président, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, rarement question préalable n’aura eu autant de sens : 360 milliards d’euros pour qui, et pour quoi faire ? Voilà la question qu’il est important de poser !
La crise financière, historique, et la crise économique et sociale profonde exigent des solutions fortes, urgentes. Oui, il y a urgence à protéger l’emploi, le pouvoir d’achat, à protéger les petits épargnants, à protéger les petites entreprises.
Il y a urgence, et M. Fillon l’affirme lui-même, mimant l’incendiaire qui crie au feu. Nous sommes en effet au bord du gouffre et la crise systémique menace notre pays.
En revanche, il n’y a aucune urgence à renflouer les spéculateurs et tous les acteurs responsables de cette faillite !
Notre question – 360 milliards d’euros pour qui et pour quoi faire ? – demeure après les débats qui se sont tenus à l’Assemblée nationale. Nous estimons que la décision de mettre à la disposition d’établissements bancaires une somme équivalant au budget de l’éducation nationale exige d’importantes garanties, point sur lequel je reviendrai.
Avant toute chose, je souhaiterais rappeler que – ce qui semble une évidence, bien que le Gouvernement et sa majorité aient du mal à l’intégrer – le krach boursier est non pas la source de la crise, mais le résultat d’une politique qui a déplacé l’utilisation de l’argent du développement économique, et notamment industriel, vers le profit financier et la spéculation.
L’énorme bulle financière qui explose actuellement est le résultat d’une politique initiée à la fin des années soixante-dix par Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Le modèle libéral anglo-saxon s’est imposé rapidement par un travail idéologique intense. Tout ce qui était public devenait facteur de stagnation, l’intérêt général devenait une notion conservatrice, alors que le progrès s’incarnait dans un individualisme exacerbé, la réussite sociale et, surtout, l’argent.
Le « chacun pour soi », la concurrence et l’enrichissement devenaient les valeurs cardinales de nos sociétés occidentales. La construction européenne s’est rapidement mise au diapason libéral.
L’Acte unique de 1986 affirmait le principe de la libre circulation des marchandises et des capitaux. Le traité de Maastricht mettait en place les institutions dévouées au marché, comme la Banque centrale européenne, que le Président de la République et le Gouvernement ne remettent aucunement en cause, et imposait les dogmes de la concurrence libre et non faussée.
Aujourd’hui encore, vous défendez un traité de Lisbonne qui perpétue un système qui s’effondre pourtant sous nos yeux.
La volonté des dirigeants politiques, acquis, comme vous, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d'État, au capitalisme financier les a même amenés à refuser la démocratie en tentant de contourner les non français, néerlandais et irlandais à cette Europe au service des financiers et certainement pas à celui des peuples européens.
Oui, l’addition que notre pays doit payer aujourd’hui est posée depuis bien longtemps. Les privatisations massives de 1986 et de 1993 ont livré les secteurs bancaire et financier aux appétits capitalistes. Malheureusement, la gauche n’a pas su, n’a pas pu, n’a pas voulu stopper cette offensive, malgré notre inquiétude maintes fois formulée.
La question des privatisations est centrale. Il ne s’agit pas seulement d’un moyen de réduire le déficit public, elles constituent surtout un cadeau monumental aux marchés financiers alimentant la bulle spéculative, cette fameuse bulle financière.
Les privatisations à tout-va ont grandement participé à la déconnexion des bourses de l’économie réelle.
Le Gouvernement, la majorité, le Président de la République lui-même espèrent sans doute qu’une fois l’orage passé les affaires pourront reprendre comme auparavant.
J’ai pu lire, ici ou là, que la privatisation de La Poste serait suspendue, M. Sarkozy estimant peu judicieux de mettre sur le marché la Banque Postale, pour le moment. En revanche, rien n’est abandonné, semble-t-il, pour l’avenir.
Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d'État, il faut aujourd’hui affirmer clairement que les privatisations massives, à tout-va, ont été une erreur et qu’en aucun cas La Poste ne sera cédée aux spéculateurs.
Oui, la crise d’aujourd’hui puise sa source dans l’évolution du capitalisme vers un capitalisme mondialisé et financier.
M. Fillon lui-même pourrait en tirer bien des leçons, lui qui s’est attaqué au système de retraite par répartition, favorisant l’explosion de produits financiers censés permettre une compensation par la capitalisation. Heureusement qu’il s’est trouvé des « archaïques », des partisans d’ « une société révolue », comme vous nous le rappelez bien souvent, pour empêcher que soit immédiatement suivi l’exemple des États-Unis : les fonds de pension de ce pays ont perdu depuis le mois de janvier 2 000 milliards de dollars, provoquant l’appauvrissement immédiat de centaines de milliers de personnes.
Le journal Les Échos de ce jour rappelle d’ailleurs que le fonds de réserve pour les retraites a chuté de 14,5 %.
Qui n’a pas écrit, qui n’a pas alerté sur la crise financière des fonds de pension et leur influence extravagante sur les économies de la planète ?
C’est au cours des années quatre-vingt que la bourse est devenue l’alpha et l’oméga de la société. Ce qui détermine la réussite de notre pays, ce n’est plus la bonne tenue de notre industrie, de notre agriculture, notre influence culturelle et scientifique, c’est l’épaisseur des portefeuilles des financiers et spéculateurs.
Comment ne pas être stupéfait des commentaires d’hier sur l’euphorie des places boursières, les records de hausse ? Mme Lagarde avait souligné ici même l’importance de faire de Paris une place boursière de premier plan.
Que signifient ces hausses ? La relance de l’économie, la création de milliers d’emplois, l’augmentation du pouvoir d’achat ?
Non, ces hausses traduisent la joie des spéculateurs rassurés par la manne versée par les États européens, qui – faut-il le rappeler ? – ont racheté massivement des titres au plus bas depuis plusieurs jours.
Faut-il se réjouir de ce scandale : l’argent des contribuables européens favorise la spéculation ! Un de nos collègues a évoqué un retour à la sérénité. Malheureusement, après être remontés, les cours de la bourse ont de nouveau chuté.
« Du passé faisons table rase », entonne-t-on en chœur sur les bancs du Gouvernement, de la majorité et, surtout, me semble-t-il, à l’Élysée !
M. Nicolas Sarkozy nous a refait à Toulon le numéro maintenant bien connu du « Je vous ai compris. Je vais prendre bientôt les mesures que vous attendez, mais l’urgence exige que je satisfasse mes amis. »
Celui qui, après avoir promis l’augmentation du pouvoir d’achat, débloqua, dès son élection, 15 milliards d’euros de cadeaux pour les plus riches, connaît bien cet exercice.
Ce discours était effarant. Le Président de la République a troqué son costume de libéral dogmatique contre celui de refondateur du capitalisme.
Première décision d’ampleur : on prend les mêmes, les banquiers, et on recommence, avec, en sus, une prime de 360 milliards d’euros. La refondation du capitalisme, c’est pour plus tard !
L’urgence de l’action, dont nous convenons, ne doit pas justifier la continuation des politiques antérieures. Les sommes versées aux banques, que ce soit sous forme de garanties ou sous forme de recapitalisation, doivent s’accompagner d’exigences fortes et porteuses – c’est essentiel – d’une rupture avec les politiques financières antérieures.
Les banques, qui ont un rôle de service public de premier ordre, puisqu’elles recueillent, par exemple, les salaires et l’épargne populaire, doivent rompre avec des choix qui les ont placées au centre de la spéculation. Alors que le produit du travail de la grande masse devrait servir à l’épanouissement commun, au développement du pays, il a alimenté une politique libérale, facteur de régression sociale importante.
En clair, l’argent du peuple a été détourné, et même retourné contre lui. Les banques sont les acteurs majeurs de la crise, sous la responsabilité des gouvernements qui ont encouragé leur choix. Il est inconcevable que la collectivité publique vole à leur secours sans engagement immédiat, sans préalable à un changement d’orientation radical.
Force est de constater que le Président de la République, qui reçoit régulièrement ces jours-ci les grands financiers de France, ne les presse pas trop en ce sens. Ce sont plutôt des réunions entre amis dans une mauvaise passe, qui cherchent à s’en sortir sans trop de dommages.
Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, j’insiste sur le fait que voter sans garantie votre projet de loi, notamment son article 6, reviendrait à signer un chèque en blanc à des gens qui ont failli à leur mission.
Pour remédier à cette situation, il est indispensable d’instituer des garanties. Dans cette optique, je ferai plusieurs propositions.
Première proposition : les banques doivent s’engager, par écrit, à opérer une modification stratégique de leur comportement. L’activité financière ne doit poursuivre qu’un objectif : le développement de l’économie réelle, à commencer par le développement industriel.
Une mesure immédiate consisterait à accroître considérablement le rendement du livret A en le consacrant au logement social. On manque de logements en France. Il faut exiger des banques qu’elles participent à de grands travaux de construction à l’échelle nationale. Cela passe, bien évidemment, par des conditions d’emprunts nouvelles, y compris pour les collectivités territoriales.
Le plafond du livret de développement durable – comment ne pas regretter l’abandon symbolique de la référence au développement industriel des CODEVI ? – doit être fortement relevé afin de créer un fonds pour l’engagement de grands travaux et de lutter contre les délocalisations.
À l’heure actuelle, le dépôt sur ces livrets est plafonné à 6 000 euros. N’est-ce pas ridicule, alors que le dépôt sur une assurance vie, outil financier livré à la spéculation, peut atteindre 150 000 euros.
Rendue attractive pour les épargnants, cette forme de placement, qui oblige les banques à utiliser les fonds collectés dans le but initialement prévu, dégagerait des moyens considérables qui pourraient être réinjectés dans l’économie de notre pays.
Deuxième proposition : il faut des engagements sur l’avenir des établissements financiers. Nous considérons que si l’État vole au secours d’un établissement financier, il doit pouvoir contrôler sa stratégie et sa gestion, et lorsqu’il l’estime justifié, compenser l’aide apportée par une nationalisation durable, contribuant ainsi à la constitution et au renforcement d’un grand pôle financier public.
L’idée d’un retour au secteur privé des investissements publics, dès le calme revenu, ne me semble pas acceptable.
Les Français doivent savoir que le Président de la République et son gouvernement appliquent un bon vieux principe libéral : « Socialisons les pertes ; privatisons les profits »
Le terme de « nationalisation » n’est plus tabou. Il faut, comme en 1945, donner à l’État et au pays les moyens d’agir pour le bien commun. Ces nationalisations, leur réussite, devront s’appuyer sur l’intervention des salariés, partie prenante à la gestion de leur entreprise.
Troisième proposition : il faut donner des garanties budgétaires. Cessez de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Malgré les propos rassurants que nous avons entendus tout à l’heure, les 320 milliards d’euros de garanties seront utilisés. Aux États-Unis, hier, 125 milliards de dollars ont été engloutis par neuf banques privées. Soutenir aujourd’hui qu’il n’y aura pas d’incidence budgétaire nous paraît très optimiste, pour ne pas dire irréaliste.
Le service public ne doit en aucun cas être mis en cause, ni les contribuables modestes sollicités. Ce sont les financiers, les plus riches, les détenteurs de grandes fortunes qui, pour une fois, doivent mettre la main à la poche.
Il faut abroger le bouclier fiscal, modifier le barème de l’impôt sur le revenu pour taxer les plus hauts revenus, reformer l’ISF pour accroître son rendement et intégrer les fortunes financières et industrielles.
Quatrième proposition : les banques doivent rompre avec les paradis fiscaux et la pratique détestable des hedge funds.
Nul besoin de séminaire, comme celui que vous avez prévu le 21 octobre prochain, pour décider de les remettre en cause. Des directives précises peuvent être adressées aux établissements financiers dès aujourd’hui.
Cinquième proposition : les établissements financiers doivent cesser leur politique de revenus à l’égard de leurs dirigeants et plus hauts responsables. Dès aujourd’hui, nous vous proposons des amendements allant dans ce sens. Il faut remettre en cause les parachutes dorés, supprimer les stock-options. Est-il compréhensible que tout le monde, y compris le Président de la République, prône l’abandon des parachutes dorés et que personne n’accepte aujourd’hui de supprimer concrètement, par un vote, ces pratiques qui scandalisent chaque jour nos compatriotes ?
Nous vous proposerons de vous prononcer tout à l’heure, par scrutin public, sur ce sujet.
Enfin, les responsables financiers coupables de malversations, de fraudes, de dissimulations – et ils sont nombreux – doivent répondre de leurs actes devant la justice, qui doit être la même pour tous.
Sixième proposition : l’État doit garantir les finances des collectivités territoriales qui, chacun le sait, vont subir un grave contrecoup du fait de la crise financière. Leurs possibilités d’emprunt doivent être intégralement maintenues à des taux préférentiels. Les directives en ce sens doivent être adressées aux banques dès aujourd’hui.
Ma septième et dernière proposition porte sur l’emploi et sur les salaires.
Le Gouvernement, qui sert sur un plateau 360 milliards d’euros aux banques, doit apporter des garanties aux salariés et à la population, qui ne doivent pas être les victimes des dégâts collatéraux d’une crise financière qu’ils vont subir.
Il faut garantir les rémunérations en cas de licenciement, interdire les expulsions, y compris pour les accédants touchés par la crise des crédits relais.
Tout doit être mis en œuvre pour garantir les emplois, y compris par l’interdiction des licenciements quand le motif est financier.
Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, vous demandez l’union nationale. Certains vont même jusqu’à mettre en cause la responsabilité de l’opposition qui n’approuverait pas comme un seul homme le hold-up planétaire auquel nous assistons.
La ficelle est pourtant bien grosse : pour masquer votre écrasante responsabilité, vous tentez d’associer l’opposition à vos erreurs et turpitudes passées.
Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, nous vous avons démontré qu’aucune garantie réelle n’accompagnait le plan de sauvetage que vous nous soumettez aujourd’hui, dans une précipitation extrême qui signe bien la gravité de la crise dans laquelle, avec vos amis, vous avez plongé le monde.
En conséquence, avec la responsabilité de ceux qui dénoncent depuis si longtemps les dangers du capitalisme aujourd’hui mondialisé, nous voterons contre ce projet de loi. (Applaudissements sur les travées du groupe CRC.)
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission des finances, qui a examiné cette motion pendant la suspension de séance, considère bien entendu qu’il convient de poursuivre la discussion du projet de loi. Cela nous permettra d’interroger le Gouvernement, car de nombreux sujets exigent des mises au point.
En adoptant la motion tendant à opposer la question préalable, nous nous priverions de réponses qui, souvent, iront dans le sens de vos préoccupations. La commission a donc bien évidemment émis un avis défavorable sur cette motion, que je vous invite à rejeter sans états d’âme.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Éric Woerth, ministre. Mesdames, messieurs les sénateurs, le Gouvernement vous engage à son tour à voter contre cette motion.
Madame Beaufils, vous vous êtes interrogée, au début de votre propos, sur l’utilité de ce plan, vous demandant où l’on allait. La réponse a été clairement apportée par Christine Lagarde tout à l’heure.
Si la crise est difficile, la réponse est extrêmement claire et il convient de la mettre en œuvre avec une grande vigueur. C’est ce que fait le Gouvernement, en coordination avec tous les autres pays européens.
M. le président. Je mets aux voix la motion n° 13, tendant à opposer la question préalable.
Je rappelle que l’adoption de cette motion entraînerait le rejet du projet de loi de finances rectificative.
(La motion n'est pas adoptée.)
M. le président. Nous passons donc à la discussion des articles.
PREMIÈRE PARTIE
CONDITIONS GÉNÉRALES DE L'ÉQUILIBRE FINANCIER
Articles additionnels avant l'article 1er
M. le président. Je suis saisi de deux amendements faisant l’objet d’une discussion commune.
L'amendement n° 6 rectifié, présenté par MM. Muller et Desessard et Mmes Blandin, Boumediene-Thiery et Voynet, est ainsi libellé :
Avant l'article 1er, ajouter un article additionnel ainsi rédigé :
L'article 1er du code général des impôts est abrogé.
La parole est à M. Jacques Muller.
M. Jacques Muller. En cette période de crise financière, crise dont nous redoutons tous les répercussions sur l’économie réelle, les dispositions instaurant le bouclier fiscal ne sauraient être maintenues en l’état. Elles relèvent de ce que j’appelle une véritable provocation à l’égard de millions de nos concitoyens, petits contribuables, dont l’argent est aujourd’hui mobilisé, virtuellement certes, mais pour combien de temps. Ces contribuables seront en première ligne en cas de difficultés de l’économie réelle.
C’est pourquoi nous demandons la suppression du bouclier fiscal.
M. le président. L'amendement n° 14, présenté par M. Vera, Mme Beaufils, M. Foucaud et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :
Avant l'article 1er, ajouter un article additionnel ainsi rédigé :
Les articles 1er et 1649-0 A du code général des impôts sont abrogés.
La parole est à M. Bernard Vera.
M. Bernard Vera. Comme cela a été souligné à plusieurs reprises, tout indique, contrairement aux affirmations du Président de la République, que les 320 milliards d’euros de garantie et les 40 milliards d’euros de capitalisation prévus par le plan de sauvetage des financiers seront utilisés. Le budget de l’État sera donc sollicité. Il l’est déjà par ailleurs, puisqu’une partie du collectif budgétaire est liée à des mesures prises en réaction à la crise.
Est-il envisageable que les contribuables, notamment les plus défavorisés d’entre eux, paient une nouvelle taxe visant à réparer les dégâts causés par les spéculateurs ?
Il faut que les plus riches mettent la main à la poche. Si M. Sarkozy veut refonder le capitalisme, cela passe par une telle mesure.
Pour permettre une participation à l’effort national de ceux qui, bien souvent, se sont enrichis grâce à la spéculation, il faut abroger le bouclier fiscal, lequel exonère d’impôts ceux qui voient leurs ressources taxées à plus de 50 %.
Un tel privilège n’était pas acceptable avant la crise ; il l’est encore moins aujourd’hui, alors que les pires maux sont annoncés pour l’économie française.
Nous demandons un scrutin public sur cet amendement de justice sociale.
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je crains que ces amendements ne s’écartent un peu trop du sujet essentiel du texte. Peut-être pourront-ils être réexaminés lors de la discussion du projet de loi de finances pour 2009 : je suis prêt à tous les débats, je veux bien entendre tous les arguments que l’on souhaitera. Pour l’instant, je suggère le retrait, et nous reprendrons cette discussion tout à loisir lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2009.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Hervé Novelli, secrétaire d’État. Le Gouvernement partage l’avis du rapporteur général.
Comme lui, je suggère qu’aujourd’hui nous examinions le texte inscrit à l’ordre du jour et les amendements qui s’y rapportent et que nous gardions pour la discussion du projet de loi de finances les amendements qui sont vraiment très éloignés de l’objet de ce texte.
M. le président. Monsieur Bernard Vera, l’amendement no 14 est-il maintenu ?
M. Bernard Vera. Je pense au contraire que cet amendement est tout à fait pertinent et, bien sûr, nous le maintenons.
M. le président. Monsieur Jacques Muller, l’amendement no 6 rectifié est-il maintenu ?
M. Jacques Muller. Il l’est, monsieur le président.
M. le président. Je mets aux voix l’amendement no 14.
Je suis saisi d’une demande de scrutin public émanant du groupe CRC.
Il va être procédé au scrutin dans les conditions fixées par l’article 56 du règlement.
(Le scrutin a lieu.)
M. le président. Personne ne demande plus à voter ?…
Le scrutin est clos.
(Il est procédé au comptage des votes.)
M. le président. Voici le résultat du dépouillement du scrutin no 3 :
| Nombre de votants | 231 |
| Nombre de suffrages exprimés | 231 |
| Majorité absolue des suffrages exprimés | 116 |
| Pour l’adoption | 30 |
| Contre | 201 |
Le Sénat n’a pas adopté.
L’amendement no 16 rectifié, présenté par M. Vera, Mme Beaufils, M. Foucaud et les membres du groupe communiste républicain et citoyen, est ainsi libellé :
Avant l’article 1er, ajouter un article additionnel ainsi rédigé :
I. – Après l’article 885 U du code général des impôts, il est inséré un article ainsi rédigé :
« Art … – Le montant de l’impôt de solidarité sur la fortune, calculé dans les conditions prévues à l’article 885 U, est majoré de 30 % à compter de la promulgation de la loi n°… du … de finances rectificative pour le financement de l’économie. »
II. – Par dérogation aux dispositions fiscales en vigueur, toute rémunération ou partie de rémunération liée à l’évolution de cours boursiers, octroyée et calculée sous quelque forme que ce soit, est soumise à une taxe de 100 %.
La parole est à M. Bernard Vera.
M. Bernard Vera. La situation des comptes publics, chacun le sait, présente un caractère critique. Grâce à quelques artifices comptables que nous avons déjà évoqués, vous nous présentez, monsieur le ministre, un collectif budgétaire comportant un déficit légèrement inférieur à 50 milliards d’euros. La dérive des comptes est admise, montrant si besoin était que les choix budgétaires de l’été 2007 – j’ai en vue le paquet fiscal – et ceux de l’automne suivant, c’est-à-dire la loi de finances, n’étaient pas les bons.
Il faut donc nous inscrire clairement dans le cadre du redressement des comptes publics, et ce pour plusieurs raisons.
La première, c’est qu’il faut réduire les déficits publics. Nous ne sommes pas des partisans forcenés de leur accroissement, contrairement à une légende assez répandue, surtout quand ils se développent dans un contexte de stagnation économique et que la dette publique trouve son origine dans des difficultés de trésorerie rencontrées par l’État pour faire face à ses engagements quotidiens.
Il était prévu dans la loi de finances pour 2008 de mobiliser 145 milliards d’euros de nouveaux titres de dette publique pour financer environ 13 milliards d’euros de nouveaux investissements publics.
L’an dernier, mes chers collègues, vous avez tout de même voté une dette où le tiers des nouvelles émissions venait amortir l’existant, où un deuxième tiers correspondait au déficit budgétaire prévu et où l’essentiel du tiers restant devait permettre de faire face aux risques de trésorerie !
Dans ces conditions, l’augmentation du produit de l’impôt de solidarité sur la fortune s’apparente à un objectif essentiel.
Le produit attendu de la mesure que nous préconisons, légèrement supérieur à 1 milliard d’euros, permettra de dégager les moyens d’un plan de relance de l’activité et de l’emploi. Cette somme serait adaptée pour accorder, sous des conditions particulières, des prêts sans intérêt ou à taux extrêmement faible à certaines PME ou TPE en vue de faciliter le développement de leurs investissements.
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Compte tenu de ses positions constantes, la commission, dans sa majorité, ne peut pas être favorable à cet amendement.
Je suggère que, comme pour les précédents amendements, la discussion soit reprise lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2009, si les auteurs de cette proposition y tiennent vraiment beaucoup. Dans l’immédiat, il me semblerait préférable de retirer l’amendement.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. le président. Je mets aux voix l’amendement no 16 rectifié.
(L’amendement n’est pas adopté.)
Article 1er
Est autorisée, au-delà de l’entrée en vigueur de la présente loi, la perception des rémunérations de services instituées par le décret n° 2008-245 du 10 mars 2008 modifiant le décret n° 98-902 du 8 octobre 1998 relatif à la rémunération de certains services rendus par le Trésor public et par le décret n° 2008-252 du 12 mars 2008 relatif à la rémunération de certains services rendus par le ministère de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales. – (Adopté.)
Article 2 et état A
I. – Pour 2008, l’ajustement des ressources tel qu’il résulte des évaluations révisées figurant à l’état A annexé à la présente loi et le supplément des charges du budget de l’État sont fixés aux montants suivants :
(En millions d’euros) |
|||
|
Ressources |
Charges |
Soldes |
Budget général |
|
|
|
Recettes fiscales brutes / dépenses brutes |
2 133 |
11 106 |
|
À déduire : Remboursements et dégrèvements |
7 106 |
7 106 |
|
Recettes fiscales nettes / dépenses nettes |
-4 973 |
4 000 |
|
Recettes non fiscales |
663 |
|
|
Recettes totales nettes / dépenses nettes |
-4 310 |
|
|
À déduire : prélèvements sur recettes au profit des collectivités territoriales et des Communautés européennes |
728 |
|
|
Montants nets pour le budget général |
-5 038 |
4 000 |
|
Évaluation des fonds de concours et crédits correspondants |
|
|
|
Montants nets pour le budget général, y compris fonds de concours |
-5 038 |
4 000 |
-9 038 |
Budgets annexes |
|
|
|
Contrôle et exploitation aériens |
|
|
|
Publications officielles et information administrative |
|
|
|
Totaux pour les budgets annexes |
|
|
|
Évaluation des fonds de concours et crédits correspondants : |
|
|
|
Contrôle et exploitation aériens |
|
|
|
Publications officielles et information administrative |
|
|
|
Totaux pour les budgets annexes, y compris fonds de concours |
|
|
|
|
|
|
|
Comptes spéciaux |
|
|
|
Comptes d’affectation spéciale |
|
|
|
Comptes de concours financiers |
-200 |
-1 489 |
1 289 |
Comptes de commerce (solde) |
|
|
|
Comptes d’opérations monétaires (solde) |
|
|
|
Solde pour les comptes spéciaux |
|
|
1 289 |
Solde général |
|
|
-7 749 |
II. – Pour 2008 :
1° Les ressources et les charges de trésorerie qui concourent à la réalisation de l’équilibre financier sont évaluées comme suit :
(En milliards d’euros) |
|
||
Besoin de financement |
|
|
|
|
|
|
|
Amortissement de la dette à long terme |
39,3 |
|
|
Amortissement de la dette à moyen terme |
58,3 |
|
|
Amortissement de dettes reprises par l’État |
2,4 |
|
|
Déficit budgétaire |
49,4 |
|
|
Total |
149,4 |
|
|
Ressources de financement |
|
|
|
Émissions à moyen et long terme (obligations assimilables du Trésor et bons du Trésor à taux fixe et intérêt annuel), nettes des rachats effectués par l’État et par la Caisse de la dette publique |
116,5 |
|
|
Annulation de titres de l’État par la Caisse de la dette publique |
- |
|
|
Variation des bons du Trésor à taux fixe et intérêts précomptés |
42,7 |
|
|
Variation des dépôts des correspondants |
-6,9 |
|
|
Variation du compte du Trésor |
-5,0 |
|
|
Autres ressources de trésorerie ......................................... |
2,1 |
|
|
Total |
149,4 |
; |
|
2° Le plafond de la variation nette, appréciée en fin d’année, de la dette négociable de l’État d’une durée supérieure à un an est fixé à 18,9 milliards d’euros.
III. – Pour 2008, le plafond d’autorisation des emplois rémunérés par l’État demeure inchangé.
ÉTAT A
Voies et moyens pour 2008 révisés
I. BUDGET GÉNÉRAL
(En milliers d’euros) |
||
Numéro de ligne |
Intitulé de la recette |
Révision des évaluations pour 2008 |
|
|
|
1. Recettes fiscales |
|
|
11. Impôt sur le revenu |
-1 025 000 |
|
1101 |
Impôt sur le revenu |
-1 025 000 |
12. Autres impôts directs perçus par voie d’émission de rôles |
300 000 |
|
1201 |
Autres impôts directs perçus par voie d’émission de rôles |
300 000 |
13. Impôt sur les sociétés et contribution sociale sur les bénéfices des sociétés |
1 295 000 |
|
1301 |
Impôt sur les sociétés |
1 295 000 |
14. Autres impôts directs et taxes assimilées |
360 000 |
|
1401 |
Retenues à la source sur certains bénéfices non commerciaux et de l’impôt sur le revenu |
-23 000 |
1402 |
Retenues à la source et prélèvements sur les revenus de capitaux mobiliers et le prélèvement sur les bons anonymes |
280 000 |
1406 |
Impôt de solidarité sur la fortune |
35 000 |
1407 |
Taxe sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux et de stockage |
-3 000 |
1408 |
Prélèvements sur les entreprises d’assurance |
-4 000 |
1410 |
Cotisation minimale de taxe professionnelle |
20 000 |
1412 |
Taxe de participation des employeurs au financement de la formation professionnelle continue |
-5 000 |
1417 |
Recettes diverses |
60 000 |
15. Taxe intérieure sur les produits pétroliers |
-114 000 |
|
1501 |
Taxe intérieure sur les produits pétroliers |
-114 000 |
16. Taxe sur la valeur ajoutée |
1 219 000 |
|
1601 |
Taxe sur la valeur ajoutée |
1 219 000 |
17. Enregistrement, timbre, autres contributions et taxes indirectes |
98 000 |
|
1701 |
Mutations à titre onéreux de créances, rentes, prix d’offices |
-46 000 |
1702 |
Mutations à titre onéreux de fonds de commerce |
-5 000 |
1703 |
Mutations à titre onéreux de meubles corporels |
-1 000 |
1704 |
Mutations à titre onéreux d’immeubles et droits immobiliers |
42 000 |
1705 |
Mutations à titre gratuit entre vifs (donations) |
100 000 |
1706 |
Mutations à titre gratuit par décès |
251 000 |
1711 |
Autres conventions et actes civils |
-10 000 |
1713 |
Taxe de publicité foncière |
40 000 |
1714 |
Taxe spéciale sur les conventions d’assurance |
15 000 |
1716 |
Recettes diverses et pénalités |
-10 000 |
1721 |
Timbre unique |
-18 000 |
1722 |
Taxe sur les véhicules de société |
-36 000 |
1723 |
Actes et écrits assujettis au timbre de dimension |
2 000 |
1732 |
Recettes diverses et pénalités |
-35 000 |
1751 |
Droits d’importation |
19 000 |
1753 |
Autres taxes intérieures |
-133 000 |
1755 |
Amendes et confiscations |
7 000 |
1756 |
Taxe générale sur les activités polluantes |
85 000 |
1757 |
Cotisation à la production sur les sucres |
-168 000 |
1766 |
Garantie des matières d’or et d’argent |
1 000 |
1768 |
Taxe spéciale sur certains véhicules routiers |
5 000 |
1774 |
Taxe spéciale sur la publicité télévisée |
1 000 |
1775 |
Autres taxes |
-10 000 |
1782 |
Taxes sur les stations et liaisons radioélectriques privées |
2 000 |
2. Recettes non fiscales |
|
|
21. Exploitations industrielles et commerciales et établissements publics à caractère financier |
1 344 000 |
|
2110 |
Produits des participations de l’État dans des entreprises financières |
269 000 |
2111 |
Contribution de la Caisse des dépôts et consignations représentative de l’impôt sur les sociétés |
-52 000 |
2114 |
Produits des jeux exploités par la Française des jeux |
-23 000 |
2116 |
Produits des participations de l’État dans des entreprises non financières et bénéfices des établissements publics non financiers |
1 150 000 |
22. Produits et revenus du domaine de l’État |
-23 000 |
|
2206 |
Produits et revenus du domaine public et privé non militaire |
35 000 |
2207 |
Autres produits et revenus du domaine public |
-10 000 |
2209 |
Paiement par les administrations de leurs loyers budgétaires |
-17 000 |
2211 |
Produit de la cession d’éléments du patrimoine immobilier de l’État |
-45 000 |
2299 |
Produits et revenus divers |
14 000 |
23. Taxes, redevances et recettes assimilées |
195 000 |
|
2301 |
Redevances, taxes ou recettes assimilées de protection sanitaire et d’organisation des marchés de viandes |
-3 000 |
2309 |
Frais d’assiette et de recouvrement des impôts et taxes établis ou perçus au profit des collectivités locales et de divers organismes |
95 000 |
2313 |
Produit des autres amendes et condamnations pécuniaires |
200 000 |
2314 |
Prélèvements sur le produit des jeux dans les casinos régis par la loi du 15 juin 1907 |
-98 000 |
2315 |
Prélèvements sur le pari mutuel |
-3 000 |
2318 |
Produit des taxes, redevances et contributions pour frais de contrôle perçues par l’État |
-2 000 |
2325 |
Recettes perçues au titre de la participation des employeurs à l’effort de construction |
2 000 |
2326 |
Reversement au budget général de diverses ressources affectées |
138 000 |
2328 |
Recettes diverses du cadastre |
-3 000 |
2329 |
Recettes diverses des comptables des impôts |
-14 000 |
2330 |
Recettes diverses des receveurs des douanes |
-12 000 |
2331 |
Rémunération des prestations rendues par divers services ministériels |
-50 000 |
2335 |
Versement au Trésor des produits visés par l’article 5 dernier alinéa de l’ordonnance n°45-14 du 6 janvier 1945 |
-2 000 |
2339 |
Redevances d’usage des fréquences radioélectriques |
-11 000 |
2340 |
Reversement à l’État de la taxe d’aide au commerce et à l’artisanat |
-38 000 |
2345 |
Produit de la taxe sur certaines dépenses publicitaires |
-4 000 |
24. Intérêts des avances, des prêts et dotations en capital |
-267 000 |
|
2401 |
Récupération et mobilisation des créances de l’État |
5 000 |
2404 |
Intérêts des prêts du Fonds de développement économique et social |
-2 000 |
2409 |
Intérêts des prêts du Trésor |
-273 000 |
2410 |
Intérêts des avances du Trésor |
3 000 |
25. Retenues et cotisations sociales au profit de l’État |
11 000 |
|
2505 |
Prélèvement effectué sur les salaires des conservateurs des hypothèques |
11 000 |
26. Recettes provenant de l’extérieur |
-7 000 |
|
2601 |
Produits des chancelleries diplomatiques et consulaires |
30 000 |
2604 |
Remboursement par les Communautés européennes des frais d’assiette et de perception des impôts et taxes perçus au profit de son budget |
-37 000 |
27. Opérations entre administrations et services publics |
-20 000 |
|
2708 |
Reversements de fonds sur les dépenses des ministères ne donnant pas lieu à rétablissement de crédits |
-20 000 |
28. Divers |
-570 000 |
|
2802 |
Recouvrements poursuivis à l’initiative de l’Agence judiciaire du Trésor. Recettes sur débets non compris dans l’actif de l’administration des finances |
143 000 |
2805 |
Recettes accidentelles à différents titres |
-789 000 |
2807 |
Reversements de Natixis |
-50 000 |
2811 |
Récupération d’indus |
-10 000 |
2812 |
Reversements de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur |
150 000 |
2813 |
Rémunération de la garantie accordée par l’État aux caisses d’épargne |
-7 000 |
2899 |
Recettes diverses |
-7 000 |
3. Prélèvements sur les recettes de l’État |
|
|
31. Prélèvements sur les recettes de l’État au profit des collectivités territoriales |
414 000 |
|
3101 |
Prélèvement sur les recettes de l’État au titre de la dotation globale de fonctionnement |
74 000 |
3102 |
Prélèvement sur les recettes de l’État du produit des amendes forfaitaires de la police de la circulation et des radars automatiques |
-38 000 |
3104 |
Dotation de compensation des pertes de bases de la taxe professionnelle et de redevance des mines des communes et de leurs groupements |
30 000 |
3105 |
Prélèvement sur les recettes de l’État au titre de la dotation de compensation de la taxe professionnelle |
14 000 |
3106 |
Prélèvement sur les recettes de l’État au profit du fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée |
296 000 |
3107 |
Prélèvement sur les recettes de l’État au titre de la compensation d’exonérations relatives à la fiscalité locale |
37 000 |
3109 |
Prélèvement sur les recettes de l’État au profit de la collectivité territoriale de Corse et des départements de Corse |
-3 000 |
3112 |
Dotation départementale d’équipement des collèges |
-1 000 |
3115 |
Compensation d’exonération de la taxe foncière relative au non-bâti agricole (hors la Corse) |
5 000 |
32. Prélèvements sur les recettes de l’État au profit des Communautés européennes |
314 000 |
|
3201 |
Prélèvement sur les recettes de l’État au profit du budget des Communautés européennes |
314 000 |
4. Fonds de concours |
|
|
|
Évaluation des fonds de concours |
|
Récapitulation des recettes du budget général
(En milliers d’euros) |
||
Numéro de ligne |
Intitulé de la recette |
Révision des évaluations pour 2008 |
|
|
|
1. Recettes fiscales |
2 133 000 |
|
11 |
Impôt sur le revenu |
-1 025 000 |
12 |
Autres impôts directs perçus par voie d’émission de rôles |
300 000 |
13 |
Impôt sur les sociétés et contribution sociale sur les bénéfices des sociétés |
1 295 000 |
14 |
Autres impôts directs et taxes assimilées |
360 000 |
15 |
Taxe intérieure sur les produits pétroliers |
-114 000 |
16 |
Taxe sur la valeur ajoutée |
1 219 000 |
17 |
Enregistrement, timbre, autres contributions et taxes indirectes |
98 000 |
2. Recettes non fiscales |
663 000 |
|
21 |
Exploitations industrielles et commerciales et établissements publics à caractère financier |
1 344 000 |
22 |
Produits et revenus du domaine de l’État |
-23 000 |
23 |
Taxes, redevances et recettes assimilées |
195 000 |
24 |
Intérêts des avances, des prêts et dotations en capital |
-267 000 |
25 |
Retenues et cotisations sociales au profit de l’État |
11 000 |
26 |
Recettes provenant de l’extérieur |
-7 000 |
27 |
Opérations entre administrations et services publics |
-20 000 |
28 |
Divers |
-570 000 |
3. Prélèvements sur les recettes de l’État |
728 000 |
|
31 |
Prélèvements sur les recettes de l’État au profit des collectivités territoriales |
414 000 |
32 |
Prélèvements sur les recettes de l’État au profit des Communautés européennes |
314 000 |
Total des recettes, nettes des prélèvements (1 + 2 - 3) |
2 068 000 |
|
4. Fonds de concours |
|
|
|
Évaluation des fonds de concours |
|
IV. COMPTES DE CONCOURS FINANCIERS
(En euros) |
||
Numéro de ligne |
Désignation des recettes |
Révision des évaluationspour 2008 |
|
|
|
Avances au fonds d’aide à l’acquisition de véhicules propres |
-200 000 000 |
|
Section 1 : Avances au fonds d’aide à l’acquisition de véhicules propres |
-200 000 000 |
|
01 |
Remboursements des avances correspondant au produit de la taxe additionnelle à la taxe sur les certificats d’immatriculation des véhicules instituée par l’article 1011 bis du code général des impôts |
-200 000 000 |
M. le président. Je mets aux voix l’ensemble de l’article 2 et de l’état A.
(L’article 2et l’état A sont adoptés.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l’ensemble de la première partie du projet de loi de finances rectificative pour le financement de l’économie.
(La première partie du projet de loi de finances rectificative pour le financement de l’économie est adoptée.)
SECONDE PARTIE
MOYENS DES POLITIQUES PUBLIQUES ET DISPOSITIONS SPÉCIALES
TITRE IER
AUTORISATIONS BUDGÉTAIRES POUR 2008
Crédits des missions
Article 3 et état B
Il est ouvert aux ministres, pour 2008, au titre du budget général, des autorisations d’engagement et des crédits de paiement supplémentaires s’élevant à 11 106 000 000 €, conformément à la répartition par mission donnée à l’état B annexé à la présente loi.
ÉTAT BRépartition des crédits supplémentaires ouverts pour 2008, par mission et programme, au titre du budget général
BUDGET GÉNÉRAL
|
(En euros) |
|
Intitulés de mission et de programme |
Autorisations d’engagement supplémentaires accordées |
Créditsde paiement supplémentaires ouverts |
|
|
|
Engagements financiers de l’État |
4 000 000 000 |
4 000 000 000 |
Charge de la dette et trésorerie de l’État (crédits évaluatifs) |
4 000 000 000 |
4 000 000 000 |
Remboursements et dégrèvements |
7 106 000 000 |
7 106 000 000 |
Remboursements et dégrèvements d’impôts d’État (crédits évaluatifs) |
6 946 000 000 |
6 946 000 000 |
Remboursements et dégrèvements d’impôts locaux (crédits évaluatifs) |
160 000 000 |
160 000 000 |
|
|
|
Totaux |
11 106 000 000 |
11 106 000 000 |
M. le président. Je mets aux voix l’ensemble de l’article 3 et de l’état B.
(L’article 3 et l’état B sont adoptés.)
Article 4 et état C
Il est annulé, au titre du compte de concours financiers « Prêts à des États étrangers », pour 2008, un crédit de 1 489 000 000 €, conformément à la répartition donnée à l’état C annexé à la présente loi.
ÉTAT C
Répartition des crédits pour 2008 annulés, par mission et programme, au titre des comptes de concours financiers
COMPTES DE CONCOURS FINANCIERS
|
(En euros) |
|
Intitulés de mission et de programme |
Autorisations d’engagementannulées |
Créditsde paiementannulés |
|
|
|
Prêts à des États étrangers |
1 489 000 000 |
1 489 000 000 |
Prêts à des États étrangers pour consolidation de dettes envers la France |
1 489 000 000 |
1 489 000 000 |
|
|
|
Totaux |
1 489 000 000 |
1 489 000 000 |
Analyse par mission des modifications de crédits proposés
I. Budget général : programmes porteurs d’ouvertures nettes de crédits proposées à l’état B
Engagements financiers de l’État
|
Autorisationsd’engagement |
dontAE titre 2 |
Crédits depaiement |
dontCP titre 2 |
Total des ouvertures nettes proposées |
4 000 000 000 |
|
4 000 000 000 |
|
Charge de la dette et trésorerie de l’État (crédits évaluatifs)
|
Autorisationsd’engagement |
dontAE titre 2 |
Crédits depaiement |
dontCP titre 2 |
Crédits ouverts en loi de finance initiale |
41 196 000 000 |
|
41 196 000 000 |
|
Modifications intervenues en gestion |
|
|
|
|
Total des crédits ouverts |
41 196 000 000 |
|
41 196 000 000 |
|
Ouvertures nettes de crédits proposées à l’état B |
4 000 000 000 |
|
4 000 000 000 |
|
Motifs des ouvertures :
Le montant de crédits évaluatifs voté en loi de finances initiale 2008 au titre du programme 117 : « Charge de la dette et trésorerie de l’État » sera dépassé à compter du versement décadaire du 6 novembre 2008 au plus tard. Conformément aux informations transmises dans le cadre du projet de loi de finances pour 2009, la prévision d’exécution s’établit ainsi en dépassement de 4 Md€ par rapport à la loi de finances pour 2008, ce qui justifie l’ouverture de crédits proposée.
Ce creusement de la charge de la dette résulte de la hausse de l’inflation, nettement supérieure aux anticipations du marché au moment de l’élaboration du projet de loi de finances, ainsi que de la hausse des besoins de financement de l’État.
Remboursements et dégrèvements
|
Autorisationsd’engagement |
dontAE titre 2 |
Crédits depaiement |
dontCP titre 2 |
Total des ouvertures nettes proposées |
7 106 000 000 |
|
7 106 000 000 |
|
Remboursements et dégrèvements d’impôts d’État (crédits évaluatifs)
|
Autorisationsd’engagement |
dontAE titre 2 |
Crédits depaiement |
dontCP titre 2 |
Crédits ouverts en loi de finance initiale |
67 186 700 000 |
|
67 186 700 000 |
|
Modifications intervenues en gestion |
|
|
|
|
Total des crédits ouverts |
67 186 700 000 |
|
67 186 700 000 |
|
Ouvertures nettes de crédits proposées à l’état B |
6 946 000 000 |
|
6 946 000 000 |
|
Motifs des ouvertures :
Cette ouverture se justifie par :
1. + 0,9 Md€ au titre d’un coût plus élevé de la prime pour l’emploi ;
2. + 2,7 Md€ au titre des restitutions d’impôt sur les sociétés ;
3. + 2 Md€ au titre des remboursements de crédits de TVA ;
4. + 1,4 Md€ au titre des autres impôts d’État.
Remboursements et dégrèvements d’impôts locaux (crédits évaluatifs)
|
Autorisationsd’engagement |
dontAE titre 2 |
Crédits depaiement |
dontCP titre 2 |
Crédits ouverts en loi de finance initiale |
16 030 000 000 |
|
16 030 000 000 |
|
Modifications intervenues en gestion |
|
|
|
|
Total des crédits ouverts |
16 030 000 000 |
|
16 030 000 000 |
|
Ouvertures nettes de crédits proposées à l’état B |
160 000 000 |
|
160 000 000 |
|
Motifs des ouvertures :
Cette ouverture de crédit résulte notamment de la révision à la hausse des mesures nouvelles « plafonnement de la valeur ajoutée » et « dégrèvements pour investissements nouveaux ».
II. Comptes spéciaux : programmes porteurs d’annulations nettes de crédits proposées à l’état C
Prêts à des États étrangers
|
Autorisationsd’engagement |
dontAE titre 2 |
Crédits depaiement |
dontCP titre 2 |
Total des annulations nettes proposées |
1 489 000 000 |
|
1 489 000 000 |
|
Prêts à des États étrangers pour consolidation de dettes envers la France
|
Autorisationsd’engagement |
dontAE titre 2 |
Crédits depaiement |
dontCP titre 2 |
Crédits ouverts en loi de finance initiale |
1 822 296 000 |
|
1 822 296 000 |
|
Modifications intervenues en gestion |
|
|
|
|
Total des crédits ouverts |
1 822 296 000 |
|
1 822 296 000 |
|
Annulations nettes de crédits proposées |
1 489 000 000 |
|
1 489 000 000 |
|
Motifs des annulations :
Comme indiqué à l’occasion de la présentation du projet de loi de finances pour 2009, l’opération de consolidation de la dette de la Côte-d’Ivoire, initialement prévue en 2008, sera décalée sur 2009. Ceci entraîne une annulation de crédit de près de 1,5 Md€ sur le présent programme du compte « Prêts à des États étrangers ».
M. le président. Je mets aux voix l’ensemble de l’article 4 et de l’état C.
(L’article 4 et l’état C sont adoptés.)
TITRE II
RATIFICATION D’UN DÉCRET D’AVANCE
Article 5
Sont ratifiés les crédits ouverts et annulés par le décret no 2008-629 du 27 juin 2008 portant ouvertures de crédits à titre d’avance et annulations de crédits à cette fin. – (Adopté.)
Articles additionnels avant l’article 6
M. le président. L’amendement no 17, présenté par M. Vera, Mme Beaufils, M. Foucaud et les membres du groupe communiste républicain et citoyen, est ainsi libellé :
Avant l’article 6, insérer un article additionnel ainsi rédigé :
I. – L’article L. 221-1 du code monétaire et financier est ainsi rédigé :
« Art. L. 221-1. – Les sommes versées sur un premier livret de la Caisse nationale d’épargne ou des caisses d’épargne et de prévoyance, dénommé livret A, ou sur un compte spécial sur livret du crédit mutuel, sont soumises à plafonnement.
« Ce plafonnement, pour 2008, est fixé à 20 000 euros. Il est révisé, chaque année, par décret du ministre chargé de l’économie et des finances, à concurrence de la formation brute de capital fixe des entreprises telle que définie dans le cadrage macroéconomique de la loi de finances de l’année.
« Les sommes versées en excédent du plafond peuvent être déposées sur un ou plusieurs livrets supplémentaires. Les livrets de caisse d’épargne sont nominatifs.
« Une même personne ne peut être titulaire que d’un seul livret A de caisse d’épargne ou d’un seul compte spécial sur livret du crédit mutuel. »
II. – Les taux prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts sont relevés à due concurrence.
La parole est à Mme Marie-France Beaufils.
Mme Marie-France Beaufils. Comme je l’ai rappelé tout à l’heure, le livret A a retrouvé une grande attractivité ces derniers temps – et on le comprend ! –, compte tenu des difficultés d’un certain nombre de placements. Or il est l’outil essentiel du financement de la politique du logement.
Aujourd’hui, nous avons besoin de moyens financiers importants pour la construction de logements, et plusieurs réflexions sur le sujet sont actuellement menées dans cette maison. Nous proposons donc de faire en sorte que les possibilités de placement sur le livret A soient améliorées par le relèvement du plafond autorisé.
Il nous semble par ailleurs important de prévoir un dispositif de réévaluation automatique du plafond, de façon à lier plus étroitement celui-ci non seulement aux capacités d’épargne des ménages, mais aussi à la réalité de l’activité économique. Au regard des faibles contraintes financières liées à l’existence du livret A et, surtout, des sommes que l’on s’apprête à utiliser pour préserver le secteur immobilier, notre proposition nous semble justifiée. Au demeurant, j’ai cru comprendre que, même s’il a fait ensuite d’autres choix, le Gouvernement lui-même avait envisagé d’utiliser le livret A pour soutenir le secteur de l’activité économique.
Mme Marie-France Beaufils. C’est bien la preuve que notre proposition est intéressante !
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission émet un avis défavorable, et ce pour deux raisons.
D’une part, vous l’avez vous-même indiqué, ma chère collègue, la collecte de l’épargne dont il s’agit est en forte augmentation. Un relèvement du plafond ne s’impose donc pas.
D’autre part, je me suis permis de vous le faire remarquer en commission, porter le plafond du livret A à 20 000 euros, montant très substantiel pour un patrimoine individuel, en sachant que ce livret peut être détenu par toute personne physique quels que soient ses revenus et l’importance globale de son patrimoine, me semble être – mais, pardonnez-moi, je ne voudrais pas me placer sur votre terrain – un cadeau tout de même un peu excessif à des personnes qui n’en ont pas besoin.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Hervé Novelli, secrétaire d’État. Comme l’a observé le rapporteur général, l’amendement est un peu surprenant puisque l’on peut considérer que la mesure proposée vise à favoriser des personnes ayant une épargne élevée. Cette manière de cadeau aux riches (Protestations sur les travées du groupe CRC) est un peu étonnante.
M. Guy Fischer. C’est de la provocation ! Il y a riche et riche !
M. Hervé Novelli, secrétaire d’État. Par ailleurs, le rapporteur général l’a également souligné, le taux d’épargne est très élevé dans notre pays. Aujourd’hui, l’activité donne des signes d’essoufflement, et la disposition dont nous débattons ne semble pas de nature à accompagner une reprise.
Enfin, cette mesure a un coût fiscal, puisqu’il s’agit de défiscaliser de l’épargne. C’est là une troisième raison qui me semble devoir motiver le rejet de cet amendement.
M. le président. L'amendement n° 18 rectifié, présenté par M. Vera, Mme Beaufils, M. Foucaud et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :
Avant l'article 6, insérer un article additionnel ainsi rédigé :
I. Les articles L. 221-27 et L. 221-28 du code monétaire et financier sont ainsi rédigés :
« Art. L. 221-27. – Le livret de développement durable est ouvert par les personnes physiques ayant leur domicile fiscal en France dans les établissements et organismes autorisés à recevoir des dépôts. Les sommes déposées sur ce livret servent pour moitié au financement des petites et moyennes entreprises et, pour moitié, des travaux d'économie d'énergie dans les bâtiments anciens.
« Le plafond de versement sur ce livret est fixé à 12 000 euros. Il est révisé chaque année par décret du ministre en charge de l'économie et des finances à proposition de l'évolution de la formation brute de capital fixe des entreprises.
« Il ne peut être ouvert qu'un livret par contribuable ou un livret pour chacun des époux ou partenaires liés par un pacte civil de solidarité, soumis à une imposition commune.
« Les modalités d'ouverture et de fonctionnement du livret de développement durable, ainsi que la nature des travaux d'économies d'énergie auxquels sont affectées les sommes déposées sur ce livret, sont fixées par voie réglementaire.
« Les opérations relatives au livret de développement durable sont soumises au contrôle sur pièces et sur place de l'inspection générale des finances.
« Art. L. 221-28. – Les établissements recevant des dépôts sur des livrets de développement durable mettent à la disposition des titulaires de ces livrets, une fois par an, une information écrite sur les concours financiers accordés à l'aide des fonds ainsi collectés.
« Cette information porte notamment sur la localisation des investissements financiers.
« Ces établissements fournissent, une fois par trimestre, au ministre chargé de l'économie, une information écrite sur les concours financiers accordés à l'aide des fonds ainsi collectés.
« La forme et le contenu des informations écrites mentionnées aux trois alinéas précédents sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'économie. »
II. Le taux prévu à l'article 219 du code général des impôts est relevé à due concurrence.
La parole est à M. Bernard Vera.
M. Bernard Vera. Le retour à une utilisation saine de l’argent est au cœur de ce débat budgétaire et financier.
Plus les moyens de développer l’activité des entreprises seront disponibles pour nous faire revenir dans le cycle vertueux de la croissance et de l’emploi, mieux cela vaudra.
Les livrets de développement durable, ex-CODEVI, participent d’une sécurisation de l’épargne populaire, mais aussi de la constitution d’une ressource disponible de bonne qualité pour les petites et moyennes entreprises.
Par cet amendement, nous souhaitons clarifier les termes du code monétaire et financier relatifs à l’affectation des ressources des livrets de développement durable.
Premier aspect : nous proposons que l’encours des livrets soit consacré pour une moitié au financement des investissements liés au développement durable et pour l’autre moitié au financement des petites et moyennes entreprises au sens où cela est admis, c’est-à-dire les entreprises de moins de 250 salariés, non liées par la détention de capital aux plus grandes entreprises.
Second aspect : nous suggérons de relever sensiblement le plafond des livrets de développement durable.
Il s’agit, en attirant une nouvelle collecte vers ce produit d’épargne pertinent, de rassurer notamment les épargnants particulièrement inquiets du déroulement de la crise financière, tout en nous donnant les moyens du développement économique.
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je pourrais invoquer des arguments très proches de ceux que j’ai utilisés à l’encontre du précédent amendement. Pour les mêmes raisons, la commission émet un avis défavorable.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. le président. L'amendement n° 7 rectifié, présenté par MM. Muller et Desessard et Mmes Blandin, Boumediene-Thiery et Voynet, est ainsi libellé :
Avant l'article 6, insérer un article additionnel ainsi rédigé :
Après le deuxième alinéa de l'article 193 du code général des impôts, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« Toutefois, la fraction des revenus correspondant aux éléments de rémunération, indemnités et avantages visés aux articles L. 225-42-1 et L. 225-90-1 du code de commerce, dont le montant annuel excède trois fois le montant annuel du salaire minimal interprofessionnel de croissance, est taxée à 95 %. »
La parole est à M. Jacques Muller.
M. Jacques Muller. Dans un contexte d’engagement fort de l’État pour garantir, à juste titre, le système bancaire en crise et compte tenu des excès qui ont choqué nos concitoyens, les primes et rémunérations exceptionnelles telles que les parachutes dorés et autres golden hello doivent être drastiquement restreints.
On ne peut à l’évidence laisser cette mission aux seules mains des dirigeants des entreprises, qui sont en l’occurrence juge et partie. Aussi, nous proposons un mode d’emploi pour éviter les dérives en question.
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Mon cher collègue, vous allez sensiblement trop loin. Il s’agit d’un encadrement, afin d’appliquer à ces pratiques des principes de raison. Il ne s’agit pas d’aboutir à une quasi-interdiction, comme tendrait à le faire votre amendement.
Aussi, la commission émet un avis défavorable.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Le Gouvernement partage l’avis de la commission.
Un certain nombre de restrictions ont déjà été introduites à l’article 17 de la loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat. Il s’agit maintenant d’aller plus loin, en faisant appel à la bonne volonté, les conseils d’administration des entreprises concernées veillant à l’application rigoureuse de l’encadrement des parachutes dorés. À défaut, ces conditions seraient reprises dans un projet de loi dès le début de l’année 2009.
Tout cela va dans le bon sens. Il ne faut pas être excessif. Telle est la raison pour laquelle le Gouvernement émet un avis défavorable sur cet amendement. (Mme Dominique Voynet s’exclame.)
M. le président. L'amendement n° 15 rectifié, présenté par M. Vera, Mme Beaufils, M. Foucaud et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :
Avant l'article 6, insérer un article additionnel ainsi rédigé :
Par dérogation aux dispositions fiscales en vigueur, pour les dirigeants d'entreprise qui ont une rémunération annuelle excédant 250 000 euros après prélèvement des cotisations sociales, le montant des indemnités de départ qui excède un mois de rémunération par année d'ancienneté après prélèvement des cotisations sociales ou qui excède 250 000 euros est imposé à un taux de 100 %.
Par dérogation aux dispositions fiscales en vigueur, la société qui octroie une rémunération de départ supérieure, calculée conformément à l'alinéa précédent, en vertu d'un contrat de travail, d'un contrat d'entreprise ou d'un mandat est soumise à une taxe supplémentaire de 15 % sur son bénéfice imposable.
La parole est à Mme Marie-France Beaufils.
Mme Marie-France Beaufils. Cet amendement va dans le même sens que l’amendement n° 7 rectifié. Nous estimons, en effet, que l’une des grandes urgences pour sortir de la crise est la moralisation des marchés financiers et du fonctionnement de l’économie des entreprises.
Comme nous le ressentons régulièrement autour de nous, l’un des aspects les plus choquants, c’est ce que certains appellent « l’accroissement considérable des inégalités des revenus entre les salariés et les dirigeants d’entreprise », c’est-à-dire – il faut appeler les choses par leur nom – les « parachutes dorés ». On ne peut continuer ainsi.
J’entends bien les arguments du Gouvernement, qui souhaite que cette question soit examinée plus tard dans une loi de finances. Mais nous prenons aujourd’hui des dispositions concernant l’aide à l’ensemble du secteur bancaire. Monsieur le ministre, je n’ai jamais dit que ce secteur n’était pas utile à l’activité économique. J’ai dit que je souhaitais, à côté des mesures qui ont été prises, des engagements très clairs montrant que l’on ne s’engagera pas sur la même voie demain.
Une véritable rupture est donc nécessaire. En effet, il y a eu des précédents très rudes avec les parachutes dorés : rappelez-vous M. Forgeard ou Mme Russo, par exemple.
Nous souhaitons que cette question soit véritablement soumise à la décision du Parlement et, comme je l’ai dit tout à l’heure lorsque j’ai présenté la motion tendant à opposer la question préalable, nous demandons un scrutin public.
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement est du même ordre que le précédent, il est tout aussi excessif. Par conséquent, pour les raisons que j’ai déjà évoquées sinon développées, la commission émet un avis défavorable.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 15 rectifié.
Je suis saisi d'une demande de scrutin public émanant du groupe CRC.
Il va être procédé au scrutin dans les conditions fixées par l'article 56 du règlement.
(Le scrutin a lieu.)
M. le président. Personne ne demande plus à voter ?…
Le scrutin est clos.
(Il est procédé au comptage des votes.)
M. le président. Voici le résultat du dépouillement du scrutin n° 4 :
| Nombre de votants | 341 |
| Nombre de suffrages exprimés | 341 |
| Majorité absolue des suffrages exprimés | 171 |
| Pour l’adoption | 139 |
| Contre | 202 |
Le Sénat n'a pas adopté.
TITRE III
DISPOSITIONS PERMANENTES
Article 6
I. - Le ministre chargé de l'économie peut accorder la garantie de l'État dans les conditions mentionnées au présent article.
II. - A. - La garantie de l'État peut être accordée à titre onéreux aux titres de créance émis par une société de refinancement dont le siège est situé en France et qui a pour objet, par dérogation à l'article L. 511-5 du code monétaire et financier, de consentir des prêts aux établissements de crédit agréés et contrôlés dans les conditions définies par ce code.
Les établissements concernés passent une convention avec l'État qui fixe les contreparties de la garantie, notamment en ce qui concerne le financement des particuliers, des entreprises et des collectivités territoriales. Cette convention précise également les engagements des établissements et de leurs dirigeants sur des règles éthiques conformes à l'intérêt général.
Seuls les établissements de crédit satisfaisant aux exigences de fonds propres prévues en application du code monétaire et financier pourront bénéficier des prêts accordés par la société.
La société mentionnée au premier alinéa peut acquérir des billets à ordre, régis par les articles L. 313-43 à L. 313-49, émis par des établissements de crédit, souscrire ou acquérir des parts ou titres de créances émis par des organismes visés aux articles L. 214-42-1 à L. 214-49-14 ou des fiducies.
Pour les besoins de son activité, la société de refinancement bénéficie des dispositions des articles L. 431-7 à L. 431-7-5 au même titre que les établissements de crédit.
Ces parts, titres de créances ou billets à ordre confèrent à la société de refinancement :
- un droit de créance sur l'établissement de crédit bénéficiaire d'un montant égal au principal et aux intérêts et accessoires du prêt consenti par la société de refinancement à l'établissement de crédit ;
- en cas de défaillance de l'établissement de crédit bénéficiaire, un droit direct sur le remboursement des créances sous-jacentes répondant aux caractéristiques définies aux 1° à 6° ci-dessous et le paiement des intérêts et accessoires se rapportant à ces créances ainsi que le produit de l'exécution des garanties attachées à ces créances, dans les conditions contractuelles qui les régissent ; la société de refinancement doit bénéficier de ce droit direct, même en cas de défaillance de l'établissement de crédit bénéficiaire du refinancement ou d'une entité interposée, sans subir le concours d'un autre créancier de rang supérieur à l'exception éventuelle de ceux qui tirent leurs droits de la gestion des créances et des garanties ou de la gestion ou du fonctionnement d'une entité interposée.
Peuvent être mobilisés en application du présent article :
1° Les prêts assortis d'une hypothèque de premier rang ou d'une sûreté immobilière conférant une garantie au moins équivalente ;
2° Les prêts exclusivement affectés au financement d'un bien immobilier situé en France, sous la forme d'une opération de crédit-bail ou assortis d'un cautionnement d'un établissement de crédit ou d'une entreprise d'assurance ;
3° Les prêts mentionnés aux I et II de l'article L. 515-15 du code monétaire et financier ;
4° Les prêts aux entreprises bénéficiant au moins du quatrième meilleur échelon de qualité de crédit établi par un organisme externe d'évaluation de crédit reconnu par la Commission bancaire conformément à l'article L. 511-44 du même code ;
5° Les prêts à la consommation consentis aux particuliers résidant en France ;
6° Les crédits à l'exportation assurés ou garantis par une agence de crédit export d'un État membre de la Communauté européenne ou partie à l'accord sur l'Espace économique européen, des États-Unis d'Amérique, de la Confédération suisse, du Japon, du Canada, de l'Australie ou de la Nouvelle-Zélande.
Selon des modalités prévues par arrêté du ministre chargé de l'économie, le montant total des éléments d'actif mobilisés par les établissements de crédit doit être supérieur au montant des éléments de passif bénéficiant de la garantie de l'État.
La Commission bancaire contrôle pour le compte de l'État dans les conditions prévues aux articles L. 613-6 à L. 613-11 du code monétaire et financier les conditions d'exploitation de la société mentionnée au premier alinéa et la qualité de sa situation financière.
Les statuts de la société mentionnée au premier alinéa sont agréés par arrêté du ministre chargé de l'économie. Un commissaire du Gouvernement assiste aux séances de l'organe d'administration de cette société avec un droit de veto sur toute décision de nature à affecter les intérêts de l'État au titre de cette garantie.
Les dirigeants de la société ne peuvent exercer leurs fonctions qu'après agrément du ministre chargé de l'économie.
Par dérogation au premier alinéa de l'article L. 228-39 du code de commerce, la société mentionnée au premier alinéa peut émettre des obligations dès la publication de la présente loi.
B. - Le ministre chargé de l'économie peut exceptionnellement décider, notamment en cas d'urgence, d'apporter la garantie de l'État, à titre onéreux, aux titres émis par les établissements de crédit, à condition que l'État bénéficie de sûretés conférant une garantie équivalente à celle dont bénéficie la société de refinancement.
C. - La garantie de l'État prévue aux A et B est accordée à des titres de créances émis avant le 31 décembre 2009 et d'une durée maximale de cinq ans.
III. - Afin de garantir la stabilité du système financier français, la garantie de l'État peut être accordée aux financements levés par une société dont l'État est l'unique actionnaire, ayant pour objet de souscrire à des titres émis par des organismes financiers et qui constituent des fonds propres réglementaires.
La décision du ministre chargé de l'économie accordant la garantie de l'État précise, pour chaque financement garanti, notamment la durée et le plafond de la garantie accordée.
Les dirigeants de la société mentionnée au premier alinéa sont nommés par décret.
Cette société n'est pas soumise aux dispositions de la loi n° 83-675 du 26 juillet 1983 relative à la démocratisation du secteur public.
IV. - Le ministre chargé de l'économie est autorisé à accorder à titre onéreux la garantie de l'État aux financements levés par les sociétés Dexia SA, Dexia Banque Internationale Luxembourg, Dexia Banque Belgique et Dexia Crédit Local de France auprès d'établissements de crédit et de déposants institutionnels, ainsi qu'aux obligations et titres de créance qu'elles émettent à destination d'investisseurs institutionnels, dès lors que ces financements, obligations ou titres ont été levés ou souscrits entre le 9 octobre 2008 et le 31 octobre 2009 inclus et arrivent à échéance avant le 31 octobre 2011. Cette garantie de l'État s'exercera, sous réserve de l'appel conjoint en garantie du Royaume de Belgique et du Grand-duché du Luxembourg, et dans la limite de 36,5 % des montants éligibles.
V. - La garantie de l'État mentionnée au présent article est accordée pour un montant maximal de 360 milliards d'euros.
VI. - Le Gouvernement adresse chaque trimestre au Parlement un rapport rendant compte de la mise en œuvre du présent article.
M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Chevènement, sur l'article.
M. Jean-Pierre Chevènement. Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, le RDSE est un groupe de libre expression. Ne m’étant pas exprimé dans la discussion générale, j’ai souhaité le faire à l’occasion de l’examen de l’article 6.
Cet article reprend l’essentiel du dispositif qui prévoit que 360 milliards d’euros seront apportés aux banques.
La question que je pose est la suivante : où sont les contreparties pour l’État et, bien sûr, pour les contribuables ?
M. Woerth se souvient peut-être que, le 8 octobre 2008, j’avais souhaité une action dans quatre directions : premièrement, les recapitalisations publiques plutôt que les reprises d’actifs, de façon à permettre la constitution d’un pôle financier public ; deuxièmement, la nécessité d’enrayer la contraction du crédit ; troisièmement, un plan de relance ciblé ; quatrièmement, enfin, une action internationale.
Le plan élaboré par M. le Président de la République et qui nous est soumis aujourd'hui constitue une réaction rapide et forte, qu’il convient de saluer. Mais il répond essentiellement au deuxième objectif, c'est-à-dire remédier à l’assèchement du crédit.
D’ailleurs, même à cet égard, le rôle de l’État dans la caisse de refinancement reste sinon marginal, du moins minoritaire en raison de la volonté de faire échapper l’endettement de la caisse aux critères de Maastricht. C’est un peu surréaliste ! Le contrôle des pouvoirs publics sur cette structure, en particulier celui du Parlement, reste insuffisant ou flou.
Toutefois, mon propos essentiel vise les recapitalisations publiques envisagées. Elles ne sont pas à la hauteur, messieurs les ministres. Voyez ce qui se passe aux États-Unis ! La quasi-nationalisation des banques montre que l’administration américaine sait que la crise est devant nous. Nous le constatons d’ailleurs en France avec le CAC 40 qui plonge de nouveau, avec la récession, laquelle risque d’être longue. Or il semble que vous ne le sachiez pas encore. Les États-Unis ont, à cet égard, une longueur d’avance. Ne pourrait-on pas, pour une fois, les précéder ?
Prenons l’exemple de Dexia. L’État se contentera-t-il d’une minorité de blocage avec 28 % du capital ? Comment a-t-on pu laisser la banque publique des collectivités locales devenir en 1996 une société de droit privé et belge de surcroît ?
Il n’y a pas de lien entre le plan que vous nous proposez, – qui, je le reconnais, est un plan de sauvetage du système bancaire – et la nécessaire relance ciblée de l’économie.
Le système du crédit n’est pas utilisé comme un outil de transformation de l’épargne.
Enfin, Mme Lagarde nous a parlé de moraliser le capitalisme, mais cette moralisation n’est pas compatible avec le maintien des paradis fiscaux. Voilà un sujet pour le G8 !
Votre plan, au total, a le mérite de la réactivité, mais il ne traite que des symptômes. M. Arthuis parlait d’anticoagulants, mais je doute comme lui que cette dose massive d’aspirine permette de fluidifier les flux financiers de telle manière que le sang arrive jusqu’au tissu des petites et moyennes entreprises.
Comment faire confiance à ces banquiers dont Mme Lagarde flétrissait la cupidité ? Comment compter de nouveau sur eux pour nous sortir de l’ornière dans laquelle ils nous ont enfoncés ? Nous ne connaissons pas les règles proposées par le MEDEF en matière de rémunérations ; elles n’ont pas de valeur légale !
En conclusion, il est difficile pour un parlementaire comme moi, néophyte au Sénat, de signer un chèque en blanc de 360 milliards d’euros, de voter avec un revolver sur la tempe !
M. Jean-Pierre Chevènement. On nous dit que l’unité nationale est nécessaire, mais nous ne sommes pas en 1914, le territoire n’est pas menacé d’une invasion à la suite d’une agression caractérisée ! Nous devons définir un plan adéquat pour répondre aux défis qui sont devant nous. Je vous accorde qu’il n’est pas possible de dire « non » dans l’urgence où nous sommes, mais on ne peut pas non plus faire confiance les yeux fermés, même si chaque pays vole au secours de ses banquiers.
Pour toutes ces raisons, j’émettrai une abstention constructive (Marques d’approbation sur les travées de l’UMP), pour vous inciter à être plus ambitieux et moins dogmatiques, à ne pas hésiter devant une renationalisation, partielle ou totale, du crédit qui vous donnerait un outil pour dominer la crise qui vient, bref à aller vers un nouveau New Deal dont chacun ressent l’urgence. (Mme Nicole Bricq et M. François Marc applaudissent.)
M. le président. La parole est à M. Bernard Vera, sur l'article.
M. Bernard Vera. Avant même d’avoir été adopté, le plan de relance ou de sauvetage du secteur financier serait-il déjà bousculé par la réalité ? Telle est l’impression qui ressort de l’examen de la situation boursière.
Lundi dernier, à la suite de la réunion du G7, le CAC 40 avait connu une envolée spectaculaire de plus de onze points. Il restait péniblement au-dessus des 3 500 points, bien loin des 6 000 points d’une époque qui n’est pas si ancienne que cela ! Hier mardi, il progressait de manière plus limitée, gagnant 2,75 points et finissant, en clôture, à 3 628 points. Aujourd’hui, l’entretien accordé par le Premier Ministre sur la détérioration de la situation économique, cumulée à la découverte d’une crise plus profonde encore que prévu aux États-Unis, a conduit à une subite crise de confiance des marchés.
Contrairement à certains propos entendus cet après-midi au cours de la discussion générale, la confiance n’est malheureusement pas encore au rendez-vous, même avec l’annonce de ce plan de sauvetage, bien au contraire !
Alors même que le Gouvernement nous indiquait que la situation s’améliorait, le CAC 40 plongeait nettement, baissant en effet de plus de 7,5 points à la clôture. L’indice vedette de notre Bourse est de nouveau sous les 3 400 points !
La baisse des indices boursiers semble d’ailleurs aussi concertée que les plans de sauvetage des pays du G7. Le Dax de Francfort a perdu 7 points, tout comme le Footsie de la Bourse de Londres ! C’est clair, la récession économique s’étend et elle est au cœur de ce nouveau dérapage...
Sur la question de la capitalisation des banques, comment ne pas pointer le fait que nous ne connaissons pas vraiment les besoins des banques de notre pays, comme des autres banques européennes ?
Le département des études de la banque américaine Merrill Lynch vient d’estimer que l’insuffisance de fonds propres des établissements de crédit européens se situerait entre 132 milliards d’euros et 292 milliards d’euros. Cette somme est particulièrement concentrée sur les établissements français, les plus exposés de nos établissements étant le Crédit agricole, la Société générale et le groupe BNP Paribas.
Même s’il convient de ne pas prêter toute confiance à de telles affirmations, il est plus que temps de préciser les dispositions de l’article 6, qui, à l’évidence, ne sont pas suffisamment claires. (Applaudissements sur les travées du groupe CRC.)
M. le président. L'amendement n° 9, présenté par Mme Bricq, M. Marc, Mme M. André, MM. Angels, Auban, Demerliat, Frécon, Haut, Hervé, Krattinger, Masseret, Massion, Miquel, Rebsamen, Sergent, Todeschini et les membres du groupe Socialiste et apparentés, est ainsi libellé :
Rédiger comme suit la seconde phrase du deuxième alinéa du A du II de cet article :
Cette convention précise également les engagements des établissements en matière de gouvernance et de respect de règles et normes éthiques et financières applicables à l'ensemble des salariés ou des mandataires sociaux dans les sociétés, fonds, trust, fondations, fiducie détenus directement ou indirectement par l'établissement de crédit signataire.
La parole est à M. François Marc.
M. François Marc. Si vous me le permettez, monsieur le président, je défendrai en même temps l’amendement n° 10.
M. le président. J’appelle donc en discussion l’amendement n° 10, présenté par Mme Bricq, M. Marc, Mme M. André, MM. Angels, Auban, Demerliat, Frécon, Haut, Hervé, Krattinger, Masseret, Massion, Miquel, Rebsamen, Sergent, Todeschini et les membres du groupe Socialiste et apparentés, et ainsi libellé :
Compléter le deuxième alinéa du A du II de cet article par une phrase ainsi rédigée :
Les conventions sont transmises aux deux commissions des finances du Parlement dans un délai de quinze jours suivant leur conclusion.
Poursuivez, monsieur François Marc.
M. François Marc. L’article 6 constitue véritablement le cœur de la discussion. Ce matin, en commission des finances, nous nous sommes déjà tous longuement interrogés sur la signification et la portée de son paragraphe II A.
En effet, ce paragraphe concerne les contreparties de la garantie accordée par l’État pour le refinancement, à hauteur, rappelons-le, de 320 milliards d’euros. L’amendement n° 9 vise à préciser clairement ces contreparties, ce qui nous semble très important. Quant à l’amendement n° 10, il prévoit de mieux associer le Parlement au contrôle du contenu des conventions.
Même si l’objectif est louable, la formulation utilisée dans ce paragraphe, aux termes de laquelle la convention passée entre l’État et la société de refinancement précise « les engagements des établissements et de leurs dirigeants sur des règles éthiques conformes à l’intérêt général », est très générale et n’engage pas réellement les partenaires. Dans son intervention liminaire, Mme Lagarde a indiqué tout à l'heure vouloir redonner aux banques les boussoles éthiques et économiques qui ont fait défaut ces dernières années. Mais l’usager ne sera pas obligé de les utiliser ! Là est toute la question. Quelles exigences formalisées peut-on avoir quant à l’application de ces règles éthiques ?
Aussi, par l’amendement n° 9, nous prévoyons que la « convention précise également les engagements des établissements en matière de gouvernance et de respect de règles et normes éthiques et financières applicables à l’ensemble des salariés ou des mandataires sociaux dans les sociétés, fonds, trust, fondations, fiducie détenus directement ou indirectement par l’établissement de crédit signataire ».
Monsieur le secrétaire d’État, que compte faire le Gouvernement dans un délai très bref pour que nous soyons clairement informés sur ces engagements ? Il serait souhaitable que vous nous apportiez des précisions en la matière.
Par ailleurs, dans quelle mesure le Parlement pourrait-il être informé régulièrement du contenu des conventions passées entre l’État et les établissements bancaires pour assurer sa mission de contrôle ?
Les amendements nos 9 et 10 sont des amendements d’appel qui visent à obtenir du Gouvernement des éléments de réponse précis. L’opinion publique doit savoir si le Gouvernement a exigé des établissements bancaires des informations précises, régulières et détaillées et si le Parlement pourra assurer son contrôle. Nous souhaitons que vous preniez, monsieur le secrétaire d’État, des engagements fermes et précis sur ces points.
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je mettrai en facteur commun tous les amendements d’appel qui vont venir en discussion. J’estime qu’ils sont bienvenus, car il est essentiel que le Gouvernement apporte des réponses aussi précises que possible à la représentation nationale sur le fonctionnement de ce système, et en particulier sur les conditionnalités qui s’appliqueront aux banques pour accéder à la caisse de refinancement.
Mes chers collègues, pour clarifier le débat, vous ne m’en voudrez pas, je l’espère, de revenir sur l’échange qui a eu lieu avec Mme Lagarde, au cours de la discussion générale, à propos de l’élaboration des conventions et de la convention type. Je suis donc conduit à vous interroger tout d’abord, monsieur le secrétaire d'État, sur le contenu des conventions qui seront conclues entre l’État et les banques bénéficiaires, car celles-ci constituent la clef même du dispositif de refinancement.
Peut-on escompter des obligations précises en matière de rémunération des dirigeants et d’octroi de crédits aux différentes catégories d’agents économiques ? Comment seront-elles exprimées ? Selon quelle ventilation ? Prévoit-on des volumes, des taux, un calendrier, un reporting particulier à la société de refinancement et, par son intermédiaire, à la représentation nationale ? S’agit-il bien de conventions d’éligibilité susceptibles de couvrir l’ensemble des concours octroyés à chaque établissement ? Mme Lagarde nous a assuré tout à l'heure qu’il serait possible de débattre avec nous de l’élaboration de la convention type.
J’évoquerai un point qui n’a pas encore été abordé. En cas de non-respect des conditions auxquelles les établissements s’astreindront en signant les conventions, quelles sanctions avez-vous prévues, car il n’y a pas d’obligations sans sanctions dans notre ordre juridique ? Je souhaiterais que vous soyez aussi clair et précis que possible sur ce point, monsieur le secrétaire d'État.
Enfin, par cohérence et pour anticiper sur les autres amendements qui vont être présentés, je voudrais parler de la question du rôle du Parlement et de son contrôle.
Je souhaiterais savoir si le Parlement sera informé en temps réel ou a posteriori des décisions individuelles d’octroi de la garantie de l’État. Comme j’ai cru le comprendre avant le débat parlementaire qui a eu lieu à l'Assemblée nationale, les représentants du Parlement seront-ils appelés à siéger dans un organe social ou consultatif, ou plutôt un organe que je qualifierai de « collatéral » de la société de refinancement ? J’aimerais que les représentants des commissions des finances soient informés en temps réel et reçoivent le dossier de l’organe d’administration, même s’ils ne sont pas membres de celui-ci.
Telles sont les questions que je souhaitais poser, en précisant que tous ces amendements d’appel, qui sont, je le répète, utiles et bienvenus, ont vocation à être retirés lorsque le Gouvernement aura apporté – et je souhaite qu’il le fasse ! – les précisions nécessaires.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Je comprends parfaitement les précisions qui m’ont été demandées par M. François Marc, au travers des deux amendements qu’il a présentés, relayé par M. le rapporteur général.
En ce qui concerne les conventions qui vont régir, d’un côté, la société de refinancement et, de l’autre, les banques, Christine Lagarde a eu l’occasion d’indiquer – et je l’ai moi-même dit – qu’elles comporteront deux types d’obligations.
Je commencerai par les obligations d’ordre éthique, puis j’en viendrai à la dimension économique que revêtiront ces conventions.
Concernant l’éthique, il y aura au moins trois obligations. Premièrement, les indemnités de départ ou « parachutes dorés » seront plafonnés. Deuxièmement, le cumul entre un mandat social et le contrat de travail sera interdit. Troisièmement, il n’y aura pas de distribution d’actions sans objectifs de performance.
Telles sont les trois dimensions d’ordre éthique qui seront incluses dans ces conventions et que les dirigeants auront à respecter.
J’en viens à la dimension économique pour laquelle, de la même manière, un certain nombre d’obligations seront requises.
Premièrement, des objectifs seront chiffrés par banque pour financer des prêts aux ménages et aux entreprises, cela pour garantir que le financement de l’économie sera ainsi bien assuré.
Deuxièmement, des points d’étape réguliers seront demandés par le ministère de l’économie sur les objectifs ainsi chiffrés dans les conventions.
Troisièmement, dans le cas évoqué par M. le rapporteur général où ces objectifs ne seraient pas atteints, des avenants seront apportés afin de relever – telle sera la sanction –, pour la banque en question, le coût de la garantie ainsi offerte pour les prêts consentis par la société de refinancement.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Et si les conditions éthiques ne sont pas respectées ?
Mme Nicole Bricq. Eh oui !
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. L’intérêt des conditions d’ordre éthique c’est que ces dernières sont assez clairement édictées. Nous verrons tout de suite si elles ne sont pas respectées et s’ensuivront bien évidemment un certain nombre de conséquences pouvant aller jusqu’au remplacement des dirigeants. Les obligations d’ordre éthique, par exemple l’interdiction de cumul entre un salaire et un mandat social, sont facilement opposables et ne devraient donc poser aucun problème.
J’en viens à l’association des parlementaires à laquelle tant M. le rapporteur général que les auteurs des amendements ont fait référence.
Un comité de suivi sera créé qui permettra d’associer les parlementaires. Dans les jours qui viennent, des discussions seront nouées entre les commissions des finances des deux assemblées et le ministère de l’économie pour voir dans quelles conditions ce comité de suivi pourra fonctionner.
Il aura accès aux informations qui seront disponibles pour les organes de direction de la société de refinancement. Ainsi sera respectée la parfaite transparence que le ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, Christine Lagarde, le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique, Éric Woerth, et moi-même souhaitons maintenir depuis le début de cette crise.
Nous poursuivrons le dialogue avec les deux commissions des finances afin que, dans cette période très difficile, la représentation parlementaire soit parfaitement associée et soit au fait des décisions qui seront prises.
J’ajoute que la maquette de la convention type vous sera transmise dès qu’elle sera disponible, c’est-à-dire dans les heures ou quelques jours qui viennent. Vous pourrez ainsi faire toute remarque utile.
Sous le bénéfice de ces observations, je souhaite, comme M. le rapporteur général, que les amendements soient retirés par leurs auteurs. À défaut, j’émettrai un avis défavorable.
M. Christian Gaudin. Très bien !
M. le président. Mme Nicole Bricq, les amendements nos 9 et 10 sont-ils maintenus ?
Mme Nicole Bricq. En commission, j’avais indiqué que les amendements nos 9 et 10 étaient des amendements d’appel destinés à obtenir des garanties. Par conséquent, je les retire.
Vous connaissez notre désaccord sur les mentions d’ordre éthique. Nous, nous pensons que la loi est nécessaire. M. le secrétaire d'État a répondu à la demande qui lui a été faite.
Monsieur le président, je note au passage que l’amendement n° 11 de notre groupe est satisfait. Par conséquent, je ne le défendrai pas tout à l’heure. Il vise en effet à mettre en place un comité de suivi associant des parlementaires, comité dont M. le secrétaire d'État vient d’annoncer la création. C’est un engagement fort que vous avez pris, monsieur le secrétaire d'État.
Cela dit, il doit bien évidemment y avoir – mais cela fait partie de notre code de bonne conduite interne au Sénat – des représentants de l’opposition dans le comité de suivi. Mais ce n’est pas le ministre qui va le décider.
M. le président. Le président de la commission des finances peut vous rassurer sur ce point.
Mme Nicole Bricq. Je ne suis pas trop inquiète, mais je préfère tout de même !
M. le président. Monsieur le président de la commission des finances, vous avez la parole. Mais je vous prie d’être concis.
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. En début d’après-midi, Mme Christine Lagarde a bien voulu nous dire qu’elle viendrait devant la commission des finances pour que nous ayons un échange sur les conventions types.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Voilà !
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Pour le reste, personnellement, je pense que nous, parlementaires, n’avons pas notre place dans les conseils d’administration. Nous avons, en revanche, des prérogatives de contrôle que nous entendons exercer sans restriction, cela va de soi.
Il conviendra toutefois de mettre en œuvre cette disposition de manière assez subtile pour que le recours à la caisse de refinancement ne soit pas jugé par la place comme un aveu des difficultés rencontrées par les banques concernées qui rechercheraient dans une telle démarche des ressources qu’elles n’ont pu trouver ailleurs. Il ne faudrait pas qu’un tel jugement soit de nature à dissuader les banques d’avoir recours à cette caisse de refinancement et nous amène à constater que le système ne sert à rien.
Il convient donc de trouver un dispositif approprié pour éviter que les banques n’osent pas venir, par crainte d’être pénalisées par le marché et par leurs partenaires. C’est l’ensemble de la communauté bancaire qui doit œuvrer collectivement pour qu’aucune appréciation ne soit portée à l’encontre de tel ou tel membre de la communauté financière.
M. le président. Monsieur le président Arthuis, c’est sur l’association de l’opposition au comité de suivi une fois constitué que Mme Nicole Bricq voulait obtenir une réponse claire.
M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Il n’y aura aucune difficulté, car l’autorité du Sénat c’est le pluralisme !
M. Daniel Raoul. C’est nouveau, mais cela arrive !
M. le président. Les amendements nos 9 et 10 sont retirés.
Monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, je vous invite à faire preuve de concision, afin que nous puissions terminer l’examen du projet de loi de finances rectificative avant le dîner.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il y a 360 milliards en jeu quand même !
M. le président. L'amendement n° 1, présenté par MM. Muller et Desessard et Mmes Blandin, Boumediene-Thiery et Voynet, est ainsi libellé :
Après le deuxième alinéa du A du II de cet article, insérer trois alinéas ainsi rédigés :
Dans les conditions fixées par décret et après consultation pour avis de l'Autorité des marchés financiers, les établissements ainsi que leurs dirigeants ayant passé une convention avec l'État s'engagent :
- À ouvrir le cas échéant leur capital à l'État sous forme d'action avec droit de vote ;
- À n'émettre des actions préférentielles avec dividende prioritaire qu'avec l'autorisation de l'État.
La parole est à M. Jacques Muller.
M. Jacques Muller. Cet amendement précise les modalités de la garantie de l’État au système bancaire et financier. Les dispositions suggérées font partie des fonds propres prudentiels qu’il nous paraît nécessaire de mobiliser à côté des actions classiques.
Nous proposons donc deux mesures simples : d’abord, l’ouverture à l’État du capital des sociétés conventionnées sous forme d’action avec droit de vote ; ensuite, la possibilité d’émettre des actions préférentielles avec dividende prioritaire sous réserve de l’autorisation de l’État.
Ces deux dispositions nous paraissent vraiment être les garde-fous minimaux dans la mesure où il s’agit, encore une fois, de l’argent du contribuable qui, je crois, a son mot à dire s’agissant de ce que le rapporteur général qualifiait de « bien se tenir » des bénéficiaires de la garantie de l’État.
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Monsieur le président, cet amendement vise la société de prise de participation. Nous ne sommes plus dans le dispositif de refinancement.
J’ai cru comprendre, mais je souhaite que M. le secrétaire d’État nous le confirme, que les interventions pouvaient se faire soit en titres subordonnés ou en actions à dividendes privilégiés sans droit de vote, soit en actions ordinaires, selon les situations que l’on rencontrera.
Mon cher collègue, si l’État détenait, comme actionnaire stratégique, une partie importante du capital de telles ou telles banques qui seraient concurrentes entre elles ou qui devraient entrer ultérieurement dans un processus de recomposition, on pourrait en arriver à des situations confuses ! Je le dis aussi en réponse à certains éléments de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement sur l’article 6. En effet, si un tel cas de figure se produisait, l’État devrait arbitrer.
Première solution, une vision patrimoniale, puisque le dispositif est créé afin de pouvoir en sortir et de rembourser, grâce aux plus-values réalisées sur les cessions d’actifs ainsi temporairement acquis, les emprunts supplémentaires qui auraient dû être contractés.
Seconde solution : une vision d’actionnaire stratégique influant sur la direction, les choix commerciaux, nationaux, internationaux de tel ou tel groupe bancaire.
Mais si l’État devait ainsi arbitrer, on entrerait, me semble-t-il, dans une zone complètement inconnue. Nous nous posons à nouveau tous les problèmes que M. Jean-Pierre Chevènement connaît bien et qui ont été ceux de l’État dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.
Je ne pense pas qu’il y ait de réponse simple et claire à ce type d’interrogation. Je voudrais simplement que M. le secrétaire d'État, Hervé Novelli, nous réponde sur les catégories de titres susceptibles d’être souscrits par l’État par le biais de la société de participation.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Le Gouvernement est défavorable à l’amendement n° 1 présenté par M. Jacques Muller.
Pour répondre à la sollicitation du rapporteur, je dirai que la société de prise de participation publique de l’État pourra agir de deux manières : soit en prise de capital, donc en actions, en fonds propres, soit en quasi-fonds propres, avec des titres subordonnés qui n’auront évidemment pas les mêmes caractéristiques que les actions, mais qui permettront une prise de participation par ce biais en quasi-fonds propres bien connus ici.
Telles sont les deux options qui seront offertes par la société de prise de participation publique de l’État.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Très bien !
M. le président. L'amendement n° 2, présenté par MM. Muller et Desessard, Mmes Blandin, Boumediene–Thiery et Voynet, est ainsi libellé :
Après le deuxième alinéa du A du II de cet article, insérer dix alinéas ainsi rédigés :
Dans les conditions fixées par décret et après consultation pour avis de l'Autorité des marchés financiers, les établissements ainsi que leurs dirigeants ayant passé une convention avec l'État s'engagent notamment à évaluer la performance de leur établissement et la rémunération de leurs dirigeants sur le fondement de critères sociaux tels que :
1° le nombre d'emplois créés,
2° la proportion de salariés en contrat à durée indéterminée,
3° la proportion de salariés de plus de 50 ans et de moins de 25 ans,
4° la proportion de salariés payés au moins 1,5 fois le Smic ;
et de critères environnementaux tels que :
1° les émissions de CO2 économisées,
2° la proportion de bâtiments répondant aux normes Haute qualité environnementale (HQE),
3° la proportion de déchets recyclés,
4° la consommation d'eau économisée, dans les concours qu'ils financent ou garantissent.
La parole est à M. Jacques Muller.
M. Jacques Muller. Dans le même esprit, cet amendement a pour objet d’engager la responsabilité sociale et environnementale des bénéficiaires.
À un moment où des milliards d’euros sont sortis virtuellement d’un chapeau alors que le Premier ministre déclarait encore récemment l’État en faillite, nous refusons que la défaillance des uns implique la faillite de tous, et même de la planète ! C’est pourquoi nous demandons qu’une double condition soit inscrite dans la loi dès lors que l’État s’engage auprès des banques visées.
La première est d’ordre social. Nous refusons tout simplement que la protection des portefeuilles financiers se fasse au détriment des portefeuilles des familles de France.
Nous demandons également que soient imposées des conditions d’ordre environnemental, parce que nous refusons que la facture du plan de secours soit payée par notre environnement et par les générations futures.
Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, je me dois de vous rappeler en cet instant que le Gouvernement a pris des engagements internationaux en matière d’enjeux climatiques et énergétiques ; je pense aux accords de Kyoto et aux directives européennes. Il en a également pris à l’égard de nos concitoyens ; je pense aux conclusions du Grenelle de l’environnement. Ces engagements doivent être respectés.



