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JOUVENEL DES URSINS Henri

Ancien sénateur de la Corrèze

  • IIIème République

    Ancien sénateur de la
    IIIe République

Election

  • Elu le 9 janvier 1921
  • Réélu le 14 janvier 1930
  • Fin de mandat le 4 octobre 1935 ( Décédé )

Extraits de la table nominative :

Biographie

1889-1940  (Extrait du «Jean Jolly»)

1889-1940

JOUVENEL (HENRY, BERTRAND, LÉON, ROBERT, baron de JOUVENEL des URSINS), né le 5 avril 1876 à Paris (8e), mort le 5 octobre 1935 à Paris (8e).

Sénateur de la Corrèze de 1921 à 1935.

Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts du 29 mars au 1er juin 1924. Ministre de la France d'Outre-Mer du 30 janvier au 7 février 1934.

Un grand seigneur : c'est le mot qui revient constamment dans tous les témoignages relatifs à Henry de Jouvenel. Aristocrate, il l'était assurément par sa naissance : sa famille prétendait descendre de l'illustre Juvénal des Ursins et se flattait d'être apparentée aux princes romains Orsini. Il l'était par son allure et ses manières ; il l'était surtout par son caractère. Anatole de Monzie, son ami de toujours, en témoigne qui disait : « Ce qui lui plaisait dans le journalisme, c'était l'occasion quotidienne de gaspiller de la noblesse. » A cela s'ajoutait un incontestable talent de parole et de plume et une rare puissance de persuasion.

Il s'affirme républicain et démocrate quand il inaugure sa carrière politique. Il devient chef de cabinet du ministre de la Justice en 1902, puis directeur du cabinet du ministre du Commerce en 1906, autrement dit au temps du bloc des gauches.

Entré à la rédaction du Matin, il en devint très vite le rédacteur en chef et donna au journal une audience considérable, mobilisant les énergies et les talents, transformant par exemple la romancière Colette, qu'il avait épousée en 1913, en grand reporter et lui confiant la direction de la page littéraire.

La guerre éclate ; il sert comme sergent puis comme officier, tout en continuant à diriger son journal et il devient, le 13 juillet 1917 chef de cabinet de Monzie, sous-secrétaire d'Etat à la Marine marchande. « C'est moi, confessa de Monzie, qui l'ai détourné du journalisme et attiré au parlement». Il est certain qu'extraordinairement sensible comme il l'était aux virtualités du moment et avide de rénovation, Jouvenel sentit que le bouleversement opéré par la guerre lui ouvrait un champ d'action à la mesure de ses idéaux. Il se présenta en 1921 aux élections sénatoriales et fut élu au premier tour par 356 voix sur 707 suffrages exprimés, dans le département de la Corrèze.

Il n'est d'abord mention que de la commission des transports, mais bientôt sa passion et sa compétence pour la politique étrangère furent notoires et, dès 1922, il devint membre inamovible, pourrait-on dire, de la commission des affaires étrangères. Son premier grand discours prend place au cours d'un débat de politique étrangère, relativement à la conférence de Washington sur la limitation générale des armements. Il appuie vigoureusement la politique de Briand qui tend à organiser le désarmement de l'Europe.

En 1922, délégué de la France à la Société des Nations, opposant la «civilisation du bonheur à celle de la force », il affirme : « La victoire, ce ne sont pas ... des flottes dispersées, des armées détruites, des territoires regagnés ; la victoire ce sont des esprits qu'on amène à sa conception de la civilisation humaine. » Il faut donc organiser la paix.

Cette paix, il voudrait la voir aussi régner à l'intérieur ; c'est dans cet esprit de concorde qu'il se déclare favorable au rétablissement des relations diplomatiques avec le Saint-Siège.

Organiser la paix oblige à reconstruire l'Europe, mais cette tâche ne peut être entreprise qu'en toute sécurité et cette sécurité, pour la France, ne peut venir que de la solution du problème des réparations. C'est pourquoi celui-ci doit, de toute nécessité, être lié au problème des dettes de guerre et ne pas en être séparé. Dès cette époque commencent à se poser les termes de l'équation qui se révélera insoluble : réparations, dettes interalliées, contrôle des armements, problème rhénan.

Cependant la politique étrangère, si capitale qu'elle lui paraisse, ne monopolise pas l'attention d'Henry de Jouvenel et on le voit intervenir, par exemple, sur la réforme du régime des pensions, sur le projet de loi réorganisant les chambres d'agriculture et sur le projet de loi créant de nouvelles ressources fiscales.

Il est choisi comme ministre de l'Instruction publique dans le deuxième cabinet constitué par Poincaré. Engager les jeunes sur des voies nouvelles : rôle fascinant pour lui. Mais les élections et leur résultat mettent fin à cette première expérience ministérielle, trop brève (deux mois) pour qu'il ait pu y donner sa mesure.

Voici alors qu'une tâche délicate - presque irréalisable - l'attend : pacifier la Syrie et le Liban en pleine révolution. Le cartel des gauches en effet, après sa victoire électorale de 1924, avait jugé bon de remplacer au poste de haut-commissaire dans ces territoires sous mandat le général Weygand - dont on se méfiait - par le général Sarrailh, qui passait pour « républicain ». Le manque de doigté de ce dernier rendit explosive une situation qui n'était que difficile et l'on dut en toute hâte faire appel à Jouvenel. Nommé en novembre 1925, il décida qu'il devait réussir vite, commença par engager une enquête approfondie, déploya le faste d'un vice-roi, la séduction d'un orateur, d'un diplomate et d'un lettré et, lorsqu'il partit, à la fin de 1926, les esprits étaient calmés mais, surtout, les coeurs étaient conquis. Il resta à Jouvenel de cette expérience une particulière attention pour les questions coloniales.

Jouvenel reprend son siège sénatorial et cumule ses obligations avec celles de nombreuses activités et fonctions : celle, par exemple, de délégué de la France à la Société des Nations, qu'il remplit en 1920, 1924, 1925 et 1926. Au Palais du Luxembourg, comme à celui de Genève, il multiplie les efforts et les discours en faveur de la paix, de la paix organisée grâce à la solidarité internationale. Il dénonce la contradiction existant «entre le pacte mettant la guerre hors la loi - le pacte Briand-Kellog - et l'augmentation de nos charges militaires ». Il met en garde l'opinion contre l'incertitude de la course du destin : « Il n'y a jamais eu, au cours de l'Histoire, autant de chances de guerre et autant de possibilités de paix. » En faveur de la paix, et dans cet esprit, il lance l'esprit de l'internationalisation de l'aviation de guerre mise au service de la Société des Nations : ce serait résoudre l'insoluble question des sanctions. Pour lui, son choix est fait et il affirme sa foi en l'avenir de la « fédération européenne ».

En 1930, il est réélu au second tour par 417 voix sur 703 suffrages exprimés. Ses interventions marquantes se rapporteront à l'octroi d'une tâche permanente d'arbitrage à la Cour internationale de justice de La Haye, aux dettes de guerre, au désarmement.

Cependant, dans la tension internationale grandissante, s'imposait de plus en plus la nécessité de mettre fin à une question qui « pourrissait » : les malentendus franco-italiens qui remontaient au traité de Versailles et que l'avènement du fascisme n'avait pas contribué à lever. Sur sa réputation de sauveur des situations difficiles, on fait appel à Jouvenel et c'est la répétition du scénario de la Syrie. Il n'a, pour réussir, que six mois puisqu'un parlementaire ne peut accepter de mission à l'étranger qui dépasse cette durée et qu'il n'a nulle intention d'abandonner son siège. Arrivé à Rome, et tout en déployant le faste accoutumé, il se donne les gants de ne pas paraître pressé, séduit Mussolini (que les ambitions d'Hitler commencent d'ailleurs à inquiéter) en feignant de lui parler «de journaliste à journaliste » et, en fin de compte, obtient, en dépit d'une vive campagne menée par les représentants alarmés de la Petite Entente, la conclusion du Pacte à quatre (France, Italie, Angleterre, Allemagne) qui, en faisant admettre pour la première fois par l'Allemagne le principe des sanctions internationales, semblait enfin ouvrir la possibilité réelle d'une paix durable. Le texte en était presque entièrement de sa main. Le succès du diplomate apparaissait éclatant. En fait, la question éthiopienne devait mettre fin à ses espoirs et le Pacte à quatre ne fut jamais ratifié. «Où est le concert des nations ? », pouvait-il demander avec mélancolie en 1935. Pourtant, il ne parvenait pas à croire que la guerre fut fatale. La conférence de Stresa avait réveillé les espoirs : «Un accord avec l'Angleterre et l'Italie est indispensable », répétait-il, « pressez-vous de le conclure ». Et son dernier travail, interrompu par la mort, était un plan de sauvegarde des relations franco-italiennes dans le cadre de la Société des Nations.

A peine faut-il mentionner le fait qu'il fut ministre de la France d'outre-mer dans le cabinet Daladier tombé au lendemain du 6 février après une semaine d'existence.

Un point enfin qui ne saurait être assez souligné, c'est l'action inlassable qu'il mène en faveur des arts et des lettres. Il fut la cheville ouvrière de « l'Association française d'expansion et des échanges artistiques» qui organisait les manifestations au loin d'artistes français et en France d'artistes étrangers, et il la présida quatre ans durant, Lorsqu'il mourut subitement, le 5 octobre 1935, l'émotion fut générale. Il n'était âgé que de 59 ans. C'est une étrange caractéristique de son destin qu'il se soit déroulé sous le signe de l'inachèvement et que les promesses extraordinaires dont il semblait prodigue soient, toutes, restées frustrées.

Il fut enterré le 7 octobre 1935 à Varetz, en Corrèze, près du château familial.

Il laissait des ouvrages historiques: La vie orageuse de Mirabeau ; Huit cents ans de Révolution française de 987 à 1789 ; des ouvrages de réflexion politique : Pourquoi je suis syndicaliste ; L'Economie dirigée ; La Paix française; et aussi la multitude d'articles et d'éditoriaux qu'il avait prodigués, notamment dans le Matin, la Dépêche du Midi et la revue fondée et dirigée par lui depuis 1927, la Revue des Vivants.

Extrait du « Dictionnaire des Parlementaires français », Jean Jolly (1960/1977)

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Photo de M. Henri JOUVENEL DES URSINS, ancien sénateur
Etat-civil
Né le 5 avril 1876
Décédé le 4 octobre 1935
Profession
journaliste
Département
Corrèze
  • Mis à jour le 22 août 2014