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Colloque Europe-Orient : Dialogue avec l'Islam



Colloque au Sénat Paris, le 12 juillet 2007 sous le haut patronage de Christian PONCELET, Président du Sénat

Europe-Orient :

Dialogue avec l'islam

Colloque au Sénat

Paris, le 12 juillet 2007

Sous le haut patronage de

Christian PONCELET, Président du Sénat

A l'initiative du Groupe sénatorial d'amitié France-Syrie

Philippe MARINI, Président

du Groupe sénatorial d'amitié France-Liban

Adrien GOUTEYRON, Président

du Groupe sénatorial d'amitié France-Jordanie

Serge VINÇON, Président

du Groupe d'informations et de contacts

sur les relations franco-palestiniennes

Monique CERISIER-ben GUIGA, Présidente

Palais du Luxembourg - Salle Clemenceau

15 rue de Vaugirard - 75006 PARIS

Les textes publiés n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Ces textes sont la retranscription des allocutions prononcées le 12 juillet 2007 lors du colloque « Europe - Orient : dialogue avec l'islam » organisé au Sénat.

AVANT-PROPOS

Point n'est besoin de se le dissimuler, le rapport de nos sociétés modernes, en particulier en France, et des religions, en particulier l'islam, n'est pas simple. De part et d'autre pullulent les préjugés, les ressentiments, les incompréhensions.

Pourtant, nos mondes respectifs sont trop proches, trop imbriqués parfois, pour que nous nous ignorions. A la mise en chantier d'une laïcité ouverte, accueillante au fait religieux, correspond l'ouverture d'un autre chantier : celui de la construction d'une solidarité méditerranéenne.

Certes, la religion est souvent instrumentalisée pour servir d'arme à des causes plus politiques mais, il faut se rendre à l'évidence, ce serait se condamner à ne rien comprendre au Proche et au Moyen Orient que de négliger son terreau religieux et culturel.

L'objet du colloque que j'ai tenu à organiser au Sénat le 12 juillet 2007, avec mes collègues présidents et membres des groupes sénatoriaux France-Syrie, France-Liban, France-Jordanie et France-Palestine, était précisément de rendre compte, avec modestie mais avec une totale liberté de parole, de certains aspects de ce terreau religieux.

D'autre part, pour faire contrepoids à la notion fort répandue de « choc des civilisations », nombreux sont ceux qui ont évoqué un dialogue nécessaire des cultures ou des civilisations. Il restait à passer du souhait et du désir à l'acte concret. Tel fut le point de départ de ce colloque : dialoguer autour de l'islam, de son rapport à la modernité, de sa relation avec les autres religions, de sa conception des institutions, et, in fine, dialoguer avec l'islam.

Débattre, affiner concepts et contextes, réunir autour du même sujet des personnalités de nationalités et de confessions diverses, confronter des opinions différentes, c'est bien le dialogue des cultures en acte qui a été réalisé au sein d'une institution vouée au dialogue et à la décision démocratiques : le Sénat. Des pistes ont ainsi été ouvertes qu'il reste à explorer, par tous les hommes de bonne volonté.

Philippe Marini

Président du groupe sénatorial France-Syrie

Président du groupe sénatorial France-Arabie saoudite-Pays du Golfe

Rapporteur Général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation

EUROPE-ORIENT : DIALOGUE AVEC L'ISLAM

OUVERTURE

PHILIPPE MARINI, SÉNATEUR, RAPPORTEUR GÉNÉRAL DE LA COMMISSION DES FINANCES, PRÉSIDENT DU GROUPE SÉNATORIAL FRANCE-SYRIE, PRÉSIDENT DU GROUPE SÉNATORIAL FRANCE-PAYS DU GOLFE

Monsieur le Président du Sénat, votre Béatitude, Messieurs les dignitaires religieux musulmans et chrétiens, votre Excellence, mes chers collègues, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, c'est avec un très grand plaisir que mes collègues et moi-même vous accueillons ce matin au Sénat au nom du Président Christian Poncelet. Le Sénat est une maison ouverte à tous les dialogues et désireuse de préparer l'avenir. Le Sénat travaille dans la durée, peut être un peu plus que la chambre basse. Ceci nous sensibilise à des problématiques éternelles comme celle que nous tâcherons de traiter au cours de cette journée. Je voudrais excuser mon ami et collègue, le Président de la Commission des affaires étrangères du Sénat et Président du groupe interparlementaire France-Jordanie, Serge Vinçon qui devait ouvrir nos travaux ce matin. Il en a malheureusement été empêché. Un mot tout d'abord sur cette initiative et sa genèse. C'est une initiative des différents groupes d'amitié ou groupes interparlementaires constitués au Sénat avec des pays arabo-musulmans du Levant : le groupe France-Liban présidé par mon collègue et ami, le Vice-président du Sénat, Adrien Gouteyron ; le groupe d'information et de contact sur les relations franco-palestiniennes, présidé par Monique Cerisier-ben Guiga et les deux groupes que j'ai l'honneur de présider, le groupe France-Syrie et le groupe France-Pays du Golfe qui recouvre cinq pays dont l'Arabie Saoudite.

Nous avons organisé cette journée de réflexion pour relativiser de nombreux éléments qui marquent le quotidien de l'Europe et des différents pays riverains de la Méditerranée. Trop souvent, on a raisonné en termes de choc des civilisations. Trop souvent, on a focalisé l'attention sur des drames, des conflits, des événements de nature à faire régresser la compréhension, la bonne connaissance mutuelle et le désir de vivre en commun, chacun dans le respect de son identité propre, autour de cette Méditerranée fondatrice.

La journée que nous avons organisée s'inscrit naturellement dans le cadre du dialogue des cultures, tant imprégnées par les religions du Livre. Cette rencontre se situe également dans l'esprit du groupe de haut niveau pour l'alliance des civilisations créé en 2005 par le Secrétaire Général des Nations Unies. Nous voulons toutefois aller un peu plus loin et concrétiser davantage cette démarche. Le dialogue des civilisations est une belle expression mais quelque peu abstraite. Il faudrait de longs cycles d'études pour définir, de manière incontestable, un concept de civilisation. Dans notre monde contemporain qui vit une montée des extrémismes fort préoccupante, la barrière de l'ignorance, des préjugés et des simplifications abusives parait s'élever de façon redoutable et s'intégrer au comportement d'un grand nombre de nos contemporains, indépendamment de leur nationalité, de leurs engagements et de leur parcours. Pour que cette barrière de l'ignorance soit relativisée ou vaincue, il convient d'écouter les acteurs du terrain politique, culturel ou éducatif et de rechercher, dans l'expérience de nos États, ce qui peut être mis au service de la connaissance, du respect et de la compréhension mutuelle. Tel est l'objet de ce colloque dont vous avez pris connaissance du programme. Nous avons pu le réaliser avec quelques partenaires : la chaîne parlementaire Public Sénat, Radio Orient, le journal l'Hémicycle et le quotidien La Croix qui titre d'ailleurs ce matin « Chrétiens d'Irak, l'exode ». Je rattacherai à ce titre le souvenir d'un déplacement récent en Syrie consacré à la visite de réfugiés d'Irak de l'autre côté de la frontière. Ces réfugiés aujourd'hui très nombreux, représentent la diversité de l'ancien Irak, soit la Mésopotamie, creuset de nos civilisations, de nos cultures, de l'écriture, des savoirs et des religions. Le fait que l'Irak soit concrètement en voie de se vider, sans doute irrémédiablement, de ses diversités et de son histoire semble être, parmi les aspects qui caractérisent l'évolution de l'Orient, celui qui est le plus ignoré ou, en tout cas, le plus minoré. Ce phénomène, qui appelle un grand élan de solidarité doit conduire à réfléchir en toute lucidité sur un certain nombre de sujets. Nous vous les proposons sous la forme de quatre tables rondes. Les formulations choisies ne feront probablement pas l'unanimité. Certains les jugeront, à leur tour, réductrices mais je souhaiterais les citer et vous présenter en quelques mots les participants à cette journée.

Nous évoquerons dans une première table ronde le triptyque Coran, islam et modernité. Les trois religions monothéistes sont issues des mêmes terres, des mêmes sociétés et des mêmes époques. Ces expériences, à l'origine communes, ont pu diverger, notamment dans le rapport contemporain entre concept et pratique de religion, entre évolution des moeurs, des technologies et modes de vie. Sur ce premier aspect, nous avons invité trois éminents contributeurs : le Professeur Mohamed Arkoun, Messieurs Salam Kawâkibî et Abdelmajid Charfi. Je me permets, tant leurs titres et leurs publications pourraient occuper de nombreuses pages, de vous renvoyer aux biographies des intervenants dans le document remis aux participants. C'est en toute liberté d'esprit que vous vous exprimerez, Messieurs, en faisant réagir certainement l'auditoire de telle sorte que nous puissions dégager un peu de temps pour la partie interactive de ce colloque.

L'animation sera assurée ce matin par Jean-Christophe Ploquin, chef du service « monde » du journal La Croix. Sa tâche sera difficile car la seconde table ronde qui a pour titre « Peut-on concevoir une exégèse islamique ? » sera incomplète. Nous avons opté, dans cette seconde table ronde, pour une formulation prudente afin de ne heurter aucun esprit de bonne foi. Le philosophe Youssef Seddik et le Père Samir Khalil s'exprimeront sur ce sujet. Le grand mufti de la République arabe syrienne, Badr-Eddine Hassoun a été malheureusement empêché à la dernière minute. Cependant les universitaires et hommes de religion présents ainsi que tous les participants pourront faire vivre le débat. Comment interpréter les textes ? Les contextes font-il partie des textes ? Nous entrons dans un domaine infini dont nous aurons le plaisir de pénétrer les franges. Commettons-nous un péché d'orgueil en posant une telle question ?

Ensuite, nous nous intéresserons à la situation des minorités chrétiennes en pays musulman et des minorités islamiques en pays d'essence chrétienne. Ces situations sont-elles symétriques ou ont-elles vocation à l'être ? Nous aurons le plaisir d'écouter plusieurs chefs d'Église dont Sa Béatitude Grégoire III, Patriarche grec-catholique de Damas, l'Archevêque latin de Bagdad, le directeur général de l'OEuvre d'Orient, Mgr Brizard, et un universitaire, enseignant de sciences politiques et de sociologie à Londres, Sami Zubaida. Le statut des minorités dans les différents États du monde majoritairement musulmans régresse-t-il ou progresse-t-il au-delà des convulsions de l'histoire ? Comment l'avenir peut-il apparaître ? Nous serons donc à l'écoute de ces expériences qui sont essentielles pour la plupart d'entre nous car l'arabité et la religion entretiennent des relations complexes. La tradition copte, par exemple, fait partie de la personnalité de l'Égypte. Cependant l'Égypte est également très influencée par l'islam. Cette réalité est donc duale et représente une richesse mutuelle.

Par ailleurs, comment l'islam s'adapte-t-il à l'Europe ? Comment nous, États occidentaux et laïques, sommes-nous en mesure d'accueillir et d'organiser l'islam de telle sorte qu'il soit un élément d'une communauté nationale poursuivant ses objectifs propres. Pour nous aider à évoquer ces sujets, nous accueillerons Abdennour Bidar, Professeur de philosophie à l'université de Nice, Jocelyne Cesari, Professeur à l'université de Harvard et Christian Lochon, Professeur à l'institut de formation des imams de la Grande Mosquée de Paris.

Enfin, nous vous proposerons une synthèse dirigée vers la société politique sous le thème « convergences vers le pluralisme et la démocratie ». Quelle démocratie ? Quel pluralisme ? Nous réfléchirons à ce sujet avec Mona Makram Ebeid, ancienne Députée égyptienne, Professeur à l'Université américaine du Caire, Jamal Barout et Dorothée Schmid. Lors d'événements récents, la démocratie, le pluralisme, les élections et les résultats difficiles à assumer notamment en Palestine ont fait apparaître des contradictions manifestes. Comment les dépasser ? Existe-il un modèle unique pour cela et des principes auxquels se référer tout en respectant l'identité et les particularités de chaque parcours national ?

Ce sont ces sujets infiniment difficiles que nous souhaitons aborder aujourd'hui avec modestie et dans le respect des expériences les plus diverses. J'espère, Mesdames et Messieurs, que le Sénat sera fidèle à sa vocation dans la République : ouverture, volonté de comprendre, d'accompagner les évolutions, de vaincre les préjugés, d'oeuvrer pour le bien de tous et pour un avenir commun. C'est le voeu que je forme pour cette journée. Je vous remercie d'être venus aussi nombreux.