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Colloque Europe-Orient : Dialogue avec l'Islam



Colloque au Sénat Paris, le 12 juillet 2007 sous le haut patronage de Christian PONCELET, Président du Sénat

CONCLUSION

PHILIPPE MARINI, SÉNATEUR, RAPPORTEUR GÉNÉRAL DE LA COMMISSION DES FINANCES, PRÉSIDENT DU GROUPE SÉNATORIAL FRANCE-SYRIE, PRÉSIDENT DU GROUPE SÉNATORIAL FRANCE-PAYS DU GOLFE

Je tâcherai de résumer très brièvement quelques enseignements à tirer de cette journée. Je vous remercie vivement, au nom des différents groupes d'amitié organisateurs, tant les intervenants que l'assistance. S'agissant de la dernière table ronde, je partage l'avis de mon excellent ami et collègue, Aymeri de Montesquiou. Il y a une maxime qui me semblerait en la matière assez utile et que l'on a appliquée à d'autres zones du monde : « ni ingérence, ni indifférence ».

Le colonialisme est terminé même sous sa forme sympathique de protection de ceux qui nous semblaient les plus proches. Nous avons vu, depuis la fin du colonialisme, se développer différentes expériences et plusieurs générations politiques déjà. D'abord, celle du nationalisme arabe comportant une relative négation des États. Souvenons-nous des années 50 et 60 et du choc intervenu dans les opinions publiques du monde arabo-musulman lorsque le nationalisme a tant déçu. La déception a été à la hauteur des attentes. Cette déception a été révélée par un événement étranger mais bien ancré dans la zone, un épisode de force qui a été 1967. Par la suite, nous avons vu émerger des tendances sous-jacentes : les tendances fondamentalistes avec leurs différentes expressions nationales.

Nous devons observer tout cela avec raison et avec le sens de la durée en nous efforçant de comprendre, d'expliquer et peut-être de juger le moins possible. Qui sommes-nous Occidentaux d'Europe et des États-Unis pour juger ? Lors de ce dialogue, les uns et les autres ont apporté leurs expériences dans le souci d'une compréhension réciproque. D'ailleurs nous avons commencé par les fondements. Comment parler de la vie des pays de la Méditerranée sans aborder les Textes fondateurs ? A cet égard, les deux premières tables rondes marquées par une tentative d'entrer dans une démarche philologique, historique, sociale et socio-culturelle des Textes fondamentaux ont appris beaucoup de choses à ceux qui n'étaient pas encore les élèves, par exemple, du Professeur Arkoun ou du Père Khalil. Naturellement, cela a suscité une grande envie de se jeter sur les bibliographies disponibles et d'apprendre, tant l'ignorance sur ces sujets est grande.

Nous avons donc commencé par les fondamentaux et ce concept si ambigu de modernité. Finalement l'islam, religion plus jeune que le christianisme de 6 siècles, est-elle dans la même relation avec le temps d'aujourd'hui et les acteurs sociaux que l'héritage européen du christianisme ? L'islam est sans doute plus malléable qu'on ne le croit. Permettez-moi de vous donner un exemple issu d'une démarche d'étude tout à fait récente de notre commission des Finances dans les pays du Golfe. Nous nous sommes intéressés à la finance islamique. C'est un champ tout à fait passionnant car on voit des docteurs de l'islam, en tout cas des membres de charia boards, se prononcer avec une grande souplesse intellectuelle et un sens de la casuistique poussée sur des produits et des transactions très techniques. Peut-on faire un hedge fund islamique ? Qu'est-ce qu'une obligation islamique ? Comment peut-on trouver un système cohérent et transparent pour assurer le transfert des économies des Pakistanais ou des Indiens qui travaillent dans les pays du Golfe vers leurs pays d'origine ? Peut-on imaginer des produits dérivés donc des opérations conditionnelles frappées du sceau de la charia ? C'est possible. Avec un marché qui s'amplifie progressivement et une récupération technique et économique très réussie par la place de Londres, on observe que les goulots d'étranglement en la matière sont la rareté des théologiens susceptibles de siéger dans les charia boards. Si je cite cet exemple qui peut vous paraître étrange, c'est aussi pour montrer que le monde actuel est complètement paradoxal. Madame Ebeid nous l'a bien démontré. La marginalité et le terrorisme peuvent se nourrir de la modernité la plus grande et des réseaux mondiaux qui eux-mêmes démultiplient des efforts qui seraient autrefois restés à l'échelle d'une province, d'une ville, d'un petit pays, d'un désert, de quelques oasis...

L'histoire nous propose sans doute des rendez-vous inattendus. L'évolution n'est en tout cas pas linéaire. S'il est des surprises qu'il faut redouter, ce sont celles nées d'opérations prématurées qui nient la réalité des États et de leur culture. Parmi les interventions entendues, celles de Monseigneur Sleiman au sujet de Bagdad et de l'Irak, m'ont personnellement beaucoup impressionné. Certes, nous sommes informés des événements en Irak mais l'entendre de manière aussi précise, directe et tragique de votre bouche, Monseigneur, avec le ton que vous avez utilisé, votre calme, votre objectivité et votre attitude factuelle ! Vous avez réellement apporté avec votre expérience, un savoir qui nous est extrêmement précieux. Soyez-en particulièrement remercié.

Enfin, nous nous sommes essayés à une certaine symétrie. J'ignore si nous y sommes parvenus. D'un côté les non-musulmans en terre musulmane, de l'autre, les nouvelles cultures en terre de tradition chrétienne. Cette symétrie existe-t-elle ? Peut-on réellement raisonner en ces termes ? J'entendais des propos sur le voile qui nous renvoient à ces questions fondamentales d'identité. Nos peuples qui sont constitués en États ont chacun une identité. Vous disiez vous-mêmes, qu'en l'absence d'État, « homo homini lupus ». Or ces États sont légitimes pour dire comment les différences doivent être conjuguées. D'ailleurs ceci a été pratiqué dans tous les régimes en tout temps. L'empire romain tolérait toute pratique dès lors que l'ordre public n'était pas mis en cause. Il ne s'est défendu que lorsqu'un nouveau ferment était à l'origine d'un ordre public potentiel devenu par la suite ordre public impérial après quelques siècles de martyrs et de grandes expériences humaines.

Que les États, d'un côté comme de l'autre, soient légitimes pour déterminer en fonction de leur identité propre et de leurs valeurs, ce qu'ils acceptent ou pas, est une réalité qu'il faut admettre. Si on ne l'admet pas, que faut-il faire ? A quoi faut-il se référer ? Existe-t-il un ordre politique immanent qui viendrait de l'extérieur et serait une nouvelle universalité ? Si oui, il faudrait en admettre toutes les règles y compris quand le résultat des élections déplaît. J'ai cru observer ces derniers temps que lorsque le résultat déplaît, on arrête le financement. Il y a certaines contradictions dans le monde d'aujourd'hui. Soyons capables de les identifier, de les vivre - comme le font beaucoup de personnes de bonne volonté ici, en particulier Christian Lochon - de chercher des ponts et de faire en sorte que dans notre République, quels que soient son origine, sa religion et son itinéraire, chacun se sente citoyen à partir du moment où il accepte un minimum de règles du jeu constitutives d'une identité collective.

Les actes reprennent les débats tenus au Sénat lors du colloque du 12 juillet 2007 sur le thème :

Europe-Orient : Dialogue avec l'islam

Ce colloque a été organisé par le Sénat à l'initiative de M. Philippe Marini, Président du Groupe sénatorial France-Syrie et avec les groupes France-Liban, présidé par M. Adrien Gouteyron, France-Jordanie, présidé par M. Serge Vinçon et France-Palestine, présidé par Mme Monique Cerisiser-ben Guiga.

Pour tout renseignement, vous pouvez contacter M. Marc Le Dorh, conseiller au service des études juridiques du Sénat, 01.42.34.30.52, m.ledorh@senat.fr.