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Les musées du Luxembourg depuis 1750

L’édification du Palais du Luxembourg s’achève en 1630 par la construction de l’aile Est,  où s’étend, sur pratiquement toute la longueur du premier étage, la grande galerie aujourd’hui Annexe de la Bibliothèque du Sénat. 

Cette salle devait originellement être décorée de vingt-quatre tableaux de Rubens (1577-1640) à la gloire de Henri IV, pour faire pendant à ceux de la galerie Ouest, dédiés à Marie de Médicis. Ce projet n’aboutira pas, par suite des différends entre la Reine et le peintre. Il n’en subsiste que deux esquisses, exposées au Musée des Offices à Florence : la Bataille d’Ivry et l’Entrée de Henri IV à Paris.

 A la mort de la Reine, le Palais échut au frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans, dont la fille, la duchesse de Montpensier (1627-1693), occupa les appartements de l’aile Est. La " Grande Mademoiselle " y vécut jusqu’à sa mort, et c’est sans doute là qu’eut lieu en 1683 son mariage secret avec le " beau " Lauzun.

 Le Palais, devenu propriété du Roi Soleil, revint à sa mort en 1715 au Régent, dont la fille, la scandaleuse Louise-Elisabeth d’Orléans -Reine d’Espagne pendant quelques mois- occupa à son tour l’aile Est de 1725 à 1742.

En 1750, grande première : la galerie et les salles adjacentes deviennent le premier musée de peinture français ouvert au public, et un des tout premiers en Europe. Les jours de visite, le public était également admis à admirer, dans l’aile Ouest, la galerie des Rubens.
 
Cette affectation prend fin trente ans plus tard, quand le Palais est donné au Comte de Provence, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII. En 1780, les tableaux regagnent le Louvre.

Sous la Révolution, le Palais est transformé en " maison nationale de sûreté ", où seront emprisonnés maints pensionnaires célèbres. Le régime carcéral y passait pour agréable, ce qui n’empêchera pas, cependant, que beaucoup des illustres prisonniers finissent sur la guillotine : les Girondins en 1793, les Montagnards en 1794.

 Siège du Directoire en 1795, le Palais du Luxembourg fut affecté en 1799 au " Sénat conservateur " de la Constitution de l’an VIII, désigné simplement " Sénat " à partir de 1802 (Constitution de l’an X). 

Les Sénateurs -notamment Joseph-Marie Vien (1706-1809), lui-même un des maîtres du peintre David- renouent avec la vocation artistique de cette salle prestigieuse ; ils aménagent un nouveau musée dans la galerie Est.

 Surtout, la voûte reçoit, dès 1803,  les " Douze signes du Zodiaque " de Jordaens (1593-1678), considéré comme le meilleur élève de Rubens. Ces toiles forment un ensemble unique au monde, acheté à l’époque 4 500 francs-or, prix très modique comparé à celui de " l’Aurore", composition assez conventionnelle commandée pour 6 000 francs-or au peintre Antoine-François Callet (1741-1823) afin d’orner la partie centrale de la voûte.

A l’initiative du Comte de Corbin, ce second musée se voue, à partir de 1818, aux artistes vivants. Il ferme ses portes en 1886, alors que le Palais, après le retour des pouvoirs publics à Paris en 1879, est affecté au Sénat de la IIIème République. La Galerie est transformée en bibliothèque après 1887.

 Cependant, des cellules y seront épisodiquement aménagées durant les procès de la Haute Cour de Justice de la IIIème République, quand celle-ci siégeait au Palais du Luxembourg. Un bibliothécaire de l’époque note à ce sujet que " deux à trois jours suffirent pour déménager les quelque 50 000 volumes et... une quinzaine de jours pour les réintégrer ".

 Ainsi, vingt-quatre personnalités inculpées de complot contre l’État -parmi lesquelles Déroulède et Marcel Habert, députés et membres de la Ligue des Patriotes- furent incarcérées là, dans des conditions qui, cependant, ne semblaient pas trop pénibles, à en croire la presse de l’époque.

 Parmi les souvenirs marquants aujourd’hui installés dans l’Annexe de la Bibliothèque, on remarque un buste d’Anatole France, qui fut bibliothécaire du Sénat, et le " meuble égyptien " conçu pour abriter la fameuse " Description de l’Egypte ".