Allez au contenu, Allez à la navigation

Les défis de l'Afrique face au changement climatique

5 novembre 2015 : Les défis de l'Afrique face au changement climatique ( rapport de groupe interparlementaire d'amitié )

TABLE RONDE 2 - LES DÉFIS LIÉS À L'ÉNERGIE : PRODUCTION ET ACCÈS

Ont participé à cette table ronde :

M. Mohamed SALEM OULD BECHIR, Ministre du Pétrole, de l'énergie et des mines de Mauritanie, Président du Conseil des ministres de l'Organisation pour la Mise en valeur du fleuve Sénégal
Mme Rima LE COGUIC, Responsable de la division Transports et énergies durables à l'Agence française de développement
M. Gilles VERMOT DESROCHES, Directeur du développement durable de Schneider Electric
M. Quentin SAUZAY, Chargé de mission auprès du Premier ministre du Bénin

M. Mohamed SALEM OULD BECHIR - Je remercie le Sénat et son Président, le groupe d'amitié France-Afrique de l'Ouest et l'Agence française de développement (AFD) de me donner l'occasion de participer à cette importante rencontre à quelques jours de la Conférence Paris Climat.

Il est admis que le changement climatique auquel doit faire face notre monde constitue un défi, plus encore pour l'Afrique, qui en subit des effets dévastateurs, alors qu'elle ne contribue que pour 2,3 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les effets du changement climatique affectent tous les secteurs vitaux : agriculture, élevage, santé, énergie et environnement. Les pays africains parleront d'une seule voix à la Conférence des Parties grâce à la mise en place d'un groupe de travail, et grâce à un panel d'experts présidé par M. Kofi Annan, dont le rapport en 2015 sur l'énergie contient des recommandations pertinentes et précises.

Un des effets les plus spectaculaires du bouleversement climatique est la fracture énergétique croissante : 621 millions d'Africains n'ont toujours pas accès à l'électricité et 727 millions continuent à recourir aux combustibles solides pour la cuisson. À ce rythme, l'Afrique n'obtiendra un accès universel à l'énergie moderne qu'en 2080, à condition qu'aucun phénomène nouveau n'aggrave la situation. Pourtant, le continent africain dispose de ressources qui lui permettraient de recevoir des investissements énergétiques efficaces qui permettent un tel accès au plus grand nombre à un coût raisonnable, tout en réduisant significativement la pauvreté. Pour cela, il est indispensable de concevoir des infrastructures adéquates. Toutefois, l'Afrique aurait besoin de multiplier sa capacité de réseaux par 260 pour atteindre ce potentiel.

Les pays sahéliens subissent les nombreuses manifestations du changement climatique, telles que la baisse des ressources en eau, la dégradation des terres, l'extension des zones arides vers le sud fertile, la réduction de moitié des rendements de l'agriculture pluviale, la baisse drastique des nappes oasiennes, la baisse de productivité du cheptel, des inondations sur les zones côtières qui abritent 30 % de la population, la désertification accélérée, qui nécessite une adaptation des écosystèmes, la baisse de la production issue de la pêche, la pollution du fleuve Sénégal et le régime fluvial irrégulier. La situation nutritionnelle des populations est aggravée par la sécheresse.

L'accès à l'électricité en Mauritanie est handicapé par la constitution de son territoire, la dispersion des populations et la faible densité du peuplement. Seuls 10 % des 8 100 localités ont plus de 500 habitants. Le développement horizontal des villes lié au nomadisme des populations constitue une contrainte qui entrave le processus d'électrification. La Mauritanie a donc préparé une contribution nationale dans le cadre d'un groupe de travail regroupant des départements ministériels, des agences publiques et nationales, la société civile et des associations communautaires. Cette contribution s'appuie sur les programmes de développement sectoriel et sur le cadre stratégique de la lutte contre la pauvreté, qui ont pour objectif la contribution au développement global, sobre en carbone et résilient aux impacts du changement climatique. Cela reflète la volonté de la Mauritanie de participer à la réduction mondiale des émissions de gaz à effet de serre et de répondre à ses besoins en matière d'adaptation dans la mesure de ses moyens et capacités. La proposition consiste en une réduction de 23 % des émissions de gaz à effet de serre entre 2015 et 2030, dont 20 % inconditionnels, soit une réduction cumulée de 33,56 millions de tonnes équivalent CO2. Plus précisément, la Mauritanie et l'espace OMVS (Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal) consentent des efforts, dont les premiers résultats sont encourageants.

La politique menée par la Mauritanie dans le secteur énergétique est en phase avec les objectifs définis par les conventions internationales sur le climat et les divers objectifs de développement durable internationaux et l'initiative « Énergie durable pour tous ». Cette convergence de principes et d'objectifs s'effectue au niveau de l'accès aux services énergétiques modernes et de la promotion des énergies renouvelables. Les différents volets de la stratégie sectorielle adoptée par la Mauritanie (schémas directeurs de la production transport, les conditions de déploiement des énergies renouvelables) s'articulent autour de quatre axes principaux : l'augmentation des capacités de production à partir des ressources locales, le développement du réseau de transmission et l'interconnexion avec les pays limitrophes, l'amélioration de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, et la mise en place de solutions d'électrification décentralisée pour les zones durablement excentrées. Dans ce cadre, un portefeuille d'études stratégiques a servi de base à un programme élaboré par les autorités pour mettre, à terme, à la disposition des ménages, une électricité fiable.

Ce programme a pour objectif prioritaire la couverture du pays en électricité, afin de mettre fin au délestage et d'offrir une énergie fiable. Les capacités de production ont été renforcées entre 2009 et 2015, par la mise en service de 350 mégawatts de capacité additionnelle, dont 72 mégawatts d'énergies renouvelables. En outre, en milieu rural, des centrales électriques hybrides diesel-solaire ou éolien et des plateformes multifonctionnelles, alimentées par l'énergie solaire, ont été construites. La Mauritanie a ainsi évolué d'une situation déficitaire à une situation excédentaire.

Le programme de distribution de l'électricité a pour objectif de doter le pays d'un système de transport d'électricité vers les principaux centres urbains et industriels du pays et de permettre les échanges d'énergie avec les pays limitrophes. Quatre dorsales sont programmées pour relier les centres de production et de consommation des pays. Le renforcement et développement des réseaux électriques a pour objectif d'assurer une couverture optimale des centres urbains nationaux. Le nombre d'abonnés au réseau électricité de l'opérateur public a doublé en six ans et atteint 200 000 abonnés en 2015. Le taux d'accès est donc passé de 38 % en 2009 à 72 % en 2015. Le taux d'accès à l'électrification rurale reste cependant bas (4 %), en raison de la faible densité de peuplement et de la dispersion des localités. La nouvelle approche consiste à développer les réseaux de 33 kilovolts à partir de postes raccordés au réseau interconnecté de l'OMVS, pour s'affranchir des coûts de production élevés dépendant d'hydrocarbures importés.

La construction de réseaux autonomes est prévue pour alimenter les sites isolés du réseau interconnecté, en regroupant les centres de production de petite et moyenne taille alimentés par des sources hybrides pour raccorder par des réseaux de 33 kilovolts, les localités de plus de 500 habitants dans un rayon de 500 kilomètres. La construction d'une centrale hybride thermique-solaire, des réseaux d'interconnexion et des réseaux de distribution est à ce titre en cours de construction, avec l'aide de l'AFD et de l'Union européenne.

La Mauritanie a l'avantage de disposer d'un important potentiel en énergies renouvelables, avec la présence d'excellents gisements éoliens le long du littoral, d'une irradiation solaire élevée sur tout le territoire et d'importantes ressources en biomasse. Conscientes de ce potentiel, les autorités mettent en oeuvre un ambitieux programme de construction d'infrastructures d'énergies renouvelables, dont une nouvelle centrale photovoltaïque, une centrale hydroélectrique qui sera mise en service en 2018 à Gouina au Mali, avec une quote-part de 42 mégawatts de la Mauritanie prévue, et un parc éolien de 100 mégawatts en 2018.

Les autorités mauritaniennes s'engagent donc à valoriser les ressources énergétiques nationales et à diversifier le mix. Les énergies renouvelables représentent actuellement 25 % des capacités installées et couvrent 32 % de la demande. A l'horizon 2020, ces taux seront portés à 40 %. Par ailleurs, un projet de production d'électricité à partir du gaz est en développement. Il vise à terme l'installation de plus 700 mégawatts en coopération avec le Sénégal et le Mali. Des centrales hybrides alimenteront par des lignes à moyenne tension des localités situées dans un rayon de 120 kilomètres. S'y ajoutent des centrales hybrides et des plateformes multifonctionnelles ciblant des petites localités excentrées. Au terme de ce programme prioritaire, le taux d'électrification en milieu urbain atteindra près de 100 %, et 40 % en milieu rural.

Je souligne le bond qualitatif que l'OMS a permis de réaliser pour les pays qui y participent, par l'optimisation des synergies entre les pays de l'Ouest africain. La centrale de Gouina représente notamment une capacité de 540 mégawatts au bénéfice des quatre pays. Un fonds d'électrification rurale sera, en outre, mis en place cette année pour soutenir les programmes nationaux et garantir une coordination optimale du développement des interconnexions vers l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Guinée et le Système d'échanges d'énergie électrique Ouest-Africain (ou West African Power Pool, WAPP). Une politique énergétique commune de l'OMVS a été élaborée. Elle permettra d'établir des priorités en matière de programmation des nouvelles capacités de production et de transport.

Mme Cécile BARBIERE - Plus de 75 % de la population africaine vit sans accès à l'électricité, souvent dans des zones difficiles à raccorder. M. Gilles Vermot-Desroches, Directeur du développement de Schneider Electric, nous présente un programme de son entreprise pour faciliter l'accès au raccordement électrique des foyers en zone rurale.

M. Gilles VERMOT DESROCHES - Je suis chargé du programme d'accès à l'énergie chez Schneider Electric et Vice-président de l'initiative présidée par M. Jean-Louis Borloo. L'Afrique connaîtra une croissance d'un milliard d'habitants en quinze ans, ce qu'aucun continent n'a connu jusqu'ici. Il s'agit d'une croissance simultanément rurale et urbaine.

L'entreprise Schneider est un acteur de la distribution électrique et connaît les villes intelligentes. Or, quinze des plus grandes villes mondiales seront africaines en 2030. Il restera cependant 30 % à 40 % des populations africaines en zone rurale et il est donc urgent de leur apporter un accès à l'électricité, pour qu'elles puissent se stabiliser en zone rurale. 60 millions d'Africains sont concernés par le phénomène de migration et il est nécessaire d'intervenir maintenant au sujet de l'accès à l'énergie. En outre, l'Afrique représentera la moitié de la population active mondiale en 2050, ce qui devrait intéresser les entreprises pour qu'elles participent au développement économique de l'Afrique.

Nous nous trouvons à un moment disruptif dans la manière de mettre en oeuvre la question électrique. Désormais, plus personne ne voudrait câbler l'Afrique d'un réseau filaire de téléphone. Il ne viendra plus à l'esprit de personne de considérer que l'accès à l'électricité des populations qui en sont encore privées se fera par le réseau, suivant une logique de croissance du réseau, comme dans les pays industrialisés. En Inde, la concentration de population le permet, mais mon entreprise est convaincue que l'accès à l'énergie d'une partie des habitants de l'Afrique qui n'y ont pas encore accès, se fera par des microréseaux autonomes intelligents, avec accès à l'énergie renouvelable. Le prix du mètre carré de panneaux photovoltaïques a diminué de 80 % entre 2009 et 2015. Le photovoltaïque pourrait également être utilisé pour la cuisson. En effet, la décroissance des prix devrait se poursuivre. L'accès à l'énergie doit donc s'envisager sous l'angle des nouvelles énergies. Par ailleurs, le réseau intelligent vise à optimiser la consommation, ce qui permet de réduire l'investissement pour une surconsommation.

Schneider Electric commercialise une lampe disposant d'un panneau photovoltaïque permettant, en outre, de charger un téléphone et faire fonctionner un ventilateur. Ces lampes coûtent entre 5 et 40 dollars. A ce titre, il conviendrait de mieux réfléchir à la fiscalité des panneaux photovoltaïques, car en augmentant le coût à l'entrée, ils réduisent les capacités de développement. Il serait préférable que la fiscalité porte sur les conséquences du développement. En outre, cette lampe est de qualité et très solide, ce qui est important pour des populations qui se déplacent beaucoup, car il est préférable de payer plus cher une lampe qui dure plusieurs années qu'une lampe à remplacer sans cesse.

Par ailleurs, Schneider crée des micro réseaux de villages qui représentent un investissement de 100 à 500 euros par famille et permettent de faire fonctionner plusieurs appareils, de l'éclairage public et de fournir de l'électricité pour des établissements publics. Certes, cela semble cher, mais de nombreux réseaux sont financés par des acteurs de la diaspora africaine. Il s'agit d'une des solutions de nouveau business model.

De la salle - L'Afrique n'avancera pas avec des lampes de poche. Nous avons besoin de centrales électriques.

M. Gilles VERMOT DESROCHES - Le micro réseau est une solution collective pour de petits villages, qui requiert un co-investissement, qui ne provienne pas uniquement des habitants.

L'Afrique est, en outre, probablement le lieu de la création de tous les business models de demain, ce qui devrait intéresser les grandes entreprises internationales. Les nations occidentales ont des difficultés à passer de l'économie de la propriété à l'économie de l'usage (économie circulaire). La population africaine, la plus jeune de la planète, inventera l'économie de l'usage et se trouvera demain dans une logique de reverse economy. Mon entreprise s'investit pour apporter les solutions les plus adéquates, comme le micro réseau de village. L'énergie renouvelable, le pay as you go sont des solutions inédites, dont les prix sont très inférieurs aux solutions précédentes. Par ailleurs, l'Afrique et l'Europe se trouvent sur le même continent ; illuminer l'Afrique sera pour nos entreprises et les nations européennes une ambition collective. Quelques entreprises, souvent françaises, se mobilisent auprès de l'Afrique. Schneider a par exemple un partenariat avec la Poste au Bénin.

L'expertise et le transfert de compétences sont actuellement plus problématiques que l'aspect technologique ou financier. Actuellement, en Afrique, les personnes formées pour être des acteurs d'entreprises liées à l'électricité sont celles qui en disposent déjà. Il est important de lancer un plan global de formation et de transfert de compétences pour parvenir à une électrification totale. À ce titre, Schneider Electric participe à un plan de formation d'un million de personnes en dix ans, et a financé la création d'une école d'ingénieur au Cameroun et d'une école de techniciens en Tanzanie. L'AFD a, en outre, créé un fonds d'investissement en partenariat avec des entreprises et d'autres organismes pour soutenir la création de ces entreprises en Afrique. Nous soutenons une vingtaine d'entreprises locales pour favoriser leur contribution à l'accès à l'électricité.

Mme Cécile BARBIERE - Vous avez mentionné la problématique de l'électrification de l'Afrique, et également la chute des prix des panneaux solaires. Le potentiel d'énergie solaire est très important, mais encore sous-exploité en Afrique.

M. Quentin Sauzay est chargé de mission auprès du Premier ministre du Bénin, et responsable du programme « Lumière pour tous », qui a pour objectif d'amener l'électricité dans les foyers ruraux d'Afrique, grâce à l'utilisation du solaire.

M. Quentin SAUZAY - Notre initiative est uniquement possible grâce au travail d'entreprises comme Schneider, qui nous permet de répondre à la question suivante : « Peut-on sortir de l'obscurité 80 % de la population du continent africain ? » Il est important de distinguer l'accès à l'énergie et le droit à la lumière. L'accès à l'énergie repose sur le développement du réseau, la création de mini-réseaux et l'apport de solutions décentralisées aux personnes qui sont dans l'incapacité d'accéder au réseau lointain ou de bénéficier d'un mini-réseau. La solution existe, grâce à des systèmes solaires Pico ou kits solaires.

Le droit à la lumière doit être un droit social universel. Des lampes à panneau solaire intégré coûtent moins de 5 dollars et peuvent remplacer les lampes à kérosène. Avec leur batterie, ces lampes à LED ont une autonomie d'environ 4 heures 30. Les personnes éloignées des pôles urbains ont besoin d'eau potable et de lumière. En effet, lorsque le soleil se couche, elles se trouvent dans l'obscurité, et ne peuvent donc ni étudier ni sortir le soir. Les lampes à kérosène ne sont pas une solution durable, mais sont aussi dangereuses pour le foyer, à cause des risques d'incendie et de problèmes respiratoires. Il convient de réussir à atteindre les 20 % de personnes oubliées dans chaque programme de développement, parce qu'elles sont très isolées. Une distribution gratuite de ces lampes sera donc effectuée auprès de tous les écoliers du Bénin du primaire et du secondaire, soit 3,5 millions d'écoliers en six mois. Certes, cela ne suffit pas, mais cette distribution doit permettre aux populations de découvrir cette technologie. Par analogie avec la révolution du téléphone portable, une fois que ces lampes seront découvertes, les populations ne pourront plus se passer de cette source de lumière sûre et exigeront que cela devienne un droit social.

Par ailleurs, nous faisons face à un défi important, car les populations n'ont plus confiance dans la technologie solaire, dont la première génération les a déçues. Ils veulent donc l'électricité, mais refusent le solaire. Il convient donc de montrer aux populations que ces produits sont très différents des premières technologies. Ils sont issus de la certification « Ligthing Africa » de la Banque mondiale, qui oblige les fabricants à garantir leurs produits pendant deux ans. Le système de distribution doit donc être suffisamment fiable pour offrir cette garantie sur l'ensemble du territoire.

Le programme a trois composantes. La première composante est la composante sociale du droit à la lumière, qui se traduit par la distribution des lampes, dans le but que toute une génération découvre cette technologie.

La composante commerciale consiste à développer un marché pour inscrire cette initiative dans la durée, en distribuant les produits dans toutes les régions du Bénin. Une importante communication accompagnera ce développement, ainsi que des mécanismes d'accès au financement pour éviter des ruptures de stock. Certes, ces lampes sont chères (4 000 francs CFA, soit la dépense énergétique mensuelle d'un foyer au Bénin). Les montants nécessaires pour monter en capacité vers des kits de maison permettant de brancher plusieurs équipements sont actuellement hors de portée des ménages. Il convient donc de s'appuyer sur des dispositifs de microfinance et sur une initiative de « pay as you go », qui permet de ne payer que 10 % du prix à l'achat, puis d'effectuer des remboursements chaque semaine par paiement mobile.

Il est important de se rappeler qu'il ne s'agit plus d'un problème économique, mais de réunir les acteurs du développement, les gouvernements et les ONG pour donner l'accès à l'énergie pour tous que les populations demandent.

M. Gilles VERMOT DESROCHES - Je dois vous quitter, mais le responsable de Schneider Electric en Algérie est présent dans cette salle et pourra répondre à vos questions.

Mme Cécile BARBIERE - Nous avons largement couvert le sujet de l'électrification en Afrique. Madame Rima Le Coguic, vous êtes responsable de la division transport et énergies renouvelables à l'AFD. Comment développer le potentiel d'énergies renouvelables ? L'Afrique pourrait, en effet, devenir à moyen terme le premier continent durable de la planète.

Mme Rima LE COGUIC - Il est cependant nécessaire de concilier le sujet social, représenté par l'accès à l'énergie, et le sujet relatif au climat et à l'environnement. Aujourd'hui, des solutions peu coûteuses à base d'énergies renouvelables permettraient de donner l'accès à des personnes actuellement sans lumière. Le financement de réseau représente de 1 500 à 2 000 euros la connexion, alors que les kits solaires coûtent de 5 à 100 euros.

Les émissions africaines sont aujourd'hui très faibles, et ne représentent que 2 % à 3 % des émissions mondiales de CO2. Pourquoi lui demander de faire un effort de réduction ? Tous les pays africains ont pour objectif de développer le potentiel d'énergies renouvelables. Cet objectif courageux est à saluer.

Le développement des énergies renouvelables en Afrique est également une réelle opportunité économique : le potentiel de l'éolien, du solaire, de la géothermie, de l'hydroélectrique est plus compétitif que le développement du gaz, du charbon ou du fioul. L'Afrique a déjà commencé à développer ce potentiel, et dans certains pays, les énergies renouvelables représentent déjà plus de 60 % du mix énergétique. Toutefois, le coût de production est souvent plus élevé qu'en Europe (18 centimes contre 12 centimes par kilowatt-heure). Dans certains pays, un pourcentage élevé du PIB est consacré aux subventions aux énergies fossiles, par manque de planification des politiques énergétiques.

Il est désormais nécessaire que le concept devienne action et que la stratégie devienne projet. Bailleurs de fonds, gouvernements, opérateurs et acteurs du privé devront relever ce défi collectivement. La prochaine étape consiste à décliner la transition énergétique en plan d'action, qui doit comporter des programmes d'investissement et étudier les projets à développer en énergies renouvelables. Au-delà du plan d'investissement et du financement des études, les gouvernements africains doivent adopter des réglementations par l'octroi de licences, d'ouvertures au secteur privé, de tarifications permettant de rentabiliser ces investissements. Les bailleurs doivent accompagner ces efforts et apporter des financements bonifiés lorsque les investissements ne sont pas rentables. La coordination des différents acteurs est indispensable pour réaliser ces projets.

Les Africains ont lancé récemment une initiative de développement des énergies renouvelables en Afrique, adoptée par le sommet des chefs d'État de Johannesburg, avec l'objectif de développer 10 gigawatts d'énergies renouvelables à l'horizon 2020. Nous travaillerons tous pour réaliser cet objectif.

Mme Cécile BARBIERE - Monsieur le ministre, je vous propose de réagir sur la nécessité d'adapter la réglementation pour réaliser la transition vers les énergies renouvelables et de détailler l'initiative africaine qui vient d'être évoquée.

M. Mohamed SALEM OULD BECHIR - Tout comme pour l'agriculture, il n'existe pas un modèle unique d'électrification en Afrique, mais divers modèles, selon les contextes. La Mauritanie est un vaste pays et a une population essentiellement nomade, dix fois moins nombreuse que la population française et extrêmement dispersée. Les coûts de raccordement sont donc extrêmement élevés, ce qui ralentit l'électrification du pays. En outre, le développement des villes est horizontal, ce qui représente une contrainte supplémentaire. Nous essayons d'adopter des solutions d'électrification cohérentes et en adéquation avec les réalités du pays. Le développement des réseaux interconnectés est privilégié lorsqu'il est économiquement rentable et que les investissements réalisés sont durables et soutenables. Pour d'autres régions, nous avons essayé de regrouper les localités en réseaux isolés, avec une production hybride (thermique-solaire ou thermique éolien) et des réseaux « araignées ». Toutefois, des zones restent excentrées par rapport au réseau, et il n'existe pas d'autre solution que les kits solaires ou les plateformes multifonctionnelles pour les populations qui y vivent. Il est cependant envisageable que des réseaux atteignent un jour ces zones.

L'Afrique a un potentiel important d'énergies renouvelables, dont le coût d'investissement a significativement baissé. À Nouakchott, le parc éolien représente 4 000 heures en équivalent pleine puissance, ce qui permet d'obtenir un KWh à 5 centimes. L'énergie solaire coûte 12 centimes le KWh. La tendance de la baisse des prix se poursuit. Sur le littoral, des gisements représentent plus de 5 000 heures en équivalent pleine puissance, ce qui laisse augurer des coûts de production d'environ 3 centimes. Toutefois, le stockage reste la question principale. Des solutions sont recherchées, notamment par la mutualisation du réseau entre plusieurs pays pour absorber davantage d'énergies renouvelables.

Dans le cadre de la politique africaine commune de développement des énergies renouvelables, la Mauritanie a un projet de 100 mégawatts éoliens. Pour développer l'accès aux énergies, les gouvernements devront élaborer des politiques fiscales, d'investissement et d'exploitation des nouvelles capacités.

Compte tenu des contextes particuliers, chaque pays devra être étudié indépendamment, pour éviter les erreurs de la libéralisation du secteur de l'électricité en Afrique des années 1990.