VI. LA MAIN-D'oeUVRE

Se pose également le problème de la main-d'oeuvre. Un des changements majeurs de ces dernières années est le départ devenu massif des jeunes hommes, surtout les « jeunes instruits » qui ont pu aller à l'école. Ils sont partis travailler, depuis la fin des années 1990 mais surtout le milieu des années 2000, pour les pays du Golfe pendant quelques années, avant souvent de finalement s'installer définitivement dans les banlieues de Katmandou ou des petites villes locales, où ils achètent des terres, construisent une maison et envoient leurs enfants à l'école. Les villages se sont donc vidés durablement d'une force de travail importante, remettant en cause une organisation du travail qui repose à présent davantage sur les femmes, qui travaillaient déjà beaucoup, et sur les personnes plus âgées.

Cela commençait déjà à être un problème avant le séisme, dans ce type de système agro-sylvo-pastoral nécessitant une forte main-d'oeuvre pour entretenir des terrasses sur de pareilles pentes, avec des rendements par ailleurs faibles.

Si certains de ces jeunes avaient investi dans la construction d'appartement dans la banlieue de Katmandou ou de Trisuli, ils avaient aussi envoyé de l'argent à leur famille restée sur place, dont un grand nombre avait investi cet argent dans la construction de maisons plus grandes, en dehors du village, au plus proche des champs. Ces efforts et investissements, représentant jusqu'à 15 ans de leur vie, sont aujourd'hui à terre, mais il va aussi manquer la main-d'oeuvre nécessaire pour les reconstruire, main-d'oeuvre qui reste à former aux techniques de construction.

Un projet de reconstruction porté par le Réseau Chercheurs Népal 70 ( * ) , réseau français qui s'est constitué suite au séisme dans le but de mettre à disposition les connaissances du terrain des chercheurs, prévoit de concevoir, avec les villageois, des maisons s'inspirant de l'architecture vernaculaire et prenant en considération de nouveaux besoins : la résistance aux tremblements de terre, bien sûr, mais aussi une bonne efficacité énergétique et des équipements sanitaires.

Pour l'instant, l'organisation « Action contre la Faim » devrait fournir en grand nombre les tôles ondulées, qu'il est difficile de se procurer, puisque la demande s'en est multipliée, et elle a distribué des sacs de conservation des récoltes. Le Réseau Chercheurs Népal a tout d'abord fourni une aide alimentaire de première urgence ainsi que des bâches en plastique et des couvertures, et ensuite financé l'action d'une ONG népalaise, SAPPROS, dont le rôle est d'organiser et soutenir la communauté villageoise pour la reconstruction ainsi que s'assurer que les financements officiels soient aussi disponibles pour ce village situé aux confins du district. Le Réseau des Chercheurs s'attache maintenant à chercher les fonds et les appuis nécessaires pour faire face aux coûts de cette reconstruction et de formation de la main-d'oeuvre, qui seront considérables 71 ( * ) .


* 70 reseauchercheursnepal.fr

* 71 Denis BLAMONT et Blandine RIPERT, Paris et Katmandou, 24 juin 2015

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