III. LE SÉISME ET APRÈS ...  QUELLE CAPACITÉ DE RÉSILIENCE DU SYSTÈME TOURISTIQUE AU NÉPAL ?

Les touristes reviendront-ils ? C'est la question qui taraude tous les acteurs du tourisme au Népal, qui tendent à minimiser la catastrophe pour rassurer leurs clients. Il est vrai que tout le Népal n'a pas été concerné : la partie Sud de la région des Annapurna ou le Téraï n'ont quasiment pas été affectés par le séisme et sont parmi les régions les plus fréquentées par les touristes.

Cependant, la catastrophe a donné un coup d'arrêt brutal à l'activité touristique en se produisant en pleine haute saison, provoquant un cruel manque à gagner pour les agences de trekking et les hôteliers comme pour les villageois qui dépendent de la venue des étrangers.

Suite au séisme, les touristes ont massivement quitté le pays, décommandé ou reporté leur voyage. Si l'on ne possède pas encore de bilan, il est certain que, au moins à court terme, une baisse de la fréquentation touristique affectera le Népal, et se poursuivra tant que les répliques ne cesseront pas et que la reconstruction des réseaux et des hébergements ne sera pas achevée. Mais on peut espérer une reprise à moyen terme, car le Népal est un pays qui compte de nombreux « repeaters », ces gens qui reviennent régulièrement au Népal et qui y nouent une vraie relation affective. Ceux-là reviendront probablement.

La capacité de résilience des individus mais aussi des territoires après la catastrophe représente donc la question fondamentale de l'après séisme, mais nécessite des travaux de recherche approfondis, dont on ne peut lancer ici que quelques pistes et hypothèses de travail.

Tout d'abord, il semble essentiel de mener une enquête auprès des touristes pour évaluer leur perception du risque et leur intention de se rendre à nouveau au Népal. Il s'agit ensuite de pouvoir cartographier l'emprise spatiale et temporelle réelle de la catastrophe sur le système touristique et d'évaluer les recompositions qu'il peut induire.

En parallèle, il s'agit également d'identifier les acteurs de la reconstruction, d'analyser les réseaux d'aide et de solidarité. Le Népal bénéficie, en dehors de l'aide d'urgence des grandes ONG et institutions, d'une aide spontanée et d'un important réseau de solidarité, de la part d'individus, d'associations et de nombreuses ONG qui travaillent depuis longtemps dans le pays. Souvent ces associations ont été créées à l'initiative d'anciens touristes, grâce aux rencontres faites avec des guides et des porteurs lors de précédents voyages. De fait, leurs lieux d'intervention sont très inégalement distribués dans l'espace : l'enjeu est alors d'avoir une cartographie claire de leurs actions en vue d'une meilleure coordination de la reconstruction et d'une meilleure équité territoriale.

Enfin, l'efficacité du gouvernement népalais dans la gestion de cette crise va être déterminante pour rétablir sa crédibilité et son rôle d'acteur à part entière de la reconstruction du pays.

L'échelon gouvernemental est actuellement souvent contourné par les Népalais qui prennent en charge l'aide et la reconstruction en mobilisant plus facilement leurs réseaux internationaux (anciens touristes, diaspora). Soit le gouvernement est capable de gérer la crise et de regagner la confiance des populations. Soit on peut s'attendre à une nouvelle déstabilisation politique, remettant en cause le fragile équilibre, construit depuis la fin de la guérilla maoïste en 2006.

Chronologie politique

9 juin 2015

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