DEUXIÈME PARTIE : LA FRANCE DANS LE PACIFIQUE SUD

En s'intéressant aux liens spécifiques établis par le Vanuatu avec ses voisins (et notamment les plus proches géographiquement : la Nouvelle-Calédonie et l'Australie), la délégation a été conduite à constater le dynamisme des relations au sein de la zone Pacifique et à s'interroger sur la manière dont la France tente de s'y associer.

Recouvrant 37 % de la surface terrestre, s'étirant sur la moitié de la circonférence du globe, le Pacifique Sud est traditionnellement présenté en trois grandes aires géographiques 19 ( * ) :

- Mélanésie : Nouvelle-Guinée (Papouasie Nouvelle-Guinée et partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée), Fidji, Vanuatu, Îles Salomon, Nouvelle-Calédonie.

- Polynésie : Îles Cook, Niue, Samoa, Tokelau, Tonga, Tuvalu, collectivités d'Outre-mer de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna. Elle s'étend géographiquement de la Nouvelle-Zélande au sud-ouest à l'Île de Pâques à l'est.

- Micronésie : Palau, Kiribati, États Fédérés de Micronésie, Îles Mariannes, Îles Marshall, Nauru. Ces îles sont liées, à des degrés divers, aux États-Unis auxquels elles ont notamment confié leur défense.

Conscients de leurs fragilités, confrontés à « la tyrannie des distances » (les distances entre États et à l'intérieur de ceux-ci sont souvent de plusieurs milliers de kilomètres), les États de la région, devenus progressivement indépendants, ont naturellement exprimé le besoin de se rencontrer et de mutualiser leurs moyens.

L'émergence de cette zone au plan international est une donnée récente mais appelée à s'affirmer au cours des prochaines années, étant souligné par ailleurs qu'elle se situe entre l'Asie du Sud et l'Amérique, les parties du monde les plus dynamiques économiquement.

I. UNE PRÉSENCE DÉSORMAIS PERÇUE FAVORABLEMENT

Au fil des ans, les États du Pacifique Sud se sont donc dotés d'organisations régionales de plus en plus étoffées, et notamment :

- la Commission du Pacifique Sud (CPS), fondée en 1947, qui porte aujourd'hui le nom de Communauté du Pacifique, est la plus ancienne organisation régionale d'Océanie. Son siège est à Nouméa , avec une antenne installée à Suva. Elle accueille tous les pays et territoires sans distinction de statut politique (aujourd'hui 19 États et 8 territoires sous tutelle). Le Royaume-Uni en est sorti en 2005. Organisme apolitique de coopération technique, la CPS a pour vocation de financer et gérer des programmes de développement au bénéfice du Pacifique insulaire, en partenariat avec les membres du Forum ainsi qu'avec d'autres organisations et bailleurs de fonds.

- le Forum des Iles du Pacifique , fondé en 1971, qui jusqu'à son sommet à Port Moresby en octobre 2005 fonctionnait de manière informelle, mais s'est depuis structuré. Il mène une réflexion délicate sur une « architecture régionale », qui soit un compromis acceptable entre efficacité et autonomie pour les différentes organisations techniques créées au fil du temps pour répondre aux besoins de développement.

- une multitude d'organisations régionales spécialisées : Agence des Pêches du Forum (FAA), South Pacific Applied Geoscience Commission (SOPAC), Programme régional Océanien pour l'environnement (PROE), Fidji School of Medecine (FSCHM), Pacific Island Development Program (PIDP), South Pacific Bureau for Educational Assessment (SPBEA), South Pacific Tourism Organisation (SPTO), University of South Pacific (USP)...

La France tente d'y faire entendre sa voix, dans un contexte qui lui est désormais plus favorable.

1. Le « repositionnement » de la France dans le Pacifique

Issu de l'opposition aux essais nucléaires français et à la situation de la Nouvelle-Calédonie, le Forum du Pacifique Sud est un bon indicateur de la perception de la France dans la région depuis une dizaine d'années .

La fin de ces essais en 1996 et la signature par la France des protocoles de dénucléarisation de Rarotonga ont permis sa réintégration au Dialogue post-Forum, session qui suit la Conférence plénière.

Elle a été renforcée par les accords de Matignon puis de Nouméa en 1998 faisant évoluer le statut de la Nouvelle-Calédonie.

Les sommets France-Océanie de Papeete (2003) et de Paris (2006) surtout, initiés par le Président Jacques CHIRAC, ont consacré le retour de la France sur la scène politique du Pacifique.

Deuxième sommet France Océanie

Extrait de la Déclaration finale (Paris, 26 juin 2006)

« Les participants au Sommet ont discuté principalement de sujets d'intérêt commun concernant le renforcement des relations France-Pacifique et de la coopération régionale.

Ils ont marqué leur conviction que la région du Pacifique a pleinement vocation à être une région de paix, d'harmonie, de sécurité et de prospérité économique, fondée sur les valeurs de la démocratie, le respect et la promotion des Droits de l'Homme et la bonne gouvernance.

Ils ont décidé d'oeuvrer ensemble afin de soutenir les objectifs du Plan Pacifique que les dirigeants du Forum des Iles du Pacifique ont adopté lors de leur réunion à Port-Moresby au mois d'octobre 2005, ainsi que les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Ils ont souligné la nécessité d'accentuer la croissance économique, de promouvoir le développement durable et de garantir la bonne gouvernance et la sécurité dans la région. Ils ont pris acte des défis politiques, économiques et environnementaux majeurs auxquels sont confrontés les États insulaires du Pacifique, ainsi que leur vulnérabilité face aux chocs extérieurs, et ont souligné la nécessité, en particulier, de faire face aux principales menaces environnementales qui sont des défis majeurs pour l'avenir des petits États insulaires en développement. Ils ont également reconnu l'importance d'encourager une croissance économique durable diversifiée, afin de réduire la pauvreté et encourager la prospérité. »

La politique d'insertion des collectivités d'outre-mer, concrétisée par l'accession de celles-ci au Forum en 2006 au sommet de Nadi (Fidji), a rouvert la voie à un partenariat privilégié de la France, en tant qu'État, au sein de cette organisation régionale.

Parallèlement, il faut noter les relations bilatérales renforcées avec la Nouvelle-Zélande suite à la visite et à l'échange de lettres entre le Président SARKOZY et Mme Helen CLARK en 2007.

Au 38 ème Forum des îles du Pacifique organisé en octobre 2007 à Nuku'alofa (Tonga), M. Christian ESTROSI, Secrétaire d'État à l'Outre-mer a insisté sur le fait que le deuxième sommet Océanie-France, qui s'est tenu à Paris le 26 juin 2006, a marqué un tournant en montrant « la force des liens qui unissent la France et le Pacifique » .

Le discours prononcé par M. Christian ESTROSI, le 18 octobre 2007, a constitué un moment fort de la diplomatie française dans cette région car pour la première fois, en 2007, la France était l'invitée spéciale de ce Forum (« special guest ») et a bénéficié, à ce titre, d'une session de travail avec les dirigeants des autres États membres.

Il a été l'occasion pour la France de présenter ses nouvelles orientations à l'égard du Pacifique Sud.

* 19 La distinction remonte à Dumont d'Urville. L'appellation Pacifique est due à Magellan qui découvrit cet océan et le décrivit comme « paisible ».

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