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Colloque Asie centrale et Caucase (jeudi 25 mars 2010)

Asie centrale, épicentre de sécurité et de prospérité : quand ?

Aymeri de MONTESQUIOU,
Représentant du Président de la République pour l'Asie centrale, Sénateur, Président pour le Kazakhstan du groupe d'amitié France-Asie centrale

J'aurais tendance à dire maintenant, même si cette région suscite encore des craintes. Zone de confrontations bordée de grandes puissances telles que la Chine, la Russie, l'Iran ou encore la Turquie, l'Asie centrale abrite une grande hétérogénéité ethnique et se situe à la jonction des deux « plaques tectoniques » musulmane et chrétienne.

Malgré quelques convulsions au moment de l'indépendance, en particulier au Tadjikistan et plus récemment en Ouzbékistan, malgré la proximité de l'Afghanistan, je considère que la sécurité de la région est acquise. Le développement économique considérable qui s'affirme depuis l'indépendance de cette partie du monde est en effet un facteur apaisant. Ces pays, dont l'économie était entièrement rattachée à Moscou et qui ont dû faire face à une indépendance qu'ils n'avaient pas demandée, se sont brillamment adaptés aux bouleversements économiques et politiques.

Nous pouvons contribuer à la stabilisation de la région en aidant ces États, qui présentent un fort potentiel, à se développer. Ainsi, la prospérité n'est pas un objectif illusoire. Le Kazakhstan va devenir le premier producteur d'uranium au monde et le premier fournisseur d'Areva, avec le Niger. D'ici une douzaine d'années, ce pays, dont le sous-sol recèle tous les éléments du tableau de Mendeleïev, deviendra l'un des plus importants producteurs moyens de pétrole.

Riche en gaz, en uranium, en cuivre et en or, l'Ouzbékistan a une grande tradition industrielle. Fort d'une population qualifiée et éduquée, il est l'un des premiers producteurs de coton du monde. Le Turkménistan affiche un potentiel gazier considérable et deviendra l'un des cinq premiers producteurs mondiaux. Enfin, si le Tadjikistan et le Kirghizstan sont moins gâtés par la nature, ils constituent des châteaux d'eau pour toute la région et présentent un potentiel d'hydroélectricité considérable dans une zone qui est déficitaire en électricité.

La France a l'opportunité de réussir dans cette région car elle peut lui apporter son savoir-faire en matière d'énergie, d'eau, de transports, de médecine et d'environnement. Peu de PME sont sur le terrain alors qu'elles maitrisent un savoir-faire dont les pays d'Asie centrale sont demandeurs.

Il existe des analogies dans les rapports public-privé en France et dans ces pays où le pouvoir exécutif est fort. Il convient de profiter de cette situation et d'utiliser les liens tissés entre les dirigeants pour aboutir à la signature de contrats. Le président de la République m'a chargé de doubler dans les cinq ans à venir les échanges avec cette partie du monde. Je pense que cet objectif ambitieux est atteignable car les fleurons de l'industrie française sont en mesure de répondre aux besoins des États.

Pourquoi la France réussit-elle moins bien que l'Italie, que l'Allemagne ou que la Corée en Asie centrale et au Caucase ? Le Kazakhstan ne souhaite pas que la Chine et la Russie soient omniprésentes sur son territoire et entend se tourner vers l'Union européenne pour parvenir à un équilibre. Les États-Unis sont aussi présents depuis plusieurs années à cause du pétrole, suite à la publication du rapport de Brezinski en 1994 sur la Silk Road.

La France, qui est considérée comme le pays européen ayant la plus grande autonomie politique, a une carte à jouer dans cette partie du monde. Or, les Français réussissent moins bien que les autres car ils ne savent pas travailler « en meute ». Les autres États travaillent collectivement alors que nous avons plutôt tendance à être individualistes. Sur le champ géant de Kashagan, par exemple, dont l'ENI était opérateur, 60 % des PME étaient italiennes.

Je m'adresse à présent aux conseillers économiques pour leur signaler un manque d'informations et un manque de centralisation des données. Peut-être est-il nécessaire de créer un lettre d'information à laquelle pourraient s'abonner les entreprises et les pouvoirs publics? Enfin, les entreprises françaises doivent faire preuve de modestie et apprendre à ne pas considérer que les contrats sont gagnés d'avance.

Comment doubler le chiffre d'affaires de nos entreprises en Asie centrale ? Les technopoles semblent pouvoir apporter une réponse à un double besoin : celui de répondre à la volonté de transfert de technologies de ces pays d'une part ; celui de fédérer les entreprises françaises d'autre part.

J'ai pensé à trois technopoles :

- Une technopole financière, sachant qu'il existe un intérêt en France et au Kazakhstan, celui-ci ayant souffert de la crise économique et ayant été victime des conseils avisés des anglo-saxons.

- Une technopole agricole, l'agriculture étant l'une des priorités du président Nazarbayev. La France dispose d'un véritable savoir-faire qu'elle peut intégrer aux savoir-faire locaux.

- Une technopole énergétique avec Areva, Total, EDF, Veolia Environnement, GDF Suez etc. dans la mesure où le transfert de technologies est un besoin pour ces pays et où les entreprises françaises ont un véritable potentiel.

Entreprises, allez vers cette nouvelle frontière qui peut constituer pour vous un Eldorado ! Osez, car le bonheur est le prix de l'audace!