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Colloque Asie centrale et Caucase (jeudi 25 mars 2010)

Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan : le destin conduit celui qui consent et tire celui qui résiste

Jean-Jacques GUILLAUDEAU,
Chef du service économique à Astana

Il serait vain de prétendre décrire en quelques minutes ces pays qui sont extrêmement divers. Ainsi, je souhaite plutôt évoquer quatre thématiques qui leur semblent communes: le rapport au sous-sol ; le rôle de la Chine ; le projet d'union douanière et l'environnement général des affaires.

Les quatre pays sont sortis de la crise avec somme toute peu de dommages. Le Kazakhstan a enregistré une croissance positive de 1,2 % en 2009, l'Ouzbékistan, qui n'était pas inséré dans le système financier mondial, a affiché un taux de croissance de 8 %, le Kirghizstan et le Tadjikistan de 3 %. Cette région, qui n'a pas été épargnée par la crise, a ainsi bien résisté et bien réagi.

Toute activité menée dans cette zone est impactée par la richesse relative du sous-sol. La part prépondérante des hydrocarbures dans le PIB du Kazakhstan (30 %) implique la présence de poids lourds de l'industrie française : Total - qui est le seul français siégeant au Conseil des investisseurs étrangers du Kazakhstan - et Areva - dont la joint venture emploie près de 2500 personnes. Il est important d'avoir ces poids lourds de l'énergie sur place afin de créer des opportunités pour les PME.

Le plan de développement industriel du Kazakhstan sur les dix prochaines années témoigne d'un réel désir de diversifier l'économie en dépit du poids conséquent des hydrocarbures. Les entreprises qui oeuvrent dans l'un des huit secteurs jugés prioritaires - en particulier l'agriculture qui représente 32 % de la main d'oeuvre - auront des facilités pour se développer dans le pays. En Ouzbékistan, il s'agit de gérer l'appauvrissement tendanciel des ressources et de se diversifier, notamment dans le secteur de l'eau. Le Tadjikistan et le Kirghizstan manifestent une obsession pour l'hydroélectricité dans la mesure où l'eau constitue l'une des seules ressources de ces deux petits États. Par ailleurs, l'accès des populations à l'électricité et à l'eau n'est pas encore satisfaisant dans la zone. Ainsi, s'il existe dans ces pays un fort potentiel pour de petites stations hydroélectriques, un modèle économique et financier rentable reste à imaginer.

Le rôle de Chine dans la région ne peut plus être ignoré et appelle le constat suivant : les Chinois, pragmatiques, souhaitent avoir accès aux ressources naturelles et exporter une partie de leurs produits en Asie centrale. Au cours des dix dernières années, les échanges commerciaux globaux entre la Chine et les pays de la région ont augmenté de 30 % par an. La Chine est le deuxième client et le deuxième fournisseur de la région. Au Kazakhstan, elle exploite environ 30 % du pétrole grâce, notamment, au pipeline qui a été construit en deux ans. La Chine a prêté 15 milliards de dollars à ce pays sur la même période, notamment sur les grands projets d'infrastructure. Enfin, les trois sociétés d'hydrocarbures chinoises ont une prise de participation importante dans les sociétés locales.

L'Ouzbékistan échange 2 milliards de dollars par an avec la Chine. L'Eximbank chinoise a proposé un crédit de 10 milliards de dollars à l'Ouzbékistan pour mener à bien différents projets impliquant des entreprises chinoises. Si le Tadjikistan et le Kirghizstan ne suscitent l'intérêt des Chinois que dans une moindre mesure, l'Empire du milieu a proposé à ces pays de construire des centrales hydroélectriques en échange de licences d'exploitation des mines d'or, d'argent et de tungstène.

De manière symptomatique, la demande d'apprentissage de la langue chinoise dans la région connaît une augmentation spectaculaire. S'il ne faut pas fantasmer sur une prise de contrôle chinoise de la région, il convient de tirer deux enseignements de ces éléments : les Chinois sont des concurrents acharnés pour l'exploitation des ressources naturelles ; à l'avenir, ils seront de plus en plus présents sur les grands marchés d'infrastructure.

L'Union douanière entre la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan a été inaugurée en janvier 2010. Le Kirghizstan est déjà candidat et d'autres pays pourraient souhaiter rejoindre ce groupement. L'union douanière favorisera l'investissement international au Kazakhstan, qui offre des conditions meilleures que la Russie. Un certain nombre d'industriels feront ainsi le pari de s'implanter au Kazakhstan pour servir le marché local mais également le marché russe. Je pense que ce choix sera opportun. Nous pouvons aussi imaginer que le Kazakhstan veuille contrebalancer la puissance de la Chine par le rapprochement avec un autre voisin puissant.

Ce projet nous paraît positif pour au moins deux raisons. Il constitue tout d'abord une opportunité de développement de l'investissement au Kazakhstan. Par ailleurs, l'union douanière se formant sur le modèle de l'Union européenne, les pays qui la composeront seront demandeurs du savoir-faire européen en la matière. Cela ne peut, à terme, que favoriser la présence industrielle de l'Europe dans la zone.

L'Union douanière soulève néanmoins des inquiétudes. 400 lignes de produits font par exemple l'objet de discussions entre le Kazakhstan et la Russie. Celles-ci pourraient aboutir à une augmentation de 20 % des droits de douane sur les aéronefs. Selon notre lecture de la situation, le Kazakhstan est, dans cette union, le pays qui ne souhaite pas cette évolution.

S'agissant de l'environnement des affaires, je dirai que nous avons affaire à des pays dans lesquels les signatures de contrats passent par le niveau politique. Si nous pouvons y voir une opportunité, je conseille aux entreprises de ne pas se reposer sur les ententes politiques et de ne pas s'exonérer d'un travail de fond avec les équipes présentes sur le terrain.