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Colloque Asie centrale et Caucase (jeudi 25 mars 2010)

De Bakou à Batoumi, Azerbaïdjan et Géorgie, trait d'union des deux mers

Daniel PATAT,
Chef du service économique à Bakou

« De Bakou à Batoumi », cela suggère une zone de transit, un trait d'union. J'ai la chance, après avoir servi en Asie centrale, de travailler aujourd'hui au Caucase Sud et d'avoir emmené avec moi un de ces pays qui émergent et dont on ne sait pas encore très bien comment décrypter le langage: le Turkménistan.

Le déplacement du ministre Giorgi Karbelashvili montre combien la dynamique du Caucase gagne à être connue. Cette zone n'est pas facile à cause de sa grande histoire, de sa grande diversité et de son aspiration à redevenir ce qu'elle a toujours été, un trait d'union entre l'Asie et l'Europe occidentale.

La Géorgie, pauvre en matières premières, affiche une réelle volonté de progresser. L'Azerbaïdjan qui est mieux pourvu à cet égard, a aussi conscience qu'il lui faudra trouver autre chose pour continuer d'exister après l'ère du pétrole. Enfin, l'Arménie sait qu'elle doit développer ses capacités et qu'elle devra tôt ou tard participer à une solution.

Nous devons faire en sorte que cette région se réconcilie avec elle-même afin de travailler à son avenir en termes d'aménagement du territoire, de valorisation des richesses et de capacité de trait d'union. Que seraient, en effet, les richesses de l'Asie centrale si elles ne pouvaient transiter par le Caucase ?

Échanges avec la salle

Thierry POUPEAU, Directeur K2B Petroleum

Je dirige un cabinet de conseil de petite taille qui est implanté au Kazakhstan et en Asie centrale depuis quelques années. Je souscris à ce qui a été dit au sujet de la qualité de l'offre française, de l'envie de ces pays de diversifier leurs partenariats et de la nécessité de travailler en meute.

Toutefois, nous pouvons nous interroger sur les raisons qui nous empêchent d'adopter cette approche. Alors que nos concurrents européens travaillent en amont sur les études et le conseil, alors qu'ils analysent le marché et tissent des liens, l'une des caractéristiques du marché français et de ne pas agir en meute au niveau de la prestation intellectuelle. Ainsi, il est essentiel d'inventer les projets avant de les déployer.

Yves MALPEL, représentant de l'agence française de développement pour l'Asie centrale

L'idée de concevoir des projets et de les dérouler de manière intelligente me paraît pertinente. L'agence française de développement essaiera de jouer son rôle en identifiant les demandes prioritaires des autorités locales et en procédant, de concert avec les bureaux d'études, à une analyse fine des projets. Les prestataires et les consultants français sauront alors mieux dialoguer.

Kasia REY, Présidente de l'Agence Trad'est

Depuis deux ans, nous avons de plus en plus de clients qui travaillent en Asie centrale. Toutefois, certains ne savent pas s'ils doivent demander une traduction vers les langues locales ou vers le russe. Si je conseillais sans hésitation de traduire vers le russe il y quelques années, je ne sais plus si cette recommandation est toujours pertinente aujourd'hui.

Pascale PEREZ

Nous nous posons fréquemment cette question. En général, nous traduisons en langue locale et en russe.

Gilles REMY

L'avantage de la langue russe est d'offrir la possibilité de contrôler la qualité d'une traduction. Cependant, il revient au client de décider dans quelle langue il souhaite travailler.

De la salle

J'assiste à tous les colloques organisés par le Sénat et Ubifrance depuis quelques temps et j'entends, inlassablement, les mêmes questionnements, notamment sur les moyens de susciter un esprit de corps pour servir au mieux les intérêts de la France.

Je ne suis pas spécialiste de la zone ou d'un secteur industriel en particulier. Toutefois, je pense que la France a des handicaps culturels qu'elle ne maîtrise pas. Lors du colloque consacré au Golfe, j'ai par exemple entendu le représentant du développement international de GDF Suez dire que son entreprise était la meilleure sur son secteur. Or, j'ai lu dans la presse qu'un cluster d'entreprises françaises, dont GDF Suez faisait partie, avait perdu un projet.

Je crois que nous manquons de professionnels qui puissent assurer un lien entre tous les mondes qui se posent les mêmes questions. J'ai récemment supervisé le transfert de compétences d'un groupe aéronautique dans le cadre d'un contrat qui avait été passé au niveau étatique. J'ai pu voir à cette occasion la différence entre un contrat passé au niveau étatique et un contrat implémenté par ces grands groupes. La France a-t-elle la volonté de se doter des spécialistes qui pourraient opérer une communication transverse pour aider à la réalisation de projets importants ?

Aymeri de MONTESQUIOU

Je pense que nous devons savoir rester modestes et avoir de la considération pour des interlocuteurs de haut niveau qui ont été formés dans les grandes universités du monde. Nous sommes victimes de notre histoire, pensant que nous sommes les meilleurs et faisant parfois preuve d'arrogance. S'il est vrai que notre littérature et notre histoire nous permettent de jouir d'une image positive dans cette région, la constance et l'opiniâtreté restent des qualités essentielles pour les entreprises françaises.

Il est en outre nécessaire d'analyser les territoires, sachant que nous sommes dans une guerre économique dans laquelle sont entrés de nouveaux concurrents tels que le Brésil, l'Inde ou encore la Chine. Enfin, le manque d'information demeure un problème de taille. L'élaboration d'un bulletin spécialisé est indispensable même si ce projet est onéreux pour les entreprises.

Ainsi, nous devons conduire la politique économique comme une véritable guerre, changer de mentalité et ne pas nous reposer sur notre passé.

Michel LEBEDEFF, Président de l'AREP

Un oléoduc ou gazoduc passera-t-il un jour sous la mer Caspienne ?

Daniel PATAT

Si le besoin s'en fait réellement sentir, les pays qui bordent la Caspienne devront s'entendre sur le statut de cette mer, de ce lac. La question posée porte sur le renforcement des liens énergétiques de l'Europe et de l'Asie centrale, sachant que la donne évolue assez rapidement et qu'une partie non négligeable des ressources en hydrocarbures de la partie méridionale de l'Asie centrale est désormais fortement orientée vers la Chine. La réponse est dans notre volonté européenne de réaliser un projet pour que l'Asie centrale devienne un fournisseur attitré et pérenne, avec un transit par la Turquie et pourquoi pas par l'Iran.

Jorge GOMEZ DERVAUX, Représentant pour les activités du contrôle de trafic aérien et aéroportuaires, Thales

Nous parlons d'une belle région dans laquelle la présence des grandes entreprises françaises est importante. Toutefois, peu de ces sociétés sont présentes dans tous les pays car les déplacements et l'accès à l'information y sont compliqués. Pourquoi ne pas créer des groupes de travail sectoriels dans le cadre desquels les entreprises pourraient monter des projets en collaboration avec les acteurs étatiques ?

Les tables rondes sont animées par Régis GENTÉ, journaliste, correspondant pour le Caucase-Asie centrale (RFI, le Figaro, Bip)