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Colloque "Caucase, Asie centrale : la dynamique Caspienne" (10 avril 2008)



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Interventions de :

Mikhaïl DJABBAROV,
Vice-ministre du développement d'Azerbaïdjan

Monsieur le Président, Madame le Vice-premier Ministre, Mesdames et Messieurs, chers amis, je vous remercie pour votre chaleureux accueil, pour vos remarques agréables sur nos pays et le renforcement de nos relations avec la France. Mon intervention portera sur les perspectives de développement de l'Azerbaïdjan, puis sur la coopération régionale dans la zone Caspienne, le Caucase et l'Asie centrale. J'aborderai ensuite les aspects bilatéraux de cette coopération, en matière commerciale notamment.

L'Azerbaïdjan a repris son indépendance depuis 17 ans. Après une période de transition, notre modèle de développement est devenu exceptionnel et a fait de notre Etat un pays à revenu moyen. Ce succès est le fruit d'une politique d'investissement datant de 1994, année où le pays s'est montré précurseur en se lançant le premier dans l'exploration des réserves d'énergie de la mer Caspienne. Il s'explique également par le fait que nous avons invité les entreprises multinationales et les investisseurs à travailler sur notre territoire, alors en proie à d'importantes difficultés économiques, et à des agressions extérieures. Des réformes macro-économiques et une stabilisation fiscale nous ont permis de redresser la barre dès 1996. Notre taux de croissance est d'environ 11% depuis cette date. En 2006, il a été de 35% et le PIB a crû de 26%. L'impact en est considérable sur notre budget et nous conduit à consentir à des investissements élevés pour diversifier notre économie et créer des infrastructures publiques à destination des petites et moyennes entreprises.

La lutte contre la pauvreté a été efficace. Très importante en 2003, son taux n'est plus que de 16 % en 2007. Notre politique sociale s'adresse à toutes les couches de la société et devient d'autant plus nécessaire que notre croissance forte entraîne des déséquilibres macro-économiques et une hausse de l'inflation, celle-ci étant liée notamment au fait que les importations et les exportations sont exprimées en euros. Malgré ces soucis, le revenu de la population augmente fortement chaque année.

Nous faisons des hydrocarbures un outil essentiel pour construire l'économie et mener les réformes nécessaires, dans le domaine de la santé notamment. Le gouvernement continue à faire preuve d'un engagement très fort en faveur du développement du pays. Il y a deux ans, il a créé une entreprise d'investissement détenue majoritairement par l'Etat, mais dans laquelle il est possible, pour des entreprises, d'acquérir une participation minoritaire. Cette démarche relève d'un greenfield ou d'un brownfield, mis en oeuvre dans le secteur du pétrole. Elle démontre que le pays est ouvert aux investissements étrangers. Nous souhaitons partager les risques comme les profits. L'Etat ne restera pas aux commandes de cette société d'investissement, mais continuera à soutenir son développement. Ses bons résultats nous encouragent dans notre politique. Elle a été reconnue comme étant un acteur économique majeur par un grand nombre d'institutions, dont la BERD.

Cet exemple montre que nous pouvons travailler ensemble de manière efficace. Nous continuons à renforcer le cadre juridique des activités économiques et commerciales en Azerbaïdjan. Deux lois seront appliquées bientôt, l'une concernant les zones franches, l'autre le régime spécifique des hydrocarbures. Nous tentons aussi de renforcer la coopération régionale, avec la Russie notamment. Notre ambition est de développer les ressources énergétiques de la mer Caspienne et de capitaliser les infrastructures existantes pour développer les investissements et la présence commerciale d'acteurs majeurs. Le gouvernement a agi fortement en direction des petites et moyennes entreprises, notamment en apportant des aides à la création à travers un fonds qui offre des crédits à des taux très avantageux. Les entreprises manquent, en effet, souvent de capital au départ. Notre politique consiste à assurer un développement à long terme et à promouvoir une économie plus souple, basée sur un tissu très résistant et dynamique de PME.

De nombreuses réformes ont été menées pour encourager l'activité économique et commerciale. Elles se poursuivent. Notre procédure d'adhésion à l'OMC est en cours. Notre pays bénéficie, par ailleurs, des Fonds mis en place pour la région Caucase et dont peuvent profiter les entreprises, y compris européennes.

Dans le domaine de la coopération régionale, le secteur de l'énergie a vu la création de deux gazoducs, en partenariat avec la Georgie et la Turquie ; des installations ne passant plus par la Russie et permettant l'acheminement des réserves de la Mer Caspienne vers les différents marchés existants. La sécurité des approvisionnements en hydrocarbures représente un enjeu majeur pour l'Union européenne, comme l'illustre la visite au Turkménistan de la troïka de l'UE qui appelle, dans une démarche visionnaire, à plus de coopération pour améliorer la sécurité recherchée. Nos collègues du Kazakhstan ont eux aussi entrepris des efforts pour promouvoir l'utilisation des infrastructures de transport de ressources énergétiques. De nombreuses réalisations auraient été impossibles sans le haut niveau de coopération existant entre l'Azerbaïdjan et la Georgie, deux pays attirant de nombreux investissements. Toutefois, il nous reste encore beaucoup de travail à accomplir pour obtenir une politique énergétique cohérente, un besoin pourtant exprimé par tous.

Un projet a des conséquences à long terme sur la coopération régionale et sur la coopération de notre région avec l'Europe. Il s'agit de la liaison ferroviaire entre la Turquie et la Géorgie dont la construction est déjà engagée et qui permettra le transport de l'énergie et la circulation des marchandises et des personnes entre ces deux pays.

L'Azerbaïdjan entretient des liens économiques avec la France, en important de ce pays beaucoup de produits, et pas uniquement de luxe, et en exportant vers lui surtout des produits en énergie. Nous souhaitons poursuivre nos efforts, avec nos homologues français, pour offrir un meilleur accès aux marchandises d'Azerbaïdjan ici. Nos échanges sont réguliers avec des entreprises françaises comme Vinci ou Thalès, lesquelles participent à de nombreux projets d'infrastructure sur notre territoire. Des banques françaises telles que la BNP et la Société Générale sont présentes également dans notre pays, objet d'une attention grandissante de la part de nos visiteurs français. Nous espérons que ces derniers seront de plus en plus sensibles aux possibilités économiques qu'offre l'Azerbaïdjan, un pays jeune, avec une population et une croissance importantes, où le développement de la consommation et des services promet des opportunités commerciales importantes à tout investisseur.

Tamara KOVZIRIDZE,
Vice-ministre du développement de Géorgie

Président, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs, mon propos sera le suivant : la Georgie constitue votre partenaire pour l'avenir. Ce pays est très ouvert, dynamique et attractif, ayant l'habitude de nouer des partenariats économiques pouvant prendre de multiples formes et se caractérisant par des réformes économiques, menées depuis quatre ans, favorisant une croissance importante et un environnement macro-économique stable. Le rôle de l'État a été réduit dans l'économie pour favoriser le secteur privé et le marché concurrentiel.

Nous nous reposons sur un budget efficace et un système foncier simple et accessible. L'immobilier résidentiel croît d'ailleurs fortement en ce moment. Nos politiques de transports et de commercialisation innovantes contribuent aussi à notre dynamisme, marqué par un soutien en faveur de l'emploi et de l'agriculture et une accumulation des ressources pour assurer le développement durable du pays.

La Georgie s'est réellement transformée. Son économie est devenue très concurrentielle, attractive pour le commerce et, d'après une étude de la Banque mondiale, basée sur un système d'imposition très performant, fruit de trois réformes fiscales. Le marché de l'emploi établi en 2006 a été désigné comme étant le plus libéral au monde.

Dans un autre registre, le nombre de licences nécessaires au commerce a baissé de 84% et le nombre de nouvelles entreprises enregistrées en Georgie a été multiplié par quatre entre 2005 et 2008. Notre pays se distingue aussi par son potentiel de transit et de transport. La construction de pipelines a été déterminante pour son développement. Pourtant, nous n'utilisons à ce jour que 12% de notre potentiel hydro-énergétique. Le gouvernement cherche à exploiter nos ressources naturelles par des programmes de construction d'infrastructures. Ainsi, le secteur de l'énergie est presque entièrement privatisé aujourd'hui. Cette libéralisation s'accompagne d'une lutte féroce contre la corruption. Selon une étude de la Banque mondiale et de la BERD, la Georgie a été le pays le plus efficace dans ce combat parmi les 25 pays d'Europe centrale et orientale ; un combat nous ayant amené à réformer notre système de police, obstacle par le passé aux échanges commerciaux en raison de la corruption qui le gangrenait. La fiscalité sur les importations est nulle en Georgie et le code du travail extrêmement libéral. En matière de tourisme, plus de 1 million de personnes visitent le pays chaque année, un nombre en hausse.

Le taux de croissance de notre PIB (12,4 % en 2007) est source d'inflation. Ainsi, les prix ont augmenté de 9,2 % en 2007 et 2006, un taux que nous souhaitons maintenir en deçà de 10 %. La Georgie n'est pourtant riche, ni de pétrole, ni de gaz. Ses succès proviennent des réformes libérales engagées. Notre avantage concurrentiel réside dans un environnement commercial particulièrement accueillant. L'impôt sur le revenu des entreprises s'élève en effet à 15 %. Dans le classement des pays offrant les meilleures conditions commerciales, la Georgie est classée 18ième.

Le taux de l'impôt sur le revenu s'établit à 25 %. Il représentera 15 % d'ici cinq ans. Nous avons aboli les autres impôts existants et mis en place un pack fiscal récemment adopté par le Parlement. Parmi les pays qui offrent le plus de liberté économique, nous sommes classés au 32e rang mondial. Les grandes banques de Georgie appartiennent à des capitaux privés. Deux d'entre elles sont très puissantes, leurs actifs représentant 80 % des actifs globaux.

Le revenu moyen en Géorgie s'élève à 200 $. Il équivaut à celui de la Russie et du Kazakhstan en 2004. Le gouvernement a fait preuve de beaucoup de prudence dans la mise en oeuvre de ses politiques fiscales et monétaires. Ainsi, il a favorisé l'économie libérale et diminué les impôts tout en générant des ressources budgétaires nécessaires pour financer les infrastructures, l'éducation et la défense. Ces dernières ont augmenté de 460% depuis 2003, une progression remarquable. Le PIB par habitant, lui, représente, en 2007, plus de 2 300 $. Il est d'un niveau comparable à celui de la Russie en 2001 et à celui du Kazakhstan en 2003.

Concernant nos échanges commerciaux, le système GSP+ permet à la Géorgie d'introduire dans l'Union européenne et la Turquie 7 200 produits sans payer de taxes douanières.

La Géorgie offre donc de nombreuses opportunités : vous pouvez y voyager, commercer avec elle, transiter par son territoire et investir sur son territoire. Visiter la Géorgie est assez facile, surtout pour les ressortissants de l'Union européenne et de la Turquie puisque aucun visa ne leur est demandé. Nous disposons depuis deux ans de deux grands aéroports, desservis par des vols réguliers assurés par 17 compagnies internationales, dont Lufthansa. Les investissements dans le secteur touristique sont considérables. Plusieurs chaînes hôtelières s'implantent en ce moment en Géorgie où le tourisme connaît une croissance de 80 % depuis deux ans.

Pour le commerce, les taxes à l'importation sont nulles pour 80% des biens, le taux d'imposition étant fixé à 1,5 % dans ce domaine, soit un des taux les plus bas du monde. Seuls Hongkong et Singapour font mieux que nous en la matière. Le ratio export/PIB, basé sur les statistiques des balances de paiement, s'élève à 30 % et notre taux de croissance commerciale à 40 %. Depuis 2008, de nouvelles lois régissent nos échanges internationaux, en accord avec les normes internationales. Elles se sont traduites par la signature d'accords de libre commerce avec tous les pays du CIS, et avec la Turquie en complément du système GSP +.

La Georgie est située sur un axe de transit, lui permettant de desservir une zone de population de près de 827 millions de personnes ; un ensemble de territoires ouverts au commerce et où nous souhaitons mettre en place toutes les infrastructures dont ont besoin les gens. Notre système de transport est très développé, avec des ports gérés par des opérateurs privés et où nous sommes en train de créer des zones franches. L'un de nos projets porte sur l'aménagement d'un territoire de 400 hectares, situé près du port de Poti. Il devrait attirer 1,5 Mds $ d'investissement dans les cinq prochaines années. Nous avons de nombreuses liaisons maritimes avec la mer Noire et l'Union européenne.

Preuve du développement de notre économie, le secteur financier et bancaire est celui qui a connu le plus fort dynamisme depuis deux ans, avec une augmentation de 30 à 35 %. Enfin, dans le domaine de l'agroalimentaire, le programme « 100 nouvelles entreprises en agriculture » permet au gouvernement de proposer aux entreprises de ce secteur des terres à des prix nettement inférieurs à ceux du marché.

Nadine MIROCHNIKOFF

Je travaille au Ministère de l'Agriculture et de la pêche. M. Mikhaïl DJABBAROV n'a pas parlé de l'agriculture et du monde rural. Or plus de 30 % de la population d'Azerbaïdjan vit du secteur primaire. Je voudrais donc savoir quelle est la politique de son pays en la matière.

Mikhaïl DJABBAROV

Des programmes d'urbanisation ont été mis en chantier au cours des dernières années. Notre population demeure pourtant majoritairement rurale, à hauteur de 50 %. L'agriculture représente un secteur très pourvoyeur en emplois dans notre économie. Parmi les 650 000 emplois créés en quatre ans et demi, 470 000 représentent des postes permanents, dont la majorité concerne le domaine agricole. Alors que nous l'avons sous-estimée pendant ces dernières années, nous nous intéressons à nouveau à l'agriculture en raison notamment de l'augmentation du prix des denrées alimentaires.

L'État met en place des entreprises chargées de louer des terres agricoles pour soutenir cette activité économique. Il agit aussi comme recours pour des agriculteurs incapables d'acheter des machines agricole, que nous mettons à leur disposition sous forme de location. Nous leur accordons aussi des subventions. Le traitement des produits agricoles représente l'une de nos activités les plus importantes, en hausse de 30 % depuis trois ans.

Le développement des secteurs industriel et énergétique ne nous a donc pas détournés de notre volonté de diversifier nos activités. Dans le cadre de nos relations avec l'Union européenne, nous avons d'ailleurs un défi à relever, consistant en l'instauration de notre système de normalisation et de certification.

Henri MARRACHE

Je souhaiterais en savoir plus sur les programmes relatifs au développement de la construction, qui n'ont pas été présentés, et connaître les normes que vous pratiquez en matière de développement durable.

Tamara KOVZIRIDZE

Le secteur de l'immobilier, aujourd'hui privatisé, se développe rapidement en Georgie, notamment parce que nous en avons simplifié les règles commerciales en abolissant les permis de construction en 2005. Ces permis n'existent plus que pour les constructions spécifiques. Le taux de croissance du secteur avoisine 10 % par an. Les Emirats arabes unis s'y distinguent pour leurs investissements directs, l'Allemagne, le Kazakhstan et différents acteurs locaux pour leur réalisation de chaînes hôtelières.

Mikhaïl DJABBAROV

Le secteur de la construction connaît un moment clef en Azerbaïdjan où la population est jeune, en pleine croissance et amenée à consommer de plus en plus. D'importantes dépenses (3 Mds $ en 2008) sont prévues par le gouvernement pour construire des centrales énergétiques, des routes et des canalisations.

Ce secteur est complètement privatisé, ce qui n'empêche nullement l'Etat de se montrer actif et de passer des commandes. Il connaît un tel développement que nous sommes confrontés à une pénurie de matériaux de construction.

Dans le secteur de la sidérurgie, nous effectuons des investissements dans les mines des pays voisins, dans le domaine de la production d'aluminium notamment. Le niveau de production de ce minerai est bas pour l'instant : environ 60 000 tonnes par an. Mais il augmentera rapidement, grâce en particulier à la construction d'une nouvelle usine de production, prévue pour être opérationnelle dans un an et demi.

De la salle

J'exerce comme consultant pour les pays CIS. Vous n'avez pas parlé des investissements français dans vos pays respectifs. Pouvez-vous nous en dire deux mots ?

Tamara KOVZIRIDZE

La plupart des investissements français effectués en Géorgie sont l'oeuvre de la Société Générale, devenue propriétaire de l'une de nos banques, mais aussi d'entreprises comme Castel et Pernod-Ricard. Toutefois, les investissements français ne sont pas très élevés dans notre pays. Ils ont représenté, l'an dernier, seulement 40 M$. J'espère que ce séminaire contribuera à remédier à cette situation. Des opportunités pour faire des affaires existent en Georgie où les règles sont simples et très libérales.

Mikhaïl DJABBAROV

Le principal investisseur français présent en Azerbaïdjan est Total. Toutefois, d'autres entreprises comme Castel, BNP et le Crédit Agricole - plus en accordant des prêts qu'en procédant à des investissements - agissent dans mon pays.

Nous sommes impliqués dans de nombreux partenariats avec des entreprises françaises, pour la commercialisation des produits technologiques et des marques. Des accords de franchise et des projets d'investissement sont à l'étude. L'heure est venue, pour les entreprises françaises, notamment de luxe, d'investir directement sur notre territoire.

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