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Colloque "Caucase, Asie centrale : la dynamique Caspienne" (10 avril 2008)



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Table ronde : ASIE CENTRALE -
Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan

Présidée par :

Aymeri de MONTESQUIOU, Sénateur, Président délégué pour le Kazakhstan du groupe interparlementaire d'amitié France-Asie centrale

et par :

Daniel PATAT, Chef de la Mission économique à Almaty

Christine MURRIS

Nous nous intéressons maintenant à l'Asie centrale. Je propose aux intervenants de cette deuxième table ronde de se présenter à leur tour.

Philippe ROCHOUX

Je suis le directeur général de Total au Kazakhstan où l'entreprise possède une participation dans le gisement de Kashagan, l'un des dix gisements les plus importants au monde et le gisement le plus important découvert au cours des trente dernières années. Il est tenu par les Italiens d'ENI, ce qui devrait changer très prochainement. Il s'agit du plus grand projet de l'histoire industrielle du pétrole et les forces d'une seule société industrielle ne suffisent pas à le gérer. Total devrait bientôt en prendre la possession aux côtés d'Exxon et de Shell.

Jean-Michel MEUNIER

Je suis le représentant de la Société Générale au Kazakhstan où un bureau de représentation sert de relais pour les lignes métiers de la banque de financement et d'investissement. Nous mettons en place dans ce pays des opérations de crédit avec les banques et les grandes entreprises kazakhes spécialisées dans l'exploitation des matières premières. Nous apportons notre concours aux investissements des grandes entreprises locales avec des produits de crédits à l'exportation. Nous y développons depuis deux ans une activité de crédit à la consommation. Dans ce secteur, notre société Prosto Credit emploie 700 personnes dans 27 villes. Nous comptons 100 000 clients au Kazakhstan.

Gauthier MANGENOT

Je travaille comme attaché économique à Tachkent.

Jean-Louis GAILLARD

Je représente l'Association des consultants pétroliers. Au début des années 1990, j'ai été chargé d'ouvrir une filiale en Turquie et de l'animer. J'ai eu également à développer en Asie et au Caucase des transferts de technologie depuis la Turquie, puis à animer un centre de formation sur les bords de la mer Caspienne à Turkmenbashi. Je m'occupe depuis quatre ans d'audits de pipelines dans le cadre de projets européens INOGATE-TACIS.

Aymeri de MONTESQUIOU

Je suis le maire d'une commune rurale et un sénateur ayant réussi à transmettre mon intérêt pour l'Asie centrale aux hommes politiques français et en particulier au Premier ministre que j'ai convaincu de visiter cette région, un voyage intervenu en février dernier et sans lequel il n'est pas possible de faire des affaires dans cette zone du monde. Pour y réussir, il faut s'imprégner de la culture nomade locale. Des pays comme le Kazakhstan réussissent à faire vivre en paix des dizaines de religions et de nationalités.

Daniel PATAT

Je suis conseiller économique basé au Kazakhstan où j'essaie de couvrir les diverses républiques centre-asiatiques pour y promouvoir nos échanges et nos investissements.

James HOGAN

Je suis avocat associé au Cabinet Salans, fondé à Paris il y a trente ans et comptant à ce jour 760 juristes répartis dans vingt bureaux à travers le monde, dont certains sont situés à Moscou, Saint-Pétersbourg, Almaty et Bakou. Je suis l'associé gérant de ce dernier bureau que j'occupe depuis quatorze ans.

Michel MARION

J'occupe les fonctions de directeur export adjoint du groupe Legrand, une grosse PME de Limoges. J'étais auparavant responsable pour la CEI. Mon entreprise prospecte en Asie centrale depuis plus de dix ans et a une filiale au Kazakhstan, composée de vingt-cinq personnes. Elle a ouvert récemment un bureau en Ouzbékistan et compte en ouvrir un autre cette année au Turkménistan. Nous réalisons entre 10 et 12 M€ de chiffre d'affaires dans cette zone où nous voulons améliorer nos résultats, même si un ralentissement économique est à craindre dans le secteur du bâtiment cette année au Kazakhstan.

Vladimir POPOV

Je suis chef du département des relations internationales de la Banque euroasiatique de développement, laquelle comporte deux membres : la Russie et le Kazakhstan. Nos projets portent sur les territoires de l'Asie centrale, principalement au Kazakhstan et en Russie. Leur montant s'élève à 1,9 Mds $ cette année. Ils concernent des secteurs privilégiés comme les infrastructures de transport d'énergie et le secteur financier.

Christine MURRIS

Monsieur PRZYBYSZ nous a parlé de la tentation de certaines autorités de se ressaisir de certains de leurs actifs dans le secteur pétrolier. Pouvez-vous revenir sur ce sujet et nous indiquer quelles conséquences aurait un tel scénario sur votre activité ?

Philippe ROCHOUX

Le gisement de Kashagan représentera la moitié de la production pétrolière du Kazakhstan. Cet actif sera stratégique pour le pays. Aussi il est légitime que l'Etat souhaite avoir voix au chapitre concernant son avenir.

Nous collaborons avec les autorités locales partout où nous intervenons. Le problème que nous rencontrons au Kazakhstan tient à un manque de professionnels dans l'industrie pétrolière. Nous devrons consentir à un énorme effort de formation envers les cadres de ce pays pour les placer dans toutes les parties de notre organisation : nous avons en effet obligation de travailler avec des entreprises kazakhes. Nous devons aussi inciter nos fournisseurs de biens et services à établir des partenariats avec ces entreprises pour les aider à acquérir la technologie et à atteindre des niveaux de perfection compatibles avec les standards que nous requerrons pour l'ensemble de nos opérations.

Christine MURRIS

Quel est votre avis sur le sujet, Jean-Louis GAILLARD ?

Jean-Louis GAILLARD

Je vois trois leviers possibles. Le premier consiste à appuyer le besoin en formation des pétroliers. L'Association est susceptible de répondre à ce besoin. Elle a animé le Centre de formation de Kashagan pendant deux ans.

Le deuxième levier revient à utiliser les fonds internationaux de la Communauté européenne tels qu'INOGATE, pour rénover des pipelines oil and gaz partant d'Asie centrale vers l'Europe. Ce programme a abouti à la réalisation de nombreux audits très structurés et disponibles sur Internet. Tout individu peut disposer d'un état des lieux de tous les pays de la région. Le total des fonds investis depuis 1995 par la Communauté européenne pour des projets individuels allant de 1 M€ à 7 M€ dépasse 100 M€ ; ceux-ci ayant pour objectif d'identifier et de favoriser d'importants projets de financement, d'investissement et de réhabilitation.

Dans les prochains mois, des projets dont les coûts sont compris entre 30 M€ et 100 M€ émergeront à la suite de ce programme. Ils offriront des opportunités de marchés pour les sociétés françaises de maintenance, susceptibles de fournir des SCADA, de l'instrumentation, etc. Il s'agira de projets sans risque, car directement financés par l'Union européenne ou des fonds internationaux comme la BERD.

Il est enfin possible de se servir de la formation comme d'un point de relais.

Christine MURRIS

De quelles opportunités, d'autres entreprises du secteur para-pétrolier pourraient-elles bénéficier ?

Philippe ROCHOUX

Le gisement de Kashagan impose des coûts de développement très élevés. Les investissements y deviennent donc considérables ; d'où notre besoin immense en fournisseurs de biens et services.

La présence de l'opérateur italien décourageait les fournisseurs français. La situation devrait évoluer avec son retrait. Nous dépenserons en effet près de 100 Mds $ pour le développement, pendant vingt ans, de travaux dans cette zone. Il est possible, par ailleurs, que nous mettions en place des activités de portage pour les PME intéressées.

Daniel SAYAG

Quand le retrait d'ENI interviendra-t-il ? Quelles sont les exigences du gouvernement pour limiter l'impact du développement du gisement sur l'environnement ? Entame-t-il lui-même des actions de réhabilitation sur les côtes de la mer Caspienne ?

Philippe ROCHOUX

Les obligations en matière de sécurité environnementale sont draconiennes. La zone de Kashagan est écologiquement sensible. Nous avons obligation de n'émettre aucun rejet depuis 1992.

Le changement de leadership interviendra cet été. Agip-KCO restera responsable du développement de la première phase. Les autres sociétés prendront en charge les phases ultérieures.

De la salle

Les fournisseurs doivent-ils s'installer sur place ou l'importation du matériel est-elle possible?

Philippe ROCHOUX

S'il est impossible de tout produire au Kazakhstan, nous avons néanmoins d'obligation de faire appel des entreprises locales. Nous souhaitons donc que nos partenaires industriels réalisent une partie du travail sur place.

Thomas COMTE

J'ai en charge le développement de Vallourec en Europe et en CEI. Mon entreprise s'intéresse au site de Kashagan. Mais il est difficile pour un équipementier de percer le fonctionnement d'unconsortium comme KCO et de savoir à qui proposer des solutions techniques. Auriez-vous des conseils à nous donner pour être plus efficaces ?

Philippe ROCHOUX

Je vous conseille d'attendre quelques semaines avant d'agir, puisque l'opérateur va changer. Cette évolution apportera de la transparence. Les modifications en matière de gouvernance ont été décidées au mois de janvier. Elles sont actuellement en oeuvre, ce qui explique le flottement actuel, heureusement juste passager.

Thomas COMTE

Pensez-vous pertinent pour une société comme la mienne d'être sur place ?

Philippe ROCHOUX

Votre présence sur place est préférable, d'autant plus que nous avons vingt ou trente années de travail devant nous.

Christine MURRIS

Monsieur PATAT pourrait-il nous éclairer sur la situation des entreprises françaises dans ce secteur ?

Daniel PATAT

L'éloignement du Kazakhstan, joint à la méconnaissance de la zone, rend la mobilisation de ces entreprises difficile. Toutefois, ce pays attire de plus en plus en raison de la flambée des prix du pétrole. Seules de très grosses entreprises comme la COGEMA l'ont investi au début. Avec les efforts menés par le gouvernement de ce pays pour susciter l'intérêt dans les années 1990, elles ont été rejointes par d'autres ensuite.

Le Kazakhstan demeure une économie émergente, ayant besoin de se diversifier pour amortir d'éventuels chocs structurels. Le secteur de la construction a littéralement explosé et la consommation a crû, offrant de grands débouchés aux entreprises faisant l'effort de venir sur place. Ce pays n'est pas confronté à de vraies difficultés. Il dispose de circuits financiers en bon état de fonctionnement et si son secteur bancaire souffre actuellement, cette situation ne me semble pas être en mesure de remettre en cause la croissance de l'économie kazakhe.

Aymeri de MONTESQUIOU

Lors de son déplacement en Asie centrale en 1993, le Président François Mitterrand avait entraîné avec lui de grandes entreprises dans son sillage, lesquelles avaient investi de manière massive dans ce pays avant de s'en désengager partiellement en raison de la difficulté d'y conquérir des marchés. Elles avaient alors laissé à des entreprises originaires d'autres pays. C'est seulement aujourd'hui que nous réalisons que cette zone est très prometteuse.

Les pays de la région ont opté pour l'économie de marché, mais ploient toujours sous les pesanteurs de l'Etat. De nombreuses décisions majeures y sont toujours prises sur la base de critères politiques.

Le 21e siècle sera celui de l'énergie et de l'eau, secteurs dans lesquels la France se révèle très performante. J'ai suggéré au Premier Ministre de proposer au Président NAZARBAIEV la création d'une technopôle consacrée à toutes les formes d'énergie. La région regorge en effet de ressources naturelles, encore inexploitées par manque de savoir-faire et de projets, alors qu'elles pourraient alimenter de très nombreux Etats en énergie. L'irrigation, l'assainissement et l'approvisionnement en eau des villes représentent des secteurs majeurs dans lesquels la France dispose de véritables atouts.

Christine MURRIS

Comment se saisir de ces opportunités ? Quel est l'environnement législatif et réglementaire et comment évolue-t-il dans ces pays ?

James HOGAN

Le système législatif du Kazakhstan a été repensé très tôt, à tel point que n'importe quelle opération financière pouvait être effectuée dans ce pays en 1995 ; celui-ci ayant adopté, à la fin de 1994, la quasi-intégralité du code civil russe, inspiré lui-même du code néerlandais, et ayant déployé de grands efforts pour diversifier son économie. Ainsi, les secteurs prioritaires ont été ouverts aux investissements, y compris par le biais d'exonérations de droits de douanes. Une nouvelle loi invite aujourd'hui les investisseurs étrangers et domestiques à proposer des projets de concessions. Ses avantages sont cumulables avec ceux de la loi sur les investissements. De la sorte, le pays a créé plusieurs zones économiques spéciales, ainsi que des technopôles.

Pour les entrepreneurs, les interventions récurrentes du gouvernement dans le secteur pétrolier et le contrôle qu'il exerce sur ce dernier sont parfois gênantes et déraisonnables. Le Kazakhstan est un pays qui se caractérise par une bureaucratie très lourde, parfois incompétente et corrompue, un secteur judiciaire faible et peut-être influencé politiquement et financièrement, et des agents du fisc pouvant parfois procéder à des mesures de harcèlement. Les procédures pour obtenir des licences sont très lentes et parfois difficiles à mener à bien. Elles s'accompagnent de systèmes de quotas complexes concernant l'engagement de la main d'oeuvre étrangère.

Christine MURRIS

Identifiez-vous une véritable volonté d'attirer les investisseurs et de diversifier l'économie, grâce à la création des zones économiques spéciales et la mise en place d'avantages fiscaux ?

Daniel PATAT

Le gouvernement du Kazakhstan a compris la nécessité d'attirer les investisseurs et de jouer sur l'avantage comparatif accru que lui confèrent le secteur pétrolier et les matières premières. Sa volonté d'insérer le pays dans l'économie mondiale et d'en faire un acteur important sur la scène internationale se décline dans la législation de l'Etat, de plus en plus conforme aux standards internationaux. Le Kazakhstan offre toute la palette des mesures mises en avant par les Etats désireux d'attirer les investisseurs, même si son économie, sous bien des facettes, n'est que relativement libérale, reposant sur des acteurs ayant su se saisir des opportunités qu'offraient le pays pour bâtir des fortunes colossales en peu de temps.

Malgré tout, l'économie privée est très active, désireuse de prendre sa part dans le développement du territoire. D'autres acteurs s'enhardissent, à la faveur d'exemples de « renationalisations » observées en Russie. Le gouvernement essaie de prendre en compte ces deux tendances, tout en restant lié à l'obligation de développer le pays et de permettre à la population de s'emparer des grandes activités économiques nationales. Il doit mettre l'accent sur la formation et l'éducation, des secteurs encore déficients en raison du retard pris dans le lancement des réformes.

Christine MURRIS

Comment, Monsieur MARION, analysez-vous ce marché ? Est-il aisé d'y trouver des partenaires et des filières de distribution efficaces ?

Michel MARION

L'expérience montre qu'il est préférable d'arriver tôt dans cette région. Néanmoins, il demeure encore possible de faire sa place au Kazakhstan, mais le ticket d'entrée y représente un coût élevé. En raison de l'éloignement de ce pays, une présence physique sur place est nécessaire.

Le marché de la construction est divisé en deux marchés : les marchés de projets, concernant les grands immeubles d'habitation, les hôpitaux, etc., et les marchés de construction individuelle. Les marchés de projets se trouvent au Kazakhstan et au Turkménistan. Ils sont traités par de grandes entreprises internationales, turques, kazakhes, italiennes et françaises. Les marchés de constructions individuelles sont investis par de beaucoup plus petites entreprises. Ils sont moins sujets aux aléas de la spéculation et ne connaissent pas de ralentissement économique, contrairement aux marchés de projets lorsque les banques ont des difficultés pour se refinancer.

Les entreprises françaises peuvent intervenir dans la fourniture d'éléments entrant dans la rénovation et la construction de maisons et de bureaux, et à destination des pays demandeurs de produits de luxe. Elles subissent la concurrence des entreprises turques, chinoises et russes.

Des importateurs proposent aux PME d'acheminer leurs produits jusqu'à leurs clients quand elles ne sont pas sur place, une présence dans cette région coûtant obligatoirement mais pouvant aussi favoriser la vente des produits.

Les besoins du Kazakhstan portent sur des matériaux de construction et les produits alimentaires français tels que le vin. Son marché est plus ouvert que le marché russe où le ticket d'entrée est maintenant élevé, mais autant que le marché ouzbek, ce dernier étant moins riche cependant.

Christine MURRIS

Quel est le regard porté sur les produits français ?

Michel MARION

Un préjugé favorable existe dans ces pays envers l'ensemble des produits français, et pas seulement pour les parfums. Notre pays bénéficie d'une véritable côte d'amour, profitable aux secteurs alimentaire et des matériaux de décoration.

Daniel PATAT

Ce phénomène est aussi observable pour des biens plus sophistiqués comme les voitures, les hautes technologies, les papiers sécurisés, la santé et le matériel médical. L'image des matériels français est très bonne, même si nos voitures subissent la concurrence des modèles japonais et allemands. Concernant la santé, l'absence de véritable percée des entreprises françaises sur ce marché est liée à l'insuffisance des investissements consentis dans ce domaine par les différents Etats de la région. Les autorités kazakhes ont cependant pris acte de l'effondrement de leur système de santé et de l'urgence de le remettre sur pied. Des opérations se déroulent d'ailleurs dans ce domaine et nous les finançons à travers l'Eurasian Development Bank.

Gauthier MANGENOT

Nos produits bénéficient d'une très bonne image en Ouzbékistan, mais ce marché n'est peut-être pas si ouvert, sa caractérisant par des barrières tarifaires et non tarifaires encore importantes. Il reste à investir en effectuant un véritable travail de promotion et des démonstrations, par exemple de matériaux de construction, sur place.

Michel MARION

Il faut se rendre en Ouzbékistan plusieurs fois pour comprendre comment les choses y fonctionnent.

Jean-Louis GAILLARD

Pour répondre aux demandes qui lui sont soumises de manière structurée, l'Association des consultants pétroliers a créé un groupement de PME dans le domaine des pipelines. Ce groupement est composé de cinq entreprises, chacune comptant une centaine de salariés, et s'appuie sur des représentants locaux, en particulier à Tachkent et Achkhabad. Il est ouvert à d'autres PME intéressées pour le rejoindre.

Nos principaux concurrents sont russes. Les pipelines ont été construits par les Russes qui les connaissent bien. Ils s'accompagnent d'ailleurs de documentations rédigées en langue russe. Les techniciens aptes à travailler dessus, ainsi que les composantes du management, sont russophones.

La Russie investit énormément en Asie centrale, dans la production de gaz et les transports. Elle investit pour réhabiliter les pipelines tout en cherchant à en prendre le contrôle. Les pays d'Asie centrale essaient de lutter contre cette présence en demandant des services auprès des entreprises occidentales.

Christine MURRIS

Monsieur MEUNIER, qu'en est-il du crédit à la consommation ?

Jean-Michel MEUNIER

L'important développement du crédit à la consommation au cours des trois dernières années résulte du boom économique kazakh. Après avoir stagné plus d'une dizaine d'années après l'acquisition de leur indépendance, le pouvoir d'achat des Kazakhs a fortement cru depuis trois ou quatre ans. Le gouvernement a en effet choisi de redistribuer auprès d'eux la rente minière et pétrolière. Les salaires des fonctionnaires ont ainsi augmenté de 30 % chaque année et les salaires du privé de 20 %. L'augmentation du pouvoir d'achat réel a été de 10 à 15 % par an, soit plus de 50 % en quatre ans, des hausses anticipées par les établissements bancaires dès 2005.

Les crédits à la consommation sont accordés en fonction, notamment, de l'état de fonctionnement passé du compte du client et du niveau de ses revenus. Un bureau de crédit existe depuis deux ans dans le pays. Il est très efficace et donne des informations valables à la majeure partie de la population kazakhe.

Le secteur de la distribution se développe parallèlement à cette hausse des crédits à la consommation, un mouvement profitable à la croissance. Des chaînes de distribution de produits électroménagers réalisent des chiffres d'affaires de 2 à 3 Mds € par an. Tout reste à faire pour la distribution des autres biens de consommation et c'est pourquoi Metro et Ikea s'intéressent à ce pays, où le défaut de concurrence entraîne des prix élevés.

La consommation est freinée depuis quelques mois en raison de l'inflation et des incertitudes pesant sur les emplois dans le domaine de la construction. Ce passage à vide pourrait se résorber rapidement grâce aux investissements du secteur bancaires et aux interventions de l'Etat.

Aymeri de MONTESQUIOU

Pour reprendre, de manière lapidaire, l'essentiel de ce qui a été mis en évidence pendante cette table ronde, je rappellerai que la société Total, loin de se comporter en prédatrice au Kazakhstan, mène dans ce pays une politique très subtile. Il serait bon qu'elle s'engage à présent dans le portage de PME à Kashagan.

De manière générale, l'ensemble des interventions a montré que la zone Caucase-Caspienne représente un territoire d'avenir, offrant des opportunités de marchés, notamment dans le secteur de l'environnement où la France est très performante. Aussi les entreprises de notre pays devraient-elles à cette région.

Daniel PATAT

UbiFrance est présente à Tachkent, Almaty et Ashkan, et est à votre disposition pour vous aider dans vos démarches de prospection et d'implantation.

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