Allez au contenu, Allez à la navigation

Recherche Recherche avancée

Colloque "Caucase, Asie centrale : la dynamique Caspienne" (10 avril 2008)



retour sommaire suite

Une mosaïque de marchés aux enjeux inégaux

Gilles REMY,
Président directeur général, Cifal Groupe, CCEF

Il faut partir à la conquête des marchés d'Asie centrale, mais en gardant à l'esprit leurs particularités. Que représente, en termes de marché, la région Caucase-Asie centrale pour de grands groupes et pour des PME ? Pourquoi parlons-nous de région Caucase-Asie centrale alors que l'Arménie ne dispose pas de ressources énergétiques ? La richesse minière est très inégalement répartie dans la région. Elle se concentre essentiellement au Kazakhstan et en Azerbaïdjan. Le PIB de ces pays représente à peu près 70 Mds $, un niveau proche de celui de la Turquie.

Le Caucase-Asie central constitue, par ailleurs, un immense territoire, mais très peu peuplé et donc proposant des marchés de tailles réduites, où il existe un fort décalage entre la richesse produite et celle de la population. Il est constitué d'anciens pays de l'URSS, mais dont les liens se sont distendus, en raison de choix politiques différents et de recherches d'alliances contrastées. Aucune alliance militaire et union douanière n'existent dans cette région où les marchés sont très morcelés. C'est pourquoi les différents Etats de cette zone partagent davantage un passé commun qu'une vision de l'avenir. Cette réalité a un sens pour les entreprises, confrontées à des marchés-mosaïques et à des territoires marqués par des inégalités flagrantes. Ainsi, le Kazakhstan, qui doit beaucoup à la richesse de son sous-sol, représente un géant à la population très pauvre. Il en est de même de l'Azerbaïdjan et de l'Ouzbékistan.

La plus grosse difficulté à laquelle sont confrontées les entreprises est d'accéder aux marchés. Il n'existe pas de capitale régionale pour des raisons politiques, chaque pays étant très jaloux de son indépendance, et le système de visas en place se révèle très contraignant alors que celui des communications est en très mauvais état. Par conséquent, il coûte très cher d'approcher ces marchés. Hormis Total, il est difficile d'identifier des groupes susceptibles de s'implanter avec succès dans la région. Nous devons donc raisonner davantage en termes de secteurs et de métiers qu'en termes de volume d'affaires. Ainsi, si le domaine du luxe peut offrir des opportunités intéressantes pour les entreprises françaises, celles-ci seront bien modestes par rapport à celles que leur offrent la Chine et l'Inde.

Les pays qui nous intéressent consistent surtout en des territoires où les équipementiers et prestataires de service ont encore beaucoup à faire, présentant de vraies opportunités d'affaires, notamment dans le domaine des infrastructures, délaissés dans la région par le passé. Des investissements importants ont lieu dans ce secteur à présent. De fait, le marché de la construction est tout particulièrement dynamique. L'avantage de la France est qu'elle bénéficie d'une image excellente dans la région, presque européenne par sa culture et ses références.

Daniel SAYAG

Ces pays se tournent-ils vers une gestion de leur agriculture comparable à ce qu'elle est en Europe de l'Ouest?

Daniel PATAT

Au Kazakhstan, la place de l'agriculture, à la faveur d'une récolte exceptionnelle, a gagné en importance. Le pays dispose, avec les céréales, d'une autre ressource dont il peut profiter et d'un moyen de conserver sa population rurale. Pour les autres pays, l'agriculture reste un secteur délaissé.

Mamuka KUDAVA

La France, pendant sa période de présidence de l'Union européenne, aura notamment pour priorité de favoriser la politique énergétique européenne. Or que pouvons-nous faire ensemble pour faire avancer les projets transcaspiens depipelines ? Cette question s'adresse, non seulement aux Etats membres de l'Union européenne, mais aussi à Total et aux représentants de groupes comparables. Comment pouvons-nous collaborer ensuite avec les assureurs contre les risques pour inciter les investisseurs français à prendre place aujourd'hui et pas demain, quand il sera trop tard, dans la région du Caucase ?

Alain PRZYBYSZ

La Géorgie est située effectivement sur le chemin d'évacuation du gaz et du pétrole. Des discussions sont en cours actuellement, notamment entre le Kazakhstan et l'Azerbaïdjan, pour mettre en place un système de transport transcaspien pour le pétrole de la Caspienne. Le transit s'effectuerait par bateau et amènerait un trafic important à Bakou et en Géorgie, par le rail ou les pipelines.

Dans ces discussions, les sociétés nationales KazMunaiGaz et SOCAR se trouvent en première ligne. TOTAL a réalisé un certain nombre d'études techniques dans le cadre du consortium pétrolier de Kashaghan. Nous participons et conseillons. Mais c'est aux Etats de prendre les décisions qu'ils jugent utiles.

Pour le gaz, la deuxième phase de développement du champ de Shah Deniz correspond au projet le plus prometteur. Ce chantier n'est pas encore complètement défini et l'évaluation du gisement pas achevée. Une partie du gaz ira vers l'Europe, avec l'aide de la Georgie. Il transitera probablement vers la Turquie. D'autres projets d'infrastructure verront le jour.

Faire cheminer le gaz du Turkménistan vers l'Ouest sans qu'il ne passe par la Russie pose un certain nombre de problèmes et, en particulier, conduit ce pays à hausser les prix de reprise de gaz de manière à réduire l'incitation économique à faire passer le gaz ailleurs que sur son territoire. La Chine, quant à elle, a commencé à construire le gazoduc qui part de la zone de l'Amou daria. Les forages d'exploration pour trouver du gaz et alimenter le gazoduc pourraient démarrer en 2011. Les exportations représenteraient au départ 3 Mds de m3 et devraient atteindre, plus tard, 30 Mds de m3.

Alexandre TROUBETZKOY

Concernant le rating, le problème n'est pas français. L'OCDE est en effet l'instance qui en décide. Je peux juste vous conseiller de faire état de votre position à l'OCDE, de manière extrêmement précise. Je vous conseille aussi de faire la tournée des assureurs-crédits.

Tables rondes successives
animées par Christine MURRIS, journaliste à Classe-Export

retour sommaire suite