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Colloque Moyen-Orient



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III. Le recyclage des excédents pétroliers

Pierre MOURLEVAT

Depuis 2000, les pays du Moyen-Orient ont utilisé les excédents pétroliers résultant de l'envolée des prix du brut d'une part, pour se désendetter et, d'autre part, pour lancer de grands programmes d'infrastructure, financés sur dotation directe des budgets de l'Etat et augmenter leurs importations.

Néanmoins, des masses financières considérables restent à recycler. Différentes techniques de recyclage sont actuellement mises en oeuvre. Le premier mode de gestion passe par les réserves des banques centrales de ces pays, qui représentent aujourd'hui au moins 340 milliards de dollars, avec une progression très forte.

Bien que ces placements se fassent essentiellement en dollars, il existe une volonté de diversification vers l'euro.

La seconde technique réside dans la création de fonds de réserve, qui sont des entités juridiques distinctes gérées soit par l'Etat soit par des agences. De manière extrêmement prudente, nous estimons le montant de ces avoirs à 553,5 milliards de dollars. Si aucun d'entre eux n'accepte de nous communiquer des chiffres, nous pouvons néanmoins imaginer que ces avoirs dépassent en réalité les 700 milliards de dollars.

Dans ce domaine, les pays du Golfe ont élaboré des stratégies très différentes. Ainsi, l'Arabie Saoudite ne s'estime-t-elle pas assez mûre pour mettre en place un tel fonds de réserve, indépendant de la banque centrale.

Ces fonds de réserves constituent néanmoins un mécanisme permettant de gérer les effets contra-cycliques des revenus du pétrole, les pays en disposant étant autorisés à demander un transfert de ces fonds vers la banque centrale si le cours du baril venait à descendre en dessous d'un certain seuil.

Il s'agit également de fonds de placements pour les générations futures, la rente financière venant à remplacer, dans l'avenir, la rente pétrolière. Cet intérêt est néanmoins plus fort chez les pays dont les réserves sont susceptibles de s'épuiser rapidement. Ainsi, le Qatar a-t-il mis en place le dispositif le plus sophistiqué. D'une manière générale, les avoirs dont disposent ces pays sont tellement importants, qu'il est difficile d'imaginer que le gouvernement ne fasse jamais appel aux fonds de réserve.

Nous pouvons ensuite nous interroger sur la stratégie de gestion de ces fonds. Si dans un premier temps, ils étaient destinés à effectuer des placements financiers de court terme, avec un objectif de rentabilité de l'ordre de 15 %, notamment dans l'immobilier, certains pays commencent à mettre en place des partenariats à plus long terme. Sur ce point, souvenons-nous des discussions entre le fonds d'investissement du Qatar, EADS, Lagardère, etc. Selon cette nouvelle stratégie, la création de valeur n'est plus une priorité exclusive. Les investissements industriels, dans l'immobilier, la santé, les technologies de l'environnement, etc. ont également leur place.

La France fait partie des pays tiers avec lesquels ce type de partenariats est envisagé. Elle souffre néanmoins d'une mauvaise image en termes de réglementation et d'imposition.

En conclusion, il semble que ces masses financières considérables, sans précédent, soient recyclées à la fois dans des investissements locaux et internationaux, assurant ainsi l'avenir de ces pays en cas de retournement de la conjoncture pétrolière ou de crise régionale.

Par ailleurs, cette stratégie de recyclage constitue un moteur de croissance extraordinaire, le taux de croissance durable de ces pays étant évalué en moyenne à 5 %.

Nos partenariats dans ce type d'investissements sont donc importants. Notons à ce titre, que, étant donné le manque de compétitive sur notre territoire, les acteurs de ces pays ont tendance à se focaliser sur les entreprises françaises situées en dehors de France.

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