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Philippe BAUDRY,
Ministre conseiller pour les affaires économiques et financières, Chef des services économiques pour la CEI

La crise que nous connaissons à l'heure actuelle a débuté par une crise financière sans précédent, marquée par une baisse des indices boursiers et la fermeture des marchés de capitaux internationaux, représentant une grande part du financement des économies développées. Celle-ci s'est ensuite doublée d'une crise de change - la forte baisse des prix du pétrole débouchant sur une dévaluation graduelle du rouble entre novembre et janvier et sur une réduction sensible des réserves de change de la Russie. A compter du mois de janvier dernier, nous avons ainsi assisté à une forte dégradation de tous les indicateurs d'activité et la Russie est entrée dans une phase de récession importante, marquée par une baisse de 10 % de son PIB, au cours du premier semestre 2009. Cette période a également été marquée par un effondrement des investissements et de la production industrielle et manufacturière, ainsi que par un recul important des exportations. Du côté de la demande, la consommation a assez bien résisté en début d'année, mais a marqué le pas durant l'été, avec l'ajustement des salaires réels, la hausse du chômage et le recul des ventes de détail.

Nous assistons à l'heure actuelle à une reprise en pointillé et à un léger retour de la croissance, comme le montrent notamment l'amélioration des exportations de gaz et de pétrole et la hausse du prix des matières premières. La demande des ménages reste toutefois encore atone, dans le contexte actuel, et ce en dépit du plan anticrise récemment initié par les autorités russes. Celles-ci ont en effet souhaité se prémunir contre le vent de panique qui avait soufflé sur l'économie russe lors de la crise de 1998 et ont ainsi apporté un soutien massif au secteur bancaire, ainsi qu'à la sphère industrielle et, plus ponctuellement, aux secteurs de l'automobile et de la construction.

A ce stade, aucune mesure de soutien à la consommation n'a été mise en oeuvre, ce qui devrait évoluer en 2010, puisque celle-ci devrait notamment être marquée par la mise en oeuvre d'une politique de hausse des retraites.

Même si la production industrielle semble aujourd'hui s'être stabilisée, dans un contexte de moindre inflation et de limitation du déficit du budget fédéral, la survenue de cette crise économique sans précédent pose la question d'un éventuel changement de modèle économique pour la Russie. Le modèle actuel, reposant essentiellement sur la rente pétrolière et gazière, gagnerait en effet sans nul doute à être réformé. Pour ce faire, il conviendrait notamment de favoriser la diversification de l'économie et de trouver un juste équilibre entre protectionnisme et ouverture du marché.

A ce titre, les autorités russes, au plus haut niveau, font actuellement montre d'une volonté réelle de modernisation en cherchant notamment à optimiser l'implication de l'Etat, via le lancement d'un important programme de privatisation et la réforme des corporations. Des efforts importants sont également mis en oeuvre pour accueillir un nombre accru d'investisseurs étrangers sur le sol russe.

La volonté russe de modernisation coïncide avec les possibilités de coopération que la France peut offrir, dans le contexte actuel, dans des secteurs aussi divers que l'efficacité énergétique, le secteur pharmaceutique, le secteur agricole ou les télécommunications. Les réformes entreprises pourraient en outre doper la croissance et permettre à ce pays-continent de plus de 140 millions d'habitants d'amorcer un important processus de rattrapage, à compter de l'année 2010.

De la salle

Les difficultés auxquelles les entreprises russes se trouvent actuellement confrontées pour l'ouverture de comptes dans les banques françaises freinent incontestablement la coopération entre nos deux pays, dans le domaine de l'immobilier notamment. Pensez-vous que ces problèmes seront prochainement résolus ?

De la salle

La Russie est-elle prête à mettre en oeuvre la suppression des visas entre nos deux pays dès l'année prochaine, dans la mesure où une telle mesure faciliterait incontestablement les échanges entre la France et la Russie ?

L'absence d'autoroute entre l'Union européenne et la Russie, qui contraint les transporteurs à transiter par la Biélorussie, constitue également un frein à la coopération entre nos deux pays.

Franck BENAIM, Groupe Athéna Formation, de la salle

J'ai récemment participé à un programme d'échanges entre la France et la Russie, à Saint-Pétersbourg et à Samara, et je souhaiterais savoir quelles mesures pourraient être mises en oeuvre pour dynamiser ce type d'échanges, entre nos deux pays.

Alexandre ORLOV

Comme je l'ai moi-même souligné dans mon intervention, l'égalité n'est effectivement pas encore de mise, entre les hommes d'affaires russes et français, concernant l'accès aux comptes bancaires. Je suis néanmoins plutôt optimiste, quant à une amélioration prochaine de cette situation, dans la mesure où le Président Sarkozy et la Ministre de l'Economie Christine Lagarde ont récemment manifesté leur volonté de renforcer la coopération entre nos deux pays.

S'agissant de la possibilité d'expérimenter dès 2010 la suppression des visas entre nos deux pays, nous sommes fins prêts.

Jean de GLINIASTY

Les visas touristiques de trois mois ne posent pas vraiment de problème à l'heure actuelle ; nous sommes en effet sortis de la grande crise que nous avions connue il y a de cela trois ou quatre ans et 97 à 98 % des demandes enregistrées sont aujourd'hui accueillies favorablement. A cet égard, il serait étonnant que l'Union européenne ne parvienne pas à créer un espace sans visas touristiques d'ici quelque temps. La route sera en revanche probablement plus longue concernant la suppression des cartes de séjour permettant aux ressortissants de nos deux nations de travailler sur le sol de leur pays d'accueil.

S'agissant de la formation et des stages, s'il semble assez facile de décider les étudiants russes à venir séjourner en France, il est malheureusement plus difficile d'inciter les Français à aller étudier en Russie. Ces derniers ont en effet trop souvent encore une image biaisée de ce pays, qui ne les incite pas à se lancer à sa découverte.

Patrice GELARD

Le fait que nos universités ferment durant deux mois complets, entre juillet-août et septembre, pose évidemment le problème de l'accueil des étudiants étrangers durant la période estivale. J'ajoute que si, à l'époque de l'URSS, 800 bourses étaient décernées à des étudiants français pour aller étudier sur le sol soviétique, nous n'en dénombrons plus que 80 à l'heure actuelle. Enfin, force est de reconnaître que le nombre de Français parlant russe est pour le moins insuffisant et qu'il conviendrait par conséquent de remédier sans plus attendre à cet état de fait.

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