Allez au contenu, Allez à la navigation



Actes du colloque SÉNAT - UBIFRANCE

L'Année Croisée, un nouveau départ pour les relations franco-russes

Jean de GLINASTY,
Ambassadeur de France en Russie

Cette année croisée a remporté un grand succès dans nos deux pays et nous entendons bien poursuivre sur cette lancée positive et porteuse, en profitant de la consolidation et de la stabilisation de la situation économique et politique de la Russie. Si ce pays a vu son PIB chuter de 9,7 % lors de la crise, il est en effet parvenu à gérer efficacement les problèmes induits par ce phénomène économique particulièrement dévastateur, en apportant son aide au secteur bancaire, à l'économie réelle et à la sphère sociale.

Le système politique russe est également suffisamment solide pour bâtir des relations de long terme avec d'autres États et c'est probablement la première fois qu'il y a si peu d' « irritants », sur le plan international, dans les relations entre la Russie et l'Occident. La question de l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie, considérée comme une source potentielle de tensions, a notamment été levée et les relations entre la Russie et l'Ukraine se sont parallèlement normalisées. Le réchauffement des relations est également tangible entre la Russie et la Pologne, ce qui devrait faciliter la coopération de la Russie avec l'Union européenne dans son ensemble.

Dans un tel contexte, les autorités russes ont mis l'accent sur la nécessaire modernisation du pays, à tous les niveaux, via une coopération appuyée notamment avec l'Europe. Celle-ci devrait notamment être favorisée par le degré d'ouverture de la Russie, qui pratique d'ores et déjà des droits de douane inférieurs à ceux du Brésil, et ce avant même d'avoir concrétisé son adhésion à l'OMC. La Russie importe en outre massivement certains produits, tels que les médicaments (dont 80 % proviennent de ce processus d'importations). La liberté de circulation des capitaux est en outre totale avec la Russie, ce qui n'est pas le cas avec tous les pays émergents. Enfin, même si la Russie a pris un certain nombre de mesures de protection de son économie durant la crise, nous nous trouvons toutefois, à n'en pas douter, dans une phase d'ouverture durable de notre économie.

Le stock des investissements étrangers, qui représente 10 % du PIB, est déjà très significatif et devrait monter en puissance rapidement, compte tenu du programme de privatisations que le gouvernement russe entend mettre en oeuvre dans les prochains mois.

Nous assistons en outre à une évolution nette et positive des mentalités des Russes, vis-à-vis de la coopération avec l'étranger, et les jeunes générations ne peuvent ainsi plus imaginer faire des études supérieures sans effectuer un stage hors de leurs frontières. Dans le même temps, la société civile émerge à toute vitesse, se démarquant sensiblement des représentations que nous avions jusqu'à présent de la Russie en France.

Parallèlement à la disparition de ces « irritants », qui nuisaient à la qualité des relations entre la Russie et l'Occident, un certain nombre de facteurs de solidarité sont apparus au cours de la période récente. Les questions relatives aux stupéfiants sont ainsi dorénavant traitées de manière solidaire entre les différents pays du globe et nous partageons, avec la Russie, le même souci de limiter le terrorisme et la prolifération des armes nucléaires ; la Russie a d'ailleurs clairement pris position en la matière en votant en faveur des sanctions proposées par les Nations Unies contre l'Iran. La solidarité est ainsi de mise entre nos États, qui partagent la même appréhension des nouvelles menaces auxquelles ils se trouvent confrontés.

Dans un tel contexte, la France devra jouer, aux côtés de l'Allemagne, un rôle particulièrement moteur dans la coopération de la Russie avec l'Union européenne. Pour ce faire, il conviendra de tirer parti de toutes les occasions de rencontres au plus haut niveau, entre les responsables de nos deux pays. Après le comité conjoint sur les questions de sécurité, qui s'est tenu en septembre dernier, et le Conseil Économique Financier Industriel et Commercial (CEFIC), plus bilatéral, qui s'est tenu plus récemment, le sommet de l'OTAN sera ainsi l'occasion d'accueillir le Président Medvedev à Lisbonne, les 19 et 20 novembre prochains. Ce dernier participera également au sommet de l'OSCE à Astana, les 1er et 2 décembre. Enfin, le sommet entre l'Union européenne et la Russie permettra aux dirigeants de nos deux États de se rencontrer à nouveau, le 7 décembre prochain.