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Actes du colloque SÉNAT - UBIFRANCE

L'économie de la Russie, entre sortie de crise, ouverture et modernisation

Philippe BAUDRY,
Ministre Conseiller pour les affaires économiques et financières, Chef des services économiques pour la CEI

I. Une sortie de crise confirmée

L'économie russe s'est bien redressée, après une chute de grande ampleur liée à la crise (de l'ordre de - 8 % en 2009), et ce grâce à la reprise des exportations, et plus particulièrement des exportations de matières premières. Le cours de ces produits s'est en effet vivement redressé, ce dont a bénéficié la Russie qui en détient beaucoup, parmi lesquels le nickel, l'aluminium ou le pétrole. La Russie a ainsi vu son excédent commercial croître au cours des derniers mois, ce qui a permis de soutenir la croissance. La demande intérieure a ensuite pris le relais, puisque les ventes de détail ont progressé de presque 5 % entre janvier et août 2010.

Dans le secteur de la construction, en revanche, le redémarrage de l'activité se fait attendre car les ménages doivent préalablement reconstituer leur épargne avant de pouvoir investir ; les banques font quant à elles montre de prudence et les entreprises de construction ont des difficultés à trouver des crédits.

Malgré cette faiblesse du secteur du BTP, les indicateurs économiques étaient plutôt bien orientés au mois d'août. Ils ont toutefois pâti de la vague d'incendies qui a touché la Russie au cours de l'été, laquelle a eu un impact sur la croissance de -0,8 %. Dans le même temps, l'inflation a augmenté pour s'établir à 6,1 %.

II. Un besoin de modernisation réaffirmé

Dans un tel contexte, le Président Medvedev et le Premier Ministre Poutine ont souligné la nécessité de réformer le modèle économique russe, encore trop basé sur la rente, et qui a démontré sa vulnérabilité durant la crise. La Russie manque en outre de compétitivité à l'exportation, en dépit des performances affichées par certains secteurs. Le pays compte en outre encore 450 villes mono-industrielles, dont certaines sont en grande difficulté. Le tissu de PME reste par ailleurs encore très insuffisant.

La Russie souffre également d'une dépendance excessive aux matières premières et de l'insuffisance des investissements, qu'il s'agisse des investissements russes ou des investissements étrangers. A cet égard, nous ne pouvons que saluer les progrès récemment accomplis en la matière, grâce à l'accord bilatéral signé à Rambouillet en 2009 et à l'assouplissement de la législation en vigueur en matière d'immigration consenti par les autorités russes depuis le mois de juillet dernier. Un forum des investissements se tiendra par ailleurs à Sotchi prochainement. Enfin, un certain nombre d'oblasts, tels que celui de Kalouga notamment, font des efforts importants pour attirer les investisseurs étrangers. Les autorités de Kalouga ont en effet créé des zones industrielles déjà fiabilisées, ainsi qu'un guichet unique permettant de répondre aux demandes des investisseurs dans des délais records.

Le gouvernement russe souhaite également développer l'innovation, en créant une « Innograd » à Skolkovo, aux portes de Moscou.

Il conviendrait par ailleurs de poursuivre les efforts déjà entrepris pour moderniser les marchés financiers.

Le gouvernement russe devra en outre s'efforcer de réduire la présence de l'État dans l'économie du pays, laquelle reste très importante à ce jour, à hauteur de 35 % du PIB.

Il conviendra par ailleurs de réformer les secteurs de l'éducation et de la santé, qui restent des enjeux considérables dans un pays où l'espérance de vie des hommes vient tout juste de commencer à se redresser pour s'établir à 60 ou 61 ans, après n'avoir cessé d'être en chute libre depuis l'effondrement de l'URSS.

Enfin, il faut poursuivre les efforts d'ouverture du marché russe, afin de faire en sorte que la Russie puisse rapidement adhérer à l'OMC. A ce stade en effet nous sommes très proches d'un accord ; les discussions ont déjà été menées à leur terme avec les États-Unis et les négociations se poursuivent avec l'Union européenne. Nous pouvons donc penser que ce dossier aboutira au plus tard courant 2011.