E. AGRICULTURE, ENVIRONNEMENT ET SANTÉ : LA NOUVELLE DONNE DES ANNÉES 90

La double fonction de l'agriculture, économique et territoriale, s'est trouvée confrontée, à la fin des années 80, à la formulation d'exigences nouvelles de la société à l'égard de la gestion de l'environnement.

Face à cette nouvelle demande, les politiques publiques, au niveau international avec l'émergence du concept de développement durable, au niveau européen avec l'élaboration d'une politique environnementale communautaire, et au niveau national avec des dispositions législatives et réglementaires multiples, intègrent progressivement cette dimension.

Mais l'agriculture a la double caractéristique :

- de supporter l'impact environnemental de l'urbanisation et du développement d'autres activités (imperméabilisation des sols, pollution de l'air en particulier par la dioxine, etc.) ;

- d'apporter une contribution positive à l'environnement , que ce soit face à l'effet de serre -par sa capacité à recycler le gaz carbonique et à fournir de l'oxygène par la photosynthèse- ou que ce soit à travers le recyclage de déchets urbains et industriels par l'épandage des boues et sous-produits sur les sols agricoles.

Conscients de ces nouvelles exigences, d'autant que la pérennité de leur activité en dépend, les agriculteurs se sont mobilisés pour faire évoluer leurs pratiques et nouer de nouvelles relations avec le milieu rural 12( * ) .

1. Le rapport de la cellule " Prospective et Stratégie " du ministère de l'environnement

Votre rapporteur pour avis a lu avec intérêt le rapport intitulé " Agriculture, monde rural et environnement : qualité oblige ", remis à Mme Dominique Voynet, Ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, par la cellule " Prospective et stratégie " du ministère de l'Environnement. Initié à la demande de Mme Corinne Lepage fin 1995, ce rapport fait un bilan des atteintes environnementales des activités agricoles et appelle à un " contrat " durable entre l'agriculture, le monde rural et la société 13( * ) .

Les rapporteurs font un tour exhaustif des difficultés générées par une agriculture portant " l'héritage d'une mission productiviste très forte " et suscitant des problèmes " parfois inquiétants vis-à-vis du développement durable, mais pas irrémédiables s'ils sont traités rapidement " : métaux dans les nappes et les sols, impact des phytosanitaires sur la santé humaine, diffusion des résistances aux antibiotiques, fossilisation des sols, appauvrissement génétique... Le rapport indique que les conséquences économiques et sociales de cette agriculture sont peu " durables " au regard des dommages causés par certaines pratiques intensives qui perturbent d'autres activités économiques dépendant des mêmes ressources naturelles (tourisme,...).

Dans le même temps, le rapport affirme que des pratiques agricoles peuvent favoriser une bonne gestion de l'eau ou le développement de la biodiversité, voire contribuer à atténuer d'autres problèmes environnementaux (production de biomasse énergétique...).

Trois grands axes se dégagent des 160 recommandations exprimées :

- Le premier concerne la reconnaissance et la prévention des risques via notamment l'indépendance totale des structures de contrôle vis-à-vis des acteurs économiques, l'admission des associations de consommateurs et de protection de l'environnement dans les institutions telles que les Chambres d'agriculture, l'ANDA, les contrats de pays, les CDOA ;

- Le deuxième axe envisage une modernisation du cadre socio-économique de l'agriculture prévoyant une clarification de ses missions fondamentales (objectifs d'exportation, multifonctionnalité...). Au nom d'une cohérence avec les demandes sociales, le rapport recommande entre autres l'instauration d'une " taxe élevée " sur les intrants prélevée au niveau des producteurs ; un prix " réel " de l'usage de l'eau qui " clarifie les diverses situations de rentabilité ou non-rentabilité collective de l'irrigation " ; des performances mesurées d'après les rendements rapportés aux intrants utilisés et non sur les productions brutes ; des systèmes d'assurance-aléas prévoyant un bonus-malus selon la qualité des pratiques ;

- Enfin, le rapport préconise une évolution de la recherche, de la formation et des pratiques. La formation des agriculteurs doit " s'adapter à la puissance des technologies qui leur sont proposées ".

2. Une meilleure gestion de l'eau, des milieux et des déchets

a) Vers une meilleure gestion de l'eau

Les agriculteurs sont aujourd'hui conscients de la nécessité d'une gestion équilibrée et partenariale de l'eau . La priorité a été donnée à des opérations de grande envergure, dont les effets ne sont toutefois pas toujours immédiats.

La maîtrise des nitrates a fait l'objet d'une mobilisation importante dans de nombreuses régions dès le milieu des années 80 . Elle s'est structurée au début des années 90 avec les opérations Ferti-Mieux, auxquelles se sont ajoutées diverses opérations locales, en particulier sur des bassins versants et des périmètres de captage. Ces opérations ont servi de laboratoires, lorsqu'en 1997 a été arrêtée, au niveau communautaire, la directive " Nitrates ". Plutôt que d'imposer des normes nationales, des programmes d'actions prenant en compte les spécificités agronomiques de chaque région ont été élaborés par zone. Ces programmes couvrent 10 millions d'hectares dans soixante-dix départements, soit le tiers de la SAU. Dès à présent, les achats en volume d'engrais minéraux azotés ont diminué de 2 % depuis 1990, alors que le volume des productions végétales a augmenté de 3 % durant la même période.

La maîtrise des effluents d'élevage , dans le cadre du Programme de Maîtrise des Pollutions d'Origine Agricole, à partir de 1993, a conduit à une forte adhésion des éleveurs pour assurer une bonne récupération des effluents d'élevage et de l'épandage de leurs effluents. Dans le même temps, les travaux sur l'alimentation animale permettent de réduire les rejets azotés et phosphates de 20 à 30 % dans les élevages de porcs et de volailles qui utilisent une alimentation multiphase. A l'issue du programme en cours, à l'horizon 2000, plus de la moitié des effluents d'élevage devraient être intégrés dans le programme de maîtrise. Ceci représentera un investissement de plus de 15 milliards de francs dont plus du tiers financé par les éleveurs eux-mêmes. Les effets sur l'eau de la maîtrise des nitrates et des effluents d'élevage ne peuvent se mesurer que sur plusieurs années.

Les opérations de couverture des terres nues en hiver se sont multipliées et, dans plusieurs bassins, les teneurs en nitrate des eaux ont été stabilisées ou sont en baisse. Néanmoins, les excédents d'azote d'origine agricole se sont accrus de 1995 à 1997 : cette hausse de l'azote total (minéral et organique) est due à l'augmentation des surfaces fertilisables et au choix des cultures qui demandent le plus d'azote minéral. Cette tendance est inversée pour les engrais organiques dont l'apport a diminué de 2 % sur la même période.

Votre rapporteur pour avis a pris connaissance des différents articles de presse sur ce sujet -n'ayant pas eu la possibilité de se faire communiquer le rapport de l'Inspection générale des finances - relatives au coût et à l'inefficacité du PMPOA. Il souhaite néanmoins que le volet élevage du programme soit mené à terme, considérant qu'il est " difficile de changer les règles du jeu en cours de partie ".

La maîtrise des produits phytosanitaires
fait l'objet d'un investissement plus récent . Des opérations de récupération des produits périmés et de diagnostics de pulvérisateurs sont engagées dans plus de la moitié des départements. De 1990 à 1998, 1400 tonnes de produits ont été ainsi éliminés, soit dix fois plus qu'au cours de la décennie précédente. En 1998, l'ensemble de la filière phytosanitaire et agricole s'est engagée dans l'opération Phyto-Mieux, visant à mobiliser les agriculteurs sur les bonnes pratiques phytosanitaires, par rapport à la production agricole. Au contraire, entre 1970 et 1990, leur utilisation avait augmenté deux fois plus rapidement que la production.

La maîtrise quantitative et qualitative de l'utilisation de l'eau est devenue une préoccupation majeure. La priorité est donnée à la gestion de l'eau au niveau des bassins versants, qui accorde une place importante à la négociation entre les acteurs. Les irriguants, favorables à la transparence des volumes d'eau prélevés, sont engagés dans la mise en oeuvre d'outils volontaires de gestion et d'économie d'eau adaptés aux situations locales. Ils sont, d'ores et déjà, des partenaires actifs dans la définition et le suivi des plans de gestion des cours d'eau réalimentés, dans la mise en oeuvre de la gestion volumétrique des prélèvements en nappes et en cours d'eau et dans la réflexion sur les schémas hydrauliques locaux et départementaux.

La création d'Irri-Mieux par la profession agricole, au niveau national, vient renforcer cette orientation en soutenant des projets locaux exemplaires, qui visent la promotion d'une gestion globale et équilibrée de la ressource en eau et qui concilient le respect de l'environnement et une agriculture économique viable.

LE PROGRAMME IRRI-MIEUX - " QUI FAIT QUOI ? "

Selon un schéma assez classique, Irri-Mieux se découpe en deux niveaux de gestion des dossiers :

Au niveau local :

- Le Comité de pilotage local (CPL) : lieu de négociation et d'écoute, il est ouvert à différents types d'usagers et de gestionnaires de l'eau. Il est le garant de la concertation et de l'engagement des partenaires du projet. C'est lui qui définit les orientations du projet, les priorités et les moyens.

- L'équipe technique : elle vient en appui du comité de pilotage local sur des questions techniques et scientifiques.

- L'animateur : il assure la cohérence globale du projet et mobilise les compétences nécessaires.

- Le maître d'ouvrage : il rassemble les crédits et les gère.

Au niveau national :

- Le Comité de pilotage national (CPN) : il oriente les réflexions et les travaux et décide de l'agrément des projets locaux. Il se compose de représentants professionnels et institutionnels. Un responsable professionnel agricole le préside.

- Le Comité scientifique et technique (CST) : il joue un rôle d'expert auprès du Comité de pilotage national. Il se compose de personnes nommées à titre personnel et reconnues pour leurs compétences. Un scientifique le préside.

- Le Comité scientifique et technique s'appuie sur des groupes de travail temporaires, auxquels il commande un certain nombre d'études de synthèse ou prospectives comme sur une cellule technique, relais entre les instances nationales de décision et les projets locaux.

Un projet agréé par le Comité de pilotage national bénéficie d'une incitation financière d'un montant total de 100.000 francs provenant à parité de l'ANDA et des ministères chargés de l'Agriculture et de l'Environnement 14( * ) .

b) La gestion des milieux

L'agriculteur doit de plus en plus intégrer à son projet la prise en compte des milieux. Il s'agit, d'une part, de réduire la pression qu'exerce l'agriculture dans certaines zones fragiles et, d'autre part, de valoriser l'activité agricole, facteur de prévention de certains risques naturels dans d'autres.

Cette démarche est multiforme :

La mise en place de programmes de lutte contre la déprise de certains territoires
(débroussaillage, conduite de troupeaux...), de préservation de zones humides (bandes enherbées, décalage de date de fauche...), de mise en valeur des paysages locaux (restauration de haies, mares...), d'aménagement de zones naturelles ou d'insertion paysagère de bâtiments, se traduit pour les agriculteurs par l'adoption de pratiques permettant la valorisation de productions locales, la préservation du cadre de vie et le maintien des écosystèmes .

Pour prévenir les risques naturels , de multiples actions adaptées aux problématiques locales sont engagées :

- la lutte contre l'érosion est un enjeu pour les agriculteurs, eu égard aux pertes de potentiel de récoltes que celle-ci engendre. Ainsi, ils modifient leurs pratiques et aménagent leurs parcelles ;

- la lutte contre les incendies de forêt mobilise agriculteurs, forestiers et associations, pour élaborer des programmes d'intervention qui passent par l'amélioration de techniques pastorales, la création de coupures vertes ;

- la lutte contre les inondations a amené les agriculteurs à adapter leurs techniques culturales, à participer à l'entretien des berges et des digues.

La préservation de la biodiversité animale et végétale a conduit, plus récemment, à la réalisation de cahiers des charges permettant de concilier protection et gestion.

c) La gestion des déchets

Des quantités considérables et croissantes de déchets, générés par les milieux urbain et industriel, doivent être recyclées : 6 à 7.000 tonnes de boues de station d'épuration, autant d'effluents industriels, et 1 million de tonnes de compost d'ordures ménagères et de déchets verts.

Le recyclage agricole est souvent privilégié par rapport à la mise en décharge ou à l'incinération : 60 % des boues sont en effet épandues sur les sols agricoles . Pour garantir la qualité du recyclage et éliminer les risques de transfert de pollution, les opérations d'épandage doivent être conduites avec une très grande rigueur. Ainsi, l'épandage agricole des boues et déchets des collectivités et industries a fait l'objet d'une réglementation plus stricte. Mais la multiplication des restrictions commerciales et les exigences des consommateurs impliquent une clarification de la part des pouvoirs publics sur ce mode de recyclage, qui apparaît plus économique et écologique que l'incinération et constitue un service que rendent les agriculteurs à la société.

Ce problème d'épandage des boues de stations d'épuration est d'actualité.


Plusieurs organisations professionnelles ont présenté le 11 juin dernier, au sein du Comité national sur l'épandage des boues d'épuration, leur projet relatif au fonds de garantie qu'elles souhaitent établir pour faire face aux risques engendrés par ces matériaux.

En outre, les organisations professionnelles ont indiqué que " devant l'impossibilité d'obtenir des garanties sur l'innocuité des boues de station d'épuration proposées aux agriculteurs, face à l'inertie étonnante des pouvoirs publics qui refusent de répondre aux demandes répétées de la profession, elles décident de suspendre tout épandage de ces boues " 15( * ) .

Parallèlement, le projet de système assurantiel présenté le 27 avril par le ministère des Finances préconise l'établissement d'un contrat souscrit par le producteur de boue, couvrant l'exploitant agricole et le propriétaire foncier . Ce contrat, négocié au cas par cas au niveau de chaque commune, couvrirait les pertes de récolte et de revenu liés à un incident. Le système prévoit également un lien entre le montant de la prime d'assurance et la qualité de la boue.

Réticents à un tel projet, les professionnels défendent la mise en place d'un fonds de garantie qui soit rapide, unifié, obligatoire et garant d'un traitement égal pour tous.

Les OPA veulent avant tout, en cas d'incident, un système à même de traiter rapidement les demandes d'indemnisation sans attendre la fin des procédures judiciaires. Le mécanisme du fonds se retournerait contre les intervenants de la filière en cause, une fois l'expertise réalisée et le lien entre le dommage et les boues établi. Le fonds de garantie serait financé grâce à une taxe à la tonne de boue brute épandue à hauteur de 10 francs et répercutée sur le prix de l'eau. Les OPA désirent, d'autre part, la couverture, au sens large, des risques de développement qui ne se limite pas à 10 ans, ni à la seule notion de rendement qui semblerait être la seule retenue dans le projet de Bercy. Elles regrettent que la qualité des sols, l'environnement et la valeur patrimoniale des terres ne soit pas inclus dans le système proposé par le Gouvernement.

REPÈRES :

11.000 stations d'épuration produisent 850.000 tonnes de matière sèche de boues par an (1,3 million prévues en 2005).

Destination des boues : Epandage en agriculture : 60 % ; Mise en décharge : 20 à 25 % ; Incinération : 10 à 15%.

Source : APCA

Au mois d'août dernier, l'association UFC-Que Choisir a saisi la justice du dossier des boues d'épuration incorporées dans les farines animales.

3. Le développement de nouveaux types d'agriculture

a) La notion d'agriculture raisonnée

La gestion de l'environnement pour un agriculteur passe avant tout par la gestion de l'espace et des flux de matière . L'agriculture raisonnée consiste dans le fait de produire -en travaillant sur une exploitation économiquement viable-, tout en utilisant des méthodes respectueuses de l'environnement. Il s'agit donc d'un processus spécifique de production adopté par l'exploitant.

Cette pratique d'agriculture raisonnée passe, par exemple, dans une exploitation, par le diagnostic des risques environnement sur le parcellaire, la mise en place d'aménagements permettant de limiter ces risques -par un outil de suivi agronomique personnalisé- ainsi que la gestion de la protection des cultures et de la fertilisation sur l'exploitation.

Votre rapporteur pour avis prendra le volet vert d'Agri Confiance comme exemple d'agriculture raisonnée.

Lancé par la CFCA en 1992, le programme Agri Confiance a permis d'élaborer et de développer un système d'Assurance Qualité centré sur la production agricole, spécifique aux entreprises coopératives agricoles. Il a pour objectif de redonner pleinement confiance aux clients des coopératives quant à la régularité, la conformité et la sûreté des productions agricoles dans le respect des contraintes environnementales. Agri Confiance certifie la qualité des flux de produits, d'informations ou de services échangés au sein de l'interface adhérents-producteurs/salariés des coopératives 16( * ) .

Dans un contexte où désormais les consommateurs exigent non seulement des denrées alimentaires saines et de qualité mais aussi la garantie qu'elles ont été produites dans le respect de l'environnement le secteur de la coopération agricole a souhaité renforcer le champ d'application d'Agri Confiance aux aspects environnementaux.

Ainsi, ce volet environnemental -volet vert- d'Agri Confiance a pour objectif d'assurer le respect de l'environnement dès le premier maillon de la chaîne agro-alimentaire , la production agricole : ce nouveau volet recouvre la connaissance, la maîtrise et la prévention des risques de pollutions accidentelles et diffuses sur l'exploitation agricole. Il implique la formation des agriculteurs par les conseillers des coopératives, la collecte des données agricoles relative au respect de l'environnement, la connaissance et la pratique des outils de l'agriculture raisonnée choisis par l'entreprise coopérative pour son efficacité. Il viendra prolonger les systèmes de management environnemental mis en oeuvre en aval sur les sites industriels des entreprises coopératives.

Cette opération a le soutien de l'ANDA, de l'ADEME et des ministères de l'agriculture et de l'industrie.

A l'instar, du volet qualité d'Agri Confiance, qui s'est appuyé sur les normes ISO 9002, le référentiel expérimental du volet environnemental du programme est inspiré de la norme ISO 14001. Il reprend les grandes lignes directrices de la norme industrielle, à savoir l'élaboration d'une politique environnementale, la détermination d'objectifs relatifs aux activités de la coopérative avec ses adhérents et la mise en place d'actions pour réaliser ces objectifs.

Ce référentiel mixte, Qualité et Environnement, a fait l'objet dès mai 1999 d'une expérimentation auprès d'une vingtaine d'entreprises coopératives, sur une durée de 18 mois . Les sites pilotes ont été sélectionnés pour leur représentativité en matière de filières, de régions, d'engagement dans la démarche qualité Agri Confiance ou dans une autre démarche de politique environnementale.

L'expérimentation comprend trois étapes : un diagnostic préalable réalisé par des auditeurs spécialisés, la détermination et la mise en place d'un plan d'action pour se mettre en conformité avec le référentiel (estimation 12 à 14 mois) et un audit final (2 mois) qui aura pour but de mesurer la faisabilité du référentiel et les points de blocages éventuels.

Cette expérimentation a pour objectif la remontée d'informations de terrain relatives à la faisabilité technique, politique et organisationnelle du " volet vert ", afin de valider le référentiel.

L'objectif est de proposer un référentiel définitif pour la fin de l'an 2000, avec mise en application dès 2001. Les entreprises déjà certifiées Agri Confiance auront alors au plus 3 ans pour se mettre en conformité avec le nouveau référentiel mixte Agri Confiance sous le nom de : " Management de la Qualité et de l'Environnement des organisations de production agricole ".

b) La forte progression de l'agriculture biologique

En 1998, la France comptait plus de 6.200 agriculteurs et près de 3.500 entreprises de transformation engagés dans l'agriculture biologique.

Face au développement de ce type d'agriculture, votre rapporteur pour avis se félicite que le ministère de l'agriculture ait accru, en 1999, son effort financier par :

- la prise en charge du contrôle de l'usage de la marque collective de certification " AB " par les organismes certificateurs,

- la poursuite des aides à la recherche de solutions alternatives pour la lutte contre les parasites pour l'élaboration de guides d'utilisation des intrants,

- la poursuite du financement d'un observatoire national de l'agriculture biologique,

- la participation au financement des instances nationales partenaires dans la réalisation du plan pluriannuel de développement de l'agriculture biologique,

- la forte augmentation des aides financières à la conversion en agriculture biologique dans le cadre du règlement CEE n° 2078/92 du Conseil du 30 juin 1992 concernant les mesures agri-environnementales (15 millions de francs en 1997, 60 en 1998, 90 millions de francs en 1999),

- et la promotion et protection du logo " agriculture biologique " utilisable sur des produits contenant au moins 95 % d'ingrédients d'origine agricoles issus de l'agriculture biologique produits, contrôlés et certifiés selon les réglementations nationale et communautaire.

Par ailleurs, le Plan pluriannuel de développement de l'agriculture biologique (1998-2002), annoncé le 12 décembre 1997 par le Ministre de l'agriculture et de la pêche, est, selon les informations fournies par le ministère, en cours de réalisation avec :

- l'accompagnement des agriculteurs qui choisissent la voie de l'agriculture biologique en leur apportant des aides réévaluées à la conversion et à l'adaptation. Les 60 millions de francs mobilisés dès 1998 (90 millions de francs en 1999), ont permis de passer de 600 à 1.400 conversions par an et les surfaces en agriculture biologique et en conversion sont passées de 165.400 ha en 1997 à 218.800 en 1998 et devraient dépasser 270.000 ha en 1999. Dès la fin de 1999, les mesures d'aide à la conversion devraient s'insérer dans les nouveaux contrats territoriaux d'exploitation (CTE) ;

- les audits pour la réalisation de plans d'action régionaux concertés sur des projets agriculture biologique dans le cadre des contrats de plan Etat-région ;

- la mobilisation des offices interprofessionnels pour la sensibilisation des producteurs et l'aide à la structuration des filières (8 millions de francs en 1998, 30 à 35 millions de francs en 1999) ;

- la mobilisation des organismes de recherche, de formation, d'enseignement et de développement (instituts techniques, établissements d'enseignement, association nationale de développement agricole,...) ;

- la valorisation des outils disponibles : marque collective de certification " AB ", observatoire national de l'agriculture biologique... ;

- l'élaboration au niveau régional de plans d'actions régionaux concertés, en concertation avec le ministère de l'aménagement du territoire et de l'environnement (4 millions de francs) ;

- la mise en place et fonctionnement du Comité d'orientation, de suivi et d'évaluation du plan associant les principaux partenaires administratifs et professionnels concernés par la mise en place du Plan ainsi que la nomination d'un chargé de mission agriculture biologique chargé notamment de la faisabilité et de la constitution d'un groupement d'intérêt publique (GIP) concernant l'agriculture biologique -GIP rendu possible par la nouvelle loi d'orientation agricole-. La loi ouvre également la possibilité de création d'une interprofession spécifique à compétence nationale pour les produits issus de l'agriculture biologique.

Parallèlement aux actions menées par les pouvoirs publics, la Confédération française de la coopération agricole (CFCA) et la Fédération des entreprises du Commerce et de la Distribution (FCD) ont signé, le 29 juin dernier, un protocole de collaboration sur l'agriculture biologique.

L'objectif est de promouvoir et de développer la production agricole biologique française dans le cadre de filières organisées.

Convaincus qu'une offre structurée en parfaite adéquation avec les besoins identifiés du marché le permettra, les deux partenaires ont décidé de s'engager sur trois actions particulières :

- enrichir la connaissance des marchés : un comité de liaison FCD-C.F.C.A. recensera les opérateurs et analysera l'évolution de la production et de la demande des consommateurs ;

- réaliser des partenariats coopératives-distributeurs : un annuaire-contact des opérateurs coopératifs sera diffusé auprès des enseignes ; des sessions d'information seront organisées et les démarches contractuelles seront encouragées ;

- améliorer la qualité et la traçabilité des produits : l'accent sera mis sur les démarches d'assurance qualité (Agri-Confiance)n afin de maintenir un positionnement " qualité " rigoureux des produits sous logo AB.


Votre rapporteur pour avis note que des directives internationales pour la production, la transformation, l'étiquetage et la commercialisation des aliments issus de l'agriculture biologique ont été approuvées le 3 juillet à Rome par la commission du Codex Alimentarius de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

En outre, la Commission du Codex a mis sur pied un équipe intergouvernementale spéciale pour accélérer l'élaboration de normes sur les aliments dérivés des biotechnologies. Selon la définition adoptée par le Codex Alimentarius, " l'agriculture biologique est un système de gestion holistique de la production qui favorise la santé de l'écosystème, y compris la biodiversité, les cycles biologiques et l'activité biologique des sols ". Pour le CODEX, l'agriculture biologique repose ainsi sur les principes suivants : utiliser le moins possible d'apports extérieurs et éviter l'emploi d'engrais et pesticides de synthèse.

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