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La qualité de l'eau et l'assainissement en France (rapport)

18 mars 2003 : Qualité de l'eau et assainissement en France (rapport) ( rapport de l'opecst )

 

 

B. LES POLLUTIONS INDUSTRIELLES

L'industrie et les mines furent à l'origine de la plupart des pollutions des eaux de surface (34 bis). Les rejets étaient directs, délibérés. Les principaux polluants industriels sont les matières en suspension, liées en particulier aux matières organiques, les métaux lourds (cadmium, cuivre, plomb, mercure...) et des polluants organiques persistants parmi lesquels on trouve les hydrocarbures, les acides et les bases qui modifient le pH de l'eau.

Les pollutions industrielles dans les eaux ont, dans l'ensemble, beaucoup diminué. Cette réduction est le résultat d'un effort d'équipement (mini stations d'épuration) pour traiter les rejets avant leur évacuation dans les eaux, d'une volonté de changer d'image, en réponse à la sensibilité croissante de l'opinion aux questions environnementales et à la colère qui fait suite aux pollutions accidentelles, d'une réglementation stricte, imposant les pollutions, dans les deux sens du terme (rendant obligatoire des traitements et taxant les rejets), ainsi qu'à la disparition de beaucoup d'activités parmi les plus polluantes (mines, tanneries, traitements de surfaces ...) (35(*)).

Outre les accidents, toujours possibles, quelques situations méritent d'être soulignées

En premier lieu, on observera que les rejets dans les grands fleuves, quoique importants, sont aujourd'hui dans l'ensemble très inférieurs aux rejets en mer, qui demeurent le principal exutoire des pollutions industrielles (36(*)).

En deuxième lieu, l'amélioration constatée sur le long terme marque le pas. Les gros pollueurs ont disparu ou se sont équipés. Mais des pollutions demeurent liées à l'héritage industriel (traces de DDT trouvées dans une rivière trente ans après la fermeture de l'usine). La carbochimie par exemple a été une activité très polluante pour les eaux. L'aluminium est fabriqué par une action de l'eau sur un charbon chauffé, ce qui génère des rejets d'eau ammoniacale. De même, les pollutions issues d'industries ou d'artisanats isolés sont souvent problématiques (rejets d'huiles et de solvants par les garages et carrosseries de campagne...). Ces pollutions sont très difficiles à éliminer.

En troisième lieu, la pollution industrielle est moins directe qu'autrefois et arrive dans les eaux par des voies détournées, notamment par l'intermédiaire des eaux de pluie. La contamination de l'atmosphère par les polluants liés aux combustions associées aux activités industrielles ou à l'incinération des ordures ménagères, et aux volatilisations des résidus des anciennes friches industrielles se retrouvent, pour une bonne part, dans les eaux de pluie qui seront à leur tour évacuées dans les eaux des rivières (voir supra).

En quatrième lieu, les pollutions industrielles dans les eaux sont aussi moins visibles, mais peuvent entraîner à terme des déconvenues quand il faudra traiter la pollution ignorée parce qu'invisible. Si quelques polluants se dissolvent dans l'eau, beaucoup d'autres (plomb, mercure, HAP, PCB...) sont adsorbés par les particules en suspension. Des traces de pollutions anciennes subsistent dans les sédiments mais une grande part est transportée dans les cours d'eau, par à coups, alternant les phases de dépôt, où elles sont stockées au fond de la rivière, et la remise en suspension, au moment des plus forts débits. Les particules se déplacent donc en aval, portées par le courant, mais à des vitesses dix fois plus lentes. Les pollutions se concentrent dans les estuaires.

Dans une plaquette réalisée par le PIREN Seine (Programme Interdisciplinaire de Recherche sur l'Environnement) du CNRS, ce dernier évoquait même « les particules en suspension : des bombes à retardement ». En d'autres termes, la pollution industrielle a incontestablement régressé, mais elle continue de s'accumuler.

Enfin, si le lien entre pollution des eaux de surface et pollution des eaux souterraines est naturel, au moins dans les nappes alluviales où les échanges entre les deux eaux sont constants, on peut aussi évoquer un cas plus rare et curieux où la pollution des eaux de surface est liée... à la dépollution des eaux souterraines. L'exemple est celui de la dépollution des mines de potasse en Alsace (37(*)). L'eau des nappes, gravement contaminée par les chlorures issus de terrils est pompée et rejetée dans l'eau du Rhin entraînant des rejets jusqu'à 10.000 tonnes par jour de sel.

* (34 bis) Annexe 34 bis - La contamination du Lot par le cadmium.

(35) Annexe 35 - Réglementation et mesure des pollutions industrielles dans l'eau de surface.

* (36) Annexe 36 - Principaux rejets industriels dans les eaux.

* (37) Annexe 37 - La dépollution des mines de potasse d'Alsace.