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La qualité de l'eau et l'assainissement en France (rapport)

18 mars 2003 : Qualité de l'eau et assainissement en France (rapport) ( rapport de l'opecst )

 

 

II. LES EAUX SOUTERRAINES

Il est d'usage de distinguer les eaux souterraines et les eaux de surface, bien qu'il s'agisse d'une même eau circulant en permanence dans les bassins versants et alimentant les fleuves en période de basses eaux. La différence entre les deux tient au mode d'exploitation, au rythme de renouvellement et aux protections dont elles bénéficient. Le caractère peu renouvelable des eaux souterraines s'oppose à la fluidité des eaux de surface. Tandis que les eaux de surface sont immédiatement contaminées par des pollutions ponctuelles et accidentelles, les eaux souterraines sont vulnérables aux pollutions diffuses, longues à produire leurs effets, qui se manifestent souvent après un temps d'accumulation. Quand la dégradation est constatée, la restauration de la qualité des eaux souterraines est d'autant plus difficile et longue, de quelques années à quelques dizaines d'années, ce qui souligne l'importance de préserver ce patrimoine pour l'avenir.

Il existe en France environ 200 nappes d'eaux souterraines profondes exploitables contenant 2.000 milliards de m3 d'eau pouvant servir à la fourniture d'eau  et plusieurs centaines de nappes d'accompagnement des rivières, qui constituent surtout des réservoirs d'eau alimentant les cours d'eau notamment en période d'étiage (on estime que 100 milliards de m3 d'eau passent des nappes aux cours d'eau) : 7 milliards de m3 sont puisés chaque année dans l'un des 31.000 forages d'eau, 50 % des prélèvements sont utilisés pour l'eau potable, assurant ainsi 63 % des besoins domestiques.

Les nappes plus ou moins abondantes, et plus ou moins renouvelables, sont donc fondamentales à l'activité et même à la vie humaine. Le suivi de leur qualité est donc particulièrement important.

Le résultat est connu : la qualité des eaux souterraines s'est dans l'ensemble beaucoup dégradée. Même si les responsabilités sont partagées, les pollutions d'origine agricole restent les premières responsables de la dégradation récente.

A. LA CONNAISSANCE DES EAUX SOUTERRAINES

1. La qualité naturelle des eaux souterraines

Les nappes d'eaux souterraines sont formées par la percolation de l'eau de pluie et de ruissellement à travers les sols et les roches (10(*)). Le processus d'infiltration est plus ou moins rapide selon les caractéristiques du sous-sol et la nature des roches, mais au cours de ce transfert, qui peut durer de quelques jours à plusieurs dizaines d'années, l'eau acide dissout les roches et se charge de quelques uns de ses éléments chimiques les plus solubles. Ainsi, l'eau des nappes supposée être de très bonne qualité après le filtre naturel du sous-sol ne l'est pas toujours.

La qualité naturelle des eaux souterraines, va donc être naturellement influencée par ce que les géologues appellent le « fonds géochimique ». Certains minéraux et métaux sont rendus mobiles par l'acidité de l'eau et/ou le contact de l'air libre (les roches sont mises en contact avec l'air par les mines, les galeries), et l'eau se charge alors de ces éléments dont quelques uns à doses modérées, sont bons pour la santé (les eaux minérales, à l'origine, étaient d'ailleurs vendues en pharmacie) tandis que d'autres peuvent être indésirables. La charge est variable selon les roches. Les eaux souterraines drainant les roches plutoniques, les plus anciennes (granit du massif central et du massif armoricain) peuvent être naturellement chargées en arsenic, aluminium, fer et manganèse. Les eaux des calcaires, très sensibles à l'acidité de l'eau, sont naturellement chargées en calcium, magnésium, parfois en fer, fluor, manganèse. Les eaux souterraines acides peuvent être naturellement chargées en aluminium.

Dans la quasi-totalité des cas, ces charges sont évidemment infinitésimales, mais sur une surface aussi étendue que le territoire français, il ne peut pas ne pas y avoir quelques exceptions ou « anomalies géochimiques », liées à la proximité des gisements en minerais, entraînant alors des dosages exceptionnels, en l'absence de toute contamination d'origine humaine (11(*)).

C'est en particulier le cas pour l'arsenic, le fer, le fluor, le bore, dont les doses naturelles dans les eaux souterraines peuvent être localement plus de cent fois supérieures aux valeurs requises pour la potabilisation des eaux. Ainsi, de même que les eaux de pluie, les eaux de source, issues des nappes souterraines peuvent être naturellement impropres à la consommation et à la fabrication d'eau potable. Comme le résume parfaitement M. Thierry POINTET, hydrogéologue au BRGM « dans la nature, toutes les eaux ne sont pas bonnes à boire ». Il convient cependant de distinguer une eau impropre à la consommation et une eau polluée (l'eau de mer, par exemple, n'est pas polluée naturellement, mais est impropre à la consommation).

Cette connaissance est importante pour faire cesser tout mythe d'une nature idéalisée et pour connaître l'« état zéro » d'une nappe, en vue, le cas échéant, de la traiter en vue de la potabiliser, comme c'est de plus en plus le cas pour certaines eaux minérales trop chargées en arsenic, en fer, etc...

* (10) Annexe 10 - Formation et caractéristiques des nappes.

* (11) Annexe 11 - Concentrations maximales en métaux observées dans les eaux souterraines d'origine naturelle.