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La qualité de l'eau et assainissement en France (annexes)

 

Annexe 49 - LES PESTICIDES DANS LES EAUX DE RUISSELLEMENT

Source : Audition de M. Jean-Marie MOUCHEL, Chercheur au Centre d'enseignement et de recherche « Eau, ville, environnement » - CEREVE - Ecole des Ponts - 13 mars 2002

§ Le ruissellement des pesticides

Une partie des pesticides est utilisée en milieu urbain, pour l'entretien des voiries, des espaces verts publics, des jardins des particuliers. Le niveau de formation et d'information sur les risques associés aux pesticides est souvent insuffisant et il est vraisemblable que la plupart des utilisateurs urbains surdosent les épandages de pesticides. La plus forte présence de surfaces imperméables en milieu urbain, ainsi que l'importance du drainage direct sans infiltration dans le sol accroît le risque de ruissellement des pesticides. L'importance du ruissellement des pesticides va dépendre de nombreux facteurs, que l'on peut classer par ordre d'importance décroissante comme suit :

- Les quantités épandues et la période d'épandage. Les concentrations maximales observées dans les eaux de ruissellement sont observées en avril, mai et juin;

- Le coefficient de ruissellement des sols, très variable selon les surfaces : le coefficient peut varier entre quelques pourcents (une terre humide permet au contraire l'infiltration) et 95 % (bitume non fissuré). Cette variabilité, marquée entre les surfaces est toutefois atténuée quand on raisonne au niveau d'un bassin versant aménagé, puisque surfaces perméables et imperméables s'équilibrent (même en ville, avec les fossés, les jardins...).

- Les propriétés des molécules. Une étude détaillée menée sur un petit bassin versant (une commune de banlieue) a montré que les pesticides utilisés par les particuliers avaient des coefficients de ruissellement plus faibles que ceux utilisés par les services techniques sur des surfaces de voirie en grande partie imperméables (1,6 % à 2,6 % pour l'aminotriazole, 5,1 à 5,4 % pour le bromacil, 2,5 % à 6,1 % pour le diuron, principaux pesticides professionnels utilisés dans les parcs et jardins dans ce secteur). Les faibles coefficients de ruissellement sont toutefois compensés par un effet volume important lié aux masses épandues.

§ Résultats

Un bilan a été réalisé dans le Bassin de la Marne (12.000 km2).

- Masses. La Marne véhiculerait chaque année de l'ordre de 15 tonnes de pesticides, issues des différents épandages, urbain et agricole. Un coefficient moyen de ruissellement de 0,3 % a été estimé pour les pesticides agricoles et 7 % pour les pesticides urbains qui sont en très grande majorité des herbicides.

Le parcours se présente comme suit :

Parcours des pesticides (Bassin de la Marne)


Epandage

 


Ruissellement

 


Marne

Agricole

5.200 T*

13,5 T


18 T

Rétention
et dégradation :
3 tonnes

Urbain

63 T

4,5 T

 

Apport final :
15 tonnes

* hors vigne (nappe)

- Concentration. Les concentrations, très variables selon les périodes de l'année peuvent être très importantes. Dans le ru qui draine la commune de banlieue étudiée, les concentrations moyennes hebdomadaires atteignent régulièrement 4 ug/litre pour une molécule (le diuron) et 7ug/litre pour toutes les molécules dosées (une dizaine de molécules ont été analysées parmi les plus utilisées en milieu urbain). Des pointes, probablement d'origine accidentelle, de plusieurs dizaines de ug/litre peuvent parfois être mesurées.

On rappellera que, en période d'épandage, les pesticides se retrouvent également dans les eaux de pluie météorite : 0,4 ug/l pour les molécules de la famille des triazines, essentiellement utilisées dans le monde agricole. Bien que ces molécules soient très utilisées, on estime que la concentration totale en pesticides (somme de toutes les molécules) est significativement plus élevée sans qu'il soit possible de donner d'ordre de grandeur précis.