II. LE VENEZUELA, UN PAYS MARQUÉ PAR LA PRÉSIDENCE ATYPIQUE D'HUGO CHAVEZ

A. UNE POLITIQUE EXTÉRIEURE ET INTÉRIEURE « BOLIVIENNE »

Hugo Chavez cherche à bâtir, depuis son accession au pouvoir en 1999, une diplomatie Sud-Sud émancipée des Etats-Unis et de l'Europe. Caracas souhaite développer l'influence des pays du Sud et renforcer leur coopération mutuelle.

Le Venezuela a développé des relations denses avec la Chine où Hugo Chavez s'est rendu à six reprises depuis 1999. De sa coopération industrielle et militaire avec la Russie , le Venezuela tente de retirer d'importants transferts de technologie. Cela n'altère pas les relations commerciales avec les Etats-Unis qui ont atteint, en 2008, le niveau record de 70 Mds USD.

L'autre priorité de la politique étrangère du Venezuela, l'intégration régionale , est une émanation directe de l'idée bolivarienne et de la référence à la « grande Colombie » de Simon Bolivar (qui regroupait les actuels Colombie, Equateur, Panama et Venezuela). Elle se développe dans le cadre de l'Alliance pour les peuples de notre Amérique (ALBA) qui s'appuie sur une « diplomatie énergétique », à travers l'initiative régionale Petrocaribe, consistant en la fourniture de pétrole, à des conditions préférentielles, aux Etats d'Amérique centrale et des Caraïbes.

Dans le domaine intérieur, la victoire au référendum du 15 février 2009 a permis une révision de la Constitution de 1999 permettant à tout titulaire d'un mandat électif de se représenter sans limitation de mandats consécutifs . Ce référendum a démontré la durable popularité d'Hugo Chavez, au pouvoir depuis une décennie. Elle renforce la concentration des pouvoirs qui caractérise le pays. Celle-ci s'est manifestée en 2008 par la réduction, au profit de l'Etat, des pouvoirs régionaux, ce qui pénalise principalement les élus de l'opposition, dans un contexte de faible indépendance de la justice, et de pressions croissantes sur tous les moyens d'information.

Avec un PIB estimé à 312 Mds USD, le Venezuela est la quatrième puissance économique d'Amérique latine . Il possède dans l'Orénoque les plus grandes réserves mondiales de pétrole brut extra-lourd (314 Mds de barils). Le pays a connu de 2003 à 2009 une croissance ininterrompue, mais, au troisième trimestre 2009, le pays est entré en récession. Cette croissance repose sur deux piliers : la consommation interne et une forte dépense publique (28 % du PIB en 2008), elle-même assise sur la hausse tendancielle du prix du baril ces cinq dernières années. Ainsi, malgré une balance commerciale largement excédentaire (37,3 Mds USD en 2008, pour 93 Mds UDS exportés), la principale fragilité structurelle du Venezuela repose sur l'excessive dépendance à l'égard du secteur pétrolier, les exportations hors pétrole ne représentant qu'environ 4 % des exportations .

PDVSA (Petroleos de Venezuela S.A.), la compagnie pétrolière vénézuélienne, produit 93 % des recettes d'exportation du pays, contribue directement à 30 % du budget de l'Etat et, indirectement, à plus de la moitié indirectement. Elle finance l'intégralité des programmes sociaux, dont les « misiones », mises en place en matière de santé, d'éducation ou de fourniture de biens de première nécessité, qui donnent au Président Chavez une puissante assise sociale. Selon la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes, la pauvreté au Venezuela est passée de 54 % à 27 % en 5 ans, le chômage a chuté sous la barre des 10 % et le pouvoir d'achat a connu une substantielle augmentation. La baisse des cours du pétrole et l'impact de la crise mettent, cependant, cette politique en difficulté. Le président Chavez a décidé une dévaluation de 50 % du Bolivar en janvier 2010, et mise sur un renversement de conjoncture, et sur les réserves d'hydrocarbures de son pays. Les nationalisations entreprises dans de nombreux domaines : hydrocarbures en 2006-2007 ; sidérurgie, secteur cimentier en 2008 ; entreprises de services pétroliers, du secteur agroalimentaire et de la grande distribution en 2009 (dont la filiale du groupe français Carrefour), ne sont pas parvenues à détourner les entreprises étrangères de ce pays aux très grandes potentialités.

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