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Proposition de résolution relative à la création d'une commission d'enquête sur les conditions d'utilisation des farines animales : Les conditions d'utilisation des farines animales dans l'alimentation des animaux d'élevage et les conséquences qui en résultent pour la santé des consommateurs. Tome 1, rapport

 

C. UNE SURMÉDIATISATION DE LA CRISE

Le développement de l'épidémie d'ESB a eu un impact sans précédent sur l'opinion publique et très supérieur à celui provoqué par les différentes crises alimentaires qu'a connues la France depuis l'après-guerre.

Les conséquences de cette crise sur la consommation de viande de boeuf ont été à la mesure de l'inquiétude suscitée, et paradoxalement plus importantes que celles constatées par la commission d'enquête en Angleterre, alors même que le nombre de cas d'ESB en France est mille fois inférieur.

Cette situation s'explique avant tout par la gravité de la maladie de Creutzfeldt-Jacob. Elle illustre également une sensibilité croissante de l'opinion publique française à la sécurité alimentaire. La commission d'enquête estime qu'elle tient, enfin et surtout, à la crise de confiance qui s'est instaurée à l'occasion de ces événements entre les consommateurs et les pouvoirs publics.

1. Une opinion publique déstabilisée

« La deuxième crise de la vache folle », au cours du mois de novembre 2000, a provoqué un trouble profond dans la population française et déstabilisé l'opinion.

a) Une inquiétude générale

Quelques jours après le début de la dernière « crise de la vache folle », peu nombreux étaient ceux qui se souvenaient de ce qui l'avait déclenchée. Aucun élément nouveau quant au développement de l'épizootie, mais un procès en Angleterre, accompagné des terribles images de la plus jeune des victimes anglaises de l'ESB ; une réévaluation à la hausse du nombre de décès que le prion « pourrait » provoquer outre-Manche d'ici quinze à vingt ans ; l'affaire Soviba où, en dépit des rumeurs, le dispositif sanitaire a bien fonctionné, écartant de la chaîne alimentaire, dès l'abattoir, la vache contaminée et, surtout, un reportage de M6 sur l'agonie d'un adolescent, « troisième cas français supposé de la maladie de Creutzfeldt-Jakob ».

L'inquiétude de l'opinion publique relayée par les médias, puis par les responsables politiques s'est traduite en quelques jours par une diminution de 40 % de la consommation de viande. Très vite les associations de consommateurs et de parents d'élèves ont demandé le retrait du boeuf des menus de la restauration collective. Un nombre important de collectivités ont accédé à cette demande, soutenues par l'opinion publique. Un sondage du 9 novembre 2000 montre que 64 % des personnes interrogées « approuvent l'interdiction du boeuf au menu des écoles »76(*).

Comment expliquer, quatre ans après l'annonce de la transmissibilité de l'ESB à l'homme, en l'absence d'éléments nouveaux et après que les principales mesures sanitaires aient été prises, une telle évolution de l'opinion publique ?

Celle-ci semble tout d'abord devoir s'expliquer par la spécificité du risque alimentaire.

* 76 Sondage CSA/le Parisien ; 8/9 Novembre 2000