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Les perspectives du retour au plein emploi

 

2. Conserver une croissance riche en emplois ?

L'hypothèse d'un retour du chômage à un taux de 5 % en l'an 2010 est-elle optimiste ?

Le scénario central du modèle OEF, qui suppose que la croissance retrouvera progressivement son contenu en emplois des années 1980, suggère que le taux de chômage pourrait être en l'an 2005 supérieur à 8 %, et à la fin de la décennie à 7 %.

Ce dernier taux est plus de deux fois supérieur au taux de chômage frictionnel, tel qu'il est évalué dans le rapport de M. Jean PISANI-FERRY (3,5 %), et de plus de deux points supérieur à l'objectif de 5 % proposé dans celui-ci.

Ce scénario, ainsi que ceux des projections à moyen terme de l'Insee (2002-2005) et de l'équipe HERMES de l'Ecole Centrale (2001-2010), se rejoignent dans l'idée que l'objectif de taux de chômage proposé par le rapport PISANI-FERRY (5 %) ne serait pas atteint au cours de la décennie actuelle, ainsi que l'indique le tableau ci-après.

Quelques projections de taux de chômage

 

INSEE

HERMES

OEF (compte central)

Taux de chômage (en %) :

     

- en 2005

7,1

6,1

8,2

- en 2010

-

5,7

7,5 *

 

* 2009.

Pour mémoire : le rapport PISANI-FERRY propose un objectif de chômage de 5 % en l'an 2010 et évalue le taux de chômage frictionnel à 3,5 %.

Sources : INSEE, DARES, modèle OEF.

· Ces scénarios montrent également combien les projections de chômage sont sensibles aux hypothèses retenues. 

Il peut être intéressant de rappeler les chiffres avancés par M. Olivier BLANCHARD dans son commentaire au rapport Plein emploi de M. PISANI-FERRY. En retenant les hypothèses de l'Insee sur l'évolution probable de la population active et une croissance de la productivité du travail de 2% par an (c'est-à-dire un contenu en emplois de la croissance analogue à celui des années 1980), le taux de croissance du PIB requis pour atteindre 5 % de chômage en l'an 2010 est de l'ordre de 3 % par an25(*).

Des scénarios pouvant paraître plus vraisemblables, mais moins favorables, sont envisageables.

- Si, conformément à l'hypothèse du compte central du modèle OEF, la croissance du PIB était de seulement 2,5 % par an (les autres chiffres étant inchangés), le taux de chômage en l'an 2010 serait de 7,8 %.

- Si, comme l'envisage l'équipe HERMES, la population active augmentait de 130 000 personnes par an26(*) (les autres chiffres étant inchangés), le taux de chômage serait de l'ordre de 6 % en l'an 2010.

Scénario 1 : croissance annuelle de la population active de 140 000 personnes, de la productivité du travail de 2 % et du PIB de 2,8 %.

Scénario 2 : croissance annuelle de la population active de 100 000 personnes, de la productivité du travail de 2 % et du PIB de 2,5 %.

Scénario 3 : croissance annuelle de la population active de 100 000 personnes, de la productivité du travail de 2 % et du PIB de 2,8 %.

Votre Rapporteur ne pense pas qu'il soit aujourd'hui possible de trancher entre ces différents scénarios. Il souhaite en particulier rappeler qu'une projection à moyen terme ne constitue pas une prévision, mais seulement une poursuite des tendances en cours dans l'économie, selon des hypothèses en partie conventionnelles, l'intérêt étant de fournir un scénario cohérent, et donc possible.

· Ces scénarios se rejoignent néanmoins dans l'idée que l'objectif d'un taux de chômage de 5 % en l'an 2010 serait ambitieux.

Maintenir une croissance riche en emplois ?

Dans ces conditions, certains économistes estiment souhaitable le maintien d'une croissance riche en emplois.

· Telle est la thèse soutenue par M. Jean-Michel CHARPIN, commissaire au Plan.

M. CHARPIN a exprimé ce « sentiment personnel » lors de son audition par votre Délégation, le 17 octobre 2000, sur le rapport du Commissariat général du Plan sur « Les perspectives de la France ». M. CHARPIN a estimé à cette occasion que si la croissance de la productivité du travail passait rapidement à 2 % par an, les créations d'emplois seraient modestes.

De même, dans son commentaire au rapport de M. Jean PISANI-FERRY, M. CHARPIN estime que « (...) la politique d'enrichissement de la croissance en emploi devrait être poursuivie pendant quelques années encore ».

· Ce point de vue peut a priori sembler confirmé par les simulations du COE.

Les experts du COE ont évalué l'impact qu'aurait une croissance de la productivité du travail comprise entre 1 et 1,5 %, c'est-à-dire légèrement supérieure à celle des années 1990, par rapport à un scénario où elle serait identique à celle des années 1980 (de l'ordre de 2 %).

L'impact sur le taux de chômage serait de - 2,3 points au bout de 10 ans (en supposant une diminution de 2,5 points du taux de chômage non inflationniste). Ainsi, le taux de chômage à la fin de la décennie serait de l'ordre de 5 %.

En revanche, l'impact sur la croissance du PIB serait modeste (+ 0,9 point au bout de 10 ans) (cf. tableau 1 de l'annexe 1).

· Si en plus la population en âge de travailler connaissait une évolution un peu moins dynamique, l'impact sur le taux de chômage serait de - 2,9 points. L'impact sur le PIB demeurerait faible (cf. tableaux 5 et 6 de l'annexe 1) 27(*).

En points de chômage ou de PIB.

Croissance de la productivité du travail comprise entre 1 et 1,5 %.

Source : COE, modèle OEF.

Un enrichissement du contenu en emplois de la croissance découlant essentiellement de facteurs structurels ?

On peut s'interroger sur le réalisme d'une hypothèse de faible croissance de la productivité du travail (c'est-à-dire de la production par travailleur) au cours des dix prochaines années.

En effet, une augmentation de la croissance de la productivité du travail au cours de la décennie actuelle semble inéluctable. Selon la plupart des économistes, le faible taux de celle-ci s'expliquerait en grande partie par les dispositifs de lutte contre le chômage mis en place dans les années 1990. Le rapport de M. Jean PISANI-FERRY fournit à cet égard des informations intéressantes.

· De 1997 à 1999, le nombre annuel de créations d'emplois a été de 350 000, contre 250 000 sur la période 1987-198928(*), soit 100 000 de plus. Comme de 1987 à 1989 la croissance a pourtant été supérieure de presque un point par an, à productivité du travail (c'est-à-dire production par travailleur) donnée, il y aurait eu au contraire 100 000 créations annuelles d'emplois de moins. Ce seraient donc 200 000 créations d'emploi par an qu'il s'agirait d'expliquer.

Les chiffres du ministère de l'Emploi suggèrent que, de 1997 à 1999, les principaux dispositifs de la politique de l'emploi (allégements de cotisations sociales sur les bas salaires, réduction du temps de travail et emploi non marchand aidé) expliqueraient 85 000 emplois supplémentaires par an.

· Il resterait donc à expliquer la création de 115 000 emplois par an.

Le ralentissement du déclin de l'emploi agricole, correspondrait à 40 000 emplois par an.

Les deux autres explications avancées par M. Jean PISANI-FERRY sont un ralentissement du progrès technique et un partage de la valeur ajoutée qui a évolué dans un sens moins favorable aux salariés depuis le milieu des années quatre-vingt.

D'autres explications sont parfois proposées : épuisement des effets de rattrapage de l'économie américaine, faiblesse de l'accumulation du capital, spécialisation de notre économie dans les secteurs à faible croissance de la productivité.

Source : Jean PISANI-FERRY, Plein emploi, rapport du Conseil d'analyse économique, 2000.

· Il est donc plausible de supposer le maintien d'une faible croissance de la productivité du travail.

Tout d'abord, c'est plus de la moitié de l'enrichissement de la croissance en emplois qui s'expliquerait par des facteurs autres que les politiques publiques.

Ensuite, il est possible que le délai nécessaire à ce que ces dernières fassent pleinement sentir leurs effets soit sous-estimé. Telle est ce qu'estime M. Edmond MALINVAUD, qui considère qu'il faudra pour cela « bien plus d'une décennie » 29(*).

* 25 Ce résultat s'explique de la manière suivante. Si l'on suppose que la population active augmente de 100 000 personnes par an pendant 10 ans, celle-ci est accrue de 1 million de personnes en fin de période. Par ailleurs, pour ramener le taux de chômage de 9 % à 5 %, soit une diminution de 4 points, il faut réduire le nombre de chômeurs de 1 million de personnes. Au total, il faut donc créer 2 millions d'emplois. Comme il existe aujourd'hui 25 millions d'emplois, cela correspond à une croissance de l'emploi (et donc du PIB) de l'ordre de 2,8 % par an.

* 26 Cette hypothèse suppose une forte croissance du taux d'activité, et donc du PIB.

* 27 Il varierait en fonction de la diminution du taux de chômage non inflationniste : il serait en fin de période de respectivement - 0,4 % et + 0,3 %, selon que le taux de chômage non inflationniste diminue de 2,5 ou 2,9 points (cette dernière hypothèse étant justifiée par celle d'une sensibilité du taux de chômage non inflationniste à l'évolution du taux de chômage effectif). En effet, un taux de chômage non inflationniste plus faible susciterait de moindres tensions inflationnistes.

* 28 Le nombre de créations d'emplois marchands en l'an 2000 est supérieur à 600 000, soit le meilleur résultat du siècle.

* 29 Commentaire au rapport Plein emploi de M. Jean Pisani-FERRY.